ARTICLE
Auteur(s) : Christèle Ferry*, Gérard Socié*
* Service d’hématologie greffe de moelle, hôpital Saint-Louis,
1 avenue Claude-Vellefaux, 75475 Paris Cedex 10
Article reçu le 19 mars 2003 accepté le 27 mai
2003
L’allogreffe de cellules souches hématopoïétiques a permis la
guérison de maladies hématologiques malignes et non malignes non
curables par les traitements conventionnels [1]. La plupart des
indications sont largement reconnues et les leucémies représentent
70 % des indications d’allogreffe. Les progrès dans la
réanimation des patients ainsi que la prophylaxie anti-infectieuse
et de la réaction du greffon contre l’hôte (GVHD) ont permis
d’améliorer la survie. La rechute est la principale cause de
mortalité dans les deux premières années suivant la greffe mais le
taux de rechute devient faible après cette date. Les patients
guéris de leur maladie initiale restent toutefois confrontés au
problème des complications à long terme de l’allogreffe.
L’augmentation du nombre de patients guéris après allogreffe et
l’allongement de leur durée de survie après guérison amènent de
nouvelles questions, telles la qualité de vie de ces patients et
son évolution à mesure que l’on s’éloigne de la greffe. Par
ailleurs, le suivi de ces patients met en évidence l’existence de
nouvelles complications malignes et non malignes rendant nécessaire
un suivi régulier et prolongé. Une meilleure connaissance de ces
complications permet à la fois leur prévention et un dépistage plus
précoce.
Résultats de l’allogreffe dans les leucémies
Leucémie myéloïde chronique (LMC)
Bien que de nouvelles thérapeutiques se développent comme les
inhibiteurs de la tyrosine kinase, tel l’imatinib mésylate
(Glivec® ou STI571), leur capacité à apporter une
guérison à long terme n’est pas connue. L’allogreffe de cellules
souches hématopoïétiques reste le seul traitement ayant démontré sa
capacité à guérir de leur maladie un certain nombre de patients.
Une étude française [2] réalisée chez des patients en phase
chronique, allogreffés en situation géno-identique et conditionnés
par cyclophosphamide associé soit à une irradiation corporelle
totale (ICT), soit à du busulfan, montre des résultats identiques
avec un taux de survie à 5 ans de 62 % et un taux de
survie sans rechute de 55 %. Une récente étude menée par
l’équipe de Seattle [3], portant sur 131 patients en phase
chronique, greffés en situation géno-identique et conditionnés par
cyclophosphamide et busulfan, adapté aux concentrations sériques,
montre un taux de survie à 3 ans de 86 % et un taux de
survie sans rechute de 78 %. Ces résultats sont moins
encourageants en phase de maladie avancée avec un taux de survie à
5 ans de 20 % en phase accélérée et de moins de 10 %
en phase blastique.
Si l’allogreffe permet un bon contrôle de la maladie à long terme,
le taux de rechute reste toutefois constant tout au long du suivi
post-allogreffe. Une récente étude [4], portant sur
89 patients en vie 10 ans après allogreffe de moelle pour
leucémie myéloïde chronique (LMC), montre que 46,4 % des
patients n’ont jamais rechuté et sont en rémission complète
clinique, hématologique et moléculaire et que le taux de survie
sans rechute diminue de 20 % tous les 5 ans. Une autre
étude, portant sur 373 patients allogreffés en première phase
chronique en situation géno-identique [5], montre que le taux de
rechute est d’environ 1,5 % par an chez les patients survivant
plus de 2 ans à la greffe. Ces rechutes sont le plus souvent
contrôlées, notamment grâce aux injections de lymphocytes T du
donneur (DLI) ou à l’interféron et, plus récemment, au STI571. Les
rechutes précoces sont détectées par recherche du transcrit Bcr/Abl
par méthode de PCR et le taux de rechute à 3 ans en cas de PCR
positive est de 71 % versus 6 % si la PCR est
négative [6].
Leucémies aiguës myéloblastiques (LAM)
Si l’indication de l’allogreffe chez les sujets jeunes en
deuxième ou troisième rémission complète (RC) se discute peu, elle
reste sujette à controverse en première RC. Toutefois, elle est
largement reconnue chez un sujet jeune présentant des anomalies
cytogénétiques ou moléculaires de mauvais pronostic, tel le
réarrangement de MLL ou une translocation t(9;22). Cette décision
dépend également de la présence ou non d’un donneur HLA identique
dans la fratrie. Chez les malades greffés à partir d’un donneur
géno-identique en première RC, le taux de survie sans maladie à
3 ans est de 64 % et le taux de rechute de 12 % [7].
Chez les malades greffés en deuxième RC ou plus, le taux de survie
sans maladie à 5 ans est de 20 % [8]. Les résultats à
long terme sont illustrés par une récente étude [9] portant sur
97 patients en vie et sans rechute 100 jours ou plus
après allogreffe de moelle pour leucémie myéloïde aiguë (LAM) en
première ou deuxième rémission complète. La probabilité de survie
sans événements à 7 ans était de 57 %, le taux de rechute
de 27 % et la mortalité liée à la greffe de 22 %. Le
nombre de cycles de chimiothérapie avant la greffe des patients en
RC1, l’existence d’une bactériémie à bacilles à Gram négatif avant
la greffe et l’utilisation d’un conditionnement intensifié étaient
retrouvés comme facteurs affectant défavorablement la survie. Les
principales causes de décès étaient liées à la présence d’une GVHD
chronique, aux rechutes, aux infections tardives et aux cancers
secondaires (glioblastome et carcinome sinusien). La toxicité liée
à la greffe était liée à l’existence d’infections avant la greffe,
à la présence d’une incompatibilité ABO majeure, aux infections
bactériennes tardives et à l’existence d’une GVH chronique.
Leucémies aiguës lymphoblastiques (LAL)
Alors que 90 % des patients traités par chimiothérapie
peuvent avoir une RC, certains d’entre eux ne pourront être guéris
par la chimiothérapie seule. Les patients présentant des facteurs
de mauvais pronostic comme la translocation t(9;22) ou les
anomalies 11q23 sont pour la plupart incurables par chimiothérapie
conventionnelle. La survie sans rechute des malades porteurs d’une
translocation t(9;22) et traités par chimiothérapie conventionnelle
est inférieure à 15 %. L’allogreffe de moelle est une
alternative qui peut permettre leur guérison. Une étude du registre
international (IBMTR) [10] analysant la survie des patients
atteints de leucémie aiguë lymphoblastique (LAL) avec chromosome de
Philadelphie positif et allogreffés en situation géno-identique
montre une survie sans rechute à 2 ans de 31 % et de
38 % si la greffe est réalisée en RC1. En l’absence de donneur
intrafamilial, la recherche d’un donneur volontaire est à
considérer. Les résultats chez les patients greffés précocement
sont intéressants. Une étude publiée en 1997 [11] montre une survie
sans rechute à 2 ans de 49 % ± 12 %. Les
résultats globaux en situation géno-identique montrent une survie
sans rechute à 5 ans de 55 % chez les patients adultes
greffés en première RC, de 45 % en deuxième RC et de 20 %
en l’absence de RC [12, 13]. Chez l’enfant en première RC, la
survie à 5 ans sans rechute est de 84 % [14].
Quand parler de guérison ?
Si les rechutes à long terme sont possibles, notamment dans le
cadre de la LMC, la probabilité de guérison est élevée chez les
patients n’ayant pas rechuté dans les 2 ans après allogreffe
de moelle. Une étude de l’IBMTR parue en 1999 [15], portant sur
6 691 patients greffés pour leucémie ou aplasie
médullaire et sans rechute 2 ans après allogreffe de moelle,
montre que la probabilité de survie à 5 ans est de 89 %
et que la probabilité de rechute est de 11 %, la probabilité
de décès lié à la rechute étant de 6 %. Singhal et al.
[16] ont étudié 136 adultes allogreffés en situation
géno-identique pour leucémie aiguë. Là encore, les patients sans
rechute 2 ans après la greffe ont une faible probabilité de
rechute au-delà de ces 2 ans. Chez ces patients, la
probabilité de survie à 10 ans est de 81 % et la
probabilité de rechute de 4,8 %. De même, l’étude de Frassoni
et al. [17] montre une survie sans événement à 9 ans de
82 % chez les patients sans rechute 2 ans après la
greffe, quels que soient le type de leucémie, le stade de la
maladie et le type de greffe.
Complications à long terme
La survie des patients après allogreffe de moelle s’allongeant,
les complications à long terme deviennent un problème essentiel
dans le suivi après greffe. Les cancers secondaires sont une des
préoccupations majeures mais il existe également des complications
non malignes diverses qui affectent le plus souvent la qualité de
vie de ces patients guéris de leur maladie initiale.
Complications non malignes
• GVH chronique
C’est une complication fréquente après allogreffe. Dans l’étude
de l’IBMTR [15], 43 % des patients ont développé une GVH
chronique dans les 2 ans après la greffe, qui persistait chez
27 % après 2 ans. La GVHD chronique est responsable de
tableaux cliniques divers et de sévérités variables allant de
l’atteinte cutanée limitée ne nécessitant pas de traitement
systémique au décès par bronchiolite oblitérante. Ses
manifestations sont voisines de celles des maladies
auto-immunes.
La GVH chronique est la principale cause de décès tardif non lié à
la rechute [15] soit par complication directe (bronchiolite
oblitérante), soit par déficit immunitaire associé augmentant le
risque de complications infectieuses.
• Infections tardives
La fonction immunitaire reste altérée de nombreuses années après
la greffe, notamment s’il existe une GVHD chronique, ce qui rend
les patients susceptibles aux infections plusieurs années après la
greffe, voire à vie, notamment aux infections à germes encapsulés.
Les modalités de la prophylaxie anti-infectieuse sont maintenant
bien établies [18].
• Atteinte oculaire
La cataracte est une des complications tardives les plus
fréquentes après un conditionnement comprenant une irradiation
corporelle totale. Ainsi, la probabilité de développer une
cataracte à 3 ans après irradiation fractionnée est de
30 % et peut atteindre 80 % 6 ans après la greffe
[19]. Il s’agit donc d’une complication fréquente mais dont le
traitement chirurgical comporte peu de risque et permet d’améliorer
l’acuité visuelle de la plupart des patients.
Le syndrome sec ou kératoconjonctivite chronique est également une
complication oculaire fréquente. Elle est le plus souvent liée à la
présence d’une GVHD chronique. Elle se traduit par une sécheresse
oculaire et peut se compliquer d’ulcérations cornéennes. Son
traitement est celui de la GVHD chronique associé à des traitements
locaux.
• Complications pulmonaires
Fréquentes, elles sont présentes chez 15 à 40 % des
patients après greffe. Il s’agit d’atteintes à la fois des voies
respiratoires et du parenchyme pulmonaire. Leur gravité est
variable et peut aller d’une simple perturbation des explorations
fonctionnelles respiratoires sans symptomatologie clinique à une
atteinte restrictive ou obstructive sévère pouvant conduire au
décès. Pour exemple, la bronchiolite obstructive chronique est une
affection sévère bien caractérisée survenant chez les patients
atteints de GVH chronique. Elle concerne 2 à 14 % des patients
allogreffés et conduit au décès dans plus de 50 % des cas
[20]. La prophylaxie et le traitement rapide de ces infections
respiratoires sont essentiels.
• Complications hépatiques
Les deux facteurs le plus souvent impliqués dans les
complications hépatiques après greffe sont l’existence d’une
infection chronique liée au virus de l’hépatite B (VHB) ou C (VHC)
et la surcharge ferrique. La persistance d’anomalies du bilan
hépatique doit faire rechercher une infection à VHB ou VHC et une
surveillance régulière des patients infectés doit être réalisée. La
progression vers la cirrhose est une préoccupation importante. Une
étude du groupe de Seattle [21] montre que l’incidence cumulative
de cirrhose est de 0,6 % à 10 ans et de 3,8 % à
15 ans. Une infection à VHC était retrouvée chez 81 % des
patients et 15 des 16 patients présentant une cirrhose plus de
10 ans après greffe étaient porteurs du VHC. En outre, il est
nécessaire de s’assurer de l’absence de réactivation virale lors de
la décroissance de l’immunosuppression chez les patients porteurs
d’hépatite virale chronique B, en surveillant le bilan hépatique et
la charge virale. Un traitement par lamivudine peut être nécessaire
chez les patients porteurs du VHB dans le but de diminuer la charge
virale. Un traitement associant ribavirine et interféron peut être
indiqué en cas d’hépatite C chronique active. La surcharge ferrique
peut être traitée par saignées ou par chélation.
• Complications articulaires
L’ostéonécrose aseptique est une complication fréquente touchant
environ 4,5 % des patients [22]. Si elle ne met pas en jeu le
pronostic vital, elle affecte significativement la qualité de vie
des patients allogreffés. Elle survient en moyenne 18 mois
après la greffe et le site le plus fréquemment atteint est la
hanche (> 80 %), avec une atteinte bilatérale dans
60 % des cas. Dans la plupart des cas, le recours à la
prothèse totale de hanche est nécessaire. Le facteur de risque le
plus fréquent est l’utilisation de corticoïdes et le mode de
révélation est la douleur. La réalisation d’une IRM permet un
diagnostic précoce.
• Complications osseuses
L’ostéoporose est la conséquence de plusieurs facteurs induits
par la greffe : irradiation corporelle totale, chimiothérapie,
corticothérapie, cyclosporine et hypogonadisme. La réalisation
d’une ostéodensitométrie permet de détecter et de quantifier le
degré de diminution de la masse osseuse. Dix pour cent des patients
présentent une ostéoporose 1 an à 18 mois après greffe.
Les mesures de prévention comportent en particulier une
substitution hormonale en cas d’hypogonadisme.
• Complications thyroïdiennes
L’hypothyroïdie compensée (TSH élevée, T4 normale) ou non est la
complication la plus fréquente. Une étude réalisée sur une cohorte
de 270 patients adultes allogreffés [23] retrouve une
augmentation de la TSH chez 8,9 % des patients survenant pour
83 % d’entre eux dans les 2 ans suivant la greffe. La
substitution par L-thyroxine n’est nécessaire qu’en cas
d’hypothyroïdie vraie avec diminution du taux de T4 libre ;
elle peut également se discuter lorsque le taux de TSH reste élevé
ou augmente alors que la T4 reste normale. Le dosage des hormones
thyroïdiennes est un élément indispensable du suivi
post-allogreffe.
• Insuffisance gonadique
Il s’agit d’une complication habituelle, conséquence à la fois
des traitements reçus avant la greffe et du conditionnement
pré-greffe. L’irradiation et le busulfan sont les principaux
facteurs de risque. Dans une revue portant sur 270 patients
adultes et enfants, Mertens et al. [24] rapportent une
anomalie des fonctions gonadique chez 92 % des hommes et
99 % des femmes. Chez les hommes, la sécrétion de testostérone
reste en général normale, alors que la spermatogenèse est le plus
souvent réduite, voire absente. Chez les femmes, en revanche, la
substitution hormonale est le plus souvent nécessaire. Sanders
et al. [25] ont étudié la fonction gonadique de
1 326 patients post-pubères (708 femmes et
618 hommes) conditionnés par haute dose de cyclophosphamide
associée à une ICT ou à du busulfan. Une reprise normale de la
fonction ovarienne était observée chez 16 % des femmes et une
grossesse chez seulement 5 %. La fonction testiculaire était
normale chez 25 % des hommes et 33 (5 %) de leurs
partenaires ont pu mener une grossesse. Ainsi, la plupart des
patients restent stériles après greffe. Toutefois, plusieurs
alternatives peuvent être proposées avant la greffe. Chez les
hommes, la conservation de sperme peut être proposée. Chez les
femmes, la cryoconservation d’embryons après fécondation in
vitro est une option, mais elle nécessite une stimulation
ovarienne pendant plusieurs semaines. En l’absence de partenaire,
la congélation de tissu ovarien est possible, mais aucune grossesse
par cette méthode encore expérimentale n’a été rapportée.
Complications malignes
Il s’agit d’un des effets secondaires les plus sévères survenant
après greffe de moelle. Si les syndromes lymphoprolifératifs
surviennent le plus souvent dans la première année après la greffe,
les tumeurs solides se développent bien au-delà de la période de
rechute, rendant indispensable le suivi à vie des patients
greffés.
Curtis et al. [26] ont analysé les résultats de
19 220 patients allogreffés entre 1964 et 1992 dans
235 centres. Cette étude montre que les patients survivant
plus de 10 ans après la greffe ont une probabilité de
développer une tumeur solide 8,3 fois supérieure à celle
attendue dans la population générale. L’incidence cumulative de
survenue d’une tumeur est dans cette étude de 2,2 % à
10 ans et de 6,7 % à 15 ans. Ce risque était
particulièrement élevé pour les cancers de la cavité buccale, du
foie, du système nerveux central, de la thyroïde, des os et du
tissu conjonctif. L’augmentation des doses d’ICT était associée à
une augmentation du risque de tumeur solide. Par ailleurs,
l’existence d’une GVHD chronique était liée à une augmentation du
risque de carcinomes épidermoïdes de la peau et de la cavité
buccale. Une autre étude plus récente portant sur
2 129 patients [27], avec une médiane de suivi de
3,3 ans, montre une augmentation du risque de cancer
multipliée par 2 par rapport à la population générale avec une
incidence cumulée de 1,6 % à 5 ans et de 6,1 % à
10 ans. Le risque était significativement élevé pour les
cancers du foie, de la cavité orale et du col de l’utérus. Là
encore, tous les patients ayant développé un carcinome épidermoïde
de la peau présentaient une GVH chronique. Une étude réalisée pour
l’EBMT [28] portant sur 1 036 patients avec une médiane
de suivi de 10,7 ans montre un taux de survenue de cancer
3,8 fois supérieur à celui de la population générale et une
incidence à 10 ans de 3,5 % et à 15 ans de
12,8 %. Les cancers les plus fréquemment retrouvés étaient les
cancers de la peau, les carcinomes de la cavité orale, de l’utérus,
de la thyroïde et les glioblastomes.
Qualité de vie après greffe
L’OMS défini la qualité de vie comme un : « état de
bien-être complet physique, mental et social et pas seulement
absence de maladie ». La mesure de la qualité de vie
nécessite donc une approche multidimensionnelle. Différents outils
de mesure permettent d’évaluer de manière plus ou moins précise la
qualité de vie des patients après greffe de moelle. Ces outils
prennent en compte :
– la dimension physique (activités journalières, autonomie,
mobilité) ;
– la dimension psychologique (état mental et émotionnel, détresse
psychologique, humeur, sensation de bien-être, satisfaction,
bonheur) ;
– la dimension sociale (capacité de s’engager dans une vie sociale
normale, relations avec les autres, activité sexuelle, vie
familiale) ;
– la dimension liée aux symptômes, aux traitements, à la maladie
(inconfort physique, douleurs, nausées, etc.).
La qualité de vie des patients après allogreffe dépend non
seulement de la maladie initiale mais aussi et surtout des
complications tardives liées à la greffe.
La plupart des patients considèrent leur qualité de vie après
greffe comme bonne. Dans une étude réalisée sur 125 adultes
[29], 80 % des patients considèrent leur qualité de vie comme
bonne à excellente et 77 % leur santé physique comme bonne ou
excellente ; 74 % des patients de cette étude perçoivent
leur vie actuelle comme identique ou meilleure à celle d’avant la
greffe et, pour 88 % d’entre eux, le bénéfice de la greffe
l’emporte sur les effets secondaires. Plus récemment, une étude
canadienne [4] portant sur le devenir à long terme et la qualité de
vie de patients allogreffés pour LMC depuis au moins 10 ans a
montré que 88,5 % des patients interrogés étaient satisfaits
de leur qualité de vie ; aucune différence dans leur vie
sociale n’était retrouvée par rapport au groupe témoin. Plusieurs
études montrent que la qualité de vie s’améliore à mesure que l’on
s’éloigne de la greffe [30, 31].
La plupart des patients retrouvent un emploi 1 an ou plus
après l’allogreffe. Sur 20 patients greffés à partir d’un
donneur non apparenté et plus de 1 an après l’allogreffe [32],
60 % avaient repris un emploi à plein temps et 15 % à
temps partiel. Dans l’étude de Wingard et al. [33], deux
tiers avaient retrouvé un emploi et, dans l’étude de Socié [34],
52 % retrouvaient un emploi 1 an après la greffe. Dans
une étude multicentrique, Duell et al. [35] rapportent que,
à 5 ans, 89 % ont retrouvé un emploi plein temps ou sont
retournés à l’école.
Les facteurs influençant favorablement la qualité de vie après
greffe sont le jeune âge au moment de la greffe, le type de greffe
compatible intrafamiliale, le faible grade ou l’absence de GVH
aiguë, l’absence de GVH chronique [30, 31].
Toutefois, malgré ces points positifs, certains problèmes
persistent bien que la plupart des patients considèrent leur
qualité de vie comme bonne après la greffe. Les domaines les plus
défavorables concernent la fatigue, les troubles de la sexualité et
les troubles du sommeil. Une étude réalisée sur 200 patients
[36] ayant bénéficié d’une auto ou d’une allogreffe (46 %)
montre que seuls 11 % des patients rapportent un
rétablissement normal de leur activité sur les huit domaines
suivants : travail hors du domicile, loisirs, vie sociale,
activité physique vigoureuse, activité sexuelle, activité autour de
la maison (jardinage), apparence physique, mémoire et
concentration. Sur ces huit domaines, les patients ayant bénéficié
d’une autogreffe retrouvaient de meilleures performances que les
patients allogreffés ; la différence était statistiquement
significative en ce qui concerne la reprise d’un travail hors du
domicile et l’apparence physique. Un bas niveau d’éducation, une
maladie initiale à haut risque, un âge plus élevé et une période de
temps plus courte par rapport à l’allogreffe étaient retrouvés
comme des facteurs influençant négativement la qualité de vie des
patients allogreffés. La plupart des patients notent une diminution
de leur capacité physique [31, 37], celle-ci étant un facteur
important retentissant sur leur qualité de vie. L’étude de Bush
et al. [29] portant sur 125 patients 6 à 18 ans
après greffe retrouve des problèmes de fatigue chez 56 % des
patients et des troubles du sommeil chez 43 %. Une étude
portant sur 172 adultes à 18 mois d’une auto ou d’une
allogreffe de moelle [38] montre que 65 % des patients
présentent des problèmes de fatigabilité et 69 % des troubles
du sommeil et que, pour 15 à 20 % d’entre eux, ces troubles
retentissent sur leur qualité de vie. Les troubles du sommeil
étaient le plus souvent rapportés par des patients de plus de
40 ans, ayant reçu une ICT et de sexe féminin. Les problèmes
sexuels après greffe sont également une préoccupation
majeure : la perte de la fonction gonadique, la présence d’une
GVH chronique, le changement d’aspect physique affectent le degré
de satisfaction et l’activité sexuelle. Environ 40 % des
patients signalent des problèmes d’insatisfaction ou des problèmes
dans leur vie sexuelle [29, 34, 37, 39]. Une étude comparant la
qualité de vie de patients traités pour LAM en première RC montre
que, parmi ceux ayant reçu une allogreffe de moelle, 68 %
décrivaient une diminution de leur activité sexuelle contre
22 % du groupe de patients traités par chimiothérapie seule
[40]. Par ailleurs, l’apparence physique est un domaine
d’insatisfaction importante [29, 34, 37]. Elle est modifiée du fait
de la prise de corticoïdes en rapport avec le traitement d’une GVH
chronique, de la GVH chronique elle-même, ou encore d’une alopécie
persistante, en particulier chez les patients ayant présenté une
GVH aiguë et/ou ayant reçu un conditionnement par busulfan.
L’ensemble de ces éléments associés à la peur de la rechute est
responsable de troubles psychologiques, tels que l’anxiété ou la
dépression, chez une proportion non négligeable de patients. Une
étude de Syrjala et al. [41] portant sur 67 patients
adultes, évaluant l’état psychologique avant allogreffe,
90 jours et plus de 6 ans après la greffe, montre que, si
l’état physique des patients s’améliore à 1 an post-greffe, un
taux élevé d’anxiété et de dépression subsiste. Les scores évaluant
l’anxiété et la dépression étaient à plus d’une déviation standard
au-dessus de la moyenne normale chez respectivement 48 et 45 %
des patients.
Alors que nombre de problèmes apparaissent après la greffe, la
plupart des patients ressentent leur qualité de vie comme bonne.
Les relations avec la famille et les amis ainsi que la reprise
d’une activité professionnelle chez ceux dont le pronostic vital
était engagé semblent compenser les complications secondaires liées
à la greffe.
Conclusion
L’allogreffe de moelle a rendu possible la guérison de patients
dont les chances de survie auraient été nulles avec un traitement
par chimiothérapie seule. Même s’il est toujours difficile de
parler de guérison, la survenue d’une rechute tardive étant
possible, notamment en cas de LMC, la probabilité de guérison est
élevée chez les patients n’ayant pas rechuté 2 ans après
allogreffe. Toutefois, le suivi de ces patients est indispensable
durant toute leur vie, pour la prévention et le traitement des
complications non malignes liées à la greffe mais, aussi, pour le
dépistage précoce des tumeurs secondaires dont la survenue peut
être tardive après la greffe et dont l’incidence tend à augmenter
avec le temps. Malgré ces complications tardives, la plupart des
patients considèrent leur qualité de vie comme bonne, retrouvent un
emploi et sont satisfaits de leur vie sociale. Le défi des
prochaines décennies sera non seulement de guérir de leur maladie
initiale un nombre toujours plus important de patients mais aussi
de diminuer les effets secondaires liés à la greffe, en particulier
en limitant la toxicité des conditionnements et en développant de
nouvelles thérapeutiques permettant une meilleure prévention et un
meilleur contrôle de la GVHD chronique.▼
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