ARTICLE
Auteur(s) : Odile Launay*, Loïc Guillevin*
*Service de médecine interne, Université Paris-Nord, Hôpital
Avicenne, 125, route de Stalingrad, 93009 Bobigny Cedex
Le rôle du système immunitaire dans le contrôle de certaines
tumeurs a été mis en évidence plusieurs années avant la description
du premier cas de sida. En cas d’immunodépression congénitale ou
acquise, il existe un risque accru de survenue de lymphome malin
non hodgkinien (LMNH), de sarcome de Kaposi, de cancer cutané (à
l’exception du mélanome) et de cancer ano-génital, conséquence
d’une relation complexe entre l’infection par certains agents
infectieux, en particulier viraux, la réponse immunitaire et la
survenue d’une tumeur maligne (tableau
1) [1-6]. En revanche, l’incidence de certains cancers
fréquents dans la population générale, tels que les cancers du
sein, de la prostate ou du côlon, n’est pas augmentée en cas
d’immunodépression. Par ailleurs, comme cela a pu être observé chez
les patients ayant bénéficié d’une transplantation d’organe,
l’amélioration du statut immunitaire obtenue en diminuant
l’intensité du traitement immunosuppresseur peut permettre une
régression parfois complète des lésions tumorales.
Tableau 1. Risque relatif
de survenue du sarcome de Kaposi, des lymphomes malins non
hodgkiniens (LMNH), cancers cutanés (à l’exception du mélanome) et
cancers ano-génitaux en fonction du type d’immunodépression
sous-jacente. D’après Gates et Kaplan [5]
|
Déficit immunitaire congénital |
Greffes d’organes |
Infection par le VIH |
|
Sarcome de Kaposi |
Cas cliniques |
150-200 |
> 10 000 |
|
LMNH |
100 |
20-120 |
> 100 |
Cancers cutanés
(à l’exception du mélanome) |
Non rapportés |
18-65 |
5,4 |
|
Cancers ano-génitaux |
Non rapportés |
100 |
4-6,8 |
Il est très vite apparu, au cours de l’épidémie de l’infection
par le VIH, que le risque de survenue d’une tumeur maligne était
plus important chez les sujets infectés par le VIH que dans la
population générale [7, 8]. Le sarcome de Kaposi, le LMNH primitif
du système nerveux central ainsi que le LMNH systémique et le
cancer invasif du col utérin constituent des événements classant
sida dans la classification du CDC [9]. D’autres tumeurs malignes
ont une incidence augmentée en cas d’infection par le VIH :
c’est le cas de la maladie de Hodgkin, du lymphome primitif des
séreuses, du cancer anal dans les pays occidentaux et, de façon
plus marginale, du séminome, du myélome multiple et des tumeurs
cérébrales [10-15]. La pathogénie des tumeurs malignes liées à
l’infection par le VIH est encore mal connue mais leur association
à des degrés divers avec des virus spécifiques tels que le virus
d’Epstein-Barr (EBV), le Human herpesvirus de type 8 (HHV8)
et certains papillomavirus humains est bien démontrée (tableau 2) [11, 16-18]. Le VIH pourrait également
jouer un rôle direct dans la tumorigenèse.
Tableau 2. Tumeurs malignes
associées à l’infection par le VIH : risque relatif et
association virale. D’après Gates et Kaplan [5]
|
Risque relatif |
Virus associé |
| Tumeurs classant
sida |
|
|
|
Sarcome de Kaposi |
> 10 000 |
HHV8 (100 %) |
| LMNH
systémique |
> 200 |
EBV (38-66 %) |
| LMNH
primitif du SNC |
1 000-3 900 |
EBV (100 %) |
|
Cancer du col utérin |
2,9-4 |
HPV (100 %) |
| Tumeurs associées
au VIH |
|
|
|
Maladie de Hodgkin |
7,6 |
EBV |
|
Léiomyosarcome |
10 000 |
EBV |
Cancers cutanés des cellules squameuses
et conjonctivales |
13 |
HPV |
| Tumeurs
possiblement associées au VIH |
|
|
|
Cancer cutanés (en dehors du mélanome) |
5,4 |
HPV |
|
Séminome |
2,9 |
Inconnu |
|
Myélome multiple |
4,5 |
HHV8 |
|
Carcinome anal |
24-84 |
HPV |
LMNH : lymphome malin non hodgkinien ; SNC : système
nerveux central ; EBV : virus d’Epstein-Barr ;
HHV-8 : Human herpesvirus 8 ; HPV : Human
papillomavirus.
L’introduction des traitements antirétroviraux actifs,
disponibles depuis 1996 dans les pays développés, s’est accompagnée
d’une diminution très nette de la morbidité et de la mortalité
liées à l’infection par le VIH [19, 20]. Ces traitements efficaces
sur le contrôle de la réplication du VIH permettent la restauration
au moins partielle du système immunitaire chez ces patients et leur
utilisation est responsable d’une diminution très nette de
l’incidence des infections opportunistes. Leur impact sur
l’épidémiologie des tumeurs malignes chez les patients infectés par
le VIH est variable selon le type de tumeur et n’est pas encore
bien défini, en particulier pour les LMNH et les cancers non
classant sida [21-28]. L’effet au long terme des traitements
antirétroviraux n’est actuellement pas connu. Nous aborderons dans
cet article l’épidémiologie des tumeurs malignes classant sida, de
celles liées à l’infection par le VIH et les données actuellement
disponibles sur leur évolution avec l’introduction des traitements
hautement actifs actuellement disponibles dans les pays
industrialisés.
Sarcome de Kaposi
Le sarcome de Kaposi est la tumeur maligne la plus fréquente
chez les sujets infectés par le VIH [3, 9]. Il constitue un
événement classant sida dans la classification du CDC. Les premiers
cas de sarcome de Kaposi ont été décrits en 1872 par Moritz Kaposi,
dermatologue hongrois. Avant l’épidémie de sida, trois formes
étaient connues : la forme classique (forme du sujet âgé du
pourtour méditerranéen plus fréquente dans la population d’origine
juive ashkénaze), la forme endémique observée en Afrique
équatoriale et la forme du transplanté. Son incidence était alors
très faible, estimée à 0,1 cas pour un million dans les pays
du nord de l’Europe et aux États-Unis [29]. Avec l’épidémie de
sida, l’incidence du sarcome de Kaposi a augmenté pour atteindre,
dans les années 1990, 10 cas pour 1 million dans la
population masculine européenne et d’Amérique du Nord [30].
En 1981, plusieurs cas de sarcome de Kaposi ont été observés dans
la population homosexuelle américaine et ont été à l’origine de la
description de l’épidémie de sida [31]. Au début des années 1980,
il était l’élément classant sida dans 50 % des cas dans la
population homosexuelle masculine de New York [23]. Le risque
relatif de développer un sarcome de Kaposi au cours de l’infection
par le VIH est maximal dans la population masculine homo ou
bisexuelle. Les rares observations rapportées chez la femme le sont
chez celles ayant eu un partenaire bisexuel. Le sarcome de Kaposi
peut s’observer également dans les autres groupes à risque
d’infection par le VIH, mais, même en Afrique où l’infection par le
VIH est transmise majoritairement par voie hétérosexuelle, sa
prévalence est plus élevée chez l’homme que chez la femme [11]. Ses
caractéristiques épidémiologiques sont en faveur d’un agent
étiologique transmis par voie sexuelle [32]. Depuis 1994,
l’identification du HHV8, la mise en évidence du génome viral dans
les tissus issus de sarcome de Kaposi et la concordance entre la
séroprévalence du HHV8 et la fréquence du sarcome de Kaposi (tableau 3) sont des arguments très forts en
faveur d’une interaction entre l’infection par ce virus et la
survenue d’un sarcome de Kaposi en cas d’immunodépression
[18]
Tableau
3. Séroprévalence de l’infection à HHV8 et fréquence
de survenue du sarcome de Kaposi
|
Séroprévalence de l’infection HHV8 (%) |
Fréquence du sarcome
de Kaposi |
| Population
générale (États-Unis) |
5-10 |
0,29/100 000 (hommes) |
|
|
0,07/100 000 (femmes) |
| Population
homosexuelle infectée par le VIH |
60 |
15-20/100 |
| Femmes et
hémophiles infectés par le VIH |
3-4 |
1-3/100 |
| Afrique
équatoriale |
25-50 |
101/100 000 |
| Italie |
20 |
0,62/10 000 (hommes) |
|
|
0,25/10 000 (femmes) |
Compte tenu des interactions nettes entre le niveau de
l’immunodépression et la survenue de ce sarcome, il n’est pas
surprenant que les traitements antirétroviraux puissants aient été
responsables d’une modification notable de l’incidence du sarcome
de Kaposi. Le pourcentage de patients infectés par le VIH dont le
sarcome de Kaposi était l’événement classant sida est passé de
15 % dans les années 1980 à moins de 7 % à la fin des
années 1990 (tableau 4) [23]. Plusieurs
autres études ont rapporté une très nette diminution de l’incidence
du sarcome de Kaposi au cours de l’infection par le VIH depuis
l’introduction des traitements antirétroviraux actifs [21, 22, 24,
25]. Une étude rassemblant les données de 23 études de cohorte
a ainsi montré que cette incidence avait diminué de 15,2 à 4,9 pour
1 000 patients-année (risque relatif : 0,32) entre
les périodes 1992-1996 et 1997-1999 [21]. Ce résultat pourrait
s’expliquer par l’efficacité directe du traitement antirétroviral
sur la réplication du HHV8 ou plus probablement indirectement par
la restauration immunitaire obtenue avec le contrôle de l’infection
par le VIH.
Tableau 4. Nombre et
pourcentage d’épisodes de sarcome de Kaposi, de lymphome malin non
hodgkinien (LMNH) et de cancer invasif du col utérin classant sida
par an entre 1988 et 1998 dans 15 pays d’Europe. D’après Dal
Maso et al. [11]
|
Année |
Sarcome de Kaposi |
LMNH |
Cancer invasif du col utérin |
|
|
n (%) |
n (%) |
n (%) |
|
1988 |
1 449 (13,4) |
408
(3,8) |
0 |
|
1989 |
1 706 (12,1) |
535
(3,8) |
0 |
|
1990 |
1 889 (11,6) |
584
(3,6) |
0 |
|
1991 |
2 127 (11,4) |
655
(3,5) |
0 |
|
1992 |
2 225 (10,8) |
800
(3,9) |
0 |
|
1993 |
2 139 (9,6) |
814
(3,6) |
63 (1,5) |
|
1994 |
2 253 (8,9) |
910
(3,6) |
127 (2,6) |
|
1995 |
1 928 (7,9) |
975
(4,0) |
113 (2,3) |
|
1996 |
1 576 (7,5) |
853
(4,1) |
105 (2,4) |
|
1997 |
980 (7,0) |
700
(5,0) |
82 (2,7) |
|
1998 |
637 (6,4) |
524
(5,3) |
59 (2,8) |
|
Total |
18 909 (9,6) |
7 758 (3,9) |
549
(2,3) |
Lymphomes malins non hodgkiniens
Le LMNH primitif du système nerveux central et le lymphome de
Burkitt sont aussi des événements classant sida depuis 1982 ;
les LMNH immunoblastiques ont été ajoutés à la classification en
1985 [9]. Les sujets infectés par le VIH ont 200 fois plus de
risque de développer un LMNH que la population générale [2, 10]. Le
LMNH est la deuxième tumeur maligne associée au VIH par ordre de
fréquence [6].
Dans une population infectée par le VIH, le LMNH systémique
constitue l’événement classant sida dans 3 % des cas et 5 à
10 % des patients vont en développer un [1]. Les facteurs de
risque au cours de l’infection par le VIH sont l’âge, une
immunodépression avancée et une infection prolongée par le VIH
[33-36]. Contrairement au sarcome de Kaposi ou aux proliférations
tumorales liées au HPV, l’incidence du LMNH varie peu selon le mode
de contamination du VIH. Les LMNH associés au VIH sont de façon
prédominante des lymphomes B, plus volontiers de haut grade
histologique que dans la population non infectée par le VIH [35].
Ils sont associés à l’infection par l’EBV dans 40 à 60 % des
cas contre seulement 10 à 20 % des cas chez les patients
séronégatifs pour le VIH [1, 37]. On distingue schématiquement deux
grands cadres au cours de l’infection par le VIH : les
lymphomes observés à un stade précoce de l’infection, qui sont le
plus souvent de type Burkitt où la présence de l’EBV n’est détectée
que dans 30 à 40 % des cas, et les lymphomes observés dans le
contexte d’une immunodépression sévère (CD4
< 100/mm3) qui sont très proches des
proliférations lymphoïdes observées chez les transplantés et
presque toujours liés à l’EBV [17]. Les LMNH primitifs du système
nerveux central surviennent à un stade évolué de l’infection par le
VIH avec un taux de lymphocytes CD4 bas et sont presque toujours
liés à l’EBV. Plus récemment, le HHV8 a été impliqué dans la
physiopathogénie des LMNH primitifs des séreuses qui sont observés
avec une plus grande fréquence en cas d’infection par le VIH
[38].
L’impact des traitements antirétroviraux sur l’épidémiologie des
LMNH est moins clair que pour le sarcome de Kaposi ou les
infections opportunistes. Depuis l’introduction des traitements
antirétroviraux actifs, les LMNH continuent à représenter une cause
de morbidité et de mortalité importante au cours de l’infection par
le VIH responsable d’environ 16 % des décès [27]. Si la baisse
de l’incidence des LMNH cérébraux primitifs semble bien établie,
les données concernant les LMNH systémiques sont plus
contradictoires. Les résultats d’une méta-analyse regroupant les
données de 23 cohortes montrent une diminution de l’incidence
des LMNH passant de 6,2 à 3,6 pour 1 000 patients-année
(risque relatif : 0,58) entre les périodes 1992-1996 et
1997-1999 [21]. La diminution d’incidence était plus marquée pour
les LMNH cérébraux primitifs (RR : 0,42) que pour les LMNH de
type immunoblastique (RR : 0,57), alors que l’incidence du
LMNH de type Burkitt restait stable (RR : 1,38). Une étude
française met en évidence une diminution très importante de
l’incidence des LMNH du système nerveux central et une diminution
moindre des LMNH systémiques [28]. Dans cette étude,
comparativement à la période antérieure à l’introduction des
traitements antirétroviraux actifs, les LMNH étaient observés après
une durée plus longue d’évolution de l’infection par le VIH et pour
un niveau de lymphocytes CD4 plus élevé. Des résultats similaires
sont mis en évidence à partir de la cohorte EuroSida, les patients
les plus à risque de développer un LMNH après la mise en route d’un
traitement antirétroviral étant ceux qui présentaient une moins
bonne réponse immunitaire et/ou virologique [39]. Avec la
diminution de l’incidence des infections opportunistes classant
sida, le LMNH systémique est plus fréquemment l’élément classant
sida au cours de l’infection par le VIH (tableau
4) [27]. Il faut noter cependant une amélioration notable
du pronostic de ces tumeurs depuis l’introduction des traitements
antirétroviraux [13, 40].
Cancer invasif du col utérin
Dès le début des années 1990, il apparaît que les lésions
précancéreuses et le cancer invasif du col utérin sont plus
fréquents et d’évolution plus rapide en cas d’infection par le VIH
[41, 42]. En 1993, le cancer invasif du col utérin est la troisième
pathologie tumorale ajoutée à la liste des pathologies classant
sida au cours de l’infection par le VIH [9]. Cette augmentation de
fréquence est cependant moins importante que pour le sarcome de
Kaposi ou le LMNH et on estime que l’incidence du cancer invasif du
col est environ 5 à 15 fois plus élevée chez les femmes
infectées par le VIH que dans la population générale [7, 8, 11, 12,
16, 43]. Une étude prospective réalisée dans 15 pays européens
entre 1993 et 1999 chez les femmes âgées de 20 à 49 ans montre
que le cancer invasif du col utérin est l’événement classant sida
dans 2,5 % des cas [43]. Plusieurs études mettent en évidence
que le cancer du col utérin est plus fréquent chez les femmes dont
le mode de contamination par le VIH est la toxicomanie
intraveineuse que chez celles infectées par voie sexuelle [10, 16,
45] ; cela suggère que les habitudes sexuelles (prostitution)
[44] et le défaut d’un accès aux soins permettant le dépistage
précoce pourraient favoriser la survenue de cette pathologie
néoplasique dans ce groupe à risque [11, 45, 46]. Le principal
facteur de risque du cancer du col utérin est l’infection par les
virus potentiellement oncogènes du genre human
papillomavirus comme HPV16, 18, 31, 33, 35, etc. Au cours de
l’infection par le VIH, on note une fréquence 2 à 3 fois
plus élevée d’infection à HPV, mais également une persistance plus
prolongée de l’infection, deux facteurs qui apparaissent corrélés
au degré du déficit immunitaire [11, 47, 48].
Les données disponibles ne permettent pas d’observer de
modification de l’incidence du cancer invasif du col utérin depuis
l’introduction des traitements antirétroviraux actifs (tableau 4). L’impact de ces traitements sur
l’évolution des lésions précancéreuses du col utérin reste
actuellement controversé. Trois études récentes montrent des
résultats contradictoires [49-51]. Une étude prospective française
récemment publiée met en évidence un taux de régression deux fois
plus important des lésions précancéreuses chez les patientes
traitées par traitement antirétroviral actif, régression observée
en particulier chez celles présentant une remontée plus importante
de CD4 [51]. Quoi qu’il en soit, il faut souligner l’importance du
dépistage, en particulier chez les patientes contaminées par
toxicomanie intraveineuse, permettant, le cas échéant, la mise en
place du traitement des lésions précancéreuses et la diminution de
l’incidence du cancer invasif du col utérin.
Autres cancers liés à l’infection par le VIH
Autres tumeurs malignes associées au HPV
Les autres tumeurs malignes associées au HPV, carcinome
vulvovaginal (in situ et invasifs) et carcinome de la région
périanale, sont également plus fréquentes chez la femme au cours de
l’infection par le VIH [16, 52]. Elles ont une incidence 16 fois
plus élevée chez les femmes infectées par le VIH, en particulier
chez les toxicomanes et en cas de CD4 bas.
Le cancer anal est 14 à 27 fois plus fréquent en cas
d’infection par le VIH que dans la population générale [8, 16, 53].
La survenue du cancer anal est corrélée à l’infection à HPV dont la
prévalence est plus élevée chez les patients infectés par le VIH.
Le rôle de l’immunodépression dans la survenue du cancer anal n’est
pas clairement établi mais pourrait favoriser le portage chronique
de sérotypes oncogènes [54].
Maladie de Hodgkin
L’incidence de la maladie de Hodgkin est 5 à 10 fois plus
fréquente au cours de l’infection par le VIH [11-13]. Elle peut
survenir en l’absence de déficit immunitaire majeur et semble
constamment associée à l’EBV. Les formes disséminées sont très
fréquentes et l’atteinte médullaire présente dans plus de deux cas
sur trois [55]. Le type histologique le plus fréquemment retrouvé
est de cellularité mixte [12]. Il ne semble pas y avoir d’impact
des traitements antirétroviraux sur l’incidence de la maladie de
Hodgkin chez les patients infectés par le VIH [21].
Autres cancers potentiellement associés au VIH
Dans les pays industrialisés, les patients infectés par le VIH
ont un risque 2 fois plus élevé de présenter une tumeur
maligne (autre que le sarcome de Kaposi ou le LMNH) que la
population générale de même âge et même sexe [10, 12]. Ainsi, le
risque de cancer du poumon a doublé dans la population infectée par
le VIH, ce qui est probablement expliqué par une intoxication
tabagique plus importante dans cette population [7, 10, 12, 15].
Une étude réalisée aux États-Unis s’est attachée à distinguer,
parmi les cancers survenant chez les sujets infectés par le VIH,
ceux qui peuvent être liés à l’immunodépression et ceux survenant
en excès dans cette population pour d’autres facteurs associés [7].
Outre le cancer du poumon, le cancer du pénis, en raison de
l’infection fréquente à HPV et les tumeurs malignes des tissus mous
par probable erreur de diagnostic différentiel avec le sarcome de
Kaposi étaient plus fréquents dans la population infectée par le
VIH sans rapport avec le degré d’immunosuppression. En revanche, le
cancer de la lèvre et le séminome testiculaire semblaient liés à
l’immunosuppression. Enfin, les cancers cutanés (autres que le
mélanome) sont plus fréquents au cours de l’infection par le VIH
[7].
Risque de cancer chez l’enfant infecté par le VIH [56, 57]
Les enfants ne représentent qu’une faible proportion de la
population infectée par le VIH. Le risque de cancer chez l’enfant
est estimé à 2,5 %, risque plus faible que chez l’adulte. La
tumeur la plus fréquemment observée est le LMNH, avec une fréquence
particulièrement élevée de LMNH primitif du système nerveux central
et des lymphomes de type Burkitt. Le sarcome de Kaposi, les
lymphomes hodgkiniens sont également plus fréquents chez l’enfant
infecté par le VIH. Il faut noter le cas particulier des tumeurs
léiomyomateuses (léiomyosarcomes et léiomyomes) qui constituent
jusqu’à 17 % des tumeurs observées chez ces enfants [58].
L’incidence des autres tumeurs malignes de l’enfant ne semble pas
être augmentée par l’infection par le VIH.
Conclusion
L’épidémie à VIH a fortement modifié l’épidémiologie des tumeurs
malignes associées à l’immunodépression avec, nous l’avons vu, une
augmentation majeure de l’incidence de la maladie de Kaposi, des
LMNH et des cancers favorisés par l’infection à HPV. Même s’il est
actuellement bien démontré que l’immunodépression est un facteur
prédisposant à la survenue d’une tumeur maligne, le mécanisme
spécifique reste à élucider. Il existe de forts arguments pour
penser que certaines tumeurs (cancer du col utérin ou lymphome de
Burkitt) surviennent plus précocement que le sarcome de Kaposi et
le LMNH au cours de l’infection par le VIH, suggérant que des
cancers différents sont susceptibles de se développer à différents
niveaux d’immunodépression. L’impact des traitements
antirétroviraux actifs est variable selon le type de tumeur. Après
restauration immunitaire, les patients ne sont plus à risque de
développer un sarcome de Kaposi. En revanche, les patients ayant un
antécédent d’immunodépression avancée restent à risque de
développer un LMNH. Définir l’impact actuel de l’infection par le
VIH sur le cancer du col invasif et sur le cancer anal présente
d’importantes implications à un niveau individuel et collectif,
alors qu’il existe des programmes de dépistage des tumeurs anales
et génitales. Enfin, avec l’amélioration de la survie par les
traitements antirétroviraux disponibles, il est très probable que
le risque de développer ou de mourir d’une maladie tumorale au
cours de l’infection par le VIH augmente dans les années qui
viennent.
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Références
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