ARTICLE
Les indications et le type d'exentération pelvienne sont fonction
principalement de la pathologie d'origine et du bilan carcinologique à
la fois locorégional et à distance.
Les indications les plus fréquentes sont représentées
par les cancers gynécologiques, et tout particulièrement
les cancers du col utérin (pour environ deux tiers des cas) en
situation de récidive ou les cancers primitifs localement évolués.
Les indications d'exentération pour les cancers de l'endomètre,
de la vulve ou du vagin se proposent de manière presque exclusive
en situation de récidive. La réalisation d'une exentération
pour cancer de l'ovaire ne s'envisage que pour de volumineuses masses
pelviennes uniquement au niveau postérieur.
En ce qui concerne les cancers digestifs, les exentérations pelviennes
se discutent essentiellement en situation de récidive de cancer
du rectum, et le plus fréquemment après un traitement initial
ayant comporté une résection antérieure du rectum,
la résécabilité après amputation abdominopérinéale
étant plus rarement envisageable [1].
Le type d'exentération pelvienne sera déterminé
après avoir vérifié l'absence de localisation métastatique,
en fonction de l'étiologie et surtout du bilan précis de
l'extension locorégionale. L'exentération pelvienne comporte
toujours une cellulectomie, parfois unilatérale, et une exérèse
définie en fonction de l'extension locorégionale au niveau
des organes pelviens, des parois pelviennes et du plancher pelvipérinéal.
Le bilan d'extension locorégional comporte une tomodensitométrie
ou une imagerie par résonance magnétique et, de manière
quasi systématique, un examen clinique sous anesthésie générale
associé à des échographies endocavitaires [2]. L'exentération
comportera une exérèse rectale et/ou vésicale, habituellement
associée à une colpectomie chez la femme en fonction de
l'étiologie tumorale, permettant de définir des exentérations
antérieures, postérieures, totales, voire atypiques. Les
exérèses latérales peuvent être élargies
au-delà de l'aponévrose pelvienne en fonction de l'extension
latérale, pouvant comporter une ou des exérèses vasculaires
associées. En fonction de l'extension vers le plancher périnéal,
trois types ont été définis [3] : exentération
supralévatorienne (type I), avec exérèse partielle
ou complète des muscles releveurs de l'anus (type II) ou avec exérèse
vulvaire associée (type III). D'autres gestes d'exérèse
sont fréquemment associés de nécessité : digestive,
plus souvent au niveau de l'intestin grêle qu'au niveau colique,
urinaires (néphrectomies ou cystectomies partielles), vasculaires
artérielles ou veineuses avec ou non remplacement prothétique.
Bien que, par définition, une exentération pelvienne comporte
une exérèse multiviscérale, une préservation
d'organe, totale, partielle ou de structure pelvipérinéale
est réalisable en fonction du type de cancer et de l'extension
locale de la tumeur. Une préservation du plancher lévatorien
et du bas rectum est habituellement possible dans les situations de cancers
gynécologiques, et en particulier du col utérin, puisque
l'envahissement postérieur se projette au niveau du col utérin
ou du dôme vaginal dans la majorité des cas. Une préservation
vésicale complète ou partielle peut s'envisager lors d'une
exentération postérieure ou atypique éventuellement
associée à une résection urétérale
unilatérale.
Les progrès des techniques chirurgicales, et particulièrement
de la prise en charge de réanimation anesthésie, ont permis
de diminuer les taux de mortalité opératoire de 18 à
25 % dans les séries les plus anciennes [4, 5] à moins de
10 % dans les séries les plus récentes [6-9]. La morbidité
postopératoire reste cependant très élevée
après exentération pelvienne : de 38 à 65 % [8-11].
Les conséquences fonctionnelles et psychologiques de ce type d'intervention
sont par ailleurs majeures. Des procédés techniques ont
donc été proposés, non seulement pour réduire
cet impact majeur, mais également pour diminuer le taux de complications
chirurgicales postopératoires.
Les temps les plus importants dans ce type d'intervention, après
l'exérèse, sont bien sûr représentés
par les techniques de reconstruction pelvienne, pouvant associer au maximum
après une exentération totale des techniques de restauration
digestive, urinaire, vaginale, voire vasculaire, et des procédés
de comblement de la cavité pelvienne. L'objectif commun de ces
procédés de reconstruction est d'améliorer la qualité
de vie et le devenir fonctionnel, les suites opératoires et éventuellement
de diminuer la morbidité de telles interventions dont les complications
restent actuellement fréquentes. Certains de ces procédés
permettent également d'envisager des exérèses très
larges et plus satisfaisantes sur le plan carcinologique, comme les exérèses
vasculaires avec restauration artérielle et ou veineuse.
Anastomose colorectale
basse
Après exentération pelvienne postérieure ou totale
supralévatorienne, même en cas d'exérèse périnéale
antérieure associée à une colpectomie, une anastomose
colorectale basse est techniquement réalisable. Le moignon rectal
est habituellement agrafé lors du temps d'exérèse
et l'anastomose réalisée après mobilisation du côlon
gauche par un agrafage circulaire en termino-terminal. Une dérivation
digestive en amont, durant le temps de cicatrisation, sera d'autant plus
souvent indiquée qu'une radiothérapie pelvienne a été
réalisée auparavant, ce qui est généralement
le cas pour les cancers pelviens primitifs localement évolués
ou en récidive, en dehors des cancers de l'ovaire. Cependant, du
fait du risque de fistule anastomotique et donc de complication pelvienne
septique, tous les auteurs ne sont pas unanimes pour indiquer ce type
de remise en circuit digestive lorsqu'une radiothérapie a été
réalisée auparavant. Il est donc nécessaire d'analyser
les résultats obtenus tant sur le plan des complications propres
à ce procédé que sur le plan des résultats
fonctionnels à terme de ces anastomoses.
Dans notre expérience, nous avons réalisé 117 exentérations
pelviennes postérieures et totales pour cancer gynécologique
de 1980 à 2001. Une anastomose colorectale a pu être confectionnée
90 fois (76,9%), soit dans 54,8 % des exentérations réalisées
de 1980 à 1989 (17/31) et dans 84,9 % des cas de 1990 à
2001 (73/86). Une stomie temporaire de protection a été
confectionnée 49 fois (54 %), et la fermeture de cette stomie n'a
pu être réalisée que dans 26 cas (53 %). Une fistule
anastomotique a été observée 16 fois (18%), ayant
nécessité une réintervention 9 fois : le taux de
fistule a été de 25,6 % (10/39) après radiothérapie
versus 12 % (6/50) en l'absence d'irradiation préalable.
Les autres échecs fonctionnels ont été liés
8 fois à une évolution du cancer, 2 fois à une complication
chirurgicale autre et une fois à un décès postopératoire
secondaire à un syndrome de défaillance respiratoire aigu.
Au total, un résultat fonctionnel de l'anastomose a été
obtenu 65 fois (72,2 %), dans 61,5 % des 39 cas où une radiothérapie
de 45 Grays ou plus avait été réalisée et
dans 80 % des cas en l'absence de radiothérapie préalable.
Des constatations similaires ont récemment été rapportées
par Mirhashemi et al. [12] : 13 lâchages ou fistules anastomotiques
après radiothérapie (13/37, soit 35 %) versus 2 lâchages
ou fistules en l'absence de radiothérapie (2/40, soit 5 %). Les
complications liées à ce geste digestif ont pour conséquences
une augmentation de la morbidité et la diminution des cas où
un résultat fonctionnel peut être obtenu : de ce fait, la
réalisation d'une anastomose colorectale basse reste discutée,
particulièrement lors d'une exentération pelvienne totale
et après radiothérapie. Le taux d'anastomose en circuit
dans les différentes séries de la littérature d'exentérations
pelviennes pour cancer gynécologique est rapporté dans le
tableau.
Dérivation urinaire
Après exentération antérieure ou totale, une dérivation
urinaire doit être confectionnée.
Le procédé le plus simple consiste à pratiquer
une urétérostomie cutanée bilatérale. Il impose
malheureusement une double stomie et expose, malgré différents
artifices techniques, à des complications secondaires fréquentes
de sténose des orifices [9]. Ce procédé a donc été
quasiment abandonné, sauf lorsqu'une seule stomie est envisagée
du fait d'une néphro-urétérectomie d'un des deux
côtés. La réalisation d'une seule urétérostomie
associée à une anastomose urétéro-urétérale
ne constitue pas un procédé fiable et peut compromettre
la fonction rénale de manière bilatérale en cas de
complications qui sont alors difficiles d'accès à un traitement
par voie endoscopique.
La technique qui a été la plus souvent utilisée
par la suite est celle dite de Bricker, réalisant une dérivation
urinaire non continente transintestinale en utilisant l'avant-dernière
anse iléale avec abouchement des deux uretères sur ce segment
intestinal. Elle nécessite une remise en continuité digestive
par une anastomose iléo-iléale. Ce procédé
expose à des complications à type de fistule urinaire et/ou
digestive après radiothérapie pelvienne, voire pelvienne
et lomboaortique, dans la mesure où les segments intestinaux utilisés
reçoivent les doses complètes de radiothérapie [9].
Pour prévenir ou diminuer le taux de ces fistules, un autre segment
intestinal peut être utilisé, qu'il s'agisse d'un segment
de jéjunum ou de côlon transverse. Cependant, dans ces cas,
les uretères traversent souvent la cavité abdominale, exposant
au risque d'occlusion secondaire.
Les complications chirurgicales majeures et précoces sont observées
plus fréquemment lorsqu'une radiothérapie a été
délivrée auparavant, et plus fréquemment après
exentération totale par rapport aux autres exentérations
[9]. Il a été montré qu'une sclérose et une
fibrose progressive survenaient au niveau des tissus irradiés,
augmentant le taux des complications anastomotiques urinaires et digestives
[13]. Par ailleurs, le type de dérivation urinaire est significativement
corrélé au taux de complications chirurgicales [8, 9, 14].
L'utilisation du côlon sigmoïde a la plus haute incidence de
complications par rapport aux autres types de dérivation transintestinale
[8, 14]. Le côlon transverse apparaît être le segment
exposant au taux le plus faible de complications [8, 15], similaire à
celui des patients ne nécessitant pas de dérivation urinaire.
De la même manière, un segment jéjunal peut être
utilisé [9] avec un segment court pour éviter des complications
métaboliques [16].
Les procédés de dérivation urinaire transintestinale
continente ont été longtemps récusés du fait
d'un taux très élevé de complications à type
de fistule lorsqu'un réservoir était confectionné
à partir de l'intestin grêle éventuellement radique.
Actuellement, il est possible de proposer une dérivation urinaire
continente, en réalisant un réservoir à grande capacité
avec une faible pression dans lequel les uretères sont réimplantés
et en confectionnant un système anti-reflux protégeant le
haut appareil urinaire ; la vidange de ce réservoir est assurée
par un auto-sondage environ toutes les quatre heures. Après la
publication des premières expériences, l'objectif a été
d'utiliser une technique fiable afin d'obtenir une continence chez des
patients préalablement irradiés, sans majorer la morbidité
secondaire aux dérivations urinaires.
Les dérivations urinaires utilisant la valvule iléocæcale
pour obtenir une continence ont été rapportées initialement
par Gilchrist et al. [17] et plus récemment par Mansson
[18] en 1987. Rowland [19] rapportait leur expérience de la poche
continente d'Indiana utilisant une plicature de l'iléon terminal
et la valvule iléocæcale pour obtenir le mécanisme
de continence. Une continence satisfaisante était obtenue chez
93 % des patientes. En 1987, Lochkart [20] rapportait une continence de
97 % en renforçant la valvule iléocæcale.
La poche de Miami a été introduite par Bejay et Politano
[21] en 1988 en renforçant la valvule iléocæcale par
trois sutures circonférencielles et par tubulisation de l'iléon
distal. Le taux de continence était de 98,6 %. En 1989, Penalver
et al. [22] présentaient une expérience préliminaire
de la poche de Miami chez 9 patientes après exentération
pelvienne pour cancer gynécologique, dont 7 avaient été
préalablement irradiées, alors que Maurel et al.
en 1990 rapportaient leur expérience de la poche d'Indiana chez
10 patients après exentération et irradiation. Enfin en
1994, la même équipe [23] rapportait son expérience
de la poche de Miami chez 39 patientes après exentération
pelvienne dont 37 ont été irradiées : 93 % (28/30)
des patientes avaient une continence satisfaisante et 4 des 39 patientes
(10 %) ont nécessité une réintervention chirurgicale
pour une complication précoce ou secondaire avec un suivi moyen
de 17 mois (6-51). Un taux comparable de réinterventions a été
rapporté avec les autres procédés de dérivation
urinaire continente [24-30].
Dans leur expérience, Penalver et al. [23] rapportent,
dans 12 cas, l'omission de la mise en place d'un drainage pour irriguer
le réservoir afin d'éviter une fistule entre la peau et
le réservoir lors du retrait de cette sonde, chez les patients
préalablement irradiés, ce que nous avons observé
dans un cas dans notre expérience. Aucun cas d'obstruction par
un bouchon muqueux n'a été observé.
Dans notre expérience, 118 dérivations urinaires ont été
réalisées après exentération pelvienne antérieure
(67) ou totale (51) pour cancer gynécologique de 1980 à
2001 : 14 urétérostomies cutanées avant 1984, 62
dérivations trans-intestinales non continentes, 41 poches de Miami
et un remplacement vésical. Depuis janvier 1993, 41 poches de Miami
ont été confectionnées [31] parmi les 58 dérivations
urinaires (70,7 %).
La morbidité liée à ce procédé est
minime, il s'agit en effet d'un segment digestif situé en dehors
des champs d'irradiation, et la remise en continuité digestive
est réalisée au niveau iléocolique transverse, sur
un segment colique situé au-dessus des champs d'irradiation. Par
ailleurs, ses résultats fonctionnels sont très satisfaisants,
imposant dans quelques cas un traitement antispasmodique dans les premiers
mois postopératoires en cas de fuites au niveau de la stomie lors
de contractions du réservoir.
L'analyse des complications propres à chaque technique permet
de dégager les avantages de chacun des procédés,
sachant que le bénéfice fonctionnel est en faveur des dérivations
continentes. Dans leur expérience plus récente, l'équipe
de l'université de Miami [32] rapporte 77 cas de poches de Miami,
réalisées 72 fois (93,5 %) après radiothérapie.
Les complications urinaires les plus fréquentes ont été
les sténoses urétérales (22,1 %), les difficultés
de sondage (19,5 %) et les pyélonéphrites (13 %) : 80 %
de ces complications ont été résolues par un traitement
conservateur endoscopique ou radiologique instrumental et une réintervention
chirurgicale a été nécessaire dans 16,9 % des cas.
Dans notre expérience, les complications ont été
les suivantes : 6 sténoses secondaires (6/14, soit 43 %) après
urétérostomie cutanée, 8 fistules urinaires et ou
digestive (8/62, soit 12,9 %) après dérivation transintestinale
non continente (toutes observées après radiothérapie
: 8/39, soit 20,5 %), ayant nécessité une réintervention
dans tous les cas, 2 fistules après dérivation par une poche
de Miami (2/41, soit 4,9 %) n'ayant pas nécessité de réintervention.
Reconstruction vaginale
Les impératifs de la chirurgie carcinologique pelvienne peuvent
entraîner de graves mutilations, posant un triple problème,
de vacuité de la cavité pelvienne, de fermeture de la perte
de substance périnéale et de reconstruction d'une cavité
vaginale. En effet, l'exérèse pelvienne est associée
généralement à une colpectomie et laisse une cavité
pelvienne aux parois souvent cruentées favorisant des écoulements
périnéaux, l'absence de cicatrisation primitive du périnée
et la survenue de complications secondaires à type d'occlusion
par incarcération du grêle et de fistules digestives.
La reconstruction vaginale permet le rétablissement d'un schéma
corporel plus proche de la normale, ce qui est très important pour
limiter l'impact psychologique majeur d'une telle intervention. Elle fait
appel à de nombreux procédés, parmi lesquels on peut
schématiquement distinguer les colpoplasties péritonéales,
les greffes cutanées, les entéroplasties et les lambeaux
myocutanés.
Les entéroplasties permettent de reconstituer un tube vaginal
en utilisant le plus souvent un segment de sigmoïde. Les avantages
de cette technique sont sa simplicité, le faible volume de cette
plastie intéressant en cas de colpectomie sans exérèse
viscérale vésicale ou rectale, et les bons résultats
fonctionnels. Ses inconvénients sont : 1) l'utilisation d'un segment
digestif déjà raccourci lorsqu'une dérivation urinaire
continente et/ou une résection rectale avec anastomose sont confectionnées,
2) la nécessité de préserver le sigmoïde qui
sera mobilisé pour confectionner une anastomose colorectale basse,
3) la nécessité de réaliser un geste digestif colique
supplémentaire lors des exérèses antérieures
avec la confection d'une anastomose en territoire généralement
irradié.
Le lambeau de droit interne a été largement utilisé
dans cette indication, mais sa palette cutanée est insuffisante
et nécessite le prélèvement des deux côtés.
La situation de son pédicule est très variable et peut limiter
les axes de rotation ; la nécrose partielle ou complète
de la palette cutanée n'est pas exceptionnelle (de 10 à
23 % selon les séries).
La technique de reconstruction par un lambeau myocutané de grand
droit de l'abdomen est actuellement utilisée par quelques équipes
[33, 34]. La vascularisation de ce lambeau par le pédicule épigastrique
inférieur permet d'obtenir une grande fiabilité de viabilité,
plus performante que celle du droit interne. Cependant, le lambeau myocutané
de grand droit de l'abdomen ne peut pas être utilisé lorsque
le pédicule épigastrique inférieur a été
sectionné. L'utilisation d'un seul lambeau est suffisant pour permettre
une reconstruction complète ou partielle du vagin. Deux types de
lambeaux cutanés vascularisés par le pédicule épigastrique
inférieur peuvent être prélevés : un lambeau
horizontal et un lambeau vertical. La reconstruction, en fonction de l'exérèse,
peut être tubulaire ou limitée à une hémicirconférence,
le plus souvent postérieure. Lorsque la reconstruction est complète,
le tube est constitué en suturant l'un à l'autre, les deux
bords du lambeau, la peau étant située dans la lumière
du tube. La partie basse du lambeau est fermée pour constituer
le fond du vagin tandis que la partie haute constitue l'orifice périnéal
du vagin.
Le risque d'affaiblissement de la paroi abdominale après prélèvement
du grand droit ne doit pas être méconnu. Un renforcement
pariétal par treillis synthétique non résorbable
doit être réalisé. Pour diminuer les séquelles
pariétales, un lambeau musculopéritonéal peut être
réalisé.
D'autres lambeaux ont été utilisés de manière
moins fréquente pour réaliser une reconstruction vaginale
après exentération pelvienne : 1) les lambeaux fasciocutané
pudendal, de la cuisse ou abdominaux inférieurs, 2) le lambeau
musculo ou fasciocutané glutéal inférieur, nécessitant
un prélèvement bilatéral pour réaliser une
reconstruction vaginale complète, 3) le lambeau musculocutané
du tenseur du fascia lata : peu utilisé en reconstruction vaginale,
il est en revanche utile en reconstruction vulvaire et périnéale.
La fermeture de la perte de substance cutanée périnéale
peut améliorer les suites postopératoires. En cas de résection
de l'anus, la fermeture primitive du périnée, s'effectuant
sur des tissus généralement irradiés, est favorisée
par l'apport de tissu bien vascularisé et non irradié représenté
par un lambeau myocutané. Les berges de la palette cutanée,
qui peut être de petite taille, sont suturées aux berges
de la résection périnéale postérieure. Chez
la femme, une reconstruction vaginale y est associée en cas de
colpectomie postérieure ou totale en suturant la partie postérieure
de la palette cutanée du lambeau aux berges de la résection
périnéale. Une reprise des activités sexuelles dans
un nombre de cas limité est possible, en particulier après
conservation de la paroi vaginale antérieure et reconstruction
de l'hémicirconférence postérieure. Lorsque la reconstruction
doit être complète, et en particulier tubulaire, la nécessité
de dilatations est constante pour obtenir une plastie fonctionnelle. En
effet, après reconstruction complète par un lambeau musculocutané
ou par une entéroplastie, les phénomènes de cicatrisation
et de fibrose postopératoire et postradique autour de la plastie
rendent les tissus peu extensibles et les dilatations doivent être
précoces et réalisées fréquemment.
Comblement pelvien
Le comblement pelvien peut être assuré par une épiploplastie,
pédiculisée sur la gastro-épiploïque droite
ou gauche, amenée au niveau pelvien dans une des gouttières
pariétocoliques ou en transmésocolique. La qualité
du comblement est fonction de son volume. Ce procédé a également
été utilisé associé à une greffe cutanée
pour réaliser une reconstruction vaginale [35], mais la cavité
néovaginale se sténose en l'absence de dilatation mécanique.
Les lambeaux myocutanés ou musculaires permettent de combler
cette cavité et ce, d'autant plus efficacement que le volume est
important, comme c'est le cas pour le lambeau myocutané de grand
droit de l'abdomen.
La réalisation d'une anastomose colorectale basse participe au
comblement pelvien. La prévention de l'apparition d'hématome
qui peut s'infecter, par comblement de la vacuité pelvienne, permet
de diminuer le taux de non-cicatrisation périnéale et le
taux de fistule anastomotique colorectale en utilisant un lambeau myocutané
de grand droit de l'abdomen. À l'opposé, l'utilisation de
deux lambeaux myocutanés de droit interne a été associée
à un taux de complication plus important lorsqu'une anastomose
colorectale était confectionnée.
Dans notre expérience portant sur 201 exentérations pelviennes
pour cancer gynécologique de 1980 à 2001, 68 procédures
de comblement et reconstruction ont été réalisées
(33,8 %) : 41 épiploplasties, 26 lambeaux myocutanés et
une coloplastie. Ces procédés ont été plus
fréquemment réalisés après exentération
pelvienne antérieure (30/67, soit 44,8 %) ou totale (24/51, soit
47 %) qu'après exentération postérieure (10/66, soit
15 %) ou atypique (4/17, soit 23,5 %) (antérieure et totale versus
postérieure et atypique : p < 0,0001). Un comblement
pelvien a été réalisé plus fréquemment
après radiothérapie préalable par rapport aux exentérations
sans irradiation, excluant les exentérations pour cancer de l'ovaire
et les exentérations atypiques (46/100, soit 46 % versus
15/54, soit 28 %, p = 0,027) et plus fréquemment à
partir de 1990 par rapport aux années précédentes
(41/100, soit 41 % à partir de 1990 versus 20/54, soit 37
% avant 1990). Les reconstructions vaginales ont toutes été
pratiquées à partir de 1990, soit dans 27 % (27/100) des
exentérations depuis cette date excluant les cancers de l'ovaire.
Les complications liées à un comblement pelvien ont été
au nombre de trois : un cas de nécrose de l'épiploplastie
ayant nécessité une réintervention et responsable
du décès de la patiente âgée, un cas d'éventration
dans les suites secondaires après lambeau de grand droit et mise
en place d'un filet résorbable et un cas de désunion cutanée
péri-ombilicale minime exposant une plaque non résorbable.
Lorsqu'une irradiation externe est envisagée en postopératoire,
une exclusion pelvienne par un treillis résorbable tendu du promontoire
vers l'ombilic peut être mise en place pour soutenir dans un hamac
les anses grêles hors du champs d'irradiation. Des prothèses
gonflables peuvent également être utilisées pendant
le temps de la radiothérapie puis être enlevées. Ces
indications sont cependant de plus en plus rares étant donné
que la stratégie thérapeutique de ces tumeurs localement
évoluées inclut un temps chirurgical, lorsqu'il est indiqué,
qui est précédé par un traitement par les agents
physiques.
En cas de lésion résiduelle minime ou de marges de résection
insuffisantes, un complément thérapeutique par les agents
physiques peut être proposé. Celui-ci s'adresse essentiellement
à la région présacrée et aux parois pelviennes
latérales sous la forme d'une irradiation peropératoire
ou d'une curiethérapie dont les vecteurs ont été
mis en place en peropératoire, qu'il s'agisse d'une curiethérapie
à haut ou bas débit de dose [36]. Les procédés
de comblement pelvien permettent alors d'éloigner l'intestin grêle
et/ou le sigmoïde des zones ainsi traitées.
Les procédés de reconstruction utilisés entraînent
des modifications anatomiques et donc d'imagerie majeures. Une complication
ou une récidive locale sera suspectée ou affirmée
devant une modification des images réalisées en postopératoire,
qu'il s'agisse d'échographies par voie suspubienne ou endocavitaire,
ou d'une tomodensitométrie, voire d'une imagerie par résonance
magnétique. La connaissance des procédés de reconstruction
et de leur configuration anatomoradiologique est donc essentielle.
CONCLUSION
Les procédés de dérivation urinaire continente,
de comblement pelvien, de reconstruction vaginale et/ou périnéale
permettent sans nul doute de minimiser l'impact de ces larges exérèses
tout en participant à la diminution de la morbidité globale,
comme nous l'avons observé dans notre expérience. Il est
donc logique et recommandé de proposer ce type de reconstruction
dans la très grande majorité des cas.
Une anastomose colorectale lors d'une exentération pelvienne
suslévatorienne est indiquée également de manière
claire en l'absence d'irradiation préalable. L'élément
le plus discuté reste la confection de telles anastomoses lorsqu'une
irradiation préalable de plus de 45 Grays a été réalisée.
En effet, le taux d'anastomose fonctionnelle ne sera que de l'ordre de
46 à 70 %, avec une morbidité propre non négligeable
(25 à 35 % après radiothérapie). Il nous semble donc
recommandé de réaliser une stomie de protection après
radiothérapie, qui permet, sinon de prévenir un lâchage
ou une fistule anastomotique, au moins d'en diminuer la gravité.
Article reçu le 14 mai 2002, accepté le 18 juin 2002. REFERENCES
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