ARTICLE
Le cancer épithélial de l'ovaire est diagnostiqué
dans plus de 70 % des cas à un stade avancé III ou IV de
la FIGO. Malgré les progrès du traitement conventionnel
associant chirurgie d'exérèse maximale et chimiothérapie
systémique à base de platine, le pronostic reste sombre
avec 20 % de survie à long terme et une médiane de survie
comprise entre 20 et 30 mois [1, 2]. De nouvelles stratégies thérapeutiques
sont donc nécessaires.
Le cancer de l'ovaire à un stade avancé est une tumeur
chimiosensible en première ligne thérapeutique avec des
taux respectifs de réponses complètes cliniques et histologiques
(RCH) de 80 et 40 % avec des associations d'alkylants et sels de platine.
Cependant, près de la moitié des patientes en RCH auront
une progression de la maladie conduisant à une probabilité
de survie à 5 ans de 20 %. Ces rechutes témoignent de l'existence
et/ou de l'apparition de contingents tumoraux chimiorésistants
dont l'éradication est un élément essentiel de l'amélioration
du pronostic par les nouvelles stratégies antitumorales [3].
L'effet-dose est une propriété générale
des alkylants dont la toxicité, essentiellement médullaire,
peut être contrôlée par réinjection de cellules
souches hématopoïétiques. Le concept de dose-intensité
s'applique au cancer de l'ovaire comme l'ont démontré Levin
et Hryniuk, notamment pour le cisplatine [4]. Cette augmentation de la
dose-intensité des alkylants peut être réalisée
par chimiothérapie intensive avec support hématopoïétique
qui permet une multiplication des doses par un facteur allant de 4 à
10. À ces doses, la chimiothérapie est théoriquement
capable de vaincre tout ou partie de la chimiorésistance déjà
établie et/ou d'empêcher le développement du phénotype
chimiorésistant en détruisant une fraction plus importante
de cellules tumorales avant l'émergence des clones résistants.
Cette approche a été utilisée avec succès
dans les lymphomes [5], le cancer du testicule, le cancer du sein [6].
Elle méritait d'être évaluée dans le cancer
de l'ovaire.
Nous rapportons l'expérience de l'institut Paoli-Calmettes entre
1980 et 1994 où 67 patientes atteintes de cancer de l'ovaire de
mauvais pronostic ont été traitées par chimiothérapie
intensive avec support hématopoïétique. Il s'agit d'une
étude rétrospective analysant la faisabilité de la
technique, les taux de réponse et de survie qu'il sera nécessaire
de comparer ensuite aux résultats des traitements conventionnels.
Résultats
Toxicité
La durée médiane d'hospitalisation était de 29
jours (12-67).
La toxicité hématologique a été sévère
(tableau I). Toutes les
patientes ont eu une aplasie profonde après l'intensification avec
des taux de polynucléaires neutrophiles (PN) inférieur à
0,1.109/l et de plaquettes inférieur à 20.109/l.
Le délai médian d'ascension des PN supérieurs à
0,5.109/l était de 13 jours (9-42) et celui des plaquettes
supérieures à 20.109/l était de 21 jours
(5-100). Toutes les patientes ont développé un épisode
fébrile pendant la neutropénie nécessitant une durée
médiane d'antibiothérapie générale de 14 jours
(5-97) et d'antifongiques de 9 jours (0-50).
Les toxicités extra-hématologiques étaient essentiellement
digestives avec une mucite oro-pharyngée de grade 3-4 chez 54 %
des patientes, une diarrhée de grade 3-4 chez 5 % des patientes,
nausées et vomissements étant le plus souvent bien contrôlés
par les antiémétiques. Aucune maladie veino-occlusive n'a
été observée.
Quatre patientes sont décédées de toxicité
(6 %). Ces décès sont survenus en période d'aplasie
et/ou de profonde immunosuppression : 1 dans le groupe consolidation à
J12 par choc septique à streptocoque et défaillance multiviscérale,
3 dans le groupe rattrapage par aspergillose diffuse (J50 et J67) et hépatite
virale fulminante (J60).
Réponse antitumorale et survie dans le
groupe rattrapage (tableau II)
La réponse tumorale à l'intensification a pu être
évaluée chez 21 des 30 patientes. La réponse n'a
pu être évaluée chez les 3 patientes décédées
précocement et chez 6 patientes pour lesquelles l'évaluation,
qui ne pouvait être que chirurgicale, n'a pas été
effectuée. Nous avons obtenu 9 réponses objectives (43 %)
avec 3 réponses complètes (RC = 14 %) et 6 réponses
partielles (RP = 29 %) et 12 échecs (maladie stable ou progression).
Les 3 réponses complètes sont survenues chez des patientes
réfractaires primaires. La durée médiane des réponses
a été de 5 mois (1-19+). Globalement, sur un suivi médian
de 54 mois (7-167) après la greffe, 24 patientes ont progressé
dans un délai médian de 5 mois (1-16), essentiellement au
niveau abdominal ; 26 décès sont notés (87 %) dont
3 d'origine toxique et 23 liés directement à la maladie.
Quatre patientes sont en vie, respectivement 7, 17, 22 et 50 mois après
la greffe ; toutes avaient subi une intensification en situation réfractaire
primaire, y avaient répondu (3 RC et 1 RP) et sont exemptes de
progression. Dans le groupe de patientes réfractaires primaires,
20 % sont en vie et sans progression entre 7 et 50 mois après la
greffe, soit 14 % de survie globale à 2 ans pour une médiane
de 11 mois. Finalement, dans le groupe rattrapage, la survie médiane
globale après l'intensification est de 10 mois avec une survie
à 2 ans estimée à 8 % et la survie médiane
sans progression est de 5 mois après l'intensification (figure
1).
Survies globale et sans progression dans le groupe
consolidation (tableau III)
Avec un suivi médian de 42 mois après le diagnostic (17-161),
20 patientes sur 37 (54 %) ont progressé dans un délai médian
de 9 mois (2-52) après la greffe. Ces progressions ont concerné
un ou plusieurs sites en même temps. Les sites étaient intra-abdominal
le plus souvent (9 patientes), mais également hépatique,
pleural, pulmonaire, cutané et cérébral. Dix-huit
patientes sont décédées, 1 décès étant
d'origine toxique et 17 liés à la progression de la maladie.
Finalement, 15 patientes sont vivantes sans progression et 19 sont vivantes
14 à 97 mois après le diagnostic. La survie sans progression
à 5 ans est de 28 %, avec une médiane de 35 mois, et la
survie globale à 5 ans de 48 % avec une médiane de 41 mois
(figure 2).
Plusieurs facteurs ont été examinés pour leur impact
possible sur la progression de la maladie et la survie (âge, stade
FIGO III ou IV, importance du résidu tumoral initial, conditionnement
de chimiothérapie intensive, réponse histologique au deuxième
regard avant intensification). En analyse univariée seule, la réponse
histologique constatée lors du deuxième regard avant intensification
avait une valeur pronostique : une réponse complète histologique
était significativement plus favorable qu'un résidu tumoral
microscopique ou macroscopique en termes de survie sans progression (42
% versus 19 % à 5 ans) et de survie globale (76 % versus
27 % à 5 ans). En revanche, l'âge (inférieur à
40 ans versus supérieur à 40 ans), le résidu
tumoral initial (absent ou inférieur à 2 cm versus
supérieur à 2 cm), le stade FIGO (III versus IV),
la présence ou non de carboplatine dans le conditionnement n'influençaient
pas significativement le risque de progression ou de décès.
Discussion
En dépit des taux élevés de réponses initiales
obtenues avec la chimiothérapie à base de platine, la plupart
des patientes ayant un cancer avancé de l'ovaire meurent de progression
ultérieure de leur maladie. On sait que la chimiorésistance
peut être vaincue dans les hémopathies malignes et les lymphomes
par une chimiothérapie intensive à base d'alkylants, utilisée
précocement dans l'évolution de la maladie. Cela a fait
suggérer une efficacité potentielle dans le cancer de l'ovaire.
Nous rapportons ici l'expérience de l'institut Paoli-Calmettes
où une série de 67 patientes a été traitée
pour un stade avancé de cancer de l'ovaire par chimiothérapie
intensive et réinjection de cellules souches hématopoïétiques
entre 1980 et 1994. C'est à notre connaissance la plus importante
série unicentrique publiée sur ce sujet.
Les toxicités hématologiques et non hématologiques
du traitement sont importantes, mais semblables à ce qui est rapporté
dans la littérature. Le taux de décès toxiques était
de 6 % dans toute la population, 2 % dans le groupe consolidation et 10
% dans le groupe rattrapage. Dans une revue de la littérature analysant
13 études et 145 patientes traitées par intensification
et autogreffe pour cancer de l'ovaire, nous avions rapporté un
taux de mortalité toxique de 4 % proche de cette série [7].
L'importante morbidité, voire mortalité, observée
dans cette série doit cependant être pondérée
par plusieurs éléments : la mortalité a été
observée essentiellement chez des patientes en situation tumorale
réfractaire, lourdement traitées préalablement et
qui ne seraient pas aujourd'hui considérées comme éligibles
dans un programme d'intensification chimiothérapique. De plus,
depuis le début des années quatre-vingt-dix, l'usage des
facteurs de croissance hématopoïétique et des cellules
souches hématopoïétiques sanguines plutôt que
médullaires a considérablement amélioré la
morbidité et les coûts physique et économique des
intensifications chimiothérapiques [8-10] : peu de malades de cette
série ont pu bénéficié de ces nouvelles technologies
dont l'impact bien documenté dans de nombreuses pathologies traitées
par chimiothérapie intensive devrait se retrouver dans l'indication
du cancer de l'ovaire.
Dans notre groupe dit de « rattrapage », le taux de réponses
objectives aux alkylants à fortes doses est de 43 % chez des patientes
ayant déjà reçu en moyenne deux lignes de chimiothérapie
contenant des sels de platine. Ce résultat est légèrement
supérieur aux 30 % de réponse classiquement rapportés
avec les taxanes, chimiothérapie de référence après
échec du platine [11]. Cependant, la brève durée
des réponses observées dans notre série de patientes
n'incite pas à proposer l'intensification par hautes doses d'alkylants
à l'ensemble des patientes progressant ou rechutant après
chimiothérapie conventionnelle. Ces résultats, confortés
par ceux de plusieurs courtes séries de la littérature (tableau
IV), démontrent que l'escalade de doses d'agents alkylants
peut vaincre temporairement, mais brièvement, une résistance
des cancers ovariens à la chimiothérapie à doses
traditionnelles, permettant à de rares malades une survie relativement
prolongée. Ces constatations, associées à l'expérience
acquise dans le traitement d'autres tumeurs, notamment hématologiques,
ont laissé supposer qu'une intensification chimique réalisée
plus tôt, à titre de consolidation sur une tumeur encore
chimiosensible, permettrait d'améliorer les taux de survie.
Dans le groupe consolidation, les patientes étaient intensifiées
en phase chimiosensible de leur maladie, quelle que soit l'importance
de leur masse tumorale avant la greffe. Nous avons obtenu chez ces patientes
des médianes de survie sans progression de 35 mois et de survie
de 41 mois. Ces résultats ont certes été observés
dans une petite série de 37 patientes sélectionnées
pour leur chimiosensibilité et leur âge inférieur
à 55 ans ; ils concernent cependant des patientes au pronostic
généralement considéré comme défavorable,
dans la mesure où 65 % d'entre elles avaient une tumeur de stade
IIIc ou IV (38 %) de la FIGO et que 76 % avaient un résidu tumoral
après la chirurgie initiale supérieur à 2 cm. Compte
tenu de ces éléments, ces résultats, bien que concernant
une série relativement petite et monocentrique, se comparent favorablement
avec ceux rapportés avec une chimiothérapie conventionnelle
systémique menant généralement à des médianes
de survie de 20 à 30 mois [1, 2]. Seule, l'adjonction du paclitaxel
au cisplatine a permis d'atteindre récemment dans une étude
prospective randomisée une médiane de survie de 38 mois
contre 24 mois dans le bras contrôle cyclophosphamide-cisplatine
[12]. Plusieurs autres équipes ont étudié l'intérêt
de la chimiothérapie intensive avec support hématopoïétique
dans le cancer de l'ovaire en phase chimiosensible [7, 13-19]. Le taux
de réponses objectives, quand elles sont évaluées,
est très élevé, avec des extrêmes allant de
62 à 100 %. Survies sans progression et survies globales 3 à
5 ans après le diagnostic sont proches de nos résultats,
oscillant respectivement de 20 à 40 % et de 30 à 50 %.
Dans notre étude, seule la réponse histologique constatée
au deuxième regard avait une valeur pronostique sur la survie sans
progression et la survie globale en analyse univariée. Les survies
étaient plus importantes en cas de RCH qu'en cas de maladie résiduelle
microscopique ou macroscopique. Ces résultats confirment les constatations
faites par Extra sur une population de 132 patientes incluant nos observations
[18]. De la même façon, Stiff et al. [13] et Mulder
et al. [14] ont rapporté des taux de réponse et/ou
de survie sans progression supérieurs en cas de maladie au deuxième
regard inférieure à 1 cm ou à 2 cm. Le taux de survie
de 76 % à 5 ans en cas de RCH observé dans notre étude
est par ailleurs supérieur au taux de 66 % à 5 ans retrouvé
par l'équipe de Bolis [20] dans une série de 140 patientes
ayant une RCH après chimiothérapie conventionnelle seule.
Malgré les critiques que l'on peut faire à notre étude
et à celles qui ont été rapportées dans la
littérature, il semble que la chimiothérapie intensive dans
le cancer de l'ovaire avancé est d'autant plus intéressante
qu'elle s'adresse à une maladie plus chimiosensible et de volume
plus réduit. Ainsi, sensibilité au platine et faible volume
tumoral sont probablement les facteurs pronostiques les plus importants
avec ce type de traitement [15].
En cas de maladie chimiorésistante, le taux élevé
de réponses objectives ne permet pas d'améliorer la survie
sans progression et la survie globale par rapport aux chimiothérapies
conventionnelles habituelles en raison de la faible durée des réponses.
L'intensification n'apporte donc pas de bénéfice à
long terme, au prix d'une toxicité plus importante chez des patientes
lourdement prétraitées. Elle ne devrait donc être
réalisée que dans le but principal de définir le
meilleur conditionnement chimique dans le cadre d'essais prospectifs de
phase I-II.
En revanche, lorsque la tumeur est chimiosensible, l'intensification
semble donner un taux de réponse, une survie sans progression et
une survie globale supérieurs à ceux des traitements classiques,
et sa toxicité semble acceptable. Ce traitement pourrait donc avoir
un rôle à jouer en tant que thérapeutique de consolidation
dans le traitement du cancer de l'ovaire de mauvais pronostic, après
avoir vérifié la chimiosensibilité de la tumeur par
une chimiothérapie d'induction conventionnelle. Sa place doit donc
être évaluée au moment du deuxième regard chez
des patientes en réponse complète histologique, mais à
haut risque de rechute (stade initial III ou IV de la FIGO, résidu
tumoral important après chirurgie première, atteinte ganglionnaire
initiale, grade histologique élevé) et chez des patientes
en réponse à la chimiothérapie, mais possédant
un résidu micro- ou macroscopique. Le bénéfice exact
reste difficile à évaluer et seules des études randomisées
comparant chimiothérapie intensive et chimiothérapie conventionnelle
de référence, qui reste d'ailleurs à définir,
le permettront.
Plusieurs axes de recherche clinique restent à être approfondis
dans le futur. La définition du meilleur conditionnement chimique
en termes d'efficacité et de toxicité doit être assurée
: la tendance actuelle est de privilégier les associations d'alkylants
et d'organoplatines, et, parmi les alkylants, ceux dont les doses maximales
tolérées sont très supérieures aux doses usuelles
(thiotépa, cyclophosphamide, melphalan). L'utilisation du paclitaxel
dans les régimes d'intensification doit être évaluée
en raison des taux élevés de réponses sur les cancers
ovariens réfractaires au platine et en raison de l'existence d'un
effet-dose [21]. Les résultats préliminaires rapportés
par Fennelly et al. [22] chez 16 patientes atteintes d'un cancer
de l'ovaire avancé (stades IIC à IV) traitées par
chimiothérapie intensive avec 2 cures de paclitaxel-cyclophosphamide
et G-CSF et cytaphérèses sont encourageants. Les toxicités
sont tolérables, les taux de réponses histologiques évalués
chez 13 patientes sont de 100 % avec 5 RCH (38 %), 6 réponses avec
résidu microscopique (46 %), 2 RP macroscopiques (15 %). La réalisation
de plusieurs intensifications séquentielles maintenant cliniquement
accessibles grâce aux facteurs de croissance hématopoïétique
et à la réinjection répétée des cellules
souches périphériques est une stratégie cohérente
soutenue par plusieurs modèles expérimentaux [23, 24] :
elle devrait permettre une nouvelle augmentation de la dose-intensité
des principaux agents antitumoraux et leur administration à doses
optimales. La réalisation d'une intensification chimiothérapique
en première ligne, d'emblée après la chirurgie initiale,
avant l'émergence potentielle de clones chimiorésistants
dans le but d'obtenir une RCH, facteur pronostique principal en termes
de survie à long terme, est une évolution stratégique
qui semble prioritaire pour améliorer la survie. Récemment,
l'équipe de Benedetti [25] a rapporté avec une telle stratégie
des résultats encourageants avec, sur 19 patientes évaluables,
84 % de réponse dont 37 % de réponses complètes histologiques
et 26 % de réponses partielles microscopiques.
Si plusieurs axes de recherche s'ouvrent dans le cadre de la chimiothérapie
des cancers de l'ovaire, incluant notamment l'intensification de doses
supportée par les facteurs de croissance hématopoïétique
et les cellules souches périphériques, il reste à
démontrer prospectivement le bénéfice apporté
par de telles stratégies. Ce bénéfice ne pourra être
évalué que dans le cadre d'études prospectives randomisées.
Ces études devront répondre prioritairement aux deux questions
suivantes : quel bénéfice permet l'intensification de dose
en consolidation d'une réponse chez une malade chimiosensible ?
Quel bénéfice permet l'intensification de dose en première
ligne par rapport à la « meilleure » chimiothérapie
dite « conventionnelle », comprenant vraisemblablement du paclitaxel
? L'importance de telles études est essentielle pour deux raisons
majeures : d'une part, les stades avancés de cancer de l'ovaire
sont associés à une mortalité élevée,
nécessitant l'exploration de nouvelles voies de chimiothérapie
maintenant accessibles ; d'autre part, ces stratégies nouvelles
doivent être évaluées prospectivement pour leur impact,
non seulement sur la survie, mais aussi sur la qualité de vie des
patientes et sur le coût global du traitement, paramètres
essentiels à la diffusion générale de ces stratégies.
*
Patients
et méthodes
Patients
La population (n = 67) a été divisée en deux groupes
en fonction de leur réponse à la chimiothérapie initiale
: le groupe dit de « rattrapage » (n = 30) comprend les patientes
réfractaires primaires, ayant progressé pendant la chimiothérapie,
ainsi que les patientes ayant présenté une rechute sensible
ou réfractaire à une chimiothérapie de rattrapage
; le groupe dit de « consolidation » (n = 37) comprend les patientes
ayant répondu à la chimiothérapie de première
ligne. L'évaluation de la réponse à la chimiothérapie
initiale était basée sur des critères cliniques (examen
clinique, CA 125 sérique, imagerie) et parfois histologiques (laparotomie
de deuxième regard réalisée en l'absence de progression
clinique). Les patientes étaient considérées comme
répondeuses à la chimiothérapie initiale lorsque
ce bilan objectivait une diminution de taille et/ou du nombre des masses
tumorales.
Patientes traitées en «
rattrapage ». Ce groupe comprenait 30 patientes dont 20
étaient réfractaires primaires, et 10 présentaient
une rechute sensible (n = 4) ou réfractaire (n = 6) à une
chimiothérapie de deuxième ligne. Leurs caractéristiques
sont résumées dans le tableau
II. L'âge médian était de 45 ans au moment
de la greffe (23-60). Les histologies de type adénocarcinome se
répartissaient en 16 tumeurs séreuses et 14 tumeurs non
séreuses. On retrouvait 5 stades II de la FIGO, 14 stades IIIb,
9 stades IIIc et 2 stades IV. Les patientes réfractaires primaires
avaient été traitées par chirurgie et un nombre médian
de 2 lignes de chimiothérapie à base de platine avant l'intensification.
Les patientes ayant subi une intensification pour une rechute avaient
reçu un nombre médian de 2 lignes de chimiothérapie
depuis le diagnostic initial de la maladie (2-4) et toutes avaient reçu
du platine dans le traitement de la rechute. Aucune patiente du groupe
n'avait reçu de taxane avant l'intensification.
Patientes traitées en «
consolidation ». Ce groupe comprenait 37 patientes.
Leurs caractéristiques cliniques et histologiques sont résumées
dans le tableau III. L'âge
médian au diagnostic était de 48 ans (23-63). Les types
histologiques se répartissaient en 25 cystadénocarcinomes
papillaires séreux et 12 tumeurs non séreuses. Toutes les
patientes avaient une tumeur de stade III ou IV de la FIGO : 13 stades
IIIb, 10 stades IIIc, 14 stades IV. Toutes avaient subi un geste chirurgical
et une chimiothérapie d'induction avant l'intensification. Le geste
chirurgical allait de la simple biopsie diagnostique à l'hystérectomie
avec annexectomie bilatérale, omentectomie, curage ganglionnaire,
résection digestive. La chirurgie était optimale (résidu
absent ou inférieur à 2 cm) dans 24 % des cas. La chimiothérapie
comprenait toujours un sel de platine avec un nombre médian de
6 cycles (4-11) délivrés sur une durée médiane
de 4,5 mois. Une laparotomie de deuxième regard était ensuite
réalisée chez 31 patientes alors que le bilan d'évaluation
tumorale ne montrait aucun signe clinique de progression. Les résultats
étaient une RCH (biopsie négative) chez 15 patientes, un
résidu tumoral microscopique (biopsie positive) chez 2 et un résidu
macroscopique chez 14. Une exérèse chirurgicale était
pratiquée chaque fois que possible. Finalement, l'intensification
thérapeutique (IT) était réalisée 2 mois après
le deuxième regard, soit environ 8 mois après le diagnostic.
Méthodes
Chimiothérapie intensive
(tableau
V). Plusieurs régimes successifs ont été
utilisés durant la période de l'étude dans le cadre
d'essais de phase I-II. Cinquante-neuf patientes ont reçu de fortes
doses de melphalan (140 mg/m2) comme décrit précédemment
[26] : le melphalan a été utilisé seul chez 19 patientes,
associé au cyclophosphamide (120 mg/kg) chez 17 patientes, associé
au carboplatine (1 200 mg/m2) et à l'étoposide
(1 000 mg/m2) chez 19 patientes, et associé à
16 mg/kg de busulfan per os chez 1 patiente. Huit autres patientes
ont été traitées par une association de thiotépa
(500 mg/m2), cyclophosphamide (6 g/m2) et carboplatine
(800 mg/m2 et 3 par le protocole Carbopec associant carboplatine
(1,2 g/m2), étoposide (1 750 mg/m2) et cyclophosphamide
(6,4 g/m2). Les conditionnements étaient réalisés
sous hyperhydratation et sous diazépam pour les patientes recevant
thiotépa ou busulfan.
Greffe de cellules souches hématopoïétiques.
Les progéniteurs hématopoïétiques ont été
collectés au niveau médullaire, puis dans le sang périphérique
à partir de février 1994 selon les techniques déjà
décrites dans la littérature [27, 28]. Une fois prélevé,
le greffon était congelé dans du DMSO [29], sauf en cas
de conditionnement par melphalan seul où il était conservé
à température ambiante pendant 24 heures avant la réinjection
[30]. Dans tous les cas, un contrôle de la qualité et de
la quantité du greffon était effectué avant le traitement.
Cinquante-neuf patientes ont été greffées avec des
cellules médullaires (minimum de 2.108 cellules mononucléées/kg
réinjectées) et 8 avec des cellules souches périphériques
(minimum de 1 à 2.106 CD34+/kg réinjectées).
Le G-CSF postgreffe a été utilisé à partir
de 1992.
Réanimation hématologique. Tous les produits
sanguins étaient irradiés avant transfusion à la
dose de 25 Gy. Ils étaient administrés quand le taux d'hémoglobine
était inférieur à 8 g/dl ou le nombre de plaquettes
inférieur à 20.109/l. En cas de fièvre,
une antibiothérapie à large spectre était rapidement
commencée par voie intraveineuse et l'amphotéricine B était
rajoutée si la fièvre persistait au-delà de 48 heures.
Une alimentation parentérale était donnée en cas
de nutrition orale impossible.
Critères de jugement et méthodes statistiques.
La toxicité était évaluée selon les critères
de l'OMS [31]. L'efficacité était appréciée
sur le taux de réponse dans le groupe rattrapage, la survie sans
progression et la survie globale dans les deux groupes. L'évaluation
de la réponse après la greffe comprenait un examen clinique,
un dosage du CA 125 sérique et un bilan radiologique. La réponse
complète (RC) était définie par la disparition de
toute tumeur pendant plus de 4 semaines avec normalisation du CA 125,
et la réponse partielle (RP) par la diminution d'au moins 50 %
du volume tumoral pendant plus de 4 semaines, sans apparition d'autres
localisations, avec diminution de 50 % du CA 125 s'il était élevé
avant la greffe. Les autres résultats étaient considérés
comme des échecs. La laparotomie exploratrice de troisième
regard n'était pas requise pour documenter une RC.
Les survies étaient calculées à partir de la date
du diagnostic dans le groupe consolidation et la date de la greffe dans
le groupe rattrapage. La survie sans progression était calculée
jusqu'à la survenue d'une progression et la survie globale jusqu'à
la date du décès pour toutes causes de décès.
La méthode de Kaplan-Meier était utilisée pour évaluer
les survies. Dans le groupe consolidation, une stratification
en sous-groupes a été réalisée en fonction
de l'âge
(< 40 ans versus > 40 ans), du stade initial FIGO (III versus
IV), du résidu tumoral initial (absent ou < 2 cm versus
> 2 cm), de la réponse histologique constatée au deuxième
regard (RCH versus RP microscopique ou macroscopique), du conditionnement
(avec versus sans carboplatine). Les comparaisons des courbes de
survie de ces différents sous-groupes ont été faites
par le test de log-rank. Aucune analyse multivariée n'a
été réalisée en raison du nombre trop faible
de sujets.
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