ARTICLE
Le larynx
Rappel anatomique [4, 6]
Le larynx est un organe unique et médian situé à
la partie antérieure et moyenne du cou, en avant de l'hypopharynx
et du rachis cervical. Il se compose de deux grandes entités :
le tube laryngé ou cornet fibro-élastique, qui prolonge
la trachée en avant du pharynx et joue un rôle de sphincter,
et l'appareil thyro-hyoïdien qui soutient et protège le tube
laryngé. C'est un organe dynamique complexe dont le rôle
est essentiel dans la phonation (émission des sons fondamentaux),
la respiration (sphincter supérieur de l'arbre respiratoire) et
la déglutition (sa fermeture et son ascension permettent de protéger
les voies aérodigestives supérieures).
La morphologie interne du larynx ou endolarynx (figure
1) se divise suivant trois étages, dont il convient d'individualiser
deux espaces essentiels pour la carcinologie du larynx :
- l'étage glottique, qui assure l'essentiel de la
fonction phonatoire, est composé d'une fente sagittale, la glotte,
limitée latéralement par les cordes vocales, chacune tendue
entre l'apophyse vocale du cartilage aryténoïde en arrière
et le cartilage thyroïde en avant. Les deux cordes vocales se réunissent
en avant pour former la commissure antérieure ;
- l'étage sous-glottique, en forme d'entonnoir renversé,
qui comprend une muqueuse épaisse, le cône élastique,
qui recouvre le cartilage cricoïde ;
- l'étage sus-glottique ou vestibule laryngé,
qui comprend la margelle laryngée, la face postérieure de
l'épiglotte sous-hyoïdienne, les bandes ventriculaires et
les ventricules de Morgani. Du point de vue carcinologique, la margelle
laryngée est une entité anatomoclinique particulière
qui correspond à l'orifice supérieur du larynx, zone frontière
entre les voies aériennes et digestives supérieures. On
distingue trois sous-localisations dont les lésions tumorales ont
des propriétés particulières au niveau de l'extension,
de la lymphophilie, du traitement et du pronostic ;
- l'espace paraglottique, situé latéralement
entre les cordes vocales et la face interne du cartilage thyroïde
;
- la loge hyo-thyro-épiglottique (HTE), espace graisseux
compris entre l'épiglotte en arrière et la membrane thyro-hyoïdienne
en avant.
Les lymphatiques étendus sur le versant endolaryngé sont
peu développés dans la région glottique, ce qui explique
en partie le pronostic favorable des cancers limités à la
corde vocale. Le pédicule supérieur draine le réseau
sus-glottique vers la chaîne jugulo-carotidienne haute ; le pédicule
antérieur draine le réseau sous-glottique vers les chaînes
jugulo-carotidiennes moyenne et prélaryngée ; le pédicule
postérieur draine le réseau sous-glottique vers la chaîne
récurrentielle.
L'innervation, extrêmement riche, est assurée par le nerf
laryngé supérieur, essentiellement sensitif, et le nerf
laryngé inférieur ou récurrent, moteur de tous les
muscles intrinsèques du larynx, à l'exception du muscle
crico-thyroïdien innervé par le nerf laryngé externe.
L'anatomie endolaryngée va conditionner les modalités
évolutives locorégionales et la stratégie chirurgicale
des tumeurs du larynx car il existe des zones de résistance anatomiques
naturelles aux possibilités d'extension et des points de faiblesse
[4].
Les cartilages thyroïde et cricoïde forment une barrière
anatomique efficace à l'extension extralaryngée ; cette
barrière devient cependant vulnérable avec le vieillissement
du fait de la métaplasie osseuse, particulièrement au niveau
de la commissure antérieure où le périchondre interne
est absent. Le toit de la loge HTE (membrane hyo-épiglottique)
représente également un point fort vis-à-vis de l'extension
tumorale, que ce soit vers le haut ou vers le bas. Enfin, le cône
élastique sous-glottique est un point de résistance efficace
pour l'extension des tumeurs du ventricule et de l'espace paraglottique
vers l'espace sous-glottique.
En revanche, la membrane crico-thyroïdienne est un point de faiblesse
qui permet une diffusion extralaryngée des tumeurs à point
de départ glotto-sous-glottique. De même, au niveau intralaryngé,
la face laryngée de l'épiglotte, traversée d'orifices
cribriformes, est perméable à l'extension tumorale vers
la loge HTE des tumeurs du vestibule laryngé. Latéralement,
l'espace paraglottique constitue une zone d'extension possible des cancers
du plan glottique, et c'est aussi une voie d'extension fréquente
des tumeurs supra-glottiques vers la sous-glotte. Enfin, le ligament thyro-épiglottique
est également un point de faiblesse de l'extension des lésions
glottiques antérieures vers la loge HTE.
L'impact anatomique en pathologie tumorale endolaryngée est donc
important : il conditionne les niveaux d'extension de la tumeur, l'atteinte
des commissures antérieure et postérieure ou de la loge
HTE, ainsi que le degré de fixité du plan cordal ou des
aryténoïdes.
Anatomie pathologique
[3-5]
* Les formes histopathologiques
Le carcinome in situ est une forme dysplasique sévère,
au stade préinvasif, sans franchissement de la membrane basale
dont le traitement n'est pas univoque mais qui impose au minimum un pelage
biopsique et une surveillance étroite.
Le carcinome épidermoïde invasif représente
la majorité des cancers du larynx (90 % des cas) [3, 4] et il peut
revêtir différents aspects architecturaux, de la forme micro-invasive
à des formes invasives végétantes ou infiltrantes
plus ou moins ulcérées et plus ou moins différenciées.
Le carcinome verruqueux [7] représente 2 à 3 %
des cancers des VADS avec une prédisposition pour l'étage
glottique. Son aspect morphologique est celui d'une lésion papillomateuse.
Le diagnostic de malignité de cette tumeur, le plus souvent bien
différenciée, impose des biopsies profondes. La tendance
est à l'extension locale, le risque métastatique est faible
mais pourrait être augmenté par une radiothérapie.
Le carcinome à cellules fusiformes est une tumeur malpighienne
atypique, d'aspect polypoïde ou sessile, qui siège le plus
souvent au niveau glottique (deux tiers des cas), plus rarement à
l'étage supraglottique ou au niveau de l'hypopharynx. Il développe
des métastases dans 20 à 30 % des cas [4].
Les carcinomes glandulaires restent exceptionnels au niveau du
larynx (1 %) et touchent préférentiellement les femmes dans
la région sus-glottique.
Les tumeurs rares sont représentées par des carcinomes
à cellules géantes, des tumeurs mésenchymateuses
et des lymphomes, ainsi que par des tumeurs neuro-endocrines ou des plasmocytomes.
* Les modalités d'extension [1, 3, 4]
L'extension se fait suivant la localisation tumorale initiale.
- La margelle laryngée : l'extension se fait en haut
vers l'oropharynx, en bas vers l'endolarynx si la lésion est médiane
et vers l'hypopharynx si elle est latérale.
- L'étage sus-glottique : l'extension se fait en
surface vers la glotte et à travers l'épiglotte vers la
loge HTE. Latéralement, elle se fait dans l'espace paraglottique
et peut réaliser une tumeur des trois étages.
- L'étage glottique : l'extension se fait en superficie
vers la commissure antérieure puis vers la corde vocale controlatérale,
vers l'arrière au niveau du cartilage aryténoïde, puis
à la commissure postérieure. En profondeur, elle peut se
faire latéralement vers l'espace paraglottique puis la sous-glotte,
en haut vers l'étage sus-glottique avec un risque particulier vers
la loge HTE pour la commissure antérieure (figure
2).
- L'étage sous-glottique : l'extension se fait soit
vers le bas à travers la muqueuse, soit en dehors vers les structures
prélaryngées, la lésion initiale étant le
plus souvent de siège glottique.
L'étage glottique étant pratiquement dépourvu de
lymphatique, pour les cancers limités à la corde vocale,
l'incidence des adénopathies cervicales métastatiques est
très faible, le risque principal étant au niveau des ganglions
prélaryngés lors d'une extension en profondeur à
la commissure antérieure. Ce particularisme confère une
autonomie de drainage des étages sous- et sus-glottiques riches
en lymphatiques, dont la fréquence des atteintes bilatérales
impose en revanche un traitement ganglionnaire cervical bilatéral.
Les métastases viscérales semblent moins fréquentes
dans les localisations sus-glottiques que dans les localisations glotto-sous-glottiques.
Les métastases à distance du diagnostic initial seraient
plus fréquentes, avec un risque plus élevé en cas
d'atteinte ganglionnaire initiale ou de carcinome très peu différencié.
Les organes préférentiellement touchés sont les poumons,
puis les os et le foie [4, 5].
Données cliniques
[1, 3, 4]
* La dysphonie
C'est le maître symptôme. Ce signe précoce explique
en grande partie le bon pronostic des tumeurs glottiques. Toute dysphonie
persistante et d'aggravation progressive chez un adulte, a fortiori
chez un fumeur, impose un examen ORL.
* La dyspnée
C'est un signe obstructif rarement isolé. Il s'agit d'une bradypnée
inspiratoire qui, accompagnée de tirage et de cornage, traduit
déjà une forme évoluée.
* La dysphagie
Plus volontiers présente en cas d'atteinte de l'épiglotte
ou de la margelle laryngée, c'est un signe généralement
plus tardif qui traduit une extension en profondeur.
* L'examen
Ses objectifs sont multiples. Il pose le diagnostic, permet d'apprécier
la localisation tumorale, l'extension en surface et en profondeur, la
mobilité des cordes vocales et des aryténoïdes et l'extension
locorégionale ganglionnaire, et doit rechercher dans le même
temps d'autres localisations des VADS. Les résultats seront soigneusement
reportés sur un schéma daté.
Les moyens mis en uvre, outre l'examen au miroir laryngé,
sont la nasofibroscopie directe, indispensable pour étudier la
mobilité laryngée, la panendoscopie directe des VADS avec
suspension laryngée (importance de l'exposition, de l'utilisation
d'un microscope et d'optiques rigides pour l'examen de la commissure antérieure
et de la sous-glotte, et de l'évaluation palpatoire de l'infiltration
tumorale). Des fibroscopies bronchique et sogastrique pourront compléter
le bilan endoscopique.
L'imagerie comporte une échographie cervicale (ganglions, loge
HTE) et un examen tomodensitométrique avec injection de produit
de contraste et coupes millimétriques qui recherchera un envahissement
de la loge HTE, une disparition du liseré graisseux paraglottique,
une condensation ou une lyse cartilagineuse (aryténoïde, thyroïde
et cricoïde), une perte de l'ovalité sous-glottique et des
adénopathies rondes à centre clair, ce qui témoigne
de la présence de nécrose. Pour les petites tumeurs T1 superficielles
du plan glottique, le scanner a cependant peu d'intérêt.
Le bilan paraclinique comporte également une radiographie des poumons
de face et de profil, complétée d'un examen tomodensitométrique
thoracique au moindre doute (systématique pour certains).
Un bilan général d'opérabilité clinique
et biologique complète le bilan ORL, en particulier en ce qui concerne
la fonction respiratoire.
Le traitement
* Les objectifs
En ce qui concerne les cancers limités du plan glottique, le
concept de stratégie graduée fonctionnelle s'est développé
depuis les années soixante-dix à l'amélioration des
techniques de radiothérapie externe (balistique) et surtout grâce
aux progrès réalisés en matière de chirurgie
reconstructive et fonctionnelle, cela contrastant avec le nombre de tumeurs
de diagnostic tardif dont l'extension endolaryngée imposait encore
une laryngectomie totale [7-12].
La chimiothérapie néoadjuvante a pris également
une place parmi les stratégies non mutilantes, visant à
diminuer ce nombre et à conserver un larynx fonctionnel en place
[13-15].
Enfin, pour les cancers étendus nécessitant un traitement
mutilant avec laryngectomie totale, des progrès sensibles en matière
de réhabilitation fonctionnelle par prothèses phonatoires
ont heureusement vu le jour, soulignant le caractère impératif
du maintien d'une qualité de vie optimale.
|
Classification TNM
La classification utilisée est celle de
l'UICC 1997. Elle est faite en fonction du point de départ
de la tumeur au niveau des régions et localisations anatomiques
ainsi que de ses extensions.
Le T
* Tumeur primitive supraglottique
T0 : pas de signe de tumeur primitive
T1 : tumeur limitée à une
sous-localisation supraglottique (épiglotte supra-hyoïdienne,
épiglotte infra-hyoïdienne, replis ary-épiglottique,
aryténoïde, bande ventriculaire, ventricule laryngé)
avec mobilité cordale normale
T2 : la tumeur intéresse au moins
deux sous-localisations ou l'étage glottique, avec mobilité
cordale normale
T3 : tumeur limitée au larynx avec
fixation cordale, avec ou sans extension rétrocricoïdienne,
au mur pharyngolaryngé ou aux tissus prélaryngés
T4 : tumeur avec extension cartilagineuse
avec ou sans extension extralaryngée (oropharynx, tégumentaire)
Tx : conditions minimales requises pour
classer la tumeur primitive non obtenues
* Tumeur primitive glottique
T1 : tumeur limitée à une
ou à deux cordes vocales (pouvant intéresser les commissures
antérieure et postérieure)
T1a : limitée à une corde
vocale
T1b : intéresse les deux cordes vocales
T2 : la tumeur intéresse l'étage
supra- ou sous-glottique, avec ou sans mobilité diminuée
T3 : tumeur limitée au larynx, avec
fixation cordale
T4 : tumeur avec extension cartilagineuse
avec ou sans extension extralaryngée (oropharynx, tégumentaire)
Tx : conditions minimales requises pour
classer la tumeur primitive non obtenues
* Tumeur primitive sous-glottique
T1 : tumeur limitée à la sous-glotte
T2 : tumeur étendue à l'étage
glottique avec mobilité normale ou diminuée
T3 : tumeur limitée au larynx, avec
fixation cordale
T4 : tumeur avec extension cartilagineuse
avec ou sans extension extralaryngée (oropharynx, tégumentaire)
Tx : conditions minimales requises pour
classer la tumeur primitive non obtenues
Le N (UICC)
N0 : pas de signe d'envahissement ganglionnaire
régional
N1 : 1 ganglion homolatéral inférieur
ou égal à 3 cm
N2a : 1 ganglion homolatéral supérieur
à 3 cm et inférieur à 6 cm
N2b : 1 ou plusieurs ganglions du même
côté supérieurs à 3 cm et inférieurs
à 6 cm
N2c : 1 ou plusieurs ganglions controlatéraux
ou bilatéraux supérieurs à 3 cm et inférieurs
à 6 cm
N3 : 1 ou plusieurs ganglions supérieurs
à 6 cm
Nx : conditions minimales non requises pour
classer les ganglions lymphatiques régionaux
Le M
M0 : aucun signe de métastase à
distance
M1 : présence de métastases
à distance
Mx : conditions minimales non requises pour
apprécier la présence de métastases à
distance ou métastases non recherchées
Classification en stades
Stade I : TI N0 M0
stade II : T2 N0 M0
stade III : T3 N0, T1 T2 T3 N1 M0
stade IV : T4 N0 N1, tous T N2 N3 M0, tous
T tous N M1
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* La chirurgie
On distingue schématiquement cinq grands types d'exérèse
chirurgicale du larynx [4].
- La laryngectomie totale (LT) est l'amputation complète
du tube laryngé et de l'appareil thyro-hyoïdien qui impose
la réalisation d'un trachéostome définitif, avec
comme conséquences principales la perte de la voix laryngée
et une altération définitive de l'odorat. La mise en place
d'un implant phonatoire trachéo-sophagien permet au patient
laryngectomisé de récupérer une élocution
dans plus des trois quarts des cas. La LT peut être réalisée
en champ étroit (cancers glottiques fixés, chirurgie de
rattrapage postradique) ou élargi au corps thyroïde et aux
téguments cervicaux.
- Les laryngectomies partielles verticales concernent les
tumeurs limitées au plan glottique. Les plus simples consistent
en l'exérèse d'une partie d'un hémilarynx. Les variantes
sont nombreuses et leur pratique dépend des équipes chirurgicales.
Il en est ainsi de la cordectomie simple qui consiste en l'exérèse
d'une corde vocale par voie externe cervicale ou de la laryngectomie frontale
antérieure reconstructive avec épiglottoplastie (LFAR de
Tucker) plus complexe [16]. Ces interventions nécessitent une trachéotomie
transitoire et une dysphonie séquellaire plus ou moins marquée
est de règle.
- Les laryngectomies partielles horizontales. Leur principe
est l'exérèse partielle ou totale de l'étage supraglottique
du larynx. L'intégrité et la mobilité glottique doivent
être conservées. Ces laryngectomies comprennent la laryngectomie
horizontale supraglottique pour les tumeurs du vestibule laryngé
respectant le pied de l'épiglotte [17], et les hémi-pharyngo-laryngectomies
supraglottique et supracricoïdienne pour les tumeurs limitées
de la margelle latérale. Toutes ces laryngectomies supraglottiques
imposent également une trachéotomie temporaire, mais elles
n'entraînent en général que des séquelles phonatoires
minimes.
- Les laryngectomies subtotales fonctionnelles reconstructives
ont en commun l'exérèse du cartilage thyroïde, la conservation
du cricoïde, de l'os hyoïde et au minimum d'une unité
aryténoïdienne fonctionnelle. Un bon état général
et de la fonction respiratoire sont des conditions impératives
à leur réalisation. La laryngectomie subtotale reconstructive
avec crico-hyoïdo-épiglottopexie (CHEP dite de Majer-Piquet)
conserve l'épiglotte et s'adresse au cancer glottique avec corde
fixée et aryténoïde mobile, ou glottique bilatéral
ou étendu à la commissure antérieure. Un T3 glottique
ou un envahissement de la loge HTE la contre-indique [9, 18, 19]. La laryngectomie
subtotale reconstructive avec crico-hyoïdo-pexie (CHP dite de Labayle)
est l'intervention « ultime » de la chirurgie reconstructive
laryngée et s'adresse aux tumeurs glotto- et sus-glottiques à
mobilité aryténoïdienne conservée, étendues
à la commissure antérieure ou à la loge HTE [4].
- La chirurgie laryngée laser par voie endoscopique
utilise un laser CO2 et nécessite une exposition laryngée
parfaite. L'indication de choix est la tumeur T1a bourgeonnante du tiers
moyen de la corde vocale, mais certains proposent cette technique pour
des lésions plus avancées. Ses avantages en sont la rapidité
de réalisation, l'absence de trachéotomie et des suites
opératoires simples et rapides, particulièrement intéressantes
chez le sujet âgé ou en cas de récidive localisée
postradique [20].
* La radiothérapie [3-5, 21]
L'objectif du traitement est l'obtention du contrôle local avec
une préservation fonctionnelle optimale de la voix. Les techniques
d'irradiation sont assez remarquablement univoques pour la majorité
des équipes. Le télécobalt et les petits accélérateurs
linéaires sont le plus souvent utilisés. Mise en place et
repérage sont en général faciles. Les techniques
de dosimétrie prévisionnelle par ordinateur permettent une
connaissance exacte de la dose reçue par la ou les structures intéressées,
sous réserve d'une excellente contention du patient dans les conditions
du traitement.
- Le volume cible. En cas de tumeur glottique limitée,
il est représenté uniquement par la tumeur et ses extensions
locales (plan glottique) ; il n'y a pas de volume ganglionnaire à
irradier. Dans tous les autres cas, les aires ganglionnaires sont irradiées
en même temps que la tumeur primitive.
- Les champs d'irradiation. En cas de tumeur limitée
à la glotte, deux portes d'entrée sont en général
utilisées, la limite des champs étant : en haut, le bord
supérieur du cartilage thyroïde, en arrière, une ligne
passant au niveau de la limite postérieure du cartilage thyroïde,
les cartilages aryténoïdes que l'on veut épargner en
cas d'atteinte antérieure (commissure antérieure ou tiers
antérieur des cordes vocales), en bas, le bord inférieur
du cricoïde qui est systématiquement irradié, s'il
s'agit d'une tumeur de la face inférieure des cordes vocales ou
d'une tumeur de la commissure antérieure, en avant, au niveau de
la peau de la région préthyroïdienne. Des filtres en
coin permettent, en fonction de l'anatomie du patient et de la situation
de la tumeur, de délivrer la dose optimale.
Dans les autres cas, le patient est irradié par deux faisceaux
latéraux opposés incluant la tumeur primitive et les aires
ganglionnaires cervicales supérieures et moyennes, et par un faisceau
antérieur, jointif, irradiant les aires ganglionnaires cervicales
inférieures. La moelle épinière est protégée
à 45 Gy et l'irradiation spinale poursuivie, si nécessaire,
par électrons.
- Les doses. On délivre habituellement, dans la tumeur,
une dose totale de 65 à 70 Gy en 33 séances et 6 semaines
et demie (10 Gy par semaine, 2 Gy/fraction, 5 fractions/
semaine). Sur les aires ganglionnaires cervicales, la dose totale est
de 45 à 55 Gy en l'absence d'adénopathie métastatique,
70 Gy en cas d'atteinte ganglionnaire. La radiothérapie n'est pas
une indication classique dans le traitement des cancers laryngés
avancés T3-T4, mais certaines équipes sont favorables à
cette irradiation exclusive, à la dose de 70 Gy/7 semaines/35 séances
en étalement classique (5 séances de 2 Gy/semaine) [22],
ou selon des modalités d'irradiation multifractionnée [23,
24] ou accélérée [25].
* La chimiothérapie
Depuis le début des années quatre-vingt, l'association
cisplatine-5-fluoro-uracile a démontré une réelle
chimiosensibilité des carcinomes épidermoïdes des voies
aérodigestives supérieures, même si la survie globale
n'a pas été modifiée. La conception d'une stratégie
nouvelle visant à conserver la fonction laryngée, développée
aux États-Unis et en Europe, et l'association de chimiothérapie
d'induction et de radiothérapie chez les patients dont la tumeur
a répondu à la chimiothérapie amènent des
survies comparables à celles obtenues par la chirurgie radicale,
avec l'avantage de conserver un larynx fonctionnel en place [26-28]. L'étude
randomisée de référence qui a démontré
l'utilité de cette stratégie dans les cancers du larynx
a été publiée en 1991 avec des résultats analogues
à l'essai concernant l'hypopharynx, à savoir une préservation
laryngée chez deux tiers des patients répondeurs [13].
La photochimiothérapie est une nouvelle technique qui utilise
le laser à colorant. Elle consiste en une injection intraveineuse
d'hémato-porphyrine se fixant sur les zones tumorales qui pourront
être détruites par l'exposition d'un faisceau laser (630
nm) sous laryngoscopie directe en suspension. Cette technique encore en
évaluation s'adresse aux petites lésions superficielles.
* Les indications [1, 3, 4]
Les indications thérapeutiques en matière de cancer du
larynx sont complexes et nécessitent une approche pluridisciplinaire,
prenant en compte tous les critères du choix, entre la chirurgie
et la radiothérapie.
- Certains critères sont majeurs : la localisation,
l'extension tumorale et la fixité laryngée, l'aspect macroscopique
(infiltration) et le degré de différenciation tumorale,
l'âge physiologique et l'état de la fonction respiratoire.
- D'autres critères sont relatifs : en faveur de
la chirurgie, le jeune âge, un tabagisme sévère ou
poursuivi ; en faveur de la radiothérapie, le « besoin vocal
», un âge avancé ou la présence de tares associées.
Les facteurs géographiques, psychosociaux, la durée du traitement,
la qualité de la surveillance et le coût du traitement sont
également des facteurs relatifs qui peuvent cependant s'avérer
déterminants dans la stratégie thérapeutique retenue.
* Stratégie thérapeutique suivant
la localisation
- La margelle laryngée. Pour les tumeurs limitées,
le traitement chirurgical conservateur ou la radiothérapie pour
les formes bourgeonnantes sont proposés. Les formes plus étendues
ulcéro-infiltrantes relèvent de la chirurgie, souvent avec
irradiation complémentaire. Si la chirurgie doit être mutilante,
un protocole de conservation laryngée peut être retenu.
- L'étage sus-glottique. Les tumeurs limitées
superficielles ou bourgeonnantes de l'épiglotte peuvent être
irradiées ou opérées, toutes les autres formes relevant
de la chirurgie conservatrice supraglottique. Si les lésions limitées
de la bande ventriculaire peuvent être traitées par une irradiation
exclusive, celles envahissant le ventricule ou atteignant le pied de l'épiglotte
(appelées pied-bande) relèvent de l'exérèse
chirurgicale. Tout envahissement de la loge HTE confirmé sur la
pièce opératoire impose une irradiation complémentaire.
- L'étage glottique. Les lésions du tiers
moyen de la corde vocale peuvent être traitées par radiothérapie
ou cordectomie avec des résultats carcinologiques similaires, avec
un avantage incontestable de la radiothérapie pour la préservation
de la fonction vocale, et un avantage non négligeable de la cordectomie
en matière de rapidité du traitement et d'obtention de limites
histopathologiques précises. En cas d'extension vers l'avant, si
la commissure antérieure est atteinte ou dépassée,
l'indication est chirurgicale : CHEP ou LFAR si l'extension antérieure
est limitée ; CHP en cas d'atteinte de la loge HTE ou LT en cas
d'atteinte massive de la loge HTE, de transfixion cartilagineuse ou d'extension
sous-commissurale antérieure importante. En cas d'extension vers
le haut, CHP ou hémilaryngectomie, LT si l'espace paraglottique
est envahi avec fixité hémilaryngée. En cas d'extension
vers l'arrière, radiothérapie si la mobilité laryngée
est conservée, CHEP si la mobilité est diminuée.
Si un aryténoïde est fixé ou la commissure postérieure
atteinte, la LT est nécessaire. En cas d'extension très
limitée vers le bas, une laryngectomie reconstructive ou une radiothérapie
peuvent être discutées, mais le plus souvent malheureusement,
une LT est nécessaire.
- L'étage sous-glottique. Le traitement associe la
LT élargie aux premiers anneaux trachéaux avec lobectomie
thyroïdienne homolatérale et évidement ganglionnaire
médiastino-récurrentiel, et une irradiation postopératoire.
- Les tumeurs étendues aux trois étages.
Le traitement est la laryngectomie totale plus ou moins élargie
aux structures adjacentes (hypopharynx, oropharynx, thyroïde, téguments...),
suivie d'une irradiation.
- Le traitement des aires ganglionnaires. En cas d'atteinte
glottique simple (N0), il n'y a pas de traitement ganglionnaire de principe.
Pour les lésions extraglottiques, un traitement prophylactique
ou de nécessité s'avère nécessaire. Selon
le traitement retenu pour la tumeur laryngée, ce sera soit une
radiothérapie sur les aires ganglionnaires, soit un curage bilatéral.
Le type de curage est adapté en fonction du statut ganglionnaire
établi lors du bilan préthérapeutique : il est de
type fonctionnel pour les patients N0 ou N1, respectant les secteurs IB
(sauf si extension à la margelle) ou étendu en médiastino-récurrentiel
en cas d'atteinte sous-glottique, et mené sur le mode conventionnel
en cas d'adénopathies volumineuses. Après l'évidement
chirurgical, une radiothérapie complémentaire est discutée
en fonction des résultats histologiques tant au niveau du cou que
du site tumoral primitif. Une atteinte ganglionnaire massive contre-indique
presque toujours une chirurgie laryngée fonctionnelle conservatrice
et impose dans tous les cas une irradiation complémentaire (exclusive
si non résécable).
* Facteurs histologiques influençant le
traitement
Le caractère ulcéro-infiltrant et des lésions de
laryngite chronique associée sont en faveur d'un traitement chirurgical
premier. Si les formes bourgeonnantes répondent bien à la
radiothérapie, les carcinomes épidermoïdes très
différenciés et les carcinomes verruqueux sont plutôt
radiorésistants, de même que les formes sarcomatoïdes.
Suivant chaque cas et selon les équipes, le carcinome in situ
impose au minimum un pelage biopsique associé à un arrêt
du tabagisme et à une surveillance stricte. Une cordectomie laser,
une chirurgie limitée du plan glottique (type CHEP) ou une radiothérapie
peuvent également être discutées.
Résultats et pronostic
Ils sont variables selon la localisation tumorale primitive, l'extension
et le traitement.
* Tumeurs de la margelle laryngée [3,
4, 29]
Ce sont des tumeurs dont le pronostic demeure sombre. Ainsi, dans une
série de 244 patients traités au centre Oscar-Lambret (1974-1983),
le taux de survie globale à 5 ans n'était-il que de 27 %.
Les études de chirurgie fonctionnelle suivie d'irradiation retrouvaient
un taux de survie actuarielle à 5 ans de 51 % avec un taux de contrôles
locaux de 88 % ; ceux de la radiothérapie exclusive étaient
de 16 % à 5 ans avec un taux de contrôles locaux de 64 %
(35 % de survie à 5 ans pour les T1-T2 avec un taux de contrôles
locaux de 87 %). Ces résultats recoupent ceux des autres séries
de la littérature.
* Tumeurs sus-glottiques
Les résultats de la chirurgie fonctionnelle sus-glottique font
état d'une survie globale à 5 ans de 60 à 70 % [4,
22]. Ceux de la radiothérapie se situent autour de 45 %, mais Mendenhall
et al. [7] rapportent un taux de contrôles locaux de 85 %
pour les T1-T2 et de 52 % pour les T3-T4.
* Tumeurs à point de départ glottique
Les résultats carcinologiques globaux des cancers glottiques
tournent, en termes de taux de survie globale à 5 ans, autour de
60 %.
Pour les T1-T2 laryngés, les résultats de la radiothérapie
externe et de la chirurgie subtotale reconstructive (CHEP, LFAR, CHP)
sont globalement comparables en termes de contrôle local et de survie
[4] :
- Chirurgie : le taux de contrôles locaux est supérieur
à 90 % et le taux de survie à 5 ans est de l'ordre de 80
à 90 %
[9, 11].
- Radiothérapie : Mendenhall et al. [8] sur
une série de 304 patients T1 et T2, obtiennent respectivement 93
% et 77 % de taux de contrôles locaux, 93 % et 88 % de taux de survie
à 5 ans incluant la chirurgie de rattrapage et un taux de préservation
laryngée de 89 %. Le risque d'échec de la radiothérapie
dans les cancers limités de la corde vocale se situe entre 10 %
et 15 %. Ton Van et al. [11], à propos de 356 patients,
comparent la radiothérapie à la chirurgie fonctionnelle
pour des T1 et T2 glottiques : ils retrouvent, pour la radiothérapie,
un taux de contrôles locaux initiaux de 70 % (94 % après
rattrapage) avec un taux de survie à 5 ans de 67 % et un taux de
préservation de la fonction vocale de 81 % et, pour la chirurgie,
un taux de contrôles locaux initiaux de 89,5 % (98,7 % après
rattrapage) avec un taux de survie à 5 ans de 92 %.
* Tumeurs avancées
Pour les cancers avancés justifiables d'une laryngectomie totale,
la chimiothérapie néoadjuvante, suivie de radiothérapie
externe en cas de réponse à la chimiothérapie, permet
de préserver globalement le larynx dans 25 à 30 % des cas,
et cela sans influence sur le taux de survie qui demeure autour de 53
% à 3 ans [30].
* Problème des récidives
En ce qui concerne la chirurgie de rattrapage après irradiation
à visée curative, le dogme de la laryngectomie totale est
remis en question depuis plusieurs années, et une chirurgie fonctionnelle
aux suites potentiellement difficiles mais susceptible de contrôler
la tumeur est possible [4, 31].
* Les résultats fonctionnels
Si les résultats fonctionnels dans les T1 sont sensiblement meilleurs
avec la radiothérapie, les risques liés à l'irradiation
demeurent, pour l'essentiel, le larynx postradique (dème,
chondronécrose, fixité aryténoïdienne pouvant
nécessiter une laryngectomie totale), la sclérose cervicale
et l'hypothyroïdie. Les laryngectomies subtotales reconstructives
peuvent entraîner des suites difficiles pour la déglutition,
imposant parfois une laryngectomie totale fonctionnelle (patients âgés,
insuffisants respiratoires...). La voix à long terme reste médiocre
malgré la rééducation.
La laryngectomie totale dans les cancers plus avancés va poser
le problème du trachéostome définitif et ceux liés
à la prothèse phonatoire dont le bénéfice
global pour le laryngectomisé est cependant certain.
* Le suivi thérapeutique
La surveillance spécialisée doit être fréquente
et prolongée à vie. Elle doit permettre de dépister
une récidive locorégionale, une nouvelle localisation ou
la survenue d'une métastase à distance. L'arrêt définitif
du tabagisme est impératif.
L'examen clinique avec nasofibroscopie est mensuel la première
année, puis tous les 2 à 4 mois la deuxième année,
puis tous les 3 à 6 mois la troisième année, et enfin
tous les 6 mois les années suivantes. Des examens complémentaires
(échographie cervicale, radio de thorax, tomodensitométrie
cervicale et thoracique) seront réalisés au moindre doute,
mais aucun consensus n'existe concernant la périodicité
optimale de ces examens.
La rééducation orthophonique ou la réhabilitation
fonctionnelle vocale (implant phonatoire, apprentissage de la voix sophagienne)
se proposent de compenser en partie les conséquences des séquelles
fonctionnelles laryngées et de favoriser la réinsertion
sociale.
L'hypopharynx
Rappels anatomiques [32]
Son origine embryonnaire, comme pour le reste du pharynx, est double,
à la fois ectoblastique et entoblastique. L'hypopharynx est un
conduit musculo-membraneux qui s'étend verticalement en avant du
rachis cervical et en arrière du larynx. Il est étroitement
impliqué dans la dynamique laryngée lors de la déglutition,
de par sa situation anatomique et sa structure musculaire (contractilité,
ascension et raccourcissement). Il est en forme d'entonnoir déformé,
évasé en haut vers l'oropharynx, à la hauteur de
l'os hyoïde, se rétrécissant vers le bas jusqu'à
la bouche sophagienne. Sa paroi antérieure rétro-crico-aryténoïdienne
est à concavité postérieure, du fait de l'impaction
du tube laryngé situé en avant de lui, délimitant
ainsi deux gouttières latérales (les sinus piriformes) reliées
en arrière par la paroi pharyngée postérieure en
situation prévertébrale. Trois régions anatomocliniques
sont ainsi délimitées : les récessus piriformes,
la région crico-aryténoïdienne et la paroi hypopharyngée
postérieure (figure 3).
Les rapports avec le larynx sont essentiels, d'une part avec le rétrocricoïde
et d'autre part plus latéralement avec le mur pharyngolaryngé,
puis l'angle antérieur du sinus piriforme dont la limite antérieure
correspond à la margelle laryngée latérale. Le tiers
supérieur du sinus piriforme est dit membraneux, en rapport avec
la membrane hyothyroïdienne, par opposition aux deux tiers inférieurs
cartilagineux en rapport avec le cartilage thyroïde.
Le drainage lymphatique extrêmement riche du pharynx naît
de deux réseaux muqueux et musculaire qui vont se collecter essentiellement
vers les chaînes latérocervicales mais également vers
les chaînes récurrentielles et médiastinales pour
les tumeurs du fond du sinus et la bouche de Kilian ou vers les ganglions
rétropharyngés pour celles issues de la paroi postérieure.
Anatomie pathologique
* Macroscopie
En France, 90 % des tumeurs de l'hypopharynx prennent leur origine au
niveau des sinus piriformes et seulement 5 à 10 % au niveau de
la paroi pharyngée postérieure et de la région rétrocricoïdienne.
Une telle prépondérance n'est pas retrouvée dans
tous les pays, et il existe même, dans cette dernière localisation,
une inversion du sex ratio en faveur du sexe féminin [1, 2, 3,
33].
Le caractère volontiers bourgeonnant des tumeurs haut situées
du sinus piriforme s'oppose au caractère plus souvent ulcéro-infiltrant
des tumeurs bas situées. Les lésions rétro-crico-aryténoïdiennes
et de la paroi postérieure sont le plus souvent ulcéro-bourgeonnantes,
et plus elles sont bas situées, plus elles deviennent rapidement
circonférentielles [3].
De chaque localisation dépendent des modalités d'extension
particulières, conditionnant les modalités thérapeutiques
et les résultats.
* Histologie
L'hypopharynx est revêtu d'un épithélium malpighien
comportant des îlots glandulaires et des follicules lymphoïdes,
et recouvrant une architecture musculo-cartilagineuse.
À côté des carcinomes épidermoïdes plus
ou moins bien différenciés qui représentent la quasi-totalité
des cas, sont beaucoup plus rarement retrouvés des carcinomes à
stroma sarcomatoïde, des carcinomes indifférenciés
de type nasopharyngé (UCNT), et, plus rarement encore, des carcinomes
muco-épidermoïdes, voire des lymphomes malins non hodgkiniens,
des mélanomes ou des carcinomes squameux basaloïdes ou adénoïdes
kystiques [1, 2, 3, 33].
* Facteurs pronostiques
Parmi les éléments de mauvais pronostic, dominent les
facteurs d'ordre général (amaigrissement majeur, tares multiples)
qui peuvent réduire, voire supprimer, les possibilités de
curabilité locale. Le caractère rapidement évolutif
de la tumeur, la présence de métastases à l'étape
du diagnostic, le caractère infiltrant ou multifocal de la lésion
sont également des facteurs défavorables, de même
que, sur le plan histopathologique, la présence de zones dysplasiques
diffuses dans l'environnement immédiat de la lésion, une
importante néo-micro-vascularisation tumorale et des emboles vasculaires
ou lymphatiques. La recherche de facteurs pronostiques biologiques comme
le dosage du récepteur de croissance épithéliale
(REGF) ou l'expression de la protéine p53, la détermination
des paramètres cinétiques tumoraux, en particulier du temps
de doublement potentiel (Tpot), sont des domaines toujours en évaluation
[2].
* Modalités d'extension tumorale [2, 3]
- Le sinus piriforme [33, 34]. Pour la paroi interne ou
médiale, l'extension se fait en haut et en avant vers la margelle
laryngée latérale, et en profondeur, la tumeur va transpercer
le mur pharyngo-laryngé et bloquer l'articulation crico-aryténoïdienne.
Au niveau de l'angle antérieur, l'extension se fait également
vers la margelle. De la paroi externe ou latérale, elle se développe
vers l'angle antérieur, la paroi hypopharyngée postérieure
ou en dehors vers le cartilage thyroïde et les tissus interstitiels
cervicaux, pouvant réaliser une importante masse tumorale pharyngo-latéro-cervicale,
qu'il sera parfois difficile à différencier d'une adénopathie
fixée.
- La région antérieure ou rétro-crico-aryténoïdienne.
Son accessibilité clinique, même à l'aide du nasofibroscope
souple, est malaisée surtout en ce qui concerne les petites lésions,
et l'extension tumorale se fait en avant vers la margelle laryngée
postérieure, en bas vers la bouche sophagienne, latéralement
vers le ou les sinus piriformes, pouvant réaliser une forme circulaire
panhypopharyngée.
- La paroi postérieure. L'extension se fait en «
tache d'huile » dans toutes les directions, et s'accompagne d'une
infiltration des tissus prévertébraux.
- L'extension ganglionnaire. La richesse lymphatique de
la muqueuse hypopharyngée explique la très forte lymphophilie
de ces tumeurs et, lors du diagnostic initial, une adénopathie
est présente dans plus de deux tiers des cas. Si des adénopathies
multiples homolatérales sont retrouvées dans 25 % des cas,
un essaimage ganglionnaire bilatéral ou controlatéral n'est
constaté que dans 10 % des cas, en général pour les
tumeurs du mur postérieur ou de la région rétro-crico-aryténoïdienne
[1-3]. Les chaînes lymphatiques qui drainent le sinus piriforme
suivent le trajet du pédicule laryngé supérieur et
franchissent en dehors la membrane hyothyroïdienne pour atteindre
les premiers relais ganglionnaires sous-digastriques et sus-omohyoïdiens.
Les tumeurs rétrocricoïdiennes se drainent vers les chaînes
cervicales et récurrentielles et celles de la paroi postérieure
préférentiellement vers les ganglions rétropharyngés
[2].
- L'extension à distance. Les cancers de l'hypopharynx
ont le plus fort taux de dissémination métastatique à
distance parmi les cancers des VADS [3], soit 15 à 20 % ; ces métastases
touchent le poumon, le foie, les os et le cerveau ; le taux de seconde
tumeur synchrone est de 10 à 15 %, et le taux de second cancer
métachrone de l'ordre de 10 % [2, 33, 34].
Données cliniques
* Les symptômes [1, 3]
- La dysphagie. Premier symptôme par ordre de fréquence,
elle est présente lors du diagnostic initial dans deux tiers des
cas. Au début, il s'agit d'une discrète gêne pharyngée
lors de la déglutition de la salive ou des aliments. Intermittente
au départ, elle croît progressivement en intensité
pour devenir quasi complète en cas d'obstruction de la bouche sophagienne.
Elle reste en général bien latéralisée du
côté du sinus piriforme atteint.
- La douleur pharyngée est unilatérale et
s'accompagne très souvent d'une otalgie homolatérale par
atteinte de l'innervation sensitive pharyngée qui est en grande
partie assurée par la branche interne du nerf laryngé supérieur,
en relation avec le nerf auriculaire d'Arnold au niveau du ganglion jugulaire.
- La dysphonie est un signe tardif qui traduit l'envahissement
du larynx et une altération de la mobilité cordale.
- La dyspnée est aussi tardive, et témoigne
de l'obstruction secondaire de l'endolarynx.
- Les adénopathies cervicales. Dans un tiers des
cas, les patients consultent initialement pour un syndrome de masse tumorale
latérocervicale qui traduit l'envahissement lymphatique métastatique
locorégional, et c'est l'interrogatoire qui retrouvera la dysphagie,
parfois très discrète, orientant vers l'hypopharynx.
- Les autres signes. L'halitose, les crachats hémoptoïques
et l'hypersialorrhée sont des signes tardifs et accessoires, témoignant
le plus souvent de l'infiltration et de la nécrose tumorale.
* L'examen
L'examen endocavitaire est réalisé de façon indirecte
au miroir, mais, à l'heure actuelle, bien plus avantageusement
de façon directe, à l'aide d'un nasofibroscope souple dès
la première consultation. La stase salivaire peut parfois le gêner.
La tumeur est recherchée en respiration normale, en phonation et
lors d'une épreuve de Valsalva. L'extension tumorale est appréciée
par l'examen de la dynamique laryngée.
La palpation cervicale, soigneuse chez un patient au cou détendu,
recherche des adénopathies qui sont présentes dans deux
tiers des cas au premier examen et apprécie également une
éventuelle extension tumorale interstitielle au-delà de
l'axe viscéral.
Au terme de cet examen, une panendoscopie ORL sous anesthésie
générale est impérative afin d'établir un
diagnostic histopathologique et une cartographie précise de la
tumeur. Une seconde tumeur est systématiquement recherchée
dans les VADS. Une fibroscopie sogastrique et une fibroscopie bronchique
doivent y être associées car l'extension vers le bas (bouche
sophagienne) est souvent difficile à apprécier, et
les risques de localisations synchrones ne sont pas négligeables.
La palpation soigneuse des aires ganglionnaires cervicales sur un malade
au tonus musculaire relâché est répétée.
Les résultats sont reproduits de façon exhaustive sur un
schéma daté et signé.
* L'imagerie
L'ultrasonographie de la totalité du cou recherche des adénopathies
suspectes d'être métastatiques (taille, indice de Solbiati),
une infiltration cervicale interstitielle et une thrombose de la veine
jugulaire interne.
L'examen tomodensitométrique cervicofacial avec injection de
produit de contraste et réalisation de coupes en fenêtres
« parties molles » et « osseuse et cartilagineuse »,
ainsi qu'en Valsalva, précise la localisation de la tumeur et ses
extensions. Les adénopathies à centre nécrotique
sont bien visualisées.
L'examen tomodensitométrique thoraco-médiastinal qui remplace
avantageusement la radiographie pulmonaire et l'échographie hépatique
est systématique pour certaines équipes.
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Classification TNM
La classification actuellement utilisée
est celle de l'UICC 1997 qui définit trois sous-localisations
à l'hypopharynx : le sinus piriforme, la région rétro-crico-aryténoïdienne
et la paroi pharyngée postérieure.
Le T
T0 : pas de signe de tumeur primitive
TI : tumeur limitée à une
seule sous-localisation
T2 : tumeur s'étendant à une
autre sous-localisation ou à une région adjacente
(larynx, oropharynx, bouche sophagienne) sans fixation de
l'hémilarynx
T3 : tumeur s'étendant à une
autre sous-localisation ou à une région adjacente
avec fixation de l'hémilarynx
T4 : tumeur s'étendant à l'os,
aux cartilages et aux parties molles
Tx : conditions minimales requises pour
classer la tumeur primitive non obtenues
Le N (UICC)
N0 : pas de signe d'envahissement ganglionnaire
régional
N1 : 1 ganglion homolatéral inférieur
ou égal à 3 cm
N2a : 1 ganglion homolatéral supérieur
à 3 cm et inférieur à 6 cm
N2b : 1 ou plusieurs ganglions du même
côté, supérieurs à 3 cm et inférieurs
à 6 cm
N2c : 1 ou plusieurs ganglions controlatéraux
ou bilatéraux, supérieurs à 3 cm et inférieurs
à 6 cm
N3 : 1 ou plusieurs ganglions supérieurs
à 6 cm
Nx : conditions minimales non requises pour
classer les ganglions lymphatiques régionaux
Le M
M0 : aucun signe de métastase à
distance
M1 : présence de métastases
à distance
Mx : conditions minimales non requises pour
apprécier la présence de métastases à
distance ou métastases non recherchées
Classification en stades
Stade I : TI N0 M0
stade II : T2 N0 M0
stade III : T3 N0, T1 T2 T3 N1 M0
stade IV : T4 N0 N1, tous T N2 N3 M0, tous
T tous N M1
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Thérapeutique
* Le bilan préthérapeutique
Outre le bilan locorégional et à distance de la tumeur,
l'appréciation de l'état général et la recherche
d'une tare associée susceptible de modifier la stratégie
thérapeutique sont réalisées. Une tare respiratoire,
cardiovasculaire ou hépatique est particulièrement fréquente
chez ces patients au long passé alcoolo-tabagique. L'appréciation
d'éventuelles tares générales se fait par un examen
clinique soigneux (palpation hépatique, examen neurologique, auscultation
cardiorespiratoire) et des paramètres biologiques explorant l'état
sanguin, nutritionnel et les fonctions hépatiques et rénales.
L'évaluation du statut nutritionnel préthérapeutique
présente notamment un intérêt majeur car il existe
une relation étroite entre l'état nutritionnel préthérapeutique
et la morbi-mortalité après le traitement [2].
* La chirurgie
Il convient de différencier deux grandes catégories d'interventions
chirurgicales : la première comprend les interventions dites fonctionnelles,
caractérisées par des exérèses pharyngées
partielles ou subtotales qui respectent la totalité ou la majeure
partie du larynx ; la seconde comprend les interventions dites mutilantes
qui, avec l'hypopharynx, emportent également le larynx et nécessitent
donc un trachéostome définitif.
Parmi les principales interventions partielles, la pharyngectomie partielle
(dite de Trotter) permet l'exérèse de lésions limitées
de la paroi latérale du sinus piriforme ; l'hémi-pharyngo-laryngectomie
supra-glottique (intervention d'Alonso) permet l'exérèse
de lésions limitées au tiers supérieur membraneux
du sinus ; quant à l'hémi-pharyngo-laryngectomie (dite d'André),
elle permet l'exérèse de tumeurs limitées de la paroi
médiale du sinus à larynx mobile ; l'hypopharyngectomie
postérieure est réservée à l'ablation des
tumeurs limitées de la paroi postérieure.
Les interventions mutilantes comprennent la pharyngo-laryngectomie totale
(PLT) qui permet l'exérèse des tumeurs envahissant la totalité
du sinus piriforme et le larynx, et la pharyngo-laryngectomie totale circulaire
(PLTC) qui traite les lésions qui atteignent la bouche sophagienne,
la totalité de la paroi postérieure, le rétrocricoïde
ainsi que les lésions circonférencielles. Si, dans la PLT,
le conduit pharyngé est reconstitué à partir de la
muqueuse hypopharyngée controlatérale restante, dans le
cas des exérèses circulaires, la restauration de la continuité
digestive impose l'emploi soit d'un lambeau musculocutané pédiculé
(grand pectoral, grand dorsal), soit d'un lambeau libre micro-anastomosé
(jéjunal, antébrachial...). La PLTC peut au maximum être
étendue à une sophagectomie en monobloc avec le recours
à un « gastric pull up » ou à un transplant
colique.
Toutes ces exérèses tumorales sont accompagnées
d'un évidement ganglionnaire cervical complet homolatéral
traditionnel ou non pour les tumeurs bien latéralisées,
bilatéral pour les lésions dépassant la ligne médiane
ou avancées.
* La radiothérapie
La radiothérapie transcutanée peut être utilisée
à titre exclusif, postopératoire, après chimiothérapie
première [2, 26], séquentielle ou concomitante avec la chimiothérapie,
en particulier pour les tumeurs avancées non résécables
[35-39]. Si elle est classiquement monofractionnée, la recherche
constante d'une amélioration de la performance tend vers la mise
au point de protocoles thérapeutiques variant le fractionnement
et/ou l'étalement [25, 33, 40].
Un bilan et une remise en état dentaire (détartrage, soins
des caries, exodontie si nécessaire) suivis d'une prophylaxie prolongée
per et postradiothérapique par gouttières fluorées
sont obligatoires. L'ensemble de la région cervicale avec la totalité
de l'hypopharynx en incluant toutes les chaînes ganglionnaires,
notamment spinales et rétropharyngées, est irradié.
Le volume cible est traité par trois faisceaux de photons de cobalt
60 ou par un accélérateur linéaire de 4 à
6 MV.
- La radiothérapie monofractionnée exclusive à
visée curative : la dose totale est de 45-70 Gy sur l'hypopharynx
et de 70 Gy sur les aires ganglionnaires en cas d'adénopathies
avérées ou 50 Gy en l'absence de métastase ganglionnaire
;
- La radiothérapie monofractionnée postopératoire
: la dose totale est de 55 à 65 Gy sur le lit tumoral selon l'état
des limites d'exérèse, de 50 Gy sur les aires ganglionnaires
en l'absence d'adénopathie (N-) histologique, de 55 Gy en cas d'adénopathies
sans rupture capsulaire (N+ R-) et de 65 Gy si rupture capsulaire (N+
R+).
- La radiothérapie multifractionnée : en mode
bifractionné continu, la dose totale passe à 75 Gy, et le
protocole le plus utilisé comporte 1,2 Gy/séance, 2 séances/jour
(> 6 h d'intervalle), 5 jours/semaine [25].
- La radiochimiothérapie concomitante est en cours
d'évaluation mais certains résultats semblent prometteurs
[37, 39, 40].
- La radiothérapie palliative en mode concentré
reste malheureusement d'actualité : la dose totale est alors de
60 Gy, à raison de 4 Gy/séance, 5 séances/semaine
en 3 séries de 20 Gy séparées par 15 jours d'intervalle.
Enfin, il existe des protocoles de réirradiation qui concernent
certaines récidives.
* La chimiothérapie
Afin d'éviter la chirurgie mutilante et d'améliorer la
survie des patients, diverses stratégies de chimiothérapie
ont été étudiées. L'association cisplatine-5FU
a été clairement le protocole le plus efficace en matière
d'induction, permettant de 40 à plus de 50 % de réponses
tumorales complètes et de 80 à 100 % de réponses
partielles sans cependant améliorer la survie globale des patients
[39, 40-43]. Grâce à une étude de l'EORTC réalisée
chez 202 patients atteints d'un carcinome épidermoïde de l'hypopharynx
nécessitant initialement une chirurgie radicale, il a été
démontré qu'en remplaçant la chirurgie par la radiothérapie
en cas de bonne réponse à la chimiothérapie, il était
possible de réaliser une chimiothérapie d'induction permettant
la conservation d'organe sans impact négatif en termes de survie
[35]. En dépit des recherches utilisant des combinaisons variées
de chimiothérapie, aucune étude randomisée n'a montré
de meilleure efficacité que l'association cisplatine-5FU [40-44].
Des tentatives pour l'améliorer ont été proposées,
en particulier en augmentant la cytotoxicité du 5FU par l'acide
folinique [45] ou en modulant la dose de 5FU grâce au contrôle
pharmacocinétique. S'il est possible d'obtenir jusqu'à 70
% de réponses complètes, c'est au prix d'une plus grande
toxicité, en particulier digestive et hématologique. De
nouvelles molécules sont actuellement à l'étude dans
cette indication comme le docétaxel, le paclitaxel et le MTA (multi-targeted
antifolate).
* Les indications
La décision thérapeutique est toujours prise par une équipe
pluridisciplinaire, en tenant compte de tous les critères liés
à la taille de la tumeur et à son extension ganglionnaire
d'une part, à l'état général et à la
présence de tares associées d'autre part. Chez les patients
opérables, le traitement de base des formes infiltrantes est la
chirurgie, suivie d'une radiothérapie complémentaire dans
la mesure où la conservation des fonctions laryngées est
possible. Certaines formes anatomocliniques bourgeonnantes, peu ou pas
infiltrantes, bénéficient d'une radiothérapie exclusive.
Si la chirurgie doit être mutilante, une chimiothérapie d'induction
suivie d'une radiothérapie externe en cas de bonne réponse
doit être proposée [46, 47]. En cas de réponse partielle
ou nulle, la chirurgie radicale de type PLT ou PLTC sacrifiant le larynx
est proposée, ainsi qu'une irradiation postopératoire. Pour
les cancers avancés non résécables, ou en cas de
contre-indication générale, la chimioradiothérapie
simultanée ou alternée paraît représenter la
meilleure opportunité (figure
4) [39, 40].
* Le suivi thérapeutique
Après le traitement initial, une surveillance clinique rapprochée
les 5 premières années, comparable à celle proposée
pour les tumeurs du larynx, est indispensable, de même que l'arrêt
définitif du tabagisme.
* Évolution et pronostic
Le taux de récidives locales après le traitement radiochirurgical
classique est de 15 % [2, 33], alors qu'il est plus élevé
après radiothérapie externe exclusive, de l'ordre de 30
% pour les T1-T2 à 80 % pour les T3-T4 [44, 47]. Ces récidives
locales surviennent un peu moins d'une fois sur deux la première
année et dans 80 % des cas dans les 2 premières années
[33].
Les récidives ganglionnaires surviennent également précocement
dans 60 % des cas au cours de la première année, et leur
taux varie de 10 % pour les patients sans envahissement ganglionnaire
initial à 25 % en cas d'envahissement ganglionnaire présent
lors du diagnostic [3, 33, 48].
Le risque métastatique est élevé, de 15 à
25 %, et la métastase survient dans 80 % des cas dans les 2 ans.
Le poumon est l'organe le plus souvent atteint (50 à 80 % des cas),
puis les os, le foie et le système nerveux. La présence
d'adénopathies au départ augmente le risque métastatique
(jusqu'à 60 % en cas d'atteinte ganglionnaire avec rupture capsulaire)
ainsi que le caractère peu différencié de la tumeur.
La fréquence de survenue d'un second cancer varie suivant les
séries de 7 à 18 % [2, 3, 33, 34].
Les résultats globaux en termes de survie sont très médiocres,
de l'ordre de 15 à 25 % de survie à 5 ans pour l'ensemble
des localisations hypopharyngées, tous stades confondus [3, 33,
49]. Ces résultats, qui ne se sont pas franchement modifiés
depuis les 2 précédentes décennies, varient cependant
en fonction du site tumoral, du stade et du choix des modalités
de traitement. Pour les lésions bas situées et en cas d'atteinte
de la bouche sophagienne, la survie à 5 ans chute autour
de 10 à 15 % [3]. Les meilleurs résultats, à l'heure
actuelle, concernent toujours les tumeurs limitées du sinus piriforme,
diagnostiquées précocement et traitées par l'association
chirurgie suivie de radiothérapie [33, 50].
Pourtant, grâce à la préservation fonctionnelle
du larynx qu'elle autorise dans un tiers des cas, la chimiothérapie
première a indiscutablement apporté un élément
nouveau, certes mesurable seulement en termes de qualité de vie,
dans cette localisation dont le pronostic reste très sombre.
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