ARTICLE
La ménopause est un état physiologique, conséquence
de l'arrêt de sécrétion d'stradiol par les ovaires
en involution. Ces dernières années, le traitement hormonal
substitutif (THS) s'est développé en raison de son impact
sur la qualité de vie [1]. Il permet de contrôler les signes
objectifs de la ménopause (bouffées vasomotrices, sécheresse
vaginale, troubles urinaires, troubles psychologiques) et de prévenir
les complications osseuses et cardiovasculaires [2-11].
Le cancer du sein, tumeur maligne la plus fréquente chez la femme,
représente 25 % des cancers féminins. Plus des deux tiers
des femmes atteintes sont ménopausées lors du diagnostic.
Les strogènes utilisés comme traitement substitutif
de la ménopause ont été l'objet de nombreuses études
épidémiologiques pour évaluer les risques de leur
utilisation [12]. Une étude récente a créé
un sérieux doute quant à leur totale innocuité sur
le risque de développement de tumeur maligne mammaire [13]. Cependant,
l'augmentation suspectée de l'incidence du cancer du sein sous
THS serait la conséquence d'associations de facteurs agissant indépendamment
ou en synergie. Cette revue de la littérature analyse les risques
de cancer du sein sous THS en tenant compte du type de THS, des doses
prescrites, de la durée du THS et de l'association du THS aux facteurs
de risque décrits du cancer du sein.
Rôle des hormones
dans la cancérogenèse mammaire
Bases biologiques
La capacité des strogènes à influencer l'apparition
d'un cancer mammaire est basée sur certains arguments expérimentaux,
biologiques ou thérapeutiques [14-16].
La progestérone et ses dérivés synthétiques
sont considérés comme protecteurs vis-à-vis du cancer
du sein, considérations soutenues par des arguments expérimentaux,
biologiques et thérapeutiques, mais encore contestées par
certains auteurs [15-19].
Deux théories s'affrontent pour expliquer le rôle des hormones
dans la cancérogenèse mammaire. Selon la première,
l'apparition du cancer mammaire serait secondaire à une inéquation
entre les taux d'strogènes et de progestatifs [20]. À
partir de ces constatations, Korenman [21] a avancé la théorie
de la « fenêtre strogénique ». Deux périodes
d'induction tumorale existeraient chez la femme, la première avant
l'apparition de cycles ovulatoires dans l'enfance et la seconde en périménopause
[21, 22].
Selon la seconde hypothèse, le développement du cancer
du sein serait lié à l'action conjuguée et synergique
des strogènes et des progestatifs entraînant une hyperactivité
mitotique [23-25]. Celle-ci serait à la base de la transformation
cellulaire et du développement tumoral.
Le rôle des hormones dans la cancérogenèse mammaire
est plus que probable ; cependant, son interaction avec d'autres facteurs
comme le risque génétique est mal connue.
Rôle des strogènes endogènes
dans le risque de cancer du sein
L'influence des strogènes et des progestatifs sur la carcinogenèse
mammaire humaine a été revue récemment [26, 27].
De nombreux facteurs liés au cancer du sein mettent en cause le
système hormonal : la puberté précoce, l'âge
au premier enfant viable, la ménopause tardive, l'effet protecteur
de l'ovariectomie bilatérale, le nombre d'enfants, le poids [23,
28-31].
L'effet de l'âge tardif au premier enfant serait dû au ralentissement
du cycle cellulaire mammaire après la première grossesse
permettant une meilleure réparation des dommages de l'ADN accumulés
antérieurement.
Des concentrations d'strogènes persistant de façon
élevée chez la femme ménopausée favorisent
le développement du cancer du sein et des concentrations élevées
après le diagnostic de cancer du sein aggraveraient le pronostic
[27]. Une revue récente de la littérature a montré
que la concentration sanguine d'strogènes était significativement
plus élevée chez les femmes ménopausées ayant
un cancer du sein que chez celles n'en ayant pas. La même conclusion
a été faite pour les concentrations urinaires d'strogènes
[32]. La concentration élevée d'androgènes après
la ménopause serait un facteur de risque de cancer du sein, mais,
analysé en fonction des concentrations d'strogènes
ou de la concentration de sex binding protein, ce facteur n'est
plus retrouvé [27].
Il est difficile aujourd'hui de savoir quelle fraction hormonale est
la plus en cause dans le développement du cancer du sein et à
quelle concentration le risque de cancer du sein devient important [27].
Analyse de la littérature
Nous avons repris les études analysant l'association traitement
hormonal substitutif et cancer du sein entre 1980 et 1998. Les références
des articles ont été obtenues grâce aux bases de données
Medline et Cancerlit. Trois types d'études ont été
publiées : études de cohorte, études cas-témoins
et métaanalyses. Les difficultés d'analyses de ces différentes
études sont basées sur plusieurs arguments.
Aucune durée minimale de THS ne permet de conclure qu'une femme
a reçu un traitement substitutif qui pourrait être considéré
comme efficace ; les études ont considéré les durées
de THS comme des intervalles avec souvent un intervalle minimal «
inférieur à 1 an ». Chaque type d'étude présente
des inconvénients. Les études de cohorte nécessitent
un grand nombre de sujets et une longue durée d'observation car
l'incidence des cancers du sein est faible et l'émergence radioclinique
tardive [33]. La fréquence et le type de surveillance des femmes
dans ces études sont une source de biais qui peut expliquer les
différences observées. Les études cas-témoins
construisent une population témoin tenant compte des caractéristiques
de la population exposée ; leur puissance dépend des caractéristiques
de la population témoin [34]. D'autre part, la construction de
ces études est basée sur les souvenirs du traitement reçu
par les femmes incluses, ceux-ci peuvent être parcellaires et sources
de contradictions entre les études. Il est important de garder
à l'esprit dans cette analyse l'hétérogénéité
des populations témoins choisies qui peuvent être d'origine
hospitalière ou de voisinage. Cela peut induire des biais de comparabilité
d'une étude à l'autre. Les métaanalyses reprennent
théoriquement les données individuelles d'études
randomisées afin de donner une plus grande puissance à l'analyse
statistique. Cette méthodologie a été étendue
aux études épidémiologiques. Cependant, les métaanalyses
ne suppriment pas les biais, elles peuvent au contraire les augmenter
par un effet « loupe » [35].
Le nombre de facteurs de confusion dans l'analyse des données
est important. Il existe des biais inhérents à la pathologie
cancéreuse et aux facteurs de risque propres à cette pathologie.
En effet, le THS est souvent proposé à des femmes de haut
niveau socio-économique dont le risque de cancer du sein est plus
important que celui du reste de la population, et ce facteur n'est souvent
pas pris en compte dans les différentes études [27]. D'autre
part, certains biais sont liés aux données insuffisantes
de certains articles : il est souvent difficile de discerner le type de
THS utilisé et la régularité avec laquelle le traitement
a été pris. Ces incertitudes doivent conduire à une
grande prudence quant aux conclusions que nous tenterons de tirer de cette
analyse, le but étant plus d'avoir matière à réflexion
et à argumentation que de construire des dogmes.
Dans cette revue, les risques relatifs ou les odds ratios sont
accompagnés des bornes de l'intervalle de confiance à 95
%. Le risque relatif de cancer du sein chez les femmes traitées
par hormonothérapie substitutive est significativement différent
dans le groupe témoin (femmes ne prenant pas de THS) si les valeurs
de l'intervalle de confiance à 95 % n'encadrent pas 1,0.
Risque de cancer du sein
en fonction des caractéristiques du THS
Risque global de cancer du sein sous THS de la
ménopause (tableaux I,
II et III)
Treize études de cohorte ont rapporté le risque global
de cancer du sein chez la femme ménopausée mise sous THS
par rapport à des femmes ménopausées non traitées.
Trois n'ont pas conclu à une augmentation de risque [36-38],
10 ont calculé une augmentation de risque statistiquement significative
allant de 10 à 80 % [13, 22, 39, 40-46]. Risch et Howe [44] ont
évalué un accroissement de risque de 7,2 % par année
de prise de THS. Pour Schairer et al. [45], Thomas et al.
[46] et Dupont et Page [47], seules les femmes soumises à un THS
associant strogènes et progestatifs ont présenté
un risque augmenté statistiquement significatif. D'autres auteurs
n'ont retrouvé cette augmentation que pour les femmes sous strogènes
seuls [13, 22, 44].
Parmi les 27 études cas-témoins, 7 ont montré un
risque inférieur à 1 correspondant à une diminution
non significative de l'incidence du cancer du sein sous THS allant de
10 à 50 % [23, 29, 34, 48-51], 4 ont montré un risque égal
pour les deux groupes de femmes (avec et sans THS) [52-55] et 15 ont noté
un risque supérieur à 1, augmentation allant de 1 à
84 % [39, 54, 56-68] dont 3 avec un risque statistiquement significatif
[58, 61, 63] allant de 20 à 84 %.
Sept métaanalyses cumulant 12 à 51 études ont recalculé
le risque global pour les femmes mises sous THS. L'une a retrouvé
une diminution non significative du risque chez les femmes sous THS [69].
Deux autres ont montré un risque statistiquement non significatif,
supérieur à 1,0 [4, 70] et 4 ont montré un risque
significatif supérieur à 1,0 [11, 71-73], correspondant
à une augmentation de l'incidence de cancer du sein allant de 6
à 30 %. Pour Dupont et Page [71], l'augmentation de risque de développer
un cancer du sein est de 7 % après 10 ans d'une prise d'strogènes
quotidienne à la dose de 0,625 mg.
Globalement, des 47 études, 31 ont conclu à un risque
relatif supérieur à 1 de cancer du sein sous THS, dont 16
avec un risque relatif statistiquement significatif. Il ne semble pas
possible de conclure à l'innocuité du THS vis-à-vis
du cancer du sein. Cependant, ces résultats sont hétérogènes.
Cette hétérogénéité peut être
mise sur le compte de facteurs méthodologiques, de données
différentes d'une analyse à l'autre ou de biais dont nous
avons vu plus haut la variété. Cela conduit à analyser
ces résultats en séparant différentes causes de confusion.
Type de THS (tableau
IV)
Seize études ont analysé le risque de cancer du sein en
fonction du type de THS : 5 études de cohorte [13, 37, 39, 44,
45], 8 études cas-témoins [53, 55, 57, 60, 64, 66, 74, 75]
et 3 métaanalyses [11, 70, 72]. De l'ensemble de ces études,
il ressort que le type de traitement varie par le type de molécule,
la voie d'administration et la dose prescrite.
strogènes
Des 13 études ayant analysé le risque associé à
la prise d'strogènes exclusifs, 3 ont présenté
une augmentation significative du risque de cancer du sein [40, 44, 60].
Aucune n'a retrouvé un effet protecteur des strogènes.
L'utilisation d'strogènes conjugués a été
étudiée par Colditz et al. [13, 76] dans l'étude
du Nurses' Health Study. Ils ont conclu à l'augmentation significative
du risque de cancer du sein par 2 fois (en 1992 et dans la mise à
jour de 1995). Des 8 études cas-témoins, seuls Kaufman et
al. [60] ont trouvé une augmentation significative du risque
à 1,2 [1,0-1,16].
Dans la métaanalyse de Sillero-Arenas et al. [72], une
augmentation du risque de cancer du sein sous strogènes conjugués
a été retrouvée mais ce résultat n'a pas été
confirmé par 2 métaanalyses plus récentes [11, 70].
La plupart des traitements étudiés étaient donnés
per os. Certains auteurs ont souligné le risque plus important
pour les strogènes utilisés par voie injectable [23,
59]. Deux phénomènes pourraient expliquer cette augmentation
de risque, une action directe sur le parenchyme mammaire sans détoxication
hépatique et des taux hormonaux sériques plus élevés
augmentant la concentration d'strogènes dans le parenchyme
mammaire [59].
stroprogestatifs
Le rôle des progestatifs dans l'augmentation du risque de cancer
du sein est controversé. L'ajout d'un progestatif a pour but de
diminuer le risque de cancer de l'endomètre [4, 77, 78] et par
analogie l'incidence du cancer du sein [79, 80]. Les résultats
de la littérature sont très contradictoires.
Gambrell et al. [22] ont calculé une incidence du cancer
du sein de 342 cas pour 100 000 femmes ne prenant pas de THS et une incidence
de 67 cas pour 100 000 femmes prenant une association stroprogestative.
Nachtigall et al. [79, 80] ont réalisé un essai randomisé
chez des femmes ménopausées comparant traitement hormonal
stroprogestatif à un placebo. Après 22 ans de surveillance,
6 cas de cancers sont apparus dans le groupe placebo contre 0 dans le
groupe traité. Les auteurs concluaient au rôle protecteur
probable des stroprogestatifs vis-à-vis du cancer du sein.
Au contraire, Bergkvist et al. [81] ont retrouvé un risque
augmenté statistiquement non significatif de cancer du sein de
4,4 chez les femmes ayant pris une association stroprogestative
pendant au moins 6 ans, par rapport aux femmes ne prenant pas de THS.
Mais, après un suivi de 7 à 11 ans, Persson et al.
[37], reprenant l'étude, notaient une augmentation significative
du risque de cancer du sein (1,3 [1,1-1,4]). Dans une conclusion identique,
Colditz et al. [13, 76] notaient la nécessité de
suivre de façon prolongée les femmes entrées dans
l'étude du Nurses' Health Study pour mettre en évidence
une augmentation significative du risque de cancer du sein sous stroprogestatifs.
Enfin, Risch et Howe [44] concluaient à l'absence d'augmentation
de risque sous progestatifs seuls alors qu'ils retrouvaient une augmentation
significative du risque sous strogènes seuls et que Colditz
et al. [76] ont noté une augmentation du risque de cancer
du sein par ce traitement de 124 %. Aucune étude cas-témoins
n'a conclu à l'augmentation de risque sous association stroprogestative
[53, 55, 57, 60, 64, 73, 75]. Cette absence d'augmentation de risque a
été confirmée dans 3 métaanalyses [11, 70,
72].
De l'ensemble de ces études, il ne semble pas que l'on puisse
conclure à la nocivité sur le sein d'un type particulier
de THS, ni à un effet protecteur des progestatifs.
Posologie des strogènes du THS (tableau
V)
En 1976, Hoover et al. [82] estimaient qu'une prise quotidienne
d'strogènes supérieure à 0,625 mg/j pendant
plus de 10 ans augmentait de façon significative le risque de cancer
du sein par rapport à l'absence de THS. Colditz et al. [13,
76] ont retrouvé une augmentation du risque de cancer du sein quelle
que soit la dose quotidienne d'strogènes [83]. Cette analyse
n'a pas été reprise dans les mises à jour ultérieures.
Au contraire, Mills et al. [43] n'ont pas mis en évidence
d'augmentation du risque de cancer du sein en fonction de la dose d'strogènes.
Dans 7 autres études cas-témoins, aucune relation entre
la dose d'strogènes et l'augmentation de cancer du sein n'a
été mise en évidence. Ross et al. [67] et
Brinton et al. [56] ont conclu à une augmentation significative
du risque de cancer du sein, pour une dose d'strogènes supérieure
à 0,625 mg/j, mais la comparaison a été basée
sur la dose totale d'strogènes durant toute la période
de prise du THS.
Trois métaanalyses n'ont pas retrouvé d'augmentation de
risque en fonction de la dose étudiée (0,625 mg ou 1,25
mg) [11, 70, 72]. Les auteurs ont toutefois précisé que
les études reprises étaient trop hétérogènes
pour que ces résultats soient considérés comme définitifs.
De plus, du fait des nombreuses molécules utilisées, il
est difficile de comparer les doses d'strogènes utilisés
par les femmes sous THS.
Les études décrites ne semblent pas montrer une augmentation
du risque de cancer du sein en fonction de la dose d'strogènes.
Cependant, une dose d'strogènes inférieure ou égale
à 0,625 mg/j semble suffisante pour obtenir une substitution efficace
[83, 84]. Il est donc raisonnable d'admettre que de faibles doses quotidiennes
d'strogènes n'augmentent pas le risque de tumeur du sein
[72] ; cependant, du fait des différentes molécules utilisées,
il est difficile de comparer les doses utilisées.
Risque de cancer du sein et durée du THS
Le problème de l'augmentation du risque relatif du cancer mammaire
pour les femmes sous THS ou l'ayant arrêté est complexe,
d'autant plus que ces femmes ont fait l'objet d'une surveillance attentive.
Trois analyses peuvent être faites pour tirer quelques informations
de l'ensemble des études : le risque chez les femmes en cours de
THS, le risque en fonction de la durée de prise de THS que les
femmes suivent un THS ou l'aient arrêté et le risque de cancer
du sein chez les femmes ayant interrompu le THS.
* Risque de cancer du sein chez les femmes en
cours de THS (tableau VI)
Pour ces femmes, l'excès de risque statistiquement significatif
de cancer du sein varie d'après la littérature de 23 à
153 % [13, 43, 55, 70, 72]. Pour Colditz et al. [13, 76], ce risque
ne devient statistiquement significatif qu'après une durée
de THS supérieure à 5 ans.
* Durée du THS (tableau
VII)
Dans un grand nombre d'études de cohorte, le risque de cancer
du sein augmentait linéairement avec la durée du THS [39,
51, 53, 76, 83, 85]. Seules 3 études de cohorte ont rapporté
une augmentation statistiquement significative du risque avec l'allongement
de la durée du traitement. Selon les auteurs, l'augmentation significative
du risque de cancer du sein apparaît après une durée
de traitement de 5 à 9 ans [39, 43, 83]. Dans certaines des études
cas-témoins, la même relation a été décrite.
La période charnière se situerait de 2 ans à plus
de 12 ans [48, 57-59, 61-63, 86]. Cependant, 2 études cas-témoins
ont décrit une diminution du risque de cancer du sein avec la durée
du THS ; celui-ci est maximal dans la première année de
traitement puis décroît [59, 86]. Dans les 3 métaanalyses,
une augmentation du risque avec la durée du traitement a été
statistiquement confirmée, après 5 ans de traitement [72],
après 10 ans de prise [70] et après 15 ans de prise pour
la métaanalyse la plus récente, avec une tendance non significative
à partir de la cinquième année de traitement [11].
Au total, il existe probablement une augmentation du risque de cancer
du sein chez la femme ménopausée avec la durée de
la prise du traitement substitutif ; la durée de prise de THS à
partir de laquelle le risque augmenterait de façon significative
serait de 5 ans. Cependant, dans les études où le risque
augmente avant 2 ans [43, 59, 61, 63, 86], il n'est pas possible d'éliminer
un biais de surveillance ou la présence d'une lésion tumorale
maligne infraclinique préexistante à la mise sous THS.
* Temps écoulé après l'arrêt
du THS (tableau VII)
Dans les études de cohorte, le risque de cancer du sein diminue
rapidement après l'arrêt du THS, quelle que soit la durée
de prise [38, 45]. Dans l'étude du Nurses' Health Study [13, 76,
83], Colditz et al. ont noté une diminution du risque 2
ans après l'arrêt du THS.
Les résultats des études cas-témoins sont plus
hétérogènes. Hulka et al. [59] ont trouvé
une augmentation de risque persistant 2 à 5 ans après l'arrêt
du THS. La Vecchia et al. [61, 75] ont noté une persistance
de l'augmentation significative du risque de cancer du sein, quelle que
soit la durée après l'arrêt du traitement, après
10 ans d'arrêt du THS. Deux autres études [53, 55] montrent
une persistance de l'augmentation du risque de cancer du sein pendant
la première année après l'arrêt du traitement.
Dans la métaanalyse de Sillero-Arenas et al. [72], le risque
était augmenté significativement à 1,17 [1,02-1,35]
entre 1 et 4 ans après l'arrêt de tout traitement. La plus
récente des métaanalyses a conclu à la persistance
significative du risque de cancer du sein dans l'année qui suit
l'arrêt du traitement [11]. Au contraire, la métaanalyse
de Colditz et al. [70] n'a pas montré de persistance de
l'augmentation du risque de cancer du sein après l'arrêt
du THS.
Globalement, il persiste une augmentation du risque de cancer du sein
chez les femmes ménopausées après l'arrêt du
THS ; en effet, la diminution du risque n'est pas linéaire dans
le temps, on peut supposer que l'augmentation persiste jusqu'à
5 ans après l'arrêt de tout THS. Cette conclusion est corroborée
par les constatations de la récente métaanalyse du Collaborative
Group on Hormonal Factors in Breast Cancer [87] qui a évalué
le risque de cancer du sein en fonction de la durée du THS et du
délai entre la dernière prise et le diagnostic de cancer
du sein (< 5 ans versus = 5 ans). Si la durée d'interruption
du THS était inférieure à 5 ans, le risque de cancer
du sein augmentait linéairement de 2,3 % par année de THS
antérieur. Au contraire, si la dernière prise datait de
plus de 5 ans, il n'y avait plus d'augmentation du risque en fonction
de la durée de THS [11]. La diminution rapide du risque après
l'arrêt du THS pourrait être due à un défaut
de surveillance après l'interruption du traitement ; ce point est
rarement précisé dans les études.
Risque de cancer du sein en
fonction des facteurs de risque reconnus et du THS
Risque et antécédents familiaux
de cancer du sein (tableau VIII)
Un antécédent de cancer dans la famille au premier degré
multiplie le risque de cancer du sein par 6 [88]. Vingt-trois études
ont étudié l'éventuelle relation entre l'apparition
d'un cancer du sein sous THS chez des patientes aux antécédents
familiaux de cancer du sein. Pour Hoover et al. [58], le risque
de cancer du sein est augmenté significativement par le THS d'un
facteur 3,9 en cas d'antécédents de cancers familiaux chez
les femmes suivies. Pour Brinton et al. [56], si le risque de cancer
du sein augmente avec les antécédents familiaux de cancer
du sein, il est d'autant plus grand que les parents atteints sont du premier
degré. Mais, dans 2 études plus récentes, seules
les femmes sans antécédents familiaux de cancer du sein
et prenant un THS avaient un risque significativement augmenté
de cancer du sein [43, 76]. Trois études de cas-témoins
ont retrouvé la même relation entre l'absence d'antécédent
et la prise de THS. L'augmentation de risque était de 40 à
111 % [52, 55, 61]. Les 13 autres études du même type n'ont
trouvé aucune corrélation quels que soient les antécédents
familiaux de cancer du sein. Les métaanalyses n'ont pas apporté
d'éclaircissement. Steinberg et al. [73] ont conclu à
une augmentation de risque chez toutes les femmes indépendamment
de leurs antécédents familiaux. Deux métaanalyses
ont conclu en l'absence d'augmentation du risque quels que soient les
antécédents [11, 70]. Pour Amstrong [69], il n'y avait pas
d'augmentation de risque chez les femmes avec des antécédents
familiaux de cancer du sein.
Il est possible que l'antécédent familial soit un facteur
de risque tellement majeur que l'ajout du THS n'augmente pas le risque
global de cancer du sein. A contrario, en l'absence d'antécédent,
le rôle du THS serait un facteur de risque parmi les autres facteurs
connus et il serait plus facilement mis en évidence.
Risque et mastopathie bénigne (tableau
VIII)
Dans la genèse du cancer du sein, certains auteurs ont décrit
la « dégénérescence » d'une pathologie
bénigne mammaire [47]. Dans les études, le type de maladie
bénigne du sein est rarement précisé. Aussi, la prise
de THS chez des femmes ayant un antécédent de maladie bénigne
du sein (MBS) ou la poursuite de THS après diagnostic de MBS pourrait
augmenter l'incidence du cancer du sein. Vingt articles ont analysé
l'effet de l'adjonction de THS chez des femmes ayant un antécédent
de MBS. Dans 2 des 3 études de cohorte [43, 76], le risque de cancer
du sein était augmenté de 42 à 50 % chez les femmes
n'ayant pas d'antécédent de MBS [33, 76]. Chez les femmes
ayant arrêté le THS, Colditz et al. [76] n'ont pas
retrouvé d'augmentation de risque. Toutefois pour Mills et al.
[43], le risque était aussi augmenté de 169 % chez les femmes
ayant un antécédent de MBS, laissant apparaître un
caractère promoteur du THS sur la MBS. Sur les 17 études
cas-témoins, une seule a laissé apparaître une augmentation
du risque significative de 3,2 à 5,7 (en fonction de la dose et
de la durée de la prise d'strogènes) chez les femmes
ayant un antécédent de MBS et soumises à un THS [67].
Cependant, 6 études ont contredit ces résultats en montrant
une augmentation de 40 à 208 % du risque de cancer du sein chez
les femmes n'ayant pas d'antécédent de MBS et prenant un
THS [54, 55, 59, 61, 70, 75]. Cependant, Kaufman et al. [48] ont
retrouvé un effet protecteur du THS contre le cancer de sein chez
les femmes sans antécédent de mastopathie. Les 3 métaanalyses
n'ont pas permis de conclure. En effet, Steinberg et al. [73] ont
trouvé un risque significativement augmenté chez toutes
les femmes qu'elles aient ou pas d'antécédent de MBS. Colditz
et al. [70] ont seulement conclu qu'il n'y avait pas de risque
chez les femmes ayant un antécédent de MBS et prenant un
THS. Dans la métaanalyse la plus récente [11], il n'existe
pas d'augmentation du risque chez les femmes prenant un THS quels que
soient la durée de traitement et les antécédents
de MBS.
Malgré l'hétérogénéité des
résultats observés, certains auteurs ont étudié
la séquence la plus à risque d'évolution vers une
tumeur maligne : découverte d'une MBS antérieure au commencement
du THS (MBS-THS) ou découverte d'une MBS postérieure à
la prise de THS (THS-MBS). Hoover et al. [82] ont conclu à
un risque de cancer du sein de 2 pour la séquence MBS-THS et de
7 pour la séquence inverse. Dupont et al. [40] ont affirmé
que le THS empêchait les MBS d'évoluer vers des tumeurs malignes.
Le risque est de 0,89 [0,61-1,3] pour la séquence MBS-THS contre
1,8 [1,1-3,0] pour la séquence THS-MBS, confirmant ainsi les conclusions
de Hoover et al. [58]. Vakil et al. [89] ont conclu que
la diminution de cancer du sein constatée sous THS serait secondaire
à la diminution de MBS sous THS. Ainsi un antécédent
de MBS ne contre-indique pas la mise sous THS [40]. Cependant, Brinton
et al. [52] ont calculé un risque à 3,0 [1,6-6,5]
pour la séquence MBS-THS. Ross et al. [67] ont estimé
que la MBS et le THS agissaient en synergie pour développer un
cancer. Thomas et al. [46] ont conclu qu'il n'y avait pas d'augmentation
du risque de cancer du sein si les strogènes étaient
administrés avant le diagnostic de mastopathie bénigne alors
que les strogènes prescrits après le diagnostic de
mastopathie bénigne étaient associés à une
augmentation du risque relatif de cancer du sein. Les MBS regroupent de
multiples entités anatomopathologiques dont les risques d'évolution
vers le cancer du sein sont différents [47]. Ainsi l'association
de lésions prolifératives de l'épithélium
canalaire, de calcifications, d'une maladie fibrokystique pourrait être
un facteur d'évolution du MBS vers un cancer du sein sous THS [46].
De l'ensemble de ces études, il ne ressort pas d'augmentation
nette du risque de cancer du sein chez les femmes ayant des antécédents
de MBS et traitées par hormones substitutives en postménopause.
Cela semble atténuer l'hypothèse du rôle promoteur
des hormones sur la MBS vers son éventuelle évolution vers
un cancer.
Risque et âge des premières règles
(tableau IX)
La puberté précoce a été décrite
comme un facteur de risque du cancer du sein. Deux études de cohorte
et 7 études cas-témoins ont analysé l'interaction
entre la prise d'un THS et l'âge de la puberté. Quatre études
n'ont pas trouvé d'interaction [46, 53, 60, 86]. Une étude
de cohorte [60] et 3 études de cas-témoins [52, 73, 75]
ont conclu que les femmes soumises à un THS et qui avaient des
premières règles tardives, avec un âge charnière
à 13-14 ans, avaient un risque de cancer du sein augmenté
par rapport aux femmes ne prenant pas de THS. Cependant, Colditz et
al. [76] ont trouvé, chez les femmes ayant eu une puberté
à un âge inférieur ou égal à 13 ans
et poursuivant un THS, un risque statistiquement augmenté de cancer
du sein. Cela n'a pas été confirmé par la métaanalyse
la plus récente, et ce quelle que soit la durée de la prise
de THS [11].
La prise de THS à la ménopause pourrait augmenter le risque
de cancer du sein chez les femmes ayant eu des premières règles
tardives en allongeant la durée de l'imprégnation strogénique
par rapport aux femmes ne poursuivant pas un THS mais ayant eu des premières
règles tardives ; en revanche, chez les femmes ayant eu une puberté
précoce, l'adjonction d'un THS ne semble pas augmenter le risque
de cancer du sein par rapport à celles ne prenant pas de THS.
Risque et prise antérieure de traitement
hormonal contraceptif (tableau
IX)
Une métaanalyse a conclu à l'augmentation de risque de
cancer du sein après prise d'un traitement hormonal contraceptif
[87]. Quatre études et une métaanalyse ont étudié
la relation entre la prise de contraceptif oral et la prise de traitement
hormonal substitutif [11, 38, 60, 73, 76]. Aucune n'a trouvé d'augmentation
de risque chez les femmes ayant bénéficié de ces
deux traitements par rapport à celles ayant bénéficié
du traitement contraceptif sans prendre de THS à la ménopause.
Risque de cancer du sein et âge de la mère
à la première grossesse à terme (tableau
X)
Dix-sept études ont analysé l'âge à la première
grossesse à terme chez les femmes prenant un THS et ont comparé
l'incidence du cancer du sein avec des femmes ne prenant pas de THS. Dans
l'étude de cohorte de Colditz et al. [76], les femmes en
cours de traitement par THS ayant eu une première grossesse entre
25 et 29 ans ou entre 35 et 40 ans avaient un risque statistiquement augmenté
d'avoir un cancer du sein. Dans les études cas-témoins,
seuls La Vecchia et al. [61] ont retrouvé une augmentation
du risque si la grossesse s'est développée à un âge
inférieur à 25 ans, quelle que soit la durée de la
prise de THS. Dans une seconde étude, le risque de cancer du sein
était augmenté de façon significative à 1,9
pour les femmes ayant eu une grossesse au-delà de 25 ans et prenant
un THS [75]. La métaanalyse de Steinberg et al. [73] a trouvé
une augmentation statistiquement significative du risque de cancer du
sein chez les femmes prenant un THS et ayant eu une première grossesse
au-delà de 30 ans. Celle du Collaborative Group on Hormonal Factors
in Breast Cancer [11] a retrouvé une augmentation de risque chez
les femmes ayant eu leur première grossesse à moins de 25
ans et ayant poursuivi le THS pendant plus de 5 ans.
Les résultats des différentes études sont trop
hétérogènes pour qu'on puisse conclure à une
éventuelle synergie de risque entre une grossesse tardive et un
THS de la ménopause.
Risque de cancer du sein et parité (tableau
X)
L'absence d'enfant est un facteur de risque de cancer du sein [88].
Seize études ont analysé le risque de cancer du sein chez
les femmes ménopausées prenant un THS en fonction du nombre
de grossesses menées à terme par rapport à des femmes
ayant le même nombre d'accouchements à terme et n'ayant pas
bénéficié de THS. Colditz et al. [76], dans
le suivi de la cohorte du Nurses' Health Study, ont conclu à une
augmentation significative du risque de cancer du sein uniquement chez
les femmes ayant eu un ou deux enfants et en cours de THS. Après
l'arrêt de ce traitement, le risque disparaissait. Neuf études
cas-témoins n'ont trouvé aucune corrélation entre
parité et prise d'un THS [48, 53, 55, 58-60, 73, 75, 90]. Quatre
études cas-témoins ont noté une relation entre la
parité et le risque de cancer du sein [56, 61, 62, 86]. Le risque
de cancer du sein augmentait pour les femmes ayant eu au moins trois enfants
et sous THS pendant moins de 2 ans [61], ou ayant eu un à trois
enfants [86] ou un ou deux enfants et sous THS pendant moins de 10 ans
[62]. Ces résultats sont donc très peu comparables et aucune
conclusion ne peut être tirée, d'autant plus que, dans la
métaanalyse de Steinberg et al. [73], un risque de 1,5 [1,1-2,1]
chez les femmes nullipares et un risque de 1,3 [1,0-1,7] pour les mono-
ou multipares ont été trouvés. Dans la métaanalyse
la plus récente [11], aucune augmentation de risque n'a pu être
mise en évidence, quelles que soient la parité et la durée
du THS.
Les résultats des différentes études sont difficiles
à analyser. Les métaanalyses n'ont pas permis de conclure
à une augmentation de risque quel que soit le nombre d'enfants.
Il est possible que, chez les femmes nullipares, la part d'imprégnation
strogénique du THS soit trop faible par rapport à
l'ensemble de l'imprégnation pour augmenter le risque de cancer
du sein. Chez les femmes ayant eu de nombreux enfants, la phase protectrice
des grossesses serait suffisamment importante pour que la prise de THS
n'augmente pas l'imprégnation strogénique de façon
importante et le facteur protecteur des grossesses demeurerait. En revanche,
chez les femmes ayant eu un à trois enfants, l'effet protecteur
des grossesses pourrait être contrebalancé par le THS, si
bien que les femmes prenant ce traitement perdraient le gain acquis par
les grossesses, la différence avec les femmes ayant eu le même
nombre d'enfants mais ne prenant pas de THS deviendrait significative.
Risque en fonction de l'âge à la
ménopause et du type de la ménopause
Il semble que le facteur le plus important associé à l'augmentation
du risque de cancer du sein sous THS soit l'âge de la femme à
la ménopause [50] plus que le type naturel ou chirurgical de la
ménopause. La ménopause tardive augmente la période
d'imprégnation strogénique. Elle est considérée
comme un facteur de risque du cancer du sein [88]. Une étude de
cohorte et 11 études cas-témoins ont cherché une
relation entre la ménopause tardive et la prise de THS dans le
risque de cancer du sein (tableau
XI). Dans l'étude de cohorte concernant les adventistes
du septième jour, le risque global de cancer du sein sous THS était
de 1,23 (NS), mais, pour les femmes ayant 45 ans ou plus lors de la ménopause,
ce risque était de 1,88 [1,26-2,81]. Cette augmentation était
due au risque des femmes en cours de THS [43]. Sur les 11 études
cas-témoins [40, 52-54, 57, 60-62, 64, 75, 86], on retrouve, dans
6 études, une augmentation du risque relatif de cancer du sein
avec l'augmentation de l'âge à la ménopause et la
prise d'un THS [40, 52, 54, 57, 60, 75]. Cependant, les variations sont
souvent de faibles importances. Pour Ewertz [57], l'âge à
la ménopause pourrait être un facteur indépendant
de cancer du sein. D'autre part, la prise du THS débutée
tardivement après la ménopause contrebalancerait brutalement
la diminution d'estrone (molécule strogénique la plus
cancérogène) et dont la décroissance se poursuit
après la ménopause [14]. Il semble donc que l'association
THS et âge tardif à la ménopause soit liée
à une augmentation du risque de cancer du sein.
De nombreux auteurs ont recherché une corrélation entre
le risque de cancer du sein et le type de ménopause naturelle ou
chirurgicale en fonction de la prise ou non de THS. Vingt-huit études
ont tenté de répondre à cette question (tableau
XI). Une étude de cohorte [43] et 4 études cas-témoins
[59, 61, 75, 91] ont trouvé une augmentation du risque de cancer
du sein chez les femmes sous THS après une ménopause naturelle
par rapport à celles n'en prenant pas. La Vecchia et al.
[61] ont évolué dans leurs constatations au cours des 2
études publiées. Dans la première, seules les femmes
ayant eu une ménopause naturelle et prenant un THS avaient une
augmentation significative du risque de cancer du sein. Dans la seconde,
effectuée neuf ans plus tard, le risque existait chez toutes les
femmes prenant un THS quel que soit le type de ménopause [75].
Cette augmentation du risque chez les femmes ayant eu une ovariectomie
bilatérale était retrouvée par Stanford et al.
[74], mais ne concernait que les femmes prenant un THS stro-progestatif.
Cependant, dans la métaanalyse de Sillero-Arenas et al.
[72], une augmentation du risque de 13 % a été trouvée
chez les femmes ayant eu une ménopause naturelle. Deux autres métaanalyses
ont conclu à l'absence d'augmentation de risque quel que soit le
type de ménopause [11, 70]. Hoover et al. [58] ont estimé
que l'augmentation du risque de cancer du sein chez les femmes ayant eu
une ovariectomie bilatérale était secondaire à une
normalisation du taux d'strogènes et augmenterait la durée
de l'imprégnation strogénique comparée à
la durée d'imprégnation des femmes ayant eu une ovariectomie
sans THS. Le risque de cancer du sein augmenterait par rapport aux femmes
ovariectomisées sans THS, mais serait identique à celui
des femmes ayant eu une ménopause naturelle.
Au total, l'augmentation du risque de cancer du sein semble plus importante
chez les femmes ayant une ménopause naturelle et prenant un THS.
Plus la ménopause est tardive, plus l'augmentation du risque de
cancer du sein dû au THS est nette. La prise de THS chez la femme
ayant eu une ovariectomie ne semble pas augmenter le cancer du sein de
façon significative par rapport aux femmes ovariectomisées
ne prenant pas de THS. Cependant, aucune étude n'a étudié
l'association âge de l'ovariectomie-âge de la prise de THS
et cancer du sein.
Risque et ethnie
Dans l'étude européenne de La Vecchia et al. [75],
le risque de cancer du sein sous THS était différent de
celui trouvé par les études américaines antérieures.
Cette différence serait liée à la physiologie des
femmes. En effet, les femmes européennes auraient un taux basal
d'strogènes plus bas que les femmes américaines et
l'augmentation de ce taux par le THS aurait plus d'impact sur la glande
mammaire. Cette constatation n'était pas retouvée par Goodman
et al. [41]. Nomura et al. [86] ont constaté que
les Japonaises dont le risque de cancer du sein est très bas [92],
développaient plus de cancers du sein sous THS que les Caucasiennes.
Ainsi, le risque de cancer du sein, possiblement induit par le THS, serait
différent en fonction de l'origine ethnique des femmes, cette hypothèse
n'est pas confirmée par 2 métaanalyses [11, 70].
Caractéristiques du
parenchyme mammaire, du cancer du sein et de la survie des patientes traitées
par hormones substitutives
Caractéristiques anatomocliniques du parenchyme
mammaire sous THS
De nombreuses études ont noté une augmentation de la densité
radiologique mammaire chez la femme prenant un THS [20, 66, 93]. Le risque
relatif d'augmentation de la densité mammaire chez les femmes prenant
un THS et chez celles n'en prenant pas était de 3,6 (IC 95 % [1,6-7,7]),
mais il augmentait à 176,9 [22,8-1 372,7] pour les femmes de plus
de 50 ans prenant un THS combiné [66]. Dans l'étude de Stomper
et al. [94], 49 % des femmes de 50 à 79 ans sous THS avaient
des seins de forte densité à la mammographie, proportion
équivalente à celles des femmes de 40 à 44 ans sans
THS. Pour Thurfjell et al. [95], il n'y a pas de diminution de
la sensibilité de la mammographie sous THS, mais une diminution
perceptible de la spécificité qui est liée à
la durée et au type de THS. Cette augmentation de densité
peut entraîner une diminution de la sensibilité de la mammographie
pour détecter les tumeurs de petit volume [96].
Bland et al. [97] ont analysé, sur une période
de 2 ans, les mammographies de femmes mises sous THS et celles de femmes
n'ayant jamais pris ce type de traitement. Ils ont conclu que les critères
radiologiques de malignité n'étaient pas différents.
Cette étude suggère que le THS ne modifie pas le parenchyme
mammaire chez la femme ménopausée. De plus, Bonnier et
al. [98] n'ont pas retrouvé de différence clinique ou
radiologique lors du diagnostic de cancer du sein chez les patientes sous
THS et chez celles ne prenant pas de THS. D'autre part, il n'y avait pas
de différence radiologique du parenchyme mammaire des tumeurs entre
les deux groupes.
Caractéristiques radiocliniques, biologiques
et anatomopathologiques des cancers du sein sous THS
Les femmes sous THS ont eu plus fréquemment des mammographies
que les autres. Du fait qu'elles ont plus fréquemment des contrôles
mammographiques, le diagnostic de tumeur maligne a été plus
souvent suspecté radiologiquement que cliniquement [64, 73, 76].
Le délai entre la ménopause et le diagnostic était
plus court chez les femmes prenant un THS que chez les femmes n'en prenant
pas [73]. Cependant, les formes inflammatoires et d'emblée métastatiques
n'étaient pas différentes, que les femmes aient eu ou pas
de THS [98]. Pour certains auteurs, la taille des tumeurs au diagnostic
n'était pas différente dans les deux groupes ; cela laisserait
supposer un délai de développement plus rapide et ce délai
plus court ne serait pas dû à une détection plus précoce,
mais à une taille tumorale atteignant plus rapidement le seuil
de détection radiologique [42, 83]. Pour Bonnier et al.
[99], les tumeurs évoluées (T3-4 et supérieures à
40 mm) étaient plus rares dans le groupe ayant pris un THS, mais
les mesures histologiques de la pièce opératoire ne montraient
pas de différence entre les deux groupes.
Pour certains auteurs, le THS augmenterait l'incidence uniquement des
cancers invasifs [13, 42, 75] ou in situ [45] ; cependant pour
Stanford et al. [74], les deux types de lésions augmenteraient
de la même façon. Pour Bonnier et al. [98], il n'y
a pas de différence de présentation du type anatomoclinique,
lobulaire ou canalaire infiltrant.
Dans leur étude, la chirurgie conservatrice n'était pas
plus fréquente dans le groupe THS que dans le groupe sans THS (81
% versus 82,4 %). Il n'y avait pas de différence histologique
ni de différence de proportion de tumeurs infiltrantes dans les
deux groupes. Les tumeurs étaient plus souvent de grade histopronostique
I (28,1 % versus 20,5 %) et plus fréquemment à recepteurs
strogéniques négatifs et récepteurs progestatifs
positifs dans le groupe THS. Il n'y avait pas de différence au
niveau de l'envahissement ganglionnaire dans les deux groupes [98, 99].
Ces résultats ne corroborent pas l'hypothèse de Helzlsouer
et Couzi [100] selon laquelle les cancers du sein se développant
sous hormonothérapie substitutive seraient plus fréquemment
récepteurs hormonaux-positifs.
Caractéristiques de la survie des femmes
ayant un cancer mammaire après THS
Certaines études ont montré que la survie globale était
meilleure chez les femmes sous THS au moment du diagnostic de cancer du
sein ou chez celles ayant suivi auparavant un THS [5, 36, 39, 77, 101].
Cette meilleure survie était retrouvée principalement chez
les femmes de plus de 50 ans ou ayant des risques de maladie coronarienne
[39, 101]. De plus, la diminution de la mortalité par maladies
cardiovasculaires et par fracture entraîne un bilan nul ou positif
en termes de survie pour le THS [5, 12, 83]. Cependant, cette décroissance
de la mortalité s'atténuerait avec la durée du THS
[101]. Cette meilleure survie chez les patientes sous THS et développant
un cancer du sein serait due au diagnostic plus précoce du cancer
du sein et à la présence de tumeurs à récepteurs
à la progestérone positifs de meilleur pronostic [99, 100].
Bonnier et al. [99] ont conclu aussi à une meilleure survie
des patientes ayant un cancer du sein sous THS, avantage bénéficiant
principalement aux femmes ayant eu une tumeur classée T2. Dans
une étude plus récente, Bonnier et al. [98, 99] n'ont
pas mis en évidence de différence de survie sans récidive,
de survie sans métastase et de survie globale chez les femmes ayant
eu un cancer du sein alors qu'elles prenaient un THS et chez celles n'en
prenant pas. Globalement, plusieurs auteurs ont noté une diminution
de la mortalité globale jusqu'à 17 % chez les femmes soumises
à un THS [5, 36, 39, 77, 101]. Pour Colditz et al. [83],
si le nombre de cancers diagnostiqués est plus important dans le
groupe THS, le risque de mortalité n'est pas statistiquement différent
entre les deux groupes (RR = 1,1 [0,67-1,84]). Pour Persson et al.
[77], la mortalité chez les femmes ayant un cancer du sein sous
THS était plus basse et le risque de mortalité standardisé
était de 0,5 [0,4-0,6] chez les femmes mises sous traitement substitutif.
Grodstein et al. [101] ont étudié une population
de plus de 121 000 femmes. Globalement, chez les utilisatrices de THS,
le risque relatif de mortalité est de 0,58 [0,52-0,64]. Malgré
le risque augmenté de cancer du sein à 10 ans (42 %), le
gain sur la mortalité chez les utilisatrices de THS est encore
significatif avec un risque relatif de 0,71 [0,62-0,81] [101]. Aussi l'augmentation
de l'espérance de vie chez les femmes prenant un THS laisserait
plus de temps au cancer du sein pour s'exprimer, augmentant de façon
artificielle le risque de cancer du sein sous THS. Mais peu d'études
précisent l'âge d'apparition du cancer du sein chez les femmes
prenant ou pas un THS. Seuls, Stanford et al. [74] ont constaté
un délai entre la ménopause et le diagnostic de cancer du
sein plus court chez les femmes prenant un THS, mais un biais diagnostique
a pu s'introduire dans cette étude car le nombre de mammographies
était plus important chez les femmes soumises à un THS.
CONCLUSION
Le traitement hormonal substitutif semble augmenter modérément
l'incidence du cancer du sein et de façon substantielle le nombre
de cas de cancer du sein. Le risque augmenterait avec la durée
du THS, mais la dose d'strogènes ne semble pas jouer un facteur
majeur ; cependant, les faibles doses étant efficaces sur les effets
de la ménopause, elles doivent être préconisées.
Quel que soit le type de traitement substitutif, le risque n'est pas différent
et l'association stro-progestative ne semble pas protectrice. Cependant,
après l'arrêt du THS, l'incidence du cancer du sein revient
rapidement identique à celle des femmes n'ayant pas eu de THS.
Cette décroissance n'est pas linéaire dans le temps et le
risque de cancer du sein demeure un peu plus élevé chez
les anciennes utilisatrices pendant au moins 5 ans.
Les cancers du sein chez la femme sous THS seraient diag-nostiqués
plus tôt du fait de la surveillance mammographique plus systématique
sans que la présentation radiologique ne soit différente.
Les facteurs pronostiques cliniques et histopathologiques ne seraient
pas différents. Les survies globale et spécifique des patientes
sous THS seraient meilleures que celles des patientes ne prenant pas de
THS. Cela serait dû à l'effet conjugué d'un diagnostic
précoce, d'une tumeur moins agressive et de la protection contre
les effets néfastes de la ménopause.
Le THS pourrait interagir de façon synergique avec certains facteurs
de risque reconnus du cancer du sein : premières règles
tardives, âge tardif à la naissance du premier enfant viable
et ménopause tardive. En revanche, il ne semble pas exister de
synergie entre le THS et la nulliparité, les antécédents
familiaux de cancer du sein et les antécédents personnels
de MBS. Chez les femmes ayant eu une ovariectomie bilatérale, le
THS ramènerait le risque de cancer du sein à celui des femmes
ayant eu une ménopause naturelle et ne prenant pas de THS.
L'excès de cancers apparaissant sous THS ne devrait pas limiter
la prescription d'une hormonothérapie substitutive chez des femmes
à risque d'ostéoporose et de complications cardiaques. En
effet, le gain de survie secondaire à la prise de THS demeure important,
même en tenant compte des femmes développant un cancer du
sein. Il n'en demeure pas moins que la prescription d'un THS doit être
effectuée avec circonspection, en expliquant bien les avantages
et les risques à la patiente et en appliquant des règles
simples comme l'utilisation de faibles doses d'strogènes
et une surveillance gynécologique et mammaire régulière
comme le conseille l'American College of Physician [102].
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