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Réflexions et propositions de l'Association française d'urologie


Bulletin du Cancer. Volume 89, 49-51, Numéro spécial, Février 2002, Contribution des Sociétés françaises de chirurgie d'organe


Résumé  

Auteur(s) : François Richard, Olivier Haillot, Patrick Coloby, Jean-Paul Allègre, Philippe Grise, .

Résumé : Objectifs et enjeux : - Comment faire de la chirurgie un enjeu de la cancérologie, un enjeu de qualité ? - Quels plateaux techniques ? - Quelle organisation autour des réseaux et des plateaux techniques ? - Qui former et avec quels objectifs ? - Comment anticiper la crise de la démographie ?

ARTICLE

Objectifs et enjeux

- Comment faire de la chirurgie un enjeu de la cancérologie, un enjeu de qualité ?

- Quels plateaux techniques ?

- Quelle organisation autour des réseaux et des plateaux techniques ?

- Qui former et avec quels objectifs ?

- Comment anticiper la crise de la démographie ?

Chirurgie cancérologique

Rôle de la chirurgie et du chirurgien dans le traitement des cancers

La chirurgie et le chirurgien jouent un rôle important, voire primordial, dans la prise en charge des cancers :

- rôle diagnostic essentiel : recrutement premier des patients, prélèvements biopsiques, stadification ;

- rôle thérapeutique encore essentiel pour de nombreuses tumeurs solides (traitement premier ou secondaire).

Le chirurgien est donc un cancérologue à part entière (cancérologue chirurgical) comme le sont le radiothérapeute et le chimiothérapeute (cancérologue médical).

Caractéristiques et critères de qualité de la chirurgie des cancers et des chirurgiens cancérologues

Comme pour toute activité chirurgicale, la chirurgie des cancers exige un bon diagnostic, une bonne indication thérapeutique, conforme aux données actuelles de la science, une bonne rigueur d'exécution, une compétence permettant d'assurer le suivi et la prise en charge des complications tant générales que particulières à l'organe traité, une évaluation des résultats, mais avec certaines spécificités.

* Diagnostic

La fiabilité du diagnostic initial est fondamentale, conditionnant tous les choix thérapeutiques ultérieurs :

- diagnostic histologique : qualité des prélèvements biopsiques (qualité du prélèvement chirurgical, qualité de la fixation, qualité de l'échantillonnage) ;

- stadification précise avant toute décision thérapeutique montrant le rôle coopératif important du chirurgien, du pathologiste, de la panseuse, du radiologue, etc.

* Choix du traitement

Le choix n'est pas toujours uniciste et doit, dans certaines situations, être pris en concertation avec les différents acteurs du cancer (le pathologiste, le radiothérapeute, le chimiothérapeute, le médecin généraliste, etc.) selon un référentiel accessible à tous les acteurs de la filière de soin.

* Information du patient

C'est le plus souvent le chirurgien qui apprendra le diagnostic de cancer au patient. Il doit donc être aguerri à la façon de donner cette information.

C'est aussi le chirurgien, très souvent thérapeute de première ligne, qui expliquera les différentes modalités thérapeutiques de ce cancer et il doit donc avoir une parfaite connaissance de celles-ci avec leurs risques et bénéfices respectifs.

* Acte chirurgical

Le chirurgien cancérologue doit assurer la radicalité de l'exérèse du cancer tout en essayant de préserver au mieux la fonctionnalité de l'organe ou des organes atteints.

Les règles carcinologiques habituelles d'exérèse (l'abord premier des vaisseaux, l'absence de manipulation de la tumeur, les précautions indispensables pour éviter tout essaimage peropératoire, etc.), mais aussi la parfaite connaissance anatomique de l'organe concerné (plans de dissection, voies vasculaires et lymphatiques, innervation) et sa bonne connaissance physiologique sont autant d'éléments importants pour la qualité du geste chirurgical : qualité d'exérèse carcinologique, mais aussi qualité de préservation fonctionnelle ou de reconstruction quand elles sont possibles.

* Étude anatomo-pathologique de la pièce opératoire avec :

- rôle et intérêt des renseignements cliniques ;

- rôle et limites (bonnes indications) de l'examen extemporané ;

- qualité du curage ganglionnaire et ordonnancement des ganglions prélevés ;

- examen macroscopique de la pièce opératoire ;

- bonne fixation de la pièce dans un récipient suffisamment grand qui permet de conserver les repères anatomiques indispensables ;

- étude histologique.

Cela montre bien encore l'importance d'une coopération étroite entre le chirurgien et le pathologiste et de la bonne formation des panseuses au traitement des pièces opératoires.

* Décision d'un traitement complémentaire

Il revient au chirurgien, après avoir récupéré les caractéristiques histologiques définitives du cancer et stadifié précisément ce cancer, de rediscuter des options thérapeutiques complémentaires éventuelles, en concertation avec les différents intervenants que sont le pathologiste, le radiothérapeute, le chimiothérapeute, le médecin généraliste, etc.

* Évaluation des résultats et la surveillance adaptée

Il revient également au chirurgien d'évaluer les résultats carcinologiques et fonctionnels de son geste par une surveillance adaptée, avec une prise en charge possiblement chirurgicale des récidives ou métastases et une prise en charge des éventuelles complications fonctionnelles.

La chirurgie cancérologique est exigeante et ne peut se faire qu'avec une parfaite coopération des différents acteurs de cette chirurgie (chirurgien, anesthésiste, panseuse) et des différents acteurs du cancer dans sa phase diagnostique et thérapeutique (chirurgien, radiologue, pathologiste, radiothérapeute, chimiothérapeute, etc.).

La structure et le plateau technique de la chirurgie cancérologique doivent intégrer ces données.

Organisation de la chirurgie cancérologique

La description des spécificités de la chirurgie carcinologique a bien mis en évidence que le chirurgien cancérologue, bien qu'il soit un acteur important et souvent essentiel dans la prise en charge des cancers, n'est pas le seul acteur : ses décisions et son action ne peuvent s'inscrire que dans le cadre d'une coopération pluridisciplinaire.

Cette coopération se réalise au mieux dans le cadre d'une unité de concertation pluridisciplinaire (au sein d'un réseau), avec des outils et une organisation communs à tous les acteurs :

- l'utilisation d'un référentiel commun (recommandations diagnostiques, thérapeutiques et de suivi) ;

- l'utilisation d'un dossier partagé ;

- une organisation de réunions de concertation régulières permettant de discuter ensemble des différentes options de traitement.

Le chirurgien cancérologue, au sein de ce groupe, doit avoir une bonne connaissance globale et générale du cancer et une connaissance précise des cancers qu'il prend en charge, pour une discussion argumentée des avantages et inconvénients respectifs des différentes modalités de traitement qui pourraient être proposées.

Chirurgie cancérologique en 2001

La chirurgie cancérologique doit-elle être une spécialité à part entière (le chirurgien cancérologue étant alors le chirurgien général du cancer) ou doit-elle être pratiquée par le chirurgien d'organe (celui-ci étant alors le chirurgien spécialiste du cancer dans sa spécialité d'organe) ? La réponse n'est sans doute pas univoque en fonction des spécialités et des organes concernés (cf. avis de l'Urologie, chapitre suivant).

La chirurgie cancérologique doit-elle ne se pratiquer que dans des structures consacrées ou peut-elle se faire avec qualité dans toutes les structures ? Sans aucun doute dans toutes les structures qui intègrent les caractéristiques définies précédemment : caractéristiques techniques, de compétences médicale et paramédicale, d'organisation (où la pluridisciplinarité et la coopération sont des éléments clés). Certaines structures pourront participer à l'enseignement et à la recherche. D'autres ne se consacreront qu'à une pratique clinique.

Quelle formation continue ? Quelle formation initiale ?

Un DESC de chirurgie cancérologique est-il nécessaire et obligatoire pour pouvoir pratiquer la chirurgie cancérologique et être reconnu comme chirurgien cancérologue ? Ou peut-on intégrer une formation cancérologique de qualité et validée dans la maquette du DESC de chirurgie de spécialité ?

Chirurgie cancérologique urologique

Rôle de la chirurgie urologique et du chirurgien urologue dans le traitement des cancers

Le chirurgien urologue est le premier intervenant dans plus de 95 % des cas de prise en charge des cancers urologiques.

La chirurgie est le traitement ou l'un des traitements de référence de tous les cancers urologiques.

Place de la cancérologie dans l'activité d'un chirurgien urologue

La cancérologie représente 35 à 50 % de l'activité d'un urologue.

Plus de 95 % de la cancérologie urologique est pratiquée en dehors des centres anti-cancéreux.

Publication et recherche clinique en cancérologie urologique

Une large majorité des articles traitant de cancérologie urologique publiés dans les revues internationales référencées est rédigée par des équipes de chirurgiens urologues.

Caractéristiques de la chirurgie cancérologique en urologie

La chirurgie cancérologique urologique met en œuvre, outre les techniques d'exérèse carcinologique classique, des techniques de préservation ou de reconstruction fonctionnelle (rein, voie excrétrice, vessie, urètre, verge, etc.), des techniques endoscopiques de diagnostic, de traitement et de surveillance, des techniques adaptées de gestion et de traitement des complications éventuelles (sténose de l'uretère, de l'urètre, incontinence, fistule, impuissance, troubles de l'éjaculation, de la fertilité, etc.), nécessitant une parfaite connaissance et une pratique régulière de la totalité de l'art urologique.

Organisation des pratiques, évaluation et formation continue

L'Association française d'urologie (AFU), par l'intermédiaire de son comité de cancérologie (CCAFU) (qui a plus de 10 ans d'existence), a créé des outils et favorisé une organisation nécessaire à une prise en charge de qualité des cancers urologiques par les chirurgiens urologues.

* Organisation des pratiques :

- la coopération pluridisciplinaire est l'un des principes de fonctionnement du CCAFU, associant urologues, radiologues, pathologistes, radiothérapeutes, chimiothérapeutes ;

- l'élaboration de recommandations diagnostiques, thérapeutiques et de suivi qui servent de base à l'établissement des référentiels ;

- la diffusion de ces recommandations et l'appréciation du taux d'acceptation de celles-ci par les urologues ;

- l'aide et des conseils à la mise en place d'une organisation en réseau ;

- l'établissement de fiches types de pratique des biopsies ;

- l'établissement de fiches types de recueil et de comptes rendus anatomopathologiques ;

- l'établissement de fiches types d'information des patients ;

- le développement, l'évaluation et la diffusion de nouvelles techniques chirurgicales d'exérèse et de reconstruction (congrès, symposiums, stages pratiques, déplacement des experts pour diffuser la technique) ;

- la mise en place de nouveaux protocoles de traitement.

Ces actions répondent à l'ensemble des caractéristiques et critères nécessaires à la pratique d'une chirurgie cancérologique de qualité.

* Évaluation des pratiques

La mise en place du programme d'évaluation des pratiques « Basafu » permettra de faire un état précis des pratiques, de connaître le niveau de suivi des recommandations et de corriger les points négatifs par des actions appropriées.

* Formation continue

La formation continue en cancérologie est déjà organisée au sein de l'AFU avec l'aide de son comité de formation continue (CFC) et du Collège français d'urologie (CFU), avec notamment les séminaires d'urologie continue en cancérologie, les symposiums et forums du comité de cancérologie (CCAFU), les publications du CCAFU, le congrès annuel, les stages pratiques chez les experts qui ont développé de nouvelles techniques, le déplacement des experts effectuant un vrai compagnonnage.

Formation initiale

La cancérologie constituant une part importante de l'activité quotidienne d'un chirurgien urologue, cette formation doit être incluse dans la maquette de base du DESC d'urologie, tant sur le plan théorique que sur le plan pratique.

Des cours de cancérologie sont déjà donnés aux jeunes urologues en formation, dans le cadre du module de cancérologie de l'Enseignement du collège d'urologie (ECU).

L'analyse précise de la pratique de ces jeunes urologues en formation dans des services reconnus comme formateurs en cancérologie est maintenant rendue possible grâce à la mise place du cahier de l'interne.

Il faut donc définir l'ensemble des critères minimaux pour valider une compétence en chirurgie urologique cancérologique.

Si, parmi ces urologues en formation, certains souhaitent avoir une formation plus complète en cancérologie (radiothérapie, chimiothérapie, anatomo-pathologie, etc.), ils doivent avoir la possibilité de faire un DESC de cancérologie adapté à la chirurgie, leur donnant ainsi une compétence en cancérologie générale plus large que la chirurgie cancérologique urologique.

Le 9 mars 2001


 

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