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Réflexions et propositions de la Société française de chirurgie digestive


Bulletin du Cancer. Volume 89, 47-8, Numéro spécial, Février 2002, Contribution des Sociétés françaises de chirurgie d'organe


Résumé  

Auteur(s) : Jean-Pierre Arnaud, Pierre-Louis Fagniez, Gérard Fromont, Francis Michot, Philippe Segol, Jean-Pierre Triboul, Bertrand Millat, .

Résumé : En tant que SFCD, nous sommes censés répondre spécifiquement aux questions posées sur la cancérologie digestive. Dans la pratique, les chirurgiens formés par le DESC de chirurgie viscérale et digestive peuvent être conduits à prendre en charge, notamment hors des structures spécialisées des hôpitaux universitaires, des cancers non digestifs : sein et appareil génital féminin notamment. Des propositions sur la formation des chirurgiens qui prennent en charge des cancers digestifs ne peuvent être faites indépendamment de la démographie chirurgicale et de la prévalence des cancers en France : les recommandations sur la prise en charge des sarcomes rétro-péritonéaux (1 000 cas par an) sont inapplicables aux cancers du côlon et du rectum (35 000 cas par an).

ARTICLE

En tant que SFCD, nous sommes censés répondre spécifiquement aux questions posées sur la cancérologie digestive. Dans la pratique, les chirurgiens formés par le DESC de chirurgie viscérale et digestive peuvent être conduits à prendre en charge, notamment hors des structures spécialisées des hôpitaux universitaires, des cancers non digestifs : sein et appareil génital féminin notamment.

Des propositions sur la formation des chirurgiens qui prennent en charge des cancers digestifs ne peuvent être faites indépendamment de la démographie chirurgicale et de la prévalence des cancers en France : les recommandations sur la prise en charge des sarcomes rétro-péritonéaux (1 000 cas par an) sont inapplicables aux cancers du côlon et du rectum (35 000 cas par an).

Considérations générales

La mortalité en France par cancers de l'œsophage, de l'estomac, du côlon et du rectum a diminué, ce qui ne conduit pas a priori à contester la qualité du mode de prise en charge actuel.

En 1997, 1 109 établissements publics et privés ont enregistré des hospitalisations chirurgicales pour cancers du côlon et du rectum. La moyenne de 29 interventions par centre n'a pas de sens :

- 26 établissements (entités juridiques) traitent plus de 100 cas par an ;

- 10 % des établissements font 38 % de l'activité ;

- 50 % des établissements font moins de 20 interventions par an ;

- 25 % des établissements font moins de 10 opérations par an ;

- 36 établissement ne déclarent qu'une opération par an.

Le « seuil volume » en matière de qualité des résultats pour la chirurgie colorectale est de 5 cas au moins par an [Harmon, Ann Surg 1999].

La qualité du traitement chirurgical d'une tumeur digestive se mesure d'abord en critères de jugement non spécifiques : morbidité et mortalité générales, morbidité et mortalité des fistules digestives. C'est une qualité qui engage le pronostic immédiat. La qualité oncologique du traitement chirurgical initial se mesure au travers du contrôle local de la tumeur et de la qualité de la stadification tumorale associée aux prélèvements ganglionnaires. C'est une qualité qui engage le résultat à distance en termes de taux de récidives locales ou régionales et de survie. Le résultat oncologique à long terme n'est pas indépendant de la qualité « non spécifique » du traitement chirurgical initial. Le bénéfice attendu de l'exérèse ganglionnaire est la précision des indications des traitements adjuvants. Le nombre de ganglions analysés augmente la précision de la stadification. Il n'influence pas les décisions pour les cancers opérés au stade métastatique. Deux des études ayant permis de progresser dans le traitement chirurgical des cancers digestifs (estomac et côlon) ont été produites par les associations françaises de recherche en chirurgie. Le cahier des charges en matière de lymphadénectomie est défini pour les cancers du côlon, du rectum, de l'estomac, de l'œsophage et du pancréas. L'affirmation selon laquelle « le curage ganglionnaire possède un rôle thérapeutique propre pour certains chirurgiens ou pour certains cancers » (p. 13) est d'un faible niveau de preuve. Dans aucune des localisations digestives (œsophage, estomac, côlon, pancréas), il n'a été montré que l'extension de la lymphadénectomie améliorait les résultats. Elle peut augmenter la morbidité. L'exérèse du méso-rectum est en cours d'évaluation.

Si la chirurgie est le traitement du cancer, elle doit faire partie d'une réflexion multidisciplinaire permettant d'envisager les associations thérapeutiques susceptibles d'améliorer les chances de survie. Il n'existe à l'heure actuelle aucune preuve de l'utilité d'un traitement adjuvant dans les cancers de l'œsophage et dans les cancers de l'estomac. La chimiothérapie adjuvante est un standard de traitement pour les cancers du côlon ayant métastasé dans les ganglions. Les bénéfices de la radiothérapie néoadjuvante des cancers du rectum doivent être comparés à ceux de l'exérèse réglée du méso-rectum.

Pour 3 des 4 localisations analysées (estomac, pancréas, œsophage), il n'existe pas de standards de surveillance et d'utilité démontrée de la chirurgie des métastases ou des récidives.

Dans le cas particulier des cancers du côlon et du rectum, l'utilité de la chirurgie des récidives et métastases est contestée par l'absence de démonstration de l'utilité des protocoles de surveillance (niveau de preuve A). Les surveillances augmentent le nombre des malades diagnostiqués avec récidive, le nombre des actes pratiqués mais ne modifient pas l'espérance de survie. Rapporté à la population totale, le nombre de malades avec métastases « amenables » à une survie à 5 ans est marginal.

La polyvalence des chirurgiens digestifs peut être assurée au cours de la formation initiale (gynécologie, urologie, vasculaire). La polyvalence du chirurgien digestif confronté à la cancérologie est limitée à l'extension génitale ou vésicale de certains cancers colo-rectaux.

Les concepts de « chirurgien cancérologue » et de « chirurgie cancérologique » sont des postulats. Le concept de chirurgien cancérologue ou oncologue est défini comme un savoir et non par une mesure des résultats. Aucune des qualités exigibles d'un chirurgien « cancérologue » ne se distingue des qualités exigibles d'un chirurgien en général. Les standards du traitement des tumeurs digestives font partie intégrante de la formation initiale des chirurgiens généraux, viscéraux et digestifs. La formation continue propose aux chirurgiens l'actualisation de leurs connaissances par rapport aux évolutions susceptibles d'influencer les résultats.

Les arguments tirés de « l'effet volume » ne sont pas univoques. Les publications ne permettent pas de séparer ce qui reviendrait à la sélection des malades de ce qui revient à la performance du centre (les malades ne sont pas randomisés entre centres) ; l'évaluation objective des variables liées à la maladie et au malade peut effacer les différences de mortalité opératoire entre chirurgiens ; le bénéfice associé à l'effet centre peut dépendre du plateau humain et technique plus que de la performance individuelle du chirurgien.

Il faut remarquer que les centres sont peu concernés par les cancers qui se présentent en urgence du fait d'une complication. Quinze à 20 % des cancers du côlon et du rectum sont diagnostiqués dans le contexte de l'urgence, taux variable selon le siège de la tumeur, l'âge du patient et le type de complication (hémorragie, occlusion, perforation).

Synthèse et remarques

Ce document est étoffé et contient un certain nombre d'informations intéressantes mais non originales. Nous pensons que l'on peut résumer son contenu en trois points.

1) Près de 80 % du contenu est cohérent avec la circulaire de mars 1998 qui précise les principes de l'organisation des soins en cancérologie. Rappelons que les principes de cette organisation sont :

- la pluridisciplinarité des décisions permettant d'élaborer les plans de traitement des patients (staffs oncologiques) : les centres dits « de référence en cancérologie » ont la possibilité d'organiser en interne cette multidisciplinarité ; les centres dits « orientés vers la cancérologie » ou les centres « de proximité » ont la possibilité de s'organiser en réseaux pour satisfaire cette exigence ;

- la trace écrite de la décision et des conditions de la décision dans les dossiers individuels des patients (dossier unique patient cancéreux) : elle est exigible de tous les centres, quelle qu'en soit l'orientation ;

- le suivi des patients, organisé ou non en réseau, afin de permettre ce qui est actuellement impossible, à savoir l'épidémiologie des cancers, les résultats de leur prise en charge et le coût/utilité des dépenses de soins en cancérologie.

2) L'argumentation en faveur d'un DESC de chirurgien cancérologue est probablement irréaliste. Il suffit pour y répondre de reprendre ce qu'en a dit le président de la Fédération des centres. La plupart des critères de qualité exigibles d'un « chirurgien cancérologue » sont communs à l'activité chirurgicale en général :

- maîtrise de l'indication (réponse = pluridisciplinaire) ;

- maîtrise de la technique (réponse = formation initiale) ;

- actualisation du savoir (réponse = formation continue) ;

- prise de responsabilité dans le suivi (réponse = dossier patient avec fiche de suivi).

La formation par le DESC de chirurgie viscérale et digestive comporte les éléments nécessaires à la chirurgie cancérologique digestive dans les séminaires inter-régionaux et nationaux. Les chirurgiens de la SFCD participent aux DU et DIU d'oncologie et de chirurgie cancérologique digestive. Ces DU et DIU sont essentiellement tournés vers la formation continue. Peut-être faut-il prévoir de les ouvrir davantage à la formation initiale. Les exigences quant à la formation continue des chirurgiens sont toujours en attente de formalisation. Le contenu du DESC de chirurgie viscérale et digestive est de la responsabilité du Collège de chirurgie générale, viscérale et digestive. On peut lui demander de vérifier que tous les Standards, Options et Recommandations qui s'appliquent à la cancérologie digestive sont bien inclus dans le programme d'enseignement.

La réalité de la cancérologie digestive ne permet pas d'imaginer qu'elle soit prise en charge exclusivement dans des centres labellisés. Il faut commencer par mesurer les résultats actuels avant de faire des propositions d'amélioration.

3) Le troisième point est plus subjectif. Ce document n'est-il pas plus utile aux centres dits de lutte contre le cancer qu'aux malades cancéreux ? On pourrait penser que le fait que la plupart des cancers digestifs entrent dans le système de soins au nom de la chirurgie et non au nom du cancer irrite le lobby du cancer. Le rapport Oudin (commission sénatoriale des finances du 21 octobre 1998) prône la fusion de certains CLCC avec les CHU. Il note que « nul ne sait exactement quelle est la part des dépenses d'assurance maladie consacrée à la lutte contre le cancer, ni si ces sommes sont efficacement employées ». Il note encore « qu'il n'est pas possible de connaître exactement le nombre de cas de cancer pris en charge dans l'ensemble du système de soins ». Les organisations verticales chargées de la lutte contre une maladie particulière génèrent des lobbies (cf. le sida). Le ministère s'est jusqu'à présent opposé à ce type d'organisation dans le cas du cancer. S'il y a une urgence, elle est de répondre aux questions posées dans le rapport Oudin, non de refondre les modalités de formation initiale des chirurgiens appelés à prendre en charge nécessairement des cancers digestifs, où qu'ils travaillent.

Le 1er mars 2001


 

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