ARTICLE
Définitions
La définition des Standards, Options et Recommandations,
accompagnés du niveau de preuve, repose sur les meilleures preuves
scientifiques disponibles au moment de leur rédaction (best
available evidence), pouvant être selon le sujet des métaanalyses,
essais randomisés ou études non randomisées. Lorsque
les preuves scientifiques font défaut pour un point particulier,
le jugement est basé sur l'expérience professionnelle et
le consensus du groupe d'experts (« accord d'experts »).
* Standards : interventions pour lesquelles les
résultats sont connus, et qui sont considérées comme
bénéfiques, inappropriées ou nuisibles, à
l'unanimité. Ils sont l'équivalent d'indications ou
de contre-indications absolues.
* Options : interventions pour lesquelles les
résultats sont connus, et qui sont considérées comme
bénéfiques, inappropriées ou nuisibles, par la
majorité. Elles sont l'équivalent d'indications ou de
contre-indications relatives. Les options sont toujours accompagnées
de recommandations.
* Recommandations : elles ont pour but, lorsqu'il
existe plusieurs options, de les hiérarchiser en fonction du niveau
de preuve. Les recommandations permettent également aux experts
d'exprimer des jugements et des choix concernant notamment des situations
d'exception et indications spécifiques ainsi que l'inclusion des
patients dans des essais thérapeutiques.
Le niveau de preuve est fonction du type et de
la qualité des études disponibles ainsi que de la cohérence
ou non de leurs résultats ; il est explicitement spécifié
pour chacune des méthodes/interventions considérées
en utilisant la classification suivante :
* Niveau A : il existe une (des) métaanalyse(s)
« de bonne qualité » ou plusieurs essais randomisés
« de bonne qualité » dont les résultats sont cohérents.
* Niveau B : il existe des preuves « de
qualité correcte » : essais randomisés (B1) ou études
prospectives ou rétrospectives (B2). Les résultats de ces
études sont cohérents dans l'ensemble.
* Niveau C : les études disponibles sont
critiquables d'un point de vue méthodologique ou leurs résultats
ne sont pas cohérents dans l'ensemble.
* Niveau D : il n'existe pas de données
ou seulement des séries de cas.
* Accord d'experts : il n'existe pas de données
pour la méthode concernée mais l'ensemble des experts est
unanime.
NB : Pour plus de détails, cf. Méthodologie
de développement des SOR [62].
Méthodologie
La Fédération nationale des centres de
lutte contre le cancer (FNCLCC) dans le cadre de l'opération «
Standards, Options et Recommandations » (SOR) a souhaité définir
aussi les bonnes pratiques dans les disciplines transversales telles que
chimiothérapie, radiothérapie, etc., mais aussi odontologie,
diététique et infirmières en cancérologie.
La définition des bonnes pratiques repose sur les mêmes principes
méthodologiques que la définition des SOR, à savoir
une revue systématique et une analyse critique des données
de la littérature avec une définition des Standards, Options
et Recommandations sur la base du meilleur niveau de preuve disponible
au moment de leur rédaction (best available evidence). Compte
tenu de la rareté des données publiées concernant
l'odontologie et de leur faible niveau de preuve (études de cas,
séries rétrospectives, etc.), le groupe de travail a également
pris en compte des données de la littérature « grise »
(thèses, mémoires, rapports, etc.). Une grande partie des
recommandations définies pour l'odontologie repose sur le jugement
argumenté des experts défini sur la base de l'expérience
professionnelle et du consensus du groupe d'experts (« accord d'experts
»). Ces recommandations ont été validées par
des relecteurs extérieurs au groupe de travail.
Le traitement d'une tumeur des voies aériennes digestives supérieures
(VADS) nécessite le recours aux moyens thérapeutiques classiques
en pathologie cancéreuse : chirurgie, radiothérapie ou curiethérapie,
chimiothérapie ou l'association de ces thérapeutiques. Ces
traitements provoquent au niveau des éléments constitutifs
de la sphère oro-faciale des effets secondaires temporaires ou
définitifs qui peuvent être prévenus ou traités
par une prise en charge précoce et en concertation avec le reste
de l'équipe soignante par l'odonto-stomatologiste.
Méthode
Ce document propose des recommandations pour la prévention
et le traitement des complications sur l'appareil bucco-dentaire consécutives
aux traitements anticancéreux. Les thérapeutiques ont été
évaluées sur un critère principal (la qualité
de vie du patient) et plusieurs critères secondaires.
Sources
Interrogation Medline jusqu'en 1999 utilisant
les mots du MESH : (CANCER or NEOPLASMS) HUMAN and (TOOTH or DENTAL) and
(RADIOTHERAPY or RADIATION or BRACHYTHERAPY) and not LASER and (TOOTH
or DENTAL) and (CHEMOTHERAPY or DRUG THERAPY or ANTINEOPLASTIC) and NEOPLASMS
THERAPY IN MESH and ((MANDIBULAR-PROSTHESIS) or (MAXILLOFACIAL-PROSTHESIS)
and (DENTAL in SB) and OBTURATOR and (DENTAL in SB) and (« ORAL HYGIENE
» or « ORAL HYGIENE ADVERSE EFFECTS AE »
or « ORAL and HYGIENE EDUCATION ED » or «
ORAL HYGIENE HISTORY HI ») and (« ORAL HYGIENE
INSTRUMENTATION IS » + « ORAL HYGIENE METHODS
and MT » + « ORAL HYGIENE NURSING NU »
+ « ORAL HYGIENE STANDARDS ST ») and (« ORAL
HYGIENE STATISTICAL AND NUMERICAL DATA » + « ORAL
and HYGIENE INDEX » + « ORAL MANIFESTATIONS » + «
ORAL MEDICINE » + « DENTAL HYGIENE ») and (« PREVENTIVE
DENTISTRY » + « DENTAL DEVICES, HOME CARE).
- S'agissant d'un domaine où il existe peu de
publications, utilisation de bibliographies personnelles (thèses,
mémoires, travaux non publiés).
- Ouvrages de référence [9, 13, 20].
Résultats
Le rôle de l'odonto-stomatologiste est important
dès la prise de décision thérapeutique et tout au
long du traitement. Une consultation dentaire, ainsi que la mise en route
d'un traitement bucco-dentaire approprié avant l'induction du traitement
permettent une diminution des complications, un meilleur confort des malades
et participent ainsi à l'amélioration des résultats
thérapeutiques.
La prise en charge bucco-dentaire des malades doit allier qualité
des soins, compétence des praticiens et rapidité d'exécution
en raison du caractère évolutif de la maladie. L'existence
d'une structure dentaire rattachée à l'établissement
de soins (exemple d'un centre de lutte contre le cancer) ou à l'unité
de concertation en cancérologie d'un établissement (tel
qu'un centre hospitalier ou une clinique) permet : une simultanéité
des consultations ORL et dentaire, évitant les pertes de temps
; une communication précise, concise et efficace des données
médicales à l'odonto-stomatologiste, comportant fiche de
liaison et radiographie panoramique dentaire, permettant une optimisation
des soins dentaires ; la réunion d'une équipe pluridisciplinaire,
consciente des problèmes spécifiques des pathologies cancéreuses
et de leurs traitements.
Généralités (figure
1)
Les affections néoplasiques cervico-faciales,
et en particulier des voies aériennes digestives supérieures,
sont très fréquentes en France. Le rôle du tabac et
de l'alcool dans la survenue de ces lésions est prouvé.
Le traitement d'une tumeur des VADS nécessite le recours aux moyens
thérapeutiques classiques en pathologie cancéreuse : chirurgie,
radiothérapie externe ou interne, chimiothérapie ou l'association
de deux ou trois de ces thérapeutiques. Ces traitements provoquent
sur les éléments constitutifs de la sphère oro-faciale
de l'adulte des effets secondaires temporaires ou définitifs dont
la prévention et le traitement nécessitent l'intervention
précoce, et parfois tout au long de la vie du patient, d'un odonto-stomatologiste
[18, 21, 96, 97, 125, 127, 152]. Parce que la tumeur siège dans
une région intéressant la cavité buccale, l'odonto-stomatologiste
doit faire partie intégrante de l'équipe pluridisciplinaire
qui va décider et mettre en route le protocole thérapeutique
(cf. § La radiothérapie, La chirurgie, La chimiothérapie)
; même si la localisation n'intéresse pas directement la
cavité buccale, certains traitements proposés, et en particulier
les chimiothérapies, peuvent entraîner des effets secondaires
sur la région bucco-dentaire. Dans ce cas, le chirurgien-dentiste
a un rôle spécifique à jouer (cf. § La chimiothérapie)
; si la localisation tumorale n'intéresse pas la région
cervico-faciale, les traitements proposés peuvent parfois avoir
des effets à distance, et notamment sur la cavité buccale.
Dans le cas particulier de l'enfant, les conséquences d'un traitement
néoplasique sont spécifiques. En raison de la présence
d'organes en formation ou en croissance, l'enfant nécessite un
suivi bucco-dentaire particulier et ce, quel que soit le traitement proposé
et l'affection néoplasique diagnostiquée (cf. § Rôle
de l'odonto-stomatologiste dans le cas particulier de l'enfant traité
pour une lésion cancéreuse cranio-cervico-faciale) ;
dans ce cas, l'odonto-stomatologiste va agir avec le malade indépendamment
de l'affection tumorale. Son rôle sera celui d'un praticien classique
dont le but est de redonner fonction et esthétique. Parfois, il
pourra être sollicité par un médecin si celui-ci juge
l'état dentaire de son malade non satisfaisant.
Pour assurer pleinement sa quadruple mission de recherche, prévention,
thérapeutique et enseignement, une unité de concertation
en cancérologie ORL dans un site de référence ou
un réseau de soins en cancérologie doit permettre la prise
en charge des patients par une équipe multidisciplinaire. Avant
tout traitement d'un cancer des voies aériennes digestives supérieures,
la décision thérapeutique est prise en accord entre le chirurgien
ORL ou cervico-facial, le radiothérapeute et le chimiothérapeute.
L'odonto-stomatologiste se joint à ces spécialistes au cours
de la discussion sur le projet thérapeutique afin qu'aucun traitement
ne soit débuté sans une remise préalable en état
de la cavité buccale. Par son action, il concourt largement au
succès du traitement, gardant ou ramenant fonction et esthétique
à des patients par ailleurs largement éprouvés [18,
92, 125, 127] ; il contribue à améliorer leur qualité
de vie et influe favorablement sur leur état psychologique.
La prise en charge bucco-dentaire des malades doit allier qualité
des soins, compétence des praticiens et rapidité d'exécution
en raison du caractère évolutif de la maladie. Si la structure
hospitalière ou l'unité de concertation de cancérologie
possède une unité dentaire dans ses locaux, cela permet
: une simultanéité des consultations ORL et dentaire, évitant
les pertes de temps ; une communication précise, concise et efficace
des données médicales à l'odonto-stomatologiste (fiche
de liaison et radiographie panoramique dentaire permettant une optimisation
des soins dentaires) ; la réunion d'une équipe compétente,
consciente des problèmes spécifiques des pathologies cancéreuses,
de leurs traitements, des effets secondaires attendus et des moyens à
mettre en uvre pour y remédier.
Définition des voies aériennes digestives
supérieures et rappel anatomique
Sous l'appellation organes des voies aériennes
digestives supérieures, on entend :
- cavité buccale (langue mobile, plancher de
bouche, gencive, face interne de joue, lèvre, voile du palais)
;
- oropharynx (amygdale et pilier, base de langue) ;
- larynx (cordes vocales, épiglotte) ;
- hypopharynx (sinus piriforme).
Les éléments anatomiques constitutifs
de la sphère oro-faciale susceptibles d'être le siège
de complications sont : les tissus de revêtement de la face, les
muscles de l'appareil manducateur, la muqueuse buccale, les os maxillaire
et mandibulaire, les glandes salivaires (ou « glandes orales »
selon la nouvelle nomenclature), les dents.
La radiothérapie
(figure 2)
La radiothérapie permet de délivrer à
la tumeur et à ses extensions visibles ou présumées
une dose précise de radiations ionisantes, nécessaire et
suffisante pour obtenir le contrôle local, en tenant compte de contraintes
comme la préservation des tissus sains et la limitation au maximum
des complications. Elle peut être délivrée par irradiation
externe ou par curiethérapie [17] : la radiothérapie externe
transcutanée utilise une source de rayonnements ionisants placée
à distance des tissus irradiés ; la curiethérapie
place les sources radioactives au sein ou au contact des tissus à
traiter.
Le choix de la radiothérapie dans le traitement dépendra
de la localisation tumorale, du type histologique de la lésion
et de son extension, mais aussi des autres possibilités thérapeutiques
qu'offre la chirurgie ou la chimiothérapie. Le plus souvent, l'association
des différents types de traitement et des techniques de radiothérapie
externe et de curiethérapie est utilisée [10, 24, 136].
La prise en charge bucco-dentaire des malades traités pour un cancer
des VADS a toujours été déterminée par les
craintes de complications osseuses observées sur les maxillaires.
Pour éviter ce risque, l'édentation systématique
et définitive des patients avant traitement radiothérapique
a longtemps été la règle. Une meilleure connaissance
pathogénique de cette grave complication, ainsi que de celle des
caries dentaires qui s'y associent, a permis de modifier, il y a une vingtaine
d'années, cette position radicale [21, 43, 44, 74, 78, 83, 93,
94, 134, 137].
Lorsque le traitement préconisé est une association radiothérapie
externe et curiethérapie, c'est la remise en état dentaire
imposée par la radiothérapie externe qui prévaudra.
Il conviendra, bien sûr, d'ajouter, en cas de curiethérapie,
les protections plombées qui sont spécifiques à ce
traitement.
La radiothérapie externe
La radiothérapie, utilisée comme traitement
dans plus d'un cancer sur deux, peut être faite à visée
curative ou palliative (ou symptomatique).
* Radiothérapie curative
Au niveau des VADS, l'irradiation des tissus sains peut
avoir essentiellement trois conséquences : les caries, les ostéites
postradiothérapiques et les mucites.
L'objectif de la radiothérapie est de détruire toutes les
cellules tumorales et les extensions locales de la tumeur afin d'obtenir
une guérison définitive.
La dose à délivrer dépend du type histologique, de
la taille de la tumeur mais également des traitements préalables
; en irradiant la tumeur, on irradie aussi involontairement les tissus
sains avoisinants.
Ceux-ci ne tolèrent que des doses au-delà desquelles des
séquelles graves peuvent survenir. Pour limiter ces risques, différents
artifices sont utilisés, accroissant le différentiel entre
tissus sains et tumoraux.
Les complications dentaires, osseuses et muqueuses sont les suivantes
[5, 20, 26, 38, 53, 72, 82, 152, 158] :
- Les caries dentaires [30, 37, 78, 114] surviennent
spontanément dans les quatre à six mois qui suivent la fin
de la radiothérapie externe. Précédées, en
général, par une période d'hyperesthésie dentinaire,
elles évoluent en des sites peu habituels et n'épargnent
aucune dent. Elles atteignent : les collets, sous la forme de caries rampantes
annulaires qui évoluent jusqu'à la fracture corono-radiculaire
; les bords incisifs, les pointes cuspidiennes et les faces libres.
Une coloration brunâtre ou noire des surfaces amélo-dentinaires
les accompagne souvent (dent d'ébène). Ces caries postradiques
se distinguent des caries banales par leur plus grande agressivité
et leur rapidité d'évolution. Elles résultent non
pas de l'effet direct du rayonnement sur les tissus dentaires, mais des
conditions cariogènes créées par l'hyposialie à
la suite de l'irradiation des glandes salivaires : acidité buccale,
développement d'une flore acidogène très cariogène
(streptocoques mutants, lactobacilles, candida) et suppression
de l'autonettoyage réalisé normalement par le flux salivaire.
L'origine du problème dentaire est donc due en grande partie à
une modification quantitative et qualitative de la salive [55, 56].
Par ailleurs, l'absence de flux salivaire, l'accumulation d'une plaque
dentaire collante au collet des dents favorisent le développement
des gingivites et des poches parodontales : 1) toutes les dents, situées
ou non dans les volumes d'irradiation, sont atteintes ; 2) les lésions
ne sont observées que sur les surfaces dentaires directement en
contact avec le milieu buccal ; 3) seules les dents incluses et les dents
parfaitement isolées de la salive par des couronnes prothétiques
se trouvent donc épargnées ; 4) la fréquence, la
rapidité d'installation et la sévérité sont
directement proportionnelles à l'importance de l'hyposialie, elle-même
fonction du volume glandulaire irradié et de la dose de rayonnement
délivrée.
- L'ostéite postradique est la complication
majeure de l'irradiation des maxillaires [20, 64, 65, 88, 91, 96, 122,
149]. Elle est surtout observée sur la mandibule et ce, avec un
maximum d'acuité, compte tenu des particularités anatomo-physiologiques
de cet os par rapport au maxillaire (rapport 24 : 1) [122]. Elle
complique les irradiations externes et interstitielles lorsque les doses
délivrées vont au-delà de 50 Gy.
Sullivan [153] a noté que l'incidence d'ostéoradionécroses
(ORN) croît considérablement quand la dose totale dépasse
60 Gy et spécialement quand la mandibule est incluse dans les champs
d'irradiation. La plupart des auteurs pensent qu'il faut aussi tenir compte
de la durée et du fractionnement de la radiothérapie.
Widmark [161] a récemment conclu qu'un âge avancé,
une forte dose de radiations, une thérapeutique intensive et de
courte durée et la combinaison de chirurgie et de chimiothérapie
avec des extractions dentaires traumatiques ont chacun une influence sur
le développement des nécroses osseuses.
Marx [103] a établi que la sensibilité, la population cellulaire
et la qualité du tissu en question sont aussi des facteurs à
considérer.
Murray [112] a détecté une augmentation d'ORN avec l'utilisation
de la curiethérapie ou l'utilisation combinée de sources
radioactives internes et externes.
Tandis que la plupart des auteurs ont la conviction que l'ORN est précipitée
par un événement traumatique, il est généralement
accepté que quelques formes apparaissent sans traumatisme. D'après
Marx [103], 35 % des ORN apparaissent spontanément et semblent
être associées avec de fortes doses de rayons capables de
causer directement une nécrose. Les signes cliniques de tels cas
sont généralement étendus et nécessitent usuellement
des traitements plus agressifs.
Marunick [101] a récemment contesté ce concept d'ORN spontanée,
établissant que les cas qualifiés ainsi peuvent souvent
être rattachés à des étiologies qui ont été
négligées tels que des traumatismes dus à la mastication,
des habitudes parafonctionnelles comme le bruxisme.
Basant leur argumentation sur une série de cas rapportés,
Marx [103] conclut que de tels facteurs sont à considérer
pendant l'évaluation préradiothérapique, spécialement
quand la dose dépasse 65 Gy.
Les ostéites postradiques se manifestent de façon précoce
ou tardive, elles ont une évolution soit bénigne et limitée,
soit grave et extensive. Les perturbations du métabolisme et de
l'activité cellulaire, engendrées par l'irradiation du tissu
osseux, demeurent latentes et asymptomatiques pour se révéler
ultérieurement (parfois plusieurs années après la
fin de l'irradiation) à l'occasion de la mise en contact du tissu
osseux avec le milieu buccal septique : infection dentaire apicale ou
parodontale, avulsions dentaires, biopsie avec mise à nu de l'os
ou blessure gingivale d'origine prothétique [22].
Ischémie et infection sont les deux mécanismes essentiels
qui président à l'apparition des ostéites postradiques.
- La mucite radio-induite [30, 35, 59, 145, 147],
complication aiguë de la radiothérapie, est une stomato-toxicité
de la muqueuse buccale. Au cours d'une radiothérapie des voies
aéro-digestives supérieures, on assiste à la mort
des cellules épithéliales induite par les radiations ionisantes
lors de la mitose, d'où l'apparition de cette radio-mucite. Celle-ci
survient en général vers le quinzième jour après
le début de la radiothérapie, avec apparition d'un érythème
muqueux suivi de plaques présentant un exsudat fibrineux. Cette
complication, aggravée par l'hyposialie, dépend de la dose
et du fractionnement de la radiothérapie, de l'état bucco-dentaire
initial, mais aussi de la poursuite du fumage tabagique pendant le traitement
d'une sensibilité individuelle de la muqueuse du patient traité.
Les signes cliniques ou symptômes et le traitement sont identiques
à ceux de la mucite chimio-induite.
Une mise en état bucco-dentaire est nécessaire avant radiothérapie
[20, 26, 29, 58, 71, 108].
Au total
Lors d'une radiothérapie cervico-faciale intéressant
les glandes salivaires, trois risques sont à considérer
:
- le risque carieux qui est lié à l'insuffisance salivaire
et peut intéresser l'ensemble des dents ;
- le risque d'ostéoradionécrose, lié à la
combinaison des problèmes d'ischémie et d'infection, mais
qui ne survient que sur les régions directement irradiées
;
- la mucite liée à l'insuffisance salivaire, à la
dose de radiothérapie et à la sensibilité individuelle
de la muqueuse du patient traité.
- Indications de la conservation dentaire [3,
20]. À l'heure actuelle, il n'est plus acceptable : d'irradier
un malade porteur d'une localisation tumorale cervico-faciale sans un
examen et une mise en état préalable de la denture ; d'édenter
systématiquement un malade ; de compromettre tout réappareillage
prothétique ultérieur. L'irradiation cervico-faciale sans
un examen et une mise en état préalable de la denture est
à proscrire.
Les bonnes pratiques avant radiothérapie sont toujours un compromis
qui tient compte de paramètres connus, tels l'état dentaire
ou les champs d'irradiation, et de paramètres inconnus comme la
compliance du patient. Les buts poursuivis sont la prévention des
complications et la préservation de la qualité de vie du
patient (sa réhabilitation masticatoire, phonétique et esthétique)
[64, 126, 127]. Une remise en état de la cavité buccale
bien pensée tient compte de la lésion, du tracé des
champs d'irradiation, de la dose délivrée, de la qualité
des dents en place et de cofacteurs psychologiques et sociaux.
L'état et la qualité de la denture [20, 30, 74, 96] sont
estimés cliniquement et radiologiquement. L'examen clinique permet
d'apprécier : l'état de la denture (indice carieux, qualité
des reconstitutions coronaires ou corono-radiculaires) ; l'état
parodontal (plaque, tartre, inflammation gingivale, mobilités,
etc.). La radiographie panoramique complète l'examen clinique et
renseigne sur la présence de dents incluses, de racines ou de kystes
résiduels et sur la valeur des traitements endodontiques ; des
radiographies rétroalvéolaires permettent d'affiner l'examen
radiologique.
Seules des dents jugées saines ou traitées au préalable
peuvent être conservées. Doivent être extraites avant
de commencer l'irradiation : les dents délabrées, présentant
des foyers infectieux apicaux ou parodontaux difficiles à récupérer
; les dents qui ultérieurement vont s'avérer inutilisables
d'un point de vue prothétique (dents en malposition, versées
ou égressées, etc.) ; les dents qui constituent une source
de traumatisme pour les muqueuses linguales ou labio-jugales en regard
; les dents en désinclusion avec antécédents de péricoronarite.
L'avulsion des dents incluses doit être discutée en tenant
compte du délai de cicatrisation qui sera nécessaire (au
moins trois à quatre semaines) et de l'« urgence » qu'il
y a à débuter l'irradiation. Pour toutes ces raisons, ces
dents asymptomatiques sont généralement laissées
en place.
- Champs et doses d'irradiation et facteurs pronostiques
de survenue d'une ostéoradionécrose. La connaissance des
champs et doses d'irradiation est nécessaire pour juger du risque
de survenue des complications dentaires et osseuses. La connaissance précise
des zones irradiées conditionne en grande partie la conservation
d'organes dentaires. Ne sont gardées dans les champs d'irradiation
que des dents en parfait état, sans aucun signe de pathologie parodontale
ou autre. Hors des champs d'irradiation, une attitude plus conservatrice
peut être envisagée. En effet, hors de ces champs, une avulsion
n'entraîne pas d'ostéoradionécrose. Par ailleurs,
différents dispositifs (« mainteneur » de l'ouverture
buccale, abaisse-langue pendant l'irradiation) peuvent s'avérer
utiles pour limiter l'irradiation d'organes sensibles.
La dose de radiation a été identifiée comme étant
le premier facteur de risque pour développer une ORN [14]. À
partir de 50 Gy, le risque de développer une ostéoradionécrose
augmente (cf. § L'ostéite postradique).
De nombreux chercheurs ont remarqué une incidence plus élevée
d'ORN à la mandibule qu'au maxillaire [122]. Cette différence
est peut-être due au fait que la maladie touche différemment
les deux sites et/ou qu'il existe une vascularisation plus importante
du maxillaire. Par ailleurs, parce que la mandibule contient plus d'os
compact (et par sa teneur supérieure en minéraux), elle
est capable de générer une augmentation de la dispersion
électronique et, par la suite, d'accroître la dose absorbée.
Il est peu probable que l'implication supérieure des structures
de la mandibule dans les différentes fonctions soit en relation
avec une plus grande radiosensibilité de celle-ci.
Les paramètres subjectifs sont seulement énumérés,
mais il est indispensable de les prendre en compte avant toute démarche
de remise en état bucco-dentaire et avant tout traitement de patient
porteur d'un cancer des VADS.
- Coopération du patient. Les lésions
cancéreuses se développent principalement chez l'homme fumeur,
alcoolique, et avec, le plus souvent, un mauvais état bucco-dentaire.
Il faut apprécier correctement le degré de compréhension
et de coopération de ces patients souvent diminués par ces
intoxications exogènes. La coopération et donc l'éducation
du patient sont aussi indispensables chez les personnes âgées.
Il est indispensable d'expliquer et de réexpliquer pour prévenir
la non-observance des règles d'hygiène et l'arrêt
prématuré du traitement « fluoré ».
- Contexte psychologique et social. Il s'agit d'évaluer
au mieux l'intérêt et les soins que porte le patient à
sa denture. Évaluer et juger en très peu de temps la capacité
et le désir d'un malade à entretenir sa cavité buccale
n'est pas chose simple. On peut chercher à mieux connaître
son comportement futur par la connaissance de son entourage. L'attitude
du praticien est parfois différente si le patient est épaulé
par les siens ou seul dans la vie. La conservation dentaire contre l'avis
du patient et la mauvaise appréciation de l'adhésion du
malade sont les causes principales des échecs de la prophylaxie
fluorée.
- Degré d'intoxication exogène, alcool
et tabac. L'association alcool-tabac est un facteur favorisant dans l'apparition
des lésions cancéreuses de la sphère ORL [140]. Il
faut tenter d'avoir une idée aussi précise que possible
du degré de cette intoxication exogène. La consommation
de tabac est assez facilement reconnue par le patient, bien que souvent
sous-estimée dans son intensité. La dépendance à
l'alcool est plus difficilement admise ; des examens sanguins (volume
globulaire moyen et gamma GT en particulier) peuvent être nécessaires.
L'arrêt de toute consommation d'alcool et de tabac montre une volonté
de prise en charge personnelle et responsable du malade. La poursuite
de ces consommations laisse plus sceptique sur le degré de prise
de conscience du patient et influence la décision thérapeutique.
- Les avulsions
Les avulsions doivent être réalisées le plus tôt
possible en limitant au maximum le traumatisme opératoire et dans
des conditions qui permettent de débuter l'irradiation dans les
plus brefs délais, c'est-à-dire : sous anesthésie
locorégionale ou profitant de l'anesthésie générale
réalisée lors du bilan d'extension de la tumeur, par exemple
; en les faisant suivre d'une régularisation de la crête
osseuse et d'une suture gingivale ; une antibiothérapie peut être
indiquée et ce, en fonction de l'état bucco-dentaire et
général du patient.
Toute avulsion dentaire sur un os qui va subir une irradiation impose
une cicatrisation [20, 96], la plus importante possible, compatible avec
le début du traitement afin de ne pas provoquer d'ostéoradionécrose
précoce. Le délai de cicatrisation varie bien entendu suivant
les suites opératoires et les réponses tissulaires du patient,
et toute complication impose un report de l'irradiation. Une bonne coordination
entre les services est donc impérative et le chirurgien-dentiste
ne doit pas hésiter à demander un recul du traitement en
cas de cicatrisation incorrecte. Toutefois, ce report doit prendre en
compte le caractère évolutif de la maladie et donc être
limité.
Les éléments dentaires inclus ne doivent être éliminés
que (accord d'experts) s'il y a déjà un état infectieux
chronique ou aigu (dent en désinclusion, racine résiduelle
avec image apicale, etc.), si l'avulsion d'une dent voisine risque de
provoquer l'éruption de l'organe dentaire inclus (avulsion d'une
47 qui débloque la 48, par exemple). Mais une dent incluse asymptomatique
doit être laissée en place, car son avulsion risque d'entraîner
un fort délabrement osseux, une alvéolite, une cicatrisation
retardée, donc un report de la radiothérapie, voire une
ORN précoce dans le cas où la radiothérapie débuterait
sur un os mal cicatrisé.
Les implants peuvent être situés dans une zone à irradier.
À la question du retrait ou non de ces implants avant irradiation,
il convient (accord d'experts), s'ils sont bien intégrés,
de les laisser en place, leur « dépose » risquant d'occasionner
un important délabrement osseux et un délai à la
cicatrisation, incompatibles avec la radiothérapie externe prévue.
Il est cependant conseillé de supprimer la suprastructure supportée
par les implants, de recouvrir les fixtures et de ne remettre les implants
en fonction qu'après la radiothérapie.
Au total
Les avulsions dentaires avant radiothérapie externe
sont subordonnées à un certain nombre de facteurs. Certains
sont connus :
- état dentaire ;
- localisation des champs ;
- dose d'irradiation.
D'autres sont plus aléatoires :
- intoxications exogènes ;
- degré de compliance présupposée du patient.
La prise en charge odontologique avant radiothérapie
est à discuter en fonction de l'état bucco-dentaire initial
et des souhaits du patient (accord d'experts) :
- face à un mauvais état bucco-dentaire, une édentation
totale et systématique s'impose ;
- face à un état bucco-dentaire moyen, une prudence excessive
conduit souvent à extraire les dents situées dans les champs
d'irradiation et ce, quel que soit leur état. Hors champs, l'attitude
préconisée est de tenir compte de la préférence
des patients ;
- face à un bon état dentaire (les examens clinique et radiologique
montrent des dents en parfait état, dans et hors des champs d'irradiation,
le patient est motivé, conscient des risques encourus en cas d'interruption
du traitement proposé), toutes les dents sont conservées.
Lorsque des avulsions dentaires sont nécessaires,
elles sont à réaliser rapidement avant l'irradiation afin
de permettre une cicatrisation satisfaisante sans avoir à retarder
les traitements radiothérapiques (accord d'experts). L'élimination
systématique des organes inclus ainsi que celle des implants situés
en zone irradiée ne sont pas recommandées (accord d'experts).
- Les soins conservateurs [20, 96]
Le détartrage doit être soigneusement effectué et
suivi d'un polissage rigoureux afin de rendre au patient une denture atraumatique,
lisse et motivante. Nombreux sont, en effet, ceux qui redécouvrent
leurs dents sans le tartre et qui prennent alors conscience de la nécessité
de les entretenir. Ce détartrage est à réaliser le
plus rapidement possible car il conditionne, avec les restaurations coronaires
volumineuses, la prise d'empreintes pour la confection des gouttières
de fluoration.
Les soins endodontiques douteux doivent être revus afin d'éviter
la survenue de granulomes, voire de kystes apicaux. Si des traitements
ou reprises de traitement endodontiques sont prévus
sur des dents situées dans les champs, il faut les effectuer avant
la mise en route du traitement afin de garder l'extraction comme recours
possible en cas de problèmes (perforations, reprise impossible,
etc.).
Les traitements radiothérapiques actuels ne nécessitent
plus l'ablation de tous les éléments métalliques
[154]. Il n'est donc plus utile de les éliminer et de les remplacer
par des obturations provisoires ou des composites. Devant des éléments
métalliques de grande portée, des bridges par exemple, on
peut craindre un léger surdosage au contact même du métal.
Pour l'éviter, on peut interposer un millimètre d'équivalent
tissu entre le métal et les muqueuses. Cela est obtenu en faisant
porter à vide, pendant la séance de radiothérapie,
les gouttières qui servent ensuite pour la fluoration (mais il
faut que la dosimétrie tienne alors compte de cet élément).
- Mise en place de la fluoroprophylaxie [2, 20,
33, 75, 83, 85, 96, 97, 114, 130, 150, 159]
Les modifications de la salive, tant en quantité qu'en qualité,
sont responsables des caries postradiques. La difficulté d'action
sur la sécrétion salivaire elle-même pour éviter
ces lésions explique que l'on agit surtout sur la dent. Le but
est de renforcer l'émail dentaire grâce au fluor. L'hydroxyapatite
de l'émail est transformée en fluoroapatite beaucoup plus
résistante à l'attaque carieuse. Cette transformation est
réversible et doit donc être régulièrement
renouvelée. Cela explique et impose un traitement quotidien à
poursuivre la vie durant.
Les applications topiques de gel fluoré, les gouttières
de fluoration sont la méthode de choix. Amené sous la forme
d'un gel très fortement concentré (Fluogel®),
le fluor est placé dans une gouttière, en général
confectionnée sur mesure et thermoformée, au rythme d'une
application journalière de cinq minutes. L'application est faite
après le brossage, de préférence celui du soir. Mais
si le patient préfère associer le port de la gouttière
à un « rite » systématique, tel le rasage par
exemple, rien ne s'y oppose. Elle peut être suivie d'un très
léger rinçage, pour éliminer le gel en excès
mais en aucun cas d'un brossage qui éliminerait le fluor. Ces applications
sont à poursuivre toute la vie.
La gouttière n'est qu'un support pour le gel fluoré. En
fait, c'est le négatif de l'arcade dentaire du patient. Après
une prise d'empreinte classique à l'alginate, on coule l'empreinte
en plâtre dur. Une plaque plastique est thermoformée sur
le modèle. De réalisation simple, cette gouttière
est peu encombrante, de mise en place aisée, ne nécessite
pas de retouche et n'impose qu'une quantité de gel très
réduite. Elle est beaucoup plus agréable au port que les
gouttières rigides, réalisées longtemps en résine.
Son adaptation très précise est garante d'une juste répartition
du gel sur l'ensemble des surfaces dentaires, notamment aux collets.
Le port journalier des gouttières, durant cinq minutes et ce, toute
la vie, est nécessaire et suffisant. En effet, la saturation en
fluor de la dent est obtenue après trois minutes de contact dent/produit.
Après cinq minutes, seules les couches superficielles s'imprègnent
mais comme les échanges avec le milieu buccal s'y font très
rapidement, un port trop long est tout à fait inutile et peut lasser
le malade qui risque d'arrêter prématurément les applications.
En revanche, après 24 heures, la dent est tout à fait capable
de se resaturer en fluor ; c'est pourquoi le port journalier est recommandé.
Comme le risque carieux est dépendant de l'atteinte salivaire,
et la salive ne revenant jamais à la normale, le port à
vie s'impose. Les études réalisées sur des séries
de patients ont prouvé l'efficacité du fluor et des gouttières
[75]. Le port discontinu des gouttières (deux ou trois fois par
semaine) après cinq à dix ans n'est pas recommandé.
Les échecs de la fluoroprophylaxie ne sont jamais dus à
la méthode mais à une mauvaise appréciation de la
motivation du patient, à une récidive, à l'apparition
d'un trismus secondaire ou à une dégradation de l'état
général ou locorégional chez le patient.
Le remplacement des gouttières par un brossage avec une pâte
fluorée a fait l'objet d'expérimentation [95].
Le brossage avec une pâte à haute teneur en fluor (Fluodontyl
1350®) donne des résultats équivalents si
le brossage est un double brossage. Le premier, d'une durée d'au
moins trois minutes, a pour but de nettoyer correctement les surfaces
dentaires. Le second, d'une durée équivalente, apporte le
fluor nécessaire. Seule cette technique est garante d'un contact
dent/fluor suffisant, mais elle a un inconvénient majeur : le brossage
est une technique moins spécifique au regard du patient, d'où
le risque au bout d'un temps plus ou moins long de banalisation du geste.
Les gouttières, quant à elles, sont spécifiques au
malade et au traitement radiothérapique. Le patient les considère
donc comme une partie intégrante d'un véritable traitement
médical ; c'est pourquoi, bien que le brossage soit une modalité
d'application fluorée tout à fait efficace et moins astreignante
; il semble préférable d'utiliser les gouttières
[95].
Le brossage est réservé à des cas bien particuliers
et demeure une solution souvent provisoire dans les cas suivants :
- chez un enfant dont la dentition n'est pas encore totalement évoluée
(en effet, la chute des dents lactéales ou l'éruption des
définitives entraînent une inadaptation rapide de la gouttière)
;
- durant la période de soins dentaires, car la gouttière
réalisée avant ceux-ci risque de ne plus s'adapter une fois
qu'ils sont terminés ;
- chez les patients fortement nauséeux ; lors de trismus.
Au total
Une hygiène des plus rigoureuses et une fluoroprophylaxie
cinq minutes par jour, à vie, sont indispensables au maintien d'une
denture saine et évitent la survenue des complications lors d'une
irradiation des voies aérodigestives supérieures.
La fluoration par gel supporté par une gouttière est la
technique de choix (accord d'experts). Le brossage par pâte hautement
fluoré doit être réservé à des cas particuliers
(enfant, durant soins dentaires, patients nauséeux).
* Radiothérapie palliative
Si la tumeur est trop volumineuse ou métastatique
d'emblée, l'irradiation permet néanmoins de prolonger la
survie du patient dans des conditions correctes.
Le protocole de remise en état dentaire tiendra largement compte
du pronostic. L'assainissement de la cavité buccale doit être
ressenti par le patient comme un signe positif lui montrant que l'on continue
à s'occuper de lui ; inversement, une absence de prise en charge
bucco-dentaire risque d'avoir un effet très négatif sur
le moral du malade.
- Mise en état bucco-dentaire a minima
Celle-ci devra tenir très largement compte des désirs du
malade. Il est hors de question de le traumatiser par des gestes inutiles
ou de refuser des soins qu'il réclame.
Le détartrage sera fait à visées esthétique
et psychologique ; conserver à la bouche un aspect acceptable peut
contribuer à conserver au patient moral et espoir.
Les avulsions seront faites a minima et consisteront en la suppression
des dents délabrées, non fonctionnelles, mobiles, traumatisantes,
faisant courir un risque infectieux à court terme.
Suppressions des épines irritatives (prothèses inadaptées).
Hygiène buccale : une technique de brossage simple sera enseignée
au patient.
Réhabilitation prothétique : le patient fait souvent un
lien entre réhabilitation prothétique et chances de guérison.
- Préparation à la fluorothérapie
Prise d'empreinte (cf. § Mise en place de la fluoroprophylaxie).
Les gouttières de fluoration (cf. § Mise en place de la
fluoroprophylaxie) : lors des explications sur les modalités
d'utilisation des gouttières, il est important d'insister sur le
fait que le port doit être journalier et fait la vie durant.
Au total
Chez les patients pour lesquels un traitement palliatif
est indiqué, la remise en état dentaire est entreprise a
minima en ce qui concerne les avulsions dentaires afin de ne pas traumatiser
inutilement le patient (accord d'experts). Une prophylaxie fluorée
est instaurée et un détartrage est proposé afin de
contribuer à redonner espoir au patient et de lui montrer que l'on
continue à se préoccuper de ses soins.
La curiethérapie [106, 120]
L'endocuriethérapie est la mise en place, à
l'intérieur d'une tumeur accessible, de sources radioactives (iridium
192). Elle permet de délivrer une dose d'irradiation élevée
dans un volume limité, épargnant les tissus sains de voisinage
en raison de la décroissance rapide de la dose en périphérie
des sources. Dans la curiethérapie des cancers des VADS, on utilise
principalement quatre types de guides vecteurs : les tubes plastiques,
les gouttières vectrices, les aiguilles hypodermiques et les fils
de soie [17].
La localisation tumorale détermine la nature et les volumes tissulaires
adjacents qui vont être irradiés (muqueux, musculaires, cutanés,
osseux et dentaires) ainsi que le débit de dose, la dose totale
[121].
La complication la plus redoutée de la curiethérapie est,
là encore, l'ostéoradionécrose. Pour réduire
ce risque, on effectuera une remise en état dentaire et on réalisera
une protection plombée.
* La remise en état bucco-dentaire
La prévention de l'ostéoradionécrose,
complication la plus redoutée par son évolution imprévisible
et ses conséquences parfois graves, doit être entreprise
lorsque la mandibule est dentée ou fraîchement édentée
et lorsque les sources radioactives sont à proximité d'une
structure osseuse [20]. Les ORN consécutives à une curiethérapie
de la cavité buccale sont en général beaucoup moins
inquiétantes que celles provoquées par une radiothérapie
externe, à dose égale, car la séquestration est le
plus souvent parcellaire du fait de la décroissance rapide des
doses en fonction de la distance source-tissu irradié et du volume
irradié plus limité. Elles concernent le plus souvent la
table interne de la mandibule. Cependant, ces nécroses peuvent
conduire à la nécessité d'une chirurgie lourde type
hémi-mandibulectomie [68]. La prévention des nécroses
osseuses (ou ostéites postradiques) est réalisée
par la conservation des dents saines, par l'avulsion des dents à
risque (dents cariées irrécupérables, dents mobiles,
en malposition, etc.), et enfin par la réalisation d'un appareil
de protection [58].
La consultation odonto-stomatologique avant curiethérapie comprend
un examen clinique complété par une radiographie panoramique
dentaire et affiné, si nécessaire, par des clichés
rétroalvéolaires car la conduite à tenir va essentiellement
dépendre de paramètres tels que la localisation, le volume
tumoral ainsi que de la présence ou de l'absence de dents.
L'évaluation de la qualité des dents et le choix des dents
à extraire sont déterminés suivant les critères
similaires à ceux employés pour la radiothérapie
externe [20].
Les avulsions dentaires doivent être envisagées en étroite
collaboration avec le curiethérapeute car extraire avant le traitement
une dent proche de la zone à traiter augmente le risque de nécrose
de 20 à 40 % [99], mais conserver une dent douteuse et l'extraire
après le traitement risquent aussi d'entraîner une ORN. Elles
doivent être conduites rapidement, parfois sous couverture antibiotique,
les berges suturées, tout cela dans le but de favoriser une cicatrisation
rapide et satisfaisante. Un délai d'au moins quinze jours doit
être respecté entre la fin des avulsions dentaires et le
début du traitement, afin de permettre un certain degré
de cicatrisation muqueuse et de réaménagement osseux. Ces
délais sont déterminés d'une manière clinique
et peuvent être augmentés en fonction des nécessités
locorégionales.
Les glandes salivaires n'étant pas touchées, dans le cas
de curiethérapie exclusive, il n'est pas indispensable d'astreindre
le patient à une fluorothérapie. L'apport fluoré
sous forme de pâte dentifrice classique est suffisant.
* Les protections plombées [20, 98]
Rendu possible depuis l'utilisation de l'iridium 192,
l'appareil de protection réalisé réduit les doses
distribuées aux tissus sains voisins par l'interposition de plomb
et par l'éloignement tissulaire produit par l'épaisseur
de l'appareil de protection (résine prothétique et plomb).
On confectionnera un duplicata de cet appareil sans inclusion plombée
afin que la dosimétrie enregistre les modifications de volume créées
par celui-ci. La fabrication de tels appareils nécessite un laboratoire
de prothèse compétent et des prothésistes ayant parfaitement
intégré l'importance d'une épaisseur précise
de plomb et de résine ainsi que de la fidélité du
duplicata.
Le volume des appareils de protection doit aussi tenir compte des techniques
envisagées afin de ne pas perturber l'arrangement spatial de l'application
en déplaçant les sources radioactives, ce qui modifierait
la dosimétrie déterminée initialement. Chez le patient
édenté de longue date, alors que le risque d'ORN d'origine
dentaire est faible, l'appareil de protection réalisé avec
des béquilles d'occlusion réduit significativement l'irradiation
des éléments anatomiques voisins et améliore les
suites post-thérapeutiques. Il réduit la fibrose radique
en diminuant les doses.
Chez le patient denté, la protection réalisée en
fonction de la zone à protéger est maintenue en place soit
grâce à des crochets, soit grâce à des plans
de morsure. Une bonne tenue de cette protection est garante de son efficacité.
D'une manière pratique, on inclut dans ces appareils de polyméthacrylate
de méthyle une feuille de plomb de 2 mm d'épaisseur. Il
faut volontairement réduire le poids et l'encombrement endobuccal
de ces appareils afin qu'ils puissent être portés durant
toute la curiethérapie. Il est démontré qu'il y a
cinq fois moins de risque de nécrose osseuse lorsque l'on utilise
un appareil de protection endobuccal lors d'une curiethérapie [99].
Il est admis que le port de prothèses dentaires doit être
différé tant que la fragilité des muqueuses persiste
après curiethérapie.
Au total
Les ostéoradionécroses consécutives
à une curiethérapie d'une lésion de la cavité
buccale sont en général beaucoup moins inquiétantes
que celles provoquées par une radiothérapie externe, à
dose égale, car la séquestration est le plus souvent parcellaire
du fait de la décroissance rapide des doses en fonction de la distance
source-tissu irradié et du volume irradié plus limité
(niveau de preuve C).
L'évaluation de la qualité des dents et le choix des dents
à extraire sont déterminés suivant les critères
similaires à ceux employés pour la radiothérapie
externe (accord d'experts).
Le risque de nécrose osseuse, lors d'une curiethérapie,
est cinq fois moindre lorsque l'on utilise un appareil de protection plombé
endobuccal (niveau de preuve C).
Des contrôles fréquents et des soins d'hygiène bucco-dentaires
ainsi qu'un mode de vie excluant alcool et tabac sont recommandés
pour diminuer ce risque (accord d'experts).
Le port de prothèses dentaires est différé tant que
la fragilité des muqueuses persiste après curiethérapie.
Conduite à tenir après traitement
radiothérapique (soins postradiothérapie) (figure
3)
Après radiothérapie externe
* Surveillance bucco-dentaire
L'odonto-stomatologiste met la durée du traitement
radiothérapique à profit pour motiver le malade à
une hygiène bucco-dentaire rigoureuse. Une fois l'irradiation terminée,
il revoit son patient pour : vérifier sa bonne hygiène buccale
; l'encourager à poursuivre son traitement fluoré (expliquer
à plusieurs reprises est recommandé pour éviter l'arrêt
des applications fluorées), l'inciter ou le conforter dans une
abstinence d'alcool et de tabac. Il répond aux questions concernant
le goût, la salive et tente de prévenir une limitation d'ouverture
buccale qui peut compromettre la mise en place d'une gouttière
et d'un éventuel appareillage prothétique.
- Le déficit salivaire [6, 7, 30, 37,
46, 55-57, 61, 80, 117, 141, 162]
Les modifications de la salive inhérentes à l'irradiation
des glandes salivaires dépendent des doses reçues : plus
elles sont fortes, plus le patient risque d'avoir des troubles importants.
Mais des facteurs individuels tels l'âge, les médications,
les pathologies personnelles et l'abstinence ou non d'alcool et de tabac
vont influer beaucoup sur l'importance d'hyposialie. Si une amélioration
est souvent ressentie dans les huit à douze mois qui suivent la
fin du traitement, la salive reste, en qualité et en quantité,
très différente de la salive normale.
Vivre avec une hyposialie plus ou moins importante est très difficile
; le manque de lubrification de la cavité buccale rend l'élocution
très difficile, l'alimentation n'est souvent possible qu'entrecoupée
de prise de liquide. Pour humidifier la bouche, les moyens les plus divers
sont employés, avec des résultats variés. Des substituts
salivaires ou des médicaments donnent quelquefois des résultats
appréciables mais inconstants [135]. Ils varient considérablement
d'un patient à l'autre. Il n'existe pas de solution miracle, mais
une adaptation au cas par cas.
Les études sur les radioprotecteurs sont en cours.
- Le goût [46, 117]
La dysgueusie ou altération du goût est commune, mais, heureusement,
le plus souvent temporaire. Elle débute une semaine après
le début de la radiothérapie pour des doses entre 20 et
40 Gy. Elle disparaît généralement dans les deux mois
qui suivent le traitement. Cette dysgueusie, associée à
la xérostomie, entrave sérieusement la nutrition du patient
; cela requiert souvent des régimes alimentaires spéciaux
pour assurer pendant ce laps de temps une nutrition adéquate.
- La limitation d'ouverture buccale
L'action des radiations ionisantes sur les fibres musculaires entraîne
parfois une sclérose des muscles masticateurs, responsable de la
survenue d'une limitation définitive d'ouverture buccale. Celle-ci
perturbe fortement l'alimentation, entrave l'hygiène bucco-dentaire
et complique la réalisation prothétique. Les patients qui
ont subi une chirurgie et une radiothérapie ont plus de risque
de développer une fibrose musculaire que ceux qui ont eu un seul
de ces traitements. Chez ces patients à risque, il faut instaurer
une mécanothérapie préventive.
- Prothèse [20, 96, 97]
L'abstention prothétique n'est plus admissible. La réhabilitation
prothétique fait partie intégrante du traitement et assure
un soutien fonctionnel esthétique et psychologique mais concourt
également de manière active à la reprise alimentaire
et à la bonne prise en charge diététique des patients.
Cependant, l'indication de la mise en place d'une prothèse doit
être discutée pour chaque cas en tenant compte de la régularité
des crêtes gingivales, de l'importance de l'hyposialie, du type
d'édentement et de la qualité de la muqueuse gingivale.
La réalisation prothétique n'est bien évidemment
débutée que lorsque les phénomènes réactionnels
du type radiomucite ont disparu.
L'appareillage est fait de manière conventionnelle, les bases molles
n'apportant ni confort ni avantage particulier. Les prothèses doivent
être équilibrées et atraumatiques ; la moindre blessure
impose rectification et surveillance. En cas de prothèse fixée,
la réalisation de faux moignons est souvent nécessaire et
impose de nouvelles gouttières de fluoration une fois les éléments
scellés. Les implants peuvent supporter un appareil dentaire s'ils
ont été positionnés avant l'irradiation. Rien ne
s'oppose également à la mise en place d'implants, hors champs
d'irradiation.
* Traitement des complications [20, 21, 29, 82,
83, 158, 165]
Les contrôles réguliers chez le chirurgien
ORL, le radiothérapeute et l'odonto-stomatologiste ont pour but
de vérifier la bonne hygiène du patient mais permettent
aussi : de déceler une éventuelle récidive ou une
seconde localisation ; de dépister et de traiter au plus vite les
caries qui pourraient survenir.
La prophylaxie fluorée proposée est efficace pratiquement
à 100 % ; lorsque l'on note une évolution carieuse, celle-ci
est due à un arrêt du traitement.
L'étendue des lésions carieuses est :
- très limitée lorsque l'arrêt est
de courte durée, et une rapide reprise du port des gouttières
de fluoration et une remotivation du patient remettent les choses en ordre
;
- plus sévère lorsque l'arrêt s'est prolongé,
et des soins conservateurs plus ou moins complexes permettent là
aussi un retour à la normale.
Hors champs, les soins sont réalisés classiquement
avec les précautions d'usage.
Dans les champs, il faut éviter les anesthésies traumatisantes
(intraseptales) et mettre le patient sous antibiotiques en cas de traitement
endodontique. En cas d'infection dentaire dans les champs d'irradiation,
une antibiothérapie curative doit être instaurée (aidée
chaque fois que possible par un antibiogramme). Si la dent peut être
conservée, on réalise un traitement endodontique, sinon
l'avulsion est réalisée.
Les avulsions sont envisagées le plus tard possible, lorsque tout
traitement conservateur est dépassé ou lorsqu'il existe
une infection parodontale. La connaissance de la dose reçue à
l'os ainsi que des champs d'irradiation est indispensable à la
prise de décision. Hors des champs d'irradiation, les avulsions
se font d'une manière classique. Dans les champs d'irradiation,
et surtout si la dose est supérieure à 50 Gy, les avulsions
sont plus problématiques car le potentiel de réparation
osseuse est nettement diminué. L'avulsion peut entraîner
un retard de cicatrisation, voire une ostéoradionécrose.
Tout doit être entrepris afin d'éviter cette redoutable complication.
Pour Borowski [20], il convient de réaliser les avulsions chez
un patient sous antibiothérapie à large spectre (bêtalactamines),
débutée deux jours avant l'intervention et se prolongeant
quinze jours après. Les avulsions sont couvertes par une anesthésie
locorégionale sans vasoconstricteur et, après curetage de
l'alvéole et régularisation osseuse, une suture étanche
est faite. Des bains de bouche à la chlorhexidine sont prescrits
dès le lendemain de l'intervention.
Il existe une variation de pratique concernant l'indication d'anesthésie
lors d'avulsions. Horiot [76] préconise les avulsions sous anesthésie
générale ; Gourmet [13] n'impose l'anesthésie générale
que pour les dents mandibulaires. De plus, pour éviter toute souillure
de la plaie lors de l'alimentation, Horiot et Maire [96] préconisent
la mise en place d'une sonde naso-gastrique. Afin de limiter le risque
d'ORN, des séances de caisson hyperbare sont parfois recommandées
[110].
- Si les extractions concernent des dents situées
dans les champs d'irradiation, la décision thérapeutique
fera l'objet d'une concertation entre le radiothérapeute et l'odontologiste.
- Pour les dents maxillaires, leur avulsion peut être
réalisée sous anesthésie locale en utilisant une
solution faiblement adrénalinée ; le risque de déclenchement
d'une ostéoradionécrose est réduit en raison de la
riche vascularisation de l'os. L'intervention sera effectuée de
façon peu traumatisante, suivie d'une régularisation des
crêtes alvéolaires et terminée par des sutures muqueuses.
Une antibiothérapie par voie générale est instaurée
pendant dix jours, on peut y associer la prescription pendant trois semaines
de Jonctum® (6 cp/j).
- Si les dents dont l'extraction est envisagée
sont mandibulaires, l'anesthésie générale est la
règle, sauf dans le cas d'une contre-indication d'ordre respiratoire
ou cardiovasculaire ; dans ce cas, on a recours à une neurolept-analgésie
pratiquée en milieu spécialisé.
Le protocole opératoire comprend une anesthésie
générale, une désinfection minutieuse du champ opératoire,
l'extraction des dents, une régularisation des crêtes, la
mise en place d'un pansement hémostatique pour protéger
le caillot sanguin (Surgicel®), puis des sutures muqueuses.
On instaure une antibiothérapie prophylactique pendant dix jours
avec une prescription de collagène (Jonctum®) pendant
trois semaines.
On surveillera l'hygiène bucco-dentaire et les suites opératoires.
Mais bien qu'il existe une variation de pratiques concernant les protocoles
opératoires, tous les auteurs sont d'accord pour recommander aux
patients d'éviter tout irritant exogène (tabac et alcool).
Si cela est possible, l'hospitalisation du malade est souhaitable (accord
d'experts) car elle permet, à elle seule, de réunir un certain
nombre d'éléments favorisant une meilleure cicatrisation
: anesthésie générale, sonde naso-gastrique, surveillance
du malade et de son abstinence de tabac et d'alcool.
Un autre protocole opératoire sans hospitalisation ni sonde naso-sophagienne,
et qui n'impose pas de séances d'oxygénothérapie
est préconisé par certains auteurs [11]. À la fin
de l'intervention, une colle biologique composée de fibrinogène
humain et de thrombine calcique est injectée dans l'alvéole.
Ce procédé préviendrait efficacement le risque d'ORN
et cela à deux niveaux : en jouant un rôle de pansement par
protection de l'alvéole du reste du milieu buccal et en accélérant
la cicatrisation du fait de l'apport de fibrinogène.
En cas d'avulsion en territoire irradié, un consensus existe aussi
sur deux points essentiels : il est important d'obtenir une bonne hémostase
pour protéger l'os du milieu buccal septique et le caillot de l'action
fibrinolytique de la salive ; il est impératif d'agir sur un terrain
dépourvu de tout irritant exogène.
Au total
Après radiothérapie externe, le malade
doit s'astreindre à des contrôles réguliers afin de
prévenir toutes complications (accord d'experts).
Cette surveillance dentaire régulière permet :
- de déceler une éventuelle récidive ou une seconde
localisation ;
- de vérifier la bonne hygiène buccale du patient ;
- d'encourager ce patient à poursuivre son traitement fluoré
;
- de dépister et de traiter au plus vite les caries qui pourraient
survenir ;
- d'inciter ou de conforter le patient dans une abstention d'alcool et
de tabac.
En cas de problème local, rien ne doit être
entrepris sans une connaissance précise des volumes irradiés
et de la dose distribuée (accord d'experts). La réhabilitation
prothétique fait partie intégrante du traitement et assure
un soutien fonctionnel, phonétique, esthétique et psychologique
important et permet une prise en charge diététique du patient.
Les séquelles à type de dysgueusie ou d'hyposialie sont
soit temporaires, soit améliorables par des thérapeutiques
simples. La xérostomie postradique, dont les traitements sont décevants,
demeure une séquelle invalidante et peut aggraver ou engendrer
un état de dénutrition lorsqu'elle s'ajoute à une
sclérose musculaire.
Après curiethérapie
La surveillance de ces malades va essentiellement porter
sur la recherche d'une nécrose et/ou d'une deuxième localisation
ou d'une récidive. Actuellement, il est établi que le risque
de développer un deuxième cancer se situe entre 20 % et
30 % dans les années qui suivent le traitement d'un premier cancer
[10, 24, 136]. La mise en état bucco-dentaire initiale doit tenir
compte de ce paramètre.
La prévention des nécroses osseuses après traitement
est réalisée par des contrôles fréquents (réalisés
au même rythme que les consultations de surveillance, tous les trois
mois la première année) et des soins d'hygiène bucco-dentaires
efficaces, ainsi que par un mode de vie excluant alcool et tabac. Le port
de prothèses dentaires adjointes est différé à
trois mois après la fin de la curiethérapie (sauf si les
prothèses préexistaient avant l'irradiation). Cependant,
ces délais vont surtout dépendre de l'état muqueux,
osseux et de la situation des sources d'irradiation par rapport à
la mandibule et aux limites des futures prothèses, enfin de la
sensibilité des tissus irradiés (accord d'experts).
Au total
La consultation dentaire après curiethérapie
s'effectuera au même rythme que la surveillance médicale
(accord d'experts). Une surveillance des soins d'hygiène bucco-dentaire
et de l'exclusion des irritants exogènes est recommandée
(accord d'experts).
Le délai de la mise en place de prothèses adjointes doit
être discuté en fonction de plusieurs paramètres,
dont l'état et la sensibilité des tissus irradiés
(accord d'experts).
La chirurgie (figure
4)
La chirurgie est certainement la thérapeutique
anticancéreuse la plus ancienne dans les cancers des VADS. Devant
une tumeur limitée, elle est souvent la thérapeutique de
choix. Elle est exécutée avec le souci prioritaire d'une
exérèse complète. Souvent, elle est associée
ou complétée par une radiothérapie, plus rarement
associée à une chimiothérapie. Elle s'inscrit donc
dans un contexte pluridisciplinaire. Dans ce contexte, l'odonto-stomatologiste
a un rôle important à jouer afin de réparer ou de
minimiser les conséquences mutilantes que cette chirurgie de la
sphère faciale impose (conséquences d'ordres fonctionnel,
esthétique et psychologique).
La chirurgie des tumeurs de la tête et du cou est la plupart du
temps lourde. Toutes les structures anatomiques peuvent être concernées
(téguments, muscles, os, etc.) :
- les résections du maxillaire, partielles ou
totales, provoquent l'ouverture du sinus maxillaire, des fosses nasales,
voire même parfois la résection du plancher orbitaire ;
- les résections vélaires peuvent être totales ou
partielles, associées ou non à une amputation palatine ;
- les résections mandibulaires peuvent conserver ou interrompre
la continuité mandibulaire ;
- les résections linguales partielles ou totales [9, 20, 96, 97,
119].
La chirurgie d'exérèse, lorsqu'elle est
mutilante, tend de plus en plus souvent à être associée
à un geste chirurgical de reconstruction immédiate. Lorsque
celui-ci est impossible ou lorsque sa réalisation doit être
différée, la prothèse garde toutes ses indications.
La réhabilitation prothétique doit être considérée
comme une discipline complémentaire et représente toujours
une alternative de choix, principalement en chirurgie carcinologique.
En effet, elle permet des contrôles réguliers des zones d'intervention,
dépistant ainsi la survenue d'une éventuelle récidive.
La mise en place d'un lambeau ou microchirurgie rend les contrôles
plus délicats [9, 20, 96, 97, 100, 111].
Après la chirurgie touchant le maxillaire
* Chirurgie touchant le maxillaire sans altération
vélaire
[9, 20, 40, 51, 54, 96, 97, 119, 129, 135, 163]
La perte osseuse va créer une communication bucco-nasale
ou bucco-sinusienne qui va avoir un lourd retentissement. Non appareillé,
le patient sera véritablement handicapé, ne pouvant communiquer
avec les autres que par l'écrit et ne pouvant s'alimenter autrement
qu'à l'aide d'une sonde d'alimentation entérale. Appareillé,
il va rapidement pouvoir reprendre son autonomie et une vie sociale quasi
normale. Le réappareillage dépend du moment où le
patient peut être pris en charge par l'odonto-stomatologiste et
de la bonne coordination entre ce dernier et le chirurgien ORL ou maxillo-facial.
- Patient vu avant l'intervention
Les techniques et matériaux actuels permettent de construire une
prothèse conçue à partir d'un moulage pris avant
l'intervention. Cette prothèse est adaptée à la cavité
réséquée par l'adjonction de matériaux plastiques
en peropératoire. Cette adaptation sera d'autant plus réduite
que la conception de la prothèse a été préalablement
établie en commun par les praticiens concernés. La consultation
préopératoire va permettre : la prise d'empreintes de l'arcade
et de la voûte qui va être réséquée ;
la prise des rapports d'occlusion ; la prise de contact entre le futur
opéré et l'opérateur qui ensuite réalise les
différentes prothèses obturatrices. Cet élément
est très important d'un point de vue psychologique. Il faut que
le patient ressente que l'on pense déjà à son avenir.
Le praticien prend le temps d'expliquer les actes et les différentes
séquences prévues. Il veille à bien mettre en évidence
le côté immédiat de la prothèse préparée,
le côté provisoire des prothèses qui suivront et la
manière dont on envisage de faire la prothèse définitive.
Il faut que le patient quitte cette consultation informé et conscient
de ce qui l'attend, mais surtout rassuré quant à son avenir.
En pratique, réalisation et pose d'une prothèse immédiate
se déroulent ainsi : préparation de la cavité buccale
avec création de passages de crochets si besoin est ; prise d'empreintes
de l'arcade concernée et de l'arcade antagoniste. L'empreinte supérieure
sera coulée en nombre d'exemplaires suffisants afin d'avoir des
moulages d'étude et de référence si nécessaire
; détermination avec le chirurgien de la zone à réséquer
et des dents qui vont disparaître dans l'intervention.
L'empreinte est ensuite rectifiée en fonction des informations
données par le chirurgien : les dents devant être ex-traites
pendant l'intervention sont supprimées ainsi qu'une éventuelle
voussure due à la tumeur. La zone de résection sera clairement
notée sur le moulage ainsi rectifié.
Sur ce modèle corrigé, on confectionne une plaque palatine
en résine munie de crochets prenant appui sur les éventuelles
dents maxillaires restantes. En regard de la future résection,
on va fixer des éléments de rétention (des cavaliers
par exemple) pour faire un lien entre le futur matériau de comblement
de la cavité et cette plaque palatine. En fin d'intervention, l'odonto-stomatologiste
vient façonner un matériau qui pénètre la
cavité de résection. À son réveil, le malade
n'a donc que des troubles phonatoires très modérés
; il retrouvera une alimentation par voie buccale très rapidement.
L'obturateur immédiat remplace avantageusement le méchage
postopératoire. Cette solution évite ainsi les douloureux
déméchages, améliore l'hémostase et facilite
la cicatrisation.
La mise en place en fin d'exérèse d'une plaque palatine
et d'un obturateur impose la présence de l'odonto-stomatologiste
en fin d'intervention. Celle-ci peut ne pas être possible ou souhaitée.
Cependant, même si un obturateur immédiat n'est pas envisageable,
il est important que le prothésiste maxillo-facial voit le patient
avant l'intervention. Cette consultation préopératoire va
permettre la prise de contact essentielle entre le futur opéré
et le concepteur de l'appareillage prothétique. Elle permettra
aussi une prise d'empreinte primaire, voire secondaire sans phénomène
douloureux, et de pouvoir ainsi avancer largement dans l'élaboration
d'une prothèse qui sera mise en place dans les jours suivant l'intervention.
Élaboré en grande partie avant l'intervention, mais mis
en place après celle-ci, cet obturateur sera dit « semi-immédiat
».
* Prothèse transitoire
La consultation auprès de l'odonto-stomatologiste,
avant toute intervention touchant à l'intégrité des
maxillaires ou du voile, doit être la règle ; l'intérêt
est évident, tant pour le malade que pour le prothésiste
maxillo-facial. Trop souvent, malheureusement, la première consultation
du patient a lieu une dizaine de jours après l'intervention. Devant
un patient souvent moralement affecté, nourri par sonde et s'exprimant
avec difficulté, le prothésiste maxillo-facial devra tout
faire afin de rapidement mettre en place une plaque obturatrice provisoire
pour colmater la brèche maxillaire, réduire les conséquences
phonatoires et alimentaires et redonner moral au malade.
Chez le patient denté, la prise d'empreinte de cette zone fraîchement
opérée est en général possible avec un minimum
de douleur et d'inconfort pour le malade. L'utilisation de porte-empreinte
jetable et adaptable à souhait à la cavité réséquée
permet de prendre une empreinte fidèle de la zone saine conservée
et des pourtours de la zone opérée. La plaque obturatrice
munie de crochets ne cherchera pas à remplacer les dents absentes
mais simplement à rétablir une étanchéité
entre la cavité buccale et les structures naso-sinusiennes. L'utilisation
de résine à prise retard permet de parfaire l'étanchéité
jusqu'à l'obtention d'une phonation correcte et d'une alimentation
sans reflux par le nez.
Chez le patient édenté, la stabilité est obtenue
en prenant appui dans la zone de résection sans pour autant gêner
la cicatrisation. L'utilisation de résine à prise retard
permet de faire évoluer la prothèse obturatrice jusqu'à
la conception de la prothèse d'usage.
* Chirurgie touchant le maxillaire avec altération
vélaire
[9, 20, 34, 40, 69, 77, 143, 155, 163, 164]
Les résections vélaires peuvent être
totales ou partielles, associées ou non à une bucco-pharyngectomie
transmaxillaire ou à une amputation palatine. Dans le cas de chirurgie
du voile, il n'est pas possible de faire une prothèse immédiate.
En effet, pour pouvoir suppléer à un manque vélaire,
il faut réaliser un appareillage prothétique qui tienne
compte des contractions musculaires vélaires et pharyngiennes.
L'empreinte de ces contractions ne peut être enregistrée
que sur un patient éveillé.
Si une prothèse immédiate est impossible, une prothèse
précoce est souhaitable. Voir un patient avant l'intervention est
donc important. Cela va permettre : de prendre une empreinte de la voûte,
des dents et de l'arcade antagoniste pour préparer une plaque palatine
sur laquelle on n'aura plus qu'à adjoindre un diverticule vélaire
; de réaliser une plaque palatine issue d'une empreinte secondaire
si le patient est édenté ou de rectifier une prothèse
complète existante pour pouvoir y fixer le prolongement vélaire.
Rapidement mis en place, ce diverticule redonnera au patient une phonation
intelligible ainsi qu'une alimentation sans risque de reflux.
Après la chirurgie touchant la mandibule
* Les pertes de substances mandibulaires
Elles peuvent interrompre ou conserver la continuité
de l'arc mandibulaire. Elles peuvent également être isolées
(lésion gingivo-osseuse opérée ou résection
d'une ORN) ou incluses dans le cadre d'une bucco-pharyngectomie transmaxillaire
(BPTM).
La chirurgie reconstructrice de la mandibule a fait d'énormes progrès
ces dernières années ; elle n'est cependant pas toujours
réalisable. Lorsqu'elle n'est pas envisageable, l'artifice prothétique
demeure la seule alternative.
- Conséquences de la résection mandibulaire
[9, 20]
Elles sont de plusieurs ordres : psychologiques et esthétiques
(déformation faciale) ; anatomiques et physiologiques, en fonction
de la localisation de la résection (déviation de la portion
mandibulaire restante, perturbation de l'occlusion, etc.) ; autres (immobilisation
linguale, etc.).
Les perturbations étant : si la résection est médiane
ou symphysaire, les deux branches horizontales ont tendance à se
rapprocher ; si la résection est latérale, la portion mandibulaire
restante a tendance à se déplacer du côté de
la résection ; si la résection est postérieure, les
séquelles sont peu importantes surtout si le patient est denté.
- Reconstruction chirurgicale [1, 8, 23, 39,
63, 86, 87, 104, 116, 157]
La chirurgie reconstructrice cervico-faciale a fait d'énormes progrès.
La mise en place d'endoprothèse et les greffes pédiculées
microanastomosées permettent une reconstruction directe de la mandibule,
évitant ainsi la latéro-déviation et les problèmes
qu'elle engendre. Cette reconstruction peropératoire de la mandibule
doit être systématiquement envisagée dès que
les conditions le permettent. Dans ce cas, la participation de l'odonto-stomatologiste
peut être utile afin de réaliser un artifice prothétique
permettant de reconstruire la mandibule dans une position occlusale correcte.
La mise en place d'implants ostéo-intégrés est également
un acte à envisager de façon à assurer à la
future prothèse une tenue satisfaisante [4, 16, 73].
Malheureusement, la chirurgie réparatrice est parfois limitée
par les séquelles de la radiothérapie, et notamment par
les troubles de la vascularisation. Lorsque la chirurgie n'est pas possible,
l'odonto-stomatologiste va tenter de limiter déformations faciales
et malpositions mandibulaires afin de permettre une mastication, une phonation
et une esthétique satisfaisantes.
- Les appareils-guides [9, 20, 70, 96, 97]
Les appareils-guides sont des prothèses munies d'un volet dont
le but est de guider la portion mandibulaire restante. Ces guides interviennent
durant les mouvements d'ouverture et de fermeture pour redonner une occlusion
dentaire la plus proche de l'occlusion de convenance.
Ces guides s'opposent à la latéro-déviation de la
mandibule. Ces appareils peuvent être réalisés sur
des sujets dentés car ce sont les dents qui supportent les forces
de traction latérale.
Avant l'intervention, il importe de voir le malade afin de remettre sa
cavité buccale en état : élimination des foyers infectieux
dentaires, détartrage, motivation.
Une fois ces actes réalisés, l'état et la valeur
intrinsèque des dents résiduelles sont appréciés
pour savoir si un guide est réalisable. Dans cette optique, une
empreinte du maxillaire supérieur et de la mandibule est prise.
Une fois l'empreinte coulée, une plaque résine, qui sera
le support du volet, est réalisée.
Après l'intervention, et le plus rapidement possible, afin d'éviter
les problèmes de brides cicatricielles, le patient doit être
revu. La plaque est essayée, puis un volet en résine autopolymérisable
est directement réalisé au fauteuil. Ce guide supérieur
à plan palatin présente de nombreux avantages : l'ancrage
de la plaque est plus simple que sur les dents mandibulaires restantes
et sur une mandibule traumatisée par l'intervention ; la plaque
présente une bonne stabilité car elle s'appuie sur toute
la surface palatine ; le porte-à-faux est presque nul car la base
de sustentation est ramenée à l'intérieur de l'arcade
dentaire.
Ces appareils sont des appareils de rééducation. Ils ne
doivent pas être portés continuellement. Durant la journée,
le patient doit s'astreindre à plusieurs séances de kinésithérapie
active (ouverture et fermeture buccales). Le port nocturne est également
recommandé en précisant au malade de se coucher du côté
réséqué afin de contrer la déviation [131,
132].
Ces appareils-guides ont pour but d'empêcher les déformations
définitives issues de la formation de brides fibreuses, intermaxillaires
ou fibrotégumentaires. Leur utilisation doit être la plus
précoce possible ; ils participent ainsi à l'amélioration
de la mastication et de la déglutition, facilitent l'adaptation
prothétique future et permettent la correction morphologique et
fonctionnelle des séquelles induites par l'intervention chirurgicale.
Lorsque l'appareil-guide a rempli son rôle (environ trois mois après)
et que la déviation est corrigée, son port n'est plus nécessaire
que de façon intermittente (une nuit sur deux, puis trois, etc.)
et une prothèse dentaire peut être réalisée.
Elle est confectionnée soit en résine, soit avec une armature
métallique. Elle doit : maintenir l'articulé ; soutenir
les parties molles ; l'arcade saine doit supporter les forces de mastication
; la prothèse ne doit pas s'appuyer sur le tissu fibreux comblant
la perte de substance ; être stable.
L'efficacité de ces prothèses dépend de la résection,
des traitements complémentaires et de leurs séquelles, du
nombre et de l'état des dents résiduelles et de la coopération
du malade. Dans la plupart des cas, la mastication s'avère difficile,
mais ces prothèses jouent cependant un rôle psychologique
certain.
- Autres cas [9, 20, 70, 96, 97]
La confection d'un guide n'étant possible que chez les patients
dentés, les patients édentés ne peuvent bénéficier
de cet appareil de correction.
Les prothèses dentaires tentent simplement d'établir une
relation intermaxillaire issue des séquelles de l'intervention.
Le cas le plus défavorable est représenté par les
patients édentés haut et bas. La prothèse mandibulaire
donne alors rarement satisfaction car : la rétention est mauvaise
et le joint périphérique est rarement réalisable
; la stabilisation est précaire (asymétrie faciale, sensibilité
faciale amoindrie) ; la sustentation est aléatoire ; l'occlusion
est atypique.
En dehors de la zone irradiée, les implants sont une solution à
discuter.
Malgré l'utilisation d'une technique stricte, le réappareillage
de ces patients est très aléatoire. Ces prothèses
n'ont souvent qu'un rôle esthétique et psychologique car
les bons résultats fonctionnels sont rares.
* Dans la chirurgie touchant la langue
Une glossectomie peut être plus ou moins importante
et les troubles fonctionnels sont très variables d'un patient à
l'autre. Les glossectomies étendues sont des interventions très
mutilantes qui laissent d'importantes séquelles et dont la réhabilitation
prothétique est décevante.
Lorsque le patient est édenté, on veille à ne pas
surestimer la « dimension verticale » du patient. Il est en
effet important que celui-ci, lors de la déglutition, vienne prendre
appui au palais. Lorsque le patient est édenté, et donc
que les rapports d'occlusion sont définis, on peut être amené
à réaliser une plaque palatine afin de combler artificiellement
l'espace libre d'inocclusion qui, chez le sujet sain, est comblé
lors de la déglutition.
Après la chirurgie touchant la face [4, 9,
16, 20, 73, 90, 96, 97, 107, 166]
Lorsque des lambeaux ou des greffes ne sont pas réalisables,
les résections peuvent créer d'importantes pertes de substances
oculo-faciales, nasales ou auriculaires. Ces pertes de substances sont
souvent réparées par une chirurgie de plus en plus fine.
En attente de celle-ci ou dans l'impossibilité de pratiquer une
telle chirurgie, elles peuvent être masquées par des prothèses
faciales.
Les matériaux modernes de bonne qualité ainsi que l'utilisation
de plus en plus fréquente d'implants ostéo-intégrés
permettent ainsi une meilleure tenue de l'épithèse, rendant
l'acceptation prothétique beaucoup plus facile.
Au total
Dans le traitement d'un cancer des voies aériennes
digestives supérieures, la chirurgie est souvent mutilante. Les
séquelles sont à la fois fonctionnelles, esthétiques
et psychologiques. Le but de l'odonto-stomatologiste est de limiter au
maximum les désordres consécutifs au geste chirurgical en
réhabilitant dans leurs rôles fonctionnels et esthétiques
les éléments de la cavité buccale (accord d'experts).
Sur la sphère oro-faciale, la chirurgie entraîne des séquelles
plus ou moins importantes :
- les résections du maxillaire provoquent une communication bucco-nasale
ou bucco-sinusienne avec reflux des aliments par le nez, troubles de la
phonation et troubles de la mastication ; ces troubles sont retrouvés
dans les résections vélaires ;
- les résections mandibulaires provoquent des troubles de l'articulé
dentaire et s'accompagnent aussi souvent de désordres d'élocution
et de déglutition.
L'odonto-stomatologiste aidera à la réhabilitation
et à la réinsertion du malade en intervenant le plus rapidement
possible après la chirurgie.
Pour la chirurgie du maxillaire, le but de la prothèse sera de
combler le plus rapidement possible la brèche créée
par l'intervention. L'appareillage dépendra très largement
de la bonne collaboration entre l'équipe chirurgicale et le prothésiste
maxillo-facial. Si l'odonto-stomatologiste voit le patient avant l'intervention,
il pourra concevoir une prothèse immédiate ou semi-immédiate
; s'il voit le patient après l'intervention, la prothèse
sera transitoire, puis d'usage.
La chirurgie mandibulaire provoque des troubles esthétiques, fonctionnels
et psychologiques importants si elle n'est pas associée à
une technique reconstructive chirurgicale. Lorsque celle-ci n'est pas
possible, il faut tenter de redonner au malade une occlusion correcte
soit par l'intermédiaire d'un guide si le patient est denté,
soit par des prothèses s'il est édenté. Quand la
chirurgie mandibulaire s'accompagne d'une reconstruction, l'odonto-stomatologiste
devra concourir à ce que cette reconstruction tienne au mieux compte
de l'occlusion.
Les glossectomies étendues sont des interventions très mutilantes
qui laissent d'importantes séquelles et dont la réhabilitation
prothétique est décevante.
Les pertes de substance faciale entraînent des troubles esthétiques
très importants ; le retentissement fonctionnel et psychologique
dépend de la zone réséquée. Les épithèses
ont avant tout un but esthétique et psychologique ; l'utilisation
d'implants permet de résoudre le problème de tenue et de
positionnement de ces prothèses (accord d'experts).
La chimiothérapie
(figure 5)
Les chimiothérapies anticancéreuses, pour
de nombreuses localisations, connaissent actuellement un essor considérable
et ce, grâce à la découverte et à l'utilisation
de nouvelles molécules d'associations de plus en plus performantes
[142].
L'élargissement de leurs indications, l'emploi de techniques d'administration
plus efficaces mais aussi plus agressives ont majoré les risques
infectieux, les mucites et, d'une manière générale,
les pathologies de la cavité buccale et de la sphère ORL
[18, 53, 60, 81, 138, 156].
Malgré l'utilisation de plus en plus fréquente d'antiémétiques
et de facteurs de croissance hématopoïétique afin d'atténuer
certains effets secondaires, ceux-ci persistent et peuvent parfois compromettre
la poursuite du protocole de chimiothérapie et mettre en jeu le
pronostic vital du patient [32].
Dans ces conditions, l'odonto-stomatologiste a un rôle spécifique
avant, pendant et après les cures de chimiothérapie afin
de prévenir les complications infectieuses d'origine bucco-dentaire
ou d'en juguler les effets [20, 47, 60, 81].
La remise en état bucco-dentaire doit être partie intégrante
du traitement du cancer [97, 144].
Complications et effets secondaires
Les complications de la chimiothérapie, au niveau
de la sphère ORL, sont de deux types, directes et indirectes.
* Les complications directes
Elles résultent de l'effet cytotoxique de l'agent
antimitotique sur les muqueuses de la sphère buccale.
- La mucite [28, 30, 53, 60, 109, 124, 138, 144]
Les effets cytotoxiques directs de la chimiothérapie diminuent
le taux de renouvellement de l'épithélium basal, causant
un amincissement, une dénudation et une ulcération des tissus
mous de la cavité buccale. Des lésions ulcéreuses
douloureuses apparaissent d'abord sur les tissus non kératinisés
et continuent à se développer tant que le traitement est
administré [20]. Les sites oraux les plus couramment touchés
sont les muqueuses labiales et buccales, les surfaces latérales
et ventrales de la langue, le voile et le plancher de bouche. Le palais
dur, la gencive attachée et la surface dorsale de la langue sont
plus rarement sujets à mucite [151].
La sévérité de la mucite varie avec le type et les
doses d'agents chimiothérapiques administrés mais aussi
avec la susceptibilité personnelle du patient à tolérer
ces drogues. Certaines drogues sont plus toxiques que d'autres. Même
si la mucite peut apparaître dans une bouche saine, l'état
bucco-dentaire du patient joue un rôle dans l'incidence, la sévérité
et la durée des lésions muqueuses.
- Les signes et symptômes de la mucite vont de
l'atteinte superficielle ou érosion jusqu'à l'ulcération.
En fonction du type de chimiothérapie choisi, la mucite érythémateuse
se développe de huit à dix jours après l'initiation
de la thérapie : les signes d'une mucite bénigne sont un
érythème et des placards blancs ou jaunes. Les patients
se plaignent tout au plus d'une gêne modérée. Les
formes intermédiaires se présentent comme des plages légèrement
érythémateuses et des érosions, avec une croûte
blanche, focale et nécrotique. L'épithélium apparaît
fin et friable. Les patients se plaignent de douleurs ; mastication et
déglutition sont entravées. Les formes sévères
apparaissent comme de profondes ulcérations avec un halo érythémateux
et un centre nécrotique. Les foyers peuvent fusionner en de larges
zones. Des plaques d'épithélium peuvent se détacher
pendant la mastication et laisser une surface nue, douloureuse qui est
susceptible de s'infecter secondairement. De tels cas peuvent conduire
à une modification du traitement, voire même une hospitalisation.
- La mucite peut également apparaître de
manière indirecte suite à l'aplasie médullaire induite
par les agents de la chimiothérapie. Ces changements secondaires
de la cavité buccale sont généralement observés
dix à quinze jours après l'administration des drogues et
correspondent à l'apparition de la neutropénie. En général,
la mucite disparaît avec la remontée des polynucléaires
qu'elle annonce.
Les cytotoxiques impliqués dans les mucites et les stomatites sont
le plus souvent de type busulfan, chlorméthine, cytarabine, dactinomycine,
daunorubicine, doxorubicine, épirubicine, fluorouracile, hydroxycarbamide,
méthotrexate, pirarubicine, streptozocine ou zorubicine.
- La xérostomie [124, 144]
La xérostomie (ou bouche sèche) observée chez les
patients sous chimiothérapie est bien moins importante que celle
relevée après une radiothérapie. La chimiothérapie
entraîne une réduction du flux salivaire. La salive restante
devient épaisse et collante, la muqueuse buccale apparaît
brillante, atrophique et desséchée. Les effets de cette
hyposialie deviennent plus importants s'ils se surajoutent à ceux
d'une mucite existante. Cette altération quantitative de la salive
entraîne une diminution du pH salivaire, un déséquilibre
de la flore buccale (augmentation des candidoses), responsable de parodontites,
voire de décalcification de l'émail, qui reste rare. Contrairement
à la radiothérapie, l'hyposialie observée est transitoire.
L'adriamycine et l'ellipticine sont des exemples de drogues induisant
une xérostomie.
- La nutrition [20, 52, 53]
Les anticancéreux présentent un potentiel émétisant
variable, tant sur le plan de la sévérité des manifestations
que sur les délais et la durée d'apparition des nausées
et vomissements. L'utilisation des polychimiothérapies à
fort potentiel émétisant rend systématique l'adjonction
d'un traitement antiémétique. Les mucites sont également
responsables de douleurs, de difficultés masticatoires et de dysphagies.
Tout cela agit sur la nutrition et l'apport calorique journalier. Une
dysgueusie peut se surajouter. Alors la nutrition est sérieusement
compromise et peut nécessiter une alimentation parentérale
du patient.
* Les complications indirectes
Elles sont, par leurs manifestations buccales, la traduction
de l'hématotoxicité liée à la neutropénie
et à la thrombopénie.
- Les infections [20, 53, 60, 123, 124, 138,
144, 151]
En cancérologie, chez le malade immunodéprimé, 50
% des accidents mortels sont dus à des infections. Chez les patients
leucémiques qui ont une chimiothérapie très aplasiante,
le taux de mortalité lié à une infection d'origine
ORL peut atteindre 35 % [124].
Pour les patients sous chimiothérapie, les infections sont les
complications les plus importantes et les plus menaçantes. Elles
peuvent être bactériennes, fongiques ou virales et résultent
des effets immunosuppresseurs des molécules utilisées [142].
La destruction par les diverses drogues des cellules souches, qui en temps
normal donnent les composants du système immunitaire, va priver
le patient de la réponse de protection de l'organisme [48]. La
composition immunologique salivaire va également être modifiée.
Cela va se traduire par des changements de l'activité phagocytaire,
la réduction de la production d'anticorps par les lymphocytes B,
l'inhibition de l'hypersensibilité retardée des lymphocytes
T et une interférence avec la phase mononucléaire de la
réaction inflammatoire. Cliniquement, cet affaiblissement de la
réponse de l'hôte peut se manifester par une colonisation
en surface de la muqueuse par des éléments microbiens, une
ulcération superficielle ou profonde, une cellulite, voire une
nécrose ou une perforation des structures sous-jacentes [67, 89].
Les sites les plus affectés sont les lèvres et la langue,
puis la muqueuse buccale, la gencive, le palais et l'oropharynx (tissus
non kératinisés).
Les infections bactériennes sont essentiellement d'origine dentaire
ou muqueuse et peuvent toucher n'importe quelle partie de la muqueuse
buccale. Chez le patient en aplasie médullaire, tout micro-organisme
présent dans les VADS peut potentiellement devenir un agent pathogène.
L'agressivité bactérienne est fonction de la quantité.
Normalement, la flore buccale est régulée par les mécanismes
de défense de l'hôte, une harmonie de la flore elle-même,
le flux salivaire et l'hygiène rigoureuse. En cas de chimiothérapie,
l'équilibre de ces facteurs est compromis, amenant ainsi l'émergence
d'espèces bactériennes particulières et donc l'augmentation
des possibilités de développer une maladie infectieuse.
Un déséquilibre bactérien préexistant augmente
encore le risque infectieux. Ainsi, les parodontites et la mauvaise hygiène
se comportent comme un réservoir pour des espèces bactériennes
spécifiques [124]. Quand une affection préexistante est
ajoutée à la dépression immunitaire et à l'altération
de l'état général des patients, le risque de complications
infectieuses est fortement majoré. La cavité buccale doit
être considérée comme une source possible de bactériémie
pouvant induire une septicémie [19]. La mauvaise intégrité
de la muqueuse et l'augmentation de la population microbienne buccale
expliquent la survenue facilitée d'une bactériémie.
S'il y a une dépression immunitaire suite à une aplasie
médullaire, cette bactériémie transitoire peut se
transformer en un foyer systémique ou en une septicémie.
Les infections fongiques sont le plus souvent des candidoses ou des aspergilloses.
Fréquentes chez le sujet immuno-déprimé, elles sont
quasi constantes chez les patients dont la numération des polynucléaires
est inférieure à 200/mm3. Le Candida albicans
est souvent responsable des infections buccales observées. Les
sites touchés sont la langue, les muqueuses buccales, gingivales,
palatines ou pharyngiennes et la commissure des lèvres. Normalement
contrôlé chez le patient sain, le Candida albicans
va se développer chez le patient en aplasie et peut se propager
aux autres structures anatomiques (poumons, sophage et reste du
tube digestif, etc.). L'infection fongique disséminée est
rare mais gravissime.
Les infections virales sont dominées par des manifestations herpétiques
: infections récurrentes, herpès simplex extra- et endobuccal
avec des signes d'atteinte de l'état général.
Les infections parasitaires rares sont le plus souvent dues à Pneumocystis
carinii.
- Les troubles de l'hémostase [138]
De nombreuses molécules de chimiothérapie peuvent altérer
de façon qualitative et quantitative les plaquettes. La manifestation
de la thrombopénie peut se traduire par des pétéchies,
des ecchymoses ou une hémorragie extériorisée [144].
Les pétéchies sur le palais, la gencive, les lèvres
et la langue sont les signes intrabuccaux les plus révélateurs
d'un dysfonctionnement de la fonction plaquettaire [53]. Les épisodes
de saignement peuvent être spontanés ou provoqués
par un traumatisme ou une maladie existante. Quoi qu'il en soit, une mauvaise
santé buccale prédispose largement les patients au risque
de saignements [20].
Normalement situé chez l'adulte entre 150 000 et 400 000/mm3,
le nombre des plaquettes peut chuter en cas d'aplasie et être inférieur
à 50 000/mm3. Des saignements peuvent apparaître
pour un taux plaquettaire inférieur à 40 000/mm3
et d'importantes précautions sont à prendre en dessous de
20 000/mm3.
Les médicaments potentiellement thrombopéniants sont les
suivants : actinomycine D, carmustine, cyclophosphamide, lomustine, fotémustine,
mitomycine C, carboplatine, busulfan, chlorambucil, dacarbazine et ifosfamide.
Rôle de l'odonto-stomatologiste dans
la prévention et le traitement des complications liées à
la chimiothérapie
Avant toute chimiothérapie, il est nécessaire
d'examiner, de traiter et d'éliminer les facteurs dentaires et
parodontaux qui sont susceptibles de majorer ces complications [89]. Ces
soins se font en étroite collaboration avec le chimiothérapeute
et l'hématologue qui seuls peuvent juger de l'état hématologique
présent et à venir du malade. Les soins se font également
en fonction du temps disponible avant l'induction de la cure ou lors des
périodes de repos entre deux cures [20, 30].
* Avant la chimiothérapie [30, 67, 81, 84,
124]
La préparation du patient à la chimiothérapie
est essentiellement axée sur l'optimisation de l'hygiène
et de la santé bucco-dentaire. Elle est d'autant plus indispensable
que la chimiothérapie prévue sera intensive et aplasiante
[90]. Même s'il est impossible de prédire avec certitude
quels patients vont avoir des effets secondaires bucco-dentaires [53],
toutes les études sur les complications buccales des chimiothérapies
ont montré qu'un environnement sain prévient ou diminue
les complications [20]. Tous les patients doivent donc bénéficier
d'un examen clinique et radiographique minutieux.
Une remise en état de la cavité buccale doit tenir compte
de la pathologie initiale, des chimiothérapies envisagées,
de l'état buccal, de l'état général du patient
et de ses antécédents médicaux, du pronostic, du
niveau social du malade.
La plupart des protocoles chimiothérapiques correspondent à
des cures répétées, sur des périodes parfois
longues [20].
La mise en état bucco-dentaire doit comporter préalablement
un examen clinique, un bilan radiologique, un détartrage, une instruction
à l'hygiène buccale et motivation, l'élimination
des foyers infectieux dentaires et parodontaux, la restauration des dents
cariées, le remplacement des restaurations défectueuses,
le polissage des surfaces rugueuses, la vérification prothétique
et élimination des prothèses inadaptées, la suppression
des appareils orthodontiques qui perturbent l'hygiène et blessent
les muqueuses.
* Problèmes buccaux survenant en cours
de chimiothérapie ou durant la phase d'aplasie profonde [20, 84]
En cours de chimiothérapie, des complications
du type mucites, hémorragies, douleurs, infections, etc., peuvent
être rencontrées. Leur intensité, leur fréquence
et leur gravité seront également très variables [32].
L'attitude dépend alors des deux risques majeurs qui peuvent survenir
: le risque hémorragique, le risque infectieux.
- Les lésions buccales. Traitement de la mucite
Ces lésions sont polymorphes, douloureuses et souvent surinfectées.
Elles perturbent l'hygiène et entravent l'alimentation. L'utilisation
de bains de bouche et le maintien d'une hygiène buccale modifient
favorablement le milieu buccal et préservent l'intégrité
tissulaire [82, 144].
Exemples de bains de bouche :
- le bain de bouche A (tableau
I) utilise une préparation commerciale. Il faut porter
une attention particulière à sa composition et éviter
les composants irritants ;
- quant au bain de bouche B (tableau
II), il doit être conservé à l'abri de la
lumière et a une durée avant péremption courte (une
semaine).
Les patients doivent utiliser ces rinçages fréquemment
(huit à dix fois/jour) pour nettoyer et lubrifier les tissus buccaux
et diminuer les douleurs.
Les bains de bouche contenant des produits irritants (alcool, phénol,
aromates, etc.), utilisés seuls, sont à proscrire. L'application
topique d'une solution de chlorure de zinc à 10 %, efficace sur
les aphtes, donne aussi de bons résultats. Les aliments acides,
épicés ou trop durs sont également à éviter.
La consommation d'alcool et l'usage du tabac doivent également
être arrêtés. En cas de mucite de grade élevé,
l'utilisation d'un spray anesthésique peut apporter un soulagement,
en veillant cependant à ce que le malade ne fasse pas de fausses
routes.
L'utilisation d'antalgiques puissants peut également être
souvent nécessaire.
Ces lésions sont à surveiller régulièrement
en raison du risque de surinfection qu'elles représentent [124,
151].
Les mucites graves (grade III ou IV) [118] sont rares en cas de chimiothérapie
de tumeurs solides mais beaucoup plus fréquentes en hématologie.
En conclusion, le traitement de ces mucites est dicté par la sévérité
des lésions rencontrées. Dans ces conditions, la remise
en état bucco-dentaire initiale prend toute sa valeur [30].
- Hygiène bucco-dentaire
Les ulcérations buccales se développent beaucoup moins facilement
dans une bouche saine et entretenue.
Le programme d'hygiène bucco-dentaire est classiquement le suivant
:
- le contrôle de la plaque dentaire est instauré grâce
à l'utilisation de brosses postchirurgicales (7/100e)
changées toutes les semaines et d'une pâte gingivale [35]
;
- les rinçages peuvent être des préparations associant
à l'eau bicarbonatée ou eau de Vichy un antifongique et
de la chlorhexidine ;
- au fur et à mesure de l'augmentation du degré de gravité
de la mucite, tous les soins deviennent très douloureux, douleurs
qui sont intenses et invalidantes. Il est toutefois nécessaire
de maintenir une bonne hygiène buccale afin d'éviter les
surinfections et d'apporter du bien-être au patient. Ces soins,
réalisés par le personnel soignant, seront faits par tamponnement
à l'aide d'ouate maintenue par une précelle (et non d'un
coton-tige car il est trop dur et pourrait provoquer des hémorragies).
Avec cette ouate imbibée d'eau oxygénée 10 %, on
nettoie les muqueuses et les dents, puis on rince avec une préparation
: eau bicarbonatée, chlorhexidine par exemple. Ensuite, on peut
laisser sur les lésions pendant deux à trois minutes une
compresse imbibée de bluflomédil.
La muqueuse labiale peut présenter des ulcérations
nécrotiques très douloureuses et profondes.
Si les lésions sont recouvertes de croûtes, on place alors
des compresses de gaze paraffinée qui permettent au patient d'être
soulagé et de trouver une souplesse de la muqueuse (sauf si le
malade est sous oxygène).
- La douleur
La douleur provoquée par les ulcérations buccales est très
intense et très invalidante. Le principe essentiel est d'adapter
une prescription d'antalgique au cas par cas et selon les paliers recommandés
par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) (cf. document «
Recommandations pour une bonne pratique dans la douleur du cancer chez
l'adulte et l'enfant »).
En cas d'odontalgie, se référer au § Les soins dentaires.
- Les gingivorragies
La prévention est la technique la plus efficace pour éviter
les complications hémorragiques. Une bonne hygiène buccale
et l'élimination des traumatismes ont tendance à diminuer
les risques en cas de thrombocytopénie. Lorsque le nombre des plaquettes
est inférieur à 20 000/mm3, des saignements spontanés
ou provoqués par de légers traumatismes peuvent se produire.
Ceux-ci cessent le plus souvent après compression légère
de la région à l'aide d'une compresse. La réalisation
d'une gouttière garnie d'hémostatique local peut s'avérer
nécessaire dans les cas d'hémorragies importantes.
Le risque majeur est représenté par l'hémorragie
postopératoire ; il faut tout mettre en uvre pour limiter
les actes jusqu'à ce que le taux plaquettaire permette leur réalisation
(nombre de plaquettes minimal : 50 000/mm3 au minimum si intervention
en secteur hospitalier, 80 000/mm3 si acte ambulatoire).
- Les infections
Tous les agents infectieux peuvent être rencontrés, mais
les infections bactériennes demeurent de loin les plus fréquentes
(90 % chez le malade cancéreux).
La prévention des infections muqueuses repose sur une minimisation
des traumatismes et sur le maintien d'une flore buccale normale et équilibrée.
La suppression du tartre, de la plaque dentaire, l'ensemble des moyens
d'hygiène mis en uvre ont pour but de diminuer la probabilité
de développer une infection. Dès que se développe
une infection muqueuse ou parodontale, un traitement antibiotique doit
être mis en route. Certaines infections nécessitent parfois
un débridement local. Dans ce cas, il importe de déterminer
le nombre de leucocytes et de plaquettes. Un traitement normal peut débuter
si : polynucléaires neutrophiles > 1 000/mm3 ; plaquettes
> 80 000/mm3.
Sinon, une antibiothérapie à large spectre doit être
entreprise jusqu'au retour de valeurs sanguines satisfaisantes.
La gestion des candidoses va varier avec la sévérité
de l'infection. L'identification de l'organisme responsable est essentielle.
Le traitement des candidoses locales est nécessaire et important
car leur potentiel de dissémination rend le risque de septicémie
très sérieux. L'utilisation prophylactique de bains de bouche
antifongiques est tout à fait recommandée.
Les infections virales sont de type herpétique ou à cytomégalovirus
et sont très fréquentes en hématologie. Même
si ces lésions disparaissent sans traitement, elles sont très
douloureuses et peuvent être surinfectées par les Candida.
L'utilisation d'acyclovir appliqué topiquement sur les lésions
six ou sept fois par jour donne de bons résultats. En revanche,
l'utilisation prophylactique d'agents antiviraux ne fait pas l'unanimité,
à l'exception des patients traités, connus comme séropositifs
pour le VIH.
- Les problèmes dentaires [20]
Les problèmes dentaires survenant en cours de chimiothérapie
peuvent être nombreux et variés. Leur incidence diminue fortement
en cas de visite prophylactique chez l'odonto-stomatologiste avant l'induction
de la cure. Cependant, malgré toutes les précautions prises,
il se peut qu'un malade consulte pour problèmes bucco-dentaires
en cours de chimiothérapie.
Les prothèses adjointes doivent être scrupuleusement vérifiées
avant la cure. Cependant, même la meilleure des prothèses
ne doit pas être portée trop longtemps durant la phase d'aplasie.
En effet, en raison de la structure tissulaire affaiblie, la prothèse
devient irritante, risquant ainsi d'occasionner infections et hémorragies.
Son port doit être limité au minimum (repas, visites, etc.)
et elle doit être scrupuleusement entretenue. Si la prothèse
blesse fortement, il est nécessaire de la retoucher, voire de la
supprimer provisoirement afin de ne pas faire encourir un risque inutile
au malade.
Les accidents d'évolution de dents de sagesse ou les péricoronarites
sont fréquents en cours de chimiothérapie. L'avulsion préventive
de ces dents n'est pas toujours possible en raison du manque de temps
et du délai nécessaire pour la cicatrisation (avulsion délabrante
d'une dent de sagesse). Un nettoyage répété et prudent
du site à l'aide d'une seringue émoussée remplie
de chlorhéxidine donne de bons résultats. Il faut tout faire
pour temporiser et extraire la dent au sortir de l'aplasie.
Les nettoyages des poches parodontales permettent de limiter les complications.
- Les soins dentaires. Soit il s'agit d'une carie n'atteignant
pas la pulpe dentaire : nettoyage de la cavité, mise en place d'un
pansement protégeant la dentine évitant un tassement alimentaire
ou un traumatisme lingual. S'il s'agit d'une atteinte pulpaire : mise
en place sous anesthésie locale d'un pansement calmant. L'endodontie
sera effectuée dès que possible en intercure.
Avant toute intervention, il importe de se mettre en
relation avec le chimiothérapeute et de respecter certaines conditions
strictes en cas d'avulsions. Une numération formule est indispensable.
Elle renseigne sur le nombre des plaquettes et le taux des granulocytes.
Les valeurs minimales requises sont les suivantes : globules blancs (2
000/mm3), dont polynucléaires neutrophiles (1 000/mm3),
nombre de plaquettes (80 000/mm3). Une étroite collaboration
entre l'oncologue, l'hématologue et l'odonto-stomatologiste est
indispensable. Si l'intervention est retenue, une alvéoloplastie
sous couverture antibiotique est presque systématiquement réalisée
afin de pouvoir correctement suturer la plaie. Des moyens locaux d'hémostase
sont le plus souvent utilisés. Une transfusion plaquettaire est
parfois nécessaire trente minutes avant l'intervention.
L'avulsion en cours de chimiothérapie doit demeurer un acte exceptionnel
et impose sa réalisation en milieu hospitalier. L'aplasie débute
environ dix jours après l'induction de la cure et dure de quelques
jours à plusieurs semaines. Les plaquettes peuvent chuter sous
20 000/mm3 et les leucocytes sous 500/mm3 (valeurs
normales : leucocytes 4 000 à 10 000/mm3 ; plaquettes
150 000 à 400 000/mm3).
En ambulatoire, un acte pourra être réalisé si plaquettes
> 80 000/mm3 et polynucléaires > 1 000/mm3.
En secteur hospitalier, ces valeurs peuvent être revues à
la baisse (plaquettes > 50 000/mm3). S'il y a lieu, une
transfusion plaquettaire pourra être prescrite avant l'intervention
ainsi qu'une antibiothérapie à large spectre.
* Après la chimiothérapie [84]
Cette phase débute lorsque les valeurs sanguines
sont revenues à la normale et prend fin avec le début d'une
cure suivante éventuelle. Cette période est mise à
profit pour traiter les éventuelles complications infectieuses
survenues pendant la cure précédente (avulsion des dents
causales) et compléter la remise en état initial si elle
n'a pas pu être menée correctement à terme. Une fois
que le patient a achevé toutes les cures de chimiothérapie
prévues et que les valeurs hématologiques ont retrouvé
un niveau normal, il n'y a plus de contre-indication aux soins dentaires.
Au total
- La consultation dentaire avant l'induction d'une chimiothérapie
a pour but de prévenir ou de diminuer les complications pouvant
nuire au bon déroulement de celle-ci (accord d'experts).
- Les actes d'odonto-stomatologie en cours de chimiothérapie
doivent être exceptionnels (accord d'experts). Il est cependant
indispensable de différencier les chimiothérapies fortement
aplasiantes et pendant lesquelles tout acte présente un danger
potentiel des autres chimiothérapies qui sont moins agressives
et qui peuvent permettre dans certains cas une intervention. Quoi qu'il
en soit, celle-ci doit toujours s'effectuer avec l'accord de l'oncologue
et doit s'entourer d'un maximum de précautions (accord d'experts).
Les complications buccales de la chimiothérapie
sont de deux types :
- directes, dues à la toxicité de l'agent antimitotique
sur l'épithélium buccal : elles sont sources de mucites
plus ou moins invalidantes ;
- indirectes, dues à l'hémotoxicité : elles sont
le point de départ de complications infectieuses ou hémorragiques.
Rôle de l'odonto-stomatologiste
dans le cas particulier de l'enfant traité pour une lésion
cancéreuse cranio-cervico-faciale (figures
6 et 7)
Les thérapeutiques anticancéreuses (radiothérapie,
chimiothérapie, chirurgie) ont permis, ces dernières années,
la guérison d'un nombre de plus en plus important d'enfants atteints
de sarcomes embryonnaires, de carcinomes indifférenciés
ainsi que de tumeurs paraméningées. Le corollaire est qu'un
grand nombre d'effets secondaires sont apparus par la suite, à
court et à long termes, après utilisation de ces traitements
[12, 15, 22, 25, 27, 45, 50, 66, 102, 115, 130, 148, 160].
Certaines complications apparaissent dès le début des traitements
: stomatites, saignements, infections, aplasies après chimiothérapie,
alopécie, télangectasies, mucites après radiothérapie,
pertes de substance après chirurgie.
L'odonto-stomatologiste va avoir un rôle très important à
jouer avant, pendant et après ces traitements.
Traitement par chimiothérapie
* Avant chimiothérapie intensive
Elle s'accompagne, le plus souvent, d'une greffe de
moelle ou de CSP (cellules souches périphériques). Elle
est réalisée dans les secteurs de transplantation médullaire.
L'odonto-stomatologiste doit : effectuer un bilan clinique et radiographique
; réaliser obligatoirement les soins dentaires conservateurs et
les avulsions nécessaires (cf. § Conduite à tenir
en cas d'avulsion).
* Pendant la chimiothérapie
L'odonto-stomatologiste tente : de soulager la mucite
par la prescription de bains de bouche à base d'anesthésiques,
de corticoïdes, d'acide folique ou par badigeonnage des zones douloureuses
à l'aide de xylocaïne visqueuse ; de traiter les dents cariées
si la mise en état buccale n'a pas été réalisée
auparavant. Toute avulsion dentaire est précédée
d'un bilan sanguin afin d'éviter des hémorragies liées
à l'aplasie médullaire. La numération des plaquettes
doit être supérieure à 80 000/mm3.
En cas de complications infectieuses, une antibiothérapie doit
être systématiquement instaurée (accord d'experts).
Le protocole est le même pour les enfants bénéficiant
d'une chimiothérapie adjuvante en ambulatoire et présentant
une hématotoxicité (baisse du taux des plaquettes et des
globules blancs pendant une quinzaine de jours).
Traitement par radiothérapie
* Avant irradiation
L'odonto-stomatologiste effectue : un bilan dentaire
clinique et radiographique permettant de réaliser une mise en état
buccale par traitement des dents cariées et avulsion des dents
trop délabrées ; une prise d'empreinte des maxillaires afin
de confectionner des gouttières nécessaires à la
fluoration. Lorsque le plan de traitement comporte une chirurgie soustractive
maxillaire, ces moulages pourront servir à réaliser des
prothèses immédiates ou provisoires.
* Pendant l'irradiation
L'odonto-stomatologiste essaye : de soulager la mucite
; de diminuer les effets de l'hyposialie ou de la xérostomie par
la prescription de bains de bouche bicarbonatés ; de traiter les
candidoses opportunistes par la prescription d'antifongiques adaptés.
* Après irradiation
L'odonto-stomatologiste surveille les éléments
en formation, les éléments en croissance et les éléments
présents lors de l'irradiation.
- Les éléments en formation
Ils sont représentés essentiellement par les bourgeons et
les germes dentaires intra-osseux. La surveillance va se faire cliniquement
et radiologiquement à l'aide de clichés orthopantomographiques
afin de visualiser les anomalies dentaires engendrées par la radiothérapie
(absence de germes, microdonties, altérations morphologiques, modifications
des délais d'éruption, arrêts de formations radiculaires,
dysplasies de l'émail et de la dentine) [139].
- Les éléments en croissance
La surveillance est clinique et radiologique afin de diagnostiquer précocement
les asymétries cranio-faciales antéro-postérieures
et transversales à l'aide de téléradiographies de
face et de profil avec tracés céphalométriques. Dans
certains cas, une orthopédie dento-faciale « douce »
peut essayer de corriger ces effets.
- Les éléments présents au moment
de l'irradiation
Au niveau du revêtement cutané, les nécroses sont
très rares chez l'enfant.
Au niveau musculaire, il faut prévenir la fibrose responsable parfois
de trismus à partir de l'adolescence, sachant qu'elle est exceptionnelle
chez le jeune enfant.
Au niveau muqueux, l'odonto-stomatologiste doit tenter : de soulager la
mucite, souvent aggravée par les traitements chimiothérapiques,
à l'aide de gel de type xylocaïne visqueuse ; de diminuer
les effets de l'hyposialie ou de la xérostomie, par la prescription
de bains de bouche à base de bicarbonate ; de traiter les candidoses
opportunistes par la prescription d'antifongiques adaptés.
Au niveau dentaire, l'odonto-stomatologiste doit : s'assurer que la fluorothérapie
est bien conduite de façon quotidienne ; chez l'enfant, dont les
organes dentaires sont en formation, s'assurer d'un apport fluoré
suffisant par voie orale ; réaliser des soins conservateurs nécessaires,
sachant que les dévitalisations doivent être faites sous
anesthésie locale et que les traitements canalaires le sont à
l'aide de pâtes peu agressives de type oxyde de zinc, eugénol
ou hydoxyde de calcium ; s'abstenir de toute avulsion de dents définitives
en zone irradiée, sous anesthésie locale, ces dernières
étant réalisées sous anesthésie générale,
sous couverture antibiotique, en milieu spécialisé, avec
un protocole très précis. En revanche, les dents déciduales
peuvent être extraites sans problèmes ; assurer la réhabilitation
des pertes dentaires ou de substance dues à la chirurgie par des
prothèses souvent atypiques.
Au total
La prise en charge par l'odonto-stomatologiste de l'enfant
traité pour un cancer des voies aériennes digestives supérieures
comporte (accord d'experts) :
- un bilan radiographique avec : orthopantomogramme, téléradiographie
cranio-faciale ;
- la réalisation des soins dentaires avant chimiothérapie
et radiothérapie avec instauration d'une fluorothérapie
;
- la réalisation de prothèse immédiate, si chirurgie,
afin de permettre alimentation et phonation ;
- une surveillance régulière tous les trois mois : des éléments
présents, des éléments en formation, des éléments
en croissance, jusqu'à la fin de la croissance cranio-faciale.
La prise en charge de l'enfant traité pour une
autre localisation cancéreuse par chimiothérapie comporte
(accord d'experts) :
- pour la chimiothérapie standard, les mêmes recommandations
de prise en charge que pour l'adulte ;
- pour la chimiothérapie aplasiante, une mise en état bucco-dentaire
obligatoire avant tout traitement ;
- pour la chimiothérapie répétitive, surtout si elle
est commencée avant l'âge de 3 ans, une surveillance régulière
des éléments en formation.
Cas particuliers
L'irradiation corporelle totale [31, 41, 42,
49, 113]
L'irradiation corporelle totale ou ICT est une technique
d'irradiation qui consiste à irradier la surface corporelle totale
en un nombre limité de séances pour une dose totale d'environ
12 Gy. Cette technique est principalement utilisée avant une greffe
de moelle et associée à une chimiothérapie aplasiante.
Ces deux thérapeutiques vont être responsables d'effets secondaires
importants. Sur la cavité buccale, la plupart des auteurs décrivent
principalement des mucites ainsi qu'une xérostomie, ce qui va provoquer
un environnement buccal cariogène. Dans ces conditions, une consultation
odontostomatologique s'impose. Elle consiste en : une remise en état
bucco-dentaire comme avant toute chimiothérapie aplasiante ; la
mise en place d'une hygiène bucco-dentaire rigoureuse, associée
à la prescription d'un dentifrice à haute teneur en fluor.
Lorsque l'irradiation corporelle totale touche des organes en formation
ou en croissance, on constate en plus une augmentation des malformations
(malformations dentaires, rapport taille couronne-racine, dyslasie de
l'émail).
L'irradiation corporelle totale majore les complications et les effets
secondaires des thérapeutiques concomitantes.
Après une irradiation corporelle totale, des extractions dentaires
peuvent être réalisées, la dose reçue n'entraîne
pas de risque d'ORN.
Hodgkin et lymphome malin non hodgkinien
Dans le cas particulier des patients ayant reçu
une radiothérapie pour une maladie de Hodgkin ou un lymphome malin
non hodgkinien, afin de prévenir l'apparition des caries du collet
ou du bord des dents, et bien que l'hyposialie soit minorée (car
dose d'irradiation voisine de 30 Gy), on recommande une fluorothérapie
par gouttières de fluoration une fois par semaine et un brossage
biquotidien à l'aide d'une pâte fortement fluorée.
Recommandations de la FNCLCC
1. Lors d'une radiothérapie cervico-faciale intéressant
les glandes salivaires, trois risques sont à considérer
: le risque carieux qui est lié à l'insuffisance salivaire
et peut intéresser l'ensemble des dents, le risque d'ostéoradionécrose,
lié à la combinaison des problèmes d'ischémie
et d'infection, mais qui ne survient que sur les régions directement
irradiées, et la mucite liée à l'insuffisance salivaire,
à la dose de radiothérapie et à la sensibilité
individuelle de la muqueuse du patient traité.
2. Les avulsions dentaires avant radiothérapie
externe sont subordonnées à un certain nombre de facteurs.
Certains sont connus : état dentaire, localisation des champs,
dose d'irradiation. D'autres sont plus aléatoires : intoxications
exogènes, degré de compliance présupposée
du patient. La prise en charge odontologique avant radiothérapie
est à discuter en fonction de l'état bucco-dentaire initial
et des souhaits du patient (accord d'experts) : face à un mauvais
état bucco-dentaire, une édentation totale et systématique
s'impose ; face à un état bucco-dentaire moyen, une prudence
excessive conduit souvent à extraire les dents situées dans
les champs d'irradiation et ce, quel que soit leur état. Hors champs,
l'attitude préconisée est de tenir compte de la préférence
des patients ; face à un bon état dentaire (l'examen clinique
et radiologique montre des dents en parfait état, dans et hors
des champs d'irradiation, le patient est motivé, conscient des
risques encourus en cas d'interruption du traitement proposé),
toutes les dents sont conservées. Lorsque des avulsions dentaires
sont nécessaires, elles sont à réaliser rapidement
avant l'irradiation afin de permettre une cicatrisation satisfaisante
sans avoir à retarder les traitements radiothérapiques (accord
d'experts). L'élimination systématique des organes inclus
ainsi que celle des implants situés en zone irradiée ne
sont pas recommandées (accord d'experts).
3. Une hygiène des plus rigoureuses et une fluoroprophylaxie
cinq minutes par jour, à vie, sont indispensables au maintien d'une
denture saine et évitent la survenue des complications lors d'une
irradiation des voies aérodigestives supérieures. La fluoration
par gel supporté par une gouttière est la technique de choix
(accord d'experts). Le brossage par pâte hautement fluorée
doit être réservé à des cas particuliers (enfant,
durant soins dentaires, patients nauséeux).
4. Chez les patients pour lesquels un traitement palliatif
est indiqué, la remise en état dentaire est entreprise a
minima en ce qui concerne les avulsions dentaires afin de ne pas traumatiser
inutilement le patient (accord d'experts). Une prophylaxie fluorée
est instaurée et un détartrage est proposé afin de
contribuer à redonner espoir au patient et lui montrer que l'on
continue à se préoccuper de ses soins.
5. Les ostéoradionécroses consécutives
à une curiethérapie d'une lésion de la cavité
buccale sont en général beaucoup moins inquiétantes
que celles provoquées par une radiothérapie externe, à
dose égale, car la séquestration est le plus souvent parcellaire
du fait de la décroissance rapide des doses en fonction de la distance
source-tissu irradié et du volume irradié plus limité
(niveau de preuve C). L'évaluation de la qualité des dents
et le choix des dents à extraire sont déterminés
suivant les critères similaires à ceux employés pour
la radiothérapie externe (accord d'experts). Le risque de nécrose
osseuse, lors d'une curiethérapie, est cinq fois moindre lorsque
l'on utilise un appareil de protection plombé endobuccal (niveau
de preuve C). Des contrôles fréquents et des soins d'hygiène
bucco-dentaires ainsi qu'un mode de vie excluant alcool et tabac sont
recommandés pour diminuer ce risque (accord d'experts). Le port
de prothèses dentaires est différé tant que la fragilité
des muqueuses persiste après curiethérapie.
6. Après radiothérapie externe, le malade
doit s'astreindre à des contrôles réguliers afin de
prévenir toutes complications (accord d'experts). Cette surveillance
dentaire régulière permet de déceler une éventuelle
récidive ou une seconde localisation, de vérifier la bonne
hygiène buccale du patient, d'encourager ce patient à poursuivre
son traitement fluoré, de dépister et de traiter au plus
vite les caries qui pourraient survenir, d'inciter ou de conforter le
patient dans une abstention d'alcool et de tabac. En cas de problème
local, rien ne doit être entrepris sans une connaissance précise
des volumes irradiés et de la dose distribuée (accord d'experts).
La réhabilitation prothétique fait partie intégrante
du traitement et assure un soutien fonctionnel, phonétique, esthétique
et psychologique important et permet une prise en charge diététique
du patient. Les séquelles à type de dysgueusie ou d'hyposialie
sont soit temporaires, soit améliorables par des thérapeutiques
simples. La xérostomie postradique, dont les traitements sont décevants,
demeure une séquelle invalidante et peut aggraver ou engendrer
un état de dénutrition lorsqu'elle s'ajoute à une
sclérose musculaire.
7. La consultation dentaire après curiethérapie
s'effectuera au même rythme que la surveillance médicale
(accord d'experts). Une surveillance des soins d'hygiène bucco-dentaire
et de l'exclusion des irritants exogènes est recommandée
(accord d'experts). Le délai de la mise en place de prothèses
adjointes doit être discuté en fonction de plusieurs paramètres,
dont l'état et la sensibilité des tissus irradiés
(accord d'experts).
8. Dans le traitement d'un cancer des voies aériennes
digestives supérieures, la chirurgie est souvent mutilante. Les
séquelles sont à la fois fonctionnelles, esthétiques
et psychologiques. Le but de l'odonto-stomatologiste est de limiter au
minimum les désordres consécutifs au geste chirurgical en
réhabilitant dans leurs rôles fonctionnels et esthétiques
les éléments de la cavité buccale (accord d'experts).
Sur la sphère oro-faciale, la chirurgie entraîne des séquelles
plus ou moins importantes : les résections du maxillaire provoquent
une communication bucco-nasale ou bucco-sinusienne avec reflux des aliments
par le nez, troubles de la phonation et de la mastication ; ces troubles
sont retrouvés dans les résections vélaires ; les
résections mandibulaires provoquent des troubles de l'articulé
dentaire et s'accompagnent aussi souvent de désordres d'élocution
et de déglutition. L'odonto-stomatologiste aidera à la réhabilitation
et à la réinsertion du malade en intervenant le plus rapidement
possible après la chirurgie (accord d'experts). Pour la chirurgie
du maxillaire, le but de la prothèse sera de combler le plus rapidement
possible la brèche créée par l'intervention. L'appareillage
dépendra très largement de la bonne collaboration entre
l'équipe chirurgicale et le prothésiste maxillo-facial.
Si l'odonto-stomatologiste voit le patient avant l'intervention, il pourra
concevoir une prothèse immédiate ou semi-immédiate
; s'il voit le patient après l'intervention, la prothèse
sera transitoire, puis d'usage. La chirurgie mandibulaire provoque des
troubles esthétiques, fonctionnels et psychologiques importants
si elle n'est pas associée à une technique reconstructive
chirurgicale. Lorsque celle-ci n'est pas possible, il faut tenter de redonner
au malade une occlusion correcte soit par l'intermédiaire d'un
guide si le patient est denté, soit par des prothèses s'il
est édenté. Quand la chirurgie mandibulaire s'accompagne
d'une reconstruction, l'odonto-stomatologiste devra concourir à
ce que celle-ci tienne compte au mieux de l'occlusion. Les glossectomies
étendues sont des interventions très mutilantes qui laissent
d'importantes séquelles et dont la réhabilitation prothétique
est décevante. Les pertes de substance faciale entraînent
des troubles esthétiques très importants ; le retentissement
fonctionnel et psychologique dépend de la zone réséquée.
Les épithèses ont avant tout un but esthétique et
psychologique ; l'utilisation d'implants permet de résoudre le
problème de tenue et de positionnement de ces prothèses
(accord d'experts).
9. La consultation dentaire avant l'induction d'une
chimiothérapie a pour but de prévenir ou de diminuer les
complications pouvant nuire au bon déroulement de celle-ci (accord
d'experts). Les actes d'odonto-stomatologie en cours de chimiothérapie
doivent être exceptionnels (accord d'experts). Il est cependant
indispensable de différencier les chimiothérapies fortement
aplasiantes et pendant lesquelles tout acte présente un danger
potentiel des autres chimiothérapies qui sont moins agressives
et qui peuvent permettre dans certains cas une intervention. Quoi qu'il
en soit, celle-ci doit toujours s'effectuer avec l'accord de l'oncologue
et doit s'entourer d'un maximum de précautions (accord d'experts).
Les complications buccales de la chimiothérapie sont de deux types
: directes, dues à la toxicité de l'agent antimitotique
sur l'épithélium buccal, elles sont sources de mucites plus
ou moins invalidantes ; indirectes, dues à l'hémotoxicité,
elles sont le point de départ de complications infectieuses ou
hémorragiques.
10. La prise en charge par l'odonto-stomatologiste de
l'enfant traité pour un cancer des voies aériennes digestives
supérieures comporte (accord d'experts) un bilan radiographique
avec orthopantomogramme et téléradiographie cranio-faciale,
la réalisation des soins dentaires avant chimiothérapie
et radiothérapie avec instauration d'une fluorothérapie,
la réalisation de prothèse immédiate, si chirurgie,
afin de permettre alimentation et phonation, une surveillance régulière
tous les trois mois des éléments présents, des éléments
en formation, des éléments en croissance, jusqu'à
la fin de la croissance cranio-faciale. La prise en charge de l'enfant
traité pour une autre localisation cancéreuse par chimiothérapie
comporte (accord d'experts), pour la chimiothérapie standard, les
mêmes recommandations de prise en charge que pour l'adulte, pour
la chimiothérapie aplasiante, une mise en état bucco-dentaire
obligatoire avant tout traitement, pour la chimiothérapie répétitive,
surtout si elle est commencée avant l'âge de 3 ans, une surveillance
des éléments en formation.
CONCLUSION
Remerciements
Nous remercions le ministère de l'Emploi et
de la Solidarité et la Ligue nationale contre le cancer pour leur
soutien financier.
Contributeurs
Revue interne (février 1999) : P. Barrellier
(stomatologiste, Centre Antoine-Lacassagne, Nice), J. Brugère (chirurgien
en ORL, Institut Curie, Paris), J.-M. David (chirurgien en cervico-maxillo-facial,
Centre Claudius-Regaud, Toulouse), E. Delay (chirurgien en maxillo-facial,
Centre Léon-Bérard, Lyon), D. Frappaz (pédiatre oncologue,
Centre Léon-Bérard, Lyon), L. Geoffrois (oncologue médical,
Centre Alexis-Vautrin, Nancy), J.-C. Horiot (radiothérapeute, Centre
Georges-François-Leclerc, Dijon), M. Lapeyre (radiothérapeute,
Centre Alexis-Vautrin, Nancy), J.-L. Lefebvre (chirurgien en cervico-facial,
Centre Oscar-Lambret, Lille), J.-P. Margainaud (odontologiste, Institut
Gustave-Roussy, Villejuif), X. Montbarbon (radiothérapeute, Centre
Léon-Bérard, Lyon), M. Ton Van (oto-rhino-laryngologiste
Centre Oscar-Lambret, Lille).
Revue externe (février 1999) : J.-M.
Ardiet (radiothérapeute, Centre hospitalier Lyon-Sud, Pierre-Bénite),
P. Breton (stomatologiste, Centre hospitalier Lyon-Sud, Pierre-Bénite),
J.-L. Couderc (Service d'odontologie, Lyon), P. Girard (Doyen de la Faculté
de chirurgie dentaire, Paris), B. Giumelli (odontologiste, CHU-Hôtel-Dieu,
Nantes), F. Houzelot (odontologiste, Saint-Dié), A. Jacobs (chirurgien
cervico-facial, Clinique de la Miotte, Belfort), A. Jacques (Hôpital
Debrousse, Paris), G. Le Breton (Paris), B. Lefèvre (odontologiste,
Centre dentaire, Reims), J.-P. Louis (odontologiste, Faculté dentaire,
Nancy), L. Malissard (radiothérapeute, Centre de radiothérapie
et de cancérologie, Blois), I. Marquis (Clinique de Gentilly, Nancy),
J.-P. Martin (Clinique Saint-Jean, Lyon), D. Maurice (odontologiste, Faculté
de chirurgie dentaire, Paris), E. Panosetti (Centre hospitalier, Luxembourg),
M. Pernot (Nancy), J. Prévost (odontologiste, Faculté dentaire,
Nancy), H. Szpirglas (stomatologiste, Hôpital de la Pitié-Salpêtrière,
Paris), J.-H. Torres (stomatologiste, Centre de soins dentaires, Montpellier),
H. Zattara (chirurgien dentiste, Hôpital de la Timone, Marseille).
Comité d'organisation des SOR (février
1999) : A. Bataillard (FNCLCC, Paris), P. Bey (Centre Alexis-Vautrin,
Vanduvre-lès-Nancy), M.-P. Blanc-Vincent (FNCLCC, Paris),
F. Demma (FNCLCC, Paris), F. Farsi (Centre régional Léon-Bérard,
Lyon), B. Fervers (FNCLCC, Paris), G. Gory-Delabaere (FNCLCC, Paris),
S. Guillo (FNCLCC, Paris), E. Luporsi (Centre Alexis-Vautrin, Vanduvre-lès-Nancy),
T. Philip (Centre régional Léon-Bérard, Lyon), S.
Théobald (Institut Jean-Godinot, Reims).
Ce document a été validé en
juin 1999 par les Comités techniques médicaux des centres
régionaux de lutte contre le cancer suivants : Centre Paul-Papin
(Angers), Institut Bergonié (Bordeaux), Centre François-Baclesse
(Caen), Centre Jean-Perrin (Clermont-Ferrand), Centre Georges-François-Leclerc
(Dijon), Centre Oscar-Lambret (Lille), Centre Léon-Bérard
(Lyon), Institut Paoli-Calmettes (Marseille), Centre Val-d'Aurelle (Montpellier),
Centre Alexis-Vautrin (Nancy), Centre René-Gauducheau (Saint-Herblain),
Centre Antoine-Lacassagne (Nice), Institut Curie (Paris), Institut Jean-Godinot
(Reims), Centre Eugène-Marquis (Rennes), Centre Henri-Becquerel
(Rouen), Centre René-Huguenin (Saint-Cloud), Centre Paul-Strauss
(Strasbourg), Centre Claudius-Régaud (Toulouse), Institut Gustave-Roussy
(Villejuif).
REFERENCES
1. Aitasalo K, Virolainen E, Happonen RP. Immediate reconstruction
of mandibular defects with revascularized iliac bone grafts after radical
surgery for osteosarcoma. Proc Finn Dent Soc 1990 ; 86 : 149-55.
2. Al-Joburi W, Clark C, Fisher R. A comparison of the effectiveness
of two systems for the prevention of radiation caries. Clin Prev Dent
1991 ; 13 : 15-9.
3. Allard WF, El-Akkad S, Chatmas JC. Obtaining pre-radiation
therapy dental clearance. J Am Dent Assoc 1993 ; 124 : 88-91.
4. Anderson JD. Implants in the treatment of the maxillofacial
patient. Int J Prosthodont 1990 ; 3 : 20-9.
5. Arcuri MR, Schneider RL. The physiological effects of radiotherapy
on oral tissue. J Prosthodont 1992 ; 1 : 37-41.
6. Atkinson JC, Fox PC. Salivary gland dysfunction. Clin Geriatr
Med 1992 ; 8 : 499-511.
7. Atkinson JC, Wu AJ. Salivary gland dysfunction : causes, symptoms,
treatment. J Am Dent Assoc 1994 ; 125 : 409-16.
8. Bedrune B, Zanaret M, Chossegros C, Cheynet F, Blanc JL, Lachard
J. Mandibular reconstruction using a metallo-acrylic implant prosthesis
in oncology. Apropos of 40 cases. Rev Stomatol Chir Maxillofac
1994 ; 95 : 233-40.
9. Benoist M, Prélat J, eds. Réhabilitation
et prothèses maxillo-faciales. Paris : 1978.
10. Bensadoun RJ, Blanc-Vincent MP, Chauvel P, Dassonville O,
Demard F. Standards, options et recommandations pour les patients atteints
de tumeurs malignes des glandes salivaires (lymphomes inclus). In :
Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer,
ed. Recommandations pour la pratique clinique en cancérologie
[cédérom]. Paris : FNCLCC, John Libbey Eurotext, 1998.
11. Bernard JP, Lombardi T, Samson J. Use of a fibrin sealant
for dental extractions in irradiated jaws. In : Schlag G, Bösch
P, Matras H, eds. Fibrin sealing in surgical and nonsurgical fields.
Berlin : Springer-Verlag, 1996 ; 172-5.
12. Bertoin P, Dutou L, Lacroze M, Bailly C. Dystrophy and necrosis
following radiotherapy for maxillary cancer (author's transl). Rev
Stomatol Chir Maxillofac 1979 ; 80 : 166-9.
13. Bertoin P, Baudet-Pommel M, Zattara H, Gourmet R. Les
lésions précancéreuses et cancéreuses de la
muqueuse buccale. Paris : Masson, 1995.
14. Beumer J, Harrison R, Sanders B, Kurrasch M. Postradiation
dental extractions : a review of the literature and a report of 72 episodes.
Head Neck Surg 1983 ; 6 : 581-6.
15. Beumer J, Harrison R, Sanders B, Kurrasch M. Osteoradionecrosis
: predisposing factors and outcomes of therapy. Head Neck Surg
1984 ; 6 : 819-27.
16. Beumer J, Roumanas E, Nishimura R. Advances in osseointegrated
implants for dental and facial rehabilitation following major head and
neck surgery. Semin Surg Oncol 1995 ; 11 : 200-7.
17. Bey P, Gaboriaud G, Peiffert D, Aletti P, Cosset JM. Standards,
options and recommendations for the practice of external radiotherapy
and brachytherapy in oncology. National Federation of Centers for the
fight against Cancer. Bull Cancer 1995 ; 82 : 811-22.
18. Bissell TA, Doppalapudi VA. Oral medicine. Curr Opin Periodontol
1994 : 54-63.
19. Blaha PJ, Reeve CM. Periodontal treatment for patients with
cancer. Curr Opin Periodontol 1994 : 64-70.
20. Borowski B. Les soins bucco-dentaires du malade cancéreux.
Paris : Masson, 1985.
21. Borowski B, Margainaud JP. Orodental care before and after
radiotherapy affecting the oral cavity. Rev Odontostomatol 1990
; 19 : 151-5.
22. Breton P, Seguin P. Ostéoradionécroses. Encycl
Méd Chir, Stomatologie-odontologie 1996 ; 1 : 22-062 D20.
23. Brugere J, Gehanno P, Schwaab G, Szpirglas H. La mandibule
en cancérologie. XXVIIe congrès de la Société
française de carcinologie cervico-faciale. Actualités
de carcinologie cervico-faciale, n° 21. Paris : Masson. 1995.
24. Brugère J, Brunin F, Farsi F, Gourmet R, Jaulerry
C, Peiffert D, et al. Standards, options et recommandations pour
la prise en charge des patients atteints de carcinomes épidermoïdes
de la cavité buccale. In : Fédération nationale
des centres de lutte contre le cancer, ed. Recommandations pour la
pratique clinique en cancérologie [cédérom].
Paris : FNCLCC, John Libbey Eurotext, 1998.
25. Burke FJ, Frame JW. The effect of irradiation on developing
teeth. Oral Surg Oral Med Oral Pathol 1979 ; 47 : 11-3.
26. Cacchillo D, Barker GJ, Barker BF. Late effects of head and
neck radiation therapy and patient/dentist compliance with recommended
dental care. Spec Care Dentist 1993 ; 13 : 159-62.
27. Carl W, Wood R. Effects of radiation on the developing dentition
and supporting bone. J Am Dent Assoc 1980 ; 101 : 646-8.
28. Carl W, Emrich LS. Management of oral mucositis during local
radiation and systemic chemotherapy : a study of 98 patients. J Prosthet
Dent 1991 ; 66 : 361-9.
29. Carl W. Local radiation and systemic chemotherapy : preventing
and managing the oral complications. J Am Dent Assoc 1993 ; 124
: 119-23.
30. Carl W. Oral complications of local and systemic cancer treatment.
Curr Opin Oncol 1995 ; 7 : 320-4.
31. Chaushu G, Itzkovitz-Chaushu S, Yefenof E, Slavin S, Or R,
Garfunkel AA. A longitudinal follow-up of salivary secretion in bone marrow
transplant patients. Oral Surg Oral Med Oral Pathol Oral Radiol Endod
1995 ; 79 : 164-9.
32. Cheatham BD, Henry RJ. A dental complication involving Pseudomonas
during chemotherapy for acute lymphoblastic leukemia. J Clin Pediatr
Dent 1994 ; 18 : 215-7.
33. Chen HD, Lin FJ, Leung W. Effect of topical fluoridation
on post-radiation caries in patients with head and neck cancer. Chang
Keng I Hsueh 1990 ; 13 : 221-5.
34. Cianfriglia F, Manieri A, Fioravanti L. Prosthetic rehabilitation
in patients with malignant tumors of the soft palate. A clinical case
report. Minerva Stomatol 1992 ; 41 : 159-64.
35. Collangettes-Peyrat D, Perol-Rochon J, Renoir JM, Glenat
C, Legros M. Amélioration de l'état parodontal lors de greffe
de moelle : étude préliminaire sur 10 cas. Actual Odontostomatol
1993 ; 184 : 597-603.
36. Collangettes-Peyrat D. Physiopathologie des mucites et leur
traitement. Convergences 1998 ; 1 : 5-7.
37. Cooper JS, Fu K, Marks J, Silverman S. Late effects of radiation
therapy in the head and neck region. Int J Radiat Oncol Biol Phys
1995 ; 31 : 1141-64.
38. Costantino PD, Friedman CD, Steinberg MJ. Irradiated bone
and its management. Otolaryngol Clin North Am 1995 ; 28 : 1021-38.
39. Coustal B, Michelet V, Pinsolle J, Siberchicot F, Caix P,
Michelet FX. Results of the use of titanium mandibular reconstruction
plates. Rev Stomatol Chir Maxillofac 1994 ; 95 : 274-7.
40. DaBreo EL, Chalian VA, Lingeman R, Reisbick MH. Prosthetic
and surgical management of osteogenic sarcoma of the maxilla. J Prosthet
Dent 1990 ; 63 : 316-20.
41. Dahllof G, Rozell B, Forsberg CM, Borgstrom B. Histologic
changes in dental morphology induced by high dose chemotherapy and total
body irradiation. Oral Surg Oral Med Oral Pathol 1994 ; 77 : 56-60.
42. Dahllof G, Krekmanova L, Kopp S, Borgstrom B, Forsberg CM,
Ringden O. Craniomandibular dysfunction in children treated with total-body
irradiation and bone marrow transplantation. Acta Odontol Scand
1994 ; 52 : 99-105.
43. Daly TE, Drane JB, Mac Comb WS. Management of problems of
the teeth and jaw in patients undergoing irradiation. Am J Surg
1972 ; 124 : 539-42.
44. Daly TE. Dental care in irradiated patient. Fletcher GH,
ed. Textbook of radiotherapy. 2e ed. Philadelphie :
Lea & Febiger, 1975.
45. Dambrain R. The pathogenesis of osteoradionecrosis. Rev
Stomatol Chir Maxillofac 1993 ; 94 : 140-7.
46. Declerck D, Vinckier F, Matterne N, Van Limbergen E. Dental
care in patients undergoing radiotherapy of the head and neck. Rev
Belge Med Dent 1995 ; 50 : 47-67.
47. Dens F, Boute P, Otten J, Vinckier F, Declerck D. Dental
caries, gingival health, and oral hygiene of long term survivors of paediatric
malignant diseases. Arch Dis Child 1995 ; 72 : 129-32.
48. Dens F, Boute P, Vinckier F, Declerck D. Quantitative determination
of immunologic components of salivary gland secretion in long-term, event-free
pediatric oncology patients. Oral Surg Oral Med Oral Pathol Oral Radiol
Endod 1995 ; 79 : 701-4.
49. Dens F, Boogaerts M, Boute P, Declerck D, Demuynck H, Vinckier
F, et al. Caries-related salivary microorganisms and salivary flow
rate in bone marrow recipients. Oral Surg Oral Med Oral Pathol Oral
Radiol Endod 1996 ; 81 : 38-43.
50. Deshayes MJ. Croissance cranio-faciale et orthodontie.
Apports de la biodynamique crânienne. Paris : Masson, 1986.
51. Didier M, Laccoureye O, Brasnu D, Vignon M. New surgical
obturator prosthesis for hemimaxillectomy patients. J Prosthet Dent
1993 ; 69 : 520-3.
52. Dreizen S, McCredie KB, Keating MJ, Andersson BS. Nutritional
deficiencies in patients receiving cancer chemotherapy. Postgrad Med
1990 ; 87 : 163-7, 170.
53. Dreizen S. Oral complications of cancer therapies. Description
and incidence of oral complications. NCI Monogr 1990 ; 11-5.
54. Dumont-Massardier A, Cros P, Chalaye T, Freidel M. Immediate
palatal obturator prosthesis after oncologic surgery. Rev Stomatol
Chir Maxillofac 1992 ; 93 : 180-1.
55. Epstein JB, Scully C. The role of saliva in oral health and
the causes and effects of xerostomia. J Can Dent Assoc 1992 ;
58 : 217-21.
56. Epstein JB, Stevenson-Moore P, Scully C. Management of xerostomia.
J Can Dent Assoc 1992 ; 58 : 140-3.
57. Epstein JB, Burchell JL, Emerton S, Le ND, Silverman S. A
clinical trial of bethanechol in patients with xerostomia after radiation
therapy. A pilot study. Oral Surg Oral Med Oral Pathol 1994 ; 77
: 610-4.
58. Eschwege F, Lusinchi A, Wibault P. Radiothérapie en
ORL. Encycl Méd Chir (Paris), Oto-rhino-laryngologie 1990
; 20901 G10.
59. Fabbro M. Les mucites chimio- ou radio-induites. Convergences
1998 ; 1 : 8-10.
60. Fayle SA, Curzon ME. Oral complications in pediatric oncology
patients. Pediatr Dent 1991 ; 13 : 289-95.
61. Ferguson MM. Pilocarpine and other cholinergic drugs in the
management of salivary gland dysfunction. Oral Surg Oral Med Oral Pathol
1993 ; 75 : 186-91.
62. Fervers B, Bonichon F, Demard F, Heron JF, Mathoulin S, Philip
T, et al. Methodology of the development of diagnostic and therapeutic
standards, options and recommendations in oncology. Bull Cancer
1995 ; 82 : 761-7.
63. Freitag V, Hell B, Fischer H. Experience with AO reconstruction
plates after partial mandibular resection involving its continuity. J
Craniomaxillofac Surg 1991 ; 19 : 191-8.
64. Friedman RB. Osteoradionecrosis : causes and prevention.
NCI Monogr 1990 ; 145-9.
65. Galler C, Epstein JB, Guze KA, Buckles D, Stevenson-Moore
P. The development of osteoradionecrosis from sites of periodontal disease
activity : report of 3 cases. J Periodontol 1992 ; 63 : 310-6.
66. Gourmet R. Conduites à tenir : l'odontologie et la
chirurgie des cancers buccaux. In : Bertoin P, Baudet-Pommel M,
Zattara H, Gourmet R, eds. Les lésions précancéreuses
et cancéreuses de la muqueuse buccale. Paris : Masson, 1995
; 43-66.
67. Greenberg MS. Prechemotherapy dental treatment to prevent
bacteremia. NCI Monogr 1990 ; 49-50.
68. Haie-Meder C, Marsiglia H, Mamelle G, Wibault P, Lartigau
E, Gerbaulet A. ORL brachytherapy. Brachytherapy of epidermoid carcinoma
of the oral cavity. Bull Cancer Radiother 1995 ; 82 : 186-90.
69. Harrison JW. Dental implants to rehabilitate a patient with
an unrepaired complete cleft of the hard and soft palate : a clinical
report. Cleft Palate Craniofac J 1992 ; 29 : 485-8.
70. Hasanreisoglu U, Uctasli S, Gurbuz A. Mandibular guidance
prostheses following resection procedures : three case reports. Eur
J Prosthodont Restor Dent 1992 ; 1 : 69-72.
71. Henrich GM, Grotz K, Diwo T, Wagner W. Surgical tooth reconstruction
in conjunction with irradiation of malignant tumors. Fortschr Kiefer
Gesichtschir 1995 ; 40 : 166-9.
72. Holmes S. The oral complications of specific anticancer therapy.
Int J Nurs Stud 1991 ; 28 : 343-60.
73. Holt GR. Osseointegrated implants in oro-dental and facial
prosthetic rehabilitation. Otolaryngol Clin North Am 1994 ; 27
: 1001-14.
74. Horiot JC, Schraub S. Systematic preservation of teeth and
prophylaxis of dental decay on irradiated patients. J Radiol Electrol
Med Nucl 1975 ; 56 : 769-72.
75. Horiot JC, Malka G, Schraub S, Le Dorze C, Ramadier J, Martin
P, et al. Prevention of caries and osteonecrosis through daily
local fluoridation in radiotherapy patients. Rev Stomatol Chir Maxillofac
1977 ; 78 : 385-96.
76. Horiot JC, Wambersie A. Prevention of caries and of osteoradionecrosis
in patients irradiated in oncology. Rev Belge Med Dent 1991 ; 46
: 72-86.
77. Jacob RF, King G. Indirect retainers in soft palate obturator
design. J Prosthet Dent 1990 ; 63 : 311-5.
78. Jansma J, Vissink A, Spijkervet FK, Roodenburg JL, Panders
AK, Vermey A, et al. Protocol for the prevention and treatment
of oral sequelae resulting from head and neck radiation therapy. Cancer
1992 ; 70 : 2171-80.
79. Jansma J, Vissink A, Jongebloed WL, Retief DH, Johannes.
Natural and induced radiation caries : A SEM study. Am J Dent 1993
; 6 : 130-6.
80. Joyston-Bechal S, Kidd EA. New formulation for « Luborant
» saliva substitute. Br Dent J 1991 ; 170 : 174-6.
81. Joyston-Bechal S. Prevention of dental diseases following
radiotherapy and chemotherapy [published erratum appears in Int Dent
J 1992 ; 42 : 122]. Int Dent J 1992 ; 42 : 47-53.
82. Joyston-Bechal S. Management of oral complications following
radiotherapy. Dent Update 1992 ; 19 : 232-8.
83. Joyston-Bechal S, Hayes K, Davenport ES, Hardie JM. Caries
incidence, mutans streptococci and lactobacilli in irradiated patients
during a 12-month preventive programme using chlorhexidine and fluoride.
Caries Res 1992 ; 26 : 384-90.
84. Karr RA, Kramer DC. You can treat the chemotherapy patient.
Tex Dent J 1992 ; 109 : 15-20.
85. Keene HJ, Fleming TJ, Toth BB. Cariogenic microflora in patients
with Hodgkin's disease before and after mantle field radiotherapy. Oral
Surg Oral Med Oral Pathol 1994 ; 78 : 577-82.
86. Komisar A. The functional result of mandibular reconstruction.
Laryngoscope 1990 ; 100 : 364-74.
87. Kudo K, Shoji M, Yokota M, Fujioka Y. Evaluation of mandibular
reconstruction techniques following resection of malignant tumors in the
oral region. J Oral Maxillofac Surg 1992 ; 50 : 14-21.
88. Kumar HS, Bihani V, Kumar V, Chaudhary RK, Kumar L, Punia
DP. Osteoradionecrosis of mandible in patients treated with definitive
radiotherapy for carcinomas of oral cavity and oropharynx. A retrospective
study. Indian J Dent Res 1992 ; 3 : 47-50.
89. Laine PO, Lindqvist JC, Pyrhonen SO, Strand-Pettinen IM,
Teerenhovi LM, Meurman JH. Oral infection as a reason for febrile episodes
in lymphoma patients receiving cytostatic drugs. Eur J Cancer B Oral
Oncol 1992 ; 28B : 103-7.
90. Lemon JC, Martin JW, Chambers MS, Wesley PJ. Technique for
magnet replacement in silicone facial prostheses. J Prosthet Dent
1995 ; 73 : 166-8.
91. Li JH, Peh WC, Sham JS. Maxillary osteonecrosis after radiotherapy
for nasopharyngeal carcinoma. Clin Oncol (R Coll Radiol) 1994 ;
6 : 135-6.
92. Lizi EC. A case for a dental surgeon at regional radiotherapy
centres. Br Dent J 1992 ; 173 : 24-6.
93. Lockhart PB, Kutcher MJ. Oral considerations for the cancer
patient. N C Med J 1991 ; 52 : 549-56.
94. Lockhart PB, Clark J. Pretherapy dental status of patients
with malignant conditions of the head and neck. Oral Surg Oral Med
Oral Pathol 1994 ; 77 : 236-41.
95. Maire F, Louis JP, Findori C. Prophylaxie des caries postradiothérapiques.
Intérêt d'une pâte dentaire fluorée. Inform
Dent 1982 ; 64 : 237-45.
96. Maire F, Houzelot F. Prophylaxie des complications dentaires
dues à la radiothérapie. In : Ordre national des
chirurgiens-dentistes, ed. Les cancers buccaux. Paris : Ordre national
des chirurgiens-dentistes, 1993 ; 84-111.
97. Maire F, Kreher P, Houzelot F. Cancers : préparation,
réhabilitation, suivi. Le chirurgien-dentiste de France
1995 ; 775-776 : 25-9.
98. Maire F, Pernot M, Peiffert D, Abscheidt A. Lead protection
in the treatment of oral cavity carcinomas by brachytherapy. Proceedings
of International Congress on Maxillofacial Prosthetics, Palm Springs,
États-Unis, 1995.
99. Marsiglia H, Haie-Meder C, Mamelle G, Gerbaulet A. Résultats
de la curiethérapie. À propos de 206 cancers du plancher
buccal. Bull Canc Radiother 1992 ; 79-391.
100. Martin JW, Lemon JC, King GE. Maxillofacial restoration
after tumor ablation. Clin in Plast Surg 1994 ; 21 : 87-96.
101. Marunick MT, Leveque F. Osteoradionecrosis related to mastication
and parafunction. Oral Surg, Oral Med, Oral Pathol 1989 ; 68 :
582-5.
102. Marx RE. Osteoradionecrosis : a new concept of its pathophysiology.
J Oral Maxillofac Surg 1983 ; 41 : 283-8.
103. Marx RE, Johnson RP. Studies in the radiobiology of osteoradionecrosis
and their clinical significance. Oral Surg, Oral Med, Oral Pathol
1987 ; 64 : 379-90.
104. Marx RE. Clinical application of bone biology to mandibular
and maxillary reconstruction. Clin in Plast Surg 1994 ; 21 : 377-92.
105. Maxymiw WG, Rothney LM, Sutcliffe SB. Reduction in the incidence
of postradiation dental complications in cancer patients by continuous
quality improvement techniques. Can J Oncol 1994 ; 4 : 233-7.
106. Mazeron JJ, Marinello G, Pierquin B. Curiethérapie.
Encycl Méd Chir (Paris), Oto-rhino-laryngologie 1989 ; 20901
C10.
107. McComb H. Osseointegrated titanium implants for the attachment
of facial prostheses. Ann Plast Surg 1993 ; 31 : 225-32.
108. Mealey BL, Semba SE, Hallmon WW. The head and neck radiotherapy
patient : Part 2. Management of oral complications. Compendium
1994 ; 15 : 442, 444, 446-2, 444, 452.
109. Mealey BL, Semba SE, Hallmon WW. Dentistry and the cancer
patient : Part 1. Oral manifestations and complications of chemotherapy.
Compendium 1994 ; 15 : 1252, 1254, 1256.
110. Meyerowitz C, Featherstone JD, Billings RJ, Eisenberg AD,
Fu J, Shariati M, et al. Use of an intra-oral model to evaluate
0.05 % sodium fluoride mouthrinse in radiation-induced hyposalivation.
J Dent Res 1991 ; 70 : 894-8.
111. Misiek DJ. Oral and maxillofacial reconstruction. J Oral
Maxillofac Surg 1993 ; 51 (1 suppl. 1) : 56-61.
112. Murray CG, Herson J, Daly TE, Zimmerman S. Radiation necrosis
of the mandible : a 10 year study. Part II. Dental factors : onset, duration
and management of necrosis. Int J Radiat Oncol Biol Phys 1980 ;
6 : 549-53.
113. Nasman M, Forsberg CM, Dahllof G. Long-term dental development
in children after treatment for malignant disease. Eur J Orthod
1997 ; 19 : 151-9.
114. Nilles A, Stoll P. Caries prevention in radiotherapy of
the head-neck area. Laryngo-Rhino-Otologie 1992 ; 71 : 561-3.
115. Pajari U, Lanning M. Developmental defects of teeth in survivors
of childhood ALL are related to the therapy and age at diagnosis. Med
Pediat Oncol 1995 ; 24 : 310-4.
116. Papazian MR, Castillo MH, Campbell JH, Dalrymple D. Analysis
of reconstruction for anterior mandibular defects using AO plates. J
Oral Maxillofac Surg 1991 ; 49 : 1055-9.
117. Parsons JT. The effect of radiation on normal tissues of
the head and neck. In : Million R, Cassisi NJ, eds. Management
of head and neck cancer : a multidisciplinary approach. Philadelphie
: Lippincott, 1994.
118. Parulekar W, Mackenzie R, Bjarnason G, Jordan RC. Scoring
oral mucositis. Oral Oncol 1998 ; 34 : 63-71.
119. Patton DW, Ali A, Davies R, Fardy MJ. Oral rehabilitation
and quality of life following the treatment of oral cancer. Dent Update
1994 ; 21 : 231-4.
120. Peiffert D. Risk factors of late complications after interstitial
192Ir brachytherapy in cancers of the oral cavity. Cancer Radiother
1997 ; 1 : 283-91.
121. Pernot M, Malissard L, Hoffstetter S, Luporsi E, Peiffert
D, Aletti P, et al. The study of tumoral, radiobiological, and
general health factors that influence results and complications in a series
of 448 oral tongue carcinomas treated exclusively by irradiation. Int
J Radiat Oncol Biol Phys 1994 ; 29 : 673-9.
122. Perrier M, Moeller P. Osteoradionecrosis. A review of the
literature. Schweizer Monatsschrift fur Zahnmedizin 1994 ; 104
: 271-7.
123. Peterson DE, Minah GE, Reynolds MA, Weikel DS, Overholser
CD, DePaola, et al. Effect of granulocytopenia on oral microbial
relationships in patients with acute leukemia. Oral Surg Oral Med Oral
Pathol 1990 ; 70 : 720-3.
124. Peterson DE. Pretreatment strategies for infection prevention
in chemotherapy patients. NCI Monogr 1990 ; 9 : 61-71.
125. Peterson DE, D'Ambrosio JA. Diagnosis and management of
acute and chronic oral complications of nonsurgical cancer therapies.
Dent Clin North Am 1992 ; 36 : 945-66.
126. Peterson DE. Prevention of oral complications in cancer
patients. Prev Med 1994 ; 23 : 763-5.
127. Peterson DE, D'Ambrosio JA. Nonsurgical management of head
and neck cancer patients. Dent Clin North Am 1994 ; 38 : 425-45.
128. Pochanugool L, Manomaiudom W, Im-Erbsin T, Suwannuraks M,
Kraiphibul. Dental management in irradiated head and neck cancers. J
Med Assoc Thai 1994 ; 77 : 261-5.
129. Polyzois GL. Two part siloxane, acrylic obturators for edentulous
patients. Hell Period Stomat Gnathopathoprosopike Cheir 1990 ;
5 : 41-5.
130. Poyton HG. The effects of radiation on teeth. Oral Surg,
Oral Med, Oral Pathol 1968 ; 26 : 639-46.
131. Psaume-Vandebeek D, Benoist M. Principes et applications
de la kinésithérapie maxillo-faciale. Encycl Méd
Chir, Stomatologie 1990 ; 22014 T10.
132. Psaume-Vandebeek D. La kinésithérapie en pratique
maxillo-faciale. Actual Odontostomatol 1991 ; 174 : 171-90.
133. Razouk O, Sidibe CA, Dichamp J, Bertrand JC. An obturator
prosthesis in a patient with perfect dentition. Functional, esthetic approach.
Rev Stomatol Chir Maxillofac 1994 ; 95 : 195-6.
134. Reed JR. Head and neck radiation patients in a small town
: coordinating dental treatment with radiation therapy. Gen Dent
1991 ; 39 : 258-60.
135. Regelink G, Vissink A, Reintsema H, Nauta JM. Efficacy of
a synthetic polymer saliva substitute in reducing oral complaints of patients
suffering from irradiation-induced xerostomia. Quintessence Int
1998 ; 29 : 383-8.
136. Renaud-Salis JL, Blanc-Vincent MP, Brugère J, Demard
F, Faucher A, Gory-Delabaere G, et al. Standards, options et recommandations
pour le diagnostic, le traitement et la surveillance des cancers épidermoïdes
de l'oropharynx. Bull Cancer 1999 ; 57 : 550-72.
137. Rosenberg SW. Oral care of chemotherapy patients. Dent
Clin North Am 1990 ; 34 : 239-50.
138. Rosin-Grget K, Lincir I. Dentist's patient under antineoplastic
therapy. Acta Stomatologica Croatica 1990 ; 24 : 133-8.
139. Salagnac JM, Leguillou-Negrea A, Mechinaud F, Mercier J.
Impact of antimitotic chemotherapy on the dentition. Apropos of 71 cases.
Rev Stomatol Chir Maxillofac 1996 ; 97 : 229-40.
140. Sawyer DR, Wood NK. Oral cancer. Etiology, recognition,
and management. Dent Clin North Am 1992 ; 36 : 919-44.
141. Sela M, Gedalia I, Shah L, Skobe Z, Kashket S, Lewinstein
I. Enamel rehardening with cheese in irradiated patients. Am J Dent
1994 ; 7 : 134-6.
142. Semba SE, Mealey BL, Hallmon WW. Dentistry and the cancer
patient. Part 2. Oral health management of the chemotherapy patient. Compendium
1994 ; 15 : 1378, 1380-78, 1387.
143. Shimodaira K, Yoshida H, Mizukami M, Funakubo T. Obturator
prosthesis conforming to movement of the soft palate : a clinical report.
J Prosthet Dent 1994 ; 71 : 547-51.
144. Simon AR, Roberts MW. Management of oral complications associated
with cancer therapy in pediatric patients. ASDC J Dent Child 1991
; 58 : 384-9.
145. Singh N, Scully C, Joyston-Bechal S. Oral complications
of cancer therapies : prevention and management. Clin Oncol (R Coll
Radiol) 1996 ; 8 : 15-24.
146. Sonis AL, Tarbell N, Valachovic RW, Gelber R, Schwenn M,
Sallan S. Dentofacial development in long-term survivors of acute lymphoblastic
leukemia. A comparison of three treatment modalities. Cancer 1990
; 66 : 2645-52.
147. Sonis S, Clark J. Prevention and management of oral mucositis
induced by antineoplastic therapy. Oncology (Huntingt) 1991 ; 5
: 11-8.
148. Souchere B, Breton P, Freidel M. Ostéonécrose
bilatérale de la mandibule. In : Brugère J, ed. Actualités
de carcinologie cervico-faciale. Paris : Masson, 1995 : 138-40.
149. Southerland JH, Patton LL. Management of spontaneous osteoradionecrosis
: a case report. Spec Care Dentis 1993 ; 13 : 200-4.
150. Spak CJ, Johnson G, Ekstrand J. Caries incidence, salivary
flow rate and efficacy of fluoride gel treatment in irradiated patients.
Caries Res 1994 ; 28 : 388-93.
151. Squier CA. Oral complications of cancer therapies. Mucosal
alterations. NCI Monogr 1990 ; 9 : 169-72.
152. Strome M, Ward P, Johnson J, Goepfert H. Carcinoma of the
tonsil. Head Neck 1993 ; 15 : 465-8.
153. Sullivan BP, Oatis GW, Grisius RJ. Ostéoradionecrosis
: its prevention. Clin Prev Dent 1982 ; 4 : 8-12.
154. Thilmann C, Adamietz IA, Rahn R, Mose S, Saran F, Schopohl
B, et al. The in-vivo determination of dosage intensification
due to dental alloys in the therapeutic irradiation of the oral cavity.
Strahlenther Onkol 1995 ; 171 : 468-72.
155. Timosca GH, Gogalniceanu D, Streba P, Barna M, Popescu E.
Surgical prosthetic restoration after bilateral maxillectomy. Rev Med
Chir Soc Med Nat Iasi 1991 ; 95 : 21-4.
156. Toth BB, Martin JW, Fleming TJ. Oral complications associated
with cancer therapy. An M. D. Anderson Cancer Center experience. J
Clin Periodontol 1990 ; 17 : 508-15.
157. Vuillemin T, Raveh J, Sutter F. Mandibular reconstruction
with the titanium-hollow screw-reconstruction plate system (THORP). Schweiz
Monatsschr Zahnmed 1990 ; 100 : 701-8.
158. Wackens G. Post-therapeutic follow-up of oral spinocellular
epithelioma. Rev Belge Med Dent 1994 ; 49 : 102-12.
159. Wei SH, Yiu CK. Evaluation of the use of topical fluoride
gel. Caries Res 1993 ; 27 (suppl. 1) : 29-34.
160. Weyman J. The effect of irradiation on developing teeth.
Oral Surg Oral Med Oral Pathol 1968 ; 25 : 623-9.
161. Widmark G, Sagne S, Heikel P. Osteoradionecrosis of the
jaws. Int J Oral Maxillofac Surg 1989 ; 18 : 302-6.
162. Wiseman LR, Faulds D. Oral pilocarpine : a review of its
pharmacological properties and clinical potential in xerostomia. Drugs
1995 ; 49 : 143-55.
163. Yoshida H, Michi K, Ohsawa T. Prosthetic treatment for speech
disorders due to surgically acquired maxillary defects. J Oral Rehabil
1990 ; 17 : 565-71.
164. Yoshida H, Michi K, Yamashita Y, Ohno K. A comparison of
surgical and prosthetic treatment for speech disorders attributable to
surgically acquired soft palate defects. J Oral Maxillofac Surg
1993 ; 51 : 361-5.
165. Yusof ZW, Bakri MM. Severe progressive periodontal destruction
due to radiation tissue injury. J Periodontol 1993 ; 64 : 1253-8.
166. Zajdela Z. Prosthetic treatment of larger defects of the
jaw and face after destructive surgery. Zobozdrav Vestn 1990 ;
45 : 16-8.
|