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Seconde laparotomie négative dans les cancers de l’ovaire. Analyse de la survie et des facteurs pronostiques à partir de 64 cas traités à l’Institut Gustave-Roussy


Bulletin du Cancer. Volume 84, Numéro 2, 147-54, Février 1997, Articles originaux


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Patricia Pautier, Annie Rey, Guy Michel, Damiène Castaigne, France Rochard, Pierre Duvillard, Christine Haie-Meder, Patricia Curcio, Laurence Benedetti-Richard, Catherine Lhommé, Consultation de gynécologie médicale, Institut Gustave-Roussy, rue Camille-Desmoulins, 94800 Villejuif, France..

Résumé : Cette étude rétrospective concerne 64 patientes traitées au moins en partie à l’Institut Gustave-Roussy entre 1978 et 1988 pour un adénocarcinome de l’ovaire, et pour qui le résultat de la chirurgie de second regard (CSR) était négatif en fin de traitement initial. L’âge médian était de 51 ans (30-74). Selon la classification FIGO, il y avait 7 tumeurs de stade I (11 %), 3 de stade II (5 %), 39 de stade III (61 %), 3 de stade IV (5 %) et 12 (19 %) de stade indéterminable avec précision. Il s’agissait de tumeurs séreuses (53 %), endométrioïdes (14 %), indifférenciées (13 %), à cellules claires (8 %), mucineuses (3 %) ou mixtes (9 %), et 50 % des tumeurs étaient de grade 3. La chirurgie initiale a été radicale à l’étage pelvien chez 59 patientes et chez 25 patientes le reliquat tumoral était supérieur ou égal à 2 cm. Le traitement après CSR (n = 57) a consisté en une chimiothérapie (CT) chez 22 patientes (34 %), une radiothérapie (RT) chez 31 patientes (49 %), et une CT associée à une RT chez 4 patientes (6 %). Le suivi médian à partir de la date de la CSR est de 100 mois. La survie globale à 3 et 5 ans est de 86 et 81 %, et la survie sans récidive de 70 et 61 %. Parmi les 64 patientes, 26 ont rechuté (39 %), le délai médian avant la rechute étant de 96 mois. Il existe une différence significative de survie entre les patientes à reliquat tumoral nul ou inférieur à 2 cm et les autres patientes. Il n’a pas été retrouvé, dans les analyses univariate puis multivariate, de facteur ayant un impact significatif sur la survie globale autre que le résidu tumoral initial.

Mots-clés : adénocarcinome de l’ovaire, chirurgie de second regard négative, pronostic.

Illustrations

ARTICLE

Malgré les progrès des techniques chirurgicales et l'introduction des sels de platine, le cancer de l'ovaire reste une tumeur à mauvais pronostic. La survie globale à 5 ans est de 30 à 35 % tous stades confondus, et de 8 à 23 % pour les stades III et IV (Annual report on the results of treatment in gynecological cancer, 1991). Introduite pour les cancers coliques par Wangensteen et al. (1951) à la recherche d'une rechute asymptomatique curable chirurgicalement, la chirurgie de second regard (CSR) ou second look laparotomy a ensuite été proposée pour les cancers de l'ovaire par Rutledge (1989). Les buts étaient alors d'évaluer la réponse à la chimiothérapie chez des patientes ayant une maladie résiduelle après la chirurgie initiale, de réaliser ou de compléter une chirurgie d'exérèse en cas de maladie initialement inextirpable, et/ou d'arrêter le traitement lorsqu'il existait une rémission complète. Actuellement les indications de cette CSR sont controversées (Creasman, 1994 ; Ho et al., 1987 ; Miller et al., 1986 ; Neijt et al., 1986 ; Podratz et al., 1988 ; Vanlith et al., 1989). En effet, s'il est montré que les constatations faites lors de la CSR ont une valeur pronostique (Bruzzone et al., 1990 ; IFGOCC, 1986 ; Lippman et al., 1988 ; Podratz et Cliby, 1994 ; Varette et al., 1989), il semble également établi que les gestes réalisés lors de la CSR n'ont aucun impact majeur sur la survie (Luesley et al., 1988). C'est cependant encore actuellement le seul moyen d'obtenir la confirmation ou non d'une rémission complète histologique après traitement (CSR dite « négative »). Malheureusement une rémission complète histologique n'est pas synonyme de guérison puisque les taux de survie sans récidive à 5 ans n'excèdent pas 40 à 50 % dans la littérature
(Bertelsen et al., 1988 ; Cain et al., 1986 ; Chambers et al., 1988 ; Dauplat et al., 1986 ; Gershenson et al., 1985 ; Ho et al., 1987 ; Lippman et al., 1988 ; Podczaski et al., 1990 ; Podratz et Cliby, 1994 ; Rubin et Lewis, 1988). Reconnaître des sous-groupes pronostiques identifiables dans cette population de malades pourrait permettre de mieux adapter les stratégies thérapeutiques après CSR négative. Nous rapportons donc l'expérience de l'Institut Gustave-Roussy (IGR) dans le cadre d'une étude rétrospective regroupant 64 patientes ayant eu à la fin du traitement initial pour adénocarcinome de l'ovaire une CSR négative.

Résultats

Survie

La date d'évaluation de l'étude est le 1er décembre 1995. Sont considérées comme perdues de vue les patientes dont les dernières nouvelles remontent à plus de 2 ans. Le suivi médian est de 100 mois (6-158 mois) pour les patientes encore en vie. La figure 1 résume le devenir de toutes les patientes. Six patientes ont été perdues de vue : 3 étaient en rémission complète de leur maladie (22, 45, 102 mois après la CSR) et 3 avaient une maladie évolutive.

Vingt-six patientes ont rechuté dans un délai médian de 96 mois. Quatorze patientes ont présenté une récidive locale (délai moyen d'apparition 25 mois (6-67 mois)), 5 une ou plusieurs métastases (délai moyen 28 mois (8-49 mois)), et 7 autres une récidive locale et des métastases. Les localisations métastatiques étaient hépatiques (n = 5), cérébrale (n = 1), pleurale (n = 1), pleurale et hépatique (n = 1), sus-claviculaire et thoracique (n = 1), osseuse (n = 1), colique (n = 1), ganglionnaire (n = 1). Les rechutes en fonction des stades sont indiquées dans le tableau I.

Les courbes de survie globale et de survie sans rechute sont représentées sur la figure 2 et la figure 3. Les taux de survie globale à 3 et 5 ans sont respectivement de 86 % et 81 %, et les taux de survie sans rechute de 70 et 61 %. La médiane de survie n'est pas encore atteinte à 140 mois.

Au moment de l'analyse, 22 patientes sont décédées dont 19 de la maladie, les 3 autres sans signe de récidive de la maladie : une de ces 3 patientes, ayant une maladie de Crohn associée, a présenté une anémie réfractaire avec excès de blastes (AREB) secondaire (monosomie 7 et délétion du chromosome 5) 7 ans après l'arrêt du traitement associant chirurgie et 10 cures de cyclophosphamide cisplatine et adriamycine ; elle est décédée d'un syndrome de détresse respiratoire aiguë d'origine indéterminée (9 ans après la CSR) ; la deuxième patiente a développé une leucémie lymphoïde chronique (LLC) 4 ans après la fin du traitement et est décédée 55 mois après la CSR ; enfin la troisième patiente qui avait reçu une irradiation abdominale après CSR est décédée des suites d'un infarctus mésentérique 9 ans après la CSR.

Trente-six patientes sont vivantes, 4 avec une maladie évolutive en cours de traitement, 32 en rémission complète dont 29 en première rémission complète (RC1) et 3 patientes à nouveau mises en rémission complète (RC2) après traitement de la rechute de la maladie (à 27, 38 et 54 mois de la rechute). Une rechute a été pelvienne et cérébrale (lésion frontale unique). Le traitement a consisté en une chirurgie d'exérèse cérébrale suivie d'une radiothérapie cérébrale, et d'une chimiothérapie associant cyclophosphamide-cisplatine, puis intensification par melphalan suivie d'une autogreffe de moelle osseuse. La patiente est en rémission complète 46 mois après la fin du traitement de la rechute.

Étude des facteurs pronostiques

Les résultats de l'étude statistique unifactorielle sont indiqués dans le tableau II. Seule l'importance du reliquat tumoral après la chirurgie initiale ressort comme facteur pronostique ayant un impact sur la survie globale. Ni le stade tumoral, ni le grade, ni le type histologique, ni l'âge de la patiente, ni la composition de la chimiothérapie première (médicaments, nombre de cures), ni la dose-intensité en sels de platine, ni la technique de la CSR ou les modalités du traitement après celle-ci n'influent sur la survie. L'étude multifactorielle a pris en compte les différents facteurs pronostiques décrits dans la littérature et ceux pour lesquels le seuil de signification était inférieur à 10 % dans notre étude unifactorielle, à savoir : le reliquat tumoral après chirurgie initiale, le stade de la maladie, le grade histologique, le type histologique, l'âge de la patiente et le nombre de cycles de chimiothérapie effectués. Seul le reliquat tumoral après la chirurgie initiale est statistiquement pronostique pour la survie (figures 4 et 5).

Discussion

L'adénocarcinome de l'ovaire reste un cancer à mauvais pronostic malgré les progrès thérapeutiques réalisés depuis 20 ans (introduction des sels de platine, évolution des techniques chirurgicales et de la réanimation) (Lhommé, 1990). Le diagnostic est fait dans la majorité des cas à un stade avancé alors qu'existe une masse tumorale volumineuse mais le plus souvent localisée dans la cavité abdominale. On sait qu'à la fin du traitement, le pronostic est particulièrement péjoratif pour les patientes ayant une tumeur cliniquement ou radiologiquement décelable et que par ailleurs seule une partie des réponses complètes cliniques sont réellement des réponses complètes histologiques (Bertelsen et al., 1988 ; Bruzzone et al., 1990 ; Cain et al., 1986 ; Creasman, 1994 ; Lippman et al., 1988 ; Podczaski et al., 1990). En effet, les méthodes d'évaluation non chirurgicales (examen clinique, scanner, échographie, marqueurs tumoraux) ne sont actuellement ni suffisamment sensibles, ni suffisamment spécifiques pour éliminer formellement une maladie résiduelle (Ayman et al., 1991 ; Berek et al., 1986 ; Lund et al., 1990 ; Potter et al., 1992 ; Solomon et al., 1983 ; Stern et al., 1981 ; Young et al., 1992) et la CSR demeure encore la méthode la plus fiable pour savoir s'il existe ou non une réponse histologique complète en fin de traitement. Ainsi, selon les études, 26 à 70 % des patientes jugées en rémission complète avec les méthodes non chirurgicales ont des lésions résiduelles lors de la CSR. Copeland (1985) trouve ainsi, lors de la CSR réalisée chez 246 patientes en rémission complète clinique, une atteinte macroscopique chez 111 patientes (45 %) et une absence de lésion macroscopique chez 135 patientes, mais parmi ces dernières 50 (20 %) avaient une cytologie ou une biopsie positive et seulement 85 (35 %) une chirurgie de second regard réellement négative. Ces chiffres varient d'une étude à l'autre. Cela peut s'expliquer par la variabilité selon les études des stades d'extension tumorale inclus (certaines publications ne concernant que les stades III et IV), des techniques de la CSR (cœlioscopie, laparoscopie, laparotomie) et de ses modalités (observation simple, nombre de biopsies, curage lombo-aortique), et par l'évolution des indications de la CSR : systématique ou réservée aux rémissions cliniques complètes, avec également une évolution dans ce dernier groupe en fonction des progrès des différentes techniques (scanner, Ca 125). Il est admis par tous les auteurs que si la réalisation ou non d'une CSR n'a pas d'impact sur la survie, le résultat est un facteur pronostique en soi, même si les études sont rétrospectives et portent sur de petits effectifs (Chambers et al., 1988 ; Dauplat et al., 1986 ; Lippman et al., 1988 ; Podczaski et al., 1990). Ainsi Creasman (1994) a regroupé les résultats de 16 articles analysant 1 207 CSR pour adénocarcinome de l'ovaire. Sont rapportés 30 % de rémissions complètes cliniques et histologiques, 16 % de maladies microscopiques et 54 % de maladies macroscopiques, avec des survies respectives de 71 %, 47 % et 18 %.

Il est important ici de souligner l'évolution dans la technique de la CSR. En effet, les modalités se sont modifiées au cours des années (Michel et al., 1989 ; Rubin et al., 1991) : à l'exploration simple avec uniquement prélèvement de tout élément anormal au début de notre étude se sont ajoutés ultérieurement le lavage péritonéal systématique, les biopsies péritonéales multiples et le complément de la chirurgie initiale lorsqu'elle était incomplète. Il en est de même dans toutes les séries rétrospectives de la littérature. Dans notre étude, 14 patientes n'ont eu qu'un lavage péritonéal lors de la CSR et 2 qu'une laparotomie exploratrice sans prélèvement. Il n'y a pas de différence significative entre les taux de survie de ces 16 patientes et ceux des patientes ayant eu des prélèvements histologiques lors de la CSR. Cependant ces 2 populations sont petites et non homogènes. Par ailleurs, seules 22 patientes ont eu un curage lombo-aortique lors de la CSR et une autre lors de la chirurgie initiale. Or on sait maintenant que le curage lombo-aortique permet dans un certain nombre de cas de mettre en évidence des cellules néoplasiques alors que le reste des prélèvements est négatif. Ainsi, environ 15 % des tumeurs de stade I ou II sont reclassées en stade IIIc après curage lombo-aortique initial (Michel et al., 1992). Il est donc probable qu'un certain nombre de patientes de cette étude avaient une tumeur initialement plus évoluée que cela n'est décrit, et par ailleurs que certaines CSR dites négatives étaient en fait positives (CSR microscopiques) ce que des biopsies systématiques, un lavage
péritonéal et un curage ganglionnaire auraient révélés. Or, la prise en charge ultérieure peut être différente, en particulier lorsque se discute une abstention thérapeutique qui ne peut être proposée à des patientes ayant une maladie résiduelle ; les taux de survie des malades ayant une maladie résiduelle, même microscopique, sont inférieurs à ceux observés en cas de CSR négative, avec un pronostic particulièrement péjoratif en cas d'atteinte lombo-aortique même microscopique. Actuellement, le curage lombo-aortique est réalisé à l'IGR lors de la chirurgie initiale, ou lors de la CSR s'il n'a pas été réalisé lors de l'intervention initiale et si le bilan est par ailleurs négatif.

Pour les malades ayant une tumeur au stade IV, le rôle de la CSR est discutable, l'exploration des sites métastatiques n'étant pas réalisée. Dans notre étude, 2 des 3 malades qui avaient initialement une tumeur de stade IV ont rechuté, dont une très précocement.

L'étude présentée ici est rétrospective avec toutes ses imperfections, notamment l'hétérogénéité des stades, des modalités thérapeutiques et l'ancienneté des schémas thérapeutiques. Cependant, pour toutes les malades, nous avons un recul d'au moins 4 ans. Comme le montre le tableau III, les taux de survie observés dans notre étude sont similaires à ceux décrits dans la littérature, avec, à 5 ans, des taux de survie globale et sans récidive respectivement de 81 et 61 %. L'absence de lésion histologique et/ou cytologique lors de la CSR n'est donc pas synonyme de guérison et 25 à 50 % des patientes rechutent. Il est donc intéressant de dégager des facteurs de risque de rechute en cas de CSR négative afin d'adapter au mieux la suite du schéma thérapeutique : prise en charge selon des modalités différentes des patientes ayant des risques importants de rechute (intensification, nouvelles drogues à résistance non croisée) et à l'opposé ne pas « surtraiter » les patientes potentiellement guéries par le traitement initial. Ainsi, dans notre étude, certaines patientes ayant au départ une tumeur diagnostiquée à un stade limité ont peut-être été « surtraitées » : 5 malades ayant 1 tumeur de stade I et 3 tumeurs de stade II ont reçu un traitement après la CSR. Ces 5 patientes sont en vie sans maladie à 5 ans, dont une malade en RC2 après traitement pour récidive locale.

Comme de nombreux auteurs, nous retrouvons comme facteur pronostique le reliquat tumoral après chirurgie initiale (inférieur ou supérieur ou égal à 2 cm). En revanche, nous ne retrouvons pas, comme certains (Ayhan et al., 1990 ; Berek et al., 1983 ; Copeland, 1985 ; Luesley et al., 1989 ; Rubin et Lewis, 1988), ni le grade histologique ni le stade d'extension tumorale. Il faut rappeler ici que le stade a été redéfini a posteriori et qu'il n'était pas déterminable pour 12 des 64 patientes ; il s'agissait le plus souvent de stades a priori limités, mais ni l'omentectomie ni le lavage péritonéal n'avaient été réalisés. Par ailleurs, comme nous l'avons déjà souligné, l'exploration ganglionnaire dans notre série, ainsi que dans celles de la littérature, n'est pas systématique et le nombre de stades IIIc est probablement sous-estimé. Il est donc important (et c'est ce qui est réalisé
depuis plusieurs années) de déterminer le stade exact de la maladie par une chirurgie codifiée et complète (quitte à réintervenir si nécessaire) de façon à adapter le traitement initial et celui réalisé éventuellement après la CSR. Podratz et Cliby (1994), à partir des données de 50 patientes ayant eu une CSR négative pour un carcinome de l'ovaire stade III ou IV séparent les malades en 2 groupes pronostiques : l'un constitué des patientes à haut risque de rechute
(plus de 67 ans, grade 3 et reliquat tumoral supérieur à 2 cm) et l'autre de toutes les autres patientes. La survie sans récidive à 3 et 5 ans est significativement différente dans les 2 groupes (47 contre 85 %).

En ce qui concerne l'histologie, la relecture de toutes les lames nous a permis de rectifier quelques diagnostics histologiques qui auraient pu modifier le pronostic global de la série. Ainsi un certain nombre de tumeurs étiquetées adénocarcinomes étaient en fait des tumeurs à la limite de la malignité, ces dernières étant mieux reconnues actuellement. Il est bien sûr indispensable que cette relecture soit faite lors de toute étude tendant à dégager des facteurs pronostiques.

Lors de la chimiothérapie initiale, le rôle des anthracyclines est encore actuellement discuté (A'Hern et Gore, 1995). Dans notre étude, aucune différence de survie n'a pu être mise en évidence en fonction de l'administration ou non d'adriamycine. De la même façon, nous ne retrouvons pas de différence significative en fonction de la dose-intensité de sels de platine administrée. Il s'agit d'une étude rétrospective et la population est trop petite et trop hétérogène pour remettre en cause le concept de dose-intensité ou le rôle des anthracyclines. Les taux de survie observés après chimiothérapie ou radiothérapie post-CSR ne permettent pas de tirer une conclusion sur le bénéfice de l'une ou l'autre modalité thérapeutique, mais il s'agit d'une étude non randomisée avec des populations différentes dans les 2 groupes.

Actuellement, la place de la CSR reste donc très discutée. Sa réalisation systématique est remise en cause, en particulier lorsque la chirurgie initiale a été complète (avec, entre autre, un curage lombo-aortique). Elle présente une certaine morbidité, aggravée par les antécédents chirurgicaux initiaux. Cependant, les techniques actuelles de chirurgie par voie cœlioscopique diminuent la morbidité. Pour la CSR, il s'agit d'une cœlioscopie après mise en place d'un trocart optique en ouvrant l'abdomen en sous-ombilical, sans pneumopéritoine préalable (open coelioscopy) de façon à éviter tout risque de plaie digestive en cas d'adhérences. Cette technique est utilisée à l'IGR de façon systématique lorsque aucun geste associé n'est envisagé (comme une fermeture de colostomie ou un curage lombo-aortique). La patiente est prévenue qu'une éventuelle laparotomie sera proposée si la cœlioscopie n'est pas réalisable (adhérences pariétales empêchant la mise en place du trocart ou adhérences grêles multiples empêchant une bonne visibilité). Quelle que soit la technique utilisée, la CSR comportera, en l'absence de maladie macroscopique, une exploration complète de l'intestin grêle et du côlon, le prélèvement de tout élément anormal, des biopsies multiples au niveau du péritoine du cul-de-sac de Douglas, du péritoine vésical, des gouttières pariéto-coliques, et de la coupole diaphramatique droite. Malgré la simplification des techniques, le problème de l'indication de la CSR reste entier. D'après notre expérience, elle peut se justifier si l'attitude thérapeutique peut être modifiée par les résultats de cette intervention et s'il existe, grâce à ces modifications thérapeutiques, une influence sur la survie globale des patientes. Sa réalisation dans le cadre d'essais thérapeutiques afin d'évaluer le taux de rémission complète histologique est aussi actuellement remise en cause, la réponse complète clinique, la survie globale et la survie sans récidive étant de bons marqueurs d'efficacité des traitements. Cependant, obtenir une CSR négative, en particulier lorsqu'il existait une maladie résiduelle après chirurgie initiale, est en faveur d'une maladie chimiosensible et donc potentiellement chimiocurable. C'est chez ces patientes que les études actuelles sont concentrées, en particulier lorsqu'il existe un risque important de rechute (CSR négative avec reliquat tumoral initial supérieur à 2 cm, tumeur de grade 3, par exemple). Sont ainsi en cours un essai multicentrique d'intensification thérapeutique suivie de l'injection de cellules souches périphériques chez les femmes jeunes présentant peu ou pas de maladie résiduelle lors de la CSR et un essai du European Organization for Research and Treatment of Cancer (EORTC) comparant la poursuite d'un traitement par voie péritonéale à une simple surveillance après CSR.


Matériel et méthodes

Dans cette étude rétrospective ont été analysés les dossiers de 64 patientes ayant eu une CSR négative entre 1978 et 1988. Toutes avaient été traitées au moins en partie à l'Institut Gustave-Roussy (IGR) pour un adénocarcinome de l'ovaire histologiquement prouvé. Les critères de la Fédération internationale de gynécologie obstétrique (FIGO) (IFGOCC, 1986) ont été utilisés rétrospectivement pour déterminer le stade de la maladie. Toutes les malades avaient, avant la CSR, des examens clinique et radiologique normaux. Un dosage du Ca 125 a été réalisé chez 52 % des patientes. Seules 4 patientes présentaient un dosage du marqueur légèrement au-dessus de la valeur limite du laboratoire (inférieure ou égale à 2 N). N'ont pas été incluses dans l'étude les patientes pour lesquelles nous n'avions pas de compte rendu opératoire détaillé (chirurgie initiale et de second regard), les lames pour relecture histologique et les modalités des traitements reçus. Une relecture des lames a été effectuée à l'IGR, et les tumeurs définies selon la classification histologique et de grade de l'OMS. N'ont pas été incluses les malades ayant une tumeur à la limite de la malignité, une tumeur non épithéliale, des localisations secondaires ovariennes d'autres tumeurs ou une double localisation tumorale primitive (ovaire-endomètre, ovaire-sein). La survie a été calculée à partir de la date de la CSR et établie par la méthode de Kaplan et Meier (1958). Les facteurs pronostiques ont été étudiés par une méthode unifactorielle en utilisant le test du log rank. Les variables atteignant le seuil de signification de 10 % ont été retenues pour une analyse multifactorielle utilisant le modèle de Cox, méthode pas à pas ascendant.

Caractéristiques des patientes

Les caractéristiques des patientes sont résumées dans le tableau IV. Pour 12 malades, le stade exact ne peut être déterminé, même de façon rétrospective (stades indéterminables), car la chirurgie initiale (hors IGR) a été incomplète (par exemple : tumeur en apparence limitée à 1 ou 2 ovaires, pour laquelle il n'a pas été effectué d'omentectomie). Il peut ainsi s'agir du stade I ou II (pas d'extension épiploïque) ou du stade IIIa (extension épiploïque microscopique méconnue). À cette période, les malades n'étaient pas réopérées de façon systématique pour déterminer le stade avec exactitude. Trois patientes avaient une maladie de stade IV initialement et ont eu une CSR. Il s'agissait, pour 2 d'entre elles, d'une atteinte pleurale, et pour la troisième d'une extension sus-claviculaire.

Traitement initial avant CSR

* Chirurgie première (tableau V). Le traitement initial a été chirurgical dans tous les cas. Cinquante-neuf patientes (92 %) ont eu initialement, en 1 ou 2 temps, une chirurgie pelvienne radicale. Aucun geste complémentaire n'a été réalisé chez les patientes ayant une tumeur de stade I, II, IV ou indéterminable. Parmi les patientes ayant une tumeur diagnostiquée au stade III, ont été effectués 2 curages pelviens (1 fois associé à un curage lombo-aortique), 3 résections d'une adénopathie (inguinale, iliaque ou précave), 7 résections digestives, 3 résections d'une masse péritonéale, l'exérèse d'une masse ombilicale postcœlioscopique, 2 colpectomies limitées et l'ablation d'un nodule vaginal. Il persistait après chirurgie(s) initiale(s) un reliquat tumoral chez 34 malades (52 %) (tableau IV), reliquat supérieur ou égal à 2 cm pour 25 malades (40 % des patientes).

* Chimiothérapie. Toutes les patientes ont reçu une polychimiothérapie après la chirurgie, dans 1 cas réalisée après radiothérapie. Les différents protocoles de chimiothérapie sont résumés dans le tableau VI. Seules 2 patientes ont reçu un protocole ne comportant pas de sel de platine. Pour 39 patientes, le protocole contenait une anthracycline. La toxicité globale a été acceptable. Aucun décès toxique immédiat n'est survenu.

Un calcul de dose-intensité pour les sels de platine a été effectué en prenant comme équivalence 100 mg/m2 de cisplatine pour 400 mg/m2 de carboplatine.

Chirurgie de second regard

Elle est réalisée en moyenne 4 semaines après la dernière cure de chimiothérapie. Pour 57 patientes (89 %), la CSR a été effectuée à l'IGR. Les modalités de cette CSR (tableau VII) se sont modifiées au cours des années. Pour 2 patientes, la laparotomie n'a comporté aucun prélèvement, 14 patientes n'ont eu qu'un lavage péritonéal, 1 patiente une cervicectomie, et 2 patientes une biopsie au niveau d'un élément suspect qui s'est révélé bénin à l'examen histologique.

Traitement reçu après CSR

Les traitements réalisés sont indiqués dans le tableau VIII en fonction du stade initial ou du reliquat tumoral initial. La radiothérapie a consisté en une irradiation abdomino-pelvienne à une dose comprise entre 20 et 25 Gy. La technique a comporté 2 champs antéropostérieurs sans cache hépatique ni rénal avec un fractionnement hebdomadaire de 5 séances de 1,6 Gy. Une patiente n'a reçu que 6 Gy (refus de poursuivre) ; 8 patientes ont reçu une surimpression pelvienne jusqu'à une dose de 45 Gy en raison d'un reliquat pelvien important après chirurgie initiale. Les complications immédiates du traitement ont été essentiellement digestives (65 %) (nausées, vomissements, diarrhée) et hématologiques. Aucune n'a nécessité l'arrêt définitif du traitement ; seules 2 patientes ont eu une interruption temporaire du schéma thérapeutique. Cinq patientes (15 %) ont développé un grêle radique à distance de la radiothérapie (dans un délai de 6 à 65 mois après le traitement), et 4 d'entre elles ont dû être opérées. La chimiothérapie (tableau IX) réalisée chez 26 patientes a comporté un sel de platine dans 54 % des cas ; il n'y a pas eu de chimiothérapie intrapéritonéale. Le nombre médian de cycles après CSR est de 4 (1-15 cycles). Le traitement a dû être interrompu précocement (avant 3 cures) chez 5 patientes : après 1 cure pour 2 malades (neuropathie grade 2 chez 1 patiente), après 2 cures pour les 3 autres patientes (toxicité hématologique de grade 3 pour la première, néphrologique grade 1 pour la deuxième, refus de poursuivre le traitement pour la dernière).

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