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Estimation de la prévalence des cancers colorectaux et du sein dans la région Rhône-Alpes


Bulletin du Cancer. Volume 84, Numéro 2, 162-8, Février 1997, Articles originaux


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Marc Colonna, François Ménégoz, Catherine Exbrayat, Marie-France Veran-Peyret, Thierry Philip, René Schaerer, Registre du cancer de l’Isère, 21, chemin des Sources, 38240 Meylan, France..

Résumé : La prévalence du cancer constitue un indicateur épidémiologique essentiel dans l’évaluation des besoins en matière d’équipements médicaux pour le traitement et la surveillance des patients atteints de tumeurs. Des données de prévalence sont régulièrement publiées par les registres scandinaves, anglais (Registre de la Tamise) et américain (Registre du Connecticut). En France, en revanche, les données de prévalence du cancer sont mal connues en raison de l’absence d’un suivi automatisé des cas de cancer. Des méthodes statistiques permettent cependant son estimation. Nous avons utilisé une méthode reposant sur la relation entre incidence, prévalence et mortalité pour estimer la prévalence du cancer du sein et du côlon et rectum dans la région Rhône-Alpes, à partir des données d’incidence du registre de population de l’Isère et des données de mortalité de la région. Plus de 25 000 femmes sont – ou ont été – porteuses d’un cancer du sein dans cette région en 1990. Pour le cancer colorectal, 5 700 femmes sont concernées. Un chiffre identique est retrouvé pour ce site chez les hommes (5 700 cas). Si on ne considère que les personnes dont le diagnostic a une ancienneté de 5 ans au plus, ces chiffres deviennent respectivement 11 300, 3 100 et 3 500. Ces estimations correspondent à un rapport prévalence/incidence de l’ordre de 8,9 pour le cancer du sein et de 5,8 pour le cancer du côlon et du rectum chez les femmes et de 4,8 pour ce site chez les hommes. En considérant un recul depuis le diagnostic de 5 ans au plus, ces chiffres deviennent 4 pour le cancer du sein, 3,1 pour le côlon et le rectum chez les femmes et 2,9 chez les hommes. Ces résultats sont semblables à ceux observés dans les registres mentionnés précédemment.

Mots-clés : prévalence, estimation, cancer du sein, cancer colorectal.

Illustrations

ARTICLE

La mesure de la fréquence d'une maladie peut faire appel à plusieurs indicateurs dont le choix dépend de l'objectif que l'on se fixe. En général, c'est l'incidence qui est utilisée pour les études étiologiques. En effet, cet indicateur est dans ce cas plus pertinent que la mortalité. Celle-ci fournit, en effet, une estimation biaisée de la fréquence du cancer, tous les patients ne décédant pas nécessairement de leur maladie. De plus, l'événement causal est moins éloigné dans le temps avec l'incidence qu'avec la mortalité et devient donc plus facile à analyser. La mortalité est en revanche pertinente pour l'évaluation, in fine, de l'effet des actions de prévention et de l'efficacité des thérapeutiques. Enfin, dans le cadre d'une politique d'évaluation des besoins en matière de traitement et de suivi (moyens médicaux), il est nécessaire de connaître le nombre de personnes porteuses de la maladie et consommatrices de soins ; pour une maladie telle que le cancer, de létalité élevée, une première approximation consiste à évaluer le nombre de personnes de la population qui ont eu la maladie et qui sont encore en vie. Cette sous-population inclut des cas considérés comme guéris et qui ont peu recours au système de soins. Elle constitue néanmoins un groupe de sujets dont il est utile de quantifier l'importance et qui peut être analysé plus finement site par site à partir d'informations sur les conditions de survie obtenues par des études ad hoc. Ainsi, dans cet article nous appellerons prévalence de la maladie, à une date et dans une population données, la proportion de personnes de cette population ayant eu cette maladie et survivantes à cette date. Cette prévalence, que nous appellerons prévalence totale, correspond à l'idée qu'une personne atteinte de cancer reste malade jusqu'à son décès, quelle qu'en soit la cause. Nous définirons également dans ce travail la prévalence réelle comme étant la proportion de personnes atteintes de cancer et nécessitant des soins. Concrètement, cette prévalence sera approchée par la prévalence partielle à x années ; elle correspond à la proportion des patients ayant eu un diagnostic de cancer dans les x années précédant la date d'estimation, la pertinence du choix de x étant fonction de la localisation.

La disponibilité des informations permettant l'évaluation de chacun de ces 3 indicateurs ­ incidence, mortalité et prévalence ­ dépend en grande partie de la maladie étudiée. Dans le cas d'une maladie chronique comme le cancer, l'incidence est mesurée à partir du recueil exhaustif des nouveaux cas de maladie réalisé par les registres du cancer dont le nombre dépasse les 150 à travers le monde (Parkin et al., 1992). L'énumération des patients (vivants) atteints ou ayant été atteints de cancer suppose, d'une part, une période d'enregistrement suffisamment longue pour avoir connaissance des cas dont le diagnostic est ancien, d'autre part, un suivi individuel exhaustif de ces cas afin de pouvoir notifier le décès ; ces conditions ne sont réunies que dans un nombre réduit de registres. Dans le cas contraire, la prévalence doit être estimée, la publication du nombre de cas prévalents en routine par les registres étant rare et se limitant essentiellement aux pays d'Europe du Nord. Les données de prévalence énumérée publiées à ce jour sont en effet celles des registres du cancer de Suède (Adami et al., 1989 ; Tulinius et al., 1992), d'Eindhoven (Pays-Bas) (Coebergh et Van der Heijden, 1991), du Danemark (Storm et al., 1992 ; Tulinius et al., 1992), de l'Islande (Tulinius et al., 1992), de la Norvège (Tulinius et al., 1992), de la Finlande (Tulinius et al., 1992) et de la Tamise (Angleterre) (Thames Cancer Registry, 1992). Aux États-Unis, une étude ponctuelle a permis de mesurer la prévalence du cancer en 1982 dans le Connecticut (Feldman et al., 1986). Une estimation de la prévalence partielle, prenant en compte un délai depuis le diagnostic de 10 ans au plus, a été réalisée au Canada pour certaines localisations du cancer (Hill et al., 1989). Une estimation de la prévalence totale a également été effectuée en Italie pour l'année 1985 (Zanetti et Crosignani, 1992).

La difficulté de connaître la prévalence énumérée a donné naissance à une réflexion sur la mise en œuvre de méthodes statistiques d'estimation de cet indicateur qui puisse s'affranchir du suivi individuel des cas incidents. Les travaux de Capocaccia et Verdecchia (Capocaccia, 1993 ; Verdecchia et Capocaccia, 1991), repris plus tard par Estève et al. (1993), ont permis de montrer la possibilité, sous certaines conditions, d'estimer la prévalence à partir de données d'incidence et de mortalité.

Dans cet article, nous nous proposons de mettre en œuvre cette méthode afin d'estimer la prévalence du cancer du côlon et du rectum (homme et femme) et du sein (femme) dans la région Rhône-Alpes (France). Le choix de ces localisations est justifié par le fait qu'il s'agit de localisations de niveau d'incidence élevée et de survie moyenne, voire bonne. Du point de vue statistique, les estimations obtenues sont stables. Du point de vue santé publique, la connaissance du nombre de cas prévalents de ces localisations présente un intérêt en raison du poids économique que représente leur prise en charge.

Résultats

Les estimations pour la région Rhône-Alpes

Le nombre de cas prévalents estimés et la proportion pour 100 000 personnes sont indiqués dans les tableau I (prévalence totale) et tableau II (prévalence partielle à 5 ans).

Les personnes atteintes ou ayant été atteintes d'un cancer du sein sont plus de 25 000 alors que celles atteintes du cancer du côlon et du rectum sont de 5 700 chez les femmes et chez les hommes. En proportion, cela signifie que 1,6 % des femmes entre 30 et 84 ans en vie sont ou ont été porteuses d'un cancer du sein. Cette proportion est inférieure à 0,4 % pour le cancer rectocolique, quel que soit le sexe. Ces fréquences relatives sont à moduler en fonction de l'âge. On remarque ainsi que, parmi les cas prévalents, la part des moins de 60 ans est de l'ordre de 15 % pour le cancer colorectal alors qu'elle dépasse les 40 % pour le cancer du sein. Cette répartition est conforme à la différence de distribution selon l'âge observée pour l'incidence de ces localisations (Parkin et al., 1992).

Les personnes atteintes d'un cancer dont le diagnostic remonte à moins de 10 ans représentent 69 % des cas de cancers du sein, 76 % des cancers colorectaux féminins prévalents et environ 80 % des cancers colorectaux masculins. Ainsi, plus de 17 000 femmes sont porteuses d'un cancer du sein diagnostiqué depuis moins de 10 ans, soit 1,1 % des femmes comprises entre 30 et 84 ans. Pour le cancer colorectal, cela correspond à environ 4 350 femmes et 4 560 hommes, soit à peu près 0,3 % des personnes entre 30 et 84 ans.

Enfin, les personnes atteintes d'un cancer du sein diagnostiqué depuis moins de 5 ans représentent plus de 11 000 femmes, soit moins de 50 % des cas prévalents de cette localisation et moins de 1 % des femmes entre 30 et 84 ans. En ce qui concerne le cancer colorectal, à peu près 3 100 femmes et 3 500 hommes ont fait l'objet d'un diagnostic depuis 5 ans ou moins, ce qui représente 55 % des cas prévalents de ce site pour les femmes et 62 % chez les hommes, soit environ 0,2 % de la population générale des 30-84 ans.

Comparaisons internationales

Dans le tableau III, nous présentons la prévalence estimée ou énumérée dans différents pays d'Europe. Les estimations correspondent à des prévalences totales alors que les prévalences énumérées correspondent à des prévalences partielles à 20 ans ou plus. Ces données sont extraites des monographies citées en référence (Storm et al., 1992 ; Tulinius et al., 1992 ; Zanetti et Crosignani, 1992), sauf pour Genève où la prévalence observée nous a été directement fournie par le Registre genevois des tumeurs. La prévalence et l'incidence sont des valeurs estimées en Italie et dans la région Rhône-Alpes. Dans tous les autres cas, il s'agit de quantités observées.

Les informations présentées dans le tableau III permettent la comparaison à partir de 3 indicateurs épidémiologiques. Le premier concerne le nombre de cas prévalents pour les âges 30-84 ans et aux différentes dates où cette information est disponible. Le deuxième est le taux d'incidence standardisé tronqué (30-84 ans) calculé sur la période 1983-1987 (Suède, Genève, Tamise) (Parkin et al., 1992), en 1985 (Italie) (Zanetti et Crosignani, 1992), en 1989 pour le Danemark (Storm et al., 1992) et en 1990 pour la région Rhône-Alpes, en prenant comme population standard la population mondiale (Parkin et al., 1992). Le troisième est le rapport prévalence/incidence calculé comme le rapport entre le nombre de cas prévalents et le nombre de cas incidents.

On constate que malgré une disparité des tailles des populations et de l'ancienneté du recul lorsque la prévalence est observée, et en dépit d'une relative disparité des niveaux d'incidence, le rapport prévalence/incidence pour les 3 localisations est à peu près constant pour l'ensemble des pays examinés.

Ainsi, le rapport prévalence/incidence moyen est d'environ 9 pour le cancer du sein (prévalence totale ou partielle à 20 ans au minimum). Ce rapport est beaucoup moins élevé pour le cancer colorectal du fait d'une moins bonne survie, environ 2 fois moins longue en moyenne (Berrino et al., 1995). On obtient un rapport moyen de l'ordre de 5,5 et de 4,6 respectivement pour les femmes et pour les hommes. Une même homogénéité globale est observée pour des délais depuis le diagnostic de 10 et 5 ans. Dans la région Rhône-Alpes, ces rapports sont estimés à 6,1 (sein), 4,4 (côlon-rectum, femme) et 3,8 (côlon-rectum, homme) pour un recul de 10 ans. Pour un recul de 5 ans, ces estimations s'élèvent respectivement à 4, 3,1 et 2,9.

Discussion

Importance des cas prévalents

Les 2 localisations retenues dans cet article représentent une part importante des cas prévalents de cancer, tous sites confondus et hors tumeurs de la peau non mélaniques. Globalement, dans les différents pays pris en compte précédemment et pour lesquels la prévalence est connue pour toutes les localisations, le cancer du sein et le cancer colorectal représentent respectivement entre 35 et 40 %, et entre 10 et 14 % des cas prévalents de cancer dans la population féminine. L'estimation des cas pour ces deux localisations permet donc de couvrir la moitié de la prévalence du cancer chez les femmes. Chez les hommes en revanche, la répartition des cas prévalents entre les différents sites est plus dispersée ; cette situation est liée notamment au fait que le cancer du poumon, qui est le plus fréquent des cancers incidents chez les hommes avec environ 20 % des cas hors tumeur de la peau non mélanique, représente moins de 10 % des cas prévalents. Cette situation est bien entendu liée à l'évolution péjorative à court terme de ce site. Les cas de cancers colorectaux correspondent à la localisation dont la prévalence est la plus élevée, entre 15 et 18 % des cas. Les autres sites de prévalence élevée sont la vessie et la prostate dont la part est à peu près identique, de l'ordre de 12 à 15 %. Pour la prostate, on peut d'ailleurs s'attendre à une forte augmentation de la prévalence du fait d'une augmentation récente du diagnostic de formes localisées et de bon pronostic (Ménégoz et al., 1995).

Complémentarité des différents délais

Les différents niveaux de prévalence que nous avons estimés fournissent une information complémentaire relative à l'évaluation en matière d'équipement de surveillance et de soins. En effet, il est possible d'envisager les différents reculs depuis le diagnostic comme autant d'informations intéressantes dans l'histoire de la maladie et de sa surveillance. Les différentes étapes de l'évolution de la maladie dépendent naturellement de la localisation envisagée.

La prévalence totale permet d'évaluer le nombre de personnes atteintes ou ayant été atteintes d'un cancer. Ces patients sont à ce titre soumis aux risques de récidive loco-régionale et de diffusion métastatique. On sait par ailleurs qu'ils sont également à risque de cancer plus important que les personnes n'ayant jamais été atteintes de cette affection. Des études spécifiques ont permis en particulier d'évaluer l'excès de risque de second cancer après cancer du sein (Adami et al., 1985 ; Brenner et al., 1993 ; Obradovic et al., 1988 ; Storm et Jensen, 1986). En raison des risques d'évolution du cancer et de deuxième tumeur, le groupe des personnes malades doit faire l'objet d'examens de surveillance réguliers. Pour les localisations prises en compte dans cet article, plus de 36 000 personnes sont concernées dans la région Rhône-Alpes. Cette surveillance concerne plus particulièrement les patients dont le diagnostic date de 10 ans au plus. Cette population est évaluée par la prévalence partielle à 10 ans et représente pour la région Rhône-Alpes plus de 26 000 patients ayant présenté un cancer du sein ou du côlon et du rectum. Enfin, la prévalence partielle à 5 ans permet de quantifier l'importance du sous-groupe de personnes en cours de traitement ou en phase initiale de leur surveillance post-thérapeutique. Ces patients sont soumis, d'une part, à des protocoles thérapeutiques lourds et, d'autre part, à des bilans complémentaires rapprochés. Ce groupe concerne près de 18 000 personnes dans la région Rhône-Alpes. Il est ainsi possible de quantifier le poids économique de sous-groupes ayant différents niveaux de recours au système de soins et de surveillance.

Le cas des personnes âgées

Dans nos estimations, nous n'avons pas pris en compte les personnes de plus de 80 ans. La qualité douteuse des indicateurs d'incidence et surtout de mortalité rend en effet l'approche retenue difficilement applicable pour ces tranches d'âge. Le vieillissement de la population associé aux progrès en matière de diagnostic et thérapeutique contribue cependant à rendre de plus en plus élevé le poids de ce groupe de personnes dans le domaine de la cancérologie. Il est donc nécessaire d'améliorer la qualité de l'information relative à l'incidence et à la mortalité. Il faut remarquer que les prévalences observées dans les différents pays que nous avons mentionnés conduisent à des disparités non négligeables, révélant ainsi la difficulté de bien cerner ce groupe particulier : par exemple, la proportion de femmes de 85 ans et plus atteintes d'un cancer du sein dans la population générale varie de 2,6 % au Danemark et 3,5 % en Suède (Tulinius et al., 1992) à 3,8 % à Genève et 4,8 % dans la population couverte par le Registre de la Tamise (Thames Cancer Registry, 1992).

Intérêt et limites de ces estimations

Les résultats des estimations de la prévalence que nous avons réalisées dans la région Rhône-Alpes constituent des ordres de grandeur permettant de fournir une première étape dans l'évaluation de l'importance d'une réalité à ce jour mal connue en France, contrairement à l'incidence et à la mortalité. La base géographique de telles estimations fait qu'il s'agit d'une « photographie » à une date donnée d'une certaine situation. Celle-ci peut évoluer du fait de progrès thérapeutiques et surtout diagnostiques. Le cancer de la prostate en est, comme on l'a mentionné ci-dessus, un bon exemple. La mise en place de campagnes de dépistage de masse peut également induire une modification de la prévalence, notamment par l'augmentation de l'incidence à court terme et par la baisse attendue de la mortalité à long terme. Ces possibles modifications de prévalence précisent les limites de l'utilisation du rapport prévalence/incidence comme méthode d'évaluation de la prévalence.

Il faut enfin ajouter que s'il est possible de distinguer, schématiquement, différentes étapes dans l'histoire de la maladie, justifiant ainsi l'intérêt des différentes estimations selon le recul, il est tout naturellement évident que ces résultats peuvent, et doivent, être affinés par un suivi chronologique détaillé des malades permettant ainsi de connaître de manière beaucoup plus précise les périodes pour lesquelles il y a réellement une demande de soins. Un tel travail s'inscrit alors comme la suite logique de ce que nous venons de présenter.

Matériel et méthodes

Matériel

Les données d'incidence du cancer utilisées sont celles du Registre du cancer du département de l'Isère (France) qui existe depuis 1979. Pour la période 1979-1993, 7 221 tumeurs du sein, 2 869 tumeurs rectocoliques chez les femmes et 3 247 chez les hommes ont été enregistrées, ce qui correspond à une incidence brute respectivement de 97, 38 et 45 pour 100 000 personnes et par an.

Les données de mortalité de la région Rhône-Alpes ont été obtenues auprès de l'INSERM. Le nombre de décès répertoriés sur la période 1979-1993 est de 13 055, 9 673 et 10 233 respectivement pour le cancer du sein chez les femmes, le cancer du côlon et du rectum chez les femmes et chez les hommes. Les taux bruts de mortalité correspondant sont de 33, 25 et 27 pour 100 000 personnes et par an.

Les données démographiques sont connues par département, âge et sexe pour les recensements de 1975, 1982 et 1990. La population de la région est de 5 350 000 personnes (recensement 1990). Les données intercensitaires sont obtenues par interpolation selon une méthode décrite par Benhamou et Laplanche (1991).

Méthodes

* Lien existant entre incidence, mortalité et prévalence. Il est possible de démontrer (Capocaccia, 1993 ; Estève et al., 1993 ; Verdecchia et Capocaccia, 1991) l'existence d'une liaison mathématique entre incidence, mortalité et prévalence. Cette liaison repose sur l'hypothèse que la majorité, et de préférence la totalité, de l'excès de mortalité des patients atteints de cancer est certifiée comme décès dû au cancer. Cette hypothèse consiste donc à assimiler la survie nette et la survie relative, ce qui revient à supposer l'identité des niveaux de décès pour autres causes que la maladie dans la population indemne et dans la population malade. Sous cette condition, la prévalence p(x,u) à l'âge x dans une « cohorte de naissance » née l'année u est fournie par (Estève et al., 1993) :

(1)

Ri(x,u) et Rd(x,u) correspondent respectivement au risque (probabilité) net de diagnostic de cancer entre l'âge 0 et l'âge x et au risque (probabilité) net de décéder de ce même cancer entre ces 2 mêmes âges, pour les personnes de la population nées l'année u. La prévalence p(x,u) correspond à la définition de la prévalence totale. Pour une année donnée t, la proportion de cas prévalents se déduit de (1) sachant que :

t = u + x

soit, pour l'âge x, la proportion :

p(x, t ­ x)

ce qui signifie que les données de prévalence transversales correspondent, pour les différents âges, à des cohortes de naissance distinctes.

On en déduit alors le nombre de cas prévalents :

d(x) = p(x, t ­ x) N(x, t)

N(x, t) correspond à la population d'âge x pour l'année t.

Les risques Ri(x,u) et Rd(x,u) utilisés dans la formule (1) sont estimés selon la démarche décrite ci-après.

* Méthode d'estimation des risques de cancer et de décès par cancer. Les risques Ri(x,u) et Rd(x,u) sont obtenus à partir des taux spécifiques d'incidence, respectivement de mortalité, selon les formules (Estève et al., 1993) :

li(y,u) et ld(y,u) correspondent respectivement aux taux spécifiques d'incidence et de mortalité de l'âge y pour les personnes appartenant à la cohorte née l'année u.

Si on souhaite s'affranchir de l'hypothèse simplificatrice de stationnarité, les taux spécifiques doivent être connus par cohorte de naissance. Afin de reconstituer « l'histoire » des différentes cohortes, il est alors nécessaire d'avoir recours à un modèle « âge-cohorte » de type log-linéaire polynomial (Coleman et al., 1993) décrivant l'évolution des taux d'incidence et de mortalité spécifiques de l'âge pour les différentes cohortes, soit :

ai(x) et ci(u) (respectivement ad(x) et cd(u)) correspondent à des polynômes fonction de l'âge (x) et de la cohorte (u).

Dans le cas de la mortalité, l'estimation des paramètres du modèle s'appuie sur les taux observés dans la région Rhône-Alpes. Pour l'incidence, ce sont les taux estimés selon la méthode mentionnée ci-dessous qui sont modélisés. Dans les 2 cas, la détermination des degrés des polynômes fonction de l'âge et de la cohorte se fait selon la procédure utilisée par Coleman et al. (1993).

* Estimation des taux d'incidence dans la région Rhône-Alpes. Dans la région Rhône-Alpes, seuls les taux d'incidence du département de l'Isère sont directement estimables à partir des observations du registre du cancer de ce département, alors que la mortalité est dénombrée dans tous les départements. La connaissance de l'incidence de la région Rhône-Alpes s'appuie donc sur un modèle dont le principe général consiste à appliquer à la mortalité Rhône-Alpes le rapport incidence ­ mortalité observé dans le département de l'Isère. Le principe de ce modèle, qui tient compte de la période et de l'âge, a été décrit par Parkin et al. (1993).

* Prévalence partielle. Une modification de la formule (1) permet l'estimation de la prévalence des patients ayant été diagnostiqués dans les z années précédentes, soit :

(2)

tz est, dans l'ensemble des décès par cancer ayant lieu entre les âges x ­ z et x, la proportion de ceux qui ont été diagnostiqués dans ce même intervalle. La méthode d'estimation de ce paramètre est décrite en annexe.

Nous avons choisi de compléter les estimations de la prévalence totale par les estimations de la prévalence partielle à 5 et 10 ans (z = 5 et 10), chacun de ces 2 reculs correspondant, schématiquement, à une période dans l'histoire de la maladie où respectivement les densités de soins et de surveillance sont importantes.

* Choix des tranches d'âge. Par ailleurs, seules les tranches d'âge comprises entre 30 et 84 ans ont été retenues pour nos estimations. Pour les personnes de moins de 30 ans, l'estimation est rendue difficile en raison des trop faibles effectifs, étant donné les localisations étudiées. Pour les plus de 85 ans, le problème est lié à un défaut de qualité des données d'incidence et surtout de mortalité (Parkin et al., 1992) .

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