ARTICLE Le
pronostic et le traitement des cancers de l'endomètre dépendent
de l'épaisseur de l'infiltration myométriale par la tumeur,
de l'existence d'une extension cervicale et de la présence de métastases
ganglionnaires. La Fédération internationale de gynécologie-obstétrique
(Figo) recommande depuis 1988 la réalisation d'une stadification
chirurgicale, car le staging clinique sous-évalue l'extension
tumorale dans 13 à 22 % des cas et n'évalue pas l'extension
ganglionnaire [1].
La probabilité qu'il existe une extension ganglionnaire ou extra-utérine
est corrélée à la profondeur de l'infiltration myométriale
[2]. La connaissance en préthérapeutique de cette infiltration
modifie les choix thérapeutiques. De plus, la mise en évidence
d'une extension cervicale modifie le type de chirurgie, voire nécessite
une radiothérapie première s'il existe une extension paramétriale.
Une méta-analyse récente comparant l'apport respectif
de l'échographie, de la tomodensitométrie et de l'IRM a
montré que cette dernière était l'examen à
réaliser en première intention dans cette indication [3].
L'objectif de notre travail est d'évaluer au plan pratique l'apport
de cet examen en termes d'impact sur la décision médicale.
Résultats
Le tableau I résume
les données cliniques et histologiques des patientes. Les séquences
en pondération T2 ont permis de visualiser la lésion dans
77 cas. Le signal des lésions est homogène dans 26 cas,
hétérogène dans 51 cas. Il est dans tous les cas
hyper-signal comparativement au myomètre, et hypo-signal par rapport
au signal de l'endomètre normal quand celui-ci est visible. Pour
9 patientes, les lésions n'étaient visibles qu'après
injection de gadolinium sous la forme d'une prise de contraste le plus
souvent hétérogène et inférieure en intensité
par rapport à la prise de contraste du myomètre. L'extension
cervicale macroscopique a été détectée dans
8 cas avec un faux positif. Dans notre série, cette extension envahissait
le stroma cervical chez 2 patientes (stade IIB) avec, pour l'une d'entre
elles, une extension paramétriale proximale, et s'accompagnait
dans 5 cas d'adénopathies pelviennes (stade IIIC).
Le tableau II résume
les performances de l'IRM concernant l'infiltration du myomètre
(figures 1 et 2),
l'extension cervicale (figure
3) et paramétriale et l'extension ganglionnaire. La fiabilité
de l'IRM pour évaluer l'extension myométriale est de 81,4
% dans notre série. Les valeurs de sensibilité, spécificité,
prédictive positive et prédictive négative de l'IRM
pour la détection de l'infiltration myométriale sont respectivement
de 95 % (59/62), 66,6 % (16/24), 88 % (59/67) et 84,2 % (16/19). Concernant
l'appréciation de la profondeur de l'infiltration (< ou >
50 %), ces valeurs sont respectivement de 94,4 % (51/54), 93,7 % (30/32),
96,2 % (51/53) et 91 % (30/33). L'IRM a fait le diagnostic chez les 2
patientes présentant une extension lésionnelle à
la séreuse utérine, ainsi que chez les 3 patientes de stade
IV (extension vésicale : 2 cas ; carcinose péritonéale
: 1 cas).
Dix-huit patientes étaient N+ : 6 à l'étage pelvien
uniquement, 11 à l'étage pelvien et lombo-aortique et 1
à l'étage aortique uniquement. Les valeurs de sensibilité
et spécificité de l'IRM à l'étage pelvien
sont de 82,3 % et 94,6 % et à l'étage lombo-aortique de
83,3 % et 98 % (figure 4).
Discussion
Chez les patientes opérables, le traitement du cancer de l'endomètre
non métastatique est chirurgical et est associé à
une lymphadénectomie pelvienne. Le type de chirurgie, la radiothérapie
complémentaire ainsi que le curage lombo-aortique dépendent
du stade et du grade tumoral. Bien que l'IRM soit la méthode d'imagerie
la plus performante à l'heure actuelle, on peut légitimement
se demander, compte tenu du traitement qui est chirurgical, d'une pénurie
relative de machines et d'une précision qui reste imparfaite, quelle
est l'utilité pratique d'un tel examen [4].
La connaissance préopératoire de l'infiltration myométriale
permet d'envisager une chirurgie par voie clioscopique vaginale
si elle est inférieure à 50 %. Les causes d'erreurs de surévaluation
de l'infiltration myométriale, 3 cas dans notre série, sont
rapportées à un amincissement du myomètre lié
au volume tumoral. Les 2 cas de sous-évaluation étaient
dus à des infiltrations de plus de 50 % mesurant moins de 3 mm
et donc inférieures à la résolution spatiale de l'IRM.
Ces mêmes causes d'erreurs sont rapportées dans la littérature
avec des valeurs qui varient de 50 à 100 % pour la sensibilité
et de 43 à 100 % pour la spécificité concernant la
détection d'une infiltration [5-8]. De même pour l'appréciation
de la profondeur de l'infiltration, la sensibilité varie de 50
à 100 % et la spécificité de 64 à 100 %. Les
performances de l'IRM sont améliorées si l'on associe images
en pondération T2 et séquences dynamiques après injection
de gadolinium : sensibilité (Se) variant de 85 à 100 % et
spécificité (Sp) de 60 à 100 % pour la détection
d'une infiltration, sensibilité variant de 63 à 90 % et
spécificité de 88 à 100 % pour l'évaluation
de la profondeur de l'infiltration [1, 3, 5-7]. Nos résultats sur
une lecture des examens associant les deux types de séquences (T2
et séquences dynamiques) sont comparables tant pour la détection
de l'infiltration (Se 95 %, Sp 66,6 %) que pour l'évaluation de
la profondeur de celle-ci (Se 94,4 %, Sp 93,7 %). Concernant la spécificité
de l'IRM pour détecter l'infiltration myométriale, celle-ci
est d'autant plus basse que les patientes sont ménopausées
et donc avec une zone jonctionnelle peu, voire non visible [8, 9]. Nos
8 cas de faux positifs d'infiltration du myomètre correspondaient
à ce type de patientes.
L'indication d'une lymphadénectomie lombo-aortique est fonction
du status ganglionnaire pelvien : elle est réalisée si les
ganglions pelviens sont positifs. Dans notre série, une patiente
N- à l'étage pelvien a bénéficié d'une
lymphadénectomie lombo-aortique confirmant la positivité
ganglionnaire détectée par l'IRM. En cas de contre-indication
anesthésique, la lymphadénectomie lombo-aortique n'est pas
réalisée ; 2 patientes N+ à l'étage pelvien
étaient dans ce cas. Chez ces 2 patientes, l'IRM, en montrant des
adénopathies lombo-aortiques vérifiées par ponction
sous contrôle tomodensitométrique, a permis de poser l'indication
d'une radiothérapie lombo-aortique. Dans notre institution, nous
réalisons dans le même temps l'exploration ganglionnaire
du pelvis et de l'abdomen par IRM, les performances de l'IRM et du scanner
étant équivalentes [1, 10]. La limite de ces deux examens,
expliquant dans notre série comme dans les séries de la
littérature les sensibilité et spécificité
assez basses, est liée au critère de positivité fondé
sur la taille des ganglions. Or l'augmentation de volume des ganglions
peut être due à une hyperplasie ou à une inflammation
; de même, les métastases ganglionnaires peuvent siéger
dans des ganglions morphologiquement normaux (figure
4) [11].
Dans notre série, toutes les patientes étaient évaluées
cliniquement au stade I. L'IRM a permis de restadifier correctement 19
patientes sur les 20 de stade supérieur à IIA (2 stades
IIB, 14 stades IIIC et les 3 patientes de stade IV), la patiente restant
était un faux négatif ganglionnaire à l'étage
pelvien. Deux patientes ont été surévaluées
au stade IIIC par l'IRM par un faux positif ganglionnaire, là encore
à l'étage pelvien.
Matériel et méthodes
Patientes
De janvier 1997 à mars 2002, nous avons inclus, prospectivement,
adressées par le département de gynécologie oncologique
de notre institution, 86 femmes âgées de 35 à 88 ans
(moyenne 66 ans) présentant un cancer endométrial de stade
I clinique. Toutes ces patientes ont bénéficié d'une
hystérectomie dans le mois suivant l'IRM. L'exploration ganglionnaire
a été réalisée à l'étage pelvien
dans 73 cas et à l'étage lombo-aortique dans 10 cas. Du
fait de contraintes anesthésiques, 7 patientes n'ont pas eu d'exploration
ganglionnaire.
Technique d'examen
Les examens ont été réalisés avec un aimant
1T (Magnetom Expert, Siemens). Les acquisitions ont été
réalisées avec une antenne phased-array.
En pondération T1 : spin-écho (SE), 540-680/14, 2 acquisitions
dans un plan axial avant et 5 minutes après injection de contraste
(Dotarem®, Guerbet) à l'étage pelvien (86
patientes) et étude des chaînes ganglionnaires lombo-aortiques
avec les mêmes paramètres de séquences chez 66 patientes
après injection.
Des séquences turbo SE T2 (4850/122, train d'écho 15,
2 acquisitions) étaient réalisées en incidence sagittale
et axiale chez toutes les patientes. Enfin, chez 69 patientes, des séquences
dynamiques en écho de gradient (140-231/4, angle = 50°, 1
acquisition) ont été réalisées avant et 1,
30, 60, 90 et 120 secondes après injection de liquide de contraste
dans le plan le plus adapté. La largeur des coupes variait de 4
à 6 mm avec un espace inter-coupe variant de 0,6 à 1,2 mm.
La matrice utilisée (240 x 512) et les champs d'exploration (300-450
mm) étaient fonction du morphotype des patientes.
Analyse des images
Les examens ont été analysés par deux radiologues
spécialisés en imagerie gynécologique. Les patientes
étaient adressées pour bilan d'extension d'un carcinome
de l'endomètre de stade I clinique. La qualité de l'examen
IRM a été évaluée (bon, moyen, insuffisant).
L'aspect de l'endomètre a été analysé sur
les séquences en pondération T2 pour l'intensité
du signal, la mesure de l'épaisseur de la lésion, l'évaluation
de l'infiltration du myomètre, son extension isthmique, cervicale,
paramétriale ou extra-utérine, et la présence d'une
extension ganglionnaire pelvienne. L'intensité du signal a été
classée homogène et plus ou moins intense comparativement
au signal du myomètre ou hétérogène. L'infiltration
du myomètre était coté à 0, < 50 % ou >
50 %. La présence de lésions associées, fibromes,
adénomyose, était également notée. En pondération
T1, l'intensité du signal de l'endomètre était comparée
au myomètre sur les séquences sans injection. Le type de
prise de contraste était enregistré : homogène ou
hétérogène, hyper-, iso- ou hypo-intense par rapport
à la prise de contraste du myomètre, ainsi que l'utilité
des images après injection dynamique comparativement aux autres
séquences. Les critères de positivité de l'étude
des chaînes ganglionnaires pelviennes et lombo-aortiques était
un plus grand diamètre égal ou supérieur à
1 cm (73 comparaisons lymphadénectomie pelvienne/IRM et 10 comparaisons
lymphadénectomie lombo-aortique/IRM). À l'étage iliaque
primitif et lombo-aortique, si le diamètre était inférieur
à 1 cm, une hauteur ganglionnaire supérieure à 1
cm était considérée positive. Au total, les patientes
étaient classées selon le stade Figo (tableau
III).
CONCLUSION
Malgré ses limites qu'il importe de connaître, l'IRM préopératoire
paraît indispensable pour évaluer l'extension d'un cancer
de l'endomètre. Elle est supérieure aux autres techniques
d'imagerie en coupes (échographie, tomodensitométrie) qu'il
n'y a plus lieu d'utiliser dans cette indication. Elle permet de dépister
les stades localement avancés non soupçonnés par
l'examen clinique et de réaliser le bilan d'extension chez les
rares patientes non opérables. Enfin, elle permet en préopératoire
d'apprécier les facteurs pronostiques dont dépendent les
indications thérapeutiques.
Article reçu le 21 mai 2002, accepté le 4 octobre 2002. REFERENCES
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