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Actualités dans le dépistage des cancers


Bulletin du Cancer. Volume 87, Numéro 3, 239-43, Mars 2000, Synthèses


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Annie J. Sasco, Unité d’épidémiologie pour la prévention du cancer, Centre international de recherche sur le cancer et Institut national de la santé et de la recherche médicale, 150, cours Albert-Thomas, 69372 Lyon Cedex 8. E-mail : sasco@iarc.fr.

Résumé : La mise en place de programmes de dépistage de cancers a été le résultat d’études d’évaluation mais surtout de politiques (ou d’absence de politiques) nationales de contrôle du cancer. Nous avons quelques certitudes telles que l’efficacité de la mammographie en termes de diminution de la mortalité par cancer du sein chez la femme à partir de 50 ans, l’impact favorable du frottis sur la mortalité et l’incidence du cancer du col de l’utérus et la possibilité, par la recherche de sang occulte dans les selles, de réduire la mortalité par cancer du côlon. D’autres questions, longtemps considérées comme résolues, sont de nouveau posées, soit parce que de nouvelles données sont disponibles, comme pour le dépistage du cancer du sein avant 50 ans, soit parce que de nouvelles méthodes ont été testées, comme pour le cancer du poumon. Enfin, l’identification de populations à très haut risque de cancer dans le contexte génétique impose la recherche de nouvelles réponses, par exemple pour les cancers du sein et/ou de l’ovaire familiaux. Le dernier défi est d’ordre méthodologique : comment fournir rapidement des réponses ? Il impose de nouvelles approches en plus des essais randomisés.

Mots-clés : dépistage, épidémiologie.

Illustrations

ARTICLE

Le développement d'une tumeur, son extension locorégionale, voire l'implantation de métastases à distance, sont les conséquences de processus complexes, parmi lesquels les interactions entre la tumeur et le système immunitaire de l'hôte jouent un rôle dont l'importance est attestée par l'incidence élevée des tumeurs chez les sujets immunodéprimés, mais dont les mécanismes restent globalement non élucidés. L'analyse des relations hôte-tumeur est rendue particulièrement difficile par le caractère multifactoriel du développement tumoral et par le caractère complexe des réactions immunitaires. La théorie de la surveillance immunitaire qui postule une reconnaissance spécifique des cellules cancéreuses et leur élimination par des lymphocytes T ou des anticorps a reçu une première démonstration chez l'homme par la découverte d'antigènes tumoraux, cibles de lymphocytes T cytotoxiques. À la suite de l'identification des antigènes de la famille Mage sur les cellules de mélanome, puis d'autres cancers (sein, poumons, neuroblastome...), de nombreux antigènes spécifiques de tumeurs ont été identifiés [1]. Plusieurs catégories de néoantigènes peuvent être envisagées :

­ Des produits de gènes normaux, souvent exprimés dans des cellules embryonnaires (alpha-fœtoprotéine ( alpha FP), antigène carcino-embryonnaire (ACE)) ou dans des sanctuaires immunologiques, qui sont retrouvés dans des cellules cancéreuses. C'est le cas des molécules Mage, Bage, Gage ou de la tyrosinase, présentes respectivement dans les cellules de mélanome et dans les cellules testiculaires ou de rétine.

­ Des glycoprotéines très glycosylées sur des cellules normales et hypoglycosylées sur des cellules tumorales démasquant des déterminants antigéniques protéiques, cibles de cellules T cytotoxiques. C'est le cas de la mucine MUC1, dont la forme hypoglycosylée est trouvée sur les cellules de nombreux malades présentant des cancers du sein ou du pancréas.

­ Des protéines virales codées par des virus infectant sélectivement les cellules tumorales, souvent responsables de la transformation maligne. C'est le cas de protéines E6/E7 de certains papillomavirus (HPV) dans les cancers du col de l'utérus, des antigènes du virus d'Epstein-Barr dans le lymphome de Burkitt et le cancer du nasopharynx postérieur, voire des antigènes du virus des hépatites B et C dans le cancer primitif du foie.

­ Des produits d'oncogènes ou de gènes suppresseurs de tumeurs ayant subi des mutations somatiques ou encore des produits résultant de la fusion de deux gènes à la suite d'une réorganisation génomique. Ras, p53 ou bcr/abl font partie de cette catégorie.

­ Des produits de gènes normaux mais traduits dans les cellules cancéreuses à partir d'un cadre de lecture différent de la cellule normale (TRP/gp75).

­ Des protéines normalement présentes sur un petit nombre de cellules normales devenues malignes. C'est le cas des idiotypes d'immunoglobulines dans les leucémies et lymphomes B.

L'identification de ces antigènes a ouvert la voie à des essais de vaccination thérapeutique, ayant pour objectif premier l'induction d'une réaction immunitaire spécifique de la tumeur et pour objectif secondaire l'obtention d'une réponse thérapeutique. Ces essais ont débuté récemment et sont en cours. Plusieurs d'entre eux ont été complétés.

Le traitement de malades, de phénotype HLA-A1 atteints de mélanome métastatique avec un peptide correspondant à l'antigène Mage 3 a permis de documenter plusieurs réponses thérapeutiques sans qu'une réponse immunitaire puisse être mise en évidence [2]. L'absence de stimulation immunologique est peu surprenante car l'utilisation d'un peptide seul est peu immunogénique ; néanmoins ces résultats sont suffisamment encourageants sur le plan thérapeutique pour le développement de nouveaux essais thérapeutiques, utilisant non seulement des peptides Mage 3, mais aussi des peptides Mage 1.

Le traitement de patientes présentant un cancer du col de l'utérus avec des virus vaccine recombinants produisant des protéines E6/E7 dérivées de l'HPV16 et 18 fait l'objet de nombreux protocoles de phase I. Une première étude, réalisée en Angleterre sur 8 malades, a rapporté des effets d'induction d'une réponse immunitaire spécifique de la protéine E7 associée à une évolution thérapeutique positive [3]. Une même approche est utilisée, avec des résultats du même ordre, pour vacciner contre des antigènes comme l'ACE ou MUC1, dans le cancer du côlon et le cancer du sein respectivement.

De nombreux essais de vaccination, vis-à-vis de différents antigènes tumoraux sont en cours. Les antigènes cibles sont souvent bien identifiés, la question majeure étant d'établir les meilleures méthodes de vaccination. Si tout le monde s'accorde sur l'idée que l'utilisation de peptides nus ne représente qu'une première étape de validation du concept, la mise au point de meilleures techniques de vaccination fait l'objet de nombreuses recherches, sans qu'aucune n'ait démontré sa supériorité et son universalité pour l'induction de cellules T cytotoxiques chez l'homme. L'association de peptides à des lipides, la création d'adjuvants utilisables chez l'homme, l'utilisation d'ADN nu, de virus recombinants ou de cellules présentatrices d'antigènes traitées ex vivo par des antigènes tumoraux sont autant de voies dont l'exploration est indispensable pour l'élaboration de meilleurs protocoles de vaccination. Il est d'ailleurs vraisemblable que des protocoles différents seront définis en fonction des antigènes cibles et des situations thérapeutiques (maladie métastatique, traitement adjuvant...).

Il est aujourd'hui établi que de nombreuses cellules tumorales portent à leur surface des antigènes cibles de cellules T cytotoxiques, et que par ailleurs de telles cellules ­ ou au moins leurs précurseurs ­ existent chez les patients porteurs de tumeur. Le non-rejet des cellules tumorales doit alors s'expliquer par des phénomènes d'échappement à l'attaque immune. Plusieurs mécanismes d'échappement sont déjà connus : modulation des molécules HLA présentoirs d'antigènes tumoraux sur les cellules tumorales, production de facteurs immunosuppresseurs comme le TGF beta ou l'IL10, altération des voies de signalisation dans les cellules T infiltrant les tumeurs [4]. Deux nouveaux mécanismes viennent d'être récemment identifiés.

Le premier concerne l'expression par des cellules tumorales du ligand de la molécule Fas. Dans différents modèles, l'interaction de la molécule Fas avec son ligand entraîne une apoptose des cellules cibles. Ainsi l'expression de Fas-L, récemment mise en évidence sur des cellules de mélanome [5] et de cancer du côlon [6], permet aux cellules tumorales d'induire la mort des lymphocytes qui s'y accolent, porteurs de la molécule Fas. Ainsi toute cellule immunitaire qui se lie à une cellule tumorale par le biais d'un récepteur spécifique d'antigène pourra être rendue inefficace et détruite par l'interaction Fas-Fas-L ainsi provoquée.

Un autre mécanisme d'échappement des tumeurs, récemment identifié, est lié à l'induction de molécules inhibitrices de l'activation cellulaire dans les lymphocytes cytotoxiques et les cellules natural killer. Ces killer inhibitory receptors (KIR) ont pour fonction physiologique de protéger les cellules de l'organisme de réaction auto-immune. Ils reconnaissent des déterminants monomorphes de molécules HLA de classe I [7] et délivrent alors un signal négatif, en particulier aux cellules natural killer (NK) (figure). Ikeda et al. [8] ont récemment publié une passionnante observation où, chez une malade atteinte de mélanome qui avait répondu à un traitement d'immunothérapie, la récidive était associée à l'apparition sur les cellules T cytotoxiques de molécules KIR reconnaissant les molécules HLA présentes sur les cellules tumorales de la récidive.

La caractérisation des mécanismes d'échappement des tumeurs, des molécules et des voies de signalisation en cause ouvre la voie à la définition de nouveaux agents pharmacologiques. Cette caractérisation moléculaire représentera une des grandes avancées de l'immunologie tumorale dans les prochaines années.

REFERENCES

1. Boon T, Coulie PG, van den Eynde B. Tumor antigens recognized by
T cells. Immunology Today 1997 ; 18 : 267-8.

2. Marchand M, Weynants P, Rankin E, et al. Tumor regression responses in melanoma patients treated with a peptide encoded by gene Mage-3. Int J Cancer 1995 ; 63 : 883-5.

3. Borysiewicz LK, Fiander A, Nimako M, et al. A recombinant vaccinia virus encoding human papillomavirus types 16 and 18, E6 and E7 proteins as immunotherapy for cervical cancer. Lancet 1996 ; 347 : 1523-7.

4. Tartour E, Latour S, Mathiot C, et al. Variable expression of CD3-zeta chain in tumor-infiltrating lymphocytes (TIL) derived from renal-cell carcinoma : relationship with TIL phenotype and function. Int J Cancer 1995 ; 63 : 205-12.

5. Hahne M, Rimoldi D, Schroter M, et al. Melanoma cell expression of Fas(Apo-1/CD95) ligand : implications for tumor immune escape. Science 1996 ; 274 : 1363-6.

6. O'Connell J, O'Sullivan GC, Collins JK, Shanahan F. The Fas counterattack : Fas-mediated T cell killing by colon cancer cells expressing Fas ligand.
J Exp Med 1996 ; 184 : 1075-82.

7. Lanier LL. Natural killer cell receptors and MHC class I interactions. Curr Opin Immunol 1997 ; 9 : 126-31.

8. Ikeda H, Lethe B, Lehmann F, et al. Characterization of an antigen that is recognized on a melanoma showing partial HLA loss by CTL expressing an NK inhibitory receptor. Immunity 1997 ; 6 : 199-208.


 

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