ARTICLE
Le paclitaxel a démontré une activité dans le traitement
du cancer du sein en situation métastatique, il est une arme majeure
dans le traitement de cette maladie. Extrait de l'if du pacifique, Taxus
brevifolia [1], il induit une stabilisation des microtubules aboutissant
à une inhibition de la prolifération cellulaire par arrêt
du cycle en phase G2/M.
Bien que plusieurs essais cliniques aient évalué différentes
durées de perfusion et posologies, l'optimisation du schéma
d'administration reste encore d'actualité. Le développement
du schéma hebdomadaire semblerait établir le meilleur compromis
en permettant d'obtenir l'index thérapeutique optimal (efficacité/tolérance).
En administration toutes les
3 semaines
Les premières études de phase II en monothérapie
rapportées par Holmes et al. [2] ainsi que par Reichman
et al. [3], sur un petit nombre de patientes ayant une maladie
métastatique, démontrent une activité élevée
du paclitaxel.
Par la suite, d'autres études de phase II (tableaux
I et II) ont été publiées avec des schémas
d'administration différents permettant d'évaluer le meilleur
rapport efficacité/tolérance (index thérapeutique).
Les résultats en termes d'activité (taux de réponse
de 6 à 62 %) et de tolérance présentent des différences
probablement liées à la dose administrée (de 125
à 250 mg/m2), à la durée de perfusion
(3 h, 24 h, 96 h) et à la population étudiée : patientes
en première ligne de chimiothérapie, en rechute après
anthracyclines et/ou résistantes aux anthracyclines. Il apparaît
qu'une perfusion courte de 3 h, en première ligne de chimiothérapie
[4-9] donne un taux de réponse objective compris entre 32 % et
60 % (dose de 175 à 250 mg/m2) et en seconde ligne [4,
5, 8, 10-12] entre 6 % et 38 % (de 135 à 250 mg/m2).
Le profil de tolérance hématologique varie aussi en fonction
de la dose administrée.
Avec une durée de perfusion de 24 h, le taux de réponse
objective est compris entre 32 % et 62 % (135 à 250 mg/m2)
en première ligne de chimiothérapie [2, 3, 13] et, après
échec des anthracyclines, entre 24 % et 54 % (175 à 250
mg/m2) [2, 14, 15]. Pour une perfusion de 96 h [16, 17], le
taux de réponse est compris entre 30 % et 48 % (125 à 140
mg/m2) avec très peu de toxicité hématologique.
Ce dernier schéma reste cependant peu confortable pour les patientes
car il nécessite une hospitalisation prolongée.
Bien qu'il s'agisse d'études de phase II difficilement comparables,
nous pouvons conclure que l'augmentation de la dose et de la durée
de perfusion améliore l'activité, mais au prix d'une moins
bonne tolérance.
À partir des années 1990, plusieurs études de phase
III ont été menées pour définir le meilleur
index thérapeutique en fonction de la dose et de la durée
de perfusion (tableau III).
La première étude randomisée menée par Nabholtz
et al. [18] a porté sur 471 patientes ayant une maladie
métastatique après échec des anthracyclines. Elle
démontre que le schéma d'administration en perfusion de
3 h à la dose de 175 mg/m2 est supérieur à
135 mg/m2 en termes de temps jusqu'à progression, 4,2
mois versus 3 mois (p = 0,02), mais non en termes de réponse
objective, 29 % versus 22 %. Elle a permis la mise sur le marché
du paclitaxel, après échec des anthracyclines, à
la dose de 175 mg/m2 en une perfusion de 3 h toutes les 3 semaines.
Une autre étude [19] a porté sur la durée de perfusion.
Elle a inclus 521 patientes présentant une évolution métastatique
d'un cancer du sein, après échec des anthracyclines, et
a démontré qu'une augmentation de la durée de perfusion,
24 versus 3 h à la dose de 175 mg/m2, n'apporte
aucun bénéfice ni en termes de réponse, ni en termes
de temps jusqu'à progression. Néanmoins, on note une moindre
toxicité dans le bras perfusion de 3 h.
Une troisième étude sur 475 patientes [20] a évalué
l'augmentation de dose du paclitaxel, 175 versus 210 versus
250 mg/m2. Elle démontre que, si en termes de réponse,
il n'existe aucune différence significative entre les trois bras,
une augmentation significative du temps jusqu'à progression est
retrouvée pour les patientes traitées avec la dose la plus
élevée (4,8 mois versus 3,8 mois, p = 0,03),
au prix d'une toxicité importante.
Le protocole B26 du NSABP [21] portant sur 563 patientes a démontré
qu'en augmentant la durée de perfusion de 24 h versus une
perfusion de 3 h et en prenant comme référence une dose
de 250 mg/m2, il existait un avantage en termes de réponse
objective (50 % versus 40 %, p = 0,02). Cependant, cet avantage
ne se confirme pas sur le temps jusqu'à progression et la survie
globale. En revanche, la toxicité est plus importante dans le bras
24 h.
Une autre étude a été conduite par Holmes et
al. [22] avec 179 patientes. Ses résultats montrent qu'il n'existe
pas de différence en termes de réponse et de temps jusqu'à
progression entre une perfusion de 3 h à la dose de 250 mg/m2
et une perfusion de 96 h à la dose de 140 mg/m2.
Rationnel de l'administration hebdomadaire
L'administration hebdomadaire du paclitaxel a été développée
en clinique pour améliorer l'activité et la tolérance
hématologique et neurologique et, ainsi, en augmenter l'index thérapeutique.
Ce concept repose sur des données précliniques de pharmacocinétique,
de pharmacodynamie, de modèles expérimentaux ainsi que sur
une meilleure connaissance des modes d'action du paclitaxel.
Les cibles thérapeutiques
Le paclitaxel agit en induisant la polymérisation des microtubules
et en inhibant leur dépolymérisation (sous-unité
alpha et bêta). Ce mécanisme d'action aboutit à un
arrêt de la mitose au stade métaphase-anaphase, inhibant
la prolifération et favorisant la mort cellulaire [23].
Il apparaît actuellement que cette mort cellulaire induite par
le paclitaxel résulte de deux mécanismes différents
[24, 25]. À faible concentration (< 9 nM), la mort cellulaire
survient après une mitose aberrante impliquant une voie de transduction
du signal indépendante de Raf1. Elle mettrait en jeu la protéine
p53, le gardien du génome, qui induit la transcription de la protéine
p21waf1/cip1. Cette dernière, facteur de régulation du cycle
cellulaire, bloque le passage de la cellule de G1 à la phase S
en inhibant le complexe cycline D-cdk.
À des concentrations plus élevées (> 9 nM),
il existe un arrêt de la mitose en phase G2/M, une accumulation
de la masse de microtubules au sein des cellules et une induction de l'apoptose
par une voie médiée par Raf1 et la voie des MAP kinases.
Il semblerait que Raf induise la phosphorylation de bcl2, supprimant ainsi
son action anti-apoptotique. D'autres voies de transduction du signal,
impliquant notamment la voie de la protéine kinase A, sont capables
à leur tour d'induire une phosphorylation de bcl2 en inhibant son
action anti-apoptotique.
En plus de son action proapoptotique, le paclitaxel a une activité
anti-angiogénique, comme le démontrent des travaux expérimentaux
du cancer du sein chez la souris nude [26, 27]. Lau et al. [26]
ont administré le paclitaxel à des doses non cytotoxiques
(0,3 à 6 mg/kg, 5 jours consécutifs) par voie intrapéritonéale
chez des souris nude transplantées par la lignée cellulaire
Met1. Ils ont étudié la tortuosité et la densité
des néovaisseaux tumoraux ainsi que l'expression du facteur angiogénique
VEGF. Le paclitaxel diminue la tortuosité et la densité
des microvaisseaux ainsi que l'expression de la protéine VEGF.
Ces premiers résultats sont confirmés par les travaux
de Klauber et al. [27], qui ont étudié, sur des souris
nude C5BL/6 transfectées par lignée cellulaire MDA-MB-435,
l'action du paclitaxel sur l'angiogenèse, la constitution de néovaisseaux
sur la cornée et l'expression de facteurs angiogéniques,
VEGF et FGFb. Le paclitaxel inhibe la prolifération des néovaisseaux
et diminue l'expression des facteurs angiogéniques.
Les données de pharmacodynamie
L'effet biologique d'une molécule cytotoxique est souvent dose-dépendant.
Néanmoins, du fait de l'index thérapeutique limité,
toute augmentation de la dose au-delà de la valeur dose/réponse
ne fera qu'accroître la toxicité et non l'activité
de ce cytotoxique. Ces données précliniques sont confirmées
par ailleurs par les données cliniques.
Les travaux de Rowinsky et al. [28] (tableau
IV) ont démontré qu'en augmentant la durée d'exposition
des cellules néoplasiques au paclitaxel, c'est-à-dire en
faisant varier le paramètre temps, on augmente son efficacité.
Cette augmentation du temps d'exposition peut lever la résistance
de lignées cellulaires exprimant la glycoprotéine PP (mdr+),
ce qu'il n'est pas possible d'obtenir avec la seule augmentation de dose
[29].
Les données de pharmacocinétique
Ces données montrent qu'il existe une grande variabilité
inter-patient. La clairance du paclitaxel est biphasique. Seule la première
partie de la courbe d'élimination est linéaire. Il en découle
qu'une augmentation de la dose à partir d'une perfusion de courte
durée augmente l'aire sous la courbe, le temps d'exposition des
cellules au paclitaxel et la toxicité [30].
Théorie de la dose-intensité et
de la dose-densité
La théorie de la dose-intensité élaborée
par Hryniuk et Levine [31] se définit comme la quantité
de produit délivrée par le temps de traitement exprimée
en mg/m2/semaine : dose totale/temps. Elle repose sur le modèle
de Goldie et Coldman [32]. Ces auteurs ont défini un modèle
mathématique et statistique qui s'emploie à faire un parallèle
entre la chimiothérapie anti-néoplasique et anti-infectieuse.
Elle admet que toute population cellulaire est hétérogène
et que cette hétérogénéité définit
la susceptibilité d'action d'une drogue. La probabilité
de trouver un clone résistant à une drogue est d'autant
plus élevée que le volume tumoral est important. Pour diminuer
le risque de voir émerger un clone résistant au sein d'une
tumeur, il conviendrait de délivrer la dose la plus élevée
dans un intervalle le plus court possible.
Comme le démontrent les études de phase III, augmenter
le paramètre dose n'augmente pas forcément l'efficacité
mais augmente en revanche la toxicité. Certaines équipes
ont modulé le paramètre temps en diminuant l'intervalle
entre deux perfusions. Il s'agit du concept de dose-densité élaboré
par Norton et Simon [33]. En réduisant l'intervalle entre deux
perfusions, un nombre plus important de cellules entrent en cycle et sont
exposées à la drogue.
Les études de phase II avec administration
hebdomadaire en monothérapie (tableau
V)
Seidman et al. [34] ont rapporté, en 1997, une étude
de phase II menée au Memorial Sloan Kettering Cancer Center (MSKCC)
portant sur 30 patientes présentant un cancer du sein métastatique
en deuxième ou troisième ligne de chimiothérapie.
Le paclitaxel est administré jusqu'à progression de la maladie
ou toxicité non tolérable, à la dose de 100 mg/m2
en perfusion d'une heure, précédé d'une prémédication
pour prévenir les réactions d'hypersensibilité.
Dans la population étudiée, 57 % des patientes avaient
bénéficié d'un traitement adjuvant, 23 % d'une première
ligne de chimiothérapie métastatique et 20 % des deux. Dix-huit
étaient en rechute après un traitement par anthracyclines
dont 12 anthracyclines-résistantes. Toutes les patientes (n = 30)
étaient analysables pour la réponse mais seulement 29 pour
la toxicité, car une patiente est décédée
24 heures après la première perfusion en raison d'une progression
de la maladie. L'escalade de dose était possible à 110 mg/m2
puis à 120 mg/m2, en l'absence de toxicité de
grade 3-4. Elle a été réalisée chez 9 patientes.
Concernant l'efficacité, les auteurs rapportent 3 réponses
complètes (10 %) et 13 réponses partielles (43 %) avec un
taux de réponse objective pour l'ensemble de la population étudiée
de 53 % (IC 95 % = 34-72 %). De façon intéressante, cette
étude rapporte 2 réponses complètes et 7 réponses
partielles pour les 18 patientes en échec après anthracyclines
et 1 réponse complète et 5 réponses partielles parmi
les 12 patientes considérées comme résistantes aux
anthracyclines. Les neutropénies de grade 3-4 sont de 14 %, sans
neutropénie cumulative ni neutropénie fébrile ; en
termes de tolérance non hématologique, ont été
rapportées des arthralgies de grade 3 (3 %), des myalgies de grade
3 (3 %), des neurotoxicités de grade 3 (24 %). Cette neurotoxicité
présente chez 7 patientes s'est manifestée après
la 12e semaine de traitement, particulièrement chez
les patientes qui ont bénéficié de l'escalade de
dose. Il faut noter qu'aucune réaction d'hypersensibilité
de grade 3-4 n'a été observée lors de cet essai.
Cette étude démontre donc la faisabilité de ce schéma
hebdomadaire. Lors de cet essai, l'étude pharmacocinétique
montre que le pic plasmatique est identique à celui d'une injection
toutes les 3 semaines sur une perfusion de 3 h. À distance de la
fin de perfusion (26e heure), il persiste un taux résiduel
de produit à une concentration supérieure à 0,01
muM.l-1, cette concentration définissant dans les
modèles précliniques la dose suffisante et nécessaire
pour l'action proapoptotique et anti-angiogénique du paclitaxel.
Seidman et al. rapportent dans cette étude une dose-intensité
(DI) médiane de 91 mg/m2/semaine. Une comparaison (bien
qu'il s'agisse d'une phase II) de cette DI peut être établie
avec l'étude du CALGB-9342 utilisant un schéma de 175 mg/m2
en perfusion de 3 h toutes les 3 semaines avec une DI de 58 mg/m2/semaine,
donc plus faible, et avec une toxicité hématologique plus
élevée (neutropénie de grade 3 de 27 % et de grade
4 de 35 %). L'augmentation de la dose-intensité et de la dose-densité
s'accompagne d'une meilleure tolérance thérapeutique à
efficacité comparable.
L'étude de Perez et al. [35] confirme les résultats
précédemment décrits avec l'administration du paclitaxel
en schéma hebdomadaire. Elle avait pour objectif l'évaluation
des taux de réponse, de la survie et la qualité de vie lors
d'une perfusion hebdomadaire de paclitaxel à la dose de 80 mg/m2/h
après prémédication allégée. Cent quatre-vingt-sept
patientes ont été incluses : 71 % avaient reçu un
traitement adjuvant, 26 % un traitement par taxanes et 10 % un traitement
par intensification thérapeutique avec autogreffe de cellules souches
périphériques ou médullaires. Le taux de réponse
objective est de 23 % pour l'ensemble de la population étudiée
avec 55 % de contrôle de la maladie (réponses objectives
et mineures). En première ligne de chimiothérapie, le taux
de réponse est de 33 %, en deuxième ligne de 24 % et en
troisième ligne de 13 %. La dose-intensité médiane
est 77,5 mg/m2/semaine.
Le profil de tolérance étudié sur 858 cycles de
traitement est très bon : anémies de grades 3 et 4 respectivement
chez 8,8 % et 0,5 % des patientes, neutropénies de grade 3-4 chez
7,3 % et 4,2 %, 3 patientes ont présenté une neutropénie
fébrile et une thrombopénie (1 %). Aucune toxicité
extra-hématologique de grade 4 n'a été notifiée
et une neuropathie de grade 3 a été observée dans
8 % des cas. De plus, un faible taux d'alopécie, sans port de casque,
a été observé (57 % de grade 0 et aucun de grade
4).
Depuis, plusieurs études sont rapportées dans la littérature
(tableau V). Leurs effectifs
comprennent une dizaine à une centaine de patientes, avec une dose
de paclitaxel variant de 50 à 100 mg/m2 par semaine.
Le taux de réponse objective varie entre 31 % et 68 %, le taux
de réponse complète entre 0 % et 29 %. Concernant la tolérance,
les neutropénies de grade 3-4 se rencontrent entre 4 % et 14 %
des cas et les neuropathies entre 3 % et 31 % des cas.
L'administration hebdomadaire de paclitaxel en monothérapie à
la dose de 80 mg/m2 assure donc une tolérance optimale.
Les données relatives à l'efficacité de ce nouveau
schéma font la preuve d'un résultat optimal dans le traitement
du cancer du sein métastatique.
Essais thérapeutiques d'association
À partir des résultats précédents, il semblait
logique de proposer des études d'association, soit à des
agents cytotoxiques, 5 fluoro-uracile, cisplatine, épirubicine,
soit à des agents biologiques comme le trastuzumab.
* Paclitaxel en administration hebdomadaire associé
au trastuzumab
Le trastuzumab est un anticorps monoclonal recombinant de type IgG1
humanisé dirigé contre un récepteur transmembranaire
à activité tyrosine kinase, l'oncogène c-erbB-2.
Cette protéine est codée par l'oncogène c-erbB-2,
oncogène qui, dans 25 à 30 % des cas, est surexprimé
à la surface des cellules néoplasiques. Cette surexpression
induit une prolifération anarchique des cellules.
Les modèles précliniques démontrent que cet anticorps
possède des propriétés cytostatiques et qu'il a,
en association avec certains agents cytotoxiques, une action synergique
avec sels de platine et paclitaxel [44, 45]. Son activité cytotoxique
observée in vitro est confirmée par des études
cliniques de phase II en monothérapie [46, 47], en association
au cisplatine [48], au paclitaxel ou aux anthracyclines plus cyclophosphamide
[49]. Les résultats de la phase III internationale [49] en termes
de réponse objective (50 % versus 32 %, p < 0,001),
de durée de réponse (9,1 versus 6,1 mois, p
< 0,001) et de survie (25,1 versus 20,3 mois, p = 0,046)
sont en faveur de l'association chimiothérapie-trastuzumab et cela,
quelle que soit la chimiothérapie (paclitaxel ou anthracyclines
plus cyclophosphamide). Cependant, le taux d'insuffisance cardiaque congestive
a été plus fréquent dans le bras AC + trastuzumab
(16 % de grade 3-4) par rapport au bras paclitaxel + trastuzumab (2 %).
Le bénéfice de l'adjonction du trastuzumab au paclitaxel
a été plus important chez les patientes avec surexpression
3+ (en immunohistochimie) ; cette association thérapeutique est
donc actuellement recommandée pour ces patientes en situation métastatique.
Au vu de l'ensemble des résultats de l'association paclitaxel
et trastuzumab, l'équipe du Memorial Sloan Kettering Cancer Center
(MSKCC) [50, 51] a proposé une étude de phase II associant
un schéma d'administration hebdomadaire du paclitaxel (90 mg/m2
en perfusion de 1 h) associé au trastuzumab (schéma hebdomadaire,
dose de charge de 4 mg/kg, puis dose d'entretien à 2 mg/kg). Les
objectifs de cet essai étaient d'améliorer l'index thérapeutique
de cette association. Les 95 patientes incluses dans cette étude
avaient reçu soit une chimiothérapie adjuvante (77 %), soit
une chimiothérapie de première ligne pour maladie métastatique
(30 %) et exprimaient l'oncogène c-erbB-2 (détermination
en immunohistochimie ou Fish). Le nombre médian de perfusions était
de 25 (1-85), avec une dose-intensité de paclitaxel de 82 mg/m2/semaine.
Le taux de réponse pour l'ensemble de la population était
de 61,5 % dont 4,5 % de RC. Chez les patientes surexprimant c-erbB-2,
le taux de réponse objective était compris entre 67 % et
81 % selon le test utilisé.
Le profil de tolérance est identique à celui d'une monothérapie
par paclitaxel en administration hebdomadaire. La fonction cardiaque,
avec un recul d'un an, n'est pas significativement altérée,
à l'exception de 3 patientes dont une avait reçu au préalable
une dose cumulative de doxorubicine de 615 mg/m2.
* Paclitaxel en administration hebdomadaire associé
à d'autres agents cytotoxiques
Plusieurs études de phase II (tableau
VI) sont rapportées, mais peu d'entre elles ont fait l'objet
d'une publication.
La population incluse dans ces études cliniques est très
hétérogène quant au nombre de patientes incluses
(24 à 121) et au traitement antérieur : première,
deuxième ou troisième ligne de chimiothérapie pour
maladie métastatique ou localement avancée. Le paclitaxel
en administration hebdomadaire a été associé au 5-fluoro-uracile,
au cisplatine, à l'épirubicine ou bien à l'association
cisplatine et épirubicine. Le taux de réponse objective
est compris entre 49 % et 86 % avec un taux de réponse complète
allant jusqu'à 29 %. Ces premiers résultats devront être
confirmés par des études de phase III.
Perspectives
Il est suggéré à travers les résultats des
différentes études de phase II qu'une administration hebdomadaire
de paclitaxel, seul ou en association à d'autres agents thérapeutiques,
semble être efficace et très bien tolérée.
Cette efficacité est constatée même chez des patientes
résistantes aux anthracyclines ou aux taxanes, y compris le paclitaxel
administré toutes les 3 semaines. De nombreuses études cliniques
de phase III sont actuellement en cours pour définir la place d'un
tel schéma en situation métastatique, adjuvante ou néoadjuvante.
* En situation métastatique
L'étude de phase III menée par le CALGB (9480) a pour
objectif de répondre à deux questions importantes : déterminer
si l'augmentation de la dose-intensité/dose-densité du paclitaxel
(80 mg/m2), représentée par l'administration
hebdomadaire, permet d'obtenir en première ligne métastatique
un bénéfice en termes de survie sans maladie ainsi que de
survie globale, par rapport à une administration unique toutes
les 3 semaines (175 mg/m2).
Cette étude devra aussi évaluer l'intérêt
de l'adjonction ou non du trastuzumab à un schéma hebdomadaire
ou toutes les 3 semaines chez les patientes c-erbB-2 négatives
en termes d'amélioration ou non de la survie sans maladie et de
la survie globale. Pour les patientes c-erbB-2 positives, cette étude
pourrait ainsi déterminer le meilleur schéma d'association
avec le trastuzumab hebdomadaire ou toutes les 3 semaines.
* En situation adjuvante
L'étude de Sarah Cannon (Nashville) va porter sur une population
de 1 600 patientes. Elle compare 4 cures de doxorubicine et de paclitaxel
suivies de paclitaxel en administration hebdomadaire versus 4 cures
de doxorubicine et cyclophosphamide suivies de 4 cycles de paclitaxel
(J1, J21).
L'étude de l'Intergroup/NCCTG 9831 (figure)
va comparer, chez les patientes N+ et c-erbB-2 positives, 4
cures de doxorubicine et cyclophosphamide, suivies de 12 cycles de paclitaxel
hebdomadaire versus 12 cycles de paclitaxel hebdomadaire suivis
de 52 semaines de trastuzumab versus 12 cycles de paclitaxel associé
au trastuzumab suivis de 40 semaines de trastuzumab seul.
Article reçu le 31 juillet 2001, accepté le 6 novembre 2001.
CONCLUSION
Comme le démontrent les données précliniques et
pharmacologiques, l'administration de paclitaxel en schéma hebdomadaire
favorise non seulement une action sur l'inhibition de la dépolymérisation
des microtubules, mais aussi une action proapoptotique et anti-angiogénique
de la drogue.
Les résultats des essais cliniques de phase II utilisant le paclitaxel
en administration hebdomadaire tendent à démontrer que l'augmentation
de la dose-densité et de la dose-intensité s'accompagne
d'une amélioration de l'index thérapeutique. L'association
trastuzumab et paclitaxel est synergique comme le démontrent les
résultats in vitro et cliniques. Plusieurs études
de phase III sont aujourd'hui en cours pour poursuivre l'évaluation
de ce nouveau schéma hebdomadaire d'administration du paclitaxel
dans le traitement du cancer du sein métastatique, adjuvant ou
néoadjuvant.
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