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L'anti-tyrosine kinase : le début du traitement moléculaire des cancers et les premiers résultats


Bulletin du Cancer. Volume 88, Numéro 7, 659-60, Juillet 2001, Dossier thématique : Le STI571

Article gratuit  

Auteur(s) : François Guilhot

Résumé : Pour la première fois le traitement des cancers se fait intelligent : le STI571 (Glivec®) est le premier médicament ayant une action véritablement moléculaire sur des tumeurs. Il n'est pas un agent anticancéreux destructeur classique mais bien une molécule conçue pour bloquer des cibles bien caractérisées dans différentes tumeurs. Trois articles récents du New England Journal of Medecine inaugurent l'ère moléculaire du traitement des cancers. Les résultats très remarquables obtenus dans la leucémie myéloïde chronique et dans les sarcomes de l'estomac changent déjà radicalement nos approches thérapeutiques de ces tumeurs. La leucémie myéloïde chronique est la première leucémie à avoir été individualisée et le premier cancer à avoir été associé de manière constante à une anomalie acquise du caryotype. Cette anomalie, appelée chromosome de Philadelphie, correspond à une translocation réciproque entre les chromosomes 9 et 22 et entraîne la formation d'un nouveau gène né de la fusion du gène Abelson situé sur le chromosome 9 avec le gène BCR situé sur le 22. Il en résulte la production d'un ARN chimérique, puis une protéine anormale à forte activité tyrosine kinase : c'est cette protéine, de poids moléculaire p210, qui, en dérégulant les voies de la transduction du signal, va transformer la cellule hématopoïétique en cellule leucémique. La preuve directe de la responsabilité du nouveau gène BCR-ABL dans la physiopathologie de la maladie a été apportée par les expériences de transfection du gène dans des cellules souches médullaires qui, une fois greffées à des souris réceptrices, vont reproduire la leucémie humaine. La raison pour laquelle une telle translocation survient n'est pas connue et on ne sait pas vraiment pourquoi cette hémopathie progresse inévitablement d'une phase dite chronique relativement indolente vers une phase plus agressive, véritable métamorphose terminale de la maladie, aiguë myéloïde le plus souvent, parfois lymphoïde, toujours résistante, même aux chimiothérapies les plus intenses. Les traitements actuels sont soit l'allogreffe de cellules souches hématopoïétiques, soit des associations de chimiothérapies et d'interféron alpha [1]. Mais l'allogreffe n'est possible que pour 20 % des patients et sa mortalité par toxicité est proche de 30 %. Les traitements utilisant les interférons ne guérissent pas, bien que la survie des malades soit notablement augmentée surtout lorsqu'on observe des rémissions cytogénétiques complètes (absence de cellules à chromosome de Philadelphie).

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