ARTICLE
L'ostéosarcome est une tumeur osseuse de haut grade de malignité
qui affecte principalement les adolescents et les adultes jeunes. Alors
que le pronostic de ses formes non métastatiques a été
considérablement amélioré au cours des trois dernières
décennies, notamment par l'introduction de la chimiothérapie
néoadjuvante, celui de ses formes métastatiques reste sombre.
La survie sans récidive à 5 ans a en effet augmenté
de 10 à 50 %, voire 70 %, dans le premier cas [1-3] et seulement
de 0 à 20 % en cas de métastases [4, 5].
Environ 15 à 20 % des patients porteurs d'ostéosarcomes
se présentent avec une maladie métastatique d'emblée.
Ces patients sont le plus souvent exclus des essais thérapeutiques
et ne sont par conséquent ni répertoriés, ni traités
de façon homogène. Leur traitement optimal n'est donc actuellement
pas clairement établi. Faut-il se limiter à la chimiothérapie
conventionnelle des ostéosarcomes, faut-il introduire de la chimiothérapie
à haute dose dans tous les cas, et jusqu'où faut-il aller
dans la conduite chirurgicale ?
Cette étude porte sur 29 patients atteints d'ostéosarcomes
métastatiques lors du diagnostic, traités entre 1990 et
1998 dans trois des principaux centres de cancérologie pédiatrique
français. L'objectif était de déterminer les principaux
critères pronostiques de la survie globale (SG) et de la survie
sans progression (SSP) de patients porteurs d'ostéosarcomes métastatiques.
Résultats
Caractéristiques des patients
Les principales caractéristiques des 29 patients étudiés
sont présentées dans le tableau
I. L'âge médian était de 13 ans (min. 5 ans
max. 18 ans), les patients étaient majoritairement de sexe
masculin (62 %).
La tumeur primitive était localisée aux membres inférieurs
dans la majorité des cas (21 cas) et, plus rarement, aux membres
supérieurs (5 cas) ou aux os plats (3 cas). En anatomopathologie,
il s'agissait d'ostéosarcomes à différenciation ostéoblastique
dans 17 cas (soit 59 % des patients), chondroblastique dans 4 cas (14
%) et mixte dans 5 cas (17 %). Les trois autres patients étaient
porteurs de tumeurs d'autres types histologiques (2 fibroblastiques, 1
anaplasique).
Vingt-quatre patients (soit 83 %) étaient porteurs de métastases
pulmonaires et 13 (soit 45 %) de métastases osseuses au diagnostic.
Dix-huit patients (soit 62 %) étaient porteurs de métastases
au niveau d'un seul site, dont 13 avec une ou plusieurs métastases
pulmonaires et 5 avec une ou plusieurs métastases osseuses sans
autre atteinte secondaire associée. Onze patients avaient une atteinte
métastatique de deux organes ou plus.
Traitement reçu
La chimiothérapie initialement commencée chez les 29 patients
suivait les recommandations thérapeutiques de la SFOP, proches
de l'OS94. Chez 9 de ces patients le traitement préopératoire
a été modifié devant une absence de réponse
clinique ou radiologique (que la progression soit objective, prouvée
par l'imagerie ou seulement subjective par une aggravation des signes
cliniques liés à la tumeur primitive ou aux métastases).
Vingt patients ont donc été traités en préopératoire
selon les recommandations de la SFOP (figure
1). Au total, une réponse clinique ou radiologique au traitement
néoadjuvant a été observée chez 20 patients
sur 29 en préopératoire (soit 69 %).
La chirurgie de la tumeur osseuse primitive a été réalisée
selon les règles chirurgicales des ostéosarcomes non métastatiques.
Vingt-trois patients ont été opérés avec 20
chirurgies conservatrices. L'exérèse a été
complète dans 22 cas et incomplète chez un patient dont
les limites de section n'étaient pas en zone saine ; il s'agissait
d'un patient bon répondeur sur le plan histologique. Une radiothérapie
adjuvante de 56 grays a donc été réalisée
en fin de traitement sur la zone « douteuse ». Ce patient est
décédé en rechute métastatique pulmonaire
de sa maladie, sans récidive locale. Six patients n'ont pas été
opérés, 5 du fait de la progression de la maladie sous chimiothérapie
et 1 était perdu de vue avant le traitement chirurgical.
La chirurgie des métastases avait pour but une résection
complète de tous les sites tumoraux au niveau pulmonaire ou osseux.
Quinze patients ont été opérés de leurs métastases
(chirurgie au niveau de deux sites métastatiques dans 3 cas, au
niveau d'un seul site dans 12 cas), avec une exérèse complète
dans les deux tiers des cas (il s'agissait de métastases pulmonaires
dans 6 cas, osseuses dans 3 cas et associées dans le dernier cas).
Cinq patients n'ont pas été opérés de leurs
métastases pulmonaires puisqu'ils étaient en rémission
radiologique après la chimiothérapie première.
Réponse au traitement
La réponse histologique a été étudiée
au niveau de la tumeur primitive sur 23 patients opérés
: 11 (soit 48 %) étaient bons répondeurs (BR). Sur ces 11
patients, 9 ont reçu la même chimiothérapie, 2 un
schéma différent du fait de la progression secondaire des
sites métastatiques sous traitement. Les mauvais répondeurs
(MR) ont tous reçu un traitement postopératoire différent
du traitement préopératoire.
En fin de traitement, la réponse clinique était la suivante
: 16 patients (soit 55 % du total) en réponse complète (RC),
3 (soit 10 %) en rémission partielle (RP) et 9 (soit 31 %) avec
une maladie progressive (MP), un ayant été perdu de vue
en cours de traitement.
La survie globale (SG) était de 26 % à 5 ans, avec une
médiane à 27 mois, la survie sans progression (SSP) de 14
% à 5 ans avec une médiane à 14 mois (figures
2 et 3).
Un deuxième patient a été perdu de vue en cours
de suivi, après l'arrêt du traitement. Les deux perdus de
vue sont retournés dans leur pays d'origine et sont probablement
décédés car aucun n'était en rémission
complète. Aux dernières nouvelles, parmi les 8 patients
survivants restant, 4 étaient en RC1 avec plus de 32 mois de recul
(recul médian : 48 mois) et 4 étaient en deuxième
RC (RC2) avec 7 ans de recul après rechute pour 2 patients, et
seulement 3 et 8 mois pour les 2 autres (recul médian de 51 mois).
À noter que, parmi les 4 patients vivants en RC1, 3 étaient
porteurs de métastases osseuses : 2 avaient eu une chirurgie complète
de tous les sites métastatiques et le troisième une radiothérapie
au niveau de ses métastases inextirpables (irradiation à
45 gy de D11 à L1 et de L5 à S2 en fin de traitement).
Parmi les 3 patients porteurs de tumeurs localisées aux os plats,
1 est survivant après chirurgie complète au niveau des sites
primitifs et métastatiques osseux. Les deux autres patients sont
décédés sans avoir pu bénéficier d'une
chirurgie d'exérèse complète.
Cinq patients étaient porteurs de métastases osseuses
isolées au diagnostic (tableau
II). Ils étaient âgés de 10 à 15 ans
au diagnostic (médiane 13 ans), et on ne retrouvait pas de localisation
particulière de la tumeur primitive, ni de particularités
quant à sa taille ou au taux de LDH. L'histologie était
banale : il s'agissait de tumeurs ostéoblastiques dans quatre cas
et chondroblastique dans un cas. Pour quatre de ces patients l'exérèse
chirurgicale de tous les sites tumoraux a été complète,
le cinquième a eu un traitement complémentaire par radiothérapie
au niveau des sites inopérables. Trois de ces cinq patients, dont
celui n'ayant pas eu de résection chirurgicale complète,
étaient vivants en RC1 aux dernières nouvelles avec un recul
de 40 à 76 mois.
Treize patients étaient porteurs de métastases pulmonaires
isolées au diagnostic avec un nombre de nodules détectés
à la TDM pulmonaire variant de 1 à 50 (12 patients avaient
moins de 10 nodules visibles). L'âge de ces patients au diagnostic
variait de 6 à 18 ans (médiane 13 ans). L'histologie était
ostéoblastique, chondroblastique ou mixte. Le traitement a comporté
une chimiothérapie initiale dans 13 cas, puis une résection
de la tumeur primitive dans 12 cas avec une thoracotomie pour ablation
complète des métastases dans 6 cas (à noter que 5
patients n'ont pas été opérés du fait de la
complète régression de leurs métastases sous chimiothérapie).
Parmi ces 13 patients, 5 étaient vivants aux dernières nouvelles
(hors perdus de vue), dont 1 en RC1 (ce patient avait été
opéré de ses métastases) et 4 en RC2 (après
une rechute sous forme métastatique pulmonaire), avec un recul
de 12 à 95 mois entre le diagnostic ou la rechute et les dernières
nouvelles.
Cinq patients ont reçu une intensification thérapeutique
par chimiothérapie à haute dose (thiotepa) avec réinjection
de cellules souches hématopoïétiques. Tous les patients
traités par intensification thérapeutique sont décédés,
de la progression de leur maladie et non de toxicité.
Facteurs pronostiques de la survie
Ni l'âge (et ce, quelle que soit la limite d'âge considérée
: ± 10 ou 13 ans), ni le site et la taille de la tumeur ne sont des
facteurs pronostiques de la survie dans cette série. En analyse
univariée, le nombre de métastases pulmonaires (< ou
= à 8 versus > 8), le nombre de sites métastatiques
(un seul versus plusieurs), l'exérèse complète
des métastases sont des facteurs pronostiques de la SG et de la
SSP (tableau III). En
revanche, la localisation des sites métastatiques n'est pas pronostique
de la survie, alors que la plupart des auteurs considèrent que
le pronostic des formes métastatiques osseuses est plus sombre
que celui des formes avec métastases pulmonaires seules. Dans cette
étude, 75 % des quatre patients vivants en première rémission
complète étaient initialement atteints d'une maladie métastatique
au niveau osseux.
Discussion
L'ostéosarcome métastatique a longtemps été
considéré comme une « cause perdue » puisque sa
survie à long terme était nulle jusqu'aux années
1980. Les premiers travaux, comme ceux de Rosen et al. en 1978
[1], ont étudié sans les séparer les rechutes métastatiques
et les localisations initiales métastatiques. Ils concluaient que
seul un traitement agressif permettait une augmentation de la durée
de survie. Le premier article s'intéressant seulement aux métastases
initiales de la maladie est à notre connaissance celui de Marina
et al. en 1992 [2], montrant qu'avant 1982 tous les patients métastatiques
au diagnostic décédaient, puis que l'intensification des
traitements (chimiothérapiques et chirurgicaux) augmentait la survie
de 0 à 30 % à 2 ans. Il semble maintenant clair que l'espérance
de vie des patients métastatiques a augmenté au fil des
années du fait de l'amélioration conjointe des méthodes
thérapeutiques et diagnostiques [2].
Notre série est comparable à celles déjà
publiées [2-6] en de nombreux points :
âge, histologie, localisations tumorales initiale et métastatique,
survie : les chiffres observés (SG de 26 % et SSP de 14
% à 5 ans) sont superposables à ceux de la littérature
lorsque l'on considère les séries comprenant tous les sites
métastatiques [3, 5-7] et non seulement les métastases pulmonaires
[2, 4] : la SSP varie à 5 ans de 14 à 45 % et la SG de 11
à 53 %.
Les facteurs pronostiques sont ceux reconnus dans la littérature
pour les ostéosarcomes non métastatiques : l'âge [8-10],
la taille initiale de la tumeur [8], la localisation de la tumeur [8-11],
les taux sériques de LDH et de PAL [8, 11], la présence
de métastases, la réponse histologique à la chimiothérapie
[8, 9, 11], la concentration sérique du méthotrexate [12]
et le sous-type histologique [9, 13]. Le principal facteur retrouvé
en analyse multivariée est la réponse histologique [14].
Les facteurs pronostiques des ostéosarcomes métastatiques
au diagnostic ne sont pas identiques puisque l'on retrouve principalement
: l'âge [3], le site des métastases (les métastases
osseuses étant de très mauvais pronostic [3, 5, 6]), le
nombre de nodules pulmonaires métastatiques et leur caractère
uni ou bilatéral [3, 5], la réponse histologique [3] et
la qualité de l'exérèse chirurgicale [2-4]. L'influence
du site de la tumeur primitive et des marqueurs biologiques est plus discutée
[3].
Dans notre étude, l'âge, la localisation des métastases
et la réponse histologique ne sont pas des facteurs pronostiques
significatifs ; cependant ces résultats sont à considérer
avec réserve puisqu'il s'agit d'une petite série.
Dans la littérature, le nombre de métastases pulmonaires
et le nombre de lobes pulmonaires atteints ont été admis
comme facteur pronostique avec une limite significative à 8 nodules
pulmonaires le plus souvent [5], ce critère pronostique est confirmé
ici en SG comme en SSP. Notre étude diffère cependant des
publications antérieures lorsque l'on considère les patients
porteurs de métastases osseuses. Tous les travaux réalisés
jusqu'à présent ne retrouvaient aucun patient survivant
à long terme initialement porteur d'atteintes osseuses secondaires
[6, 8, 15-17]. Ici, trois des quatre patients vivants en première
RC, avec un recul de 3 à 5 ans, étaient porteurs de métastases
osseuses au diagnostic sans autre atteinte métastatique concomitante.
Il n'y a à notre connaissance pas d'autre cas de survie longue
avec métastases osseuses dans la littérature. Cette différence
majeure de pronostic est probablement liée à une plus grande
agressivité des traitements et à une amélioration
des techniques diagnostiques, notamment d'imagerie.
L'analyse des dossiers des cinq patients porteurs d'ostéosarcomes
avec métastases osseuses (tableau
II) pose la question de la différence entre métastases
osseuses et ostéosarcomatose. Les deux patients décédés
étaient porteurs de multiples atteintes osseuses, contrairement
aux trois autres dont les lésions étaient plus limitées
: s'agit-il de deux maladies différentes ?
Les travaux de Huvos et Rosen [18, 19] ont permis une grande avancée
thérapeutique car ils introduisent la notion d'adaptation du traitement
à la réponse tumorale microscopique. À l'ère
des nouvelles techniques diagnostiques (immunohistochimie, cytogénétique,
biologie moléculaire et autres), n'existe-t-il pas de nouveaux
facteurs pronostiques biologiques de l'ostéosarcome ? De nombreuses
recherches sont en cours à travers le monde, étudiant par
exemple l'expression de différentes molécules au niveau
tumoral comme HER2/erbB2 [20, 21] dont la surexpression serait corrélée
à une diminution de la SSP, et la glycoprotéine P (ou phénotype
multi-drug resistance : MDR) dont l'expression serait corrélée
à un échec de traitement [22].
Tous ces éléments pourront probablement être utilisés
ultérieurement en routine permettant un traitement adapté
aux différents types d'ostéosarcomes ainsi déterminés
grâce aux facteurs biologiques : soit par de nouvelles méthodes
de traitement adaptées à ces découvertes biologiques
(anticorps anti-oncogènes par exemple, comme on les utilise déjà
dans le traitement du cancer du sein avec l'herceptine), soit par intensification
des traitements par chimiothérapies à haute dose.
Actuellement, les indications de chimiothérapie à haute
dose ne sont pas codifiées chez les patients porteurs d'ostéosarcomes
métastatiques et les décisions thérapeutiques sont
subjectives, adaptées à chaque patient. Les armes thérapeutiques
à notre disposition sont pourtant intéressantes puisque
le thiotépa à haute dose semble donner des résultats
encourageants [23, 24] avec une toxicité acceptable, même
si, dans notre série, il n'y a pas de bénéfice à
recevoir une intensification thérapeutique. Ces résultats
sont à interpréter avec prudence, les indications ayant
été réservées aux patients de particulièrement
mauvais pronostic (métastases multiples, mauvais répondeurs,
maladies progressives sous chimiothérapie conventionnelle) dans
le cadre d'un essai de phase II. Par ailleurs, l'utilisation du méthotrexate
à haute dose dans les formes métastatiques a récemment
été remise en cause puisqu'il existerait une surexpression
des mécanismes de résistance au niveau des cellules métastatiques
[25].
Il faut cependant souligner l'importance majeure du traitement local
des lésions ostéosarcomateuses autant au niveau de la tumeur
primitive que des lésions métastatiques : sept des huit
patients survivants de l'étude ont eu une chirurgie complète
de tous leurs sites tumoraux et, pour la huitième patiente, le
traitement local a comporté une radiothérapie au niveau
du site métastatique inextirpable.
Aucun protocole de traitement des ostéosarcomes métastatiques
n'a été publié et analysé spécifiquement
et les principales études sur ce sujet sont rétrospectives
[28, 29]. À la vue des données de la littérature
et de notre série, il semble évident que seul un protocole
thérapeutique randomisé comparant les différents
types de traitement (chimiothérapie avec méthotrexate versus
chimiothérapie sans méthotrexate par exemple) et étudiant
le rôle de l'intensification permettrait de remédier à
ce problème. L'ostéosarcome métastatique de l'enfant
est une maladie rare (environ 60 à 70 cas en 10 ans en France [6])
et, de ce point de vue, l'inclusion d'un nombre suffisant de patient imposera
d'effectuer une étude internationale.
Patients et méthodes
Les patients
Les listes de patients porteurs d'ostéosarcomes diagnostiqués
entre janvier 1990 et décembre 1998 ont été établies
dans chacun des centres concernés (Institut Gustave-Roussy, Centre
Léon-Bérard et Institut Curie). Les dossiers des patients
métastatiques au diagnostic ont été réunis
et revus. Durant cette période, 35 patients ont été
traités dans les services de pédiatrie des trois centres.
Six patients n'ont pas été retenus car traités selon
un schéma thérapeutique différent. Au total l'étude
porte donc sur 29 patients. Il ne s'agissait dans aucun cas d'ostéosarcome
secondaire survenant dans un champ d'irradiation ou sur maladie osseuse
préexistante (maladie de Paget). Deux patients ont été
perdus de vue : l'un en cours de traitement et le deuxième après
rechute avec une maladie évolutive.
Le diagnostic
Dans tous les cas, le diagnostic d'ostéosarcome a reposé
sur l'analyse histologique d'une biopsie de la tumeur primitive. Les métastases
ont été diagnostiquées par l'association de différentes
techniques d'imagerie adaptées à chaque patient. Tous les
patients ont bénéficié d'une radiographie pulmonaire,
de radiographies standard de la tumeur primitive, d'une scintigraphie
osseuse marquée au technetium 99m, d'une tomodensitométrie
(TDM) pulmonaire, d'une imagerie par résonance magnétique
nucléaire (IRM) ou d'une TDM au niveau de la tumeur primitive et
d'éventuelles zones osseuses suspectes cliniquement ou à
la scintigraphie. Il n'y a pas eu dans la plupart des cas de biopsie de
la localisation suspecte de métastase afin d'en confirmer le caractère.
Les lésions nodulaires uniques d'un diamètre inférieur
à 5 mm retrouvées seulement sur la TDM et non en scintigraphie
et les skip métastases n'ont pas été considérées
comme des métastases. La taille de la tumeur primitive a été
évaluée sur la radiographie simple par la mesure du plus
grand diamètre de la tumeur, et sur l'IRM par calcul du volume
après mesure des trois dimensions principales.
Le traitement
Les 29 patients ont tous été traités par une chimiothérapie
en association avec un geste chirurgical lorsque celui-ci s'avérait
réalisable (n = 23).
Tous les patients ont reçu la chimiothérapie préopératoire
de l'étude OS94 (figure
4) associant les principaux agents antimitotiques ayant une efficacité
reconnue dans le traitement de l'ostéosarcome : méthotrexate,
adriamycine, vépéside et ifosfamide. Ces patients ont bien
été enregistrés dans l'étude OS94, mais les
données de ceux présentant des métastases au diagnostic
n'ont pas été exploitées.
L'objectif de la chirurgie après chimiothérapie première
était curatif avec :
la résection complète de la tumeur primitive selon
les règles chirurgicales des ostéosarcomes non métastatiques
: résection en bloc avec marges saines et chirurgie conservatrice
en l'absence de risque carcinologique ;
la résection des métastases osseuses suivant des
règles identiques ;
la résection des métastases pulmonaires de façon
la plus complète possible, de la lobectomie (pour des lésions
unilatérales et circonscrites) aux métastasectomies multiples,
avec une TDM thoracique de contrôle en postopératoire.
La chronologie des différentes interventions était adaptée
à chaque patient, mais, dans la plupart des cas, l'exérèse
de la tumeur primitive et celle des sites métastatiques se sont
déroulées à quelques jours d'intervalle, et ont été
plus rarement entrecoupées par une cure de chimiothérapie
« d'attente » par méthotrexate à haute dose.
Le système de gradation de réponse histologique a été
fondé sur l'analyse anatomopathologique de la pièce d'exérèse
de la tumeur, en considérant le nombre de cellules tumorales viables
résiduelles selon la méthode de Huvos [18]. Les grades histologiques
sont les suivants :
Grade IV : aucune cellule tumorale viable,
Grade III : moins de 5 % de cellules viables.
Par extension, la plupart des auteurs définissent les bons répondeurs
(BR) comme ayant moins de 10 % de cellules tumorales viables, les autres
patients étant mauvais répondeurs (MR) [8].
Grade II : 5 à 50 % de cellules viables,
Grade I : plus de 50 % de cellules viables.
Les recommandations de traitement des ostéosarcomes non métastatiques
par la SFOP prévoient d'adapter le traitement postopératoire
en fonction de la réponse histologique après la première
phase de chimiothérapie. Ainsi, si le patient est BR, la même
association d'antimitotiques peut être poursuivie ; en revanche,
en cas de mauvaise réponse, il est convenu d'introduire de nouveaux
médicaments (figure 4).
L'efficacité du traitement a été jugée de
deux manières : 1) il a été admis qu'il existait
une réponse clinique dès qu'une amélioration de la
symptomatologie (douleurs, boiterie, masse palpable) et de l'état
général était notée ; et 2) le statut des
patients en fin de traitement a été évalué
cliniquement et par l'imagerie avec les critères suivants : rémission
complète (RC : disparition de tous les sites tumoraux), rémission
partielle (RP : diminution de plus de 50 % des volumes tumoraux), réponse
mineure (RM : diminution entre 25 % et 50 % des volumes tumoraux), maladie
stable (MS : diminution de moins de 25 % des volumes tumoraux), maladie
progressive (MP : augmentation de taille de l'un des sites tumoraux ou
apparition de nouvelles lésions).
Des radiographies et TDM pulmonaires ainsi que des scintigraphies osseuses
de surveillance ont été réalisées régulièrement
selon les recommandations du protocole OS94 et des SOR [8].
Analyse statisstique
La survie globale (SG) a été calculée à
partir de la date de prise en charge thérapeutique jusqu'à
la date de décès ou de dernières nouvelles. La survie
sans progression (SSP) a été calculée à partir
de la date de début de traitement jusqu'à la date des examens
ou des symptômes témoignant d'une évolution de la
maladie. La valeur pronostique en termes de survie des critères
suivants a été examinée en analyse univariée
: âge, taille de la tumeur primitive, nombre de sites métastatiques
et de nodules pulmonaires, localisation des sites métastatiques,
chirurgie complète des métastases, réponse histologique
au niveau de la tumeur primitive, statut en fin de traitement. Les courbes
de survie ont été réalisées selon la méthode
de Kaplan-Meier [26] et comparées par le test du Log-rank [27].
REFERENCES
1. Rosen G, Huvos GH, Mosende C, Beattie EJ, Exelby PR, Capparos
B, et al. Chemotherapy and thoractomy for metastatic osteogenic
sarcoma. Cancer 1978 ; 41 : 841-9.
2. Marina NM, Pratt CB, Rao BN, Shema SJ, Meyer WH. Improved
prognosis of children with osteosaroma metastatic to the lung(s) at the
time of diagnosis. Cancer 1992 ; 70 : 2722-7.
3. Meyers PA, Heller G, Healey JH, Huvos A, Applewhite A, Sun
M, et al. Osteogenic sarcoma with clinically detectable metastasis
at initial presentation. J Clin Oncol 1993 ; 11 : 449-53.
4. Bacci G, Mercuri M, Briccoli A, Ferrari S, Bertoni F, Donati
D, et al. Osteogenic sarcoma of the extremity with detectable lung
metastases at presentation. Cancer 1997 ; 79 : 245-54.
5. Harris MB, Gieser P, Goorin AM, Ayala A, Shochat SJ, Ferguson
WS, et al. Treatment of metastatic osteosarcoma at diagnosis :
a Pediatric Oncology Group Study. J Clin Oncol 1998 ; 16 : 3641-8.
6. Pacquement H, Kalifa C, Fagnou C, Demaille MC, Brunat-Mentigny
M, Sariban E, et al. Metastatic osteogenic sarcoma at diagnosis.
Study of 73 cases from the french society of pediatric oncology between
1980 and 1990. Med Pediatr Oncol 1996 ; 27 : 264.
7. Kaste SC, Pratt CB, Cain AM, Jones-Wallace DJ, Rao BN. Metastases
detected at the time of diagnosis of primary pediatric extremity osteosarcoma
at diagnosis : imaging features. Cancer 1999 ; 86 : 1602-8.
8. Philip T, Blay JY, Brunat-Mentigny M, Carrie C, Chauvot P,
Farsi F, et al. Standards, options and recommandations for diagnosis,
treatment and follow-up of osteosarcoma. Bull Cancer 1999 ; 86
: 159-76.
9. Hudson M, Jaffe MR, Jaffe N, Ayala A, Raymond K, Carrasco
H, et al. Pediatric osteosarcoma : therapeutic strategies, results,
and prognosis factors derived from a 10-year experience. J Clin Oncol
1990 ; 8 : 1988-97.
10. Philip T, Iliescu C, Demaille MC, Pacquement H, Gentet JC,
Krakowski I, et al. High-dose methotrexate and HELP [Holoxan (ifosfamide),
Eldesine (vindesine), Platinum]-doxorubicin in non metastatic osteosarcoma
of the extremity : a french multicentre pilot study. Ann Oncol
1999 ; 10 : 1065-71.
11. Meyers PA, Heller G, Healey J, Huvos A, Lane J, Marcove R,
et al. Chemotherapy for non metastatic osteogenic sarcoma : the
memorial Sloan-Kettering experience. J Clin Oncol 1992 ; 10 : 5-15.
12. Delepine N, Delepine G, Bacci G, Rosen G, Desbois JC. Influence
of methotrexate dose intensity on outcome of patients with high grade
osteogenic osteosarcoma. Cancer 1996 ; 78 : 2127-35.
13. Bacci G, Ferrari S, Delepine N, Bertoni F, Picci P, Mercuri
M, et al. Predictive factors of histologic response to primary
chemotherapy in osteosarcoma of the extremity : study of 272 patients
preoperatively treated with high dose methotrexate, doxorubicin, and cisplatin.
J Clin Oncol 1998 ; 16 : 658-63.
14. Davis AM, Bell RS, Goodwin PJ. Prognostic factors in osteosarcoma
: a critical review. J Clin Oncol 1994 ; 12 : 423-31.
15. David Jones R, Reid R, Balakrishnan G, Barrett A. Multifocal
synchronous osteosarcoma : the scottish bone tumour registry experience.
Med Pediatr Oncol 1993 ; 21 : 111-6.
16. Kempf-Bielack B, Erttmann R, Schwenzer D, Winkler K, Bielack
S. Osteosarcoma with primary bone metastases. SIOP XXX meeting, Yokohama,
Japan. Med Pediatr Oncol 1998 ; 31 : 266 (abstract).
17. Taccone A, Di Stadio M, Oliveri M, Oddone M, Occhi M. Multifocal
synchronous osteosarcoma. Eur J Radiology 1995 ; 20 : 43-5.
18. Huvos AG, Rosen G, Marcove R. Primary osteogenic sarcoma
: pathologic aspects in 20 patients after treatment with chemotherapy
en bloc resection and prosthetic bone replacement. Arch Pathol Lab
Med 1977 ; 101 : 14-8.
19. Rosen G, Caparros B, Huvos AG, Kosloff C, Nirenberg A, Cacavio
A, et al. Preoperative chemotherapy for osteogenic sarcoma : selection
of postoperative adjuvant chemotherapy based on the response of the primary
tumor to preoperative chemotherapy. Cancer 1982 ; 49 : 1221-30.
20. Gorlick R, Huvos AG, Heller G, Aledo A, Beardsley GP, Healey
JH, et al. Expression of HER2/erbB2 correlates with survival in
osteosarcoma. J Clin Oncol 1999 ; 17 : 2781-8.
21. Onda M, Matsuda S, Higaki S, Iijima T, fukushima J, Yokokura
A, et al. ErbB-2 expression is correlated with poor prognosis for
patients with osteosarcoma. Cancer 1996 ; 77 : 71-8.
22. Chan HS, Grogan TM, Haddad G, DeBoer G, Ling V. P-glycoprotein
expression : critical determinant in the response to osteosarcoma chemotherapy.
J Nat Cancer Inst 1997 ; 89 : 1706-15.
23. Lucidarme N, Valteau-Couanet D, Oberlin O, D Couanet, Kalifa
C, Beaujean F, et al. Phase II study of high-dose thiotepa and
hematopoietic stem cell transplantation in children with solid tumors.
Bone Marrow transplant 1998 ; 22 : 535-40.
24. Miniero R, Brach Del Prever A, Vassallo E, Nesi F, Busca
A, Fagioli F, et al. Feasability of high-dose chemotherapy and
autologous peripheral blood stem cell transplantationin children with
high grade osteosarcoma. Bone marrow transplant 1998 ; 22 (suppl.
5) : 37-40.
25. Guo W, Healey JH, Meyers PA, Ladanyi M, Huvos AG, Bertino
JR, et al. Mechanisms of methotrexate resistance in osteosarcoma.
Clin Cancer Res 1999 ; 5 : 621-7.
26. Kaplan EL, Meier P. Nonparametric estimation from incomplete
observations. J Am Stat Assoc 1958 ; 53 : 457-81.
27. Mantel N. Evaluation of survival data and two new rank order
statistics arising in its consideration. Cancer Chemother Rep 1966
; 50 : 163-70.
28. Rosen G. Neoadjuvant chemotherapy for osteogenic sarcoma
: a model for the treatment of other highly malignant neoplasms. Recent
Results Cancer Res 1986 ; 103 : 148.
29. Kalifa C, Mlika N, Dubousset J, Contesso G, Vanel D, Lumbroso
J. Experience du protocole T10 dans le service de pédiatrie de
l'institut Gustave-Roussy. Bull Cancer 1988 ; 75 : 207-11.
30. Rosen G. Neoadjuvant chemotherapy for osteogenic sarcoma
: a model for the treatment of other highly malignant neoplasms. Recent
Results Cancer Res 1986 ; 103 : 148-57.
|