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Obscures [1], occultes [2] ou clandestines [3], pressenties par certains
comme étant un facteur important pour le pronostic et le traitement
du cancer du sein [4-6], les micrométastases suscitent un regain
d'intérêt, tant chez les anatomopathologistes que chez les
cliniciens et les biologistes. En effet, sous réserve d'un consensus
sur leur définition et d'une standardisation de leurs méthodes
de détection, leur prise en compte dans le cancer du sein, comme
dans d'autres localisations telles que les cancers digestifs, pourrait
modifier la prise en charge thérapeutique de ces cancers dans les
prochaines années.
Un changement d'attitude thérapeutique nécessite au préalable
la démonstration que la présence de micrométastases
au niveau ganglionnaire axillaire et/ou ostéo-médullaire
est un facteur pronostique de survie, indépendant des autres facteurs
reconnus et dont le plus important demeure le statut ganglionnaire.
La recherche de micrométastases ganglionnaires axillaires est
d'autant plus souhaitable que le curage axillaire n'est pas prescrit dans
un but uniquement thérapeutique mais pronostique. De plus, le prélèvement
du ganglion sentinelle ne pourra supplanter le curage ganglionnaire, pour
les femmes indemnes de métastases, que si la recherche de micrométastases,
par l'immunohistochimie aujourd'hui et la biologie moléculaire
demain, permet de définir un groupe de patientes justiciables sans
risque d'une désescalade chirurgicale et/ou thérapeutique
[7], à l'instar des conférences de consensus qui ont exclu
le curage axillaire dans le traitement des carcinomes canalaires in
situ. Dans la mesure où les tumeurs de petite taille décelées
par les mammographies de dépistage sont plus nombreuses et où
les indications de la chimiothérapie adjuvante s'élargissent,
les indications du curage axillaire pourraient être dans certains
cas récusées, ce qui réduirait la morbidité
liée à ce geste chirurgical. De même, si la présence
de micrométastases ostéo-médullaires s'avérait
être un autre facteur pronostique indépendant, elle pourrait
modifier aussi l'approche thérapeutique de ce cancer dont la diffusion
osseuse est particulièrement redoutée.
Définition
Les micrométastases correspondent à des foyers de cellules
tumorales de moins de 2 mm de diamètre dans leur plus grande dimension,
situées au contact des parois vasculaires qu'elles envahissent
et qui provoquent, en dehors des vaisseaux sanguins ou lymphatiques, une
stroma-réaction et une prolifération cellulaire [8, 9].
Elles sont à distinguer des cellules tumorales isolées,
détectées par immunocytochimie dans les ganglions, le sang
ou les liquides de lavage des séreuses, dont la signification évolutive
est encore plus mal connue. De même, les micrométastases
doivent être différenciées de la maladie résiduelle,
qui s'applique en particulier aux hémopathies malignes et dont
la recherche fait appel aux techniques de cytogénétique,
de biochimie et de biologie moléculaire.
Les micrométastases sont recherchées surtout dans les
ganglions et la moelle osseuse. Elles nécessitent un examen histopathologique
approfondi avec coupes sériées, complété par
une recherche immunohistochimique.
Il serait prématuré d'envisager l'apport des techniques
de biologie moléculaire dans la détection des micrométastases
d'origine mammaire [10]. Seules les micrométastases ganglionnaires
et ostéo-médullaires qui ont fait l'objet de nombreuses
études seront ici analysées.
Les micrométastases ganglionnaires axillaires
L'évaluation de l'envahissement ganglionnaire axillaire chez
une femme présentant un cancer du sein a été initialement
clinique. Mais environ 40 % des patientes N0 sont en réalité
N+ [3]. L'évaluation est donc devenue histologique et
chirurgicale, avec examen histologique de tous les ganglions prélevés
par le chirurgien. Toutefois, 16 % en moyenne des femmes sans envahissement
ganglionnaire axillaire à l'examen histologique standard récidivant
dans les 5 ans [11]. Les valeurs prédictives d'un curage ganglionnaire
sont donc insuffisantes, sauf à admettre que les relais ganglionnaires
axillaires ne sont pas une étape majeure dans la diffusion d'un
cancer du sein. D'autres techniques sont nécessaires pour mieux
cibler les femmes à risque de récidive et donc justiciables
d'un traitement complémentaire. La première stratégie
consiste à dépister les micrométastases ganglionnaires.
Prévalence
La prévalence des micrométastases ganglionnaires axillaires
varie de 7 à 45 %, en fonction des critères de définition,
des techniques histologiques et de la sélection des patientes et
de leurs tumeurs. Les pourcentages publiés doivent de ce fait être
interprétés avec prudence et de manière critique.
En 1990, dans une revue de la littérature remontant à 1948,
les taux de métastases ganglionnaires axillaires occultes varient
de 9 à 33 % [12]. La prévalence des micrométastases
ganglionnaires dépend des techniques histologiques de recherche,
des techniques de prélèvement et des caractéristiques
de la tumeur mammaire.
* Techniques histologiques
Les techniques histologiques ne peuvent explorer la totalité
du parenchyme ganglionnaire de chacun des ganglions prélevés,
dans les conditions habituelles d'analyse. La relecture des coupes histologiques
permet parfois de trouver des foyers de cellules tumorales passés
inaperçus. Il en est ainsi pour 2,6 % des ganglions, selon une
revue de la littérature [13].
Les coupes sériées sur la totalité des ganglions
inclus augmentent la quantité de tissu à reconnaître
et permettent de déceler un plus grand nombre de cellules tumorales
[2]. Dans une revue de la littérature regroupant 2 400 femmes présentant
un cancer du sein sans métastases ganglionnaires avec les techniques
standard, 13 % ont, après relecture et coupes sériées,
un envahissement ganglionnaire [14]. Le taux est de 7 % dans l'importante
série de Cote et al. [6].
L'immunohistochimie (IHC) s'avère particulièrement
performante dans la recherche des micrométastases puisqu'elle associe
une réaction immunologique spécifique et un contrôle
morphologique des cellules immunoréactives (tableau
I). Ainsi, de 10 à 30 % des ganglions considérés
comme N avec les techniques histologiques standard deviennent
positifs après immunohistochimie, par la présence de cellules
tumorales immunoréactives, isolées ou regroupées
en microfoyers de taille variable (tableau
II). Dans la série de Cote et al. [6], le taux de
conversion est de 20 %. Toutefois, les cellules immunoréactives
peuvent être soit regroupées en microfoyers qui constituent
des micrométastases, soit isolées, en nombre variable et
plus souvent en petit nombre (moins de 100 cellules). Dans certaines séries,
les cellules immunoréactives se répartissent pour moitié
en micrométastases et pour l'autre moitié en cellules tumorales
isolées. Dans la publication de McGuckin et al. [15], la
plupart des métastases sont confinées à la capsule
et à l'espace sous-capsulaire et, dans 42 cas sur 53, elles mesurent
moins de 1 mm. Elles sont observées dans un seul ganglion dans
40 des 53 ganglions HIC+. Dans une autre étude, 70 %
des patientes ayant des métastases occultes révélées
par immunohistochimie ont un seul ganglion pathologique [6].
L'association des deux techniques, les coupes sériées
et l'immunohistochimie, pourrait être recommandée pour rechercher
des micrométastases ganglionnaires, en présence de curage
N (pN0) en technique standard [16, 17].
Faute de consensus, les estimations de prévalence des micrométastases
ganglionnaires des cancers mammaires ne peuvent être que relatives
aux critères de définition et aux techniques de détection
retenus par chaque auteur.
La prévalence réelle des micrométastases ganglionnaires,
selon les critères de l'UICC, demeure encore difficile à
déterminer. Les techniques de biologie moléculaire, en PCR
ou en RT-PCR, sont susceptibles d'améliorer la sensibilité
des méthodes de recherche, grâce à des marqueurs spécifiques
du tissu ou de la tumeur en cause [18]. Mais elles ne peuvent confirmer
la structure en microfoyers des cellules tumorales et le risque de faux
positifs est élevé pour certaines techniques.
* Ganglions sentinelles
La classification des tumeurs mammaires en stade N
ou N+ est d'autant plus exacte que le nombre de ganglions prélevés
et le nombre de coupes examinées pour chaque ganglion sont plus
élevés. Cependant ces dix dernières années
ont vu surgir les techniques de prélèvement ganglionnaire
limité aux seuls ganglions sentinelles. En contrepartie, il est
indispensable que la totalité du ganglion soit examinée
en coupes sériées et en immunohistochimie pour les ganglions
N. Les techniques d'immunohistochimie se prêtent
encore mal à la détection peropératoire des micrométastases.
Dans la série initiale de Giuliano et al. [19], regroupant
162 ganglions sentinelles, une micrométastase est observée
dans 26 des 68 ganglions axillaires envahis. Parmi ces 26 ganglions, 11
micrométastases ont été identifiées par la
seule immunohistochimie.
La prévalence des micrométastases dans les ganglions sentinelles
varie selon les critères de définition, les techniques de
recherche et les caractéristiques des tumeurs. Elle est estimée
à 10-30 % (tableau II).
Dans deux séries françaises [15, 16], 26 % et 32 % respectivement
des ganglions sentinelles, négatifs en technique histologique standard,
deviennent positifs après coupes sériées et immunohistochimie.
Dans celle de Dowlatshahi et al. [20], sur 52 ganglions sentinelles
négatifs, 12 présentent des micrométastases et 12
autres des cellules tumorales isolées. Selon une revue de la littérature,
des micrométastases sont identifiées dans 4,1 % des ganglions
sentinelles et 0,35 % des ganglions non sentinelles [13]. Le taux de conversion
est de 10,3 % et toutes les métastases occultes mesurent moins
de 2 mm.
La présence de micrométastases dans le ganglion sentinelle
semble associée à la dimension de la tumeur mammaire. Dans
la publication de Dowlatshahi et al. [20], 6 micrométastases
sont observées parmi 39 tumeurs classées TI et 6 parmi 13
tumeurs T2. Dans la série de Czerniecki et al. [21], les
3 micrométastases ne sont détectées que pour des
tumeurs T2. À l'inverse, dans la série de Reynolds et
al. [22], sur 36 ganglions métastatiques d'une tumeur du sein
classée T1, 18 sont micrométastatiques tandis que, sur 24
ganglions métastatiques d'une tumeur T2, 9 sont micrométastatiques.
Par RT-PCR, il est également possible d'observer des cellules tumorales
exprimant des marqueurs tels que l'ACE (antigène carcino-embryonnaire)
chez 20 à 25 % des patientes, sans métastases ganglionnaires
aux examens histologiques standard [23].
Il est intéressant de souligner que l'absence de micrométastase
dans le ganglion sentinelle est presque toujours associée à
l'absence de métastases dans les autres ganglions axillaires [21-23].
Mais, à l'inverse, la présence de micrométastases
dans le ganglion sentinelle peut être associée à la
présence de métastases dans les autres ganglions. Dans la
série de Turner et al. [24], 24 des 93 patientes ayant une
micrométastase dans un ganglion sentinelle ont aussi des métastases,
sous forme microscopique chez 17 des 24 patientes, dans d'autres ganglions
axillaires. Le risque est significativement associé à la
taille de la tumeur et à une invasion vasculaire lymphatique péritumorale.
Le prélèvement du ganglion sentinelle permet au pathologiste
d'analyser avec des techniques plus sensibles un plus petit nombre de
ganglions [19, 21, 25] et réduit de 8 à 3 % le taux de faux
négatifs dans les études de validation [7]. L'avenir dira
si la présence ou l'absence de micrométastases dans le ganglion
sentinelle est suffisant pour modifier l'approche thérapeutique
chez ces patientes.
* Caractéristiques anatomocliniques des
tumeurs
La prévalence des micrométastases ganglionnaires est principalement
corrélée à la taille de la tumeur mammaire. Elle
est plus élevée pour les tumeurs de plus grande dimension.
Dans la série de Cote et al. [6], qui regroupe 736 patientes
sans envahissement ganglionnaire à l'examen pathologique standard,
16 % des femmes ayant une tumeur classée T1 et 26 % des femmes
ayant une tumeur T2 ont des métastases occultes détectées
par l'immunohistochimie. Néanmoins, parmi les 39 patientes présentant
un carcinome micro-invasif, 6 ont des métastases occultes.
L'association entre micrométastases et type histologique semble
moins étroite, en dehors d'une prévalence élevée
pour les carcinomes lobulaires invasifs, en particulier dans les séries
de Mascarel et al. [26] et de Cote et al. [6] qui regroupent
des patientes sans envahissement ganglionnaire axillaire à l'examen
histologique. Ainsi, les pourcentages de micrométastases ou de
cellules tumorales isolées, en immunohistochimie, sont respectivement
de 41 % et de 39 % pour les carcinomes lobulaires et de 10 % et 19 % pour
les carcinomes canalaires. Dans la série de McGuckin et al.
[15], les pourcentages sont de 38 % et 25 %. Cette différence de
prévalence n'a pas été retrouvée par Bettelheim
et al. [12].
L'association de micrométastases à d'autres paramètres
anatomocliniques et biologiques est mal connue car son étude nécessite
un grand nombre de patientes. Dans la publication de Cote et al.
[6], des cellules immunoréactives sont plus fréquentes chez
les femmes non ménopausées et lorsque les tumeurs sont RE+.
Dans les séries de Bettelheim et al. [12] et de Nasser et
al. [27], l'invasion lymphatique péritumorale dans la tumeur
mammaire est plus souvent associée à la présence
de micrométastases détectées par immunohistochimie.
La prévalence relativement élevée des micrométastases
ganglionnaires remet en cause les résultats des examens histologiques
standard. Coupes sériées et immunohistochimie évaluent
avec plus de précision l'envahissement macro- et surtout microscopique,
dans les ganglions prélevés par curage et plus encore dans
le ganglion axillaire sentinelle. Il reste à déterminer
si ces techniques plus longues et onéreuses fournissent des informations
utiles aux malades et nécessaires au choix de leur traitement.
Il demeure indispensable pour l'instant de ne pas confondre micrométastases
et cellules immunoréactives isolées.
Pronostic
Le pronostic associé aux micrométastases ganglionnaires
varie selon les séries publiées (tableau
III). Les divergences observées sont principalement liées
aux techniques anatomo-pathologiques, aux protocoles thérapeutiques
ainsi qu'à la qualité et à la durée de la
surveillance.
L'évaluation globale des résultats est rendue difficile
en raison du petit nombre de séries comportant un nombre élevé
de patientes suivies sur une longue durée. En outre, seules les
analyses multivariées permettent de déterminer si les micrométastases
sont un facteur pronostique indépendant.
Une des études pionnières, publiée en 1988 par
Friedman et al. [3], a analysé une série de 1 153
patientes opérées d'un cancer du sein de moins de 7 cm,
N ou avec moins de 4 ganglions envahis. Les métastases
sont recherchées sur coupes pratiquées à 2 mm d'intervalle
et colorations standard. Elles sont dénommées métastases
clandestines lorsqu'elles correspondent à de petits emboles de
cellules tumorales dans les sinus marginaux sous-capsulaires et métastases
parenchymateuses lorsqu'elles siègent dans le parenchyme ganglionnaire.
La présence de métastases occultes et/ou parenchymateuses
augmente le risque de métastases à distance.
La deuxième plus grande série (921 patientes), publiée
par le groupe Ludwig deux ans plus tard [12], confirmait la valeur pronostique
de cette variable, chez des patientes considérées comme
N. Les résultats actualisés après
6 ans de recul retrouvent en analyse multivariée, une corrélation
positive, indépendante de la taille tumorale et de l'invasion vasculaire,
entre la présence de micrométastases parenchymateuses ganglionnaires
et la survie sans récidive et globale [12].
Dans la série de Nasser et al. [27], la présence
de micrométastases ganglionnaires de plus de 0,2 mm est associée
à un risque élevé de récidive et à
une réduction de la survie globale. Néanmoins, en analyse
multivariée, seuls l'envahissement péritumoral lymphatique
et une importante microvascularisation restaient significatifs. La conclusion
de l'auteur était que la présence de ces micrométastases
au sein du ganglion pouvait n'être que le reflet du rôle protecteur
de ce dernier, agissant peut-être comme un filtre physiologique
et responsable d'un phénomène d'immunisation, d'où
peut-être l'explication d'une survie paradoxalement un peu meilleure
chez les patientes ayant des micrométastases dont la taille était
inférieure à 0,2 mm par rapport à celles sans atteinte
tumorale ganglionnaire. La signification des micrométastases de
taille inférieure à 0,2 mm reste toutefois incertaine.
Dans la série de 343 patientes publiée en 1993 par Hainsworth
et al. [28], fondée sur une détection semi-quantitative
par immunoscore, s'il existait une relation proportionnelle en analyse
univariée entre la taille des micrométastases et le nombre
de ganglions atteints par ces dernières, ce facteur pronostique
n'était pas indépendant et disparaissait après ajustement
pour les autres variables (nombre de ganglions, taille de l'atteinte histologique,
âge de la patiente, taille et grade tumoral, sous-type histologique
et statut des récepteurs hormonaux). Le nombre de ganglions envahis
restait ainsi le principal facteur prédictif de rechute (risque
relatif de 3,5 si 2 ganglions ou plus sont atteints), mais également
de survie, les autres étant l'âge de la patiente au diagnostic
et le grade tumoral.
À l'inverse, dans une série rétrospective de 208
observations de cancers classés N, McGuckin et
al. [15] trouvaient, en analyse multivariée, une association
significative entre la présence et la taille des micrométastases
(seuil à 0,5 mm) sur la survie sans récidive (mais non sur
la survie globale) ; ces dernières étaient mises en évidence
dans 25 % des cas, après analyse en coupes sériées
avec examen immunohistochimique.
Excepté l'étude de Wilkinson et al. [29], la majorité
des autres publications comportant plus de 100 patientes ont mis en évidence
une diminution de la survie sans récidive et de la survie globale
des femmes présentant des micrométastases ganglionnaires.
Une analyse plus récente de la série publiée par
Bettelheim et al. [12] concerne des ganglions initialement classés
N et étudiés par coupes sériées
et immunohistochimie [6]. Pour une population de 736 femmes avec une durée
médiane de suivi de 12 ans, les métastases occultes sont
significativement associées à la survie sans récidive
et à la survie globale chez les femmes ménopausées.
Après ajustement pour d'autres facteurs pronostiques, la présence
de micrométastases révélées par immunohistochimie
augmente significativement le risque de récidive.
En conclusion, dans les séries comportant un grand nombre de
patientes, la présence de micrométastases est associée
à une diminution de la survie sans récidive et/ou de la
durée de vie (tableau III).
Toutefois, cette valeur pronostique disparaît parfois après
ajustement à d'autres caractères cliniques ou pathologiques,
ou bien se limite à la survie sans récidive ou aux femmes
ménopausées [6].
La recherche des micrométastases au niveau axillaire ne permet
pas de détecter toutes les patientes qui feront une récidive
ni toutes celles qui n'en feront pas. Il est prématuré d'admettre
que les traitements adjuvants sont capables d'annuler la différence
de pronostic liée à leur présence. Avant de préconiser
la recherche systématique de ces dernières, d'autres études
sont indispensables, afin d'établir leur valeur en tant que variable
pronostique indépendante. Il paraît difficile d'attribuer
les échecs thérapeutiques observés chez les femmes
N à la seule présence de micrométastases
dont le potentiel évolutif est encore mal connu. La biologie moléculaire
permettra peut-être de lever ce mystère. En attendant, la
recherche de micrométastases ganglionnaires, en particulier au
niveau des ganglions sentinelles chez des femmes N, ne
devrait être proposée que dans le cadre d'essais cliniques.
Quel impact en thérapeutique
?
Avant d'envisager une modification des approches thérapeutiques,
fondée sur la présence ou l'absence de micrométastases
ganglionnaires au curage axillaire ou au niveau du ganglion sentinelle,
il serait indispensable de montrer que les traitements adjuvants proposés
en cas de macrométastases ganglionnaires s'appliquent avec la même
efficacité en cas de micrométastases ganglionnaires.
L'absence de micrométastase ganglionnaire axillaire constitue
un élément pronostique favorable supplémentaire :
son impact sur le choix du traitement adjuvant postopératoire reste
cependant incertain, à un moment ou plusieurs réunions d'experts
et autres conférences de consensus recommandent d'étendre
les critères de sélection des patientes.
La présence de micrométastases ganglionnaires axillaires
chez des femmes dont les tumeurs sont classées N
aux techniques standard pourrait au contraire justifier l'inclusion de
ces femmes dans le groupe N+, y compris en présence
d'autres facteurs pronostiques favorables.
Des essais cliniques, bien difficiles à envisager compte tenu
du faible gain thérapeutique probable, seraient sans doute nécessaires,
si d'autres enquêtes prospectives confirmaient la signification
pronostique indépendante d'une micrométastase ganglionnaire
axillaire chez des femmes ayant un cancer du sein N.
Les micrométastases ostéo-médullaires
Les micrométastases ostéo-médullaires présentent
les mêmes difficultés d'interprétation que les micrométastases
ganglionnaires alors que le cancer du sein est reconnu pour sa diffusion
osseuse.
Prévalence
L'immunocytologie est la méthode la plus utilisée depuis
une dizaine d'années pour déceler dans la moelle osseuse
des cellules métastatiques. Différents anticorps tissu-spécifiques
ont été employés et, en particulier, les anticorps
anti-kératine et des anticorps dirigés contre les antigènes
de membrane épithéliale. Certaines équipes recourent
à un pool d'anticorps. L'évaluation de la prévalence
des micrométastases ostéo-médullaires dépend
donc beaucoup des techniques immunocytologiques.
Dans la mesure où, chez les sujets normaux, 1 % des cellules
médullaires telles que les plasmocytes et les précurseurs
érythroïdes expriment la cytokératine et d'autres marqueurs
épithéliaux [5], il ne convient de parler de micrométastases
que si les cellules immunoréactives présentent conjointement
un morphotype de cellules tumorales. Le contrôle morphologique est
d'autant plus nécessaire que les cellules épithéliales
positives sont souvent isolées et peu nombreuses. Étant
donné la diversité des techniques utilisées, il est
difficile de comparer les résultats d'une série à
l'autre et de dégager des conclusions générales (tableau
III).
Dans les trois séries comportant le plus grand nombre de patientes,
les prévalences rapportées sont comprises entre 25 % et
43 %. Dans une méta-analyse regroupant 11 études de cohorte,
la prévalence est estimée à 35 % [30]. Curieusement,
elle est identique à celles des cancers digestifs, bronchiques
ou ORL.
Caractéristiques anatomocliniques
Dans quelques séries, la présence de micrométastases
médullaires est corrélée à l'envahissement
ganglionnaire axillaire [31, 32], alors qu'elle ne l'est pas dans d'autres
[5]. Néanmoins, même pour des stades cliniques « précoces
», notamment N, des foyers micrométastatiques
sont trouvés. Ainsi, 20 à 30 % des femmes ayant un cancer
classé N ont un envahissement médullaire
(tableau IV). La prévalence
augmente avec la dimension de la tumeur. Elle est de 23 % pour des patientes
ayant une tumeur classée pT1a [30], et de 15 à 29 % pour
des patientes ayant une tumeur de moins de 2 cm [30, 32]. À l'inverse,
dans la série de Braun et al. [34], 15 des 19 patientes
ayant un cancer inflammatoire ont des micrométastases.
La prévalence des micrométastases médullaires semble
moins souvent corrélée à l'invasion vasculaire de
la tumeur mammaire, à l'absence de récepteurs à l'stradiol,
au type histologique (carcinome indifférencié) et à
l'état hormonal. Elle varie selon l'évolution clinique.
Dans la série de Janni et al. [33], elle est de 16 % chez
les femmes présentant une récidive exclusivement locorégionale
et de 73 % en cas de récidive à distance.
Bien qu'élevée dans les cancers à haut risque de
rechute métastatique, la prévalence peut ne pas être
modifiée par une chimiothérapie adjuvante [34].
Les techniques de biologie moléculaire mettent en évidence
dans les cellules de moelle osseuse des transcrits (ARNm) de gènes
spécifiques de cellules épithéliales dans une proportion
plus élevée de patientes. Il en est ainsi pour 14 patientes
sur 23 dans la série de Slade et al. [35], mais avec une
mauvaise concordance avec les résultats de l'immunocytochimie.
Pronostic
Les résultats concernant le pronostic des patientes ayant des
micrométastases ostéo-médullaires semblent peu homogènes
(tableau V).
La méta-analyse de Funcke et Schraut [30] regroupe 20 séries
et totalise plus de 2 400 patientes. En analyse univariée, il est
retrouvé dans 14 études une corrélation pronostique
péjorative entre la détection de cellules épithéliales
dans la moelle osseuse et la survie sans récidive, mais ce facteur
pronostique ne ressort comme indépendant en analyse multivariée
que dans 5 des 11 études. En ce qui concerne la survie globale,
la corrélation est établie en analyse univariée dans
5 études sur 12 et confirmée dans seulement deux études
en analyse multivariée. À ne considérer que les 4
publications regroupant plus de 150 patientes, les résultats sont
plus convergents, mais seule la série de Mansi et al. [31]
dispose d'un suivi d'une durée suffisante. Dans ces 4 publications,
la présence de micrométastases réduit significativement
la survie sans récidive et la survie globale. Elle constitue un
facteur pronostique indépendant dans deux des trois études.
Ce fut le cas dans l'importante série prospective de 727 cas
publiés par Diel et al. en 1996 [32]. Cette étude
portait sur des patientes opérées d'un cancer du sein, toutes
ayant eu un curage axillaire, ainsi qu'un prélèvement de
moelle osseuse lors de l'anesthésie générale pour
analyse immunohistochimique avec anticorps anti-epithelial mucin antigen
TAG12. Elle trouvait 55 % d'envahissement médullaire microscopique
chez les patientes N+ contre 31 % chez les patientes N.
Une corrélation positive avec un grade tumoral élevé
était notée. La présence de micrométastases
médullaires apparaissait comme facteur pronostique indépendant
à la fois pour la survie sans récidive et la survie globale.
Elle était le facteur le plus significatif du devenir des patientes
ayant une tumeur inférieure ou égale à 2 cm, avec
un risque relatif d'apparition de métastases à distance
augmentant de 2 en son absence à 7,3 en sa présence. Ces
résultats furent par ailleurs actualisés et confirmés
avec un recul de 7 ans [36].
Une autre étude intéressante, publiée par Braun
et al. [34], est du reste l'une des premières à évaluer
l'impact d'une chimiothérapie adjuvante sur les micrométastases
médullaires. Sur 59 patientes évaluées avant traitement
médical, 29 présentaient une atteinte médullaire
en immunohistochimie, celle-ci ayant persisté dans tous les cas
après la chimiothérapie. Néanmoins, l'analyse cellulaire
trouvait la sur-expression fréquente de erbB2, et l'absence de
positivité de l'indice de prolifération Ki67, ces deux éléments
plaidant en faveur de la chimiorésistance de la population cellulaire
étudiée. En analyse multivariée, les deux facteurs
pronostiques pour la survie étaient la présence de cellules
cytokératine-positives au niveau médullaire après
chimiothérapie et le nombre de ganglions axillaires envahis.
L'étude prospective du même auteur publiée en février
2000 (anticorps anti-cytokératines) de 552 prélèvements
de moelle avec appariement à des témoins sains permettait
d'observer 36 % de prélèvements positifs chez les patientes
suivies pour cancer du sein contre 1 % dans la population témoin.
La présence de micrométastases était également
corrélée de façon significative à la survenue
de métastases à distance et à la survie (survie globale
à 4 ans passant de 93 à 68 %), alors qu'elle n'est pas associée
aux récidives locorégionales [5].
Reste à évaluer si la réponse à la chimiothérapie
est la même dans les deux groupes et quel peut être le devenir
à long terme de ces patientes.
Un élément de réponse nous est donné par
la très récente étude publiée par Mansi et
al. [31], relatant le suivi à 12,5 ans de patientes ayant un
envahissement médullaire, détecté à l'époque
par un anticorps anti-EMA. En fait, cette variable pronostique ne ressortait
pas comme indépendante et la critique émise à l'encontre
des auteurs était essentiellement la faible spécificité
de l'anticorps dirigé contre un antigène de membrane épithéliale.
La présence des micrométastases ostéo-médullaires
pourrait être un facteur de risque majeur de récidive chez
les patientes N, qui récidivent dans environ 25
% des cas : les 17 malades de la série de Landys et al.
[37] ayant eu une biopsie ostéomédullaire positive sont
toutes décédées de métastases dans un délai
inférieur à 6 ans. Cependant, l'évolution «
naturelle » de ces microfoyers reste encore mal connue, surtout lorsque
les cellules épithéliales sont peu nombreuses. Ainsi, dans
la série de Mansi et al. [31], où seules la moitié
des patientes ont reçu un traitement adjuvant, 2 des 21 patientes
présentent encore 4 à 56 mois plus tard des micrométastases
ostéo-médullaires alors que les 61 patientes initialement
négatives le sont encore.
Approches thérapeutiques
La découverte de micrométastases ostéo-médullaires
devrait avoir une double conséquence. D'une part, conduire à
la prescription d'une chimiothérapie ou d'une hormonothérapie
adjuvante. Cependant, les cellules épithéliales réactives
sont souvent non proliférantes [56] et semblent persister malgré
la chimiothérapie [34]. D'autre part, proposer un traitement par
les diphosphonates, le clodronate en particulier, qui réduit l'incidence
des événements osseux et viscéraux [38].
La détection d'un résidu tumoral microscopique au niveau
médullaire permettrait peut-être également de vérifier
l'efficacité des protocoles thérapeutiques grâce à
des prélèvements répétés, bien que
pour l'instant aucune étude n'ait évalué l'histoire
naturelle des cellules détectées dans la moelle osseuse
chez des patientes ne recevant pas de traitement adjuvant.
Place des techniques de recherche des micrométastases
Étant donné la prévalence des micrométastases
ganglionnaires et ostéo-médullaires et leur influence sur
le pronostic, leur recherche chez les patientes ayant un cancer du sein
devrait dans les mois à venir modifier le paradigme actuel du bilan
d'extension.
Mais la recherche simultanée des micrométastases ganglionnaires
et ostéo-médullaires chez la même patiente ne serait-elle
pas redondante ? L'atteinte ostéo-médullaire étant
plus fréquente que l'atteinte ganglionnaire et pouvant y être
corrélée, sa recherche apporterait un élément
pronostique majeur, rendant alors inutile la recherche de métastases
ganglionnaires. Les biopsies ostéo-médullaires pourraient-elles
remplacer un jour le curage ganglionnaire axillaire dont la principale
finalité est de fournir le facteur pronostique le plus fiable ?
Dans l'état actuel de nos connaissances sur la signification
des micrométastases, il est évident que les techniques de
recherche ne peuvent être confiées qu'à des équipes
de spécialistes et dans le cadre d'essais contrôlés.
Elles devraient s'appliquer en priorité aux patientes ayant un
stade dit précoce et un pronostic favorable [30, 33]. Enfin, si
l'on considère non seulement les caractéristiques anatomocliniques
de la tumeur primitive, mais aussi les nouvelles variables biologiques
pronostiques (anticorps anti-P53, anti-HRE 2 neu, etc.), l'envahissement
micrométastatique ganglionnaire et ostéo-médullaire
mériterait d'être intégré dans la classification
clinique et histologique des cancers du sein, comme le propose Hermaneck
et al. [8].
Trois groupes pourraient être alors définis
:
patientes à faible risque d'atteinte métastatique,
chez qui, en l'absence de micrométastases ostéo-médullaires,
le curage axillaire à visée pronostique serait évité
;
patientes à haut risque d'atteinte métastatique
ganglionnaire et à mauvais pronostic initial, chez qui le curage
n'a pas lieu d'être réalisé, dans la mesure où,
même en l'absence d'atteinte ganglionnaire axillaire, une chimiothérapie
serait de toute façon proposée ;
patientes relevant d'un curage à visée pronostique,
notamment en l'absence d'atteinte médullaire et chez qui la recherche
de micrométastases ganglionnaires, éventuellement restreinte
à l'analyse du ganglion sentinelle, prendrait tout son intérêt.
CONCLUSION
La recherche des micrométastases ganglionnaires et ostéo-médullaires
est importante sur le plan fondamental, mais leur prise en compte dans
la décision thérapeutique, notamment dans la réalisation
d'une chimiothérapie à titre adjuvant, devra passer par
la standardisation des techniques par les pathologistes et par l'évaluation
de leur sensibilité et de leur spécificité. Il sera
alors possible d'évaluer la prévalence réelle des
micrométastases et d'en connaître la signification pronostique.
Dans le cas des localisations ganglionnaires axillaires, la recherche
de micrométastases pourrait être avantageusement appliquée
à l'analyse du ganglion sentinelle, à la fois pour améliorer
la sensibilité des techniques et pour des raisons économiques
et de faisabilité [7]. Néanmoins, elle ne peut dès
à présent être considérée comme une
technique de routine mais doit se développer par le biais des essais
cliniques. L'objectif demeure ambitieux, puisque la probabilité
de récidive d'une tumeur de moins de 1 cm, après bilan et
traitement standard, est de l'ordre de 10 %.
Enfin la recherche des micrométastases ganglionnaires et ostéo-médullaires
par des techniques morphologiques ou de biologie moléculaire devrait
être comparée aux autres techniques en voie de développement
dans la recherche de l'extension tumorale en imagerie médicale
comme le PET-scan et en biologie : activité télomérase,
marquage des ganglions par la P53 ou la c.erb B2, dosage des D-dimères,
etc.
Pour l'instant, la question fondamentale n'est pas résolue : les
micrométastases sont-elles des métastases réelles,
potentielles ou virtuelles ?
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