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Depuis quelques années, de nombreux travaux s'orientent vers l'étude
des processus de différenciation et de prolifération induits
par les nutriments comme le glucose, les acides aminés, le cholestérol
et les acides gras. Il a notamment été mis en évidence
que les acides gras exercent des actions transcriptionnelles de manière
directe ou indirecte, via leurs métabolites tels les prostaglandines
ou les leucotriènes. Les premières études ont été
réalisées sur des préadipocytes en culture mais,
plus récemment, des effets similaires ont été décrits
dans d'autres contextes cellulaires comme l'intestin, le muscle et le
cur, montrant que les acides gras alimentaires interviennent dans
la régulation de l'adaptation des tissus à des changements
nutritionnels.
Par exemple, un régime riche en lipides provoque, dans le foie
du rongeur, la prolifération des peroxysomes et une augmentation
de l'oxydation lipidique. D'autre part, il est clairement établi
que les acides gras à chaîne longue exercent des effets adipogéniques
et qu'ils interviennent dans la différenciation et le développement
du tissu adipeux. Ainsi, l'excès d'acides gras dans l'alimentation
va conduire à des obésités nutritionnelles caractérisées
par une hypertrophie (augmentation de la taille des adipocytes) et une
hyperplasie (augmentation du nombre des cellules adipeuses) cellulaires
[1, 2].
L'augmentation du nombre de cellules est la conséquence de la
reprise de la prolifération cellulaire que l'on observe très
tôt, au stade préadipocytaire, au cours de la différenciation.
Ces tours de mitoses supplémentaires sont également observés
in vivo, au sein du tissu adipeux de rongeurs soumis à un
régime hyperlipidique [3]. Il est à noter qu'il s'agit d'un
phénomène rapide, qui se met en place en quelques jours,
en réponse à une alimentation riche en graisses, et que
ce processus est très néfaste pour l'individu puisqu'il
est irréversible.
Acides gras et cancer
Il est maintenant reconnu que l'alimentation, et en particulier les
régimes hyperlipidiques, est à l'origine d'un certain nombre
de pathologies comme l'athérosclérose, l'hypertension, l'hyperlipidémie
et la résistance à l'insuline, désordres qui sont
associés à l'obésité nutritionnelle et qui
sont, de surcroît, en recrudescence dans tous les pays industrialisés.
De plus, un certain nombre de travaux tente d'établir une relation
entre l'alimentation et le développement de certains cancers, notamment
celui du côlon. Ainsi, depuis quelques années, plusieurs
groupes se sont intéressés à la relation qui pourrait
exister entre la teneur et la nature en acide gras de l'alimentation et
la formation de tumeurs. Certains acides gras, parmi les poly-insaturés,
semblent associés à la diminution du risque de cancer. En
effet, l'action inhibitrice sur le cancer du sein exercée par les
acides gras de type n-3 a été rapportée chez la souris.
Au contraire, certains auteurs ont montré qu'un régime riche
en acides gras n-6 et pauvre en n-3 favorise l'apparition de ce type de
pathologie [4]. Cependant, toute extrapolation doit être relativisée
puisque des données contradictoires ont été obtenues,
notamment chez l'homme. Ainsi, certains acides gras n-6, tel le gamma-linolénate,
semblent avoir une action bénéfique sur le cancer du sein.
En revanche, concernant le cancer du côlon, les données
sont plus homogènes et les études montrent qu'une alimentation
dont les graisses proviennent de poissons gras, riches en acides gras
n-3, est associée à une diminution du risque de tumeur colorectale
[5].
Les acides gras de la famille n-3 auraient également des effets
modérateurs sur la cancérisation en inhibant, en particulier,
l'angiogenèse. Certains acides gras de cette famille, tel l'acide
eïcosapentaénoïque (EPA), ont aussi été
montrés comme étant capables d'inhiber la prolifération
cellulaire, ce qui est en corrélation avec une éventuelle
action anticancéreuse [6].
C'est pourquoi les connaissances fondamentales sur le rôle et
les relais moléculaires des acides gras et de leurs métabolites
dans les mécanismes de différenciation et de prolifération
de divers tissus sont nécessaires. Elles permettraient d'élaborer
de nouvelles stratégies pour lutter contre les pathologies associées
aux régimes hyperlipidiques.
Les peroxisome proliferator-activated receptors
(PPAR), récepteurs impliqués
dans le métabolisme lipidique
Depuis une dizaine d'années, nombreuses sont les équipes
qui ont étudié les voies de signalisation et les effets
transcriptionnels des acides gras ; une de ces voies implique une famille
de récepteurs nucléaires, les peroxisome proliferator-activated
receptors ou PPAR. Ces facteurs de transcription sont mis en uvre
dans certains effets des acides gras à chaîne longue et de
leurs métabolites, mais aussi de certaines drogues hypolipémiantes
telles les fibrates, ou certains agents antidiabétiques comme les
thiazolidinédiones.
Trois types de PPAR, maintenant appelés nuclear receptors
1C ou NR1C, ont été identifiés. Tout d'abord,
PPARalpha NR1C1) [7] puis deux autres, clonés par homologie, PPARgamma
NR1C3) [8] puis PPARdelta NR1C2) [9]. Ces récepteurs nucléaires
exercent leur action en se liant à des éléments de
réponse, les peroxisome proliferator-activated receptor responsive
elements ou PPRE, identifiés dans les promoteurs de gènes
du métabolisme lipidique. L'activation du PPARalpha par des agents
hypolipémiants, tels les fibrates, permet l'amélioration
de certains désordres métaboliques, en augmentant notamment
le taux de HDL circulantes. PPARalpha intervient aussi dans le catabolisme
des acides gras dans le foie.
Mais les PPAR sont également impliqués dans d'autres fonctions
biologiques (pour revue, [10]). PPARalpha serait impliqué dans
les processus inflammatoires. PPARgamma, activé par les agents
antidiabétiques de la famille des thiazolidinédiones ou
des métabolites d'acides gras comme certaines prostaglandines,
a été amplement étudié dans le cadre des mécanismes
menant à la différenciation adipocytaire. Ce récepteur
est un élément crucial de ce processus, que ce soit in
vitro ou in vivo, comme l'a montré la génération
d'animaux invalidés pour son gène. Une première étude
a montré que le déficit total en PPARgamma est létal
à un stade embryonnaire précoce [11]. Cependant, d'autres
études ont démontré le rôle de PPARgamma dans
la différenciation adipocytaire. En effet, des cellules souches
embryonnaires [12] et des fibroblastes embryonnaires [13] issus d'embryons
invalidés pour le gène de PPARgamma ne sont plus capables
de se différencier en adipocytes. De plus, la construction d'animaux
chimériques a confirmé l'importance de ce récepteur
dans l'adipogenèse puisque aucune cellule originaire de l'embryon
invalidé n'a été retrouvée dans le tissu adipeux
de l'animal adulte [11]. D'autre part, il est à noter que l'expression
de ce récepteur, au cours de l'adipogenèse, a lieu à
la fin des tours de mitoses supplémentaires.
Les études portant sur les rôles
physiologiques de PPARdelta ont été longtemps rendues difficiles
du fait du manque d'activateurs spécifiques et puissants de cette
isoforme. Ce problème est maintenant résolu et des molécules
capables d'activer, très spécifiquement et à de très
faibles concentrations, PPARdelta chez l'animal, sont maintenant disponibles
[14, 15]. Néanmoins, il avait déjà été
proposé que ce récepteur soit le relais des actions des
acides gras à chaîne longue dans quelques fonctions, notamment
l'implantation embryonnaire [16]. Il semble également impliqué
dans l'homéostasie du cholestérol [14, 15], mais aussi dans
la différenciation des oligodendrocytes [17] et des ostéoclastes
[18]. La récente invalidation de son gène a permis de montrer
que PPARdelta est impliqué dans la régulation de plusieurs
processus biologiques, comme la croissance, la différenciation
du derme ou la mise en place du tissu adipeux [19]. Enfin, l'intervention
de PPARdelta, activé par les acides gras, dans le contrôle
de l'adipogenèse et de la prolifération cellulaire a été
établie par des expériences de gain ou de perte de sa fonction.
Ainsi, son expression forcée dans des fibroblastes leur confère
la capacité d'exprimer les gènes spécifiques de la
différenciation adipocytaire, et en particulier PPARgamma, qui,
une fois activé, permet l'entrée dans la phase terminale
de ce processus [20]. De plus, l'expression dans un réel contexte
préadipocytaire, d'une forme dominante-négative de PPARdelta,
qui s'oppose alors à la forme endogène de ce récepteur,
diminue de manière drastique les effets adipogéniques des
acides gras [21]. Enfin, l'expression de PPARdelta dans les fibroblastes
conduit à une reprise de la prolifération cellulaire induite
par les acides gras, comparable à celle observée dans les
préadipocytes, montrant que ce récepteur serait impliqué
dans l'augmentation du nombre de cellules observées chez les animaux
soumis à un régime riche en graisses [22, 23].
Ainsi, PPARgamma et PPARdelta ont été décrits comme
capables de relayer les effets des acides gras et de leurs métabolites
telles les prostaglandines dans diverses fonctions biologiques. Cependant,
il est intéressant de noter que ces deux récepteurs sont
activés de manière différente par ces molécules.
Ainsi, les acides gras saturés sont de meilleurs activateurs pour
PPARdelta que pour PPARgamma. Enfin, alors que la prostaglandine I2 active
les deux formes de PPAR, la 15-déoxy- DELTA12,14PGJ2
est un activateur spécifique de PPARgamma [24].
PPARgamma : un récepteur contrôlant l'arrêt
de la prolifération cellulaire
Ainsi, il est maintenant évident que les PPAR sont impliqués
dans le contrôle de la prolifération cellulaire, en particulier
en réponse aux acides gras. Il est d'ailleurs intéressant
de noter que l'arrêt de la phase d'expansion clonale de la différenciation
adipocytaire correspond à l'induction du gène de PPARgamma
[20, 22], ce qui suggère que l'accumulation de PPARgamma puisse
jouer un rôle dans l'arrêt de ces mitoses post-confluentes.
De plus, de nombreux arguments sont désormais en faveur d'une action
anti-proliférative de PPARgamma.
En effet, les thiazolidinédiones, activateurs de PPARgamma, ont
été décrites comme ayant des activités antimitotiques
et différenciatrices sur certains liposarcomes [25, 26]. PPARgamma
est également exprimé de manière importante dans
les cellules épithéliales du côlon, à un stade
post-mitotique [27]. Son activation dans les cellules cancéreuses
colorectales permettrait l'arrêt de la prolifération de ces
cellules [28]. Le lien entre PPARgamma et ce type de tumeur a été
renforcé par un travail montrant que des mutations dans le gène
de PPARgamma, conduisant à une perte de sa fonction chez l'homme,
sont associées à l'apparition de cancers du côlon
chez ces individus [29]. Depuis, PPARgamma a été identifié
dans de nombreux autres cancers comme celui du poumon, de la peau, de
l'estomac, du pancréas. Il a aussi été rapporté
que le traitement de tumeurs de sein par des thiazolidinédiones
conduit à une diminution de la croissance cellulaire au profit
de l'acquisition d'un état plus différencié. Enfin,
Mueller et al. [30] ont récemment publié les résultats
d'une étude clinique de phase II qui montre les effets inhibiteurs
des agonistes de PPARgamma sur la progression du cancer de la prostate.
Dans tous ces types de cancer, le traitement par des activateurs de
PPARgamma participe au blocage de la prolifération des cellules
cancéreuses, renforçant l'hypothèse d'un rôle
inhibiteur de tumeur pour PPARgamma. Certains de ces travaux ont étayé
le mode d'action de ce récepteur. Ainsi, les effets anti-prolifératifs
de PPARgamma pourraient être relayés par l'inhibition de
l'expression de la cycline D1 [31], mais aussi par la diminution de la
phosphorylation de la protéine Rb [32]. Un travail plus ancien
avait suggéré l'hypothèse du rôle anti-proliférateur
de PPARgamma puisque son expression ectopique et son activation par les
thiazolidinédiones dans des fibroblastes conduisent à la
sortie du cycle cellulaire, en inhibant le complexe E2F/DP, lorsque ces
cellules sont en pleine croissance exponentielle [33]. Les voies de signalisation
antimitotiques empruntées par PPARgamma ont été étudiées
dans le fibroblaste et ces études ont montré que l'expression
et l'activation de ce récepteur augmentent l'expression des protéines
p21/CIP1 et p18/INK4C qui sont impliquées dans l'inhibition des
kinases dépendantes des cyclines. Il est à noter de manière
intéressante que les niveaux d'expression de p21 et p18, induits
par l'activation de PPARgamma dans les fibroblastes, sont comparables
à ceux que l'on observe dans les adipocytes 3T3-L1 à l'état
différencié, état qui nécessite la sortie
du cycle cellulaire [34]. L'ensemble de ces éléments suggère
fortement que PPARgamma joue un rôle dans le contrôle de l'arrêt
du cycle cellulaire.
Néanmoins, une étude récente a montré que
les thiazolidinédiones, ligands de PPARgamma, continuent d'induire
l'arrêt de la prolifération dans des cellules souches embryonnaires
invalidées pour le gène PPARgamma, en inhibant le facteur
de traduction eIF2alpha [35]. Cependant, les événements
impliquant ce système sont très précoces et il est
possible que, dans les cancers de type liposarcomes, l'action anticancéreuse
de ces molécules soit également relayée par l'activation
de PPARgamma. Par ailleurs, d'autres inhibiteurs de la traduction, comme
l'acide eicosapentaénoïque, sont aussi des activateurs de
PPARgamma.
Enfin, de plus anciennes études ont montré que l'activation
de PPARgamma par certaines thiazolidinédiones favorise le développement
de tumeurs dans le côlon de souris C57BL/6J-APCMin/+,
un modèle animal similaire aux polypes adénomateux familiaux
humains (familial adenomatous polyposis ou FAP) [36, 37]. Cependant,
aucune tumeur colorectale n'a été observée chez des
souris sauvages soumises à ce même traitement [36], suggérant
le fait que l'activation de PPARgamma n'est un élément de
cancérisation que lorsque d'autres facteurs de prédisposition
sont présents. Il est à noter que la protéine APC
(adenomatous polyposis coli), codée par un gène suppresseur
de tumeur, est déficiente dans ce modèle animal. Nous verrons
dans la partie suivante qu'une conséquence de ce défaut
est une augmentation de l'expression dans le côlon de PPARdelta,
récepteur qui pourrait faire partie des facteurs de prédisposition.
Le PPARdelta :
un récepteur nucléaire des acides gras impliqué dans
les processus de cancérisation
Le fait que PPARdelta exerce des effets prolifératifs dans les
cellules en réponse aux acides gras est en corrélation avec
un certain nombre de travaux qui étayent l'hypothèse d'une
implication de PPARdelta dans les processus menant à la cancérisation.
Il a été rapporté que des drogues anti-inflammatoires
non stéroïdiennes (NSAID) préviennent les cancers du
côlon dans un modèle animal de cancer colorectal induit,
ce qui suggère que ces drogues agissent en amont des événements
conduisant à la cancérisation. Il a aussi été
montré que l'administration de tels médicaments à
des malades présentant des tumeurs colorectales familiales (FAP)
conduit à une régression de ce type de cancer [38]. Comme
ces médicaments sont des inhibiteurs de l'activité cyclooxygénase
(COX), leurs effets sur les tumeurs ont d'abord été attribués
à l'inhibition de la production de prostaglandines. Cependant,
certains arguments sont en défaveur de cette hypothèse :
- des dérivés de ces molécules ayant perdu la capacité
d'inhiber les COX ont toujours une action sur la régression des
cancers colorectaux [39],
- les NSAID exercent toujours une action anti-proliférative sur
des fibroblastes embryonnaires déficients en COX1 et COX2 [40].
Ainsi, un autre facteur pourrait être impliqué ; des travaux
récents montrent que PPARdelta pourrait être cet élément.
Chez des patients atteints de tumeurs colorectales déficientes
en protéine APC, le contrôle négatif exercé
par la protéine beta-caténine sur le facteur de transcription
Tcf4 n'a plus lieu en l'absence d'APC. Tcf4 peut alors activer l'expression
du gène de PPARdelta. En conséquence, chez ces patients,
PPARdelta est élevé et exerce une action pré-proliférative
[41]. De plus, le PPARdelta et la COX2 sont co-localisés dans les
cellules cancéreuses du côlon [42], ouvrant ainsi un champ
d'investigations sur la possible interconnexion entre ces deux voies.
Récemment, les techniques de transgenèse ont renforcé
le rôle protumoral de PPARdelta. Des lignées de cellules
colorectales humaines dans lesquelles le gène PPARdelta a été
invalidé ne sont plus capables d'établir des tumeurs lorsqu'elles
sont injectées à des souris nude. Seule l'invalidation
totale du gène PPARdelta inhibe la tumorigenèse. En effet,
la taille et la croissance des tumeurs induites par des cellules PPARdelta
+/- sont identiques à celles obtenues avec des cellules sauvages
[43]. Cette étude suggère que PPARdelta joue un rôle
prépondérant dans la formation des tumeurs colorectales
in vivo.
Ainsi, comme dans les fibroblastes surexprimant le PPARdelta où
l'activation de ce récepteur par les acides gras conduit à
la reprise des mitoses et à l'expression de PPARgamma qui permet
l'entrée dans la phase terminale de la différenciation,
ces deux PPAR pourraient jouer un rôle de balancier sur les processus
de cancérisation en exerçant des actions opposées
soit sur la prolifération (PPARdelta), soit sur l'arrêt de
prolifération (PPARgamma) (figure
1).
Une « dérégulation » de cette balance, par la
surexpression de PPARdelta, la perte de fonction de PPARgamma ou la surabondance
d'activateurs spécifiques de l'un ou de l'autre des PPAR, pourrait
favoriser l'établissement de certains cancers, en particulier celui
du côlon.
CONCLUSION
Il est maintenant reconnu que le régime alimentaire joue un rôle
important dans l'établissement de certains cancers. Cela est confirmé
par de nombreuses études sur l'animal, mais également par
des données épidémiologiques. Bien que ces dernières
soient parfois contradictoires, en particulier sur les recommandations
alimentaires, la majorité de ces études s'accorde sur le
point que les régimes hyperlipidiques sont un risque accru dans
le développement de certains cancers, notamment ceux du sein ou
du côlon. Il semble alors important de mieux connaître les
cibles moléculaires et les voies de régulation menant à
de telles pathologies. Dans ce sens, les récepteurs de la famille
des PPAR, tels PPARgamma et PPARdelta, semblent être de bons candidats
puisqu'ils sont présents dans de nombreux cancers favorisés
par les régimes hyperlipidiques.
Ainsi, alors que PPARdelta est impliqué dans la prolifération
cellulaire et peut-être dans l'établissement de cancers,
PPARgamma favoriserait, en revanche, l'arrêt de la prolifération
cellulaire, suggérant que PPARgamma pourrait être une cible
cruciale dans le traitement des tumeurs.
Cependant, certains points restent à éclaircir et, dans
le but de mieux comprendre comment PPARgamma intervient pour inhiber la
cancérisation, il est important de connaître les gènes
régulés par PPARgamma dans les tumeurs. Il a ainsi été
montré que PPARgamma inhibe l'activation transcriptionnelle de
la COX2 [44]. Enfin, les ligands de PPARgamma inhiberaient l'expression
de l'aromatase, une enzyme nécessaire à la synthèse
des strogènes, dont la production est souvent associée
au développement du cancer du sein [45].
D'autres travaux, montrant également une implication des PPAR
dans les processus de cancérisation, amènent certains arguments
en faveur d'un lien entre les acides gras et la tumorigenèse. Il
peut maintenant être admis qu'une augmentation générale
de la quantité de lipides dans l'alimentation favorise la cancérisation.
Pourtant, la nature des acides gras reste importante. Ainsi, si les acides
gras saturés, activateurs de PPARdelta, sont néfastes, d'autres,
notamment les acides gras poly-insaturés qui activent PPARgamma,
exercent un effet bénéfique sur certains cancers. Ainsi,
l'ajout d'acide linoléique conjugué (CLA) dans l'alimentation
diminue le développement de tumeurs mammaires induites chez le
rat. Cet acide gras active PPARgamma dont les effets anti-tumorigènes
pourraient être relayés par la signalisation issue de ce
récepteur. Il a également été montré
que PPARgamma pourrait contrôler les effets du gamma-linolénate,
un acide gras poly-insaturé de type n-6 dans des cellules de cancer
de sein [46]. Ces auteurs ont montré que l'inhibition de PPARgamma
par l'expression d'un oligonucléotide antisens réprime les
effets de cet acide gras sur les gènes suppresseurs de tumeur.
Si l'hypothèse d'une alimentation trop riche en graisses favorisant
l'augmentation du risque de cancer semble à présent de plus
en plus probable, il est certain que d'autres éléments sont
associés. Mais l'importance croissante du rôle joué
par les PPAR dans les processus de cancérisation ouvre de nouvelles
voies thérapeutiques pour le traitement de ces pathologies.
Remerciements. L'auteur remercie l'ensemble des membres de l'unité
470 de l'Inserm (Nice, France) pour leur interaction, et en particulier
le Docteur Paul-André Grimaldi pour ses remarques et conseils avisés
ainsi que pour ses relectures. Ce travail a reçu le soutien de
l'Association pour la recherche sur le cancer (ARC).
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