ARTICLE Les
lymphomes aussi suivent les progrès technologiques et leur prise
en charge s'adapte aux changements sociologiques. Les progrès récents
sont les aboutissements des efforts antérieurs en matière
de biologie et de traitement. D'autres changements constatés ou seulement
pressentis sont les résultats d'un plus grand recul par rapport aux
conclusions initiales. Les progrès les plus tangibles semblent venir
d'une nouvelle approche des traitements, plus fonctionnelle et moléculaire.
Quant aux causes de ces lymphomes, leur connaissance ne semble pas malheureusement
nous aider à mieux les prendre en charge, voire à les guérir
plus souvent.
Maladie de Hodgkin
Les orientations dessinées depuis une dizaine d'années
dans la maladie de Hodgkin se maintiennent avec toujours le souci d'améliorer
une qualité de vie et une survie plus ou moins détériorées
par la toxicité thérapeutique à terme.
Épidémiologie
La maladie de Hodgkin n'est pas une entité homogène, cela
était perceptible compte tenu des types histologiques, de leur
répartition bimodale et des modalités évolutives.
L'implication du virus d'Epstein-Barr (EBV) a été démontrée
pour un tiers à la moitié des cas, ce qui conduit à
distinguer trois types étiologiques ; les types pédiatriques
et du vieillard sont très souvent associés à l'EBV
contrairement à celui des adultes jeunes.
La maladie de Hodgkin a été liée à une infection
antérieure par l'EBV sous forme de mononucléose infectieuse
(MNI). Le risque accru de maladie de Hodgkin chez les patients ayant eu
une mononucléose infectieuse se voit seulement dans les cas EBV-dépendants
[1]. Toutefois, on connaît peu de chose sur l'évolution du
risque après l'infection et selon l'âge. Dans une étude
de cohorte sur plus de 38 000 patients scandinaves ayant contracté
la MNI et représentant quelque 689 600 personnes/années,
le risque de maladie de Hodgkin apparaît 2,5 fois plus élevé
pour l'ensemble (SIR = 2,55 ; IC95 % = 1,87-3,40) et 3,5 fois pour la
tranche d'âge 15-34 ans (SIR = 3,49 ; IC95 % = 2,46-4,81) [2]. Ce
risque est plus élevé avec l'âge à l'infection,
décroît progressivement mais reste élevé pendant
les deux décennies suivant l'infection (test de tendance significatif
à 0,001). Compte tenu du fait que le risque des autres cancers
(sauf la peau) n'est pas augmenté (SIR = 1,03 ; IC95 % = 0,98-1,09),
ce phénomène semble spécifique de la maladie de Hodgkin.
Cependant, ces données n'expliquent ni la cause de toutes les maladies
de Hodgkin, ni le mécanisme « granulomateux » de la maladie.
D'autres facteurs sont probablement en cause, à moins de considérer
la maladie de Hodgkin plutôt comme un syndrome, comme le font certains.
Quoi qu'il en soit, l'implication de l'EBV dans certaines formes de
Hodgkin semble ouvrir la porte à la mise au point d'une immunothérapie
des cas EBV-positifs avec l'utilisation des lymphocytes cytotoxiques EBV-spécifiques
[3].
Approche anatomopathologique
La maladie de Hodgkin s'est depuis longtemps distinguée par un
aspect histologique particulier (minorité de cellules tumorales
au sein d'une abondante réaction inflammatoire) et par une association
fréquente à l'EBV, suggérant un contexte immunologique
spécifique. Les études immunohistochimiques et surtout moléculaires
récentes ont définitivement démontré l'origine
lymphoïde B de la cellule de Hodgkin quel qu'en soit le type [4].
C'est pourquoi la toute récente classification de l'OMS propose
la nouvelle dénomination de lymphome de Hodgkin plutôt
que maladie de Hodgkin. Les derniers travaux immunologiques et
moléculaires permettent de distinguer désormais deux grandes
catégories de maladie de Hodgkin bien corrélées aux
différences cliniques et pronostiques observées, et l'immunophénotype
fait désormais partie intégrante de leur définition.
* La maladie de Hodgkin nodulaire à prédominance lymphocytaire
(type 1 nodulaire de Rye ou paragranulome nodulaire de Poppema-Lennert)
est un type rare (3 à 5 % des maladies de Hodgkin) qui se définit
par le phénotype suivant : CD45+, antigènes B
lymphocytaires + (CD19, 20, 22, 79a), EMA+ mais CD15 et CD30-.
Celui-ci permet de le différencier de la variante « riche
en lymphocytes » de la maladie de Hodgkin dite classique [5]. Sur
le plan moléculaire, on observe un réarrangement des immunoglobulines
et des mutations acquises consistantes avec une origine centrofolliculaire
[4], comme en témoigne également le profil immunohistochimique
bcl6+/syndécan- [6]. Des anomalies récurrentes
et complexes, avec en particulier des gains chromosomiques (1, 2q, 3,
4q, 5q, 6, 8q, 11q, 12q et X) ont récemment été mises
en évidence [7], de même qu'un réarrangement du gène
bcl6 par une t(3q-27). Cette dernière anomalie, décrite
dans 40 % des lymphomes B diffus à grandes cellules, suggère
un lien entre ces deux types de tumeurs et conforte l'hypothèse
de l'origine centrofolliculaire.
* La majorité des maladies de Hodgkin est représentée
par la forme classique. Celle-ci regroupe tous les autres sous-types
antérieurement connus et se caractérise par la présence
de cellules de Hodgkin et de Reed-Sternberg dont le phénotype est
le suivant : CD15+, CD30+ et antigènes B
et T lymphocytaires habituellement négatifs. Cette forme classique
inclut donc les types scléronodulaire, à cellularité
mixte, à déplétion lymphocytaire et la forme riche
en lymphocytes (cf. supra). Le diagnostic de maladie de Hodgkin
est un diagnostic fiable et reproductible surtout dans la forme scléronodulaire
[8].
Facteurs pronostiques
La stratification de la maladie de Hodgkin a surtout suivi les repères
anatomiques, liée essentiellement à la nécessité
des limites précises pour les champs de la radiothérapie.
Elle a été élaborée aussi durant une période
dépourvue des méthodes fiables d'investigation, et de ce
fait, des facteurs pronostiques. La notion de stade telle que nous la
connaissons est en voie d'apoptose. De profonds changements sont en cours,
essentiellement dus à l'amélioration des résultats
et à la compensation des facteurs défavorables par un traitement
adapté.
On en sait suffisamment sur les facteurs pronostiques ab initio
basés sur les éléments cliniques et biologiques de
routine (tableau I).
La combinaison de ces facteurs au traitement adapté donne d'excellents
résultats et est valable pour plus de 85 % des patients. Mais aussi
bien les critères de l'EORTC que ceux de l'index pronostique international
(tableau II) [9] ne permettent
pas de sélectionner d'emblée les malades de très
mauvais pronostic et de prédire les échecs précoces
ou retardés, cela nécessite d'autres facteurs, en particulier
biologiques [10-13]. Deux facteurs biologiques semblent sortir du lot
en raison de leur fort pouvoir prédictif, le CD30 soluble et le
taux de l'IL10 (interleukine 10) [14]. Cependant, à partir de trois
modèles pronostiques qui ont fait la preuve de leur pertinence,
Gobbi et al. [15] ont élaboré un index mathématique
(integrated prognostic index) permettant de prédire les
groupes de patients avec moins de 15 % de risque de rechute ou, au contraire,
plus de 50 % de risque. Cela doit être appliqué sur de plus
grandes séries et vérifié.
Les difficultés de choix thérapeutiques devant une rechute
ou devant une progression conduisent d'une part à approfondir les
éléments initiaux de pronostic, d'autre part à analyser
des facteurs pronostiques de seconde ligne pour réserver une éventuelle
intensification suivie d'autogreffe aux cas qui ne pourraient être
traités par la chimiothérapie conventionnelle, autant qu'on
puisse considérer l'autogreffe de maladie de Hodgkin réfractaire
comme son traitement conventionnel.
D'autres facteurs de description récente peuvent avoir un intérêt
naissant, en particulier l'hyperéosinophilie tissulaire témoin
d'un pronostic défavorable [16]. Sur plus de 1 500 spécimens
anatomopathologiques, ces auteurs ont décelé une fréquence
en crescendo du nombre de cas d'hyperéosinophilie tissulaire selon
les types histologiques : aucun cas dans le type à prédominance
lymphocytaire, 14 % dans le type classique riche en lymphocytes, 40 %
dans la forme scléronodulaire de grade 1, 55 % dans la forme de
grade 2, 43 % dans le type mixte et 54 % dans le type à déplétion
lymphoïde. L'analyse pronostique multivariée stratifiée
sur le stade place l'hyperéosinophilie tissulaire comme le facteur
prédictif le plus puissant pour la rémission (FFTF) (p
< 0,001) et la survie globale (p < 0,001). Cette différence
apparaît exclusivement pour les formes scléronodulaires,
mais il est vrai que la plupart des cas de maladie de Hodgkin sont de
ce type. Cette tendance agressive, en cas d'hyperéosinophilie tissulaire,
s'explique par la sécrétion des ligands CD30 susceptibles
de se lier à l'épitope CD30 des cellules de Sternberg, à
l'origine des signaux anti-apoptotiques, et par la sécrétion
des médiateurs de la prolifération cellulaire. Toutefois,
on n'explique pas la raison pour laquelle les éosinophiles apparaissent
dans les tissus environnants.
Dans le même sens, la recherche de l'expression de bcl2 dans les
lymphocytes environnants et dans les cellules de Sternberg a, semble-t-il,
montré la présence d'une sous-expression de bcl2 dans les
lymphocytes et une surexpression dans les cellules de Sternberg dans les
formes initialement réfractaires. Cette étude, dérivée
de la constatation d'une surexpression de bcl2 dans les formes défavorables
des lymphomes, concerne le matériel anatomopathologique des patients
jeunes de moins de 40 ans, de type scléronodulaire, tous réfractaires
à la chimiothérapie, et comparés aux témoins
identiques avec une maladie sensible au traitement. Ces patients expriment
bcl2 moins que les bons répondeurs dans les lymphocytes, mais l'expriment
plus dans leurs cellules de Sternberg [17].
La masse tumorale étant l'un des facteurs pronostiques fondamentaux,
son évaluation approximative conduit à parler des stades,
du nombre des territoires ganglionnaires et des signes généraux.
Gobbi et al. [18] suggèrent le calcul du rapport du volume
tumoral sur la surface corporelle (rTB ou relative tumor burden)
et de l'utiliser comme facteur pronostique. L'analyse multivariée
a permis de constater que ce rapport est le facteur prédictif le
plus important pour l'échec thérapeutique, suivi de la vitesse
de sédimentation (VS) et du taux du fibrinogène. Le pouvoir
discriminant du rTB est supérieur à celui de l'index pronostique
international et est en corrélation avec de nombreux facteurs connus
tels que la masse clinique, le nombre des territoires envahis, les LDH,
VS, hémoglobine et index de Karnofsky. Cette suggestion demande
à être confirmée.
Le pronostic des cas réfractaires d'emblée est habituellement
sombre. Ces résistances initiales se recrutent dans un quart des
cas dans les groupes de gravité intermédiaire et dans trois
quarts des cas dans le groupe défavorable et étendu selon
la terminologie utilisée dans le GHLSG (German Hodgkin Lymphoma
Study Group) [19]. La survie des 209 patients de cette étude est
très médiocre, de 26 % pour l'ensemble et de 43 % pour ceux
qui ont une intensification. L'analyse des facteurs pronostiques montre
un effet négatif de la mauvaise performance selon Karnofsky, de
l'âge supérieur à 50 ans et du défaut de réponse
au traitement initial. Ceux qui ont les trois facteurs ne survivent pas
à 5 ans contre 55 % pour ceux sans aucun facteur. Cette étude
révèle qu'un certain nombre de patients peuvent être
rattrapés par la radiothérapie seule, qui habituellement
est exclue du traitement des cas étendus ou défavorables,
et conduit les auteurs à suggérer une radiothérapie
aux doses curatives dans les maladies de Hodgkin réfractaires mais
localisées.
Sur le plan thérapeutique, la réponse au traitement reste
néanmoins le facteur le plus significatif, comme vient de le rappeler
une étude rétrospective suédoise [20] et comme l'a
confirmé l'étude de l'EORTC [21].
La radiothérapie
Le problème de la radiothérapie, quand elle est indiquée
et tant que sa place thérapeutique demeure, ne concerne pas seulement
la dose. Dans le cadre de contrôle de qualité, les études
allemandes indiquent un plus mauvais pronostic dans les cas où
il y a une violation protocolaire dans les champs et les doses de radiothérapie.
Certaines de ces violations sont liées en fait à une classification
approximative liée aux mauvaises évaluations ou interprétations
des examens complémentaires. De là la question de savoir
si la radiothérapie de la maladie de Hodgkin ne devrait pas être
assumée par des centres de référence particulièrement
impliqués [22, 23].
Pour ce qui concerne la place et la dose, les discussions sont différentes
pour les deux groupes de patients, selon qu'on les considère accessibles
à une radiothérapie ou pas (en d'autres termes, stades I
et II d'une part et stades III et IV d'autre part).
En effet, pour les stades I et II, on s'interroge toujours sur la place
de la radiothérapie en dehors de toute chimiothérapie, et
sur la dose d'irradiation à délivrer quand il y a eu une
chimiothérapie efficace. Pourtant, on pensait que les divers essais
d'association chimio-radiothérapique, dont les résultats
sont largement diffusés, avaient définitivement favorisé
une chimiothérapie initiale, gardant la radiothérapie (nécessaire
?) pour compléter le traitement. Il semble qu'il y ait encore des
tenants d'une ligne « classique » de radiothérapie exclusive
plus ou moins limitée, y compris chez les patients laparotomisés.
En effet, selon Backstrand et al. de l'équipe de Boston
[24], il y a indication d'une radiothérapie exclusive en mantelet
dans des cas favorables de stades I et II assurant une rémission
(FFTF) de 87 % et une survie globale de 100 % avec un suivi médian
de 5 ans. Or, on convient que, dans les formes favorables, chez des patients
jeunes, il est impératif de débarrasser le patient de sa
maladie une fois pour toute (quand cela est possible), de façon
à ne pas compromettre sa qualité de vie par une rechute
dont tout le monde s'accorde à dire qu'elle perturbe considérablement
la vie des patients par l'instabilité qu'elle entraîne dans
la vie personnelle et professionnelle. Dans cette publication, le suivi
n'est pas assez long pour permettre de s'assurer de l'absence de toute
autre rechute car, d'une façon générale, la maladie
de Hodgkin, surtout dans ses formes favorables, exige un recul d'une dizaine
d'années pour permettre des conclusions définitives quant
aux résultats thérapeutiques. Backstrand et al. [24]
indiquent au passage que la plupart des rechutes de leur série
étaient sous-phréniques, soulignant bien la nécessité
d'un traitement plus adapté qu'une radiothérapie exclusive
qui devrait alors être purement locale et non partiellement large,
si l'on devait suivre le raisonnement.
Les résultats des essais comparant la radiothérapie exclusive
(même étendue) aux associations de radio-chimiothérapie
montrent tous la supériorité de l'association [12, 25].
Le GHLSG a conduit un essai randomisé dans les formes favorables
de la maladie de Hodgkin pour la dose sur les territoires adjacents. Classiquement,
en cas de radiothérapie exclusive, les doses pour les territoires
envahis et les territoires adjacents étaient respectivement de
40 et de 35 Gy. Dans cette étude, après une randomisation,
la dose a été pour les territoires adjacents non envahis
soit de 40 Gy (bras A), soit de 30 Gy (bras B). Les résultats sur
382 cas favorables ne montrent pas de différence significative,
avec des taux de survie sans rechute respectivement de 78 % et 83 % et
des taux de survie globale de 91 % et 96 % à 7 ans. Bien qu'il
s'agissait d'une radiothérapie étendue, les rechutes sont
survenues dans 42/52 cas à distance. Cette étude assortie
d'un contrôle de qualité radiothérapique aboutit à
des conclusions auxquelles on pouvait s'attendre. D'une part, une plus
faible dose de radiothérapie sur les territoires cliniquement indemnes
ne compromet pas les résultats et il n'est donc pas nécessaire
d'utiliser de fortes doses sur ces aires. D'autre part, les violations
protocolaires aggravent le pronostic, ce à quoi on pouvait aussi
s'attendre. Enfin et surtout, même dans ces cas favorables, une
chimiothérapie systémique semble nécessaire pour
éviter ou réduire les rechutes à distance [26].
Pour les stades étendus III et IV, la question concerne la supériorité
de la radiothérapie par rapport à une chimiothérapie
de consolidation après l'obtention d'une rémission ou tout
simplement son utilité après une chimiothérapie d'induction
efficace. Deux études randomisées apportent une réponse
partielle à cette question. Pour ce qui concerne la nécessité
d'une radiothérapie de consolidation, l'étude de Fermé
et al. [27] compare une radiothérapie subtotale à
deux séries de chimiothérapie chez les patients mis en rémission
complète ou subcomplète par une chimiothérapie standard
(MOPP/ABV ou ABVPP). Dans cette étude concernant les stades étendus
et agressifs (IIIB et IV), il n'y a pas d'avantage à irradier les
malades mis en rémission après 6 ou 8 séries selon
la vitesse d'amélioration. Cet essai et ses conclusions intéressent
un groupe de patients de présentation sévère, écartant
les malades au stade IIIA qui représentent une partie non négligeable
des stades avancés. L'autre essai de l'EORTC concerne les patients
aux stades avancés III et IV (A et B) traités par 6 à
8 séries de MOPP/ABV selon la vitesse de réponse, et qui,
à la rémission, sont randomisés pour avoir ou non
une radiothérapie complémentaire de 20 Gy. L'analyse des
résultats, après une médiane de survie de l'ordre
de 6 ans, ne montre pas d'avantage dans le bras de radiothérapie,
laissant supposer que le maximum a été obtenu par une chimiothérapie
efficace (tableaux III
et IV) [28].
L'étude rétrospective suédoise, sur un groupe de
307 patients de stades IIB-IV, va également dans ce sens en indiquant
que l'ajout de deux séries supplémentaires de chimiothérapie
ne modifie pas les résultats chez les patients mis en rémission
rapide. De plus, la survie n'est pas améliorée par la radiothérapie
adjuvante chez les patients mis en rémission par la chimiothérapie
[20].
Ces études vont donc toutes dans le même sens, à
savoir que la cure de la maladie de Hodgkin étendue peut être
obtenue par la seule chimiothérapie, pourvu que son efficacité
soit rapidement confirmée.
Évaluation thérapeutique
Tout le système allant des facteurs pronostiques au choix thérapeutique,
en particulier en deuxième ligne, dépend de l'évaluation
de l'efficacité thérapeutique. Or, dans ce domaine, la maladie
de Hodgkin garde une particularité qui est à l'origine de
toutes les controverses concernant l'efficacité thérapeutique
et partant la stratégie de rattrapage dont le sens dépend
de la réalité de la rémission ou de l'échec.
En effet, à l'exception notable des lymphomes médiastinaux
sclérosants, dans la maladie de Hodgkin et, contrairement aux lymphomes,
une masse résiduelle radiologique, voire (certes rarement) clinique,
n'est nullement synonyme d'échec thérapeutique et il faudrait
rappeler que la partie tumorale des masses hodgkiniennes est inférieure
à 5 % de la masse tumorale perçue, et que la cure laisse
toujours un peu de sclérose qui ne disparaît que longtemps
après, sinon jamais, dans certaines localisations, en particulier
le médiastin. C'est ce que vient opportunément de rappeler
une équipe hollandaise de radiologues [29]. Cette étude
est d'autant plus intéressante qu'elle concerne les enfants et
un traitement sans radiothérapie complémentaire. Or la radiothérapie
dans la maladie de Hodgkin traitée par chimiothérapie vient
presque toujours rassurer les interrogations soulevées devant une
masse résiduelle à la fin de la chimiothérapie. Dans
cette étude, les auteurs étudiant les radiographies thoraciques
des enfants avec maladie de Hodgkin médiastinale rapportent que
la radiographie de 20 des 27 enfants étaient anormales à
la fin de la chimiothérapie. Cette régression est lente
après la fin du traitement et la rechute n'est pas en rapport avec
le taux de régression de la taille médiastinale. De plus,
les auteurs privilégient une évaluation radiographique standard
répétée à la pratique des scanners.
L'intensification suivie d'autogreffe
L'intensification suivie d'autogreffe de cellules souches dans le «
sauvetage » des patients réfractaires ou en rechute de la
maladie de Hodgkin fait toujours l'objet de mises au point sans qu'on
sache exactement ce qui est dû à l'intensification et ce
qui est lié au traitement préparateur. Dans une revue générale
déjà ancienne [30], les auteurs passaient en revue les indications,
les facteurs pronostiques de la réponse à terme et la survie.
Ils conviennent que toute la démarche de l'intensification est
basée sur un seul et unique essai randomisé réalisé
en 1993, essai prématurément arrêté avec des
conclusions hâtives quant à la signification de la différence.
Cet essai n'est pas significatif pour ses résultats faute de pouvoir
statistique et ne donne pas de supériorité pour la survie
des patients intensifiés quand la comparaison est faite en intention
de traitement. Le problème se complique d'autant plus que la notion
de la rémission est parfois difficile à affirmer devant
les masses résiduelles souvent fibreuses et difficiles à
atteindre pour une nouvelle biopsie. Les nouvelles techniques d'évaluation,
notamment la tomographie à positons, ne sont pas disponibles partout.
À cela s'ajoutent les difficultés inhérentes à
l'adéquation de la décision d'intensification. La plupart,
sinon la totalité des publications, s'accordent à souligner
que les patients sensibles aux traitements conventionnels répondent
mieux à l'intensification. Or il semble au contraire logique de
proposer une telle intensification plutôt aux patients qui ne réagissent
pas au traitement conventionnel. Il y a donc une ambiguïté
et un doute quant à la véritable place du traitement intensifié
dans les maladies de Hodgkin réfractaires en se fondant sur l'unique
critère de jugement acceptable qui est la survie globale, du moins
pour ce type de malades, et il est prématuré de considérer
l'intensification suivie d'autogreffe comme traitement standard de toute
maladie de Hodgkin réfractaire ou en rechute. De plus, non seulement
les indications retenues sont souvent discutables, mais aussi ces traitements
sont d'une grande hétérogénéité dans
l'induction de la rémission, le conditionnement, voire les traitements
adjuvants post-greffe. À titre d'exemple, l'utilisation de la radiothérapie
adjuvante après intensification enlève toute crédibilité
au rôle de ce traitement et conduit à poser la question de
son utilisation avant l'intensification [31] quand on sait que même
les rechutes post-greffe surviennent en territoires initialement envahis.
Cela a conduit à une approche originale du problème par
intensification en deux étapes, d'abord réduction par chimiothérapie
puis radiothérapie et intensification des répondeurs [32].
Sous réserve de confirmation ultérieure, les résultats
avec 3,5 ans de recul montrent des taux de rémission de 68 % et
de survie de 83 % pour les répondeurs et de 58 % et 73 % pour l'ensemble,
bien supérieurs aux taux habituellement rapportés. Cette
étude comporte aussi une analyse pronostique montrant une évolution
défavorable en cas d'atteinte extraganglionnaire, rechute précoce
de moins d'un an ou poursuite évolutive et signes généraux.
Ces éléments de pronostic défavorable sont retrouvés
dans l'étude espagnole sur 494 patients [33], en particulier en
ce qui concerne la présence d'une maladie évolutive lors
de la transplantation. Cependant, avec un recul plus important de 5 ans
et un programme différent (transplantation après simple
conditionnement), les taux de rémission et de survie sont de 45
% et 54,4 % pour l'ensemble. La conclusion est toutefois en contradiction
avec le précédent puisque les auteurs suggèrent une
intensification dans les formes localisées et la suppression de
la radiothérapie dans le conditionnement pour cause de tumeurs
secondaires dans les suites de la greffe. L'effet défavorable des
signes généraux et une atteinte extraganglionnaire sont
retrouvés dans une autre étude espagnole sur un plus petit
nombre de patients mais avec un recul plus long [34].
Les deuxièmes rechutes après intensification pour des
rechutes précoces ou multiples sont habituellement rapides dans
l'année qui suit l'intensification, sans qu'il y ait une concordance
entre tableau symptomatique (B) initial et à la rechute et la valeur
prédictive d'une accélération de la VS quand elle
était élevée avant l'intensification [35]. Les auteurs
considèrent au passage que l'intensification est inadéquate
pour à peu près la moitié des patients concernés
par ce traitement.
Ces incertitudes, depuis le diagnostic jusqu'à l'évaluation
de la réponse dans la maladie de Hodgkin, rendent nécessaire
la réalisation d'un essai bien défini et bien réalisé
pour répondre à deux ou trois questions concernant la place
et le rôle de l'intensification dans les différentes situations
de la maladie de Hodgkin. En attendant, on aura peut-être des indications
plus claires quant à l'efficacité à terme des nouveaux
protocoles plus intenses tels que Beacopp et Stanford V ou les anticorps
monoclonaux comme les anti-CD30 qui permettraient alors d'avoir moins
d'échecs et moins de questions sur l'autogreffe.
Quoi qu'il en soit, la nature du greffon, moelle ou cellules souches,
ne modifie pas les résultats [36]. Restent les conséquences
à plus long terme rentrant dans le cadre des complications thérapeutiques.
Conséquences du traitement
Les séquelles ou les complications thérapeutiques deviennent
un sujet de préoccupation à en juger par le nombre de publications
qui leur sont consacrées. Cet intérêt a probablement
deux raisons : d'une part l'amélioration des résultats thérapeutiques
permettant de plus longues survies, d'autre part l'évolution des
sociétés qui acceptent moins les problèmes de ce
type, quelle qu'en soit la raison.
* Cancers et lymphomes secondaires dans la maladie de Hodgkin et
les lymphomes [37-41]
Ce n'est peut-être pas une nouveauté, mais les cancers
secondaires au traitement de la maladie de Hodgkin font actuellement parler
de leur étiologie. On sait que ces cancers sont âge et sexe-dépendants
dans leurs localisations, et que leur survenue change d'une tranche d'âge
à une autre. Chez l'enfant, le risque de deuxième cancer
est multiplié par 7 (IC95 % = 5,9-8,2) pour les tumeurs solides
et par 27 (IC95 % = 17,9-40,2) pour les leucémies ; il persiste
pendant deux décennies après le traitement. À l'intérieur
de cet ensemble, il y a une disparité et certaines tumeurs sont
prépondérantes. C'est ainsi que le risque des tumeurs de
la thyroïde et des voies respiratoires est multiplié par 50
dans la tranche d'âge d'avant 10 ans au moment du traitement. Dans
la tranche suivante de 10 à 16 ans, c'est le risque des tumeurs
digestives et surtout mammaires qui est multiplié par 19 [42].
On retrouve cette augmentation de risque dans d'autres publications [43,
44], mais avec des fluctuations des risques liés en réalité
au nombre des événements et au nombre des sujets examinés.
On a une tendance générale à incriminer la radiothérapie
dans les tumeurs solides et la chimiothérapie dans les leucémies
aiguës. Les choses sont probablement plus complexes et l'effet de
la chimiothérapie sur l'apparition des tumeurs solides, ou plutôt
son rôle de facilitation de l'effet carcinogène de la radiothérapie,
peut être retenu.
Chez l'adulte, une autre étude porte sur près de 5 500
patients traités sur une période de 30 ans soit par radiothérapie
(un quart des patients), soit par chimiothérapie exclusive (un
autre quart), soit par l'association des deux (la moitié). Cette
cohorte de patients constitue près de 47 000 personnes/années
de surveillance, correspondant à peu près à 8,5 années
de surveillance par individu ; 344 deuxièmes cancers ont été
notés. On retient surtout les tumeurs gastro-intestinales après
traitement combiné (RR = 3,3), les tumeurs pulmonaires après
chimiothérapie (RR = 3,3), radiothérapie (RR = 2,9) ou traitement
combiné (RR = 4,3) et les tumeurs mammaires après radiothérapie
(RR = 2,5). Tous ces risques sont beaucoup plus importants quand le traitement
est appliqué à un jeune âge, ce qui est dû à
la rareté des tumeurs spontanées parmi les enfants et les
adultes jeunes ; le risque absolu reste élevé chez les sujets
âgés [45]. Une autre étude de type cas-témoins,
du même auteur, concernant le cancer du poumon dans la même
population [38] montre un risque discrètement augmenté avec
le MOPP (RR = 1,66 ; IC95 % = 0,99-2,82) et avec le nombre des cycles
(p de tendance 0,007), toute autre cause comprise par ailleurs.
Les tumeurs constatées ont une tendance pour une histologie non
adénocarcinomateuse après radiothérapie et l'inverse
pour les autres, ce qui demande à être confirmé. Dans
cette étude, les auteurs ne trouvent pas de risque supplémentaire
avec ChlVPP. Cette différence déplace le risque vers la
seule chlorméthine comme principal facteur de risque.
* Une autre question qui intéresse le thérapeute,
un peu sous la pression des patients, concerne l'infertilité du
couple. Cette infertilité est surtout liée à la stérilité
masculine et a été rattachée à la chlorméthine
du MOPP et d'autres alkylants ; elle est connu depuis longtemps et dépend
de la dose. Pour ce qui concerne les hommes, on a cru quelques temps que
la conservation du sperme était la panacée permettant de
contourner cet obstacle par insémination artificielle. Une étude
rétrospective sur les patients traités après congélation
du sperme relève un taux très élevé d'échec
des inséminations artificielles, voire de fécondation in
vitro, à la suite du traitement de la maladie de Hodgkin [46],
conduisant à une plus grande modestie et à des précautions
supplémentaires dans la prévention des azoospermies, d'autant
plus que, dans bien des cas, le sperme n'est pas d'une qualité
permettant la congélation ou mieux la fécondation ultérieure
des ovules. Cependant, les nouvelles techniques de fécondation
par injection intracytoplasmique de sperme devraient améliorer
considérablement le rendement des fécondations in vitro,
avec des spermatozoïdes moins nombreux ou de moindre mobilité.
Pour ce qui concerne les jeunes filles et femmes, on avait jusqu'à
présent la possibilité de transposition ovarienne en cas
d'irradiation pelvienne. Des études antérieures avaient
déjà souligné la fragilité d'une telle technique
et les fréquentes modifications vasculaires de l'ovaire conduisant
dans bien des cas à une stérilité de fait. Les problèmes
endocriniens sont de nos jours plus faciles à gérer en raison
de la disponibilité de traitements hormonaux de plus en plus précis.
Cette transposition ovarienne intéresse peu de patients, notamment
les atteintes sous-diaphragmatiques limitées. Elle suppose par
ailleurs l'absence d'une chimiothérapie concomitante. Or, aussi
bien ces patientes que la majorité de celles qui ont une atteinte
sus-diaphragmatique reçoivent de la chimiothérapie gonadotoxique
et sont potentiellement exposées à une ménopause
anticipée et à la stérilité. Elles partagent
avec les jeunes femmes atteintes de lymphome non hodgkinien les mêmes
préoccupations concernant leur fertilité ultérieure.
Aucune méthode de prévention ne permettait jusqu'à
présent de pallier la ménopause précoce suivant la
chimiothérapie et ses conséquences hormonales et génitales.
De nouvelles techniques de conservation sont à l'étude [47].
Adaptées presque essentiellement aux cancéreuses guéries,
elles consistent d'abord en une prévention hormonale par analogues
des agonistes de GnRH qui, en bloquant l'évolution de l'épithélium
germinatif, est supposé prévenir l'effet de la chimiothérapie
sur sa prolifération. Ces techniques séduisantes ne sont
pas toujours applicables aux patientes et restent inefficaces sous chimiothérapie
à fortes doses, d'où le recours à une congélation
des ovocytes matures ou immatures, voire de l'ovule fécondé.
Elles ont chacune leurs limites et inconvénients. La congélation
d'ovocytes matures est connue pour entraîner des lésions
chromosomiques, et celle des ovocytes immatures est pour l'heure trop
expérimentale pour permettre son utilisation. En revanche, il semble
que le prélèvement par clioscopie et la congélation
du cortex ovarien puissent éventuellement être appliqués
dans quelques cas sélectionnés (jeune fille ou femme nullipare,
haute probabilité de guérison, haute probabilité
de stérilité par la chimiothérapie) et peut-être
plus largement ultérieurement [47-50]. Cependant, il faut être
conscient des difficultés pratiques et même psychologiques
d'une telle démarche chez la femme, surtout dans le contexte précédant
le diagnostic et préthérapeutique d'un cancer.
Ces difficultés d'avant la chimiothérapie et les aléas
après le traitement conduisent à une plus grande réflexion
dans le choix thérapeutique quand différentes options sont
disponibles.
Lymphomes non hodgkiniens
Le traitement des lymphomes a autant bénéficié
des progrès immunobiologiques dans leur identification fondamentale
que d'apports médicamenteux nouveaux. Ces progrès sont sensibles
au niveau des classifications complétées par spécification
immunohistochimique qui ont permis de dégager les entités
jusqu'alors confondues avec le reste mais justiciables d'une attitude
différente. En contrepartie, ces groupes ainsi mieux définis
ont vu leur prise en charge plus homogène.
Évolution anatomopathologique
La classification REAL, améliorée et adaptée par
l'OMS a permis de définir la place des sous-entités biologiques,
mais il n'y a pas pour autant une « différenciation »
thérapeutique et le comportement clinique reste encore primordial.
Il n'en reste pas moins que ces définitions récentes ont
amené de nouveaux indices qui devraient être évalués
compte tenu de l'essor prévisible des traitements à visée
moléculaire. Si, dans le passé, il y avait une certaine
concordance anatomoclinique et consensuelle, il semble de plus en plus
difficile de tenir le même langage et de séparer les lymphomes
en faible ou forte malignité.
Épidémiologie
Partout où il y a des statistiques et registres sur les cancers,
on note un accroissement significatif des lymphomes [51]. Cet accroissement
n'est pas expliqué par des facteurs classiques connus tels que
les états dysimmunitaires, les infections virales à l'EBV
ou au HTLV1. L'attention a été attirée par les herbicides
largement utilisés depuis trois décennies. L'un déjà
connu sous le nom d'agent orange (mélange d'acide dichlorophénoxyacétique
et d'acide trichlorophénoxyacétique) a été
reconnu comme responsable de l'augmentation considérable des cas
là où il a été utilisé. L'étude
de Hardell et Eriksson en Suède confirme que l'exposition aux herbicides
et aux fungicides favorise l'apparition des lymphomes et que ce risque
dépend de la durée d'exposition [52].
Évaluation de la réponse au traitement
Alors que la nouvelle classification de l'OMS apporte à la fois
un langage commun permettant de comparer les séries entre elles
et une meilleure définition des entités [53], il restait
beaucoup de variabilité dans la façon d'évaluer la
réponse au traitement. Ce problème est maintenant en partie
résolu par le groupe de travail international dont les conclusions
ont été publiées en 1999 [54]. Cette évolution,
parallèle aux travaux menés pour les tumeurs solides [55],
sera probablement appliquée par l'ensemble des groupes coopératifs,
permettant ainsi des progrès plus rapides.
Par ailleurs, il est tout à fait possible que nos pratiques changent
dans les années à venir par la venue de la tomographie par
émission de positons utilisant le 18-fluorodéoxyglucose.
Bien qu'il n'y ait pas assez de données à l'heure actuelle
pour l'utiliser dans la prise en charge standard des lymphomes, ses performances
pour l'évaluation de la réponse [56] sont très encourageantes.
Par ailleurs, il est possible, au moins dans certains types de lymphomes,
que cet examen puisse un jour remplacer la plupart des explorations morphologiques
du bilan d'extension [57], même s'il n'existe pas actuellement de
consensus à ce propos [58].
Entités
* Lymphomes folliculaires
Le pronostic des lymphomes folliculaires n'a malheureusement pas changé
mais, là encore, des progrès significatifs ont été
accomplis.
L'intérêt de l'intensification de chimiothérapie
reste encore une question non résolue, en attendant les résultats
d'essais randomisés en cours. Actuellement, il ne semble pas qu'un
bénéfice puisse être attendu en termes de survie globale
et il faut rester prudent sur les risques à long terme, notamment
des myélodysplasies [59].
Plusieurs essais randomisés testant l'intérêt de
l'interféron alpha en association avec le traitement d'induction
ou en traitement d'entretien ont été jusqu'ici réalisés
[60]. Une méta-analyse récemment mise à jour concluait
à un avantage en termes de survie globale lorsque l'interféron
était associé à une chimiothérapie agressive
[61], mais un nouvel essai négatif a été publié
[62]. Une nouvelle méta-analyse est maintenant disponible et conclut
plutôt en faveur de l'utilisation de l'interféron du fait
d'un bénéfice constaté en termes de survie globale
[63]. Néanmoins, elle reste discutée du fait des effets
secondaires constatés, mais aussi et surtout du fait de nouvelles
options thérapeutiques.
En effet, d'importants progrès ont été réalisés
pour les traitements de première ligne, au moins en termes d'efficacité
immédiate. Deux types d'associations à base de fludarabine
ont été proposés, celle avec la mitoxantrone, avec
ou sans corticoïdes, et celle avec le cyclophosphamide. Les résultats
sont plus spectaculaires lorsque ces associations sont utilisées
en première ligne de lymphomes folliculaires disséminés,
avec notamment 67 % de réponses complètes dans la série
italienne [64] et 60 à 89 % de rémissions complètes
dans deux séries américaines [65, 66].
De plus, nous disposons également d'anticorps monoclonaux anti-CD20,
généralement bien tolérés. Utilisé
seul en première ligne, le rituximab est associé à
des taux de réponses de 64 à 73 %, de réponses complètes
de 15 à 20 %, pour des toxicités généralement
minimes, du moins pour les lymphomes plutôt de faible masse tumorale
inclus dans ces études [67, 68]. Contrairement à l'expérience
habituelle des chimiothérapies, le rituximab semble maintenir son
efficacité lorsqu'il est utilisé une seconde fois [69].
Cette efficacité est renforcée par l'adjonction de radioactivité.
L'ibritumomab (anti-CD20 combiné avec l'yttrium 90) a permis d'obtenir
67 % de réponses dont 26 % de complètes chez des patients
en rechute ou réfractaires [70] alors que 57 % de réponses
dont 27 % de complètes ont été observées avec
le tositumomab (anti-CD20 combiné avec l'iode 131) [71].
Ces progrès renforcent l'intérêt de l'étude
de la maladie résiduelle [72]. La disparition de cellules porteuses
de la t(14;18) dans le sang ou la moelle semble associée à
un meilleur pronostic [59, 68] bien que d'autres travaux ne soient pas
tout à fait dans ce sens [73, 74]. Par ailleurs, il semble que
l'extinction sous chimiothérapie de l'expression du gène
hybride bcl2/IgH soit associée à des taux plus élevés
de réponse et annonce un meilleur pronostic en termes de survie
sans progression [75].
* Lymphomes médiastinaux sclérosants
C'est une entité définie il y a déjà une
quinzaine d'années dans le mouvement d'individualisation de sous-groupes
des lymphomes et de la maladie de Hodgkin. Elle avait été
confondue avec la maladie de Hodgkin en raison du jeune âge des
patients, de la localisation presque toujours exclusivement médiastinale
et de la fibrose majeure au niveau de la tumeur. L'évolution en
était souvent défavorable avec le traitement classique de
la maladie de Hodgkin. Par la suite, la rareté de ce groupe n'a
pas permis de préciser un traitement standard et son traitement
est resté controversé entre les tenants d'un traitement
classique combiné et les tenants d'une démarche d'intensification.
Quelle que soit l'attitude thérapeutique, il n'y a pas à
ce jour l'indication de la supériorité d'un traitement sur
l'autre. La revue générale faite par van Besien et al.
[76] ne permet pas d'atténuer cette controverse. En revanche, la
publication de Zinzani et al. [77] montre des résultats
qui sont difficiles à améliorer. En effet, sur un contingent
de 89 patients traités par association de MACOP-B et radiothérapie
médiastinale, le taux de rémission est de 88 % et la survie
globale à 9 ans de 86 %. Ces résultats confirment ce qu'on
savait quant au caractère « tout ou rien » du traitement
dans ce type de lymphome. Cette publication indique aussi un point fort
intéressant quant au rôle potentiel des différentes
phases. En effet le monitoring par PET-scan des patients au cours
et au décours du traitement montre un taux de rémission
de 26 % avec la chimiothérapie et de 93 % après la fin du
traitement. Cela pourrait indiquer deux choses : soit un effet tardif
et lent de la chimiothérapie dans ce type anatomopathologique,
soit le rôle majeur de la radiothérapie dans l'achèvement
de la rémission. Ces résultats vont dans le sens de ceux
des publications antérieures, qui sont les mêmes quant à
la rémission lente de lymphomes sclérosants, l'excellent
taux de survie, et confortent le rôle de la radiothérapie
médiastinale.
* Les lymphomes anaplasiques à grandes cellules sont une
autre entité séparée de la maladie de Hodgkin avec
laquelle ils ont été longtemps confondus et le sont encore
parfois en raison des similitudes, mais aussi du fait de l'existence d'une
zone de chevauchement (grey zone). C'est aussi une entité
distincte des autres lymphomes à grandes cellules [78, 79]. C'est
pourtant une entité elle-même assez hétérogène,
avec des formes primaires et leurs sous-variétés systémiques
(histiocytique, à grandes ou petites cellules, Hodgkin-like)
et cutanées (syndromes lympho-prolifératifs cutanés
CD30+) et des formes secondaires. Les formes primaires, de
loin la grande majorité, ont une présentation clinique et
anatomopathologique hétérogène. Un élément
qui semble faire la distinction entre les formes favorables et défavorables
est la positivité de la protéine ALK (anaplastic lymphoma
kinase) qui définit une forme plutôt favorable survenant
chez le jeune. Cette grande hétérogénéité
situe ce lymphome entre la maladie de Hodgkin et les lymphomes B à
grandes cellules, sur lesquels ils chevauchent de part et d'autre, et
explique la raison pour laquelle il est difficile de proposer une attitude
thérapeutique uniforme [78].
* Les lymphomes anaplasiques de l'enfant font l'objet de traitements
différents selon les équipes avec des protocoles courts
ou, au contraire, des protocoles longs comme les variantes du LSA2L2.
Un traitement court basé sur le protocole BFM appliqué sur
89 enfants a permis de constater une survie (à 5,6 ans) de 76 %
(IC = 67-85 %) pour l'ensemble des patients mais meilleure (100 %) pour
le faible contingent de patients avec stades I et II chirurgicalement
enlevés. Les risques d'échec dépendent de l'extension
initiale (splénomégalie, symptômes B et atteinte pulmonaire)
dans l'analyse univariée et des seuls signes généraux
dans l'analyse multivariée de Cox. Comme on le pressentait déjà,
l'immuno-phénotype ne présente pas de signification pronostique
[80].
* Lymphomes diffus à grandes cellules B
On retiendra des dernières années un intérêt
nouveau pour les sujets âgés. Plusieurs essais ont été
publiés confortant le CHOP comme chimiothérapie standard.
Cependant, on sait que de nombreux sujets âgés ne peuvent
recevoir de CHOP pour des contre-indications diverses, de l'ordre de 56
% des patients de plus de 65 ans, le plus souvent du fait d'une importante
dégradation de l'état général, d'une fonction
rénale fortement altérée ou d'une contre-indication
cardiaque à l'utilisation des anthracyclines [81]. Deux essais
intégrant évaluation gériatrique et de qualité
de vie sont en cours dans le groupe Lymphomes de l'EORTC pour essayer
de progresser dans ces situations.
Plusieurs essais comparant le CHOP aux chimiothérapies de deuxième
et troisième génération ont été réalisés,
la plupart négatifs. C'est encore le cas de deux essais récents
[82, 83]. Cette absence d'amélioration du pronostic par rapport
au CHOP standard est de plus confirmée par une méta-analyse
récente [84]. Tous ces résultats confortent le CHOP comme
chimiothérapie de référence et, dans ce contexte,
les essais sans le CHOP dans le bras standard sont difficiles à
utiliser [85, 86].
L'association du rituximab avec le CHOP semble porteuse de beaucoup
d'espoirs avec les résultats d'une étude de phase II [87]
et les résultats préliminaires de l'essai de phase III du
GELA comparant CHOP et CHOP-rituximab chez des patients de plus de 60
ans [88]. On attend les résultats définitifs de ces essais
avant de conclure, mais, dès à présent, il semble
que le CHOP-rituximab devienne bientôt le nouveau standard.
La place de l'intensification de dose de chimiothérapie en première
ligne reste un sujet de débat au niveau international. Les résultats
définitifs du LNH 87-2 ont été publiés en
2000 [89], montrant l'intérêt de l'intensification proposée
en consolidation de la rémission complète chez les patients
de mauvais pronostic, mais il s'agit cependant d'une analyse de sous-groupe
et un nouvel essai négatif vient d'être publié [90].
On ne peut donc encore retenir cette attitude comme standard. C'est dans
le groupe de patients de mauvais pronostic que l'on continue à
chercher la place de l'intensification dans le cadre de deux essais en
cours au niveau international.
CONCLUSION
Les pistes pour l'avenir
Si les approches thérapeutiques combinant chimiothérapie
et anticorps monoclonaux semblent très prometteuses, ce ne sont
pas les seuls espoirs sur lesquels nous appuyer. Des traitements intensifs,
les mini-allogreffes, sont en cours de développement [91]. L'objectif
est de viser surtout un effet du greffon versus le lymphome. Si
les risques thérapeutiques restent conséquents, les premiers
résultats sont séduisants [92].
Avec les progrès biologiques, une nouvelle classe est en train
de voir le jour, les oligonucléotides anti-sens. Le G3139 anti-bcl2
permet d'observer un effet antitumoral [93] et c'est un bon candidat pour
lutter contre la chimiorésistance induite par bcl2.
Enfin, alors qu'une des découvertes les plus sensationnelles
des dix dernières années a été la mise en
évidence de la relation entre Helicobacter pylori et les
lymphomes du Malt, d'autres résultats un peu provocants montrent,
chez des patients traités par interféron alpha pour une
hépatite C chronique, un effet de ce traitement sur les cellules
circulantes porteuses de la t(14;18) [94].
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