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Les maladies lymphoprolifératives représentent la première
indication des transplantations de cellules souches hématopoïétiques
en Europe [1] avec près de 40 % des cas, 52 % des autogreffes et
9 % des cas d'allogreffe. Les lymphomes non hodgkiniens représentent
respectivement 14 %, 18 % et 3 % des indications.
C'est d'ailleurs dans le cadre des lymphomes non hodgkiniens que la
première publication d'autogreffe a été rapportée
[2], démontrant l'efficacité de celle-ci pour réduire
la durée de la neutropénie et obtenir des rémissions
prolongées.
Le rationnel des intensifications thérapeutiques dans les lymphomes
se fonde sur la démonstration expérimentale in vitro
de l'activité dose-dépendante de nombreux agents chimiothérapiques
et de la radiothérapie [3], ainsi que sur l'influence de la dose
administrée de chimiothérapie sur la réponse thérapeutique
dans des essais cliniques [4].
Actuellement, la source de cellules souches provient, dans la plupart
des cas, du sang périphérique depuis que des études
randomisées ont démontré, dans les lymphomes, la
supériorité des greffes de cellules souches périphériques
sur celles provenant de la moelle en ce qui concerne la récupération
hématologique [5], l'aspect économique [6], et cela sans
modification de la réponse thérapeutique [5, 6].
Cette revue aborde successivement la place de l'autogreffe dans les
lymphomes de bas grade de malignité (folliculaires principalement),
celle de l'autogreffe dans les lymphomes de haut degré de malignité
(agressifs principalement), puis celle de l'allogreffe et d'autres traitements
immunothérapiques post-greffe.
Les entités plus rares de lymphomes (manteau, lymphoblastique,
Burkitt) ne seront pas abordées, une revue récente peut
être utilement consultée [7].
Lymphomes de bas grade de malignité
Qui transplanter ?
Étant donné l'histoire naturelle prolongée de ces
affections et les multiples possibilités thérapeutiques
(chimiothérapies diverses, radiothérapie, interféron,
anticorps monoclonaux), les intensifications thérapeutiques avec
autogreffe doivent faire partie de la stratégie globale du traitement,
définie le plus précocement possible, dès le diagnostic.
Les objectifs doivent plus concerner la survie globale et la survie
sans rechute que la réponse complète, tant il est vrai que
celle-ci se définit malaisément, notamment au niveau de
la moelle osseuse [8].
La détection de la maladie résiduelle par PCR au niveau
de la moelle et du sang est un outil particulièrement utile dans
les lymphomes folliculaires (réarrangement IgH/bcl2) et sera traitée
plus loin [9].
Si les intensifications peuvent entraîner la guérison des
lymphomes agressifs en rechute, la capacité curative des intensifications
en cas de lymphome de bas grade de malignité n'a pas été
démontrée [10].
Le choix des malades à transplanter dépendra de l'existence
de facteurs de pronostic défavorable. Ceux qui ont été
identifiés au diagnostic sont : le sexe, l'âge, l'indice
de performance (Ecog), les symptômes B, le stade, le nombre et la
taille des ganglions, le nombre de localisations extraganglionnaires,
le degré d'envahissement de la moelle, l'atteinte digestive, le
taux d'hémoglobine, l'accélération de la vitesse
de sédimentation, le taux de LDH et de beta2-microglobuline
[11-16].
L'index pronostique international [17], développé pour
les lymphomes agressifs, n'est pas suffisamment distinctif dans les lymphomes
folliculaires [18]. En raison de la multiplicité des événements
possibles dans l'évolution des lymphomes folliculaires, il est
intéressant d'aborder les facteurs pronostiques en analysant les
risques compétitifs aux différentes étapes possibles,
rechutes, transformation histologique, décès. L'analyse
des patients traités dans le protocole Gelf 86 [15] montre que
les facteurs pronostiques symptômes B, nombre de sites extraganglionnaires,
atteinte hépatique, taux des LDH, nombre et taille des ganglions,
âge, seront impliqués de façon différente selon
les transitions entre les états. Le tableau
I illustre l'influence des différents paramètres dans
la survie globale, la survie sans rechute, le risque et le devenir de
la transformation histologique ou dans la survie après rechute.
Enfin, un obstacle important à la transplantation de cellules
souches hématopoïétiques est l'envahissement fréquent
de la moelle osseuse et le passage sanguin des cellules de lymphomes de
bas grade [10]. S'il existe une différence vraisemblable de contamination
entre les cellules souches du sang périphérique et la moelle,
elle est sans doute modeste. Il faut donc envisager les techniques d'élimination
des cellules malignes par le traitement in vitro, ex vivo
et in vivo des cellules hématopoïétiques.
Quand transplanter ?
* Malades réfractaires. Les malades qui sont réfractaires
au traitement de première ligne ou qui n'atteignent qu'une réponse
mineure ont un mauvais pronostic [19]. Il existe peu de données
concernant les intensifications dans ces situations. Ces patients sont
candidats à des traitements innovateurs, avec de nouveaux médicaments,
beaucoup plus qu'à des intensifications avec autogreffe, en raison
de la persistance de masses tumorales importantes et d'une altération
fréquente de leur état général.
* Malades en rechute. Après rechute, en cas de stade avancé,
la survie sans événement est seulement de 25 % à
5 ans [10] et la durée des rémissions va progressivement
être de plus en plus courte [20, 21]. Les intensifications réalisées
lors des rechutes des lymphomes à faible grade de malignité
(folliculaires principalement) permettent d'obtenir une survie sans nouvelle
progression de la maladie autour de 50 % à 5 ans, soit des résultats
apparemment supérieurs à ceux des traitements conventionnels.
Le tableau II reprend
quatre séries de patients provenant d'études pilotes de
centres ayant transplanté des malades atteints de lymphomes folliculaires
en rechute [9, 22-24]. Dans les deux premières, la moelle osseuse,
utilisée comme source de cellules souches, était traitée
ex vivo par des anticorps monoclonaux anti-B. Les deux études
suivantes utilisent les cellules souches périphériques sans
traitement du greffon. Après transplantation, les facteurs pronostiques
pour la survie sans nouvelle rechute sont : un signal PCR négatif
pour le réarrangement bcl2 [9, 22], le nombre de traitements avant
intensification [22-24], l'âge au moment de l'intensification [22].
L'équipe du St Bartolomew's Hospital à Londres [22] a
comparé les résultats des traitements intensifs à
ceux d'une cohorte historique. La survie sans nouvelle progression est
significativement meilleure pour les patients traités intensivement
avec autogreffe en cas de deuxième rémission par rapport
aux témoins historiques. Il n'y a toutefois pas d'avantage en survie
pour les malades traités intensivement, que la survie soit calculée
au moment du diagnostic ou au moment de la rechute.
Récemment, Brice, pour le Groupe d'études des lymphomes
de l'adulte (Gela) [25], a confirmé de manière rétrospective
le bénéfice des intensifications avec autogreffe à
partir d'une cohorte de 372 malades en première progression à
partir de 566 inclus dans le protocole Gelf 86. Quatre-vingt-trois patients
(23 %) ont été traités par intensification et autogreffe.
En comparaison avec la chimiothérapie standard, les patients greffés
ont un avantage en survie (58 % versus 38 % à 5 ans, p =
0,0005). Cet avantage est confirmé par l'étude multivariée.
Les autres facteurs pronostiques sont l'âge, la masse tumorale initiale
et le moment de la rechute.
La seule étude randomisée [26] comparant le traitement
intensif à la chimiothérapie conventionnelle a montré
un avantage en survie sans progression, mais pas en survie globale. Toutefois,
le nombre de patients est faible (89) et l'essai a été arrêté
du fait d'un taux d'inclusion insuffisant. Il semble donc logique de proposer
l'intensification thérapeutique avec autogreffe chez le malade
en rechute.
* Transformation histologique. En cas de lymphome folliculaire,
la transformation en un lymphome de haut degré de malignité
est fréquente (entre 15 % et 70 %) et de mauvais pronostic (avec
une médiane de survie de 7 mois) [27]. Le risque de transformation
augmente avec le nombre de rechutes : 24 % à la première
rechute, 48 % aux rechutes suivantes [28]. L'âge supérieur
à 50 ans et la rechute sous traitement sont les facteurs de risque
en étude multivariée [27]. Deux études [29, 30] ont
rapporté l'expérience des traitements intensifs en cas de
transformation histologique. Cinquante-quatre malades ont été
traités et leur survie à 5 ans est de 54 %, montrant bien
l'efficacité du traitement intensif qui doit être considéré
comme standard dans cette indication.
* Première ligne. Les résultats obtenus dans les
rechutes ont incité à utiliser les intensifications en première
ligne, dans le but notamment d'augmenter le taux de réponses complètes
et, dès lors, peut-être la survie.
Deux études pilotes ont été rapportées [31,
32]. L'expérience du Dana Farber à Boston est la plus vaste
[31]. Quatre-vingt-trois malades ont été traités
en première ligne et les taux de survie à 3 ans, sans événement
et globale, sont respectivement de 63 % et 89 %.
Une revue rétrospective du registre de France Autogreffe a analysé
les malades traités par intensification et autogreffe en première
réponse partielle ou en deuxième rémission complète
avec un suivi de plus de 3 ans. Les taux de survie sans événement
et globale sont respectivement de 66 % et 83 %.
Les intensifications avec autogreffe en première ligne entraînent
des réponses complètes prolongées. Il faut toutefois
attendre les résultats des études prospectives randomisées,
celles du Gela, du Goelams et du Groupe allemand des études des
lymphomes de bas grade, pour déterminer la place des traitements
intensifs en première ligne. Les premiers résultats du dernier
essai montrent un avantage en survie sans événement, mais
pas en survie [33].
Importance de la maladie résiduelle
La détection, dans la moelle et le sang, du réarrangement
IgH/bcl2 étudié en PCR est très utile pour analyser
la maladie résiduelle post-greffe.
L'équipe du Dana Farber à Boston avait, la première,
montré que la survie sans événement était
prolongée si une rémission complète était
obtenue au niveau moléculaire [34]. Un suivi plus long de cette
population a confirmé ces résultats. Seuls 6 malades ont
rechuté parmi les 47 qui étaient PCR-négatifs, alors
que 49 rechutes étaient observées chez les 65 qui étaient
PCR-positifs.
La survie sans rechute à 8 ans est de 83 % contre 19 % (p = 0,0001)
selon que la PCR est négative ou positive post-greffe. Bien plus,
avec un recul de 8 ans, 81 % des malades dont les contrôles médullaires
restent PCR-négatifs après la greffe demeurent en rémission
complète [9]. Chez les malades greffés en première
rémission complète, 88 % restent en rémission 3 ans
après la greffe si la PCR est négative, contre 51 % si elle
reste positive [30]. La négativité en PCR est aussi prédictive
de la bonne évolution après chimiothérapie sans greffe
[35] ou après traitement par anticorps monoclonal [36].
Les méthodes utilisées pour diminuer ex vivo la
contamination sont soit des anticorps monoclonaux anti-B [37], soit une
chimiothérapie [38] ; elles paraissent avoir un impact favorable
sur la survie.
La sélection positive de la population CD34+ permet
de réduire le contenu en cellules tumorales [39], mais son effet
sur la survie est actuellement inconnu.
La seule étude randomisée [26] comparant « purge
» et « non-purge » n'a pas montré de différence
ni en survie sans événement, ni en survie globale, mais
le nombre de patients (59) était très faible. La possibilité
d'obtenir des cellules souches indemnes de contamination par le rituximab
administré in vivo est attirante [36] et est testée
de manière prospective dans une étude randomisée
de l'EBMT. Toutefois, le fait que les rechutes surviennent beaucoup plus
fréquemment au niveau des sites initiaux de la maladie plutôt
qu'à de nouveaux sites suggère que les traitements intensifs
sont insuffisants pour éradiquer la maladie chez le patient et
que les cellules hématopoïétiques transplantées
ne contribuent pas seules à expliquer les rechutes [10].
Il faut donc envisager un traitement plus global de la maladie résiduelle
post-greffe, soit par l'allogreffe, soit par des traitements immunomodulateurs.
Lymphomes de haut degré
de malignité
En cas de rechute
Les patients résistants au traitement ou en rechute après
une réponse complète ont un mauvais pronostic. Dans une
étude rétrospective concernant 737 patients traités
dans l'essai thérapeutique du Gela LNH-84, 260 malades étaient
réfractaires ou avaient rechuté. Parmi ces 260 patients,
moins de 10 % étaient en vie 5 ans après leur échec
[40].
On peut considérer trois différentes situations qui nécessitent
des approches thérapeutiques distinctes :
1. Maladie résistante. Les patients ont une réponse
inférieure à une réponse partielle à la fin
du traitement ou bien ont une réponse éphémère
et sont en échec à la fin du traitement de première
ligne. Il s'agit des malades réfractaires primaires. Ensuite, on
peut rapprocher de ces malades ceux qui sont en rechute après une
réponse complète, mais qui résistent au traitement
de rattrapage : ils sont appelés malades réfractaires secondaires.
2. Réponse partielle. À la fin du traitement de
première ligne, la réponse objective est inférieure
à une réponse complète. Ces réponses partielles
doivent être distinguées de celles des malades répondant
lentement si on teste la réponse de manière précoce
pendant le traitement.
3. Rechute sensible. Les malades sont en rechute après
réponse complète et sont encore sensibles au traitement
de rattrapage. On peut distinguer chez eux des rechutes précoces,
durant la première année à partir du début
du traitement, et des rechutes tardives, après la première
année. Chez ces malades, la maladie n'est pas résistante.
Pour tous ces malades, un traitement de sauvetage sera pratiqué
et il n'y a pas de consensus actuel concernant le meilleur traitement
de rattrapage. La plupart des traitements combinent l'association d'ifosfamide
et d'étoposide avec éventuellement une anthracycline, ou
bien les hautes doses de cytarabine avec le platine. Enfin, il existe
d'autres traitements qui associent l'ifosfamide, l'étoposide, les
anthracyclines et les hautes doses de cytarabine. Ce sont sans doute les
traitements les plus efficaces [41-44]. Avec ces traitements de sauvetage,
on obtient de l'ordre de 60 % de réponses objectives, dont la moitié
sont complètes. Il n'y a toutefois pas d'étude randomisée
qui montre qu'un schéma thérapeutique est meilleur qu'un
autre.
De nouveaux médicaments, et notamment les anticorps monoclonaux,
ont une efficacité indiscutable [45].
En cas de maladie résistante
Les patients qui ont une maladie résistante primaire ou secondaire
ont un mauvais pronostic. Une étude récente [46] concernant
64 malades réfractaires primaires montre que seulement 15 % répondent
au traitement de sauvetage et 10 % sont intensifiés avec autogreffe.
Aucun patient ne survit plus de 26 mois après le premier diagnostic.
Ces résultats sont en concordance avec ceux de la première
étude de T. Philip [47] où aucun patient ne survivait après
une maladie réfractaire primaire.
Toutefois, une étude américaine du Swog montrait que certains
de ces malades réfractaires primaires peuvent répondre au
traitement de sauvetage et qu'un nombre significatif d'entre eux peuvent
obtenir une réponse complète [48].
De même, les patients qui sont réfractaires secondaires
(rechute, résistance) ont aussi un mauvais pronostic. Moins de
20 % survivent à long terme, même si certains bénéficient
d'un traitement intensif [48]. On peut considérer tout de même
que ces patients réfractaires ne sont pas de bons candidats au
traitement intensif et qu'il faut sans doute les approcher d'une autre
façon, notamment peut-être en utilisant des médicaments
permettant de moduler la résistance aux drogues (MDR). Des études
précliniques ou de phase II ont donné des résultats
encourageants [49].
En cas de réponse partielle
Il n'y a pas de consensus concernant le meilleur traitement pour les
réponses partielles. Deux études randomisées ont
testé la place des intensifications en cas de réponse partielle.
La première [50] n'a pas montré d'avantage pour le traitement
intensif avec autogreffe, en comparaison avec la poursuite du protocole
CHOP. Toutefois, la population analysée ne correspondait pas réellement
à la définition de réponse partielle mais plutôt
à une réponse lente et le nombre de patients était
peu important. La deuxième étude [51] a montré un
taux de réponses supérieur en cas de traitement intensif,
mais la différence en faveur du traitement intensif, tant en survie
sans événement (73 % versus 52 %) qu'en survie globale
(73 % versus 59 %) n'était pas statistiquement significative
; là également, le nombre de patients (49) était
petit.
En revanche, tant une étude pilote [52] que deux études
rétrospectives [53, 54] ont montré que les traitements intensifs
avec autogreffe apparaissaient comme supérieurs aux traitements
conventionnels de chimiothérapie chez les patients qui étaient
en réponse partielle à la fin du traitement. Prince et
al. [53] obtenaient un taux de survie sans événement
à 3 ans de 39 % et Haïoun et al. [54] montraient que
le taux de survie sans événement à 5 ans était
de 52 % pour les patients traités par traitement intensif, contre
30 % pour ceux recevant une chimiothérapie conventionnelle.
En cas de réponse partielle, il est essentiel de prouver la persistance
de la maladie évolutive. Les évaluations par la scintigraphie
au gallium [55, 56], ou mieux par le PET-scan [57] sont de grande importance
dans cette situation. On peut considérer que seules les anomalies
radiologiques associées à un gallium positif ou à
un PET-scan positif doivent être considérées comme
des réponses partielles requérant un traitement et, pour
les malades concernés, il est vraisemblable que les traitements
intensifs avec autogreffe sont à proposer.
En cas de rechute sensible
Cette situation a fait l'objet de la première publication [2]
montrant la faisabilité de la procédure et aussi l'efficacité
de l'autogreffe pour réduire la durée de la neutropénie.
Il y avait dans cette première étude quelques longs survivants.
En 1987, T. Philip et al. [47], en colligeant des études
pilotes sur 100 patients, ont montré que les traitements intensifs
avec autogreffe pouvaient induire des réponses prolongées
chez des malades en rechute, en tout cas si la maladie restait sensible
au traitement de sauvetage. Près d'un tiers des patients étaient
alors en survie prolongée.
Suivant cette première publication, un grand nombre d'études
regroupant des malades en rechute ou réfractaires traités
par intensification et autogreffe ont été publiées
(tableau III) [44, 47,
58-73]. La majorité de ces publications rapportent des résultats
concernant uniquement des malades greffés mais, toutefois, les
rapports plus récents [44, 71-73] incluent les patients au moment
de la rechute, cela dans l'intention de réaliser un traitement
intensif et une autogreffe. La possibilité d'obtenir une deuxième
rémission complète prolongée est de 35 %, c'est-à-dire
un résultat apparemment supérieur à celui de la chimiothérapie
conventionnelle.
Deux études rétrospectives [40, 70] ont comparé
les traitements intensifs avec autogreffe à la chimiothérapie
conventionnelle et ont montré un avantage en faveur du traitement
intensif. Dans l'étude du Gela [40], les patients, tous traités
de manière identique en première ligne, ont été
suivis après leur premier échec : soit malades réfractaires,
soit en réponse partielle, soit en rechute. À partir de
260 malades en progression, 244 ont été traités et
inclus dans cette étude. Quarante d'entre eux ont reçu un
traitement intensif et autogreffe (il s'agissait d'autogreffe de moelle)
et ils ont une probabilité de survie à 5 ans (33 %) supérieure
à celle des patients soumis au traitement conventionnel (10 %).
Dans l'analyse multivariée de Cox, seuls deux paramètres
étaient prédictifs de la survie : le taux de LDH et le traitement
intensif.
L'étude de Pettengell et al. [70] concernait une cohorte
de 33 malades traités par traitement intensif et autogreffe (cellules
souches à partir de sang périphérique) ; ces malades
avaient un meilleur taux de survie (64 %) qu'une cohorte de 34 malades
comparables traités par chimiothérapie (35 %). Le risque
relatif de décès du groupe intensifié était
de 0,35 par rapport au groupe traité par chimiothérapie.
Meehan et al. [74] ont réalisé une méta-analyse
en cas de rechute. Les résultats de 8 études non randomisées
concernant 256 patients traités par chimiothérapie intensive
et autogreffe ont été comparés à 9 séries
concernant 444 patients traités par chimiothérapie. Le taux
de survie à 3 ans était supérieur dans le groupe
traitement intensif avec autogreffe (40 %) que dans le groupe chimiothérapie
(24 %).
La supériorité du traitement intensif avec autogreffe
sur la chimiothérapie conventionnelle suggérée par
ces études a été définitivement confirmée
par l'étude prospective randomisée du Parma [69]. Les patients
en rechute ont été traités par un traitement de sauvetage
DHAP et, s'ils avaient une réponse objective au DHAP, ils étaient
randomisés pour recevoir soit une irradiation et un traitement
intensif sous forme de BEAC et autogreffe de moelle, soit 4 cures additionnelles
de DHAP suivies de radiothérapie.
Les taux de survie sans événement et les taux de survie
globale sont supérieurs dans le bras intensif par rapport au bras
de chimiothérapie conventionnelle (respectivement 46 % versus
12 % et 53 % versus 32 %) ; ainsi, cette étude a démontré
de manière définitive la supériorité du traitement
intensif et de l'autogreffe sur la chimiothérapie conventionnelle
en cas de rechute sensible.
Ces études ont permis de montrer un certain nombre de facteurs
pronostiques dont le plus important est certainement l'obtention d'une
réponse complète avant l'intensification, tel que cela a
été montré par la série canadienne de Prince
et al. [68].
Une étude randomisée du Gela (LNH RP93) [71], comparant
une intensification précoce juste après le traitement de
sauvetage à une intensification plus tardive après 2 cures
additionnelles de chimiothérapie, a montré que le taux de
survie sans événement était de 35 % si les patients
recevaient ces 2 cures de chimiothérapie conventionnelle par rapport
à 16 % s'ils recevaient la chimiothérapie intensive immédiatement
après le traitement de sauvetage. Cette étude suggère
ainsi qu'une régression maximale de la masse tumorale avant l'intensification
peut être associée à une survie meilleure.
En première ligne
Les résultats dans les rechutes ont conduit à tester l'apport
du traitement intensif en première ligne. Plusieurs études
pilotes non randomisées (tableau
IV) [70, 75-80], réalisées habituellement chez des malades
de mauvais pronostic et pour la majorité en réponse complète,
ont montré des résultats encourageants, les taux de survie
sans événement allant de 56 à 84 % (médiane
69 %).
Toutefois, seules des études randomisées peuvent répondre
à la question de l'utilité du traitement intensif en première
ligne.
Dans deux études [81, 82], le traitement intensif a été
réalisé après induction complète Vacop-B [81]
ou ACVB [82]. Dans cette dernière étude du Gela, seuls les
malades en rémission complète étaient randomisés.
Dans ces deux études, il n'y a pas eu de différence ni en
survie globale, ni en survie sans événement entre le bras
chimiothérapie et le bras intensification (tableau
V) [81-85]. Il n'y a donc pas d'indication à réaliser
une intensification avec autogreffe dans une population non sélectionnée
de lymphomes agressifs en rémission complète. Toutefois,
si l'on analyse séparément les malades ayant 2 et 3 facteurs
de mauvais pronostic dans l'index international adapté à
l'âge (Ecog >= 2, LDH élevé et stades II et III),
la survie sans événement est meilleure lorsque les malades
sont traités par chimiothérapie intensive avec autogreffe
par rapport à la chimiothérapie conventionnelle (tableau
V).
Un suivi plus long des malades inclus dans l'étude du Gela [86,
87] a démontré également un avantage en survie en
faveur de l'autogreffe dans cette population à haut risque.
Une autre approche est d'utiliser, chez des malades à haut risque,
l'intensification thérapeutique avec autogreffe dans une stratégie
thérapeutique initiale [85]. L'étude randomisée comparant
cette approche à la chimiothérapie (Macop-B) a montré
un avantage en survie sans événement et une tendance à
un avantage en survie pour la population traitée par intensification
thérapeutique. Toutefois, le nombre de malades (98) est limité
et ces résultats mériteraient d'être confirmés.
À l'inverse, deux études randomisées ont comparé
la chimiothérapie intensive avec autogreffe administrée
après une induction plus courte [83, 84] : il n'y a aucun avantage
au traitement intensif. Au contraire, celui-ci, dans l'étude du
Gela LNH-93, donne même des résultats inférieurs à
la chimiothérapie conventionnelle : induction complète et
consolidation (tableau V).
D'autres études randomisées sont en cours, mais leurs
résultats ne sont pas encore publiés. On peut donc, d'après
ces études randomisées, tirer les conclusions suivantes
[88, 89] : l'intensification ne peut pas être proposée en
première ligne sans distinction ; il est très vraisemblable
que les malades de mauvais pronostic bénéficient de l'intensification
thérapeutique en première rémission complète
; les inductions plus courtes ou allégées ne doivent pas
être pratiquées.
Greffe allogénique et immunothérapie
post-greffe
Greffe allogénique
Malgré les progrès obtenus par les intensifications avec
autogreffe, le taux élevé de rechutes reste important et
il ne paraît pas possible d'augmenter encore l'intensité
du conditionnement pré-greffe [90]. Il paraît donc séduisant
d'utiliser des traitements immunothérapiques pour agir contre la
maladie résiduelle.
L'immunothérapie peut être spécifique (greffe allogénique,
anticorps monoclonaux) ou non spécifique par les cytokines.
La transplantation allogénique apporte l'intérêt,
par rapport à la greffe autologue, de fournir un greffon indemne
de toute cellule lymphomateuse, mais aussi de pouvoir exercer un effet
du greffon contre le lymphome (effet GVL), permettant de diminuer le taux
de rechutes. En revanche, elle entraîne une morbidité et
une mortalité plus importantes liées au caractère
allogénique (traitement immunosuppresseur et GVH).
En ce qui concerne les lymphomes agressifs, une revue des résultats
publiés concernant 325 patients [91] a montré un taux de
survie médiane et de survie sans événement à
43 % et 44 % respectivement, avec un taux médian de décès
toxiques de 42 %. Ces résultats sont proches de ceux du registre
de l'EBMT concernant 272 malades atteints de lymphomes de degré
intermédiaire de malignité : respectivement 50 %, 43 % et
30 % (tableau VI) [91-93].
Le registre de la Société française de greffe de
moelle porte sur 73 malades et montre des résultats semblables
: 41 %, 40 % et 44 % respectivement. Dans cette étude, le taux
de rechutes post-greffe allogénique est de 22 %, ce qui est inférieur
à ce que l'on retrouve après greffe autologue.
Ce taux plus faible de rechutes, qui est un argument en faveur d'un
effet GVL (greffon contre leucémie), a été retrouvé
dans une étude pilote [94] et dans une étude prospective
[95] comparant de manière non randomisée auto- et allogreffe.
Le risque relatif de rechute est de 0,14 (0,04-0,52) pour l'allogreffe,
par rapport à l'autogreffe (p = 0,003).
Deux autres études [96, 97] ont observé un taux plus faible
de rechutes en cas d'allogreffe, mais de manière statistiquement
non significative.
Les autres arguments en faveur de l'effet GVL dans les lymphomes agressifs
sont :
- les succès des greffes allogéniques dans les rechutes
après autogreffe : 3 réponses complètes/8 [98] ;
- l'effet favorable de l'arrêt de l'immunosuppression en cas de
rechute post-allogreffe : 1 réponse complète et 1 réponse
partielle sur 5 cas après arrêt de ciclosporine [99] ;
- et surtout l'efficacité d'une transplantation HLA mismatch
après conditionnement non myéloablatif [100].
Les arguments en défaveur d'un effet GVL dans les lymphomes agressifs
sont :
- l'absence de corrélation entre GVH et taux de rechutes ;
- l'absence d'effet positif de la transfusion de lymphocytes du donneur
;
- et, enfin, le fait que le taux de rechutes post-allogreffe est plus
élevé dans les lymphomes agressifs que dans les lymphomes
indolents [101].
Les résultats globaux de la greffe allogénique dans les
lymphomes à faible degré de malignité sont assez
proches de ceux des lymphomes agressifs (tableau
VII) [91, 92].
Toutefois, le taux de rechutes post-greffe est très faible, allant
de 0 à 25 %, et des guérisons peuvent être obtenues
[102]. Un effet GVL a été démontré puisque
la transfusion de lymphocytes du donneur a induit une disparition complète
de la population ayant la translocation (14;18) dans le sang périphérique
[103].
Le taux de rechutes post-greffe allogénique est significativement
plus faible qu'après greffe autologue, d'après les données
du registre [92]. Toutefois, comme dans les lymphomes agressifs, la survie
n'est pas supérieure après allogreffe du fait de la toxicité
du conditionnement [93].
Enfin, les transplantations allogéniques avec conditionnement
non myéloablatif s'accompagnent de réponses thérapeutiques
objectives. Dans une série récente de 23 malades lourdement
prétraités [104], 10 ont obtenu une réponse prolongée,
prouvant donc l'efficacité de la transplantation allogénique
dans cette situation. Les traitements par conditionnement non myéloablatif
sont d'autant plus intéressants dans cette situation que la greffe
allogénique avec conditionnement classique (myéloablatif)
entraîne une toxicité tellement importante que les comparaisons
de survie entre allogreffe et autogreffe sont en défaveur de l'allogreffe.
Autres immunothérapies post-greffe
Afin d'agir contre la maladie résiduelle en dehors de l'effet
GVL induit par la greffe allogénique, on peut envisager une immunothérapie
spécifique par anticorps monoclonaux ou non spécifique par
les cytokines. Le rituximab a démontré son efficacité
tant dans les lymphomes folliculaires [105] que dans les lymphomes diffus
à grandes cellules [45]. Il est actuellement testé dans
des études randomisées post-greffe (EBMT et Gela) dans ces
deux indications.
Les cytokines étudiées dans la situation post-greffe sont
l'interleukine 2 et l'interféron [106-108].
L'interleukine 2 (IL2) est une molécule attractive parce qu'elle
peut agir sur la maladie résiduelle en entraînant le développement
des cellules NK (natural killer) et LAK (lymphokine-activated
killer) et en augmentant l'activité NK. De plus, par son action
sur les lymphocytes T, elle pourrait également rétablir
plus précocement le déficit immunitaire post-greffe. Une
étude de phase II a montré l'efficacité de l'association
d'IL2 et d'interféron post-greffe, en comparaison avec des témoins
historiques [106]. Toutefois, il n'y a pas d'étude prospective
randomisée permettant de confirmer ce fait. L'IL2 est douée
d'une toxicité non négligeable qui limite sans doute son
utilisation.
L'interféron a prouvé son efficacité dans les lymphomes
T cutanés ainsi que dans les lymphomes folliculaires. Deux études
randomisées testent son efficacité post-greffe. La première,
mexicaine [107], ne montre pas d'avantage à l'interféron
et l'étude internationale, conduite par le Gela [108], n'est pas
encore terminée.
CONCLUSION
Les intensifications thérapeutiques ont démontré
leur rôle essentiel dans le traitement des rechutes des lymphomes
agressifs.
D'autres situations justifient pleinement l'utilisation de ces traitements
: dans les lymphomes folliculaires, en cas de rechute ou de transformation
histologique. Pour les lymphomes agressifs, en cas de réponse partielle,
les intensifications sont indiquées, ainsi qu'après réponse
complète à l'issue du traitement d'induction, s'il existe
des facteurs pronostiques défavorables (2 et 3 facteurs de l'index
international).
Ces traitements ne sont pas justifiés en première ligne
dans les lymphomes agressifs de pronostic standard. Ils n'ont pas prouvé
leur supériorité en première ligne dans les lymphomes
folliculaires.
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