ARTICLE Les
cancers gynécologiques surviennent dans 3 % des cas chez des patientes
enceintes [1]. La découverte de ces tumeurs pendant cette période
de la vie génitale a priori pleine d'espoir est source d'une
très grande angoisse pour la patiente et sa famille. L'idéal
est de prendre en charge de la façon la plus optimale la patiente
sur le plan carcinologique (en lui proposant une prise en charge pour laquelle
les chances de guérison sont comparables à celles obtenues
chez une patiente non enceinte), tout en lui permettant de poursuivre sa
grossesse jusqu'à un terme où son enfant sera viable. Les
cancers gynécologiques les plus souvent découverts lors d'une
grossesse sont les cancers du col utérin et les cancers non épithéliaux
de l'ovaire. Plus rarement, on peut diagnostiquer un cancer de l'endomètre
ou de la vulve.
Cancer du col utérin
La découverte du cancer du col utérin au cours de la grossesse
est une situation rare (1/2 000 à 1/10 000 grossesses) ; néanmoins
cette tumeur maligne est le cancer le plus souvent diagnostiqué
au cours de la grossesse. Cette situation n'est donc pas exceptionnelle
; l'analyse des données de la littérature est relativement
difficile car les séries sont courtes et, par ailleurs, certains
auteurs y incluent les dysplasies dont le pronostic est très différent
de celui des cancers invasifs.
Prise en charge des dysplasies et des carcinomes
micro-invasifs
La grossesse peut être l'occasion de diagnostiquer des néoplasies
intracervicales, en particulier dans la population des patientes habituellement
non suivies par un gynécologue et qui échappent donc au
dépistage par le frottis systématique. Cette caractéristique
explique la fréquence des frottis anormaux lors de la grossesse
(5 %) [2]. En cas d'anomalie cytologique, il faut avoir recours, comme
chez la patiente non enceinte, à la colposcopie systématique.
La stratégie de prise en charge dépend de l'anomalie suspectée
:
- Quand la cytologie et la colposcopie sont concordantes et évoquent
une anomalie de bas grade, la biopsie doit être évitée
car elle peut être source de complications secondaires (hémorragie,
infection, fausse couche ou accouchement prématuré) [3,
4]. Il faut réaliser un nouveau bilan (cytologie ± colposcopie
et biopsies dirigées) après l'accouchement.
- En cas de suspicion de lésion de haut grade chez une patiente
ayant une exploration colposcopique aisée et fiable, on peut surseoir
à la biopsie systématique [4]. Il faut réaliser un
nouveau bilan (cytologie et colposcopie) en cours de grossesse. Des biopsies
dirigées seront réalisées si l'exploration colposcopique
initiale est difficile ou bien s'il existe une modification et une aggravation
des lésions colposcopiques lors du bilan de surveillance en cours
de grossesse [4]. Un contrôle colposcopique sera réalisé
en post partum (dans les 2 à 3 mois suivant l'accouchement). Le
traitement sera adapté aux données de ce bilan. Près
de 60 à 70 % des lésions cervicales régressent après
l'accouchement [4]. Ce taux de régression spontanée est
plus important chez les patientes ayant accouché par voie naturelle
(60 % de régression des lésions de haut grade dans la série
d'Ahdoot) [5].
- En cas de suspicion de lésion (micro)-invasive ou de lésion
« inclassable », la biopsie dirigée doit être réalisée
[2]. Dans tous les cas, le curetage endocervical doit être proscrit
pendant la grossesse. Dans la très grande majorité des cas,
le diagnostic peut être établi de manière fiable grâce
au trépied diagnostique, frottis, colposcopie et biopsies, en évitant
d'avoir recours à la conisation. Dans les très rares cas
où la biopsie est non contributive ou s'il existe un doute avec
un carcinome micro-invasif ou invasif, la conisation doit être discutée
mais avec un risque de complications accru pendant la grossesse. Ainsi,
dans la série de Hannigan et al. [6], 18 % des patientes
ayant eu une conisation pendant la grossesse ont présenté
des complications hémorragiques. Si la conisation montre l'existence
d'un carcinome micro-invasif avec atteinte de la membrane basale de moins
de 3 mm (et résection in sano) et sans emboles tumoraux,
il faut surseoir à tout autre traitement. Néanmoins, le
taux de résection non in sano est important après
conisation chez les patientes enceintes [7]. Dans les autres cas (résection
non in sano, présence d'embole(s), profondeur d'atteinte
de la membrane basale entre 3 et 5 mm), il faut rediscuter du traitement
en post partum (reprise chirurgicale du col, lymphadénectomie clioscopique).
Prise en charge des carcinomes invasifs
La très grande majorité des tumeurs invasives diagnostiquées
au cours de la grossesse sont dépistées à un stade
précoce [8, 9]. Plusieurs examens sont réalisables et permettent
de faire un bilan d'extension de la maladie. L'examen clinique est une
donnée fondamentale, car il permet une appréciation de l'extension
locorégionale. Néanmoins, l'interprétation de cet
examen clinique chez une patiente enceinte n'est pas toujours facile et
il faut avoir recours à des examens complémentaires radiologiques
systématiques afin de mieux évaluer l'extension de la maladie.
Le scanner ne pouvant être effectué pendant la grossesse,
le seul examen radiologique complémentaire pelvien réalisable
pendant cette période est l'IRM qui permet d'évaluer la
taille tumorale, l'extension locale et régionale de la maladie.
La radiographie de thorax de face (avec tablier de plomb) est elle aussi
tout à fait réalisable pendant la grossesse ; elle permet
d'éliminer une extension métastatique pulmonaire. Enfin,
le dernier élément qui permet d'évaluer l'extension
loco-régionale éventuelle de la tumeur est la lymphadénectomie
pelvienne praticable par voie laparoscopique jusqu'au terme de 15 à
20 semaines. En fait, pour mieux discuter la prise en charge thérapeutique
des cancers du col au cours de la grossesse, il faut aborder quatre points
importants : le pronostic du cancer du col est-il aggravé par la
grossesse ? Le retard éventuel à la prise en charge thérapeutique
afin d'obtenir un terme viable pour le ftus a-t-il une influence
sur le pronostic maternel ? Quelles modalités d'accouchement doit-on
envisager ? Enfin, peut-on définir une stratégie de prise
en charge ?
* Influence de la grossesse sur le pronostic
du cancer
Deux séries rétrospectives, l'une publiée en 1982
et l'autre plus récemment en 1997, ont analysé le pronostic
de patientes traitées pour un cancer du col au cours de la grossesse.
Le taux d'atteinte ganglionnaire à stade égal était
plus important chez les patientes enceintes que chez les patientes non
enceintes (25 % versus 9,5 % dans l'étude de Nisker et Shubat
[10]). Dans ces deux études, il existait de plus une survie à
5 ans significativement moins bonne chez des patientes enceintes par rapport
au groupe témoin [10, 11]. Dans l'étude de Bokman et
al. [11], il existait d'ailleurs une diminution de 5 % des chances
de survie pour chaque mois de grossesse écoulé. Néanmoins,
ces résultats ont été largement contrebalancés
par d'autres études rétrospectives de la littérature
qui ne semblent pas démontrer un effet péjoratif du pronostic
du cancer du col associé à la grossesse [12-15]. Dans ces
différentes séries, les patientes étaient traitées
par chirurgie, association radio-chirurgicale ou radiothérapie
selon le stade et les équipes prenant en charge ces tumeurs. En
prenant une série rétrospective de l'institut Gustave-Roussy
regroupant les cas que nous avons traités ou pour lesquels nous
avons donné des avis entre 1985 et 2000, nous avons colligé
22 cas de patientes (dont 21 avaient une lésion de stade précoce)
ayant bénéficié d'une prise en charge thérapeutique
pour un cancer du col diagnostiqué au cours de la grossesse ou
en post partum immédiat. Quand on analyse cette série chez
les patientes qui ont bénéficié d'une lymphadénectomie,
le taux d'atteinte ganglionnaire était de 43 % [16]. Il existe
donc, dans notre série comme dans les autres séries de la
littérature, une fréquence de l'atteinte ganglionnaire plus
importante que chez les patientes non enceintes à stade égal
[17]. Deux patientes avaient un envahissement ganglionnaire lombo-aortique
[16]. Par ailleurs, chez les patientes N+, en dehors d'une
patiente qui avait un seul ganglion positif, toutes les patientes avaient
une atteinte ganglionnaire massive avec au moins deux ganglions positifs.
En revanche, la survie des patientes avec une atteinte ganglionnaire pelvienne
est de 86 %, ce qui est bien supérieur à la survie que nous
avons observée chez des patientes non enceintes ayant une atteinte
des ganglions pelviens [16, 17]. En ré-analysant donc les données
de la littérature et à la lumière de notre série,
il semble donc bien que l'atteinte ganglionnaire soit plus fréquente,
à stade égal, chez des patientes enceintes, mais le pronostic
des patientes ayant une atteinte des ganglions pelviens est bien meilleur
que celui que nous avons observé chez des patientes non enceintes.
La grossesse ne semble donc pas avoir une influence pronostique péjorative
chez les patientes ayant un cancer du col.
* Influence du retard éventuel à
une prise en charge thérapeutique du cancer du col
Lorsque le cancer du col est diagnostiqué au deuxième
trimestre, voire au premier trimestre de la grossesse, se pose la question
de retarder la prise en charge thérapeutique du cancer du col afin
d'arriver jusqu'à un terme de viabilité ftale et de
pouvoir envisager une extraction ou un accouchement pour avoir un enfant
vivant avant de traiter le cancer du col. Mais ce retard à la prise
en charge thérapeutique éventuelle a-t-il une influence
pronostique péjorative ? En fait la plupart des séries récentes
semblent démontrer qu'il n'y a pas d'impact sur le pronostic maternel
de ce retard [10, 13, 14, 18]. Dans notre série, le traitement
de la tumeur a été différé chez 10 patientes
afin d'atteindre un terme de viabilité ftale [16]. Quand
on compare la survie des patientes ayant eu un traitement immédiat
et un traitement différé, il n'y a pas de différence
significative. Ces résultats et les résultats de la littérature
semblent démontrer qu'il n'existe pas a priori d'impact
pronostique sur le fait de différer le traitement. Néanmoins,
avant de discuter et de retarder une prise en charge thérapeutique
éventuelle, il faut bien sûr intégrer les facteurs
entrant en ligne de compte pour décider de la prise en charge thérapeutique
(cf. § Stratégie de prise en charge d'une patiente enceinte
avec un cancer invasif du col utérin).
* Modalités de l'accouchement
L'analyse de la littérature, jusqu'à l'étude récente
de Sood et al. [19], ne permettait pas de trancher entre les modalités
d'accouchement idéal pour diminuer le risque de récidive
: voie haute (césarienne) ou voies naturelles. Néanmoins,
dans l'étude de Sood et al. [19] publiée en 2000
rapportant une série de 56 patientes traitées pour un cancer
du col pendant la grossesse ou en post partum, le taux de récidives
vaginales chez les patientes ayant accouché par voies naturelles
est trois fois plus important par rapport aux patientes qui ont eu une
hystérotomie ou une césarienne (60 % versus 21 %).
Ces résultats semblent démontrer que la césarienne
est préférable à l'accouchement par voie vaginale
chez les patientes qui sont suivies pour un cancer du col invasif pendant
la grossesse.
* Stratégie de prise en charge d'une patiente
enceinte avec un cancer invasif du col utérin
Jusqu'à ces dernières années, compte tenu de certaines
données initiales de la littérature, nous avions une attitude
relativement radicale avec des indications larges d'interruption de grossesse
lorsque la tumeur était diagnostiquée au cours des deux
premiers trimestres de la grossesse. Depuis, l'analyse de notre expérience
et de données récentes de la littérature nous a amenés
à une attitude plus conservatrice. En fait, pour mieux définir
la stratégie thérapeutique, ainsi que l'issue à donner
à la grossesse, il faut intégrer plusieurs facteurs : le
terme de la grossesse au moment du diagnostic de la tumeur (et donc le
terme de viabilité), le stade de la lésion, l'extension
éventuelle de la maladie (en particulier ganglionnaire et/ou métastatique),
l'âge et la parité de la patiente et le désir de celle-ci
et de son conjoint après information claire. En cas de décision
de poursuite de la grossesse, le terme optimal d'extraction ftale
doit être discuté de façon multidisciplinaire (oncologue,
néonatologiste et obstétricien) en mettant en balance l'urgence
carcinologique et les données de la néonatologie moderne.
La majorité des auteurs admettent qu'au-delà d'un terme
de 32 semaines d'aménorrhée la survie néonatale sans
séquelles est la règle [20]. De façon exceptionnelle,
ce terme peut être abaissé à 27 semaines d'aménorrhée.
En cas de décision d'extraction prématurée de l'enfant,
une cure de corticoïde type bêtaméthasone est habituelle
car elle limite les complications de la prématurité [21].
Il n'a pas été rapporté d'évolution néfaste
tumorale de ce type de traitement.
Le traitement curatif du cancer du col peut être soit une chirurgie
exclusive, soit une association radio-chirurgicale, soit une radiothérapie
avec chimiothérapie concomitante. La décision de ce type
de traitement dépend du stade et de la taille de la tumeur. Lorsque
la tumeur mesure moins de 4 cm, elle peut être traitée classiquement
par une chirurgie radicale à type de colpo-hystérectomie
élargie avec lymphadénectomie pelvienne (voire lombo-aortique
s'il existe des ganglions pelviens envahis) [22]. Les saignements per-opératoires
sont un peu plus abondants que ceux observés chez une patiente
non enceinte, mais les plans de clivage sont plus aisément trouvés
à cause de l'dème [22, 23]. Cette chirurgie radicale
peut être réalisée dans le même temps qu'une
césarienne éventuelle, sous réserve qu'elle soit
pratiquée par des chirurgiens entraînés à la
chirurgie gynécologique oncologique. En cas de tumeur de moins
de 2 cm sans emboles tumoraux ni atteinte ganglionnaire, on peut discuter
une chirurgie conservatrice à type de trachélectomie élargie.
Daniel Dargent (qui est le promoteur de cette chirurgie conservatrice)
a réalisé avec succès une trachélectomie élargie
pendant la grossesse chez 3 patientes [24].
En cas de tumeur très volumineuse, de taille supérieure
à 4 cm et ou de stade supérieur au stade IB1 selon la classification
de la FIGO, le traitement curatif repose sur une association radiothérapie
externe associée à une chimiothérapie concomitante
à base de sel de platine [25]. Une chirurgie pelvienne de complément
peut se discuter lorsqu'il s'agit d'une tumeur de stade Ib2 ou II. La
stratégie de décision thérapeutique dépend
aussi de l'âge auquel la tumeur a été diagnostiquée.
Nous proposons la stratégie suivante dans les figures
1 et 2.
Cancer de l'ovaire
La découverte d'une tumeur ovarienne en cours de grossesse n'est
pas une circonstance exceptionnelle. En effet, un certain nombre de ces
tumeurs peuvent être découvertes chez des patientes asymptomatiques
à l'occasion des examens échographiques de surveillance.
Leur prise en charge dépend de leur aspect échographique,
de leur taille, de leur caractère symptomatique ou asymptomatique
et du terme de leur découverte. Dans la plupart des cas, il s'agit
de kystes fonctionnels. En cas de tumeur organique, les lésions
bénignes sont les plus fréquentes et il s'agit le plus souvent
de kystes dermoïdes. La découverte d'une lésion maligne
de l'ovaire est une circonstance heureusement rare. Dans l'étude
de Ueda et Ueki [26] rapportant une série de 106 patientes ayant
bénéficié d'une résection chirurgicale d'une
tumeur ovarienne pendant la grossesse, l'incidence d'une lésion
maligne était de 4 %. Dans ces cas où l'on découvre
une tumeur maligne de l'ovaire, les types histologiques les plus souvent
rencontrés sont les tumeurs non épithéliales (surtout
les tumeurs germinales et tumeurs des cordons sexuels selon la classification
de l'OMS) qui représentent entre la moitié et les deux tiers
des tumeurs ovariennes malignes diagnostiquées au cours de la grossesse.
Plus rarement, on peut diagnostiquer une tumeur épithéliale
frontière de l'ovaire, voire un vrai cancer épithélial
invasif [4].
Prise en charge des tumeurs non épithéliales
malignes de l'ovaire en cours de grossesse
Les plus « fréquentes » sont des tumeurs germinales
(surtout les dysgerminomes et les tumeurs du sinus endodermique) et les
tumeurs des cordons sexuels [4]. Les autres types histologiques sont plus
exceptionnellement retrouvés lors de la grossesse.
* Prise en charge des dysgerminomes ovariens
pendant la grossesse
Le dysgerminome est la tumeur non épithéliale maligne
la plus fréquente, mais aussi la tumeur ovarienne maligne la plus
fréquemment retrouvée au cours de la grossesse. Il s'agit
alors, dans la plupart des cas, d'une lésion limitée à
un ovaire [27]. Le traitement chirurgical doit être conservateur
avec la réalisation d'une annexectomie unilatérale [28-30].
En cas de dysgerminome bien différencié intra-ovarien pur,
unilatéral, il n'y a pas d'indication à réaliser
un traitement adjuvant postopératoire. En cas de tumeur de stade
plus avancé, un traitement adjuvant doit être réalisé.
Le traitement de référence chez des patientes non enceintes
est une polychimiothérapie à base de sel de platine associant
bléomycine, étoposide et cisplatine (protocole BEP). Les
taux de guérison, même chez les patientes ayant des lésions
de stade avancé, avec ce type de chimiothérapie sont excellents.
Certains cas ont été rapportés dans la littérature
de patientes ayant bénéficié d'un traitement adjuvant
par BEP pendant la grossesse avec accouchement d'un enfant normal [28,
31-33]. Néanmoins, l'utilisation de la bléomycine est déconseillée
chez la femme enceinte (risque de toxicité pulmonaire maternelle,
voire ftale). Un cas de dysgerminome de stade IV traité pendant
la grossesse avec une association étoposide-cisplatine sans bléomycine
a été rapporté [28].
* Tumeurs du sinus endodermique (TSE)
Le pronostic de ces tumeurs est beaucoup plus défavorable que
celui des dysgerminomes de l'ovaire. Une quinzaine de cas de TSE diagnostiquée
au cours de la grossesse ont été rapportés dans la
littérature [31, 32, 34]. Le traitement adjuvant postopératoire
est fondé, comme pour les dysgerminomes ovariens, sur une polychimiothérapie
à base de sel de platine de type BEP. Dans le cas rapporté
par Elit et al. [34], la patiente avait reçu une cure de
BEP pour une tumeur du sinus endodermique diagnostiquée à
23 semaines, mais l'enfant était porteur d'une malformation grave
(atrophie cérébrale). Les autres cas rapportés de
tumeurs du sinus endodermique avec traitement in utero par BEP
n'ont pas rapporté de malformation ftale [31, 32].
* Tumeurs ovariennes des cordons sexuels
Young et al. [35] ont rapporté une série de 36
patientes ayant une tumeur des cordons sexuels diagnostiquée au
cours de la grossesse. Toutes les patientes avaient une tumeur de stade
I, une seule patiente avait une tumeur bilatérale. Trente-cinq
des 36 patientes ont pu bénéficier d'une chirurgie conservatrice.
Un traitement adjuvant a été réalisé chez
4 patientes et 8 patientes ont bénéficié d'une chirurgie
radicale de complément après la grossesse. Aucune tumeur
résiduelle n'a été retrouvée lors de l'examen
histologique des pièces opératoires de cette chirurgie de
complément. Une seule patiente a présenté une récidive
qui a été curable chirurgicalement. Trente des 36 patientes
ont été suivies et sont toutes vivantes sans récidive
après un délai moyen de suivi de 4,7 ans [35].
Prise en charge des tumeurs épithéliales
malignes de l'ovaire en cours de grossesse
On peut classer les tumeurs épithéliales malignes de l'ovaire
en deux catégories : les tumeurs frontières de l'ovaire
(TFO ou tumeur borderline de l'ovaire) et les cancers épithéliaux
invasifs. Les TFO peuvent, dans la très grande majorité
des cas, bénéficier d'un traitement conservateur et ce,
quel que soit leur stade [36, 37]. S'ils sont diagnostiqués lors
de la grossesse, il faut se contenter d'une annexectomie unilatérale
associée à une cytologie péritonéale systématique
et réaliser des biopsies péritonéales systématiques
et le prélèvement de tout élément péritonéal
suspect. Si le diagnostic de tumeur borderline de l'ovaire est
confirmé, même s'il existe des implants péritonéaux
non invasifs, le traitement est chirurgical pur et il peut être
conservateur, même dans les stades avancés [38]. En revanche,
si sur des biopsies péritonéales il existe des implants
invasifs, ce peut être la seule indication d'une chimiothérapie
adjuvante et ces cas sont exceptionnels pendant la grossesse.
En revanche, s'il s'agit d'une tumeur épithéliale maligne
de l'ovaire, le traitement peut être conservateur dans les lésions
très limitées (stade IA selon la classification de la FIGO,
avec une tumeur de grade 1, voire de grade 2) [39]. Néanmoins,
la définition précise de ce stade nécessite une chirurgie
complète qui comporte une annexectomie unilatérale, une
omentectomie, des biopsies péritonéales multiples, une appendicectomie,
un curage pelvien et lombo-aortique. En dehors de ces cas où il
existe une lésion limitée à l'ovaire (avec une chirurgie
de stadification adaptée et exhaustive) et de grade 1 ou 2, le
traitement chirurgical de référence, chez une patiente non
enceinte, est radical suivi d'une chimiothérapie adjuvante. La
chimiothérapie de référence dans ces tumeurs est
actuellement une utilisation de sel de platine et de paclitaxel. Si la
tumeur (de stade > IA) est diagnostiquée au cours de la grossesse,
et si on souhaite conserver la grossesse, on peut discuter la réalisation
d'une chirurgie conservatrice, suivie d'une chimiothérapie adjuvante.
La chirurgie de totalisation peut être alors réalisée
en per- ou post partum. Quelques cas ont ainsi été rapportés
de chimiothérapie adjuvante (avec sels de platine) administrée
au second trimestre de la grossesse pour cancer ovarien [40-43]. Un seul
cas rapporte l'association de dérivés de sel de platine
et de paclitaxel [43]. Il s'agissait d'une patiente chez qui on avait
découvert au terme de 27 semaines d'aménorrhée une
tumeur de l'ovaire de stade IIIc. Elle avait bénéficié
d'une association de 3 cures de chimiothérapie à base de
paclitaxel et cisplatine. Une césarienne a été réalisée
à 37 semaines associée à une chirurgie de réduction
tumorale optimale. Le bébé n'était pas porteur d'anomalie.
Trois cures de chimiothérapie supplémentaires ont été
administrées. Mais une récidive précoce a été
observée, 6 mois après la fin du traitement. La patiente
est décédée 30 mois après le diagnostic de
sa tumeur [43].
Cancer de l'endomètre
Le cancer de l'endomètre est un cancer qui se développe
plus fréquemment chez des patientes en post-ménopause. Lorsqu'il
est diagnostiqué chez des patientes jeunes (< 45 ans), il existe
souvent des facteurs de risque de survenue du cancer de l'endomètre
(obésité, anovulation chronique) qui rendent difficile la
coexistence avec une grossesse. Néanmoins, quelques cas ont été
rapportés dans la littérature de cancer de l'endomètre
diagnostiqué en péri-partum après examen histologique
pour une fausse couche ou de curetage réalisé en post partum
pour des raisons hémostatiques [44, 45]. La très grande
majorité des cas publiés dans la littérature montrent
l'existence de tumeurs très bien différenciées [4,
46]. Les cas rapportant l'existence d'une tumeur de haut grade sont très
exceptionnels [44, 47, 48]. La majorité sont diagnostiqués
à l'occasion d'un accident obstétrical (fausse couche) ou
découverts en post partum à l'occasion de métrorragies.
Le traitement chirurgical de référence des cancers de l'endomètre
est l'hystérectomie avec annexectomie bilatérale. Le traitement
conservateur de l'utérus a été récemment discuté
dans les hyperplasies atypiques de l'endomètre et les cancers de
bon pronostic (intramuqueux, grade 1). Les patientes sont alors traitées
par progestatif. Mais une telle prise en charge thérapeutique n'est
pas actuellement validée. Il ne semble pas, selon les données
de la littérature des quelques cas rapportés, que le pronostic
du cancer de l'endomètre soit altéré par sa découverte
dans cette période de la vie génitale. La survie des patientes
est excellente et, sur la trentaine de cas rapportés dans la littérature,
les décès sont exceptionnels [48].
Cancer de la vulve
Le traitement du cancer de la vulve est pratiquement toujours chirurgical
et comporte, dans les stades initiaux, une vulvectomie radicale modifiée.
La stratégie chirurgicale d'évaluation ganglionnaire dans
les cancers de la vulve est très débattue. La lymphadénectomie
inguino-fémorale complète (superficielle et profonde) est
la technique de référence. Mais la morbidité de cette
chirurgie est majeure (risque de lymphdème, de lymphocèle
ou de désunion cutanée). Il semble, selon les données
récentes de la littérature, que la recherche sélective
du ganglion sentinelle s'impose comme une technique de référence
dans les tumeurs vulvaires de stade I unilatérales et permette
de diminuer la morbidité de l'exploration ganglionnaire [49-51].
L'optimisation du taux de détection est alors obtenue avec une
méthode de détection combinée associant une méthode
colorimétrique (utilisation de bleu patenté) et une méthode
isotopique (utilisation du Technetium 99) [51].
Une vingtaine de cas a été rapportée de cancers
de la vulve diagnostiqués au cours de la grossesse. Le traitement
de référence reste la chirurgie. Néanmoins, compte
tenu des modifications de la vascularisation (hyper-vascularisation relative)
liée à la grossesse, certains auteurs ont proposé
de différer cette chirurgie qui peut être source d'hémorragie
à la période du post partum immédiat [52]. Cette
attitude ne peut être envisagée que chez les patientes pour
lesquelles la tumeur est diagnostiquée au troisième trimestre
de la grossesse. Lorsque cette tumeur est dépistée au premier
ou au deuxième trimestre, la chirurgie doit être réalisée
pendant la grossesse. Plusieurs cas ont été rapportés
de chirurgie vulvaire pendant cette période avec un taux de complications
acceptable [53, 54]. La recherche du ganglion sentinelle est difficile
car l'utilisation d'isotope est formellement contre-indiquée pendant
la grossesse. Si le cancer de la vulve est dépisté au cours
de la grossesse, le traitement des ganglions peut donc être une
lymphadénectomie classique emportant les groupes superficiels et
profonds ou bien une recherche du ganglion sentinelle mais fondée
sur une méthode colorimétrique seule. En cas de positivité
du ganglion sentinelle, un curage complet doit être réalisé.
Néanmoins, compte tenu de la rareté de cet événement,
il n'y a aucune donnée de la littérature concernant les
résultats de la détection du ganglion sentinelle chez des
patientes traitées pour un cancer de la vulve pendant la grossesse.
CONCLUSION Les
modalités de prise en charge des cancers gynécologiques pendant
la grossesse sont variées et dépendent de la topographie tumorale,
de son stade et du terme de la grossesse. Ces dernières années,
grâce au développement de certaines techniques de diagnostic
et d'évaluation de l'extension tumorale réalisables lors de
la grossesse (imagerie ou laparoscopie) ou bien grâce à l'usage
de la chimiothérapie pendant la grossesse, il est possible d'envisager
un traitement optimal de la patiente tout en lui permettant de poursuivre
sa grossesse. Cet équilibre délicat entre le traitement de
la patiente et la conservation de la grossesse nécessite toujours
une discussion multidisciplinaire incluant les gynécologues, les
oncologues, les radiothérapeutes, les obstétriciens et les
néonatologistes. De toutes façons, toute prise en charge thérapeutique
ne peut se faire qu'avec une coopération et une intégration
parfaites des souhaits de la patiente et de son conjoint. REFERENCES
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