ARTICLE
Le développement et le fonctionnement des organismes
pluricellulaires dépendent de leur capacité à intégrer
les signaux extracellulaires et à fournir une réponse biologique
appropriée. Ces réponses peuvent participer au développement
normal, comme la prolifération, la différenciation ou la
mort cellulaire programmée. Elles permettent également à
l'organisme de mettre en place des réponses adaptatives, par exemple
la résistance aux agressions extérieures comme les agents
de stress environnementaux. À l'inverse, lorsque la cellule n'est
plus capable d'intégrer correctement les signaux extracellulaires,
elle peut proliférer de manière anarchique et devenir cancéreuse.
L'étude des voies de signalisation intracellulaires représente
donc une étape indispensable à la compréhension des
mécanismes du développement tumoral.
Pour que la cellule s'adapte aux modifications du milieu extracellulaire,
il faut qu'elle puisse « sentir » les variations de ce milieu
au moyen de récepteurs. Les signaux reçus par ces récepteurs
devront être ensuite intégrés à l'intérieur
de la cellule, puis transmis aux molécules effectrices de la réponse
biologique. La réponse peut être rapide et faire intervenir
des molécules déjà présentes dans la cellule.
Pour une réponse à plus long terme, les protéines
effectrices devront moduler le programme d'expression génique et
agir, dans le noyau, au niveau de la régulation de la transcription
de certains gènes.
Ainsi, dans de très nombreux cas, les molécules effectrices
appartiennent à la classe des facteurs de transcription, capables
de se fixer à des séquences d'ADN spécifiques dans
les promoteurs de certains gènes et d'en réguler l'expression.
Dans ces conditions, l'information contenue dans les stimulus extracellulaires
devra être véhiculée depuis la surface de la cellule
jusqu'à l'intérieur du noyau.
Le but de cette revue est de présenter brièvement cinq
exemples de voies de signalisation intracellulaires intensément
étudiées, puis de définir les stratégies communes
aux différentes voies, ainsi que leur intérêt respectif.
Diversité des voies de signalisation
intracellulaires
Les récepteurs nucléaires : une
voie de signalisation directe
Les récepteurs nucléaires forment une famille de protéines
possédant à la fois des domaines caractéristiques
des facteurs de transcription (domaine transactivateur, domaine de liaison
à l'ADN et domaine de dimérisation), mais également
un domaine de liaison du ligand (figure
1) (pour revue, voir [1]). Grâce à leur structure
lipophile, les ligands de ces récepteurs, comme les hormones stéroïdiennes,
thyroïdiennes ou les morphogènes comme l'acide rétinoïque,
peuvent traverser la bicouche lipidique de la membrane plasmique et se
lier à leur récepteur, directement dans le noyau. La liaison
du ligand à son récepteur provoque un changement de conformation
allostérique qui augmente son affinité pour les sites de
liaison à l'ADN, et permet son interaction avec plusieurs cofacteurs,
comme la protéine nommée p300 [2]. Cette protéine,
lorsqu'elle est positionnée à proximité d'une région
promotrice, est capable d'interagir avec la machinerie générale
de transcription et de l'activer. Cela se traduit par la modulation de
l'expression de certains gènes cibles, impliqués dans la
réponse hormonale ou le développement embryonnaire.
Dans le cas de la signalisation par les récepteurs nucléaires,
c'est donc le facteur de transcription lui-même qui joue le rôle
de récepteur de l'information. Ce moyen de transmission direct
impose que le ligand du récepteur soit capable de traverser la
membrane plasmique puis l'enveloppe nucléaire.
Cependant, dans la vaste majorité des cas, le ligand est un polypeptide
hydrophobe incapable de franchir la membrane cellulaire : son récepteur
est alors situé à la surface de la cellule. Quatre grandes
classes de récepteurs sont représentées à
la membrane plasmique : les récepteurs à sept domaines transmembranaires
couplés aux protéines G hétérotrimériques,
les récepteurs à activité tyrosine kinase, les récepteurs
à activité sérine/thréonine kinase et les
récepteurs des cytokines, dépourvus d'activité kinase.
La transmission des signaux à partir de ces récepteurs membranaires
suppose donc qu'un ou plusieurs relais intracellulaires soient établis
afin de permettre le transport de l'information vers le noyau.
La voie JAK/STAT
La voie JAK/STAT fait intervenir des facteurs de transcription qui présentent
la particularité d'être activés au niveau de la membrane
plasmique (figure 2) (pour
revues, voir [3, 4]). L'activation de cette voie est déclenchée
en réponse aux interférons, à un grand nombre de
cytokines et à certains facteurs de croissance. Les récepteurs
des cytokines sont des molécules transmembranaires dépourvues
d'activité kinase intrinsèque, mais associées en
permanence avec des protéines kinases cytoplasmiques à spécificité
tyrosine nommées JAK (JAnus Kinase), qui forment une famille
constituée d'au moins quatre membres (JAK1 à 3, Tyk2). La
liaison des cytokines à leur récepteur déclenche
la dimérisation des sous-unités des récepteurs, ce
qui positionne deux JAK, associées à chaque sous-unité,
à proximité l'une de l'autre. Par exemple, l'interféron
a fait intervenir le couple JAK1-Tyk2 alors que l'interféron g
mobilise la paire JAK1-JAK2. Les JAK sont alors activées, vraisemblablement
par transphosphorylation, et phosphorylent à leur tour plusieurs
résidus tyrosines situés dans la partie cytoplasmique du
récepteur. Ces tyrosines phosphorylées constituent des sites
de reconnaissance et de liaison pour des domaines SH2 (Src homology
2), présents dans la séquence des facteurs de transcription
STAT (signal transducers and activators of transcription) (figure
2), qui forment une famille composée d'au moins sept formes
[4]. Les STAT, ainsi recrutés au niveau des récepteurs,
sont phosphorylés par les JAK sur un résidu tyrosine situé
dans la région C-terminale de la protéine [5] (figure
2). Une fois phosphorylés, les STAT se dissocient du récepteur
pour former des homo- ou hétérodimères avec d'autres
membres de la famille par l'intermédiaire d'interactions réciproques
entre les domaines SH2 et les phosphotyrosines [6]. Ces dimères
sont alors transportés dans le noyau où ils se lient à
des éléments spécifiques présents dans le
promoteur de certains gènes, comme les gènes codant pour
les protéines des complexes majeurs d'histocompatibilité,
et modulent ainsi leur expression (figure
2).
Dans la voie JAK/STAT, c'est donc le facteur de transcription lui-même
qui sert d'intermédiaire entre les récepteurs membranaires
et l'activation nucléaire de la transcription.
Il est à noter que la voie de signalisation déclenchée
par le TGF-b fait également intervenir un mécanisme dans
lequel le facteur de transcription sert d'intermédiaire direct
entre les récepteurs membranaires et le noyau. En effet, la liaison
du TGF-b à son récepteur, un membre de la famille des récepteurs
à activité sérine/thréonine kinase, déclenche
la phosphorylation de facteurs cytoplasmiques nommés SMAD par le
récepteur lui-même. Une fois phosphorylés, ces facteurs
sont relocalisés dans le noyau où ils provoquent l'expression
de certains gènes (pour revue, voir [7]).
La voie NF-kB
Les facteurs de transcription NF-kB forment une famille de protéines,
dont le membre le mieux caractérisé est constitué
d'un hétérodimère entre une protéine de 50
kDa (p50 ou NF-kB1) et une protéine de 65 kDa (p65 ou RelA) (figure
3). Dans la plupart des cellules, le dimère p65/p50 NF-kB
forme un complexe cytoplasmique avec la protéine inhibitrice IkBa
(figure 3) (pour revue,
voir [8]). Cette interaction a pour effet de séquestrer le facteur
de transcription dans le cytoplasme et de l'empêcher ainsi de contacter
ses sites de fixation sur l'ADN.
La voie NF-kB est activée en réponse à plusieurs
cytokines comme le TNFa (tumor necrosis factor) ou les interleukines
1 et 2, mais également en réponse à des stress environnementaux
comme les lipopolysaccharides. La liaison du TNF-a à son récepteur
provoque le recrutement de plusieurs protéines adaptatrices, interagissant
entre elles par l'intermédiaire de domaines conservés, nommés
death domains. Ces facteurs interagissent eux-mêmes avec
d'autres protéines, parmi lesquelles une protéine kinase
à spécificité sérine/thréonine nommée
NIK (NF-kB-inducing kinase), ce qui provoque son activation [9]
(figure 3). NIK, par un
mécanisme encore inconnu, stimule à son tour deux protéines
kinases à spécificité sérine/thréonine
récemment identifiées, IKK (IkB kinase) a et b (pour
revue, voir [10]). Ces deux protéines kinases appartiennent à
un complexe de haut poids moléculaire (700 kDa) et sont toutes
deux capables de phosphoryler sur deux résidus sérines situés
dans la région N-terminale de IkBa. La phosphorylation de ces deux
résidus constitue un signal pour l'ubiquitinylation et la dégradation
de IkBa par le complexe du protéasome [11]. La dégradation
de IkBa a pour conséquence de libérer les dimères
p65/p50 [12], qui sont rapidement transférés dans le noyau,
où ils se fixent dans la région promotrice de certains gènes,
notamment des gènes impliqués dans la réponse immunitaire
et inflammatoire, et modulent ainsi leur expression (figure
3).
La voie NF-kB, bien que moins directe que la voie JAK/STAT, présente
également un exemple de transmission des signaux dans lequel le
relais entre les événements cytoplasmiques et nucléaires
est réalisé par le facteur de transcription lui-même.
Dans la majorité des cas cependant, les facteurs de transcription
sont des protéines principalement nucléaires. Leur activation
implique donc que le signal soit transporté lui-même dans
le noyau.
La voie PKA : un exemple de transmission par
messager secondaire
Dans les cellules non stimulées, la PKA (protéine kinase
dépendante de l'AMPc) est une holoenzyme composée de deux
sous-unités catalytiques possédant une activité sérine/thréonine
kinase (C) et de deux sous-unités régulatrices (R) (figure
4). Les sous-unités régulatrices sont elles-mêmes
associées aux membranes de la région périnucléaire,
par interaction avec des ancres spécifiques, les AKAP (A kinase
anchoring protein) [13], ce qui maintient la PKA dans le cytoplasme.
La fixation de ligands, comme l'adrénaline ou la prostaglandine
E1, à des récepteurs couplés aux protéines
G hétérotrimériques, déclenche l'activation
des sous-unités GaS. Les protéines Gas,
une fois activées, provoquent la stimulation de l'adénylate
cyclase, qui convertit l'AMP en AMP cyclique. L'AMPc joue le rôle
de « second messager » : en se liant aux sous-unités
régulatrices de la PKA, il provoque la dissociation des deux sous-unités
catalytiques qui sont alors relocalisées dans le noyau. Une des
cibles nucléaires des sous-unités catalytiques de la PKA
est le facteur de transcription CREB (cyclic AMP responsive element
binding protein) (figure 4)
(pour revue, voir [14]). La phosphorylation par la PKA de la sérine
133 de CREB stimule sa capacité à activer la transcription
[15], et augmente son affinité envers la protéine nucléaire
p300/CBP (CREB binding protein) [16]. Cette dernière, positionnée
à proximité de la région promotrice grâce à
son interaction avec CREB, active l'expression des gènes cibles
par interaction avec la machinerie générale de transcription
[16].
Dans la signalisation par la voie PKA, le facteur de transcription est
localisé dans le noyau et c'est donc une protéine kinase
qui sert de relais entre la série d'événements cytoplasmiques
et nucléaires.
La voie Ras/MAPK : un exemple de transmission
en cascade
La voie Ras/MAPK (mitogen-activated protein kinase) est activée
en réponse à de nombreux stimulus extracellulaires, particulièrement
par les facteurs de croissance. Cette activation est déclenchée
majoritairement par les récepteurs à activité tyrosine
kinase, mais aussi par des récepteurs couplés aux protéines
G hétérotrimériques, et fait intervenir un grand
nombre d'étapes entre la membrane et le noyau.
* Des récepteurs à Ras : une série
d'adaptateurs
La liaison des facteurs de croissance aux récepteurs à
activité tyrosine kinase provoque leur dimérisation, ce
qui entraîne la stimulation de l'activité kinase de ces récepteurs,
vraisemblablement par modification conformationnelle. Chaque sous-unité
du récepteur phosphoryle l'autre sous-unité, sur plusieurs
résidus tyrosine présents dans le domaine intracellulaire.
Ces tyrosines phosphorylées servent de sites de reconnaissance
pour les domaines SH2 de nombreuses protéines, à l'origine
de l'activation de plusieurs voies de signalisation, parmi lesquelles
la voie menant à l'activation de Ras (figure
5A) (pour revue, voir [17]). En effet, le recrutement à
proximité de la membrane plasmique des protéines adaptatrices
comme Shc ou Grb2, permet de positionner à proximité de
Ras son facteur d'échange, la protéine Sos. Cette relocalisation,
qui a pour effet d'activer Ras, est réalisée par le jeu
d'interactions protéiques faisant intervenir le domaine SH3 (Src
homology 3) de Grb2 et une région riche en résidus proline
de Sos [18].
* Le cycle de Ras
Les protéines Ras (H-Ras, K-Ras et N-Ras) appartiennent à
la famille des petites protéines liant le GTP (pour revue, voir
[19]). Elles sont constituées d'un domaine globulaire représentant
le site de fixation du nucléotide (GDP ou GTP) et d'une région
C-terminale qui se termine par un site de farnésylation. L'addition
d'un groupement farnésyl à la cystéine de ce motif
ainsi que de groupements palmytoyls à des cystéines situées
plus en amont permet l'ancrage permanent de Ras à la membrane plasmique.
La protéine Ras suit un cycle analogue à celui des autres
protéines G (figure 5B)
: sous la forme GDP, Ras est inactive. L'échange du GDP pour le
GTP est très lent mais peut être accéléré
par des facteurs d'échange, comme la protéine Sos. Sous
sa forme liant le GTP, Ras peut interagir avec différents effecteurs,
tels Raf, la phosphatidylinositol 3 kinase (PI3K) ou le facteur d'échange
de la petite protéine G Ral (pour revue, voir [20]). L'hydrolyse
du GTP, qui permet le retour de Ras à une forme inactive liant
le GDP, est quant à elle accélérée par des
protéines GAP (GTPase activating protein).
* Activation de la cascade des MAP kinases
Une des cibles de Ras est la protéine kinase cytoplasmique à
spécificité sérine/thréonine, c-Raf (pour
revue, voir [21]). Le domaine effecteur de Ras lié au GTP interagit
avec la région N-terminale de Raf (domaine CR1), ce qui permet
la relocalisation de Raf à proximité de la membrane plasmique
et son activation (figure 5C).
Le mécanisme de cette activation n'est pas tout à fait élucidé,
mais ferait intervenir des événements de phosphorylation
à la fois sur des résidus tyrosine et sérine/thréonine.
Cependant, les protéines kinases responsables de ces activations
ne sont pas formellement identifiées. L'interaction de Raf avec
les protéines 14-3-3 et une oligomérisation de plusieurs
molécules Raf jouent également un rôle dans son activation
(figure 5C).
Une fois activée, la protéine kinase Raf phosphoryle et
active à son tour une protéine kinase à double spécificité
sérine/thréonine et tyrosine, la MAPK kinase kinase (MKK).
La MKK phosphoryle elle-même une troisième protéine
kinase à spécificité sérine/thréonine,
la MAP kinase (MAPK) sur deux résidus : une thréonine et
une tyrosine, ce qui provoque son activation (pour revue, voir [22]) (figure
6). La MAPK est alors relocalisée dans le noyau [23] où
elle phosphoryle certains facteurs de transcription, comme Elk1, qui appartient
à la famille des TCF (ternary complex factor) [24] (figure
6). La phosphorylation de Elk1 augmente son activité transcriptionnelle
[25] et sa capacité à former un complexe avec un autre facteur
de transcription, le facteur SRF (serum responsive factor) [26],
ce qui se traduit par l'expression des gènes cibles, comme le gène
c-fos.
Tout comme dans la voie PKA, c'est une protéine kinase, la MAPK,
qui sert de relais entre les événements cytoplasmiques et
nucléaires.
Intérêt d'un système comportant
plusieurs étapes comme celui de la voie MAPK
La différence majeure entre les voies de signalisation présentées
dans cette revue réside dans le nombre d'étapes mises en
jeu entre la membrane plasmique et le noyau, qui varie de un, dans le
cas des récepteurs nucléaires, à dix, dans le cas
de la voie Ras/MAPK.
Le nombre d'étapes influence-t-il la rapidité de transmission
des signaux ? A priori, une voie de signalisation comportant de
multiples étapes, comme la voie MAPK, pourrait fonctionner plus
lentement qu'une voie de signalisation plus directe, telle la voie JAK/STAT.
Cependant, le cytoplasme est une structure semi-fluide : la diffusion
d'une même molécule entre les différents compartiments
subcellulaires pourrait donc se révéler plus lente que la
transmission de l'information par des protéines préalablement
organisées dans l'espace intracellulaire. En outre, la vitesse
de transmission des signaux pourrait être affectée par certaines
étapes limitantes, comme le transfert dans le noyau. Cette question
n'est donc pas résolue à l'heure actuelle, mais il faut
souligner que les cascades de signalisation déclenchées
à partir de récepteurs membranaires conduisent toutes à
l'induction rapide de l'expression des gènes cibles (de l'ordre
de 10 min), ne montrant donc pas de différence nette de rapidité
de transmission, quel que soit le nombre d'étapes mises en jeu.
Un nombre d'étapes élevé permet-il une amplification
des signaux ? Du point de vue théorique, l'amplification résultant
d'une cascade de trois protéines kinases comme celle des MAPK,
phosphorylant chacune par exemple 1 000 molécules cibles, pourrait
atteindre un facteur 109. Compte tenu du nombre effectif de
molécules par cellules de mammifères, le facteur d'amplification
dû à la cascade MAPK est en réalité d'un facteur
100 à 500 au maximum [27]. Ce facteur d'amplification relativement
faible pourrait donc être obtenu sans faire intervenir une cascade
de trois protéines kinases.
Ces observations indiquent donc que, même si elles existent, la
rapidité de transmission de signaux et l'amplification ne sont
pas les caractéristiques primordiales d'un système de transmission
comportant de multiples étapes.
Quel est donc l'intérêt d'un tel système ? D'une
part, les calculs numériques des constantes d'association et de
dissociation de la voie MAPK indiquent qu'un tel système en cascade
aboutirait à la régulation très sensible de l'activation
de la MAPK, qui s'apparenterait ainsi à celle d'un système
allostérique [27]. D'autre part, l'intérêt majeur
d'un système utilisant plusieurs protéines en cascade est
le nombre et la variété des niveaux de régulations
possibles. Dans le cas de la cascade Ras/MAPK, les régulations
peuvent s'exercer au niveau des récepteurs, des adapteurs, du cycle
de Ras, de la cascade de protéines kinases. Le nombre important
d'étapes permet également la convergence de plusieurs voies
de signalisation vers un même module, ainsi qu'un système
de branchements vers d'autres voies de signalisation. Par exemple, la
PKA est capable de moduler l'interaction entre Ras et Raf en phosphorylant
Raf sur un résidu sérine [28]. La MAPK est également
capable de phosphoryler certains membres de la famille des récepteurs
nucléaires et participerait ainsi à leur régulation
[29]. Enfin, la MAPK est capable d'interagir avec certains membres de
la famille STAT et jouerait ainsi un rôle important dans la transmission
du signal par la voie JAK/STAT en réponse aux cytokines [30].
Une étape obligatoire
: le franchissement de l'enveloppe nucléaire
Tous les mécanismes de signalisation aboutissant à une
modulation de l'expression des gènes doivent obligatoirement faire
intervenir une étape de transport de l'information dans le noyau.
Comme cela a été décrit précédemment,
les protéines qui servent de relais entre le cytoplasme et le noyau
sont diverses (facteurs de transcription, protéines kinases), mais,
de plus, les stratégies utilisées pour le passage de l'enveloppe
nucléaire présentent des différences notables.
Entrée dans le noyau par diffusion : le
cas de PKA (et de la MAPK ?)
L'enveloppe nucléaire est constituée d'une double membrane
interrompue par des complexes multiprotéiques formant des pores
de 10 nm de diamètre, à travers lesquels les ions, les métabolites
et les protéines dont la masse moléculaire est inférieure
à 40-60 kDa peuvent diffuser de manière passive (pour revue,
voir [31]). La vitesse de diffusion est généralement inversement
proportionnelle à la masse moléculaire des protéines.
La sous-unité catalytique de la PKA, de masse moléculaire
de 38 kDa, est capable de diffuser passivement dans le noyau [32]. La
régulation de la translocation nucléaire de la PKA en fonction
de la stimulation est donc déterminée par son interaction
différentielle avec les sous-unités régulatrices,
de masse moléculaire élevée (90 kDa sous forme de
dimère), qui constituent un système d'ancrage cytoplasmique.
La MAPK, dont les deux isoformes présentent une masse moléculaire
de 42 ou 44 kDa, est également capable d'entrer dans le noyau par
diffusion [33]. Un mécanisme d'ancrage cytoplasmique, faisant intervenir
le propre activateur de la MAPK, la MKK, a récemment été
proposé pour expliquer la régulation de la translocation
de la MAPK [33].
Entrée dans le noyau par le système
dépendant d'un NLS : récepteurs nucléaires et NF-kB
Les protéines de masse moléculaire supérieure à
40-60 kDa sont transférées dans le noyau par un transport
actif nécessitant une séquence d'adressage : le NLS (nuclear
localisation signal) (pour revue, voir [34]). Les NLS ont été
identifiés pour la première fois dans l'antigène
T du virus SV40 ; ils ne suivent pas un consensus précis mais se
répartissent en deux classes : des courtes séquences de
4 à 7 acides aminés enrichies en résidus basiques
et des séquences bipartites plus longues comportant deux séquences
de résidus basiques séparées par une dizaine d'acides
aminés (figure 7).
Les protéines possédant un NLS sont reconnues par un récepteur
de 60 kDa, l'importine a (figure
7). L'importine a est capable d'interagir avec une autre molécule
de 97 kDa, l'importine b, qui permet la relocalisation du complexe à
la surface cytoplasmique du pore nucléaire, par interaction avec
des protéines constituant ce pore, nommées nucléoporines.
Cette première étape ne requiert pas d'énergie. En
revanche, la deuxième étape du transport, qui correspond
à la translocation proprement dite de la protéine à
travers le pore nucléaire, nécessite de l'énergie,
fournie principalement par l'hydrolyse du GTP effectuée par la
petite protéine G nucléaire, nommée Ran.
Les récepteurs nucléaires, ainsi que la plupart des facteurs
de transcription comme NF-kB, c-Jun ou c-Myc, possèdent des NLS
et sont donc transportés dans le noyau de manière active.
Cela peut se faire de manière non régulée : dès
leur synthèse, les protéines sont localisées dans
le noyau et les signaux devront être alors transportés jusqu'au
noyau ; c'est le cas de la plupart des récepteurs nucléaires,
des facteurs de transcription CREB (voie PKA) ou Myc (voie MAPK). Dans
d'autres cas en revanche, la translocation nucléaire des protéines
possédant un NLS est régulée. La régulation
peut se faire par phosphorylation : par exemple, la phosphorylation du
facteur de transcription NF-AT [35] ou celle de la forme oncogénique
de Jun (v-Jun) empêche le NLS de fonctionner [36]. Cela est probablement
dû au fait que les charges négatives portées par les
groupements phosphates annulent l'effet des charges positives des résidus
basiques du NLS. Le transport nucléaire de ces facteurs nécessite
donc une étape de déphosphorylation, effectuée par
des phosphatases, comme la calcineurine dans le cas de NF-AT [35]. La
régulation du transport peut également faire intervenir
une interaction entre protéines. Par exemple, le NLS du facteur
de transcription NF-kB est masqué par son interaction avec l'inhibiteur
IkB ou par la partie C-terminale des formes précurseurs de NF-kB
[37], ce qui empêche sa translocation nucléaire. Malgré
la différence dans le mode de transfert, la voie NF-kB présente
un cas similaire à celui de la voie PKA, avec des protéines
cytoplasmiques de masse moléculaire élevée, pouvant
servir d'ancre afin d'empêcher la translocation de protéines
capables d'entrer dans le noyau. C'est la dissociation d'avec l'ancre
(voie PKA) ou sa dégradation (voie NF-kB) qui permet donc la relocalisation
nucléaire de ces protéines.
Autres stratégies de transfert nucléaire
: le cas des STAT
Certaines protéines de masse moléculaire élevée
sont capables de pénétrer dans le noyau, mais ne présentent
pas de séquence NLS caractéristique. Pour ce type de protéines,
le transport dans le noyau peut se faire soit par cotransport avec des
protéines possédant un NLS, soit par un système de
translocation indépendant du NLS. Un tel système a récemment
été identifié pour expliquer la translocation de
la ribonucléoparticule hnRNPA1 et fait intervenir une séquence
de 38 acides aminés, nommée « séquence M9 »
[38]. Cette séquence ne présente aucune analogie avec un
NLS, mais elle est reconnue par un récepteur, la transportine,
très similaire à un des récepteurs des NLS, l'importine
b [38].
Les facteurs de transcription STAT, dont la masse moléculaire
avoisine les 90 à 100 kDa, ne possèdent pas de séquence
NLS et leur mécanisme de transport nucléaire n'a pas encore
été élucidé. Il pourrait faire intervenir
des séquences nouvelles, reconnues par les récepteurs des
pores nucléaires. Par ailleurs, la translocation des STAT étant
dépendante de leur phosphorylation sur tyrosine et de l'intégrité
de leur domaine SH2 [39], il est possible qu'ils soient transportés
dans le noyau par une protéine annexe possédant un NLS,
via une interaction entre des domaines SH2 et des tyrosines phosphorylées.
L'étude des voies de signalisation choisies en exemple met en
évidence la diversité des moyens utilisés par la
cellule pour la transmission de l'information et le passage de l'enveloppe
nucléaire. Cependant, ces stratégies a priori très
différentes font apparaître plusieurs points communs.
Stratégies communes
Reconnaissance entre protéines
Pour permettre la transmission de l'information, la même molécule
peut parcourir tous les compartiments subcellulaires, comme le ligand
des récepteurs nucléaires, mais le plus souvent plusieurs
molécules prennent le relais. L'interaction entre les protagonistes
de la signalisation joue alors un rôle crucial pour assurer le passage
ordonné de l'information. L'interaction entre protéines
peut être utilisée pour relocaliser les molécules
à un endroit précis de la cellule, afin de les positionner
au contact de leurs activateurs ou de leurs substrats : c'est le cas des
interactions récepteur/
Grb2/Sos, qui permettent de mettre en contact Ras et son facteur d'échange
Sos, de l'interaction Ras/Raf qui entraîne Raf à proximité
de ses activateurs potentiels situés au niveau de la membrane plasmique
et de l'interaction récepteur/STAT qui positionne les STAT à
proximité des récepteurs et permet ainsi leur phosphorylation
par les JAK. À l'inverse, l'interaction entre protéines
peut être utilisée afin de séquestrer des protéines
dans un compartiment cellulaire et de les empêcher ainsi d'entrer
en contact avec leurs substrats : c'est le cas par exemple de l'interaction
entre IkB et NF-kB ou entre les sous-unités régulatrices
et catalytiques de la PKA. La transmission des signaux implique alors
une dissociation de l'interaction. Dans tous les cas, l'interaction des
protéines est un phénomène transitoire, dépendant
de la stimulation.
Certaines protéines interagissent par le biais de domaines consacrés
spécifiquement à cette interaction. L'interaction de Ras
et de Raf par exemple fait intervenir un domaine propre à chacune
des protéines, le domaine effecteur de Ras et le domaine N-terminal
de Raf (domaine CR1), et ne se produit que lorsque Ras est actif, sous
sa forme liant le GTP. Ce type d'interaction permet non seulement la transmission
des signaux, mais intervient également dans le maintien de la spécificité.
Parallèlement à ces interactions effectuées par
des domaines particuliers à deux protéines, il existe des
domaines d'interaction retrouvés dans de nombreuses protéines
intervenant dans la signalisation. Ces domaines, constitués de
50 à 150 acides aminés, sont dépourvus d'activité
catalytique, mais reconnaissent des motifs bien précis (figure
8). Par exemple, les domaines SH2 et PTB (phosphotyrosine binding
protein) [40] interagissent avec des résidus tyrosine uniquement
lorsque ceux-ci sont phosphorylés. Quant aux domaines SH3 (Src
homology 3), ils reconnaissent une séquence d'acides aminés
riche en résidus proline [41]. Des domaines PH (pleckstrin homology)
pourraient être également impliqués dans l'interaction
protéine/protéine mais le motif reconnu n'est pas identifié
[42]. Il semble toutefois que deux domaines PH puissent interagir l'un
avec l'autre. Tous ces domaines sont présents dans de très
nombreuses protéines jouant un rôle dans la transmission
des signaux (figure 8),
ce qui pourrait poser un problème de spécificité.
Dans le cas des domaines SH2, la sélectivité est principalement
conférée par la séquence des trois résidus
suivant la tyrosine phosphorylée.
Phosphorylation
La grande majorité des voies de signalisation font intervenir
la phosphorylation comme modification post-traductionnelle véhiculant
l'information. Deux types de résidus possèdent un groupement
hydroxylé susceptible de lier un groupement phosphate : les tyrosines
ou les sérines/thréonines.
Les tyrosines phosphorylées sont principalement utilisées
comme site d'ancrage des domaines SH2 ou PTB et interviennent donc dans
la localisation des différentes protéines par interaction
protéine/protéine (figure
8). Cependant, dans certains cas, comme celui de Raf ou de Src,
la phosphorylation de résidus tyrosine permet également
la régulation (positive ou négative) de l'activité
des protéines. Les protéines kinases capables de phosphoryler
les résidus tyrosine sont peu abondantes puisqu'elles représentent
seulement 2 % des protéines kinases totales. Elles regroupent majoritairement
des protéines membranaires comme le récepteur de l'EGF,
du PDGF et de l'insuline ou des protéines cytoplasmiques comme
les protéines JAK ou Src.
La phosphorylation sur résidus sérine/thréonine,
quant à elle, joue un rôle prépondérant dans
l'activation des protéines kinases ou des facteurs de transcription.
Le mécanisme de l'activation des protéines kinases n'est
pas complètement élucidé mais fait vraisemblablement
intervenir un changement de conformation de la protéine phosphorylée
et sa stabilisation dans une conformation active [43]. Quant aux facteurs
de transcription, la présence de charges acides apportées
par les groupements phosphate, pourrait coopérer avec le domaine
transactivateur et contribuer à l'activation de la transcription
[44]. Par ailleurs, la phosphorylation sur résidus sérine/thréonine
apparaît de plus en plus comme un signal d'ubiquitinylation des
protéines pour permettre leur dégradation consécutive
par le complexe du protéasome. C'est le cas notamment de IkB [11],
mais également de STAT1 [45]. Les protéines kinases à
activité sérine/thréonine représentent la
grande majorité des protéines kinases et sont principalement
cytoplasmiques et/ou nucléaires, comme la PKA, Raf ou la MAPK.
Enfin, la double phosphorylation de résidus sérine/thréonine
et tyrosine par des protéines kinases à double spécificité
est un mécanisme beaucoup plus rare. Pour l'instant, seules deux
protéines kinases à double spécificité sont
connues : la MKK et la protéine kinase Wee1 responsable de la phosphorylation
et de l'inactivation des Cdk.
L'intérêt majeur de la phosphorylation lors de la transmission
des signaux est qu'elle constitue un moyen très rapide de modifier
les protéines. De plus, hormis le cas de la dégradation
par le protéasome, cette modification est réversible : la
déphosphorylation, effectuée par les protéines phosphatases,
permet le retour des molécules à leur état basal.
Ainsi, l'équilibre entre les protéines kinases et les protéines
phosphatases constitue-t-il un moyen de régulation crucial pour
la transmission des signaux.
Conservation et réitération
des modules de signalisation
Toutes les voies de signalisation présentées dans cette
revue sont conservées chez les différents organismes pluricellulaires
[46]. Par exemple, le module MAPK est retrouvé chez le xénope,
la drosophile et le nématode, et joue un rôle crucial dans
la prolifération et la différenciation cellulaires de ces
organismes (figure 9A).
De manière intéressante, le module MAPK est également
conservé chez les eucaryotes unicellulaires, comme les levures,
chez lesquelles il est activé en réponse aux phéromones
[47] (figure 9A). La conservation
des voies de signalisation au cours de l'évolution souligne leur
importance et leur efficacité pour la transmission des signaux.
Par ailleurs, au moins cinq cascades homologues à celles des
MAPK ont été découvertes à ce jour chez les
mammifères. Elles coexistent dans la même cellule et permettent
la transmission de signaux aussi variés que les facteurs de croissance,
les cytokines ou le stress environnemental [48] (figure
9B). La redondance des voies de signalisation est particulièrement
nette pour les modules MAPK, mais se retrouve également dans les
autres voies. En effet, plusieurs isoformes appartenant à la même
famille de protéines coexistent dans la cellule. Ainsi par exemple,
sept membres de la famille STAT et cinq membres de la famille JAK sont
connus [3]. La réitération de modules de signalisation similaires,
en plus de leur conservation au cours de l'évolution, met en évidence
leur intérêt pour la transmission de stimulus extracellulaires.
Cette redondance pose toutefois le problème du maintien de la
spécificité. Plusieurs niveaux de régulation peuvent
être utilisés par la cellule afin de maintenir la sélectivité
des signaux extracellulaires au sein d'un module précis de signalisation
(pour revue, voir [49]) :
l'expression, dans la même cellule et au même instant,
de tous les composants d'une cascade de signalisation ;
la reconnaissance sélective des molécules appartenant
à une même voie de signalisation ; cela comprend à
la fois l'interaction physique entre ces molécules et, si les molécules
sont des protéines kinases, la reconnaissance sélective
des sites de phosphorylation ;
la présence de protéines annexes, permettant de
regrouper dans l'espace les molécules d'un même module de
signalisation et de les isoler d'interactions non spécifiques.
Un tel exemple est fourni par la voie MAPK impliquée dans la réponse
aux phéromones chez la levure, qui fait intervenir une protéine
nommée Ste5 dont le rôle serait d'augmenter la spécificité
[49].
Toutefois, malgré les mécanismes de spécificité
mis en place par la cellule, il existe des interférences entre
les modules de signalisation similaires. Ces interférences ont
vraisemblablement un rôle régulateur important et permettent
à la cellule d'utiliser un nombre fini de voies de signalisation
pour les adapter en une multitude de réponses.
Remerciements.
L'auteur tient à remercier chaleureusement le Dr Jacques Pouysségur
qui dirige le laboratoire d'étude du contrôle de la division
cellulaire (CNRS, UMR 6543), dans lequel ce travail a été
réalisé.
CONCLUSION
voies de signalisation et cancer
De nombreuses protéines jouant un rôle dans la transmission
des signaux ont initialement été identifiées en tant
qu'oncogènes dans le génome de rétrovirus transformants
ou dans des cellules tumorales (pour revue, voir [50]). Il s'est avéré
par la suite que ces oncogènes correspondaient à des versions
mutées de protéines cellulaires. Par exemple, une forme
mutée du facteur de transcription NF-kB, nommé v-Rel, a
été découverte par analyse du génome d'un
rétrovirus aviaire provoquant des lymphomes de cellules B. Une
version mutée de la protéine Ras, v-Ras, a quant à
elle été identifiée dans le génome de rétrovirus
murins provoquant des sarcomes mais également dans de nombreuses
tumeurs humaines, comme les tumeurs de la vessie ou du côlon. La
plupart des classes de protéines jouant un rôle dans la transmission
des signaux récepteurs, facteurs de transcription, protéines
kinases ou encore protéines G possèdent ainsi des
contreparties oncogéniques (tableau).
Les modifications des formes oncogéniques consistent dans la
plupart des cas en des mutations ponctuelles ou des délétions,
qui se traduisent par l'activation constitutive des molécules.
Par exemple, la mutation de la protéine Ras la plus fréquemment
retrouvée dans les tumeurs humaines est le remplacement d'une glycine
par un autre acide aminé en position numéro 12 dans le domaine
de liaison du GTP. Cette modification empêche l'hydrolyse du GTP
en GDP et a pour conséquence de maintenir Ras sous une forme liant
le GTP, active en permanence (figure
5B). La forme oncogénique de Raf est quant à elle
dépourvue de la région N-terminale (figure
5C). Dans la forme sauvage, cette région exerce un rôle
inhibiteur en se repliant sur le domaine catalytique : sa délétion
entraîne donc une activation constitutive de Raf. La version oncogénique
de NF-kB, v-Rel, possède pour sa part à la fois des mutations
ponctuelles et une délétion de cent acides aminés
dans le domaine C-terminal. Cette forme ne possède plus la capacité
d'être maintenue dans le cytoplasme par l'inhibiteur IkB et se trouve
ainsi en permanence localisée dans le noyau.
Les versions oncogéniques des protéines signalisatrices
possèdent donc la caractéristique commune d'être actives
constitutivement, indépendamment des signaux extracellulaires.
Or la plupart des voies de signalisation décrites ci-dessus jouent
un rôle crucial dans la régulation de la prolifération
cellulaire en réponse aux facteurs de croissance (voie Ras-MAPK)
ou aux cytokines (voie NF-kB). Certains gènes cibles de ces voies
de signalisation codent en effet pour des protéines impliquées
dans le cycle cellulaire. Ces voies sont également capables de
moduler certaines molécules du cytosquelette ou d'adhésion
cellulaire et jouent ainsi un rôle important dans le contrôle
de la morphologie de la cellule.
L'expression dans la cellule de versions constitutivement actives des
protéines signalisatrices donne ainsi naissance à un signal
prolongé, se traduisant par l'activation soutenue des effecteurs,
indépendamment des conditions extracellulaires. Cette altération
conduit la cellule à proliférer de manière anarchique
et à acquérir des modifications morphologiques caractéristiques
des cellules transformées, comme l'indépendance d'ancrage.
La dérégulation des voies de signalisation représente
donc un événement décisif dans le déroulement
des différentes étapes menant au développement tumoral.
Durant de nombreuses années, l'étude des oncogènes
a permis de découvrir de nombreuses voies de signalisation intracellulaires.
Le fait que ces voies soient conservées dans tous les organismes
a récemment permis la convergence de plusieurs approches différentes,
en particulier l'approche génétique, conduisant à
l'identification de nouvelles molécules impliquées dans
la transmission des signaux. Il ne fait aucun doute que ces protéines
constituent autant de cibles potentielles pour définir de nouvelles
stratégies thérapeutiques dans la recherche contre le cancer.
REFERENCES
1. Mangelsdorf DJ, Thummel C, Beato M, Herrlich P, Schütz
G, Umesono K, et al. The nuclear receptor superfamily : the second
decade. Cell 1995 ; 83 : 835-9.
2. Chakravarti D, LaMorte VJ, Nelson MC, Nakajima T, Schulman
IG, Juguilon H, et al. Role of CBP/p300 in nuclear receptor signalling.
Nature 1996 ; 383 : 99-103.
3. Briscoe J, Kohluber F, Müller M. JAKs and STATs branch
out. Trends in Cell Biol 1996 ; 6 : 336-9.
4. Horvath CM, Darnell Jr JE. The state of STATs : recent developments
in the study of signal transduction to the nucleus. Curr Opin Cell
Biol 1997 ; 9 : 233-9.
5. Shuai K, Stark GR, Kerr IM, Darnell JE. A single phosphotyrosine
residue of STAT91 required for gene activation by interferon-gamma. Science
1993 ; 261 : 1744-6.
6. Shuai K, Horvath CM, Tsai-Huang LH, Qureshi S, Cowburn D,
Darnell Jr JR. Interferon activation of the transcription factor Stat91
involves dimerization through SH2 phosphotyrosyl peptide interactions.
Cell 1994 ; 76 : 821-8.
7. Heldin CH, Miyazono K, ten Dijke P. TGF-b signalling from
cell membrane to nucleus through SMAD proteins. Nature 1997 ; 390
: 465-71.
8. Israel A. A role for phosphorylation and degradation in the
control of NF-kappa B activity. Trends Genet 1995 ; 11 : 203-5.
9. Malinin NL, Boldin MP, Kovalenko AV, Wallach D. MAP3K-related
kinase involved in NF-kB induction by TNF, CD95 and IL-1. Nature
1997 ; 385 : 540-4.
10. Maniatis T. Catalysis by a multiprotein IkB kinase complex.
Science 1997 ; 278 : 818-9.
11. Brown K, Gerstberger S, Carlson L, Franzoso G, Siebenlist
U. Control of IkB-a proteolysis by site-specific signal-induced phosphorylation.
Science 1995 ; 267 : 1485-8.
12. Henkel T, Machleidt T, Alkalay I, Krönke M, Ben-Neriah
Y, Baeuerle PA. Rapid proteolysis of IkBa is necessary for activation
of transcription factor NF-kB. Nature 1993 ; 365 : 182-5.
13. Faux MC, Scott JD. More on target with protein phosphorylation
: conferring specificity by location. Trends Biochem Sci 1996 ;
21 : 312-5.
14. Lee KA. Transcriptional regulation by cAMP. Curr Opin
Cell Biol 1991 ; 6 : 953-9.
15. Gonzalez GA, Montminy MR. Cyclic AMP stimulates somatostatin
gene transcription by phosphorylation of CREB at serine 133. Cell
1989 ; 59 : 675-80.
16. Kwok RP, Lundblad JR, Chrivia JC, Richards JP, Bachinger
HP, Brennan RG, et al. Nuclear protein CBP is a coactivator for
the transcription factor CREB. Nature 1994 ; 370 : 223-6.
17. Kazlauskas A. Receptor tyrosine kinases and their targets.
Curr Opin Genet Dev 1994 ; 4 : 5-14.
18. Lowenstein EJ, Daly RJ, Batzer AG, Li W, Margolis B, Lammers
R, et al. The SH2 and SH3 domain-containing protein GRB2 links
receptor tyrosine kinases to Ras signaling. Cell 1992 ; 70 : 431-42.
19. Boguski MS, McCormick F. Proteins regulating Ras and its
relatives. Nature 1993 ; 366 : 643-54.
20. Katz ME, McCormick F. Signal transduction from multiple Ras
effectors. Curr Opin Genet Dev 1997 ; 7 : 75-9.
21. Morrison D, Re C. The complexity of Raf-1 regulation. Curr
Opin Cell Biol 1997 ; 9 : 174-9.
22. Johnson GL, Vaillencourt RR. Sequential protein kinase reactions
controlling cell growth and differentiation. Curr Opin Cell Biol
1994 ; 6 : 230-8.
23. Lenormand P, Sardet C, Pagès G, L'Allemain G, Brunet
A, Pouysségur J. Growth factors induce nuclear translocation of
MAP kinases (p42mapk and p44mapk) but not of their activator MAP kinase
kinase (p45mapkk) in fibroblasts. J Cell Biol 1993 ; 122 : 1079-88.
24. Gille H, Sharrocks AD, Shaw PE. Phosphorylation of transcription
factor p62TCF by MAP kinase stimulates ternary complex formation
at c-fos promoter. Nature 1992 ; 358 : 414-24.
25. Marais R, Wynne J, Treisman R. The SRF accessory protein
Elk-1 contains a growth factor-regulated transcriptional activation domain.
Cell 1993 ; 73 : 381-93.
26. Gille H, Kortenjann M, Thomae O, Moomaw C, Slaughter C, Cobb
MH, et al. ERK phosphorylation potentiates Elk-1-mediated ternary
complex formation and transactivation. EMBO J 1995 ; 14 : 951-62.
27. Ferrell Jr JE. Tripping the switch fantastic : how a protein
kinase cascade can convert graded inputs into switch-like outputs. Trends
Bioch Sci 1996 ; 21 : 460-6.
28. Cook SJ, McCormick F. Inhibition by cAMP of Ras-dependent
activation of Raf. Science 1993 ; 262 : 1069-72.
29. Kato S, Endoh H, Masuhiro Y, Kitamoto T, Uchiyama S, Sasaki
H, et al. Activation of the estrogen receptor through phosphorylation
by mitogen-activated protein kinase. Science 1995 ; 270 : 1491-4.
30. David M, Petricoin ER, Benjamin C, Pine R, Weber MJ, Larner
AC. Requirement for MAP kinase (ERK2) activity in interferon alpha- and
interferon beta-stimulated gene expression through STAT proteins. Science
1995 ; 269 : 1721-3.
31. Panté N, Aebi U. Toward the molecular dissection of
protein import into nuclei. Curr Opin Cell Biol 1996 ; 8 : 397-406.
32. Harootunian AT, Adams SR, Wen W, Meinkoth JL, Taylor SS,
Tsien RY. Movement of the free catalytic subunit of cAMP-dependent protein
kinase into and out of the nucleus can be explained by diffusion. Mol
Biol Cell 1993 ; 4 : 993-1002.
33. Fukuda M, Gotoh Y, Nishida E. Interaction of MAP kinase with
MAP kinase kinase : its possible role in the control of nucleocytoplasmic
transport of MAP kinase. EMBO J 1997 ; 1901-8.
34. Nigg EA. Nucleocytoplasmic transport : signals, mechanisms
and regulation. Nature 1997 ; 386 : 779-87.
35. Shibasaki F, Price ER, McKeon F. Role of kinases and phosphatase
calcineurin in the nuclear shuttling of transcription factor NF-AT4. Nature
1996 ; 382 : 370-3.
36. Tagawa T, Kuroki T, Vogt P, Chida K. The cell cycle-dependent
nuclear import of v-Jun is regulated by phosphorylation of a serine adjacent
to the nuclear localization signal. J Cell Biol 1995 ; 130 : 255-63.
37. Henkel T, Zabel U, van Zee K, Müller JM, Fanning E,
Baeuerle PA. Intramolecular masking of the nuclear location signal and
dimerization domain in the precursor for the p50 NF-kB subunit. Cell
1992 ; 68 : 1121-33.
38. Pollard VW, Michael WM, Nakielny S, Siomi M, Wang F, Dreyfuss
G. A novel receptor-mediated nuclear protein import pathway. Cell
1996 ; 86 : 985-94.
39. Heim MH, Kerr IM, Stark GR, Darnell Jr JE. Contribution of
STAT SH2 groups to specific interferon signaling by the JAK-STAT pathway.
Science 1995 ; 267 : 1347-9.
40. van der Geer P, Pawson T. The PTB domain : a new protein
module implicated in signal transduction. Trends Biochem Sci 1995
; 1995 : 277-80.
41. Pawson T, Gish GD. SH2 and SH3 domains : from structure to
function. Cell 1992 ; 71 : 359-62.
42. Musacchio A, Gibson T, Rice P, Thompson J, Saraste M. The
PH domain : a common piece in the structural patchwork of signalling proteins.
Trends Bioch Sci 1993 ; 18 : 343-8.
43. Morgan DO, De Bondt HL. Protein kinase regulation : insights
from cristal structure analysis. Curr Opin Cell Biol 1994 ; 6 :
239-46.
44. Hunter T, Karin M. The regulation of transcription by phosphorylation.
Cell 1992 ; 70 : 375-87.
45. Kim TK, Maniatis T. Regulation of interferon-g-activated
STAT1 by the ubiquitin-proteasome pathway. Science 1996 ; 273 :
1717-9.
46. Neiman AM. Conservation and reiteration of a kinase cascade.
Trends Genetics 1993 ; 9 : 390-4.
47. Levin DE, Errede B. The proliferation of MAP kinase signaling
pathways in yeast. Curr Opin Cell Biol 1995 ; 7 : 197-202.
48. Cano E, Mahadevan LC. Parallel signal processing among mammalian
MAPKs. Trends Biochem Sci 1995 ; 20 : 117-22.
49. Elion EA. Ste5 : a meeting place for MAP kinases and their
associates. Trends Cell Biol 1995 ; 5 : 322-7.
50. Cantley L, Auger K, Carpenter C, Duckworth B, Graziani A,
Kapeller R, et al. Oncogenes and signal transduction. Cell 1991
; 64 : 281-302.
|