ARTICLE
Méthodologie
Un groupe multidisciplinaire d'experts mis en place par la Fédération
nationale des centres de lutte contre le cancer (FNCLCC) a revu les données
scientifiques disponibles sur l'évaluation nutritionnelle. Après
sélection et analyse critique des articles, ce groupe a élaboré
des « Standards », des « Options » et des « Recommandations
» fondés sur des preuves scientifiques ou sur un consensus
des experts. Ce document a été ensuite revu par des experts
indépendants. Une mise à jour est prévue en fonction
de nouvelles données scientifiques ou de nouveaux accords d'experts.
Résultats du processus de revue
Le document Bonnes Pratiques diététiques en cancérologie
: dénutrition et évaluation nutritionnelle a été
revu par des experts indépendants des secteurs public et privé
ainsi que par les comités techniques des vingt centres régionaux
de lutte contre le cancer à l'aide d'un questionnaire évaluant
la validité, la clarté, la pertinence et l'acceptabilité
des Standards, Options et Recommandations élaborés par le
groupe de travail. Une date limite de réponse a été
donnée pour clore ce processus de revue. L'absence de réponse
des experts sollicités avant la date proposée est considérée
comme une validation implicite du document. En cas de commentaires ou
réserves, une justification écrite et détaillée
est demandée, faisant référence aux données
de la science et/ou à l'expérience argumentée des
médecins.
Parmi les 83 experts sollicités, 32 (39 %) ont répondu
et 26 ont complété le questionnaire d'évaluation.
Parmi ces réponses, 100 % des experts approuvaient la majorité
des Standards, Options et Recommandations de ce document (19 experts approuvaient
tous les SOR, 7 approuvaient une grande partie des SOR, 0 approuvait certains
SOR et 0 n'approuvait aucun SOR). Les observations des experts sur ce
document concernaient les points suivants :
des imperfections et des imprécisions dans la formulation
des idées et concepts ont été signalées. La
mise en forme a été améliorée en fonction
des remarques émises ;
des données incomplètes sur les conséquences
de la dénutrition ont été notées. Après
analyse des avis fournis par les experts, le chapitre a été
complété par l'ajout de deux conséquences supplémentaires
de la dénutrition chez le patient cancéreux : les troubles
de l'image corporelle et la modification possible de la réponse
au traitement ;
des données incomplètes dans le chapitre «
examen clinique » ont été notées. Après
analyse des avis fournis par les experts, le chapitre a été
complété par l'ajout de deux éléments spécifiquement
recherchés au cours de l'examen clinique : l'état dentaire
et les capacités fonctionnelles du patient ;
le calcul des rations calorico-azotées est devenu un standard
dans l'évaluation de la prise alimentaire ;
des précisions ont été apportées
sur Minimal Nutritional AssessmentTM (MNA) ;
des données incomplètes sur les populations à
risque de dénutrition ont été notées. Après
analyse des avis fournis par les experts, les patients inclus dans les
essais thérapeutiques ont été considérés
comme une catégorie à surveiller sur le plan nutritionnel.
La partie dépistage du MNATM a été ajoutée
comme outil d'évaluation de la dénutrition chez le patient
âgé ;
des précisions ont été apportées
sur les conditions d'interprétation du dosage sérique de
l'albumine et de la préalbumine. En effet, ces éléments
doivent être évalués en fonction de l'état
inflammatoire du patient.
Les remarques prises en compte ont été intégrées
au document final présenté dans les pages suivantes.
Introduction
Chez le sujet sain, l'apport alimentaire de substrats énergétiques
et d'éléments structurels équilibre les besoins nécessaires
au maintien de l'homéostasie. La maladie cancéreuse s'accompagne
de façon variable d'une réduction des apports alimentaires
et de perturbations métaboliques rompant cet équilibre et
conduisant le plus souvent à une dénutrition progressive.
Cette dénutrition peut aboutir au maximum au tableau de cachexie
néoplasique pouvant entraîner le décès. Il
s'agit le plus souvent d'une dénutrition protéino-énergétique
qui s'accompagne fréquemment de carences en nutriments spécifiques.
L'évaluation nutritionnelle est un recueil de paramètres
objectifs ou subjectifs permettant de qualifier l'état nutritionnel
d'un sujet cancéreux et de quantifier son degré de dénutrition.
En cancérologie, l'évaluation nutritionnelle servira à
:
dépister les sujets à risque ou présentant
une dénutrition ;
estimer les causes principales de la dénutrition pour
définir les possibilités de prise en charge nutritionnelle
;
quantifier le degré de dénutrition pour proposer
une prise en charge et un suivi adaptés ;
évaluer l'efficacité d'une prise en charge nutritionnelle
à l'aide d'outils adaptés aux critères d'appréciation
de la dénutrition et de sa gravité.
Objectifs
L'objectif de ce document est de définir, sur la base d'une revue
de la littérature et de l'accord d'experts, des Standards, Options
et Recommandations pour l'évaluation nutritionnelle des patients
adultes atteints de cancer et de décrire les outils destinés
à la pratique quotidienne. Il exclut par conséquent les
techniques expérimentales ou scientifiques, les techniques destinées
à l'évaluation de déficits en nutriments spécifiques,
et l'étude des dysfonctions organiques ou fonctionnelles digestives.
L'évaluation nutritionnelle de l'enfant n'est pas traitée
dans ce document. La prise en charge de la dénutrition et les techniques
de renutrition ne sont pas abordées dans ce document et font l'objet
d'autres documents SOR en cours de développement. De même,
ce travail n'a pas pour objectif de détailler la physiopathologie
de la dénutrition du patient cancéreux.
Méthodes
Un groupe de diététiciennes mis en place par la Fédération
nationale des centres de lutte contre le cancer (FNCLCC) a revu les données
scientifiques disponibles concernant l'évaluation nutritionnelle
des patients atteints de cancer. Une recherche bibliographique a été
effectuée dans Medline en mars 1999 en utilisant les mots
clés suivants : nutrition assessment, nutritional status, neoplasms.
Cette bibliographie a été complétée par des
références personnelles. Après sélection et
analyse critique des articles, ce groupe a proposé des « Standards
», des « Options » et des « Recommandations »
fondés sur des preuves scientifiques ou un consensus d'experts.
Ce document a été revu par des experts indépendants.
Une mise à jour est prévue en fonction de nouvelles données
scientifiques ou de nouveaux accords d'experts.
Étiologie et facteurs de risque
Prévalence de la dénutrition en
cancérologie
Il est difficile d'avoir une idée exacte de la prévalence
de la dénutrition en cancérologie [57] car la plupart des
études ont concerné des populations sélectionnées
de patients (par type de tumeur, par inclusion dans des protocoles). L'étude
de DeWys [28], la plus extensive et la plus citée, a porté
sur plus de 3 000 patients inclus dans des essais prospectifs randomisés
de chimiothérapie (excluant les patients préalablement traités
et probablement les patients avec atteinte fonctionnelle sévère).
Cette étude d'une dizaine de types de tumeurs fait apparaître
que la prévalence de la dénutrition est fonction de la localisation
tumorale, variant de 36 % pour le cancer du sein à plus de 80 %
pour les cancers de l'estomac ou du pancréas. D'autres études
confirment que l'atteinte de l'appareil digestif proximal s'accompagne
d'une très haute prévalence de dénutrition [65].
La perte de poids est dépendante de l'extension tumorale [41, 65].
Pour 1 555 patients porteurs de tumeurs sophagiennes, gastriques,
pancréatiques ou coliques localement avancées ou métastatiques,
inclus entre 1990 et 1996 dans des essais prospectifs de chimiothérapie,
la perte de poids concerne avant traitement 69 % des patients avec atteinte
sophagienne, 67 % pour l'estomac, 72 % pour le pancréas et
34 % pour le côlon [1]. L'homme présente un risque accru
de perte de poids au diagnostic (51 % versus 44 % pour la femme)
dans cette dernière série. Pour certaines tumeurs, la perte
de poids est fréquemment révélatrice de la maladie.
C'est le cas pour le cancer du poumon dans la plupart des études
(> 40 % des patients) [39]. Pour cette localisation, le sexe semble
influencer également l'intensité et la vitesse de la perte
de poids [72].
En médecine de ville, pour trois types de tumeurs (gastro-intestinales,
pulmonaires, prostate), la proportion de malades dénutris semble
plus faible, de l'ordre de 10 % [32]. Le niveau socio-économique
(emplois les moins qualifiés) et la présence de douleurs
chroniques sont des facteurs aggravants pour la prévalence de la
dénutrition dans cette population de médecine générale.
La présence d'autres facteurs connus de dénutrition, âge,
hospitalisation préalable, aggrave certainement le risque.
À un stade avancé de la maladie cancéreuse, la
perte de poids (dans 60 % des cas > 10 %), l'anorexie (64 %), la fatigue
(67 %) et l'asthénie (64 %) concernent la majorité des patients
[31].
Causes de la dénutrition en cancérologie
La dénutrition résulte de l'association habituelle d'une
réduction des apports ou de la disponibilité des nutriments
et de perturbations métaboliques complexes et encore mal connues.
Si la réduction des apports est accessible à une prise en
charge, en particulier diététique, le seul traitement efficace
des modifications métaboliques est la réduction ou la suppression
de la tumeur cancéreuse.
L'alitement prolongé s'ajoute aux autres facteurs et s'accompagne
d'une réduction des capacités physiques avec asthénie,
puis anorexie et fonte musculaire. La survenue des complications habituelles
de décubitus prolongé comme les escarres, favorisées
par la malnutrition, est un facteur aggravant de cette dernière
(hypercatabolisme, infection, douleur).
* Réduction des apports alimentaires
La réduction des apports alimentaires est principalement liée
à l'anorexie. Les symptômes de l'anorexie sont à rechercher,
à prévenir ou à traiter avec soin [27, 39]. Il s'agit
de troubles accompagnant la prise alimentaire (modifications du goût,
de l'odorat, des sécrétions salivaires, douleurs, satiété
précoce, nausées ou vomissements, troubles du transit).
Mais il peut également s'agir de manifestations dépressives
ou d'anxiété, ou encore de la présence de douleurs
diverses. L'hospitalisation est un facteur aggravant par le changement
d'environnement, des horaires de repas, des habitudes alimentaires, la
limitation habituelle de l'activité physique et les périodes
de jeûne pour certains examens. Le mode de vie à l'hôpital
perturbe la prise alimentaire.
Les tumeurs situées à proximité ou envahissant
l'appareil digestif sont fréquemment associées à
une réduction des apports alimentaires, par obstruction mécanique
en particulier. Vomissements, satiété précoce, douleurs
lors de la mastication, de la déglutition ou abdominales concourent
à l'anorexie et à la diminution de la prise alimentaire.
L'insuffisance des sécrétions digestives peut réduire
la disponibilité des nutriments. Une atrophie digestive (estomac,
intestin) a parfois été rapportée comme facteur de
réduction des apports alimentaires [4, 69].
* Altérations métaboliques du patient
cancéreux
Ces modifications sont liées au métabolisme tumoral et
à des modifications des métabolismes physiologiques [22,
69]. Chez l'homme, le métabolisme tumoral lui-même n'est
que peu impliqué directement dans les perturbations globales [23].
Le métabolisme glucidique. Le métabolisme
tumoral glucidique est représenté principalement par la
voie de la glycolyse anaérobie. Le niveau métabolique reste
élevé quel que soit l'état nutritionnel de l'hôte,
le tissu tumoral échappant aux mécanismes habituels de contrôle
métabolique. Le métabolisme glucidique du patient cancéreux
est généralement caractérisé par une augmentation
de la néoglycogenèse à partir des lactates, de l'alanine
et du glycérol. La production hépatique de glucose devient
résistante à la régulation par le taux de glucose
circulant. Une diminution de la sensibilité à l'insuline
est observée. Le flux de glucose est augmenté, que les sujets
soient à jeun ou non [69].
Le métabolisme protéique. Les perturbations
du métabolisme protéique sont représentées
par une augmentation du catabolisme protéique total et musculaire,
une élévation du turnover protéique, une diminution
de l'anabolisme musculaire. La synthèse accrue de protéines
hépatiques (protéines de l'inflammation) est habituelle.
La captation des acides aminés circulants est également
supérieure dans le tissu tumoral [69].
Le métabolisme lipidique. La mobilisation des réserves
lipidiques est notée pour les patients cachectiques. L'augmentation
de la lipolyse est alors constante, avec oxydation accrue des acides gras.
Les taux circulants de glycérol et d'acides gras libres sont le
plus souvent augmentés. La résultante de ces perturbations
est le tableau de cachexie néoplasique avec réduction de
la masse cellulaire active, de la masse grasse, de la masse maigre et
surtout de sa part musculaire. Contrairement aux tableaux de carences
d'apports des pathologies non tumorales, la masse viscérale semble
moins atteinte, avec conservation relative du volume hépatique
et splénique en particulier [43].
Les cytokines. Les cytokines sont produites soit par l'hôte
en réaction à la tumeur, soit directement par les cellules
néoplasiques (IL6, leukemia inhibitory factor, etc.).
Elles jouent un rôle non seulement dans l'anorexie, mais aussi
dans les perturbations métaboliques [23]. Une activité cytokinique
élevée pour le tumor necrosis factor (TNF), l'interleukine
1 (IL1), l'interleukine 6 (IL6), l'interféron gamma (IFN*) s'accompagne
habituellement d'une perte de poids [62]. L'interleukine 6 est un facteur
pronostique pour certaines tumeurs (carcinome rénal, cancer épithélial
de l'ovaire) et un facteur associé à une dégradation
nutritionnelle rapide [70, 78, 86]. Plus récemment, un protéoglycane
24K responsable d'un catabolisme musculaire majeur a été
retrouvé chez les patients cancéreux cachectiques [61, 82].
* Modifications des dépenses énergétiques
Il est logique de penser que l'on ne peut pas escompter une stabilisation
pondérale si le niveau d'apport énergétique n'est
pas adapté au niveau des dépenses énergétiques.
Les dépenses énergétiques sont affectées de
façon variable par la présence de la tumeur [23]. L'étude
du Knox [52] montre ainsi sur 200 patients (44 % de tumeurs digestives)
que les dépenses énergétiques de repos (DER) mesurées
sont comparables aux DER prédites par Harris-Benedict (cf. Détermination
des besoins métaboliques en fonction des données cliniques)
(± 10 %) dans seulement 41 % des cas. Vingt- neuf pour cent des patients
sont considérés comme hypermétaboliques (122 % des
valeurs calculées avec l'équation de Harris-Benedict) et
33 % hypométaboliques (79 % des valeurs calculées avec l'équation
de Harris-Benedict). L'élévation des DER est dépendante
de la présence de la tumeur et la normalisation des DER avec le
traitement peut être un signe d'efficacité thérapeutique
[37, 46, 68]. Certaines études associent l'augmentation des DER
et une réponse inflammatoire de type C reactive protein
(CRP) élevée [86].
Conséquences nutritionnelles
des traitements antinéoplasiques
* Chirurgie
L'acte chirurgical est souvent précédé, surtout
pour les actes chirurgicaux lourds, d'hospitalisations, sources d'aggravation
de la dénutrition (bilans, préparation digestive). Sur le
plan métabolique en postopératoire, une élévation
modérée des dépenses énergétiques et
de la consommation d'oxygène est habituellement notée [10].
Elle est associée à un catabolisme protéique accru,
en particulier musculaire, avec augmentation des pertes azotées.
En postopératoire, les hormones de la réponse endocrinienne
et les médiateurs de la réponse inflammatoire entraînent
des modifications métaboliques plus ou moins prolongées
et marquées : augmentation de la production de glucose, accélération
de la lipolyse, protéolyse musculaire accrue, etc. De façon
concomitante, la synthèse des protéines inflammatoires est
augmentée.
La survenue éventuelle de complications, infectieuses par exemple,
d'autant plus fréquentes que les sujets sont préalablement
plus dénutris, va maintenir et aggraver cette réponse postopératoire,
potentialisant la dénutrition.
Les actes chirurgicaux lourds portant sur le tube digestif entraînent
une réduction de la disponibilité ultérieure des
nutriments : modification de la vidange gastrique, réduction de
surface intestinale, atrophie intestinale secondaire au jeûne prolongé,
dérivations digestives, insuffisance des sécrétions
digestives, etc. [38].
* Chimiothérapie
Ces traitements agissent en détruisant les cellules à
renouvellement rapide, tumorales mais aussi normales. Ainsi, en atteignant
les cellules immunitaires, les chimiothérapies entraînent
une immunodépression favorisant les infections, sources d'hypercatabolisme.
Les traitements antinéoplasiques sont responsables d'atteintes
des surfaces muqueuses. Au niveau buccal, les mucites s'accompagnent d'érosions
douloureuses, parfois hémorragiques, souvent surinfectées
qui, malgré un traitement antalgique et des soins locaux, peuvent
réduire de façon dramatique la prise alimentaire.
Au niveau digestif, ce sont surtout les nausées et les vomissements
qui sont responsables d'anorexie, parfois d'aversions alimentaires acquises
[6], en tout cas d'une diminution de disponibilité des aliments.
Les diarrhées vont également favoriser des modifications
de la prise alimentaire (douleurs abdominales associées par exemple)
et un degré difficilement appréciable de malabsorption intestinale.
Ces diarrhées sont parfois responsables de pertes importantes d'eau,
d'électrolytes (risque de déshydratation) et de micronutriments.
Leur caractère hémorragique est un signe de gravité
(la classification de grade 5 de l'Organisation mondiale de la santé
(OMS)).
Certains médicaments peuvent être responsables de constipation,
voire de tableau pseudoocclusif. D'autres vont entraîner des
modifications sensorielles, par exemple un goût métallique
des aliments. Des atteintes toxiques spécifiques de certains organes
digestifs (foie, pancréas, etc.) sont possibles (maladie veino-occlusive
par exemple).
Il convient ici de faire une place particulière aux chimiothérapies
massives avec greffe de cellules hématopoïétiques ;
elles sont parfois responsables d'un état d'hypercatabolisme important,
avec élévation des dépenses énergétiques
aggravée par l'existence de complications infectieuses et parfois,
au cours des allogreffes, de maladie du greffon contre l'hôte [17,
18, 42, 58, 81].
* Radiothérapie
La radiothérapie est responsable d'une atteinte directe des structures
sensorielles et sécrétoires, des voies digestives et des
surfaces muqueuses. L'irradiation des voies aérodigestives supérieures
peut ainsi entraîner une atteinte de l'odorat, du goût et
fréquemment une diminution gênante des sécrétions
salivaires, voire une asialie. Dans ce territoire, l'atteinte muqueuse
se caractérise souvent par une mucite, une mycose surajoutée
due à une modification du pH salivaire et/ou aux effets indésirables
des thérapeutiques associées (corticoïdes). La dysphagie
peut être liée aux douleurs de cette atteinte muqueuse. À
long terme, des séquelles osseuses et dentaires (ostéoradionécrose
par exemple) responsables d'infections locales, de douleurs, de gêne
à la mastication peuvent réduire la prise alimentaire. Il
en est de même des complications postchirurgicales (fistules, nécroses,
infections locales) favorisées par la radiothérapie préopératoire
(cf. document Bonnes pratiques pour la prise en charge diététique
des patients atteints de cancer des voies aérodigestives supérieures).
L'irradiation du territoire médiastinal peut se compliquer d'sophagite,
parfois surinfectée, responsable d'algies, de dysphagie, de vomissements.
L'irradiation abdominale peut entraîner des douleurs abdominales,
des diarrhées s'accompagnant de pertes électrolytiques,
de lésions intestinales inflammatoires chroniques (entérite
radique) responsables de malabsorption ou de tableaux occlusifs [30, 85].
* Autres traitements
L'immunothérapie peut s'accompagner d'une élévation
des dépenses énergétiques, associée à
des complications infectieuses fréquentes.
D'autres traitements, dont les médications de support (antalgiques
morphiniques, antibiotiques, corticoïdes par exemple) jouent également
un rôle dans les modifications nutritionnelles digestives et/ou
métaboliques. Les corticoïdes sont responsables d'une prise
de poids avec rétention hydrosodée, d'une intolérance
glucidique et d'une protéolyse accrue. Ils ont un effet stimulant
sur l'appétit. L'utilisation des morphiniques à haute dose
entraîne constipation et nausées, perturbant la prise alimentaire.
Les antibiotiques peuvent entraîner des modifications de la flore
intestinale, responsables de diarrhées. Ils modifient le métabolisme
de certains micronutriments.
Conséquences de la dénutrition
en cancérologie
Le retentissement de la dénutrition sur la qualité de
vie des patients est documenté [27]. La dénutrition s'accompagne
d'une fatigabilité musculaire avec asthénie. Cette fatigue
réduit encore l'activité physique des patients, aggravant
le déficit musculaire.
En chirurgie, il est certain que la dénutrition sévère
s'accompagne d'une morbidité locale et infectieuse supérieure,
d'une mortalité accrue, du moins pour la chirurgie lourde. L'administration
d'une nutrition artificielle permet dans ce cas de réduire cette
morbi-mortalité périopératoire [50]. La dénutrition
est un signe d'extension tumorale s'accompagnant, dans certaines séries,
d'un taux de résécabilité inférieur [41].
Pour le cancer du sein, il semble que la dénutrition soit associée
à une moindre réponse à la chimiothérapie
[29]. Pour les cancers digestifs, une perte de poids lors de la prise
en charge est corrélée à une réduction de
la durée de rémission complète, de la survie globale
et du taux de réponse après chimiothérapie [1]. Une
perte de poids supérieure à 5 % du poids idéal avant
chimiothérapie massive avec greffe de cellules souches est associée
à un risque accru de décès précoce [24]. De
plus, la dénutrition peut entraîner un trouble de l'image
corporelle.
Moyens de l'évaluation
nutritionnelle
L'évaluation nutritionnelle comporte le recueil et l'étude
de paramètres de différentes natures, dont certains sont
complémentaires et/ou liés. Un entretien (consultation diététique)
avec le patient et sa famille est indispensable à l'identification
des causes de la malnutrition. Ce premier contact établi permet,
par ailleurs, d'améliorer l'adhésion du sujet au traitement
diététique dans de nombreux cas.
Données cliniques et anthropométriques
de l'évaluation nutritionnelle
L'évaluation nutritionnelle est indissociable du recueil de données
sur les conditions de vie, les habitudes alimentaires, les antécédents,
les traitements en cours. Ces données sont obtenues par l'interrogatoire
et l'examen du dossier médical au cours d'une consultation diététique.
Ce recueil concerne en particulier le niveau socio-économique,
les conditions d'habitation, d'aide familiale et de revenus, les possibilités
d'adaptation culinaire. Parmi les antécédents, une attention
particulière est portée aux antécédents digestifs,
en particulier aux résections ou dérivations chirurgicales.
L'examen clinique est indispensable à toute évaluation de
l'état nutritionnel.
* Poids, taille, variation de poids
Le poids exprime la mesure globale de l'ensemble des compartiments de
l'organisme. C'est une mesure indispensable et simple à réaliser.
Il existe cependant des limites d'interprétation de cette mesure.
La variabilité interindividuelle est liée à l'âge,
au sexe, à la conformation squelettique. Une fonte musculaire peut
être masquée en cas d'obésité ou d'dèmes.
Une interprétation du poids et de ses variations ne doit pas être
réalisée de façon isolée sans les données
de l'examen clinique et de l'interrogatoire.
Le poids actuel. C'est le poids mesuré du patient
lors du séjour ou de la consultation. Il est idéalement
obtenu chez un patient nu et à jeun (le matin par exemple).
Le poids de forme ou poids habituel. Il correspond au
poids du patient avant la maladie responsable de la dénutrition.
En cas de rechute après une longue période de rémission
complète, le poids stabilisé après rémission
est considéré comme le poids de forme.
Le poids idéal théorique. Le poids idéal
théorique n'a que peu d'intérêt. Il est calculé
selon la formule de Lorentz. Chez la femme : poids idéal (kg) =
taille (cm) 100 [taille (cm) 150]/2,5. Chez l'homme
: Poids idéal (kg) = taille (cm) 100 [taille (cm)
150]/4. Pour certains, il pourrait cependant servir de poids habituel
de référence si celui-ci est inconnu.
La perte pondérale. Elle est exprimée en
valeur absolue ou en pourcentage. Perte de poids (%) = (poids de forme
poids actuel) x 100/poids de forme. Une perte de poids de 10 %
est habituellement considérée comme ayant une valeur pronostique
en cancérologie [28]. En préopératoire, ce taux de
10 % est le plus souvent utilisé comme valeur seuil de risque accru
et de nécessité d'intervention nutritionnelle [2, 60]. On
ignore si une perte de poids possède la même valeur pronostique
lorsque le sujet était maigre, de poids normal ou obèse
avant la maladie.
La vitesse d'amaigrissement doit être évaluée. Blackburn
[8] considère qu'une perte de poids est sévère (perte
majeure), c'est-à-dire associée à un risque accru
de morbidité et/ou mortalité dans les conditions décrites
dans le tableau I. La
vitesse et l'évolution récente de la perte de poids ont
une valeur importante. Un patient qui continue à maigrir présente
un besoin plus urgent d'une assistance nutritionnelle qu'un patient qui
est dans une phase de reprise ou de stabilisation pondérale, même
si sa perte de poids est importante.
La taille. Elle doit également être mesurée
idéalement en position verticale à l'aide d'une toise. Chez
le sujet âgé ou malade, les tassements vertébraux,
l'accentuation de la cyphose dorsale peuvent être responsables d'une
diminution non négligeable de la taille. Chez le sujet impotent
allongé, la mesure de la hauteur talon-genou, obtenue à
l'aide d'une toise (sujet en décubitus dorsal, genou fléchi
à 90°) permet d'extrapoler la taille selon les formules suivantes
[19]. Taille chez l'homme (cm) = 84,88 (0,24 x âge en années)
+ (1,83 x hauteur du genou en cm). Taille chez la femme (cm) = 64,19
(0,4 x âge en années) + (2,02 x hauteur du genou en cm).
L'indice de Quetelet. L'indice de Quetelet ou indice de
masse corporelle (IMC), ou Body Mass Index (BMI), est le rapport
poids/(taille)2. Il a été établi en 1871.
IMC = poids/(taille)2 = en kg/m2. Pour cette formule,
la précision de la mesure de la taille est importante. Les valeurs
normales pour cet indice sont : hommes de 20 à 25, femmes de 19
à 24. Il existe une dénutrition modérée si
l'indice est de 60 à 80 % des normes et une dénutrition
sévère si l'indice est inférieur à 60 % des
normes [66].
* Mesures anthropométriques
Plis cutanés. La mesure du pli cutané tricipital
(PCT) et du pli cutané bicipital (PCB), des plis sous-scapulaires,
supra-iliaques reflète la masse grasse, donc les réserves
« énergétiques » du patient. Ils sont obtenus
à l'aide de compas (Harpenden ou assimilés). Faciles à
obtenir et peu coûteux, ils sont cependant très dépendants
de l'expérience de l'opérateur. La mesure de chaque pli
doit être répétée trois fois. La valeur divergente
(la plus élevée ou la plus faible) est éliminée
et la moyenne des deux mesures restantes est retenue [11]. Les valeurs
normales moyennes du pli cutané tricipital sont de 11,5 ±
1,5 mm pour l'homme et 17,5 ± 1,5 mm pour la femme. Un sujet présente
une dénutrition modérée lorsque la mesure des plis
cutanés est entre 60 % et 80 % de la norme et une dénutrition
sévère pour une mesure des plis inférieure à
60 % de la norme [11].
Circonférence musculaire brachiale. La circonférence
musculaire brachiale (CMB) est donnée par la formule CMB = CB
0,314 x [(PCT + PCB)/2], où CB est la circonférence du bras
à mi-hauteur acromio-olécranienne (cm), PCT le pli tricipital
mesuré avec un compas d'Harpenden en millimètre avec une
précision de 0,1 mm, PCB : pli bicipital mesuré avec un
compas d'Harpenden en millimètre avec une précision de 0,1
mm. Les valeurs normales moyennes de la CMB sont de 25 ± 1 cm pour
l'homme et de 21,5 ± 1 cm pour la femme. La circonférence
musculaire brachiale refléterait plutôt l'état des
réserves musculaires protéiques [11].
Limites de l'anthropométrie. Les mesures des plis
cutanés et de la circonférence musculaire brachiale présentent
un intérêt pour la comparaison de populations et pour le
suivi individuel de l'état nutritionnel d'un patient donné.
Elles ne sont cependant pas de pratique courante et ont de nombreuses
limites telles que : une grande variabilité interindividuelle des
mesures (répartition non homogène de la graisse sous-cutanée
chez les individus et variation selon l'âge), une surestimation
de la masse grasse en présence d'dèmes ou d'une peau
flasque, une absence d'appréciation de la masse protéique
profonde et des autres secteurs de la masse maigre, une reproductibilité
médiocre (un observateur entraîné est nécessaire).
* Évaluation des troubles digestifs
L'évaluation de la fréquence et de la gravité des
troubles digestifs est de pratique courante dans la prise en charge des
patients atteints de cancer. Il est recommandé d'utiliser les échelles
de l'OMS de toxicité des traitements anticancéreux. Cela
permet de standardiser l'appréciation du degré de gravité
(tableau II).
Les autres troubles digestifs dysphagie, constipation, douleurs
à la déglutition ou abdominales seront aussi recherchés.
L'utilisation d'une échelle visuelle analogique est le meilleur
moyen de quantifier la douleur [55].
* Données de l'examen clinique
L'évaluation nutritionnelle et l'interprétation de nombreux
paramètres cliniques ou biologiques (poids, albuminémie
par exemple) ne peuvent s'affranchir des données d'un examen clinique.
Ces données peuvent être obtenues dans le dossier clinique
ou auprès des médecins du patient.
L'examen buccal évalue l'état dentaire (dentition, prothèses,
etc.) et recherche les mucites, les ulcérations, une mycose, les
lésions gingivo-dentaires. Cet examen apprécie également
les capacités fonctionnelles du patient : autonomie alimentaire,
déglutition, handicaps moteur, visuel. Il oriente vers une prise
en charge diététique adaptée. La présence
d'dèmes (chevilles, crêtes tibiale antérieure
ou sacrolombaires chez le sujet alité) signe une expansion du secteur
extravasculaire généralement de plus de 10 %. La présence
d'une ascite gêne également l'interprétation du poids.
L'examen du tissu sous-cutané permet d'apprécier la réserve
de graisse. En général, la fonte musculaire (articulations
et squelette saillants) s'observe aisément à l'inspection.
L'inspection de la peau et des phanères peut permettre de dépister
des carences éventuelles en micronutriments. La pâleur et
la coloration conjonctivale anormale évoquent une anémie
ou un ictère.
* Détermination des besoins métaboliques
en fonction des données cliniques
L'estimation des besoins énergétiques précède
l'adaptation du support nutritionnel. Ces besoins doivent être plus
ou moins adaptés aux dépenses énergétiques,
somme des dépenses énergétiques liées au métabolisme
de base, à l'activité physique, à l'assimilation
des nutriments et à d'autres facteurs physiopathologiques (régulation
thermique, croissance, médicaments, etc.). Les dépenses
énergétiques de base (DEB) peuvent être calculées
à partir des formules ci-dessous [76], recalculées à
partir des données initiales de Harris et Benedict (1919).
Pour les femmes : 667,051 + [9,740 x poids (kg)] + [1,729 x taille (cm)]
[4,737 x âge (années)] = DEB en kcal.
Pour les hommes : 77,607 + [13,707 x poids (kg)] + [4,923 x taille (cm)]
[6,673 x âge (années)] = DEB en kcal.
Ces formules sont corrigées éventuellement par des facteurs
de stress [49] ou d'activité. Le facteur habituel de correction
appliqué est de 1,2 en cas de patient pouvant marcher, de stress
modéré (postopératoire), de nécessité
de renutrition, de 1,3 en cas de patient hyperthermique par degré
de fièvre supérieur à 37 °C. Les besoins énergétiques
actuellement recommandés sont de 130 à 150 % des dépenses
énergétiques calculées. Toutefois, la calorimétrie
indirecte permet une mesure plus précise des dépenses énergétiques
que celle de la formule de Harris et Benedict (cf. § Calorimétrie).
Évaluation de la prise alimentaire et
bilan nutritionnel
Objectifs : comprendre les raisons et la chronologie de l'installation
de la dénutrition et évaluer les besoins, la nécessité
d'une assistance nutritionnelle et ses modalités.
Les carences d'apports nutritionnels sont un élément déterminant
de la constitution de la dénutrition, même dans les états
où l'hypercatabolisme paraît, en première analyse,
le principal facteur impliqué. La réduction relative des
ingesta rend compte d'une partie non négligeable de la perte
de poids. L'enquête alimentaire permet de recueillir les informations
relatives à la quantification du niveau d'apport des ingesta
(apports énergétiques, protéiques, vitaminiques,
etc.) ou à la composition relative de ces ingesta. Les apports
nutritionnels entéraux et parentéraux sont généralement
plus faciles à estimer, quoique l'on doive impérativement
s'assurer de leur réelle administration (vomissements, respect
des prescriptions). La somme des apports oraux et artificiels représente
donc l'apport nutritionnel qui est mis en balance avec les besoins du
patient.
Plusieurs techniques de quantification des ingesta peuvent être
utilisées pour évaluer les apports alimentaires. Le choix
de la technique appartient à la diététicienne.
* Le rappel de l'alimentation des 24 heures (dietary
recall)
Cette méthode simple permet d'estimer la prise alimentaire à
partir de la description, par le sujet, de sa prise alimentaire des 24
heures précédentes. Les portions sont déterminées
à partir de mesures culinaires (bol, cuillère, etc.) ou
d'exemples photographiés. Cette technique nécessite une
bonne habitude de l'interrogateur et une collaboration de l'interrogé
(mode de préparation, ajouts par exemple). Développée
pour définir les habitudes alimentaires de larges populations,
elle est souvent utilisée pour approcher le niveau actuel de l'apport
alimentaire d'un patient. Il s'agit d'une méthode simple, rapide
(15-20 minutes), ne nécessitant pas une mémoire importante
du patient. Elle a cependant l'inconvénient de surestimer les prises
alimentaires réduites et de probablement sous-estimer les prises
importantes [48]. Il faut vérifier que des contraintes inhabituelles
ne sont pas venues perturber la prise alimentaire de la journée
étudiée (examen paraclinique, anxiété la veille
d'une hospitalisation, administration de traitement, etc.).
* L'agenda alimentaire (dietary record)
L'agenda alimentaire, encore appelé journal alimentaire ou semainier
(dietary record), consiste à recueillir de façon
prospective, par écrit régulièrement, sur plusieurs
jours, les données des prises alimentaires avec estimation des
portions ou du poids des aliments, et parfois détermination par
pesée. Le recueil est effectué par le sujet, un proche ou
le personnel soignant. La méthode par pesée est considérée
comme la technique de référence. Elle nécessite les
mêmes connaissances concernant les modes de préparation,
les ingrédients utilisés et la taille des portions (mesures
culinaires ou photographies en cas d'estimation). Cette méthode,
plus précise que le rappel des 24 heures, évite les erreurs
de l'estimation d'un seul jour, mais reste plus astreignante, dépendant
de l'exhaustivité et de l'exactitude du recueil (proportion réellement
ingérée et non servie par exemple). L'avantage est qu'elle
ne fait pas appel à la mémoire du sujet et est facilement
contrôlable en hospitalisation.
* L'histoire alimentaire (diet history)
Cette technique est utilisée pour des études épidémiologiques.
Certains logiciels ont été développés pour
la pratique quotidienne [56] et donnent des résultats immédiats
permettant, au cours de la consultation, de juger ou de corriger une attitude
nutritionnelle.
* Conclusion
Le calcul des rations calorico-azotées est fait à partir
de l'outil d'évaluation choisi (rappel de l'alimentation, agenda
ou histoire alimentaire). Il est fait habituellement par la diététicienne
et peut être réalisé à partir de logiciels
d'enquête nutritionnelle. Ils expriment les apports en termes de
nutriments protidiques, lipidiques, glucidiques, calcium, fer, vitamines
C, A, E, et autres éléments minéraux ou micronutriments.
Ces logiciels font référence à des tables connues
d'aliments.
Évaluation de l'altération des
capacités fonctionnelles
La dénutrition et/ou la maladie cancéreuse entraînent
une altération des capacités fonctionnelles, qui peut être
physique, intellectuelle et relationnelle. Cette altération a une
valeur pronostique en cancérologie et est dépendante du
degré d'amaigrissement [1, 28]. Cause et/ou conséquence
de la dénutrition, elle doit être évaluée.
Deux outils d'évaluation des capacités fonctionnelles
sont couramment utilisés en cancérologie. Il s'agit de l'indice
de Karnofsky et du score OMS (performance status). Ils quantifient
globalement l'état fonctionnel des malades sur l'appréciation
de l'activité professionnelle ou physique, de l'activité
domestique, de l'autonomie dans la vie courante et de la nécessité
de soins (tableau III).
Scores cliniques nutritionnels
La faible valeur prédictive de dénutrition des paramètres
isolés précédents, et la nécessité
de disposer d'outils fiables et faciles à mettre en uvre
ont conduit à développer des scores prenant en compte plusieurs
données cliniques, voire biologiques (scores clinico-biologiques).
Certains de ces scores sont utilisés comme outils de dépistage
ou d'évaluation de dénutrition, d'autres ont été
développés comme outils de prédiction de morbidité
(complications postopératoires par exemple) dans des populations
données (scores de risque).
* Indice de Detsky
L'évaluation globale subjective (subjective global assessment
ou SGA) apprécie le degré de dénutrition sur l'intensité
de la perte de poids, la gravité des signes digestifs et cliniques
de dénutrition, l'altération fonctionnelle, et associe une
notion d'intensité du stress métabolique éventuel
[3, 26].
Elle permet de classer de façon simple, non invasive et avec
une reproductibilité satisfaisante (> 90 %) les patients en
:
(A) non dénutri ;
(B) modérément dénutri ou supposé
tel ;
(C) sévèrement dénutri.
Dans cet index, la classification est donc laissée au libre choix
de l'examinateur, sans calcul, ni indication très précise.
Si une reprise pondérale s'amorce au cours des dernières
semaines (sans dème), même avec une perte de poids
importante au cours des six derniers mois, le patient est classé
A en l'absence d'atteinte fonctionnelle majeure. L'hésitation entre
les classes A et B conduit au classement en A. Le score C est réservé
aux patients avec perte de poids sévère (> 10 % en six
mois, tableau I), avec réduction de la prise alimentaire,
de la graisse sous-cutanée, et atteinte fonctionnelle (figure
1).
Pour les patients cancéreux, F. Dottery a adapté un autoquestionnaire
dérivé du SGA [71]. Il permet un dépistage des patients
devant recevoir une information nutritionnelle spécifique ou nécessitant
une prise en charge nutritionnelle en fonction de leur traitement et de
leur degré de dénutrition. Cette autoévaluation est
adoptée comme un standard pour les patients cancéreux par
l'American Dietetic Association pour le dépistage précoce
des sujets à risque ou dénutris ; un score pondérateur
des différents items a été introduit dans le Scored
Patient Generated SGA (Scored PG-SGA) (figure
2) afin de rendre moins subjective son interprétation et
de mieux suivre des variations individuelles de l'état nutritionnel
[63].
* Mini Nutritional Assessment (sujet âgé)
Le Mini Nutritional Assessment (MNA) a été développé
pour quantifier le risque de dénutrition ou l'état nutritionnel
des sujets âgés : il a été validé pour
les patients de plus de 65 ans. Il est noté sur 30 points. Il comporte
une enquête diététique, une évaluation générale
(autonomie, pathologie, traitements), une évaluation subjective
du sujet sur sa santé et des indices anthropométriques.
Si le patient présente une altération des fonctions cognitives,
les questions portant sur les apports alimentaires seront réalisées
avec l'aide de la famille ou du personnel soignant. Le MNA est divisé
en deux parties : dépistage et évaluation globale. Le score
de dépistage permet d'évaluer rapidement si le sujet est
en bon état nutritionnel (les 6 premières questions) puis
l'évaluation globale permet de déterminer si le sujet est
à risque de dénutrition ou déjà dénutri
[77].
Au final, ce score classe en trois catégories d'état nutritionnel
: bon, à risque ou mauvais [40] (figure
3).
Données biologiques
* Albuminémie (valeurs normales 42 ±
2 g/l)
L'hypoalbuminémie est associée à un risque accru
de complications et de mortalité quelle que soit la pathologie.
Les valeurs seuils d'hypoalbuminémie sévère, de valeur
pronostique, varient selon les auteurs, par exemple : entre 30 et 35 g/l
en préopératoire [80]. L'albuminémie est synthétisée
par le foie et sa synthèse est réduite lors de carence nutritionnelle.
Sa demi-vie longue (20 jours), et sa répartition entre le secteur
vasculaire (40 % du pool chez le sujet sain) et le secteur interstitiel
(60 %) rendent sujette à erreur l'interprétation de ses
variations en tant que paramètre d'évaluation nutritionnelle.
Toute expansion du secteur interstitiel s'accompagne théoriquement
d'une élévation du volume de distribution de l'albumine
et d'une chute de l'albuminémie. Il en est de même de toute
dilution du secteur vasculaire. La présence d'un syndrome inflammatoire
rend donc difficile l'interprétation de sa valeur sur le plan nutritionnel.
Les atteintes hépatocellulaires s'accompagnent fréquemment
d'une hypoalbuminémie. Des pertes excessives (rénales, digestives,
ponctions d'ascite itératives) peuvent conduire à une hypoalbuminémie
malgré une augmentation de la synthèse de l'albumine. L'hypoalbuminémie
ne semble pas liée à une diminution de synthèse [34].
Chez le sujet âgé, à niveau d'apport protéique,
activité physique et comorbidité identiques, l'hypoalbuminémie
est corrélée à la réduction de masse musculaire
[5].
* Préalbumine ou transthyrétine
(valeurs normales 310 ± 35 mg/l)
Cette protéine de transport pour les hormones thyroïdiennes
possède également un site de liaison pour la retinol
binding protein (RBP), avec laquelle elle circule sous forme de complexe
protéique. Protéine de demi-vie courte (2 jours), elle apparaît
comme un meilleur marqueur de dénutrition et/ou d'efficacité
de la renutrition. Ainsi, il a été mis en évidence
qu'il était possible de réduire de moitié la durée
d'hospitalisation en déterminant la stratégie de nutrition
sur les concentrations de transthyrétine [64]. Les valeurs associées
à une dénutrition modérée sont de 100 à
200 mg/l, à une dénutrition sévère, de moins
de 100 mg/l [7].
* Transferrine (valeurs normales 2,8 ± 0,3
g/l)
Glycoprotéine plasmatique de demi-vie intermédiaire (8
jours), servant au transport plasmatique du fer, elle est plus rapidement
sensible à la dénutrition que l'albumine. En revanche, malgré
une dénutrition, sa production peut être augmentée
en cas d'anémie, de carence martiale. Sa synthèse est diminuée
en cas d'hépatopathie et de syndrome inflammatoire. Prise isolément,
la transferrine est un marqueur médiocre de l'état nutritionnel
[76].
* Protéine vectrice du rétinol
: retinol binding protein (valeurs normales 62 ± 7 mg/l)
La RBP, synthétisée par le foie, est la protéine
vectrice plasmatique du rétinol (vitamine A). Sa demi-vie très
courte (12 heures) la fait proposer comme marqueur de dénutrition
aiguë et pour le suivi précoce de la renutrition. Catabolisée
au niveau du rein, sa concentration est augmentée en cas d'insuffisance
rénale. Ses taux diminuent en cas d'atteinte hépatique et
de syndrome inflammatoire.
* Pronostic Inflammatory and Nutritional Index
L'index d'Ingenbleek et Carpentier [44] combine l'analyse de deux protéines
de l'inflammation (C reactive protein et orosomucoïde ou alpha-1
glycoprotéine acide (*1-GPA)) et de deux protéines sensibles
aux variations de l'état nutritionnel (albumine et transthyrétine).
Cet index PINI (Pronostic Inflammatory and Nutritional Index) a
été proposé comme index pronostique en cas de dénutrition
chronique et validé en pédiatrie [73] et chez le sujet âgé
:
PINI = oro (mg/l) x CRP (mg/l)/alb (g/l) x préalb (mg/l)
où oro est l'orosomucoïde, CRP la C reactive protein,
alb l'albumine, préalb la préalbumine.
Les patients sont classés par l'index en termes de gravité
de l'affection en cinq classes : patients non infectés non dénutris
(PINI ¾ 1), patients à faible risque (PINI entre 1 et 10),
à risque modéré (PINI entre 11 et 20), à haut
risque de complications (PINI entre 21 et 30) et patients à risque
vital (PINI > 30).
* Autres tests biologiques
L'étude des fonctions immunitaires est un témoin sensible
de dénutrition mais, en cancérologie, elle est modifiée
par les traitements spécifiques.
L'index créatinine-taille a été proposé
comme indicateur de la masse maigre [36, 83].
Le bilan azoté est la différence entre les apports azotés
alimentaires ou artificiels et les pertes azotées. Les pertes azotées
sont difficiles à connaître avec précision en pratique
courante. Elles sont évaluées par l'excrétion urinaire
de l'urée. Le bilan azoté est alors calculé par la
formule [16] :
balance azotée = (protéines administrées/6,25)
[(urée urinaire en g par 24 h/2,14) + 4 g].
Scores clinico-biologiques et indices de risque
L'insuffisance de valeur prédictive de dénutrition des
paramètres pris individuellement a conduit à développer
des scores de risque nutritionnel combinant indices anthropométriques
et biologiques. Il est bien évident qu'il s'agit de scores prédictifs
de résultats (absence de complication chirurgicale), fonction de
paramètres nutritionnels. Ces scores peuvent aider à la
décision d'une prise en charge nutritionnelle plus agressive dans
certaines situations.
* Indice de Buzby (Nutrition Risk Index)
L'indice de Buzby, Nutrition Risk Index (NRI) est le plus simple
à obtenir [14]. Il est recommandé en France afin de sélectionner
les patients pouvant bénéficier d'une nutrition artificielle
préopératoire avant chirurgie lourde [2]. Sa formule est
la suivante :
NRI = 1,519 x (albumine en g/l) + 0,417 x (poids actuel/poids habituel)
x 100.
Sont considérés comme sévèrement dénutris
les sujets dont le NRI est inférieur à 83,5 et comme moyennement
dénutris ceux dont le NRI est compris entre 83,5 et 97,5.
* Indice de Mullen (Pronostic Nutritional
Index)
L'indice de Mullen [67] est de réalisation plus complexe pour
la pratique quotidienne. Il semble un indicateur pronostique plus fiable
et a été récemment recommandé [50] comme le
seul index capable de prédire l'évolution de manière
prospective [15]. L'indice de Mullen, Pronostic Nutritional Index
(PNI) : est obtenu par la formule suivante :
PNI % = 158 1,66 (alb) 0,78 (TSF) 0,02 (TFN)
5,8 (DH) ; alb : albumine en g/l, TSF : pli cutané tricipital en
mm, TFN : transferrinémie en mg/l, DH : tests cutanés d'hypersensibilité
(0 en l'absence de réaction, 1 si l'induration est < 5 mm pour
un test, 2 si l'induration est > 5 mm pour un test).
Sont considérés comme sévèrement dénutris
les sujets dont le PNI est supérieur ou égal à 50
%, et comme moyennement dénutris ceux dont le PNI est supérieur
ou égal à 40 %.
* Score d'aide décisionnelle à
l'assistance nutritive (SADAN)
Les auteurs ayant proposé ce score ont déterminé,
parmi différents paramètres nutritionnels, ceux qui étaient
prédictifs d'une nécessité d'assistance nutritionnelle.
SADAN = 826 (5,2 x ingesta) (3,3 x % poids)
(2,8 x % PM) (4,5 x albumine en g/l).
Ingesta exprimés en kcal/kg de poids idéal par
jour.
% poids : le poids en % du poids idéal.
% PM : le périmètre musculaire brachial en % de la valeur
théorique.
Une valeur supérieure à 50 signerait la nécessité
de mise sous assistance nutritionnelle [21] dans le cas d'une pathologie
digestive chronique.
Explorations fonctionnelles
et instrumentales
* Fonction musculaire
L'exploration de la fonction musculaire est peu répandue mais
reste la plus utilisable en pratique courante [51, 87, 88]. Il peut s'agir
de la dynamométrie qui apprécie la force musculaire par
hand-grip [84], de l'électrostimulation de l'adducteur du
pouce ou de l'exploration des forces et des débits respiratoires.
L'efficacité d'une thérapeutique nutritionnelle pourrait
être jugée par l'amélioration des capacités
fonctionnelles.
* Impédancemétrie
Cette technique représente la seule méthode facilement
disponible d'évaluation des différents compartiments de
l'organisme. La conduction d'un courant électrique alternatif de
très faible intensité est mesurée [12, 13]. Le corps
est considéré comme un milieu conducteur homogène
dans lequel baigne une suspension de cellules. Ces deux éléments
sont parcourus par le courant de façon différente selon
qu'il s'agit de hautes fréquences (> 100 Hz) traversant les
membranes cellulaires et le milieu intérieur, ou de basses fréquences
(1 à 5 Hz) incapables de franchir les membranes cellulaires. Les
basses fréquences apprécient donc le volume extracellulaire,
les hautes fréquences, le volume d'eau totale. Les autres compartiments
sont calculés à partir de formules spécifiques qui
procurent la masse cellulaire, la masse grasse. La technique la plus courante
employée est la méthode de Thomasset et Boulier. La mesure
est effectuée chez un sujet en décubitus dorsal horizontal
à l'aide d'électrodes (généralement collées).
Elle fournit des résultats immédiats à l'aide de
logiciels informatiques (eau totale, intra- et extracellulaire, masse
maigre et masse grasse). Ses avantages sont la simplicité et la
rapidité de mise en uvre, et le caractère non invasif.
Ses limites sont nombreuses : sensibilité aux variations d'hydratation,
équations non adaptées aux populations extrêmes (sujets
très dénutris, âgés, de soins intensifs), mauvaise
appréciation de la masse grasse tronculaire [45, 53, 79]. Cette
technique permet cependant de suivre l'évolution des paramètres
nutritionnels (eau totale, masse maigre, masse cellulaire) d'un patient
en état stable.
* Calorimétrie
Les dépenses énergétiques de base peuvent être
calculées à partir des formules comme Harris et Benedict.
Les formules ne sont cependant pas toujours capables de prédire
avec précision les dépenses énergétiques du
fait des grandes variations interindividuelles, spécialement chez
les sujets les plus graves. Ainsi, les dépenses énergétiques
de repos peuvent être mesurées par calorimétrie indirecte,
à l'aide d'appareils disponibles dans de nombreux services (réanimation,
laboratoires d'exploration fonctionnelle). La technique consiste à
mesurer sur un temps donné la consommation d'oxygène et
la production de gaz carbonique. En pratique, le système utilisé
est le canopy, enceinte close dans laquelle le malade respire. L'enceinte
est ventilée à débit constant connu avec de l'air
ambiant et les concentrations d'oxygène et de gaz carbonique sont
mesurées. En fonction des concentrations dans les gaz inspirés
et expirés et des débits de ventilation, les volumes d'oxygène
et de gaz carbonique sont calculés. Les erreurs de mesure peuvent
être liées à la technique (erreur de calibration des
cellules de mesure des gaz) ou au patient (variations des stocks de gaz
carbonique, enregistrement sur une période courte ne reflétant
pas les variations quotidiennes). Cependant, cette technique reste facile
à utiliser et non invasive. Si un support de nutrition artificielle
doit être administré de façon prolongée, il
est sans doute préférable de mesurer les DER afin d'éviter
des erreurs par défaut d'apport (dénutrition) ou par excès.
Cette mesure se fait à jeun, au repos, à neutralité
thermique et l'apport calorique souhaitable sera ensuite corrigé
en fonction des facteurs habituels (activité par exemple) [25,
47, 59].
Indications de l'évaluation nutritionnelle
en cancérologie (figures
4 à 7)
Population à risque de dénutrition
Les principaux types de sujets concernés sont :
les patients atteints de tumeur de l'appareil digestif, langue,
pharynx, sophage, estomac, intestin, foie, traités par chirurgie
et/ou radiothérapie ;
les patients traités par chimiothérapie (en particulier,
chimiothérapie intensive) et souffrant de nausées, vomissements,
douleurs abdominales, mucites, infections, anorexie prolongée,
etc. ;
les patients dont les champs d'irradiation incluent en partie
le tube digestif ;
les patients dont l'état général est altéré
et les sujets âgés ;
les patients inclus dans les essais thérapeutiques ou
les études randomisées car la dénutrition peut influencer
les résultats en termes de morbidité et mortalité.
Ces patients peuvent être hospitalisés, en traitement ambulatoire
ou être vus en consultation.
En cancérologie, en dehors des patients cités ci-dessus,
la perte de poids et la fonte de la masse musculaire sont souvent constatées,
c'est pourquoi l'évaluation de l'état nutritionnel de chaque
patient est nécessaire.
Dans la population de cancérologie à haut risque et à
forte prévalence de dénutrition, il serait souhaitable d'assurer
un dépistage systématique des sujets à risque de
dénutrition. Des outils ont été décrits à
cette fin dans ce chapitre (PG-SGA). L'autoquestionnaire SGA est l'outil
qui peut être utilisé pour assurer un dépistage systématique
des malades nécessitant une prise en charge diététique
ou nutritionnelle. Le Nutrition Risk Score a été
également préconisé pour assurer ce type de dépistage
chez le sujet hospitalisé [74]. La partie dépistage du MNA
(les 6 premières questions) est utile chez les sujets de plus de
65 ans [77].
D'autres scores tels le score de Elmore [33] ou le score Registred
Nurses Nutritional Risk Classification [54] des infirmières
américaines sont actuellement utilisés.
Évaluation nutritionnelle systématique
minimale (figure 4)
Elle correspond au recueil des données de l'évaluation
nutritionnelle nécessaires à la prise en charge diététique
initiale d'un patient. Sont considérés comme indispensables
à la prise en charge diététique d'un patient :
un entretien précoce avec examen du dossier médical
;
la mesure du poids et de la taille ;
l'évaluation de la prise alimentaire ;
l'appréciation des variations pondérales au cours
des six derniers mois ;
le recueil du poids de forme et la détermination du pourcentage
de perte de poids ;
des données cliniques (présence d'dèmes,
d'ascite, d'une fonte musculaire ou graisseuse) ;
l'appréciation de l'altération des capacités
fonctionnelles si possible à l'aide d'un score validé ;
la présence de troubles digestifs est quantifiée
à l'aide d'échelles reconnues.
En fonction de l'évolution de la prise alimentaire et du programme
thérapeutique, une stratégie de surveillance et de prise
en charge sera mise en place. Les informations nécessaires au maintien
d'une alimentation orale optimale seront remises au patient ainsi que
les moyens de contacter le service diététique. Les rencontres
ultérieures avec le diététicien seront programmées.
Évaluation nutritionnelle complémentaire
(figures 5 et 6)
En fonction de l'état nutritionnel, du programme thérapeutique
réalisé ou envisagé mais aussi de l'évolution
de la maladie, une évaluation complémentaire peut être
programmée.
* Sujet dénutri
Chez un sujet dénutri ou à risque, il convient, en plus
des éléments de l'évaluation nutritionnelle systématique
minimale (cf. § Population à risque de dénutrition),
d'étayer le diagnostic de dénutrition sur des éléments
objectifs permettant un suivi de la prise en charge nutritionnelle. Il
est également nécessaire de quantifier la gravité
de la dénutrition. Les éléments que l'on peut proposer
sont :
la détermination du degré de dénutrition
par le SGA de Detsky ;
la détermination de paramètres biologiques : albuminémie
et préalbuminémie.
* Chirurgie lourde
Le risque de morbidité et de mortalité postopératoires
est accru après chirurgie lourde en cas de dénutrition.
Il est parfois licite de proposer en préopératoire une nutrition
artificielle (entérale ou parentérale) contemporaine de
la prise en charge diététique chaque fois que possible.
Ces techniques sont responsables de complications propres (en particulier
infectieuses) qui en obèrent les bénéfices. Les indications
ont fait l'objet de consensus nationaux [2, 9, 50, 60] :
détermination d'un index nutritionnel ou de risque : SGA
de Detsky ou NRI de Buzby ;
détermination de l'albuminémie et/ou préalbuminémie.
* Sujet âgé
Le MNA est adapté à l'évaluation nutritionnelle
du sujet âgé et permet de suivre l'efficacité de la
prise en charge.
Surveillance et prise en charge nutritionnelle
(figure 7)
* Surveillance de la prise en charge nutritionnelle
La surveillance régulière du poids est indispensable au
suivi de l'efficacité de la prise en charge nutritionnelle, associée
à la recherche d'dème et/ou d'ascite (examen clinique
médical). Le retentissement fonctionnel de la maladie et de la
dénutrition est régulièrement recherché.
Les paramètres permettant de juger de l'efficacité de
la re-nutrition sont :
l'augmentation du poids sans dème (albuminémie
stable ou augmentée) en plusieurs semaines ;
associée à l'amélioration des capacités
fonctionnelles ;
la préalbumine est le paramètre biologique qui
permet de juger le plus rapidement de l'amélioration nutritionnelle
en quelques jours ;
le PINI permet de juger, biologiquement, de la gravité
évolutive de l'affection prise en charge sur le plan nutritionnel
; il peut être intéressant de suivre son évolution
pour les malades de soins intensifs ou postchirurgie lourde par exemple
[20, 75].
Lors de la mise en route de la renutrition, il convient de surveiller
:
le poids ;
si une alimentation orale est maintenue, il est nécessaire
de connaître le niveau d'apport calorico-azoté ingéré.
* Nutrition artificielle au long cours
Lors de l'administration d'une nutrition artificielle au long cours
(> 1 mois), spécialement s'il s'agit d'une nutrition artificielle
(entérale et/ou parentérale) exclusive, il est préférable
de fixer l'apport calorique sur des données correctement mesurées
de calorimétrie indirecte.
En plus de la mesure du poids, la mesure des plis cutanés et
de la circonférence brachiale permet de juger de l'efficacité
de la prise en charge. Les données de l'impédancemétrie
et de la dynamométrie peuvent être utilisées pour
ce suivi mais sont plus sujettes à erreur.
Définitions
La définition des Standards, Options et Recommandations, accompagnés
du niveau de preuve, repose sur les meilleures preuves scientifiques disponibles
au moment de leur rédaction (best available evidence), pouvant
être selon le sujet des méta-analyses, essais randomisés
ou études non randomisées. Lorsque les preuves scientifiques
font défaut pour un point particulier, le jugement est basé
sur l'expérience professionnelle et le consensus du groupe d'experts
(« accord d'experts »).
* Standards : interventions pour lesquelles les résultats
sont connus, et qui sont considérées comme bénéfiques,
inappropriées ou nuisibles, à l'unanimité.
Ils sont l'équivalent d'indications ou contre-indications absolues.
* Options : interventions pour lesquelles les résultats
sont connus, et qui sont considérées comme bénéfiques,
inappropriées ou nuisibles, par la majorité. Elles
sont l'équivalent d'indications ou contre-indications relatives.
Les options sont toujours accompagnées de recommandations.
* Recommandations : elles ont pour but, lorsqu'il existe plusieurs
options, de hiérarchiser ces options en fonction du niveau de preuve.
Les recommandations permettent également aux experts d'exprimer
des jugements et des choix concernant notamment des situations d'exception
et indications spécifiques ainsi que l'inclusion des patients dans
des essais thérapeutiques.
Le niveau de preuve est fonction du type et de la qualité
des études disponibles ainsi que de la cohérence ou non
de leurs résultats ; il est explicitement spécifié
pour chacune des méthodes/interventions considérées
en utilisant la classification suivante :
* Niveau A : il existe une (des) méta-analyse(s) «
de bonne qualité » ou plusieurs essais randomisés «
de bonne qualité » dont les résultats sont cohérents.
* Niveau B : il existe des preuves « de qualité correcte
» : essais randomisés (B1) ou études prospectives ou
rétrospectives (B2). Les résultats de ces études
sont cohérents dans l'ensemble.
* Niveau C : les études disponibles sont critiquables
d'un point de vue méthodologique ou leurs résultats ne sont
pas cohérents dans l'ensemble.
* Niveau D : il n'existe pas de données ou seulement des
séries de cas.
* Accord d'experts : il n'existe pas de données pour la
méthode concernée mais l'ensemble des experts est unanime.
NB : pour plus de détails, cf. Méthodologie de développement
des SOR [35].
Au total
La prévalence
La prévalence de la dénutrition est fonction de la localisation
tumorale et de son extension.
L'atteinte de l'appareil digestif proximal s'accompagne d'une très
haute prévalence de dénutrition.
Au total
Les étiologies
Les causes principales de la dénutrition des patients cancéreux
sont :
la réduction des apports par anorexie, les troubles digestifs
accompagnant la prise alimentaire, les manifestations dépressives
ou anxieuses, les douleurs ou les obstructions mécaniques ;
les altérations métaboliques principalement liées
au métabolisme tumoral ;
les modifications des dépenses énergétiques.
Au total
Conséquences des traitements
antinéoplasiques
La chirurgie
Elle induit des modifications métaboliques avec notamment
un catabolisme protéique accru.
La survenue éventuelle de complications infectieuses aggrave
ces modifications et potentialise la dénutrition.
La chirurgie lourde portant sur le tube digestif réduit
la disponibilité ultérieure des nutriments.
La dénutrition sévère s'accompagne d'une
morbidité locale et infectieuse supérieure, d'une mortalité
accrue.
La chimiothérapie
Elle est responsable d'atteintes des surfaces muqueuses : mucites
en particulier.
Elle s'accompagne de signes digestifs réduisant la prise
alimentaire : nausées, vomissements, anorexie, diarrhées.
Les chimiothérapies massives avec greffe de cellules hématopoïétiques
sont parfois responsables d'un état d'hypercatabolisme.
La radiothérapie
Elle est responsable d'une atteinte directe des structures sensorielles
et sécrétoires, des voies digestives et des surfaces muqueuses
pouvant entraîner une dysphagie.
Elle peut provoquer des douleurs, des diarrhées lors de
traitement par radiothérapie abdominale.
À long terme, les séquelles de la radiothérapie
des voies aéro-digestives supérieures (atteintes osseuses
et dentaires) peuvent réduire la prise alimentaire. De même,
la radiothérapie pelvienne ou abdominale peut conduire à
des malabsorptions et à des tableaux occlusifs.
Au total
La dénutrition en cancérologie
La dénutrition en cancérologie :
altère la qualité de vie ;
augmente la morbi-mortalité périopératoire
lors de la chirurgie lourde ;
peut aggraver le pronostic des cancers digestifs ;
peut altérer la réponse positive au traitement.
Au total
Évaluation clinique et
anthropométrique
Standards
Mesure de la taille et du poids actuel, détermination
du poids de forme.
Évaluation de la perte pondérale et de sa rapidité.
Recueil des antécédents et du traitement en cours.
Calcul de l'indice de Quetelet.
Recueil de données socio-économiques : conditions
de vie et ressources.
Évaluation des troubles digestifs.
Examen clinique.
Détermination des besoins énergétiques.
Options
Mesure des plis cutanés.
Détermination de la circonférence musculaire brachiale.
Recommandations
Une intervention nutritionnelle est recommandée lorsque le patient
a perdu plus de 10 % de son poids sur une période de 6 mois.
Les échelles de l'Organisation mondiale de la santé de
toxicité des traitements sont recommandées pour l'évaluation
des troubles digestifs (accord d'experts).
Au total
Techniques d'évaluation
de la prise alimentaire
Standard
Calcul des rations calorico-azotées consommées.
Options
Le rappel de l'alimentation des 24 heures (dietary recall).
L'agenda alimentaire (dietary record).
Au total
Évaluation des capacités fonctionnelles
Standard
Pas de standard.
Options
Score de l'Organisation mondiale de la santé ou performance
status.
Indice de Karnofsky.
Recommandation
Le même outil doit être utilisé tout au long de la
prise en charge.
Au total
Scores cliniques et nutritionnels
Standard
Pas de standard.
Options
Indice de Detsky.
Autoévaluation nutritionnelle globale subjective.
Mini Nutritional Assessment chez le sujet âgé.
Au total
L'albumine, la préalbumine, la transferrine et la RBP ont été
proposées comme marqueurs de malnutrition. Elles ne sont utilisables
à cette fin qu'en l'absence de syndrome inflammatoire évolutif
car leur taux est alors diminué alors que l'on assiste à
une augmentation de synthèse des protéines de l'inflammation
(C reactive-protein, orosomucoïde) sous la dépendance
de certaines hormones ou cytokines (IL6, TNF*).
Au total
Données clinico-biologiques
et indices de risques
Standard
Pas de standard.
Options
Dosage sérique de quatre protéines, en dehors de
tout syndrome inflammatoire évolutif : albumine, préalbumine
(ou transthyrétine), transferrine et protéine vectrice du
rétinol.
Pronostic Inflammatory and Nutritional Index.
Indice de Buzby.
Indice de Mullen.
Score d'aide décisionnelle à l'assistance nutritive
(Sadan).
Des mesures fonctionnelles et instrumentales peuvent être
réalisées (impédancemétrie ou calorimétrie).
Recommandation
La valeur prédictive de complication des paramètres, prise
individuellement, est insuffisante ; il est recommandé d'utiliser
des scores de risques combinant plusieurs données.
Au total
Évaluation systématique
minimale
Standards
Données cliniques et entretien.
Mesure de la taille, du poids actuel, du poids de forme et évaluation
des variations pondérales.
Évaluation de la prise alimentaire faite par la diététicienne.
Options
Évaluation des capacités fonctionnelles à
l'aide d'un score validé (Organisation mondiale de la santé
ou Karnofsky).
Évaluation des troubles digestifs avec les échelles
de l'Organisation mondiale de la santé.
Recommandation
La variation pondérale est mesurée en pourcentage de perte
de poids à partir du poids de forme et pour une période
donnée.
Évaluation complémentaire
Standard
Lors d'un acte de chirurgie lourde, il faut utiliser les index nutritionnels
ou de risque : Subjective Global Assessment (SGA) de Detsky ou
Nutritional Risk Index (NRI) de Buzby. Ils aident à la décision
de nutrition artificielle.
Options
Chez le sujet dénutri, le bilan peut être complété
par la détermination d'un index nutritionnel ou de risque : Subjective
Global Assessment de Detsky ou index de Buzby.
Chez le sujet dénutri ou lors d'un acte de chirurgie lourde,
le bilan peut être complété par le dosage de l'albuminémie
et/ou de la préalbuminémie et des protéines de l'inflammation
(orosomucoïdes, C reactive protein) pour le calcul du PINI
par exemple.
Le bilan et le suivi du sujet âgé peuvent être
réalisés par la détermination du Mini Nutritional
Assessment.
Au total
Surveillance
Standards
La surveillance de l'efficacité de la prise en charge nutritionnelle
doit être réalisée à l'aide :
de la mesure régulière du poids et de la recherche
d'dèmes ou d'ascite ;
du calcul du niveau d'apport calorico-azoté ingéré.
Options
Dosage sérique de l'albumine et de la préalbumine.
Pronostic Inflammatory and Nutritional Index (PINI).
L'amélioration des capacités fonctionnelles et
de la dynamométrie.
L'albuminémie et le PINI sont à interpréter en
fonction de l'état inflammatoire du patient.
En cas de nutrition artificielle prolongée, l'efficacité
de la prise en charge nutritionnelle peut être jugée à
l'aide :
de la mesure des plis cutanés et de la circonférence
brachiale ;
de l'impédancemétrie.
Recommandations
Le retentissement fonctionnel de la maladie et de la dénutrition
doit être régulièrement recherché.
La préalbumine est le paramètre biologique qui
permet probablement de juger le plus rapidement de l'amélioration
nutritionnelle.
En cas de nutrition artificielle prolongée, il est recommandé
de fixer l'apport calorique sur des données correctement mesurées
de calorimétrie indirecte. Les mesures anthropométriques
permettent de juger de l'efficacité de la nutrition artificielle.
Recommandations de la FNCLCC
1. La prévalence de la dénutrition est fonction de la
localisation tumorale. L'atteinte de l'appareil digestif proximal s'accompagne
d'une très haute prévalence de dénutrition. La perte
de poids est dépendante de l'extension tumorale. Le niveau socio-économique
et la présence de douleurs chroniques sont des facteurs aggravants.
2. La dénutrition est provoquée par plusieurs facteurs
: la réduction des apports par anorexie, les troubles accompagnant
la prise alimentaire, les manifestations dépressives, la présence
de douleurs ou une obstruction mécanique. Des altérations
métaboliques sont constatées dont le seul traitement est
la réduction tumorale.
3. La chirurgie induit des modifications métaboliques avec notamment
un catabolisme protéique accru. La survenue éventuelle de
complications infectieuses aggrave ces modifications et potentialise la
dénutrition. La chirurgie lourde portant sur le tube digestif réduit
la disponibilité ultérieure des nutriments. La dénutrition
sévère s'accompagne d'une morbidité locale et infectieuse
supérieure, d'une mortalité accrue.
4. La chimiothérapie est responsable d'atteintes des surfaces
muqueuses (mucites) et s'accompagne de signes digestifs réduisant
la prise alimentaire : nausées, vomissements, anorexie ou diarrhées.
Les chimiothérapies massives avec greffe de cellules hématopoïétiques
sont parfois responsables d'un état d'hypercatabolisme.
5. La radiothérapie est responsable d'une atteinte directe des
structures sensorielles et sécrétoires, des voies digestives
et des surfaces muqueuses, parfois à long terme.
6. La dénutrition en cancérologie altère la qualité
de vie, augmente la morbi-mortalité périopératoire
lors de la chirurgie lourde, pourrait diminuer la réponse à
la chimiothérapie et peut aggraver le pronostic des cancers digestifs
et la réponse au traitement.
7. L'évaluation clinique et anthropométrique comprend
la mesure de la taille et du poids actuel, la détermination du
poids de forme, l'évaluation de la perte pondérale et de
sa rapidité, le calcul de l'indice de Quetelet, le recueil de données
socio-économiques, le recueil des antécédents et
du traitement en cours, l'examen clinique, l'évaluation des troubles
digestifs et la détermination des besoins énergétiques
(standards). La mesure des plis cutanés (option) ou la mesure de
la circonférence musculaire brachiale (option) peuvent compléter
le bilan. Une intervention nutritionnelle est recommandée lorsque
le patient a perdu plus de 10 % de son poids (recommandation). Les échelles
de l'Organisation mondiale de la santé de toxicité des traitements
sont recommandées pour l'évaluation des troubles digestifs
(recommandation).
8. L'évaluation de la prise alimentaire par le calcul des rations
calorico-azotées est un standard. Ce calcul peut faire appel à
des techniques différentes : le rappel de l'alimentation des 24
heures ou l'agenda alimentaire (options). Il est fait par une diététicienne.
9. L'évaluation des capacités fonctionnelles peut faire
appel à deux échelles validées : le score de l'Organisation
mondiale de santé ou Performance Status et l'indice de Karnofsky
(options).
10. L'évaluation multidimensionnelle à l'aide de scores
cliniques et nutritionnels peut faire appel à trois indices validés
: l'indice de Detsky, l'autoévaluation nutritionnelle globale subjective
et le Mini Nutritional Assessment chez le sujet âgé
(options).
11. L'albumine, la préalbumine (ou transthyrétine), la
transferrine et la protéine vectrice du rétinol sont les
dosages biologiques habituels évaluant l'état nutritionnel
(option). La valeur prédictive des paramètres pris individuellement
est insuffisante, il est recommandé d'utiliser des scores de risques
combinant plusieurs données (recommandation). Quatre outils sont
disponibles : le Pronostic Inflammatory and Nutritional Index,
l'indice de Buzby, l'indice de Mullen et le score d'aide décisionnelle
à l'assistance nutritive (options).
12. Pour évaluer la dénutrition, des mesures fonctionnelles
et instrumentales peuvent être réalisées (impédancemétrie
ou calorimétrie) (option).
13. L'évaluation systématique minimale comprend le recueil
des données cliniques, un entretien, la mesure de la taille, du
poids actuel, du poids de forme et l'évaluation des variations
pondérales (standards). L'évaluation des capacités
fonctionnelles à l'aide d'un score valide (Organisation mondiale
de la santé ou Karnofsky) et l'évaluation des troubles digestifs
avec les échelles de l'Organisation mondiale de la santé
peuvent être réalisées (options). La variation pondérale
est mesurée en pourcentage de perte de poids (recommandation) par
rapport au temps.
14. L'évaluation complémentaire est fonction des patients
et de leur traitement. Lors d'un acte de chirurgie lourde, il faut utiliser
les index nutritionnels ou de risque : Subjective Global Assessment
de Detsky ou index de Buzby, qui aident, à la décision de
nutrition artificielle (standard). Chez le sujet dénutri, le bilan
peut être complété par la détermination d'un
index nutritionnel ou de risque : Subjective Global Assessment
de Detsky ou Nutrition Risk Index de Buzby (option). Chez le sujet
dénutri ou lors d'un acte de chirurgie lourde, le bilan peut être
complété par le dosage de l'albuminémie et/ou de
la préalbuminémie (option) et des protéines de l'inflammation
(orosomucoïdes, C reactive protein) pour le calcul du PINI
par exemple. Le bilan et le suivi du sujet âgé peuvent être
réalisés par la détermination du Mini Nutritional
Assessment (option).
15. La surveillance de l'efficacité de la prise en charge nutritionnelle
doit être réalisée à l'aide de la mesure régulière
du poids, complétée par la recherche d'dèmes
ou d'ascite. Le calcul du niveau d'apport calorico-azoté ingéré
doit être réalisé régulièrement (standard).
Le dosage sérique de l'albumine et de la préalbumine, le
Pronostic Inflammatory and Nutritional Index (PINI) et l'amélioration
des capacités fonctionnelles peuvent être utilisés
(options). L'albuminémie et le PINI sont à interpréter
en fonction de l'état inflammatoire du patient. Le retentissement
fonctionnel de la maladie et de la dénutrition doit être
régulièrement recherché (recommandation). La préalbumine
est le paramètre biologique qui permet probablement de juger le
plus rapidement de l'amélioration nutritionnelle (recommandation).
En cas de nutrition artificielle prolongée, il est recommandé
de fixer l'apport calorique sur des données correctement mesurées
de calorimétrie indirecte. Les mesures anthropométriques
permettent de juger de l'efficacité de la nutrition artificielle
prolongée (recommandation).
Remerciements. Nous remercions le ministère de l'Emploi
et de la Solidarité et la Ligue nationale contre le cancer pour
leur soutien financier.
Contributeurs
Revue interne (août 1999) : J. Béal, anesthésiste
(Centre Oscar-Lambret, Lille), A. Bouvet, anesthésiste (Centre
François-Baclesse, Caen), R. Bugat (Institut Claudius-Regaud, Toulouse),
D. Hoguet (Centre Oscar-Lambret, Lille), D. Kere, chirurgien (Centre Val-d'Aurelle,
Montpellier), F. Lakdja (Institut Bergonié, Bordeaux), D. Lefebvre,
anesthésiste) (Centre Oscar-Lambret, Lille) J. Meynadier, anesthésiste
(Centre Oscar-Lambret, Lille), F. Montange (Centre Alexis-Vautrin, Vanduvre-lès-Nancy),
G. Nitenberg, anesthésiste-réanimateur (Institut Gustave-Roussy,
Villejuif), T. Oszustowicz, anesthésiste (Centre Oscar-Lambret,
Lille), P. Pouillart (Institut Curie, Paris), B. Raynard (Institut Gustave-Roussy,
Villejuif), C. Rives, diététicienne (Institut Gustave-Roussy,
Villejuif), A. Rivière (Centre François-Baclesse, Caen),
J. Rodriguez (Institut Curie, Paris), B. Saint-Aubert, chirurgien (Centre
Val-d'Aurelle, Montpellier), P. Senesse (Centre Val-d'Aurelle, Montpellier),
J. Vedrenne (Institut Curie, Paris).
Revue externe (août 1999) : E. Aden-Combes, diététicienne
(CHRU, Pavillon Junod, Toulouse), F. Arnaud-Battandier, directeur médical
(Nestlé Clinical Nutrition, Sèvres), R. Benamouzig (Hôpital
Avicenne, Bobigny), C. Bila, diététicienne (Institut Jules-Bordet,
Bruxelles), P. Bouletreau (Hôtel-Dieu, Lyon), C. Chambrier (Hôtel-Dieu,
Lyon), V. Colomb (Hôpital Necker, Paris), J.-C. Desport (CHU Dupuytren,
Limoges), A.-M. Favreau, cadre supérieur diététicien,
(CHU, Angers), C. Garaud, diététicienne, (Hôpital
Clamart), M.-C. Gouttebel (Centre hospitalier, Roanne), X. Lefevre (Hôpital
Michallon, Grenoble), D. Lescut (CHR-Hôpital Claude-Huriez, Lille),
J.-C. Melchior (CHU-Hôpital Bichat, Paris), I. Parmentier, diététicienne
(CHRU, Lille), G. Picard, diététicienne, (Hôpital
St-Louis, Paris), M.-C. Puissant, cadre supérieur diététicien
projets nutrition (siège APHP, Paris), N. Rosiod, diététicienne
(Hôpital Charles-Foix, Ivry-sur-Seine), S. Schneider (Hôpital
de l'Archet, Nice), J. Vaccari, diététicienne (Hôpital
Michallon, Grenoble).
Ce document a été validé en août 1999 par
les comités techniques médicaux des centres régionaux
de lutte contre le cancer suivants : Centre Paul-Papin (Angers), Institut
Bergonié (Bordeaux), Centre François-Baclesse (Caen), Centre
Jean-Perrin (Clermont-Ferrand), Centre Georges-François-Leclerc
(Dijon), Centre Oscar-Lambret (Lille), Centre Léon-Bérard
(Lyon), Institut Paoli-Calmettes (Marseille), Centre Val-d'Aurelle (Montpellier),
Centre Alexis-Vautrin (Nancy), Centre René-Gauducheau (Saint-Herblain),
Centre Antoine-Lacassagne (Nice), Institut Curie (Paris), Institut Jean-Godinot
(Reims), Centre Eugène-Marquis (Rennes), Centre Henri-Becquerel
(Rouen), Centre René-Huguenin (Saint-Cloud), Centre Paul-Strauss
(Strasbourg), Centre Claudius-Régaud (Toulouse), Institut Gustave-Roussy
(Villejuif).
Comité d'organisation des SOR (août 1999) : A. Bataillard
(FNCLCC, Paris), P. Bey (Centre Alexis-Vautrin, Vanduvre-lès-Nancy),
M.-P. Blanc-Vincent (FNCLCC, Paris), F. Demma (FNCLCC, Paris), F. Farsi
(Centre Léon-Bérard, Lyon), B. Fervers (FNCLCC, Paris),
G. Gory-Delabaere (FNCLCC, Paris), S. Guillo (FNCLCC, Paris), E. Luporsi
(Centre Alexis-Vautrin, Vanduvre-lès-Nancy), T. Philip (Centre
Léon-Bérard, Lyon), J.-L. Renaud-Salis (Institut Bergonié,
Bordeaux), S. Théobald (Institut Jean-Godinot, Reims).
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