ARTICLE
Les patients atteints de cancer présentent des troubles physiques
et psychologiques qui sont dus à la maladie elle-même et
aux conséquences des traitements anticancéreux.
Sur le plan somatique, il s'agit de troubles à type de malnutrition
qui s'expriment par une simple dénutrition protéino-énergétique
ou une véritable cachexie cancéreuse, résultat d'une
anorexie variable et d'une fonte musculaire périphé-rique
progressive. Ces troubles peuvent être aggravés par les effets
secondaires - digestifs et métaboliques - des traitements spécifiques
(chimiothérapie, hormonothérapie, radiothérapie...)
et des traitements complémentaires, tels que les corticoïdes
[1, 2]. À l'opposé, on constate des prises de poids chez
les patients en rémission, problème fréquemment rencontré
chez les patientes atteintes de cancer du sein sous traitement hormonal.
Sur le plan psychologique, les patients sont confrontés aux conséquences
du diagnostic d'une maladie chronique à pronostic vital, telles
que peurs de la mort et des récidives, crainte des effets secondaires
des traitements, modifications de l'image corporelle, perte d'autonomie,
changement du statut social, problèmes financiers, tensions familiales...
[3-5]. Chacun de ces problèmes est source de perturbations émotionnelles.
De plus, beaucoup de patients se sentent totalement isolés socialement,
exclus du flot de la vie du fait de leur maladie. Cette solitude n'est
pas un phénomène d'exception, mais la règle [6].
En outre, des études montrent que les patients atteints de cancer
souffrent encore de troubles psychologiques un an et plus après
la fin du traitement anticancéreux, malgré la mise en rémission
[7].
Pour atténuer ces conséquences négatives, des méthodes
ont été développées pour aider les malades,
individuellement ou en groupe. Il s'agit des services éducationnels,
approches cognitives et comportementales, du soutien social et psychologique
[8-10].
Il existe relativement peu de programmes d'interventions s'intéressant
aux troubles nutritionnels des patients atteints de cancer - en dehors
de la nutrition parentérale, qui n'est pas le sujet de notre article.
Aujourd'hui, l'alimentation a une place reconnue dans la prévention
des cancers, par exemple le rôle protecteur de régimes alimentaires
riches en légumes ou le rôle délétère
des viandes rouges dans le cancer du côlon, le rôle potentiellement
protecteur des régimes riches en phyto-strogènes dans
le cancer du sein. Ces études sont à différencier
des approches avec supplémentation nutritionnelle pour lesquelles
les résultats restent plus controversés. La pharmaconutrition,
si elle semble prometteuse, reste en cours d'exploration et de validation
(anti-oxydants, sélénium, phyto-strogènes...).
Elle est controversée, avec des résultats encore discordants,
voire des effets négatifs [11, 12].
Par ailleurs, les interventions psychosociales de groupe, et notamment
les groupes de soutien, restent très peu développées
en France contrairement aux pays anglo-saxons et surtout nord-américains
[13]. Elles ont montré pourtant leur intérêt en améliorant
la qualité de vie des patients en cours de traitement et en favorisant
la réinsertion sociale des patients en rémission [14-16].
Elles ont même un impact thérapeutique potentiel, trois études
rapportant un effet sur la survie d'interventions psychosociales [17-19].
Ces deux considérations, nutritionnelles et sociales, nous ont
amenés à créer une aide originale, sous la forme
d'ateliers, pour les patients atteints de cancer, sur le thème
alimentation et cancer. Lors de ces ateliers où les aspects nutritionnels
du cancer sont abordés, nous pensions que la dimension sociale
de l'alimentation devait également favoriser le développement
d'une dynamique et d'une cohésion de groupe, et permettre ainsi
de proposer un groupe de soutien-expression, ce qui n'est pas très
répandu dans les pays méditerranéens. Nous pensions
que l'atelier offrirait l'opportunité d'un contact social souvent
déficient en réunissant des patients ayant des problèmes
similaires. L'atelier devait aussi permettre la création d'un espace
où les patients auraient l'opportunité tout à la
fois de se confier et d'aider les autres, ce qui s'est révélé
être un antidote au sentiment d'isolement [20, 21]. Ainsi, nous
espérions redonner goût à la vie aux patients par
la médiation de l'aliment - symbole de vie - en les aidant à
se réinsérer socialement et en dynamisant leur participation
active au traitement.
Description des ateliers de nutrition
Depuis janvier 1997, les patients atteints de cancer participent aux
ateliers de nutrition dont le programme initial mettait l'accent sur la
notion d'équilibre alimentaire afin d'améliorer le statut
nutritionnel et de restaurer l'équilibre pondéral. Ces ateliers
sont organisés par deux équipes médicales, une équipe
de santé publique spécialisée en nutrition et une
équipe spécialisée en oncologie médicale.
Très vite, le problème de surcharge pondérale s'est
révélé secondaire pour beaucoup de nos patients,
et il a fallu adapter le contenu des ateliers pour répondre aux
attentes concernant certes souvent des troubles de poids, mais également
toutes les difficultés rencontrées dans le cadre de la maladie
et du traitement. Depuis avril 1997, nous avons intégré
un groupe de parole type soutien-expression et les ateliers sont proposés
à tous les patients traités pour tous types de cancers dans
notre service d'oncologie médicale ou ailleurs, en cours de traitement
ou en rémission, qu'ils souffrent ou non d'un problème de
poids.
Les patients ayant participé aux ateliers répondent aux
critères suivants : un bon état général (OMS
¾ 2) et une acceptation suffisante du diagnostic de cancer pour leur
permettre une confrontation avec d'autres personnes atteintes de cette
maladie. Le recrutement dans le service d'oncologie médicale est
effectué au lit pour les patients hospitalisés ou lors des
consultations pour les autres. Les ateliers sont ouverts aux patients
d'autres services lorsqu'ils en font la demande.
Les ateliers de nutrition se déroulent en trois parties : les
exposés théoriques le matin, la préparation et le
partage du repas en fin de matinée, le groupe de soutien et d'expression
l'après-midi. La journée débute à 8 h 30 avec
l'accueil des participants, et se termine à 15 h 45 après
le groupe de soutien et d'expression.
Ils sont organisés toutes les 5 semaines environ dans le service
de nutrition et santé publique du CHU La Timone adultes, à
Marseille. Les patients peuvent participer à plusieurs ateliers
s'ils le désirent. Il s'est révélé alors préférable,
pour la cohésion de groupe, qu'ils participent à l'intégralité
de la journée, même si les exposés de la matinée
sont sensiblement les mêmes. Le nombre de participants est limité
à 8, chiffre qui nous a semblé optimal pour permettre une
expression émotionnelle de chacun des membres du groupe.
Deux personnes du service de santé publique formées à
la nutrition (une infirmière et une aide-soignante) traitent des
aspects quantitatifs de la nutrition (présentation des différents
nutriments et de leurs sources alimentaires) et organisent la préparation
du repas. Deux autres personnes, issues du service d'oncologie médicale,
participent à l'atelier (un oncologue médical pour les exposés
et une infirmière- clinicienne, un psychologue ou un oncologue
médical pour le groupe de soutien-expression). Il y a habituellement
1 à 3 observateurs : étudiants en médecine, infirmières
ou élèves-infirmières, psychologues ou étudiants,
diététiciens ou étudiants, aides-soignants. Pour
le groupe de soutien-expression, un seul observateur est autorisé.
Les exposés
Après l'accueil des participants, une présentation de
la journée et des intervenants est faite. Chaque personne évoque
les raisons de sa participation. Puis les exposés débutent,
toujours de façon interactive (ce qui est rendu possible par le
nombre peu important de participants).
Le programme des exposés comprend les principes généraux
de nutrition, la notion d'équilibre entre besoins nutritionnels
et plaisir, le rôle de l'alimentation dans la prévention
et la progression du cancer, et l'impact du cancer et des thérapeutiques
anticancéreuses sur le statut nutritionnel et l'alimentation. Les
exposés abordent les sujets suivants :
- Alimentation et cancer. Des explications et informations sont
données afin de mieux comprendre pourquoi il y a des modifications
de poids (perte ou gain), des odeurs et goûts inhabituels, un changement
de l'image corporelle et de l'alimentation en général liés
à la maladie cancéreuse et à son traitement.
- Aspects quantitatifs des nutriments. Des notions de diététique
de base sont apportées afin de mieux comprendre les différences
entre les macronutriments (glucides, lipides, protides) et les micronutriments
(vitamines, oligoéléments, substances assimilées
aux vitamines). Les sources alimentaires des différents nutriments
sont également précisées.
- Aspects qualitatifs des nutriments. L'intérêt
des nutriments dans la prévention du cancer est abordé,
ainsi que leur rôle dans le traitement des effets secondaires des
médicaments anticancéreux. Le rôle des aliments dans
la genèse du cancer (initiation, promotion, progression) est abordé
à la lumière des dernières données de la recherche
scientifique.
L'objectif de la matinée est d'apporter de l'information aux
patients, de les aider à participer plus activement au traitement
et de diminuer leurs sentiments d'impuissance et de culpabilité
[10], que ce soit lors du traitement initial ou lors de la phase de prévention
des récidives ou des deuxièmes cancers. Il ne s'agit pas
de transformer la diététique en une forme de médication,
mais plutôt de sensibiliser les patients à l'importance d'une
alimentation saine et équilibrée.
La préparation et la prise
du repas
Des produits frais sont fournis par le Marché d'intérêt
national des Arnavaux de Marseille. Les repas sont préparés
par les patients, guidés par l'aide-soignante et l'infirmière
spécialistes en nutrition, et sont l'occasion de mettre en pratique
les conseils hygiéno-diététiques donnés le
matin, par exemple la cuisson sans graisse ou la confection de sauces
allégées en matières grasses. Les menus sont préparés
à l'avance. Ils sont différents d'un atelier à l'autre.
Ensuite, le repas est dégusté en commun par tous les participants
: patients et intervenants.
Le groupe de soutien et d'expression
Il débute à 14 heures et dure 90 minutes. Le groupe est
conduit selon les principes de la psychothérapie de groupe type
soutien-expression [22-26] à quelques différences près.
Il nous semble utile de rappeler les grands aspects de cette technique
de soutien de groupe en quelques lignes.
L'approche de la psychothérapie de groupe soutien-expression
(PGSE) est fortement influencée par la Théorie et pratique
de la psychothérapie de groupe et la Psychothérapie
existentielle de I. Yalom, et par l'imagerie mentale (D. Spiegel).
L'intervention de la part des thérapeutes dans ce type de groupe
a pour but d'aider le développement d'une plus grande ouverture
aux émotions et sentiments. Il s'agit d'écouter ce qui se
passe pour le patient, et non pourquoi cela se passe, et ainsi d'encourager
chaque patient à exprimer son vécu, son ressenti. Plutôt
que de confronter le patient à des raisons sous-jacentes, à
une peur ou à un comportement, on l'aide à exprimer ce qu'il
ressent dans cette situation. Cette attitude confirme le vécu du
patient et facilite son expression du fait d'un contexte de non-jugement.
Les groupes sont constitués de 7 à 8 membres idéalement,
et les rencontres ont lieu toutes les semaines, durant 90 minutes.
La PGSE est conduite de manière à se polariser sur sept
thèmes majeurs :
1. établir des liens forts entre les membres du groupe ;
2. encourager l'expression émotionnelle ;
3. se confronter à la peur de la mort, à la prise de conscience
de la mortalité, à la notion d'incertitude quant à
l'avenir ;
4. réévaluer les priorités de vie ;
5. améliorer les relations avec la famille et les amis ;
6. améliorer la communication avec les médecins ;
7. faire l'apprentissage de l'autohypnose-imagerie mentale : cette technique
est utilisée en fin de séance pendant 5 à 10 minutes,
afin d'améliorer le contrôle de la douleur, mais aussi d'appréhender
avec une autre perspective les situations difficiles évoquées
durant la séance. Les patients sont encouragés à
pratiquer l'imagerie mentale chez eux.
L'expérience du groupe semble avoir pour effet d'améliorer
la façon d'appréhender les événements et donc
d'y réagir ; les patients découvrent qu'ils ne peuvent agir
sur les événements eux-mêmes, mais qu'ils peuvent
améliorer leurs stratégies d'ajustement (coping).
Cela les amène à approcher et à tolérer des
émotions fortes, à exprimer leurs colères ouvertement,
et leur apprend à profiter plus efficacement du soutien social
disponible. De plus, le groupe sert d'antidote au sentiment d'isolement
: le cancer devient le lien unifiant par le simple fait de permettre à
chacun de parler ouvertement des peurs et préoccupations communes.
L'histoire ci-dessous, une légende hassidique, résume
parfaitement l'esprit qui anime la PGSE. I. Yalom la raconte dans le premier
article rapportant son expérience de la PGSE [20] : « Un
rabbi avait un entretien avec le Seigneur à propos du Paradis et
de l'Enfer. "Je vais te montrer l'Enfer", dit le Seigneur, et il laissa
le rabbi dans une salle au milieu de laquelle se trouvait une très
grande table ronde. Les personnes attablées étaient faméliques
et désespérées. Au centre de la table, il y avait
une grande marmite de ragoût, en quantité bien plus que suffisante
pour tous. L'odeur du ragoût était délicieuse et le
rabbi en eut l'eau à la bouche. Les personnes autour de la table
tenaient des cuillères avec de très longs manches. Il était
possible pour chacun d'atteindre la marmite pour prendre une pleine cuillérée
de ragoût, mais du fait que le manche de la cuillère était
plus long que le bras d'un homme, il ne pouvait pas mettre la cuillérée
dans la bouche. Le rabbi vit que leur souffrance était atroce.
"Maintenant, je vais te montrer le Paradis", dit le Seigneur, et ils
entrèrent dans une autre salle exactement identique à la
première. Il y avait la même grande table ronde et la même
marmite de ragoût. Les personnes, comme précédemment,
étaient équipées des mêmes cuillères
à long manche, mais ici ils étaient bien nourris et gais,
riant et parlant entre eux. Au début le rabbi ne comprenait pas.
"C'est simple, mais cela demande un peu d'habileté", dit le Seigneur.
"Tu vois, ils ont appris à se nourrir les uns les autres." »
Ce texte avait été apporté par une patiente lors
de la première séance de PGSE qui ait eu lieu, et, dans
notre propre expérience de l'atelier de nutrition, il résume
très bien les idées directrices.
Dans notre cas, la séance de PGSE est adaptée dans la
mesure où elle est introduite par les exposés de la matinée
et le repas, et qu'il s'agit d'un groupe nouveau à chaque séance.
Les patients ne sont donc pas amenés forcément à
se revoir. De plus, l'autohypnose n'est habituellement pas enseignée
dans le cadre de la journée.
En résumé, le groupe de soutien-expression est une opportunité
pour les patients de partager ouvertement avec d'autres personnes leurs
difficultés en rapport avec le cancer, mais aussi de se sentir
utiles en aidant les autres membres du groupe (en partageant des expériences,
en conseillant ou simplement par le fait d'écouter sans juger).
Un des intérêts majeurs du groupe de soutien-expression est
de diminuer le sentiment de solitude que la plupart des patients ressentent
et d'offrir un espace d'expression d'émotions difficiles à
exprimer dans le contexte social et familial habituel.
Résultats
Statistiques
En 3 ans et 19 ateliers, nous avons enregistré 56 patients pour
86 participations, avec 8 patients ayant participé à plusieurs
ateliers (6 %). Le nombre de participants par atelier a varié de
3 à 8, avec une moyenne de 4,4. Lors des 6 derniers mois, le nombre
moyen de participants a été de 7. Les participants étaient
des femmes dans une très grande majorité (91 %). La moyenne
d'âge était de 53,8 ans (28-80). Le cancer le plus représenté
était le cancer du sein (tableau).
Contenu des ateliers
Les motifs de participation à l'atelier sont variés :
recherche de conseils diététiques pour grossir ou maigrir,
cuisiner autrement, s'informer sur les relations alimentation-cancer,
rencontrer d'autres personnes atteintes de cancer, avoir l'opportunité
de parler de la maladie et des problèmes qui y sont liés,
partager son expérience, rencontrer des infirmières et des
médecins dans un autre contexte que celui de l'hospitalisation
ou de la consultation, se distraire ou satisfaire une curiosité,
trouver un nouvel équilibre de vie, clarifier ses priorités
de vie.
Les patients disent souvent qu'ils apprécient l'atelier dans
son ensemble parce qu'ils se sentent pris en compte dans leur dimension
humaine. Ce sentiment est renforcé par la participation de membres
du service d'oncologie médicale. Cet aspect semble fondamental,
car c'est celui que les patients expriment le plus.
En ce qui concerne le groupe de soutien-expression inclus lors de l'atelier
de nutrition, les thèmes les plus abordés sont surtout les
difficultés relationnelles avec l'entourage, et tout particulièrement
le conjoint et l'équipe médicale. Les difficultés
de réinsertion sociale, la nécessité de retrouver
une confiance en soi, une dignité et une identité, la notion
d'incertitude quant à l'avenir sont aussi abordées. Il y
a relativement peu de partages sur la mort ou la prise de conscience de
la mortalité. Parfois, les échanges dans le groupe concernent
peu le ressenti et les patients discutent ou partagent simplement des
informations. Toutefois, la plupart du temps, l'expression émotionnelle
est forte, et les patients apprécient particulièrement l'opportunité
d'une communication ouverte. C'est l'un des principaux motifs de participation
à un autre atelier.
L'autohypnose n'est pas proposée durant les ateliers, car il
est difficile d'enseigner cette technique correctement en une seule séance.
Évaluation
L'évaluation de l'impact des ateliers sur la qualité de
vie ou sur le déroulement de la maladie n'a été faite
à ce jour que sur un plan subjectif. Il s'agit donc d'une étude
pilote qui était indispensable du fait du caractère innovant
de cette intervention. L'analyse subjective faite par les intervenants
après 3 ans de fonctionnement permet d'attirer l'attention sur
plusieurs points précis :
- les ateliers donnent aux patients le sentiment d'une participation
active au processus thérapeutique que ce soit au niveau de la prévention
ou du traitement curatif ou palliatif, grâce à l'apprentissage
de règles de nutrition et d'une meilleure hygiène diététique
;
- ils favorisent la réinsertion sociale car les patients ont
l'occasion de rencontrer des personnes ayant des problèmes similaires
aux leurs ; cela leur permet de reprendre confiance en leur capacité
à renouer des liens sociaux ; c'est donc une première étape
en vue de retrouver une vie sociale « normale » ;
- ils rassurent les patients en leur apportant des informations sur
les conséquences de leur maladie et des traitements, atténuant
l'effet culpabilisant de certains symptômes ou difficultés
; cela leur permet également de mieux collaborer au traitement
avec le médecin responsable ;
- ils permettent aux patients d'exprimer leurs émotions, leurs
incertitudes, leurs doutes en rapport avec la maladie et ses conséquences
; d'une façon générale, l'expression des émotions
réduit le niveau de stress et améliore l'humeur ; c'est
un des principaux bénéfices du groupe soutien-expression
;
- de plus, ils donnent le sentiment aux patients que les soignants tiennent
compte de leur dimension humaine : ils ont le sentiment d'être accompagnés
et reconnus en tant que personnes atteintes d'une maladie, et n'ont pas,
au contraire, l'impression que l'on traite uniquement leur maladie.
Discussion
L'intégration de la PGSE dans les ateliers de nutrition est un
exemple d'adaptation d'une telle technique au contexte socio-culturel
méditerranéen. Auparavant, nous avions fait des tentatives
d'introduction de groupes de soutien-expression destinés aux malades
et à leur famille dans le paysage hospitalier habituel. Les expériences
n'ont duré à chaque fois pas plus de quelques mois pour
diverses raisons, dont la principale nous semble culturelle. En effet,
l'expérience des thérapies de groupe est bien moins importante
en Europe que dans les pays anglo-saxons, surtout nord-américains.
Les groupes de soutien existent aux États-Unis depuis la fin du
xixe siècle, alors qu'en France, ce sont surtout les
thérapies individuelles qui prédominent [13, 26]. Ainsi,
« les règles du jeu » des groupes de soutien sont bien
connues des Américains, et ils n'hésitent pas à se
livrer émotionnellement à l'intérieur d'un groupe.
Cette règle de réciprocité et d'entraide est moins
naturelle en France, où l'on est plus enclin à l'esprit
familial que communautaire. La seconde raison, liée à la
première, est que les patients et les praticiens qui en sont responsables
sont sceptiques quant à l'utilité des groupes de soutien.
Notamment, la réserve la plus communément apportée
est l'effet délétère, pour des patients atteints
de cancer, d'être confrontés à l'évolution
défavorable de l'un des membres du groupe. Yalom et Greaves [20]
ont eu eux-mêmes à faire face à ce scepticisme au
début des années 1970. Depuis, l'utilité de ce type
de démarche est démontrée aux États-Unis puisque
les études ont mis en évidence non seulement l'absence d'effet
délétère, mais aussi, bien au contraire, une amélioration
de l'humeur et de la capacité à faire face (ou coping),
et une diminution de l'anxiété [16, 27]. Cette démarche
aurait même peut-être un effet sur la survie, effet qui reste
à confirmer [19].
Comme Yalom et son équipe, nous avons découvert que les
patients avaient besoin de constater un bénéfice rapide
dans leur qualité de vie tandis qu'ils investissaient beaucoup
de leur temps pour revenir à l'hôpital pour une intervention
de soutien. Ainsi, ces auteurs avaient adjoint, lors des premiers groupes,
une séance d'apprentissage de la relaxation. Par la suite, Spiegel
et Bloom [28] ont introduit l'autohypnose lors de la séance de
PGSE. C'est en fin de séance qu'ils la proposaient, avec instruction
pour les patients de la poursuivre régulièrement chez eux.
Cette technique améliore la prise en charge de la douleur et de
l'anxiété, ce qui apporte un bénéfice rapidement
évaluable par le patient et lui redonne un sentiment de confiance
en lui-même. Dans notre expérience, nous avons supprimé
l'autohypnose car son apprentissage n'est pas satisfaisant en une seule
séance. En revanche, l'atelier de nutrition, par son approche éducationnelle
et informative, joue ce rôle rassurant et introduit la séance
de groupe de soutien-expression.
Ainsi donc, les patients sont satisfaits du groupe de parole de type
soutien-expression, mais il est nécessaire pour l'instant de l'intégrer
au sein d'un programme de type éducationnel [25, 26], tant que
la culture de groupe ne sera pas plus développée en France.
CONCLUSION
Notre évaluation, subjective à ce jour, est que les ateliers
de nutrition sont d'une grande aide pour les patients atteints de cancer,
qu'ils soient en cours de traitement ou en rémission. Ils semblent
bien apporter une aide efficace en termes de soutien social et émotionnel,
d'information et d'éducation en alimentation, et ajoutent une dimension
humaine aux soins. Dans le contexte socioculturel méditerranéen
peu ouvert aux thérapies de soutien de groupe, ils sont aussi la
démonstration de la possibilité d'intégrer la psychothérapie
de groupe type soutien-expression au sein d'un programme de soutien médico-psychosocial
ayant une approche de type informatif-éducatif ou cognitif.
Leur succès suggère de proposer d'autres thèmes
d'ateliers tels que « réduction du stress », « prendre
soin de son corps »... pour lesquels seraient inclus un groupe de
soutien et un groupe d'expression selon les principes de la PGSE.
Nous allons débuter prochainement une étude d'évaluation
objective de cette intervention chez les patients atteints de cancer,
avec notamment son impact sur la qualité de vie et la fatigue.
Article reçu le 2 novembre 2000, accepté le 23 février
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