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On se souvient que l'annonce de la naissance de Dolly,
la première brebis clonée, avait défrayé la
chronique en février 1997 [1] et avait donné lieu à
un éditorial du Bulletin du Cancer [2]. Dolly avait en effet
été obtenue par injection dans l'ovocyte d'un noyau issu
d'une cellule de l'épithélium mammaire d'une brebis adulte
de 6 ans. Au-delà des évidentes et médiatiques applications
potentielles du clonage, la naissance de Dolly avait une implication scientifique
majeure puisqu'elle démontrait que le noyau adulte utilisé
avait subi avec succès un cycle de déprogrammation/reprogrammation.
Il lui fallait en effet effacer dans un premier temps les stigmates de
la programmation spécifique propre à son état de
cellule différenciée et revenir à un état
de totipotence embryonnaire. Dans un deuxième temps, il lui fallait
franchir avec succès tous les aiguillages d'une reprogrammation
permettant de reconstituer tout le répertoire des tissus différenciés
du nouvel adulte.
Le clonage de la brebis Dolly fut suivi de plusieurs
autres dans d'autres espèces, notamment d'une génisse (Marguerite)
née dans les laboratoires de l'INRA à Jouy-en-Josas [3]
attestant d'une large potentialité d'application de la technique
de transfert nucléaire pour obtenir des animaux clonés sans
passer par l'ADN des cellules germinales. Il faut cependant noter que
plusieurs de ces animaux sont déjà morts prématurément
suite à un mauvais développement du système immunitaire
[4]. Quant à Dolly elle-même, elle est normalement fertile
puisqu'elle a donné naissance à deux veaux au terme de gestations
normales. Il a même été possible d'obtenir des brebis
transgéniques pour le facteur IX par ce procédé de
clonage par transfert de noyau [5].
Des rumeurs cependant circulaient depuis quelque
temps concernant un vieillissement prématuré de Dolly qui
faisaient écho à une interrogation posée dès
le début de ces expériences. La cellule donneuse de noyau
étant adulte et ayant donc quitté l'état de prolifération
indéfini caractéristique des cellules somatiques embryonnaires
pour entrer dans un programme de divisions en nombre limité aboutissant
à la sénescence et à la mort, on pouvait se demander
si le compteur avait vraiment été remis à zéro
ou si les cellules de Dolly portaient déjà à la naissance
les stigmates de l'âge du noyau ayant servi au clonage. En d'autres
termes, Dolly aurait-elle déjà eu 6 ans d'âge biologique
à sa naissance ?
Comme les animaux en général, les
brebis n'ont pas, pour nos yeux humains, de signes très apparents
de vieillissement du genre de ceux que nous reconnaissons si facilement
chez nos congénères (et plus difficilement sur nous-mêmes...).
Chez les chevaux, il est traditionnel d'en évaluer approximativement
l'âge en examinant l'usure des dents. Les biologistes moléculaires
ont perfectionné et modernisé cette méthode en regardant
la longueur des télomères. Ces séquences répétées
d'ADN, situées aux extrémités des chromosomes, sont
l'objet à chaque cycle de division d'une cellule adulte d'un raccourcissement
qui les rapproche inéluctablement de la mort lorsque les télomères
devenus trop courts ne peuvent plus garantir la stabilité des chromosomes.
C'est ce que vient de réaliser l'équipe
du Roslin Institute d'Edinburgh qui avait cloné Dolly [6]. Ils
ont en effet montré que la mesure de la taille moyenne des télomères
de Dolly donnaient une longueur compatible avec l'âge de la cellule
donneuse et non avec celui de son état civil. Si tel est bien le
cas, il ne s'ensuit pas d'ailleurs nécessairement que Dolly verra
son espérance de vie abrégée des 6 ans inscrits dès
sa naissance sur l'horloge de ses télomères. Beaucoup de
travaux complémentaires sont encore indispensables, et sur un nombre
important d'animaux, avant de pouvoir établir une relation entre
l'âge biologique et la longueur des télomères. En
effet, des souris ont été modifiées génétiquement
(par inactivation de la télomérase) pour que le processus
de raccourcissement des télomères ne soit pas masqué
par le processus inverse de rallongement par la télomérase.
Ces souris n'avaient pas encore manifesté de phénotype particulier
à la cinquième génération, en dépit
du raccourcissement bien réel de leurs télomères
[7].
Quant à nous, il faudra donc encore pendant quelques années
se contenter du dicton « on a l'âge de ses artères »
avant de se référer à celui de nos télomères.
REFERENCES
1. Wilmut I, et al. Viable offspring derived from fetal
and adult mammalian cells. Nature 1997 ; 285 : 810-3.
2. Jeanteur P. Hello Dolly, ewe're welcome. Bull Cancer
1997 ; 84 : 341-2.
3. Vignon X, Chesne P, Le Bourhis D, Flechon JE, Heyman Y, Renard
JP. Developmental potential of bovine embryos reconstructed from enucleated
matured oocytes fused with cultured somatic cells. CR Acad Sci III
1998 ; 321 : 735-45.
4. Renard JP, et al. Lymphoid hypoplasia and somatic cloning.
Lancet 1999 ; 353 : 1489-91.
5. Schnieke, et al. Human factor IX transgenic sheep produced
by transfer of nuclei from transfected fetal fibroblasts. Science
1997 ; 278 : 2130-4.
6. Shiels PG, et al. Analysis of telomere lengths in cloned
sheep. Nature 1999 ; 399 : 316-7.
7. Blasco MA, et al. Telomere shortening and tumor formation
by mouse cells lacking telomerase RNA. Cell 1997 ; 91 : 25-34.
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