ARTICLE
Avec près de 17 000 nouveaux cas en 1995, le cancer de la tête
et du cou 1 constitue, en incidence, le cinquième cancer
le plus fréquent en France, après les cancers du sein, du
côlon et du rectum, de la prostate et du poumon. Par rapport aux
autres pays européens, la France se caractérise par les
taux d'incidence standardisés les plus élevés, de
l'ordre de 48/100 000 hommes et de 5/100 000 femmes, pour ce qui est des
cancers du pharynx et de la cavité buccale, et de 17/100 000 hommes
et de 1/100 000 femmes, pour les cancers du larynx 2 (données
de 1990). La mortalité est également importante dans ce
type d'atteinte puisqu'on dénombre, chaque année, plus de
7 500 décès [1]. Deux facteurs de risque majeurs ont été
identifiés dans la littérature : la consommation de tabac
(fumé ou mâché) ainsi que celle d'alcool. La nature
de ces facteurs de risque laisse à penser que bon nombre de ces
décès pourraient être évités à
l'avenir, si les individus étaient davantage conscients des risques
induits par de telles consommations.
L'objectif de cet article est de faire le point sur les études
économiques publiées, en France comme à l'étranger,
sur le cancer de la tête et du cou. De manière générale,
on considère que deux types d'approches économiques peuvent
être menées dans le domaine de la santé : les évaluations
du coût de la maladie, d'une part, les analyses de rendement, d'autre
part. Les premières fournissent un éclairage sur le poids
financier que peuvent représenter certaines pathologies, sans toutefois
tenir compte de l'efficacité des stratégies mises en uvre
afin de les traiter. Les secondes, appelées également analyses
médico-économiques (ou pharmaco-économiques lorsqu'elles
évaluent spécifiquement des stratégies médicamenteuses),
intègrent ces deux éléments. Coûts et résultats
sont alors combinés, trois types de ratios pouvant être produits
: coût/efficacité (coût par année de vie gagnée,
par exemple3), coût/utilité (le nombre d'années
de vie gagnées est alors pondéré par l'utilité
de celle-ci pour l'individu, ce qui nécessite la révélation
de ses préférences), et coût/bénéfice
(coûts et résultats sont alors exprimés en unités
monétaires) [2].
Différents facteurs compliquent toutefois la réalisation
d'une évaluation économique chez les patients atteints de
cancer de la tête et du cou [3] :
- il s'agit d'un cancer fréquent, mais correspondant à
un groupe hétérogène de maladies, rendant de ce fait
difficile la réalisation d'études cliniques reposant sur
des effectifs suffisants ; cette difficulté explique le développement
particulier de l'outcome research dans ce contexte clinique ;
- l'efficacité comparative des différentes stratégies
médicales est basée sur un niveau de preuve peu élevé
;
- ce type de cancer est fréquemment associé à des
facteurs de risque (alcool, tabac) qui sont générateurs,
à leur tour, de morbidité et de dépenses de santé
;
- le cancer de la tête et du cou est souvent à l'origine
de séquelles physiques et psychologiques majeures qui peuvent affecter
l'employabilité de la personne atteinte, c'est-à-dire sa
capacité à trouver ou retrouver une activité professionnelle.
De ce fait, la prise en compte des conséquences d'ordre professionnel
est souhaitable, ce qui pose de délicats problèmes méthodologiques.
Évaluation du coût
de la maladie
Évaluation du coût des cancers
Les travaux fondateurs des études du coût de la maladie
en France datent de 1977 (soit 11 années après la publication
pionnière de Rice aux États-Unis) avec la parution du livre
d'E. Lévy intitulé Évaluer le coût de la
maladie. Si cette voie de recherche a, dans un premier temps, reçu
un accueil mitigé en France, depuis le début des années
1990, ce type d'évaluation connaît un certain regain d'intérêt,
qu'attestent des publications sur des pathologies telles que la dépression,
le diabète, l'obésité, l'insuffisance rénale,
l'ostéoporose, la schizophrénie, la sclérose en plaques,
l'artériopathie oblitérante...
À la suite de Delande [4], on peut cependant regretter la faiblesse,
voire la quasi-inexistence, en France, de recherches économiques
en matière de coût des pathologies tumorales. L'auteur fait
en effet référence à deux travaux anciens ; ainsi,
selon le Credes, le coût de l'ensemble des cancers représentait,
pour l'année 1986-1987, 30 à 35 milliards de francs, soit
environ 8 % des dépenses de santé. D'autres estimations,
réalisées à partir du budget global de grands ensembles
hospitaliers tels que l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris
(AP-HP) ou la Fédération nationale des centres de lutte
contre le cancer (FNCLCC), font état d'un coût de l'ordre
de 40 à 45 milliards de francs (année non précisée).
Ces résultats, quoique embryonnaires, sont cohérents avec
les données issues de la littérature américaine avançant
un coût économique total équivalent, pour 1990, à
10 % de l'ensemble des dépenses de santé.
Ce constat d'absence d'études consacrées au coût
du cancer en France tient, selon nous, à la difficile évaluation
de la prise en charge hospitalière, responsable, dans le cas du
cancer, de la majeure partie des dépenses médicales. L'avènement
du PMSI (Programme de médicalisation des systèmes d'information),
à présent généralisé à l'ensemble
des établissements publics et privés, permet une meilleure
connaissance du produit hospitalier, et ce malgré certaines limitations
liées à la finalité même de l'outil [5, 6].
Ainsi, Borella et al. [7] évaluent, à partir du fichier
national regroupant l'ensemble des séjours hospitaliers français
des établissements soumis au PMSI en 1996, le coût de prise
en charge hospitalière du cancer à environ 29 milliards
de francs (1996) 4, dont 2,265 milliards imputables aux cancers
des voies aérodigestives supérieures (VADS). La répartition
par type d'établissement (CH, CHU, CRLCC) des points ISA affectés
au traitement du cancer des VADS montre, par ailleurs, que cette pathologie
est prise en charge de façon équilibrée entre ces
différentes structures hospitalières, avec respectivement
38 %, 35 % et 27 % des points ISA affectés au traitement des VADS
pour les CHU, CH et les CRLCC.
Évaluation du coût du cancer de
la tête et du cou
À défaut d'études françaises spécifiques
à cette pathologie, on citera les quelques travaux menés,
sur ce sujet, aux États-Unis. On accordera une attention particulière
au travail réalisé par Funk et al. Dès 1979,
Suen et al. [8] attirent l'attention sur les coûts directs
et indirects élevés engendrés par le cancer de la
tête et du cou. Leur analyse, très caricaturale et fondée
sur la description de 5 cas cliniques types, ne permet toutefois pas de
disposer d'informations fiables.
Plus de 15 années plus tard, Hoffman et al. [9] proposent,
sur une série de 30 patients, une estimation du coût du cancer
épidermoïde de la cavité buccale. Trois postes de dépenses
sont ainsi identifiés : l'évaluation préthérapeutique,
le traitement proprement dit et le suivi post-thérapeutique (sur
une durée maximale de 2 années). Selon cette étude,
les coûts totaux médians des cancers de stade précoce
(stades I et II) sont de l'ordre de 43 000 dollars, soit environ la moitié
du coût médian des cancers de stade avancé (82 000
dollars pour les stades III et IV).
Dans une analyse similaire, Funk et al. [10] examinent, par régressions
logistiques univariées et multivariées, les relations pouvant
exister entre les coûts totaux de traitement du cancer de la cavité
buccale et les caractéristiques du patient, d'une part, les modalités
de traitement, d'autre part. Ce travail constitue, à ce jour, la
seule étude sérieuse consacrée au coût de la
maladie (cancer de la cavité buccale à cellules squameuses).
À l'instar d'Hoffman, trois périodes de facturation des
soins, définies de façon quelque peu arbitraire, sont prises
en considération : la période préthérapeutique
(incluant tous les coûts engendrés depuis la visite initiale
jusqu'à l'initiation du traitement), la période de traitement,
comprenant les coûts (ou plutôt les « charges »)
impliqués au cours des trois premiers mois suivant l'initiation
du traitement (opération chirurgicale ou toute autre modalité
de traitement), enfin, la période de suivi post-thérapeutique
au cours de laquelle sont répertoriés les coûts générés
jusqu'à 12 mois après l'initiation du traitement. Les coûts
totaux médians à 1 an sont de l'ordre de 32 000 dollars
(de 1983 !) ; 69 % de cette charge financière correspondent à
la phase de traitement, 26 % à celle de suivi et 5 % à celle
du bilan préthérapeutique. Les auteurs mettent par ailleurs
en évidence une différence significative entre les coûts
correspondant aux patients en vie à un an, et ceux relatifs aux
patients décédés, démontrant ainsi que des
dépenses importantes ont lieu dans les derniers mois de vie des
patients.
Les analyses logistiques simples et multivariées mettent en lumière
l'importance des critères de staging (classification T,
classification N, stade TNM), de l'indice de comorbidité de Kaplan-Feinstein
[11] ainsi que du type de traitement (unimodal ou multimodal) sur la variable
dépendante du modèle, à savoir les dépenses
médicales hospitalières. En revanche, les autres variables
testées (classe ASA 5, statut tabagique, âge)
ne semblent pas liées aux coûts, et ce, quelle que soit la
période de facturation considérée. En raison de l'impact
non négligeable de la comorbidité sur les coûts de
traitement du cancer de la cavité buccale, les résultats
de cette étude suggèrent également une (nouvelle)
révision des DRG (les groupes homogènes de malades américains)
de façon à ne plus pénaliser les hôpitaux traitant
des cas les plus complexes. En France, Quantin et al. [12], dans
le cadre d'une évaluation du coût des cancers bronchiques
primitifs menée à partir des données du PMSI, aboutissent
à une conclusion identique.
Les analyses de rendement
Les évaluations coût/efficacité
et coût/bénéfice
En fait d'analyses de rendement, on constate que la grande majorité
des publications est constituée d'études de minimisation
(ou d'identification) des coûts, et ce malgré parfois des
titres trompeurs. Ces travaux ont, pour la plupart, évalué
les ressources financières mobilisées par différentes
stratégies intervenant à trois moments distincts : 1) lors
de la réalisation des examens permettant d'affiner le diagnostic
de la maladie ; 2) lors de l'administration des traitements ; 3) enfin,
lors de la réalisation d'une chirurgie de reconstruction afin d'atténuer
les séquelles causées par les traitements.
Benninger et al. [13] comparent, sur 100 patients nouvellement
diagnostiqués, la panendoscopie (sophagoscopie) à
l'endoscopie sélective (guidée par les symptômes cliniques).
Leur analyse montre que, pour détecter les néoplasmes synchrones
et métachrones des voies aérodigestives supérieures,
des analyses endoscopiques sélectives, exploitant au mieux les
données historiques et cliniques, permettent de minimiser le nombre
de procédures diagnostiques (ainsi que le risque de morbidité
associé), tout en générant des économies substantielles
de l'ordre de 1 000 $ (année non précisée) par patient.
Dans un contexte similaire, Tan et al. [14] examinent, d'un point
de vue médico-économique, l'apport du scanner thoracique
par rapport à la traditionnelle radiographie du thorax, chez des
patients nouvellement diagnostiqués à un stade avancé
(III et IV). Leur analyse sur 25 patients révèle que 22
des 25 scanners réalisés pour un coût supplémentaire
de 13 314 $ (année non précisée) n'ont pas permis
d'accroître la sensibilité du test de dépistage des
métastases pulmonaires ou de second cancer. Les auteurs en concluent
de ce fait qu'il n'existe pas, à l'heure actuelle, de justification
à l'utilisation, en routine, du scanner thoracique dans le cadre
de l'évaluation du patient présentant un cancer de la tête
et du cou nouvellement diagnostiqué à un stade avancé.
D'autres évaluations économiques se sont intéressées
à la comparaison du coût de différentes stratégies,
le plus souvent la radiothérapie et la chirurgie, dans le traitement
du cancer du larynx. Deux remarques générales méritent
d'être formulées avant la présentation des résultats
de ces études : 1) les coûts mesurés sont constitués,
le plus souvent, des coûts médicaux directs hospitaliers
; 2) ces dépenses correspondent aux montants facturés et
ne sont, dès lors, qu'une estimation imparfaite des coûts
réels des ressources employées.
Sur cette base, Morton [15] estime à 6 473 $ néo-zélandais
(1995) le coût, à l'hôpital d'Auckland, d'une cure
standard de radiothérapie administrée chez des patients
atteints de cancer de la glotte (tous stades). Ce coût est 2,5 fois
inférieur à celui estimé, dans le même établissement,
pour une laryngectomie totale. Le même ordre de grandeur entre le
coût de la radiothérapie et celui de la chirurgie est observé
par Bailey et al. [16] aux États-Unis (11 335 $ versus
25 970 $). Le coût élevé de la chirurgie est, dans
ces deux cas, en grande partie imputable à la durée prolongée
du séjour hospitalier.
Trois études américaines évaluent différentes
options thérapeutiques (cordectomie endoscopique, radiothérapie
et hémilaryngectomie) dans le traitement des lésions T1
de la glotte. Mittal et al. [17] montrent ainsi que les coûts
de la radiothérapie, administrée en ambulatoire, demeurent
inférieurs à ceux de la chirurgie, même lorsque les
coûts des transports sont pris en considération (coûts
totaux respectifs 2 920 $ et 6 415 $, dollars de 1980-1981). Cragle et
Brandenburg estiment, pour leur part, sur 2 x 3 patients (!), les
coûts de la cordectomie - ne nécessitant pas d'hospitalisation
- à 5 945 dollars de 1990 et ceux de la radiothérapie à
14 151 $ 6 [18]. Enfin, Myers et al. [19] montrent que
l'excision des cellules squameuses de la corde vocale à l'aide
d'un microlaryngoscope (avec ou sans laser) constitue une stratégie
intéressante d'un point de vue économique, puisque présentant
un coût sensiblement inférieur à celui de la radiothérapie
ou de l'hémilaryngectomie (tableau).
Un dernier type d'études de minimisation des coûts compare
les techniques de reconstruction chirurgicale, qui se différencient
en fait par l'origine des lambeaux de peau utilisés pour la reconstruction.
Nous n'entrons pas ici dans le détail des études recensées
sur ce thème (une petite dizaine, toutes américaines). Retenons
simplement que, comme dans le cas des stratégies thérapeutiques,
les estimations de coûts sont extrêmement variables selon
les études (réalisées dans différents États
à différentes périodes). Miller et al. (1991)
montrent par ailleurs que ce type de chirurgie est plus coûteux
chez les patients présentant un néoplasme des voies aérodigestives
supérieures (37 400 $, année non précisée)
que chez des patients opérés en raison de problèmes
congénitaux (12 300 $) ou traumatiques (18 000 $) [20] : les patients
présentant un néoplasme des VADS sont en effet caractérisés
par des taux de complications plus élevés, entraînant
une hospitalisation prolongée et une utilisation intensifiée
des ressources.
Les études coût/utilité et
la qualité de vie
L'évaluation de la qualité de vie apparaît cruciale
dans ce type d'atteinte, et ce pour deux raisons principales [21]. En
premier lieu, en raison de la sévérité de l'atteinte,
certains patients peuvent se voir proposer des soins palliatifs plutôt
que curatifs. Dans ce cas, les critères traditionnels de résultats
des essais cliniques (survie, progression de la maladie) se révèlent
insuffisants. En second lieu, en raison des répercussions physiques
causées par certaines modalités, le traitement peut affecter
la capacité des patients à entreprendre des actes de la
vie quotidienne (manger, communiquer, en particulier).
De ce fait, on dénombre beaucoup de publications consacrées
à la qualité de vie du patient atteint de cancer de la tête
et du cou (sans toutefois définir de façon précise
cette notion, d'où une certaine hétérogénéité
des travaux présentés). Peu de travaux ont toutefois tenté
d'intégrer cette dimension qualitative dans le cadre d'une analyse
de rendement, ou, de manière plus large, dans le cadre de l'aide
à la décision médicale.
Dans le cancer du larynx (T3), Mc Neil et al. [22] comparent,
sur la base de la théorie de l'utilité espérée,
deux stratégies médicales (laryngectomie et radiothérapie)
présentant des caractéristiques différenciées
: taux de survie élevé (60 %) mais perte d'un langage normal
pour la première, taux de survie plus réduit (30 à
40 % à 3 ans) mais maintien d'une capacité à parler
normale ou presque normale pour la seconde. À l'aide de la technique
du standard gamble (pari standard), les auteurs amènent
37 volontaires sains à révéler leurs préférences
pour l'une ou l'autre technique. Les résultats de cette approche
indiquent que 20 % des individus choisiraient la technique la moins efficace
(radiothérapie) de façon à préserver leur
voix.
Jakular et al. [23] comparent, quant à eux, en utilisant
la méthode du time trade-off (arbitrage temporel), les préférences
des patients, des professionnels de santé et d'un public non informé,
par rapport à différents états de santé caractérisés
par six critères : apparence, alimentation, parole, respiration,
douleur et activité sociale/professionnelle. Professionnels de
santé et patients accordent, dans l'ensemble, les mêmes valeurs
aux différents états liés aux critères en
lien direct avec le cancer de la tête et du cou. Les professionnels
accordent toutefois une valeur plus importante que les patients au fait
d'éviter la douleur et l'isolement social. Quant aux étudiants
(représentant un public non informé), ils diffèrent
significativement des patients et des professionnels de santé dans
le classement de ces états de santé. À l'instar de
Sharp et al. [24], cette étude suggère que les évaluations
des états de santé soient réalisées par les
patients plutôt que par des volontaires sains. Dans certains cas
spécifiques (lorsque le patient n'est plus en état de répondre
aux questions), les professionnels de santé peuvent constituer
un bon substitut pour l'évaluation des états de santé.
Enfin, Stalpers et al. [25] intègrent efficacité
clinique et utilité dans le cadre d'une approche basée sur
un arbre de décision chez des patients présentant une lésion
de la glotte de stade T2N0M0. Les auteurs assignent un niveau d'utilité
(compris entre 0 et 1) à chaque état de l'arbre de décision
et montrent que, pour tout score d'utilité inférieur ou
égal à 0,99 après une laryngectomie, la radiothérapie
constitue la stratégie de référence. Cette approche
mérite, selon nous, d'être reproduite à l'avenir,
en veillant toutefois à incorporer dans l'analyse le retentissement
économique des différentes stratégies.
Les autres études (c'est-à-dire la grande majorité
d'entre elles) se limitent à la description de la qualité
de vie des patients atteints de cancer de la tête et du cou. Une
attention particulière est portée, dans la littérature,
au cancer du larynx. Nous ne reprenons pas ci-après le détail
de chacune de ces publications. Nous préférons synthétiser
les grands enseignements issus de ces études et lister les principales
échelles de qualité de vie qui peuvent être utilisées
chez les patients atteints de cancer de la tête et du cou.
Plusieurs travaux ont mis en évidence la dégradation de
l'état psychologique et social ainsi que les difficultés
à manger chez les patients atteints de cancer de la tête
et du cou (Gotay et Moore 1992 [26]). Breitbart et Holland [27] attirent
l'attention sur le fait que les difficultés psychologiques liées
à une modification radicale de l'apparence se produisent, le plus
souvent, chez des individus présentant déjà un terrain
psychologique fragilisé, de par leur consommation chronique abusive
d'alcool ou de tabac. Bjordal et Kaasa [28] insistent, pour leur part,
sur le nécessaire suivi à long terme des patients, 30 %
d'entre eux pouvant présenter, 7 à 11 ans après le
traitement curatif (radiothérapie conventionnelle ou hypofractionnée),
des perturbations psychologiques et, par conséquent, une qualité
de vie détériorée.
Lorsque la radiothérapie et la chirurgie sont comparées
sur la base de la qualité de vie, on note, le plus souvent, une
préférence pour la première, cette préférence
s'exprimant notamment à travers un meilleur retour au travail,
ainsi qu'une capacité fonctionnelle et une qualité de voix
supérieures. En revanche, l'étude de Burns [29] fait état
d'une qualité de vie améliorée sous chirurgie, lorsque
cette modalité de traitement est comparée avec la radiothérapie
et la chimiothérapie chez des patients atteints de cancer de stade
IV.
Différentes échelles ont été développées
ces dernières années afin d'évaluer la qualité
de vie des patients atteints de cancer de la tête et du cou. Parmi
les plus utilisées, on note deux questionnaires spécifiques
à la pathologie cancéreuse, auxquels se sont adjoints deux
modules complémentaires propres au cancer des voies aérodigestives
supérieures : le QLQ-C30 développé par l'EORTC (explorant
15 dimensions) et le FACT (explorant 5 dimensions). Ces deux questionnaires
sont disponibles et validés en langue française [30].
Notes :
1 Cette dénomination, empruntée de l'anglais
(head and neck cancer), recouvre en réalité trois
principales localisations (cavité buccale, pharynx et larynx) qui
diffèrent tant d'un point de vue épidémiologique
que d'un point de vue thérapeutique ou clinique (espérance
de vie, préservation des organes).
2 On souligne ainsi au passage les différences sensibles
d'incidence entre les deux sexes.
3 Un cas spécial de l'analyse coût/efficacité
consiste à comparer deux stratégies présentant les
mêmes conséquences pour le patient, mais à un coût
différent. On parle, dans ce cas, d'études de minimisation
(ou d'identification) des coûts.
4 En supposant que l'activité du secteur privé
à but lucratif (non inclus dans cette estimation) représente
33 % de l'activité hospitalière totale, on peut ainsi estimer
que le cancer à l'hôpital représente, pour l'Assurance
maladie, une dépense annuelle de l'ordre de 43 milliards de francs.
5 La classe ASA, établie par l'American Society of
Anesthesiologists, propose une mesure générique de l'état
de santé de patients subissant une opération chirurgicale.
6 On s'étonnera toutefois de constater que les coûts
liés à la laryngoscopie et à la biopsie sont pris
en considération pour le calcul des coûts de la radiothérapie
et non de ceux de la cordectomie.
CONCLUSION
Peu de travaux ont été consacrés à ce jour
dans la littérature internationale à l'évaluation
économique du cancer de la tête et du cou. Ce constat de
carence est particulièrement marqué dans le cas français,
puisque seulement une étude récente a été
recensée (sur le coût du cancer à l'hôpital).
Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce relatif désintérêt
: 1) plutôt que d'une seule pathologie, il convient de parler d'un
ensemble de maladies hétérogènes ; 2) prises isolément,
ces pathologies présentent une incidence assez faible ; 3) enfin,
et cela est une conséquence des points 1 et 2, les essais cliniques
ont du mal à mettre en évidence, de façon statistiquement
assurée, l'efficacité des différentes stratégies
médicales, du moins en ce qui concerne la mortalité, qui
constitue, pour les études économiques, un indicateur privilégié.
L'étude récente de Borella et al. [7] est d'autant
plus intéressante qu'elle permet d'illustrer l'intérêt
des données recueillies dans le cadre du PMSI, et ce malgré
les multiples difficultés liées à l'utilisation de
ce dernier en cancérologie [31, 32]. Elle aboutit à une
estimation du coût de prise en charge hospitalière du cancer
d'environ 29 milliards de francs (1996), dont 2,265 milliards imputables
aux cancers des voies aérodigestives supérieures (VADS).
Il importe, selon nous, de poursuivre cette voie de recherche afin de
tenir compte, notamment, des affinements apportés à cet
outil de gestion et de l'élargissement de son champ d'application
au secteur privé lucratif.
Quant aux évaluations médico-économiques réalisées
dans le cancer de la tête et du cou, il convient de veiller à
la prise en compte effective de l'efficacité des stratégies
(ce qui implique de ne plus se limiter aux seules études de minimisation
de coûts) et de dépasser la perspective du payeur ou de l'établissement
hospitalier, de façon à comptabiliser les coûts sociaux
que cet ensemble de pathologies engendre. Pareilles évaluations
doivent également voir le jour en France. Ce type d'analyses, combinant
résultats cliniques et retentissements économiques, constitue,
en effet, un outil privilégié d'aide à la décision,
en particulier lors de l'apparition, sur le marché, de nouvelles
stratégies médicales. En raison de la difficulté
à conduire des essais cliniques robustes dans ce type de cancer,
une place importante sera dévolue à l'outcome research
et aux investigations locales non randomisées. L'évaluation
de la qualité de vie des patients sera également prépondérante,
en raison des séquelles majeures associées à ce type
d'atteinte. Sur la base des données qui pourraient ainsi être
recueillies dans quelques centres hospitaliers français, il serait
dès lors possible d'intégrer, à l'instar de Stalpers
et al. [25], efficacité clinique (quantité de vie)
et utilité (qualité de vie) dans une approche commune fondée
sur une modélisation, en prenant soin, néanmoins, d'incorporer
dans l'analyse le retentissement économique des différentes
stratégies.
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