ARTICLE
Les cancers bronchiques primitifs, avec environ 25 000 nouveaux cas par
an, représentent la première cause de mortalité par
cancer chez l'homme et la troisième cause de décès
chez la femme en France. Leur incidence reste croissante malgré
des campagnes énergiques contre le tabac mises en place depuis
quelques années [1]. Les cancers bronchiques non à petites
cellules (CBNPC), liés au tabac dans 80 % des cas, constituent
80 % de l'ensemble de ces cancers. Un tiers d'entre eux sont considérés
comme inopérables au moment du diagnostic initial du fait d'une
évolution locale ou de conditions fonctionnelles empêchant
une exérèse de la tumeur. Ces CBNPC localement avancés
sans métastases cliniquement décelables (stade III) représentent
un groupe de patients hétérogène considéré
comme inopérable en raison de l'absence de bénéfice
prouvé de la chirurgie initiale sur ces formes tumorales.
Depuis 1986, les stades III sont séparés en 2 entités
distinctes [2] : les stades IIIA, considérés comme «
marginalement opérables ». Dans ce cas, l'exérèse
chirurgicale de la tumeur n'est pas techniquement impossible mais n'offre
pas de bénéfice évident en termes de survie ; et
les stades IIIB jugés « définitivement inopérables
».
Un staging initial rigoureux (fibroscopie bronchique, scanner
thoracique, médiastinoscopie et bilan d'extension complet) est
donc impératif avant d'inclure un patient dans un essai thérapeutique
prospectif dont les objectifs et les questions posées diffèrent
s'il s'agit d'un stade IIIA ou d'un stade IIIB [3].
Les stades IIIA comprennent les tumeurs situées à moins
de 2 cm de la carène ou les tumeurs localement avancées
(T3), envahissant le diaphragme, la plèvre médiastinale
ou le péricarde, et les tumeurs avec envahissement ganglionnaire
médiastinal homolatéral (N2). La survie des patients présentant
un stade IIIA est de l'ordre de 20 à 40 % pour les T3 N0-N1 et
de 10 à 30 % pour les T1-3 N2 à 5 ans. En dehors de certaines
situations tumorales défavorables (T3 pleural et/ou N2 majeur),
ces tumeurs « marginalement opérables » mais « techniquement
résécables » peuvent être rendues « définitivement
opérables » par des approches thérapeutiques multidisciplinaires
agressives incluant de la chimiothérapie et de la radiothérapie
première.
Les stades IIIB comprennent les tumeurs envahissant le médiastin,
la plèvre (épanchement pleural positif), le cur et
les gros vaisseaux, l'sophage, la trachée, les vertèbres
et la carène (T4) et les tumeurs avec envahissement ganglionnaire
hilaire et médiastinal controlatéral, scalénique
ou sus-claviculaire (N3). La survie à 5 ans de ces patients est
de l'ordre de 5 %. De part leur extension locorégionale, ces tumeurs
(15 % de l'ensemble des CBNPC) sont considérées comme définitivement
inopérables et ne bénéficient, dans leur grande majorité,
que d'approches thérapeutiques palliatives.
Les facteurs pronostiques cliniques et biologiques des CBNPC de stade
IIIB sont relativement peu nombreux. L'état général,
qui tient compte de la perte de poids récente, est le seul facteur
pronostique clinique réellement significatif. D'un point de vue
biologique, l'hyperleucocytose, une vitesse de sédimentation élevée,
l'hypoalbuminémie et un taux élevé de LDH et des
phosphatases alcalines sont considérés comme des facteurs
pronostiques péjoratifs pouvant être corrélés
à la présence occulte de métastases infraradiologiques
[4]. Ces paramètres doivent être pris en compte avant de
définir la stratégie thérapeutique qui peut varier
d'une attitude « palliative » à une orientation nettement
plus « agressive ».
Options
thérapeutiques : état des lieux
Radiothérapie
La radiothérapie médiastinopulmonaire a représenté
le traitement de choix exclusif des stades IIIB pendant de nombreuses
années. Même si les premières études randomisées
posant la question de son intérêt (radiothérapie versus
placebo) n'ont permis que de démontrer un avantage non significatif
en faveur de l'irradiation [5], le bénéfice des hautes énergies
couplées aux techniques modernes d'irradiation en fait l'une des
2 armes thérapeutiques incontournables dans ces formes tumorales.
Une dose consensuelle optimale de 60 Gy avec étalement et fractionnement
classique (2 Gy par jour, 5 jours par semaine) a été secondairement
définie par une étude randomisée conduite par le
Radiation Therapy Oncology Group (RTOG) comparant plusieurs doses (40
à 60 Gy) [6]. Le contrôle tumoral local reste cependant très
faible (inférieur à 15 % à 2 ans) avec des survies
à 5 ans inférieures à 5 % [7].
Association chimioradiothérapie
Environ 50 % des patients présentant un CBNPC de stade IIIB vont
développer des métastases à distance dans les mois
qui suivent le diagnostic initial. L'adjonction d'une chimiothérapie
à une radiothérapie radicale vise théoriquement à
prévenir de manière efficace et précoce l'évolution
métastatique, même si les CBNPC sont considérés
comme des tumeurs peu chimiosensibles (5 drogues seulement possédaient
une activité antitumorale supérieure à 15 % en monothérapie
avant 1990 : le cisplatine, la mitomycine-C, la vindésine, la vinblastine
et l'ifosfamide).
Si les premières études randomisées comparant les
2 modalités thérapeutiques (polychimiothérapie contre
radiothérapie) ne se sont pas révélées très
concluantes sur le bénéfice éventuel de la chimiothérapie
[8], leur combinaison, administrée de façon séquentielle
afin de ne pas cumuler leurs toxicités respectives, a permis d'obtenir
des résultats encourageants dans certaines études, aussi
bien en termes de survie sans récidive (contrôle local et
dissémination métastatique) que de survie globale (15 %
à 2 ans avec la radiothérapie seule, 20-25 % avec les chimioradiothérapies
séquentielles) [9-12] (tableau
I).
Résultats de la méta-analyse
La méta-analyse réalisée conjointement par l'Institut
Gustave-Roussy et le British Medical Research Council Cancer Trials Office
à partir des données individuelles de 3 033 patients inclus
dans 54 études randomisées prospectives de 1961 à
1991 a incontestablement permis de mieux définir le rôle
de la chimiothérapie dans les CBNPC [13]. Parmi ces études,
22 comparaient une radiothérapie seule à une association
chimioradiothérapie. Les essais de chimioradiothérapie concomitante
utilisant des drogues cytotoxiques pour leurs propriétés
radiosensibilisantes n'ont pas été retenus. Plus des deux
tiers des patients inclus dans ces études présentaient un
stade III.
Les résultats montrent un bénéfice significatif
en faveur de la chimiothérapie avec une diminution du risque de
décès de 10 % (Hazard ratio de 0,90 ; p = 0,006),
soit un bénéfice absolu de 3 % à 2 ans et de 5 %
à 5 ans. L'effet de la chimiothérapie est plus évident
si celle-ci contient du cisplatine (11 études, 1 780 patients,
1 696 décès) avec une diminution du risque de décès
de 13 % (Hazard ratio de 0,87 ; p = 0,005), soit un bénéfice
absolu de 4 % à 2 ans et de 5 % à 5 ans.
Depuis ces données, l'association séquentielle d'une chimiothérapie
d'induction (associant au moins 2 drogues dont le cisplatine) à
une radiothérapie conventionnelle constitue le traitement standard
des CBNPC inopérables ne présentant pas les facteurs pronostiques
défavorables définis précédemment, même
si le bénéfice à long terme reste modeste.
Nouvelles
approches thérapeutiques
L'absence de contrôle local représente le problème
majeur des CBNPC localement avancés. En effet, plus de 90 % des
patients présentent une rechute locorégionale dans les 2
années qui suivent une radiothérapie à prétention
« curatrice », et plus de 80 % décèdent d'une
évolution endothoracique avec ou sans métastase associée
[14].
L'hétérogénéité de la définition
même du contrôle local continue à rendre difficilement
interprétable les résultats d'une étude à
l'autre. Si l'on prend en considération les différents paramètres
cliniques, radiologiques, endoscopiques, histologiques et statistiques,
il existe en effet plus de 250 différentes possibilités
d'évaluer le contrôle local des patients inclus dans ces
études [15].
Une évaluation rigoureuse du contrôle local impose donc
une définition consensuelle. Idéalement, seul le rapport
entre le nombre de réponses complètes (RC), validées
radiologiquement et histologiquement, et le nombre total de patients inclus
dans un essai, ainsi que le taux de rechute locale après obtention
d'une RC devraient être pris en considération.
Compte tenu de l'importance du contrôle local dans les stades
IIIB, les efforts actuels de recherche clinique portent sur les points
suivants.
Modulation des paramètres de l'irradiation
Outre le volume cible et la qualité des appareils de radiothérapie,
les principaux paramètres modulables sont la dose totale délivrée,
l'étalement et le fractionnement des doses. En prenant comme bras
thérapeutique de référence un schéma d'irradiation
classique (60 Gy, 2 Gy par fraction, 5 séances par semaines pendant
6 semaines), les tentatives de modification de ce schéma d'administration
n'ont pas modifié significativement la survie des patients à
1 an, qui reste comprise entre 30 et 50 % dans les différentes
études randomisées (tableau
II). À noter toutefois : (1) une meilleure tolérance
de l'irradiation en split course (35 Gy puis 25 Gy séparés
de 2 semaines) [16] ; (2) une meilleure qualité de vie des patients
dont l'état général est altéré avec
une irradiation hypofractionnée (60 Gy, 5 Gy par fraction, 1 séance
par semaine pendant 12 semaines) [17] ; (3) une meilleure tolérance
de l'irradiation à des doses de 10 à 20 % plus élevées
avec des schémas hyperfractionnés (69,6 Gy, 1,2 Gy 2 fois
par jour, 5 jours par semaine pendant 6 semaines) [12].
Plus innovatrice et prometteuse, la radiothérapie hyperfractionnée
accélérée en continu de type CHART (continuous
hyperfractionated accelerated radiotherapy) (54 Gy en 36 séances
et 12 jours), évaluée en phase II sur 76 patients, permettrait
d'augmenter le taux de réponses complètes (40 %), la survie
à 1 an (60 %) et à 2 ans (20 %) sans augmenter la toxicité
[18]. Une étude randomisée est actuellement en cours en
Angleterre comparant le CHART à une irradiation conventionnelle
(500 patients en 4 ans).
Radiothérapie conformationnelle
D'importants progrès technologiques ont été réalisés
ces 10 dernières années concernant les techniques d'imagerie
par tomodensitométrie couplée à un système
informatisé de calcul de la distribution de la dose dans les 3
dimensions (dosi 3D). Cette dosimétrie couplée à
un accélérateur de haute énergie porteur d'un collimateur
multilame permet d'améliorer la balistique des faisceaux d'irradiation
et de délivrer une dose plus élevée et plus homogène
dans le volume cible tout en réduisant la dose au niveau des tissus
sains.
Cette nouvelle technique qui mérite d'être évaluée
dans des essais prospectifs randomisés devrait permettre d'améliorer
le contrôle local en diminuant les complications postradiques [19].
Radiopotentialisation
L'utilisation de substances radiosensibilisantes, qu'elles soient non
cytotoxiques comme les nitro-imidazoles (misonidazole et l'étanidazole),
ou modificatrices de la réponse biologique comme l'interféron
bêta et le lévamisole, s'est révélée
décevante, les résultats des études randomisées
[20-22] ne venant pas confirmer les données optimistes des études
préliminaires.
La recherche de nouveaux composés radiosensibilisants se poursuit
néanmoins activement. Des molécules comme les texaphyrines
(plus ou moins couplées à des cations métalliques
comme le gadolinium), qui engendrent des scissions de l'ADN pendant la
radiolyse vont prochainement faire l'objet d'études cliniques chez
l'homme.
Chimioradiothérapie concomitante
La découverte de propriétés radiosensibilisantes
de certains agents cytotoxiques comme le 5 fluoro-uracile et le cisplatine
[23] a rapidement fait envisager leur association avec la radiothérapie.
L'administration de la chimiothérapie de façon concomitante
à l'irradiation offre théoriquement plusieurs avantages
: (1) une précocité des 2 traitements et une coopération
spatiale pour le traitement local et le traitement des micrométastases
; (2) des effets additifs et potentiellement synergiques lorsque les drogues
utilisées possèdent des propriétés radiosensibilisantes
; et (3) une réduction de la durée totale du traitement.
* Chimiothérapie à doses «
radiosensibilisantes »
L'objectif principal de cette approche thérapeutique n'est pas
tant de prévenir le risque métastatique que d'améliorer
le contrôle local des CBNPC localement avancés. Quatre études
randomisées comparant une radiothérapie seule à une
association cisplatine-radiothérapie ont été publiées
à ce jour [24-27] (tableau
III). La survie médiane et/ou la survie à 2 ans
des patients recevant le schéma combiné sont supérieures
dans toutes ces études, même si une seule d'entre elles atteint
la significativité statistique [25]. Il semble que l'administration
quotidienne de cisplatine (6 mg/m2) soit préférable
à son administration hebdomadaire (30 mg/m2) aussi bien
en termes de survie sans progression locale à 1 an (59 % contre
42 %) qu'en termes de survie globale à 2 ans (26 % contre 19 %).
Compte tenu des faibles doses de la chimiothérapie, la toxicité
de ces associations reste mineure.
Une étude est actuellement en cours en Australie testant le carboplatine
comme drogue radiosensibilisante (70 mg/m2 de J1 à J5).
Dans cette étude randomisée, les patients recoivent soit
une radiothérapie conventionnelle (60 Gy en 30 fractions en 6 semaines),
soit une irradiation accélérée (60 Gy en 30 fractions
en 3 semaines). Les propriétés radiosensibilisantes de nouvelles
drogues comme la gemcitabine, les inhibiteurs de la topo-isomérase
I ou les inhibiteurs de la dépolymérisation de la tubuline
(taxanes) sont en cours d'étude.
* Chimiothérapie à doses «
cytotoxiques »
Les doses de chimiothérapie utilisées dans les essais
précédents ne permettront pas d'éradiquer les micrométastases
présentes dans plus de 50 % des cas au moment du diagnostic initial.
Compte tenu des résultats de la méta-analyse, les essais
thérapeutiques actuels visent à associer de façon
concomitante à l'irradiation au moins 2 drogues, dont du cisplatine,
administrées à doses « optimales » (> 100 mg/m2
pour le cisplatine). Des résultats prometteurs (médiane
de survie de 26 mois) ont été observés en phase II
associant à une irradiation accélérée (60
Gy, 2 x 1,5 Gy/jour) une chimiothérapie contenant du cisplatine
et de l'étoposide [28], au prix cependant d'une toxicité
aiguë majorée. Une meilleure tolérance de ces associations
viendra certainement des progrès réalisés en matière
de radiobiologie et des techniques d'irradiation moderne de type CHART.
Ces schémas thérapeutiques devront être évalués
dans des essais randomisés et secondairement validés par
des méta-analyses sur données individuelles.
Nouvelles drogues
Bien que les taux de réponse objective soient faibles (20 à
30 %) chez les patients présentant un CBNPC métastatique
[29], il semble que les tumeurs localement avancées limitées
au thorax (stade III) soient plus chimiosensibles avec des taux de réponse
voisins de 40 % [30]. Ces résultats seront certainement revus à
la hausse avec l'arrivée de nouveaux agents cytotoxiques [31] :
(1) des taux de réponse de 30 % ont été rapportés
en phase II avec les inhibiteurs de la topoisomérase I, comme l'irinotécan
utilisée en monothérapie à la dose de 100 mg/m2.
Leurs efficacités réelles restent à démontrer
sur un plus grand nombre de malades ; (2) les inhibiteurs de la dépolymérisation
de la tubuline (docétaxel et paclitaxel) ont déjà
été largement explorés en monothérapie. Le
paclitaxel (Taxol®), administré à des doses
allant de 135 à 250 mg/m2 toutes les 3 semaines, permet
d'obtenir 24 % de réponse sur une compilation de 403 patients.
Un taux de réponse de 27 % a été rapporté
sur 128 patients non prétraités avec le docétaxel
(Taxotère®), administré à la dose
de 100 mg/m2 toutes les 3 semaines ; (3) un index thérapeutique
remarquable a été observé avec un antimétabolite
dérivé de la cytosine arabinoside, la gemcitabine, entraînant
20 % de réponse objective sur plus de 150 patients, à des
doses hebdomadaires allant de 800 à 1 250 mg/m2.
Les associations de ces nouvelles drogues aux sels de platine sont prometteuses
avec des taux de réponse objective de 30 à 50 % en situation
métastatique et des taux de survie à 1 an de l'ordre de
35 à 40 % [32] (tableau
IV). Leur administration séquentielle, alternée
ou concomitante à une irradiation médiastinopulmonaire,
est en cours d'exploration dans les CBNPC localement avancés.
Place de la chirurgie
Les associations de chimioradiothérapies séquentielles
dans les stades III inopérables ne permettent d'obtenir qu'un faible
taux de contrôle local, de l'ordre de 15 % à 1 an [11].
L'efficacité croissante des nouvelles associations de chimiothérapie
et des nouvelles techniques d'irradiation couplées au rôle
indiscutable d'une chirurgie radicale en termes de contrôle local
dans les tumeurs bronchiques « opérables » amène
à reposer le problème de l'indication des résections
chirurgicales dans les stades IIIB. Ces constatations nécessitent
de redéfinir clairement les critères d'inopérabilité
des stades IIIB avant d'inclure un patient dans une étude prospective.
L'inopérabilité définitive élimine toute idée
de chirurgie, même dans les cas où un traitement d'induction
conduirait à une rémission complète : il s'agit jusqu'à
maintenant des tumeurs avec atteinte directe du cur, péricardite
néoplasique, pleurésie métastatique, médiastinite
tumorale ou envahissant l'sophage. L'inopérabilité
relative permet d'inclure une chirurgie d'exérèse dont l'importance
dépendra de la réponse initiale au traitment d'induction
: il s'agit des tumeurs envahissant la trachée, la veine cave supérieure,
la carène, les vaisseaux de la gerbe aortique, une vertèbre
et des volumineux envahissements ganglionnaires controlatéraux.
Cette chirurgie qui doit permettre une résection carcinologiquement
complète est complexe, nécessitant des reconstructions avec
greffons et prothèses ainsi qu'un curage médiastinal extensif.
Le traitement d'induction doit permettre un taux de réponse élevé,
une prévention du risque métastatique et rester compatible
avec une chirurgie seconde. L'association d'une chimiothérapie
et d'une radiothérapie concomitante délivrant 40 à
50 Gy semble représenter le traitement de choix. Sur des tumeurs
opérables d'enblée (stades IIIA), ces associations sont
en effet supérieures à la chimiothérapie seule, en
termes de taux de réponse (67 % contre 44 %), de taux de résécabilité
(52 % contre 31 %) et de survie sans progression à 3 ans (40 %
contre 21 %) [33, 34].
Deux études pilotes récentes ont permis de valider cette
approche. Deux tiers des patients ont pu être secondairement opérés
(chirurgie carcinologiquement complète dans 80 % des cas) [35,
36]. La médiane de survie de l'étude du SWOG était
à 19 mois avec une survie de 39 % à 2 ans et de 24 % à
3 ans [35]. Ces résultats encourageants ont conduit à l'élaboration
d'études de phase III comparant, après une chimioradiothérapie
d'induction, la chirurgie à la poursuite de l'irradiation.
Il est vraisemblable qu'une meilleure utilisation des armes thérapeutiques
conventionnelles associée à une sélection rigoureuse
des patients porteurs de CBNPC de stade IIIB permettra dans un avenir
proche d'améliorer significativement le contrôle local, le
risque métastatique et donc la survie globale de ces patients (tableau
V).
Biothérapies
Les CBNPC sont des modèles tumoraux où les biothérapies
s'organisent en tant que voie thérapeutique innovante de façon
complémentaire aux traitements conventionnels que sont la chirurgie,
la chimiothérapie et la radiothérapie.
Les biothérapies recouvrent toutes les thérapeutiques
dérivées de substances biologiques, principalement d'origine
humaine, qui résultent de la maîtrise récente des
technologies du vivant. Les progrès de l'immunologie fondamentale,
l'amélioration des techniques de biologie moléculaire mais
surtout l'apport du génie génétique permettant de
produire industriellement des cytokines ont permis de mieux caractériser
les mécanismes de régulation du système immunitaire
et ont incontestablement ouvert une nouvelle voie thérapeutique
en cancérologie.
L'intérêt de l'utilisation de ces cytokines recombinantes
administrées par voie systémique en monothérapie
dans les CBNPC localement avancés ou métastatiques reste
à établir. Des réponses fugaces ou ponctuelles ont
été observées dans les premières études
testant l'efficacité antitumorale de l'interleukine 2 [37], mais
son utilisation par voie systémique a été progressivement
abandonnée au profit d'autres cytokines, comme l'IL4, ou d'autres
approches comme le développement de programmes de vaccination antitumorale
et de thérapie génique utilisant le gène de l'IL2.
Dans une étude de phase I-II testant 2 doses d'IL4 différentes
chez 24 patients présentant un CBNPC localement avancé ou
métastatique, Vokes et al. [38] ont rapporté une
réponse partielle et des stabilisations cliniques intéressantes.
Cette cytokine vient de faire l'objet d'une grande étude multicentrique
internationale randomisée (180 patients) comparant 3 doses différentes,
dont les résultats seront connus très prochainement.
L'immunisation antitumorale se base principalement sur l'étude
des effecteurs immunitaires (antigènes tumoraux/
cellules T cytotoxiques), et indirectement sur l'oncogenèse qui
converge vers l'identification de cibles moléculaires (oncogènes,
gènes suppresseurs de tumeurs) permettant d'espérer une
destruction sélective des cellules tumorales. L'immunothérapie
active spécifique par des cellules tumorales autologues ou allogéniques
dans les CBNPC est limitée par la faible immunogénicité
des extraits tumoraux, leurs hétérogénéités
histologiques et la difficulté d'obtenir du matériel tumoral.
La majorité des essais de vaccination a été effectuée
en situation adjuvante et les résultats restent peu probants [39].
La mise en évidence récente de certains antigènes
tumoraux (MAGE, RAS, p53, etc.) spécifiquement reconnus par les
lymphocytes T [40], couplée à une meilleure caractérisation
des cellules présentatrices d'antigènes et à la possibilité
de rendre plus immunogènes des cellules tumorales en les modifiant
génétiquement ex vivo [41], relance l'engouement
pour des approches d'immunothérapie active spécifique à
des fins thérapeutiques.
L'amélioration des méthodes de transfert de matériel
génétique dans les cellules tumorales couplées à
l'identification de ces cibles moléculaires, présentes dans
30 à 50 % des CBNPC [42] rend envisageable l'utilisation de matériel
génétique dans ces tumeurs. Leurs présentations endobronchiques
les rendent par ailleurs facilement accessibles à des examens directs
par fibroscopie, permettant l'injection intratumorale de substances génétiquement
modifiées. L'injection intratumorale de ces substances peut induire
théoriquement des réponses antitumorales sur les cellules
tumorales transfectées ou infectées, mais également
des réponses sur des sites tumoraux distants par des mécanismes
immunologiques.
Plusieurs essais ont été débutés chez l'homme
dans les CBNPC localement avancés : (1) par transfection d'un gène
p53 sauvage ou par blocage d'un gène muté à
l'aide d'oligonucléotides antisens (anti-p53, anti-RAS) plus ou
moins associé à la radiothérapie et/ou à la
chimiothérapie concomitante [43]. Cette approche est d'autant plus
prometteuse que l'expression de l'oncoprotéine p53 a été
retrouvée corrélée à une meilleure survie
chez des patients présentant un CBNPC localement avancé
opérable avec envahissement ganglionnaire [44] ; (2) par injection
intratumorale directe d'un adénovirus recombinant porteur dans
une première étape d'un gène marqueur ( beta -galactosidase
de E. coli) puis dans une deuxième étape d'un gène
codant pour une cytokine (IL2) [45]. Sur les 10 patients inclus dans l'étude
de faisabilité actuellement menée à l'Institut Gustave-Roussy,
6 ont présenté une réponse objective clinique, radiologique
et endoscopique dont 1 réponse complète (patients recevant
de la chimiothérapie concomitante). La recherche d'une immunité
antitumorale contre le vecteur ou des protéines tumorales est actuellement
en cours.
CONCLUSION
Le pronostic des CBNPC inopérables (stade IIIB) reste sévère
quel que soit le traitement proposé, avec moins de 5 % de patients
vivants à 5 ans. Devant la grande variété de présentation
de ces tumeurs, leur prise en charge nécessite une meilleure stratification
préalable en fonction des facteurs pronostiques connus. Des résultats
encourageants ont déjà été obtenus par des
approches thérapeutiques pluridisciplinaires combinant l'efficacité
des nouvelles drogues cytotoxiques et des nouvelles modalités d'administration
de la radiothérapie. L'utilisation de schémas thérapeutiques
complexes, à toxicité majorée et incorporant un geste
chirurgical doit être réalisée dans le cadre d'essais
contrôlés évaluant notamment la qualité de
vie.
Ces tumeurs représentent une cible privilégiée
pour élaborer, à côté des traitements conventionnels,
des stratégies innovatrices autour des biothérapies qui
pourraient à terme contribuer à l'amélioration du
pronostic encore trop sombre des CBNPC inopérables.
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