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Supplémentation en calcium et vitamine D : plus nuisible qu'utile ? Volume 8, numéro 9, Novembre 2012

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L’USPSTF recommande de ne pas supplémenter (grade D) en vitamine D et calcium les femmes ménopausées non institutionnalisées en prévention primaire des fractures ostéoporotiques [1].

Certains essais randomisés ont suggéré qu’une supplémentation en vitamine D (1 000 UI/j) réduisait le risque de cancer colorectal (pas ceux du sein ou de la prostate) alors que des études d’observation suggéraient l’inverse. La méta-analyse de 19 essais randomisés (3 pour le cancer et 16 pour le risque fracturaire) et 28 études d’observation (pour le cancer) réalisée en 2011 [2] a montré que si la combinaison vitamine D/calcium réduit le risque de fracture (risque relatif RR 0,88 ; 0,78-0,99) chez les personnes âgées, ce n’est significatif que chez les personnes âgées institutionnalisées (RR 0,71 ; 0,57-0,89), pas chez celles qui vivent à leur domicile où l’efficacité éventuelle est beaucoup plus modeste, voire inexistante (RR 0,89 ; 0,76-1,04). Le risque de lithiase urinaire n’est pas négligeable. Les schémas posologiques restent imprécis. Il n’est pas possible d’établir une balance avantages/inconvénients pour la prévention du cancer. Le groupe de travail de l’USPSTF conclut de ces données qu’elles sont insuffisantes pour déterminer l’intérêt d’une supplémentation en vitamine D (entre 400 et 1 000 UI/j), avec ou sans calcium, en prévention du cancer chez les adultes ou des fractures chez les hommes et les femmes ménopausées, ni même, à des doses plus élevées, en prévention des fractures chez les femmes les plus âgées ; il y a risque de lithiase rénale pour 1 femme sur 273 traitées 7 ans. L’USPSTF recommande donc de ne pas supplémenter en vitamine D avec ou sans calcium les personnes âgées vivant à leur domicile.

1. USPSTF. Vitamin D and Calcium Supplementation to Prevent Cancer and Osteoporotic Fractures. Draft July 2012.
2. Chung M, Lee J, Terasawa T, Lau J, Trikalinos TA. Vitamin D With or Without Calcium Supplementation for Prevention of Cancer and Fractures: An Updated Meta-analysis for the U.S. Preventive Services Task Force. Ann Intern Med. 2011;155:827-38.

Que retenir pour notre pratique ?
• Encore un « dogme » qui s’effondre ? Mieux vaut insister sur une alimentation équilibrée (apport calcique suffisant) et une exposition raisonnable au soleil (apport vitaminique) que de prescrire une supplémentation plus risquée que bénéfique…
• Sans y substituer une position inverse tout aussi dogmatique : pour certain(e)s de nos contemporain(e)s « allergiques » à un apport nutritionnel calcique qui relève essentiellement des laitages, il faut savoir contourner la difficulté…
• La recommandation antérieure de supplémentation vitaminocalcique reste indiquée chez les personnes âgées de plus de 65 ans, institutionnalisées ou non, à risque élevé de chutes (grade B selon l’USPSTF).

Mots clés : Carence en vitamine D ; Fractures ostéoporotiques; Ostéoporose [Osteoporosis ; Osteoporotic Fractures; Vitamin D Deficiency]