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Non, « dépister » les démences n’est pas sans inconvénients ! Volume 9, numéro 9, Novembre 2013

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« Too much medicine» disent des gériatres et médecins de santé publique Australiens et Britanniques, malgré l’évident désir de «bien faire» des promoteurs du diagnostic précoce.

Ils rappellent que la mise en oeuvre de «cliniques de la mémoire» et l’usage de plus en plus important des biomarqueurs, examens de neuro-imagerie et anticholinestérasiques n’ont entraîné qu’une augmentation des coûts et de la morbidité. Les notions de déficience cognitive légère et de pré-démence chez des patients peu symptomatiques, introduites dans le tout récent DSM-V, augmentent encore le risque de surdiagnostic : la prévalence actuelle, de 10 à 30 % chez les personnes âgées de plus de 80 ans, pourrait ainsi passer à 65 % dans ce groupe d’âge, avec un faux diagnostic chez plus de 20 % d’entre elles, alors que nombre de ces « déficiences cognitives légères » s’améliorent spontanément chez beaucoup. Les investigations inutiles et les effets secondaires des traitements ont des conséquences psychologiques et sociales négatives. Elles gaspillent des ressources financières et humaines si indispensables aux personnes atteintes de démence avérée. La politique actuelle de diagnostic précoce se fonde essentiellement sur des données d’observation potentiellement biaisées, y compris du fait d’intérêts commerciaux, plus que sur des preuves issues d’essais cliniques, rares chez les plus âgés, les plus atteints par la démence. Elle pousse à des expériences non contrôlées chez les plus fragiles sans une rigoureuse évaluation des avantages et des inconvénients pour les individus, les familles, les services d’aide et les professionnels.

Le Couteur D, Doust J, Creasey H, Brayne C. Political drive to screen for pre-dementia: not evidence based and ignores the harms of diagnosis. BMJ. 2013;347:f5125.

Que retenir pour notre pratique ?
• Analyse sans fard de professionnels anglo-saxons effarés par la marchandisation de la maladie d’Alzheimer : ils citent en exemple une application sur tablette permettant aux généralistes anglais d’utiliser un test diagnostique abrégé validé… en soins secondaires, mais pas en soins primaires, augmentant d’autant le risque de surdiagnostic et surtraitement.
• Ils soulignent aussi le paradoxe de cette volonté de repérage précoce et inutile, alors que la prévention primaire a peutêtre des voies de recherche et d’intervention intéressantes – mais difficiles – pour ce qui concerne la réduction du tabagisme et de l’obésité aux âges moyens.

Mots clés : Démence ; Diagnostic précoce ; Maladie d’Alzheimer [Alzheimer disease; Dementia; Early Diagnosis]