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Médecine

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L'hypertension artérielle après 80 ans. Parfois traiter, mais qui et comment ? Volume 9, numéro 6, Juin 2013

Auteurs
Société Française de Documentation et de Recherche en Médecine Générale - gallois.pierre@wanadoo.fr

L'histoire de la cohorte de Tempere, en Finlande, est oubliée aujourd'hui [1]. Elle mérite pourtant d'être rappelée : en 1977-78, 561 des quelque 600 habitants de cette bourgade nés en 1892 ou avant ont été répartis en 6 groupes selon leur niveau de pression artérielle et suivis jusqu'en 1982. À l'issue de ce suivi, les conclusions ne portent pas sur des détails : ceux qui avaient une systolique dépassant 160 mmHg et une diastolique dépassant 90 mmHg avaient le meilleur taux de survie, la différence allant du simple au double entre ceux qui avaient plus de 200 mmHg et ceux qui avaient moins de 120 mmHg de systolique... Cette histoire corrobore les données de Framingham selon lesquelles l'association fortement positive entre pression artérielle et mortalité cardio-vasculaire s'inverse entre 75 et 85 ans. Aucune étude de population n'a montré qu'une pression artérielle élevée était un marqueur de mauvais pronostic chez les octogénaires, au contraire d'une pression « normale », ou à plus forte raison diminuant progressivement spontanément [2]. Message paradoxal, hasard de l'observation, atteinte partisane aux progrès médicaux de ces dernières décennies ? En aucun cas : même dans la méta-analyse INDANA portant sur les données individuelles des 1 670 octogénaires et plus inclus dans les essais randomisés de la fin du XXe siècle, il n'était constaté de réduction des décès d'origine cardiovasculaire mais un excès relatif, bien que non significatif, des décès toutes causes [3]. Toutes les personnes âgées ne sont pas égales face à l'hypertension, ce qui requiert la plus grande prudence en matière de décision thérapeutique.