John Libbey Eurotext

Journal de Pharmacie Clinique

2e Journée scientifique des internes en pharmacie d’Île-de-France Volume 36, numéro 2, Juin 2017

La 2e Journée scientifique des internes en pharmacie d’Île-de-France s’est tenue le 1er avril 2017 à l’École du Val-de-Grâce. Internes, jeunes pharmaciens et chefs étaient présents à cette journée sur le thème de l’économie de la santé : « Le prix du médicament en France : enjeux thérapeutiques contre enjeux économiques ? ».

En plus de valoriser les meilleurs travaux effectués par des internes en pharmacie au cours de l’année 2016 à travers des communications orales et la publication de leurs résumés dans le Journal de Pharmacie Clinique, les objectifs de cette 2e journée étaient de faire bénéficier de l’expérience et du point de vue d’experts autour du contexte économique encadrant les médicaments et les produits de santé.

Le comité scientifique, composé de pharmaciens hospitaliers et universitaires, était présidé par le Dr Pierre Faure, chef du pôle pharmacie à l’Hôpital Saint-Louis et le Dr Olivier Aupée, chef de service de la pharmacie de l’Hôpital d’instruction des armées Percy.

Les participants ont eu le privilège d’assister à une présentation animée par le Pr Jean-Hugues Trouvin, ancien directeur de l’évaluation des médicaments et des produits biologiques à l’Afssaps, aujourd’hui responsable du département d’innovations pharmaceutiques à l’AP-HP (Assistance publique des hôpitaux de Paris) lors d’une 1re conférence sur « Le développement du médicament pour répondre à des besoins de santé publique : l’AMM, un préalable indispensable à la fixation du prix ». Cette présentation a permis de redéfinir les bases de l’autorisation de mise sur le marché (AMM) et sa procédure d’obtention pour les laboratoires.

Lors d’une 1re session de communications orales, 6 internes ont présenté leurs travaux originaux, préalablement sélectionnés par le comité scientifique parmi 34 abstracts soumis. Différents thèmes ont ainsi été abordés tels que la consultation et les entretiens pharmaceutiques, l’analyse de prescription d’anticoagulants orauxdirects dans un centre hospitalier, la détection de prescriptions inappropriées par l’outil Stopp/Start V.2 et l’influence de la formulation d’un patch test sur le passage transmembranaire d’un principe actif. À la suite de chaque présentation, les congressistes ont pu échanger sur les sujets abordés.

A suivi une 2e conférence sur « Le prix du médicament, de l’offre de l’industrie au prix remboursé » réalisée par le Pr Gérard de Pouvourville, professeur en économie, spécialiste du secteur de la santé, directeur de l’Institut de la Santé à l’Essec Business School. Lors de cette présentation, des notions sur la fixation des prix des médicaments et produits de santé, et notamment sur les différentes parties intervenant lors de la négociation, l’industrie et le Comité économique des produits de santé (CEPS), ont été apportées. Le coût pondéré de la mise sur le marché est de l’ordre de 1,4 milliard. Les prix sont fixés selon la stratégie globale de l’entreprise pharmaceutique avec un objectif de générer rapidement des recettes eu égard à l’investissement. Le prix va être fixé en fonction de sa rentabilité attendue dans un portefeuille de produit et pas en fonction de sa valeur intrinsèque. Le prix va tenir compte également de la propension à payer des différents marchés et du positionnement du produit par rapport aux comparateurs. Le système d’accès au marché remboursé a également été bien décrit avec le rôle pivotal de la commission de transparence qui est l’instance d’évaluation de la valeur intrinsèque du produit. Le Pr de Pouvourville a illustré avec des cas fictifs en expliquant de façon très pédagogique comment s’articulent les deux paramètres qui aident à la décision le SMR (service médical rendu) et l’ASMR (amélioration du service médical rendu). Pour avoir un ordre d’idées, en 2015 :

  • 70 % des médicaments mis sur le marché avaient un SMR « important » et 86 % d’entres eux ont été remboursés ;
  • 194 médicaments sur 229 ont obtenu une ASMR de niveau V (absence de progrès), pour seulement 25 ASMR de niveau IV (mineure) et 6 ASMR de niveau III (modéré).

Les règles de fixation des prix sont établies dans le cadre d’un accord quadriennal entre le CEPS et le LEEM (les entreprises du médicament). Des négociations âpres s’ensuivent entre les différents partenaires basées sur différents modèles économiques tels le coût-résultat, le risk-sharing.

En perspective, Gérard de Pouvourville pense qu’il est plus que probable que le CESP et le le CEESP (Commission d’évaluation économique et de santé publique) disposeront d’éléments de parangonnage : la question sera ouverte d’aligner ce que nous acceptons de payer pour un bénéfice en santé, par exemple en fixant un prix cible pour les laboratoires après quelques années de commercialisation.

Une 2e session de communications orales a ensuite été consacrée à la présentation de travaux déjà publiés dans des congrès ou des revues scientifiques. Cinq résumés ont été sélectionnés parmi les 21 soumis dans cette catégorie et ont abordé les thèmes suivants : la pertinence de la perfusion aux urgences, l’exercice de simulation dans le cas d’un accident d’exposition au sang, l’évaluation de la standardisation des doses d’anticancéreux, la comparaison de deux formes galéniques de pentobarbital dans la prémédication des examens d’imagerie médicale en pédiatrie et une technique d’imagerie fonctionnelle utilisée en recherche expérimentale en neurologie.

Enfin, une 3e conférence sur « Le médicament, un marché comme les autres ? » animée par Nicolas Bouzou, économiste et essayiste français, fondateur du cabinet de conseil Asterès et du Cercle de Belém a permis de re-contextualiser le système de santé dans l’économie française et, de manière générale, d’apporter des pistes de réflexion sur l’avenir de notre système de santé en regard du mouvement actuel qui s’installe sur la planète « vivre plus longtemps et aller plus loin ». Dans cette perspective, des projets sont lancés pour supprimer toutes les maladies à l’horizon 2100 (dont le cancer), les accidents (avec les voitures sans chauffeur) et lutter contre le vieillissement. Pour atteindre cette cible, l’innovation est nécessaire dont celle des médicaments. Pour s’offrir ces médicaments qui vont soigner nos maladies, il faut réformer. Il s’agit par exemple d’éliminer les activités à non valeur ajoutée réalisées à l’hôpital et transférer celles-ci à d’autres structures moins coûteuses. En ville, cela peut se concrétiser en déléguant au pharmacien de nouvelles activités telles que la vaccination des patients contre la grippe.

Cette journée s’est terminée sur la désignation par le comité scientifique des lauréats de chaque catégorie et la remise des Prix Léo Pharma®, au regard de la qualité des projets et des présentations. Emmanuelle Clou a remporté le prix dans la catégorie des travaux originaux pour son travail effectué à l’hôpital Tenon : « La consultation pharmaceutique : une nouvelle place pour le pharmacien en oncologie médicale. Bilan d’une phase pilote ». Le prix dans la catégorie des travaux déjà publiés a été remis à Pierre Ravinet pour son étude : « Prémédication par le pentobarbital des examens d’imagerie médicale en pédiatrie : comparaison de deux formes galéniques » menée à l’Hôpital Trousseau.

Toujours organisée « par les internes, pour les internes », cette journée a cette année encore bénéficié du soutien institutionnel des laboratoires Léo Pharma et a permis de réunir plus de 70 participants. La forte mobilisation et participation lors du 1er avril dernier confirme bien la pertinence de cette journée pour les internes et la place majeure que prend désormais la journée SCINPHAR dans l’internat en pharmacie d’Île-de-France.

Les projets exposés par les internes, une fois encore de très bonne qualité, ont donné à tous un aperçu des travaux de recherche en pharmacie hospitalière effectués actuellement en Ile-de-France et peut-être des idées d’études futures.

Les trois conférences sur le thème de l’économie de la santé ont permis de découvrir l’économie encadrant les médicaments et les produits de santé avec un regard critique, et en fournissant des éléments de réflexion nécessaires à avoir pour les pharmaciens hospitaliers en cette période où la santé est devenue un sujet incontournable des élections présidentielles.

Le SIPHIF (Syndicat des internes en pharmacie et biologie médicale des hôpitaux d’Île de France) prépare d’ores et déjà la 3e édition à laquelle l’ensemble des partenaires a accepté de renouveler ses collaborations, suite au grand succès des deux premières éditions.

Remerciements

Comité scientifique : Dr Pierre Faure et Dr Olivier Aupée (présidents du CS), Dr Rui Batista, Dr Guy Benoit, Dr Yvonnick Bézie, Dr Hélène Boucher, Dr Niccolo Curatolo, Dr Roselyne Gervais, Dr François Lemare, Dr Pascal Paubel, Dr Frédérique Plassart, Pr Patrice Prognon, Dr Nathalie Rizzo-Padoin, Dr Frédéric Tacco, Pr Michel Vidal

Laboratoires Léo Pharma® : Fabrice Arnaud, Hanifa Cottin

Journal de Pharmacie Clinique : Aude Desnoyer, Aurélie Guérin, André Rieutord

École du Val-de-Grâce : Olivier Aupée