John Libbey Eurotext

Hématologie

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Maintenir et développer les collections de cellules malignes : un objectif prioritaire de la Société Française d’Hématologie Volume 6, numéro 2, Mars - Avril 2000

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  • Page(s) : 109
  • Année de parution : 2000

Je l’ai maintes fois évoqué dans ces colonnes : l’irruption des méthodes liées de près ou de loin à la génomique descriptive et fonctionnelle va transformer profondément la recherche et la pratique médicale en hématologie cellulaire. Cette situation n’est pas sans rappeler l’évolution majeure de notre discipline survenue il y a une quinzaine d’années, lors de l’introduction des techniques basées sur l’amplification in vitro de l’ADN. Elle constitue cependant un virage d’une autre nature. Nous assistons non seulement à une révolution technologique mais également à une mutation de l’esprit de la recherche biologique. Elle est apportée par la conjonction d’une vision globale des phénomènes et d’outils qui permettent rapidement de soumettre à l’expérience les hypothèses qu’elle suggère. Certes l’utilisation de méthodes d’analyse cellulaire globale n’est pas nouvelle. La cytologie morphologique et la cytogénétique chromosomique descriptive en sont des exemples fameux qui ont façonné l’hématologie cellulaire. Ces approches, aussi puissantes qu’elles soient, se heurtent cependant à l’impossibilité pratique d’aller rapidement de l’observation à l’analyse des mécanismes moléculaires la sous-tendant. Cet obstacle est franchi par la génomique et le sera d’autant plus que les annotations des séquences gagneront en sens biologique. Qu’attendre de cette révolution en pratique médicale hospitalière ? Il est trivial de penser que l’information contenue dans l’expression coordonnée des gènes reflète l’état cellulaire et que cette information, pour peu que nous puissions en extraire le sens, couvre l’intégralité des paramètres dont nous avons besoin pour reconnaître et traiter les hémopathies malignes ou d’autres désordres hématologiques. On peut donc envisager qu’à terme les techniques utilisées actuellement (morphologie, immuno-phénotypage, cytogénétique morphologique…), puissent être remplacées par des études moléculaires de la structure du génome et de l’expression coordonnée de ses produits (ARN et protéines). Dans l’attente de cette période, il faut apprendre à donner un sens aux études du transcriptome et du protéome. La disponibilité de cellules tumorales caractérisées de façon optimale sur le plan morphologique, immunophénotypique, chromosomique et moléculaire est essentielle. Ces collections doivent répondre à des impératifs de qualité biologique et à des impératifs éthiques et réglementaires. Elles gagnent à être établies en réseau, idéalement associées à des banques d’images. Elles doivent permettre à l’ensemble de la communauté de retrouver en un instant une collection répartie sur de multiples sites et répondant à des critères hématologiques définis afin d’assurer une corrélation efficace entre les paramètres hématologiques classiques et les informations issues d’analyses génomiques. De nombreux centres d’hématologie ont anticipé cette étape et ont déjà constitué des collections répondant à ces critères. D’autres centres se sont engagés dans cette entreprise. Je souhaite, au nom de la Société Française d’Hématologie, que cet effort soit coordonné afin que notre Société puisse jouer le rôle auquel elle peut prétendre en s’imposant dans les programmes d’établissement des cartes d’identité des tumeurs.