John Libbey Eurotext

Hématologie

MENU

Les leucémies/lymphomes T de l’adulte liées au rétrovirus T-lymphotropique humain 1 Volume 24, numéro 1, Janvier-Février 2018

Auteurs
1 Département de médecine interne, université américaine de Beyrouth, Beyrouth, Liban
2 Département d’hématologie, hospital Necker, université de Paris Descartes, Paris, France
* Tirés à part

La leucémie/lymphome T de l’adulte (ATL) est la forme la plus agressive des lymphomes T périphériques. Cette maladie est secondaire à l’infection chronique par le rétrovirus T-lymphotropique humain 1 (HTLV-1), et survient après une longue période de latence chez environ 5 % des personnes infectées. Le pronostic reste très péjoratif avec une médiane de survie de moins de un an, du fait d’une résistance à la chimiothérapie et d’un déficit immunitaire profond. L’oncoprotéine virale Tax, grâce à sa capacité de déréguler l’expression de plusieurs gènes clés pour la biologie cellulaire, joue un rôle primordial dans la transformation cellulaire et le développement de l’ATL. La diversité de la présentation clinique a conduit à une classification des ATL en quatre formes cliniques (aiguë, lymphome, chronique et smoldering) avec une évolution et des approches thérapeutiques très différentes. Les formes dites indolentes (smoldering et chronique) gardent un mauvais pronostic à long terme, qu’elles soient maintenues sous observation sans traitement (watch and wait) ou traitées par chimiothérapie. Les associations de chimiothérapie utilisées dans les formes agressives (aiguë et lymphome) augmentent à court terme le taux de réponse, mais la survie reste catastrophique. Les principales avancées thérapeutiques dans l’ATL ont été réalisées grâce à l’association de deux agents antiviraux, la zidovudine (AZT) et l’interféron alpha (IFN-α) et à l’allogreffe de cellules souches hématopoïétiques (allo-CSH). Dans les formes leucémiques d’ATL, l’association AZT/IFN-α doit être considérée comme le traitement standard de première ligne. En effet, cette association induit un taux de réponse élevé et améliore significativement la survie à long terme dans les ATL chronique ou smoldering ainsi que pour un sous-ensemble de patients atteints d’ATL aiguë avec p53 non mutée. En revanche, les patients atteints d’ATL lymphome doivent recevoir une chimiothérapie d’induction, en association simultanée ou séquentielle, avec une thérapie antivirale à base d’AZT/IFN-α. La prévention des infections opportunistes et la chimiothérapie intrathécale sont également recommandées. L’allo-CSH doit être réalisée dans les formes agressives dès que possible. Malheureusement, la plupart des patients rechutent et de nouvelles approches thérapeutiques sont donc nécessaires. Les thérapies les plus prometteuses sont l’association du trioxyde d’arsenic avec l’IFN-α, le lénalidomide et les anticorps monoclonaux tels que l’anti-CCR4 (mogamulizumab). Ces nouveaux traitements doivent être testés dans des essais cliniques, idéalement en consolidation après obtention d’une rémission complète par l’association AZT/IFN-α, pour prévenir la rechute.