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Hématologie

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L’anémie de Diamond-Blackfan, depuis la découverte du gène de la protéine ribosomique S19 (rps19) Volume 11, numéro 6, Novembre-Décembre 2005

Auteurs
INSERM U362, Institut Gustave-Roussy, 39 rue Camille-Desmoulins, 94805 Villejuif Cedex, Centre de référence des maladies génétiques de l’érythrocyte et de l’érythropoïèse, hôpital Bicêtre, 78 avenue du Général-Leclerc, 94275 Le Kremlin-Bicêtre Cedex, Service d’hématologie-oncologie pédiatrique, hôpital Saint-Louis, 1 rue Claude-Vellefaux, 75010 Paris

L’anémie de Diamond-Blackfan (ADB) est une érythroblastopénie congénitale rare caractérisée par sa grande hétérogénéité phénotypique et génétique. La constitution, dans les années 1980, des différents registres internationaux de malades atteints d’ADB, les collaborations scientifiques entre les groupes européens et américains, et l’aide des malades et de leurs familles par le biais des associations a conduit à une meilleure connaissance de la maladie. En 1999, le premier gène impliqué dans l’ADB est identifié. De façon inattendue, il s’agit du gène d’une protéine ribosomique : la protéine ribosomique S19 (rps19). Cependant, une mutation du gène rps19 n’est retrouvée que chez 25 % des patients. Un second locus DBA2 a été identifié sur le bras court du chromosome 8 en 8p23.2-23.1. Mais là encore, il ne suffit pas à rendre compte de tous les cas d’ADB, non liés à une mutation du gène rps19, laissant supposer l’existence d’au moins un troisième gène impliqué dans la maladie. L’existence de phénotypes silencieux, c’est-à-dire de membres de la famille d’un malade atteint d’ADB, porteurs d’une mutation identique à celle du sujet index, mais sans expression phénotypique de la maladie ou avec des signes biologiques minimes, rend encore plus complexe la génétique de l’ADB. La physiopathologie de l’ADB reste mal comprise. Le rôle de la RPS19 au cours de l’érythropoïèse et de la morphogenèse reste à définir. Les modèles animaux n’ont malheureusement pas été aussi contributifs que nous l’espérions. L’inactivation du gène rps19 par recombinaison homologue dans le modèle murin est létale à un stade précoce, à l’état homozygote, et les souris hétérozygotes n’ont pas de phénotype. Le modèle de drosophile reproduit un syndrome analogue au syndrome « Minute » décrit pour d’autres protéines ribosomiques : il comporte des dysmorphies et un retard de développement larvaire mais ne permet pas d’explorer l’hématopoïèse. Des progrès futurs pourraient venir de la compréhension du rôle de la RPS19 dans la biogénèse du ribosome et de l’identification de son rôle dans l’hématopoïèse. Ainsi de nouveaux abords thérapeutiques pourront, peut-être, être proposés aux patients.