John Libbey Eurotext

Hématologie

MENU

La transfusion érythrocytaire en réanimation pédiatrique Volume 11, numéro 1, Janvier-Février 2005

Auteurs
Service de réanimation pédiatrique, hôpital Robert-Debré, 75019 Paris, Département d’anesthésie, hôpital Trousseau, 75012 Paris

La transfusion érythrocytaire vise à augmenter la capacité de transport en oxygène du sang artériel afin d’augmenter la délivrance (DO 2) et la consommation tissulaire d’oxygène (VO 2). Elle reste le moyen le plus rapide d’augmenter la concentration d’hémoglobine (Hb) face à une anémie aiguë. Des études descriptives récentes indiquent une prévalence élevée de l’anémie aiguë et de la transfusion érythrocytaire chez les adultes admis en réanimation. Les hémorragies, les prélèvements sanguins et une érythropoïèse diminuée sont les principaux déterminants de l’anémie aiguë chez ces patients. Bien que rares, les données issues des services de réanimation pédiatrique suggèrent une prévalence similaire de l’anémie aiguë et de la transfusion érythrocytaire parmi les enfants qui y sont hospitalisés. L’attitude traditionnelle conduisant à transfuser les patients dont l’hémoglobine est inférieure à 10 g/dL est remise en cause par le progrès des connaissances du risque transfusionnel, par la moindre disponibilité des produits sanguins, par leur coût croissant nécessaire pour garantir leur sécurité, et par l’obligation de faire reposer la transfusion sur des indications scientifiquement démontrées. Les tentatives destinées à prédire le bénéfice de la transfusion érythrocytaire à partir de données physiologiques concernant la délivrance et la consommation d’oxygène restent actuellement d’utilité incertaine. Toutefois, les données disponibles indiquent clairement que la consommation tissulaire d’oxygène est préservée chez les patients dont l’hémoglobine est supérieure à 7 g/dL lorsque la perfusion tissulaire est elle-même conservée. Une étude canadienne récente comparant, en réanimation, une stratégie transfusionnelle libérale à une stratégie restrictive chez des adultes indemnes d’atteinte myocardique retrouve une évolution similaire ou meilleure chez les patients moins transfusés. Une étude pédiatrique multicentrique est maintenant en cours pour tester le bénéfice d’une stratégie transfusionnelle restrictive chez l’enfant. Dans l’immédiat, une telle approche paraît justifiée, comme l’indique une conférence de consensus française récente soutenant la restriction des indications transfusionnelles chez l’adulte comme chez l’enfant. Les enfants drépanocytaires admis en réanimation pour une complication vitale, notamment un syndrome thoracique aigu, constituent toutefois un cas à part : la diminution de la concentration d’hémoglobine S, permise par la transfusion érythrocytaire ou l’échange transfusionnel partiel, diminue la falciformation et provoque souvent une amélioration clinique spectaculaire qui justifie une politique transfusionnelle plus large chez ces patients.