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Hématologie

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La splénomégalie myéloïde De données récentes à un modèle physiopathologique Volume 8, numéro 3, Mai - Juin 2002

Auteurs
Inserm U. 268, institut André-Lwoff, hôpital Paul-Brousse, 14, avenue Paul-Vaillant-Couturier, 94800 Villejuif, France.

La splénomégalie myéloïde (SM), également appelée métaplasie myéloïde avec myélofibrose ou myélofibrose primitive, est un syndrome myéloprolifératif chronique caractérisé par l'association d'une myéloprolifération et d'une myélofibrose ; une néoangiogenèse y est fréquemment observée. Les mécanismes physiopathologiques de cette maladie rare sont encore mal connus, il est cependant admis que la myéloprolifération résulte de l'expansion clonale de progéniteurs hématopoïétiques pathologiques alors que les fibroblastes (participant à la fibrose médullaire) sont polyclonaux, suggérant que la myélofibrose est un processus réactionnel. Une augmentation de la production de facteurs de croissance par les cellules hématopoïétiques et stromales, leur concentration accrue dans les organes hématopoïétiques et des modifications qualitatives et quantitatives des molécules du stroma semblent avoir un rôle déterminant dans la pathogenèse de la SM. Dans cette pathologie complexe, une altération du dialogue entre cellules souches hématopoïétiques et cellules stromales pourrait être à l'origine de la production excessive de cytokine(s) fibrogéniques et angiogéniques par les cellules du clone hématopoïétique (progéniteurs CD34+, mégacaryocytes, monocytes...) avec, pour conséquence, l'activation réactionnelle des cellules stromales. Celles-ci produiraient alors en excès, facteurs de croissance fibrogéniques et hématopoïétiques, cytokines et composants de la matrice extracellulaire et entretiendraient l'amplification de ce clone dont la sensibilité à certaines de ces cytokines inhibitrices et/ou stimulatrices est altérée. La spécificité du processus pathologique résulterait de l'altération du réseau d'interactions humorales plus que de la nature et des effets de chaque cytokine prise individuellement. Au cours de ces dernières années, des progrès importants ont été réalisés dans la compréhension des mécanismes physiopathologiques de la SM. Cependant, l'analyse individuelle de chacun des paramètres est difficile, ce qui explique que de nombreux aspects de la pathogénie et de la physiopathologie de cette affection d'incidence rare restent encore à élucider. L'élaboration de nouveaux concepts sur la pathogenèse de la SM devrait permettre de définir des marqueurs biologiques de la maladie et de proposer des approches thérapeutiques mieux adaptées.