John Libbey Eurotext

Hématologie

Impact de la maladie résiduelle sur le devenir des patients atteints de myélome multiple en première ligne thérapeutique : résultats d’une méta-analyse Volume 23, numéro 1, Janvier-Février 2017

Les patients âgés de moins de 55 ans atteints de myélome multiple (MM) ont bénéficié ces dix dernières années d’avancées considérables en termes de thérapeutiques (inhibiteurs du protéasome et immunomodulateurs d’ancienne et de nouvelle génération, anticorps monoclonaux, etc.) leur permettant d’obtenir de taux de réponses globales avoisinant les 100 % mais surtout de présenter une médiane de survie globale (SG) aux alentours de dix ans. Cependant, mêmes complètes, ces rémissions immunochimiques ne sont pas des guérisons, d’où la nécessité d’utiliser de nouveaux outils d’évaluation de la réponse, tels que la maladie résiduelle (MRD) [1]. Actuellement deux techniques sont utilisées pour l’évaluation de la MRD : la cytométrie multiparamétrique huit couleurs (CMF) et le séquençage haut débit (NGS) avec des seuils de détectabilité allant jusqu’à 10-5 et 10-6, respectivement. Récemment, à l’ASH, ont été publiés les résultats de l’évaluation de la MRD en NGS chez des patients atteints de MM en rechute ou réfractaires traités par daratumumab (anticorps monoclonal anti-CD38) combiné soit au doublet lénalidomide-dexaméthasone (étude Pollux) soit au doublet bortézomib-dexaméthasone (étude Castor). Dans ces deux études, l’ajout de daratumumab a permis une augmentation significative des taux de MRD négative. De plus, les auteurs ont montré une augmentation significative de la survie sans progression (SSP) au sein des patients ayant obtenu une MRD négative, y compris au sein de la population à haut risque cytogénétique [2].

Une équipe internationale vient de publier les résultats d’une méta-analyse regroupant l’ensemble des données de MRD obtenues au sein de différentes études chez des patients atteints de MM en première ligne thérapeutique [3]. Grâce à une équation de recherche, les auteurs ont sélectionné l’ensemble des essais thérapeutiques s’intéressant aux patients atteints de MM nouvellement diagnostiqués et comprenant des données de MRD, évaluée à différents temps du traitement de première ligne, mais aussi des renseignements sur le devenir des patients (évaluation des SSP et SG). Quatre essais thérapeutiques ont pu être utilisés pour l’analyse de la SSP et trois pour la SG. Au sein de ces études, la MRD a été évaluée en majorité par CMF et le reste par NGS avec des seuils de détection pour les deux techniques estimés à 10-4. Les premiers résultats de la méta-analyse montrent que les patients ayant obtenu une MRD négative après la première ligne thérapeutique présentent une meilleure SSP que les patients à MRD positive, avec un hazard ratio (HR) de 0,35 (IC95% : 0,27-0,46, p < 0,001). Concernant les données de SG, les auteurs soulignent que les patients ayant obtenu une MRD négative après les traitements présentent une augmentation de la durée de SG avec un HR de 0,48 (IC95 % : 0,33-0,70, p < 0,001).

En conclusion, cette étude confirme le rôle prédictif de la MRD en première ligne thérapeutique sur le devenir des patients atteints de MM. Le développement des nouvelles molécules, mais surtout la multiplication des stratégies thérapeutiques, laisse envisager un traitement à la carte des patients de première ligne. Avec une technique aussi performante que la MRD, nous pouvons imaginer qu’à l’avenir, la stratégie de traitement sera stratifiée selon les critères pronostiques initiaux mais aussi selon la profondeur de la MRD obtenue après les premiers traitements. De ce fait, des critères initiaux de mauvais pronostic mais aussi une MRD positive en fin d’induction et en pré-autogreffe pourraient poser l’indication d’une réinduction, d’une double autogreffe ou encore d’un traitement d’entretien.