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Hématologie

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Facteurs pronostiques de la leucémie lymphoïde chronique. État des lieux et recommandations Volume 12, numéro 5, Septembre-Octobre 2006

Auteur
Service d’hématologie clinique, CHU de Caen, av. George-Clemenceau, 14033 Caen

L’identification de facteurs pronostiques dans la leucémie lymphoïde chronique a permis de distinguer des profils évolutifs différents de la maladie, et de concevoir des essais thérapeutiques basés sur ces regroupements. Dans les années 1970, les classifications de Rai et de Binet, reproductibles et d’application simple, ont constitué la base de stratification des essais thérapeutiques. Elles ont permis d’identifier les cas où un traitement n’était pas immédiatement nécessaire. Cependant, elles se sont avérées moins précises pour le pronostic des patients dont le stade évolutif justifiait un traitement. Au cours de la dernière décennie, les progrès portant sur la biologie des clones leucémiques ont renouvelé nombre de concepts physiopathologiques dans cette maladie et ont permis d’y reconnaître des indices pronostiques importants. Ainsi, le séquençage des gènes des parties variables des immunoglobulines a permis de distinguer deux groupes pronostiques très différents selon le degré de mutations propre à chaque clone. L’analyse cytogénétique par caryotype métaphasique et FISH a identifié des anomalies à forte connotation pronostique. Parmi les plus significatives, del(17p) et del(11q), les anomalies complexes et les translocations sont associées à un mauvais pronostic, tandis que la présence de del(13p) isolée est associée à une survie beaucoup plus longue. D’autres caractères biologiques, comme l’expression de ZAP-70, de CD38, l’augmentation des taux sériques de thymidine kinase, de CD23 soluble, de β 2 microglobuline, l’aspect de l’infiltration lymphoïde médullaire, le temps de doublement des lymphocytes sanguins, ou des caractères démographiques comme l’âge, le sexe, ont aussi une signification pronostique. La prise en compte de ces facteurs est aujourd’hui d’importance capitale pour la conduite d’essais destinés à évaluer les traitements susceptibles d’en influencer le poids. En revanche, leur utilisation pour une orientation thérapeutique individuelle n’est pas fondée sur les données de la littérature actuelle ni reconnue comme pertinente selon des avis d’experts, tant que des traitements stratifiés selon ces facteurs de risque n’auront pas démontré le bénéfice que les patients peuvent en tirer.