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Environnement, Risques & Santé

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Le rôle du savant en matière de politique publique : à propos des recommandations de la Commission pollution et santé de The Lancet Volume 17, numéro 3, Mai-Juin 2018

Auteur
Société française de santé et environnement (SFSE)
Université Paris Diderot
Bâtiment Buffon – Case courrier 7073
4, rue Marie Andrée Lagroua Weill Hallé
75205 Paris cedex 13
France
* Tirés à part
  • Mots-clés : pollution, santé, politiques publiques, développement durable, Nations unies, idéologie libérale, économie mondialisée, lutte anti-pollution, surveillance des pollutions
  • DOI : 10.1684/ers.2018.1173
  • Page(s) : 300-6
  • Année de parution : 2018

Le rapport de la Commission pollution et santé publiée dans la revue The Lancet le 9 octobre 2017 « vise à accroître la sensibilisation mondiale à la pollution, à mettre fin à l’inaction face aux maladies liées à la pollution et à mobiliser les ressources et la volonté politique nécessaires à une lutte antipollution efficace ». Ce manifeste entretient une confusion préjudiciable entre ce qui relève du savant et ce qui relève du politique. Il souffre d’abord d’un lien d’intérêt avec la Banque mondiale, son financeur indirect, dont il reprend fidèlement les recommandations dans ce domaine. Les experts de la Commission ont été recrutés sur une base d’opinions trop homogène : manifestement, ils adhèrent tous aux objectifs de développement durable des Nations unies et à l’idéologie politique libérale dominante. C’est pourquoi leurs recommandations en matière de politique publique entremêlent des postures professionnelles contraignantes avec une confiance angélique dans l’esprit de responsabilité sociale des acteurs économiques privés et la foi dans les vertus de la participation de la société civile. Plus grave, la domination numérique des représentants de pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans le collectif d’expertise conduit à deux jugements critiquables : (i) considérer que le développement industriel des pays pauvres peut se faire sans pollution dans le cadre d’une économie capitaliste mondialisée, et (ii) prétendre que la simple réplication dans les pays pauvres de stratégies de lutte anti-pollution qui ont fait leurs preuves dans les pays riches est possible. Heureusement, les quelques recommandations du rapport qui se rapportent au métier scientifique des experts sont indiscutables et appellent d’ailleurs un financement par les politiques publiques.