John Libbey Eurotext

Environnement, Risques & Santé

Inégalités environnementales et sociales de santé et leurs déterminants Volume 10, numéro 3, Mai-Juin 2011

Auteurs
APPA Association pour la prévention de la pollution atmosphérique 10, rue Pierre Brossolette 94270 Le Kremlin-Bicêtre France, Fractal 5, rue Guillaumot 75012 Paris France
  • Mots-clés : capabilité, disparités d’état sanitaire, état de santé, incertitude, inégalités, santé environnementale, santé publique
  • DOI : 10.1684/ers.2011.0449
  • Page(s) : 200-6
  • Année de parution : 2011

La notion d’inégalités environnementales s’est largement popularisée en France depuis une dizaine d’années. Possédant un ancrage sanitaire marqué, elle a rencontré la problématique des inégalités sociales de santé, elles-mêmes venues sur le devant de la scène au début des années 2000. Après un bref rappel de ce que recouvrent les notions étroitement imbriquées d’environnement et de santé, cette contribution met l’accent sur le renouvellement apporté par la notion de capabilité développée par Sen à la compréhension de l’inégalité. L’environnement est une « ressource » aujourd’hui fragilisée, à laquelle la santé vient largement s’abreuver, avec une dimension collective, voire même communautaire, parfois en discordance avec la qualité de la vie individuelle. Or cette plasticité de l’environnement est difficile à appréhender dans le contexte français encore largement sous l’emprise du contrat social établi par Rousseau à travers une démarche particulièrement rigide et contraignante pour les individus puisqu’elle impose «  l’aliénation totale de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté ». Les travaux de Sen, au contraire, poussent à envisager un paysage social profondément différencié dans lequel interviennent de multiples critères propres aux individus et à leurs capacités. À travers différents exemples d’inégalités dites environnementales, analysés au sein de la région Nord–Pas-de-Calais, ce travail souligne les défaillances du « contrat social » pour lequel, fondamentalement, l’égalité est de rigueur. Cette réintroduction de la nature et de la matérialité remet en cause les politiques établies, démunies pour intégrer les corollaires naturels de l’environnement que sont les limites, l’incertitude, la responsabilité et le long terme. La question des inégalités environnementales est ainsi une manière d’attirer l’attention sur certains dysfonctionnements du social et la rivalité mimétique qu’il institue, source de violence, en place d’une vision plus autonome permettant de construire une dynamique plus adaptée aux ressources existantes dans une perspective de responsabilité collective des biens communs.