ARTICLE
Auteur(s) : V Brunie1, T Caruba1, R
Guillemain2, P Prognon1, B
Sabatier1
1Service de pharmacie, Hôpital Européen Georges
Pompidou, Paris
2Service de réanimation chirurgie cardiovasculaire,
Hôpital Européen Georges Pompidou, Paris
La mucoviscidose (cystic fibrosis, CF) est la maladie génétique
létale à transmission autosomique récessive la plus fréquente dans
les populations caucasiennes. Si l’atteinte est multiviscérale, le
pronostic vital dépend essentiellement de l’altération de la
fonction pulmonaire. Son traitement est uniquement symptomatique et
fait appel, en dernier recours, à la transplantation bi-pulmonaire.
Actuellement, la transplantation pulmonaire pédiatrique en France
est peu fréquente avec 4 centres hospitaliers agrées : Lyon,
Marseille (La Timone), Nantes et Paris (HEGP). La principale
complication à moyen et long terme de la transplantation pulmonaire
est le rejet chronique. Au niveau physiopathologique, il se traduit
par une bronchiolite oblitérante. Il constitue la première cause de
décès post-transplantation. Ainsi, l’enjeu majeur de la
thérapeutique immunosuppressive réside dans la maîtrise de ce
rejet.
En pédiatrie, les prescripteurs se heurtent à une problématique
récurrente : un arsenal thérapeutique disponible restreint. En
effet, peu de médicaments possèdent une autorisation de mise sur le
marché (AMM) pédiatrique ou mentionnent dans le résumé des
caractéristiques du produit (RCP) des données chez l’enfant. Les
traitements immunosuppresseurs n’échappent pas à cette règle. Parmi
les différentes thérapeutiques, seuls la ciclosporine et le
mycophénolate mofétil (en suspension buvable) possèdent une AMM
pédiatrique.
Le cas de Léa illustre bien les difficultés rencontrées par les
médecins dans la prise en charge des enfants mucoviscidosiques
bénéficiant d’une transplantation pulmonaire et nécessitant donc un
traitement immunosuppresseur. Bien qu’aucune société savante ne
recommande un schéma thérapeutique standard de première intention,
la pratique clinique et la littérature mettent en évidence une
trithérapie immunosuppressive associant un anticalcineurine, un
antimétabolite et un corticoïde [1]. En 2001, une nouvelle famille
d’immunosuppresseurs, les inhibiteurs de la mTOR, a été mise sur le
marché avec comme premier représentant le sirolimus. L’apparition
d’un effet indésirable dû aux corticoïdes chez notre patiente a
conduit à remplacer ces derniers par l’évérolimus, second
représentant des inhibiteurs de la mTOR et commercialisé en France
en 2004 sous le nom de Certican®.
Ainsi, l’évérolimus a permis de réaliser une trithérapie
immunosuppressive efficace et bien tolérée à moyen terme.
Observation clinique
Une mucoviscidose homozygote pour la mutation ΔF508 du gène codant
pour la protéine Cystic Fibrosis Transmembrane conductance
Regulator (CFTR) est diagnostiquée chez Léa à l’âge d’un an. Elle
est alors rapidement prise en charge par une équipe
pluridisciplinaire et reçoit de nombreux traitements à visée
symptomatique (antibiothérapie, mucolytique, enzyme pancréatique,
anti-inflammatoire...). Malgré cette prise en charge thérapeutique,
les symptômes de la maladie progressent. Ainsi, à l’âge de
11 ans, Léa présente une insuffisance pancréatique exocrine,
un diabète insulinodépendant et une insuffisance respiratoire
terminale associée à une colonisation pulmonaire par Pseudomonas
aeruginosa muqueux résistants. En revanche, elle n’est pas
colonisée par Burkholderia cepacia.
Face à ce tableau, un bilan pré-greffe est réalisé pour
déterminer son éligibilité à la transplantation pulmonaire. Fin
juin 2006, à l’âge de 12 ans, Léa bénéficie d’une
transplantation bi-pulmonaire à partir du greffon d’un donneur
isogroupe et isorhésus à l’Hôpital Européen Georges Pompidou
(HEGP). Cependant, le statut sérologique du greffon est CMV positif
alors que celui de Léa est CMV négatif.
Le traitement immunosuppresseur post-transplantation mis en
place est, conformément aux protocoles les plus fréquemment
retrouvés dans la littérature [2, 3], une trithérapie associant
tacrolimus (Prograf®), à la posologie de 4 mg deux
fois par jour (0,3 mg/kg/j), mycophénolate mofétil (MMF)
(Cellcept®), 1 g deux fois par jour
(2 g/m2/j) et prednisone (Cortancyl®),
25 mg une fois par jour (0,9 mg/kg/j).
Le suivi post-greffe de Léa repose sur :
- – un suivi clinique et biologique de la fonction
pulmonaire ;
- – un suivi de l’efficacité et des effets indésirables
des immunosuppresseurs : dosage sanguin du tacrolimus
(technique de dosage : MEIA (Microparticle Enzyme
ImmunoAssay) ; concentration résiduelle sanguine cible
comprise entre 5 et 15 ng/mL à partir d’un mois post-greffe) et de
l’acide mycophénolique (dosage du métabolite du MMF, l’acide
mycophénolate, par EMIT (Enzyme Multiplied Immunoassay
Technique) ; détermination de l’aire sous la courbe AUC
(0-12), valeur cible comprise entre 30 et 60 mg/h/L), suivi
biologique des fonctions rénale (créatininémie, urémie et clairance
de la créatinine) et hépatique (bilirubinémie et enzymes hépatiques
ASAT et ALAT), NFS et plaquettes, VS et ionogramme
sanguin ;
- – une recherche des éventuelles complications.
Au décours de ce suivi, et seulement un mois après la
transplantation, une paresthésie du membre inférieur gauche et une
rétention urinaire apparaissent. Un diagnostic de lipomatose
épidurale avec amincissement du fourreau dorsal est posé en accord
avec la clinique et l’IRM médullaire. Cette accumulation de graisse
non encapsulée dans l’espace épidural est un effet indésirable rare
de la corticothérapie mais décrit dans la littérature [4, 5].
L’arrêt de la corticothérapie et l’instauration d’un régime
hypocalorique sont alors mis en place pour permettre une régression
des signes cliniques. Par conséquent, la trithérapie
immunosuppressive est remise en question. Ainsi, il est introduit à
la place des corticoïdes l’évérolimus (Certican®), par
voie orale, à la posologie de 0,75 mg 2 fois jour
(0,05 mg/kg/j). Dans le cas de Léa, l’évérolimus a été préféré
au sirolimus (Rapamune®) car la littérature rapporte de
nombreux cas de complications pulmonaires associées au sirolimus et
peu d’effets bénéfiques sur la progression de la bronchiolite
oblitérante [6-8]. Le suivi biologique de l’évérolimus est réalisé
par dosage de la concentration sanguine d’évérolimus par FPIA
(Fluorescence Polarization ImmunoAssay) ; dosage immunologique
par polarisation de fluorescence réalisé sur TDx®). La
valeur cible est comprise entre 3 et 8 ng/mL, dans les indications
de l’AMM. Deux mois après la transplantation pulmonaire, et devant
une concentration résiduelle C0 = 5,6 ng/mL, la
posologie est augmentée à 6 mg/j en 2 prises, soit la
posologie maximale validée par l’AMM pour la prévention du rejet
d’organe chez les patients adultes recevant une allogreffe rénale
ou cardiaque. La posologie est enfin réajustée à 5,5 mg/j en 2
prises et la concentration correspondante (mesurée sur sang total)
varie, en fonction du temps, entre 6,6 et 10,2 ng/mL. Quatorze mois
après l’introduction de l’évérolimus, l’état clinique de Léa est
stable. Elle ne présente pas de signe de rejet chronique et tolère
bien la posologie de 5,5 mg/j d’évérolimus.
La trithérapie immunosuppressive de Léa associe donc les 3
spécialités suivantes : évérolimus (Certican®),
tacrolimus (Prograf®) et mycophénolate mofétil
(Cellcept®). Cette trithérapie agit par inhibition de 3
cibles distinctes : la kinase mTOR des lymphocytes B et T, la
calcineurine des lymphocytes T et la synthèse d’ADN dans les
lymphocytes T.
Si l’évérolimus possède une AMM depuis avril 2004 pour
prévenir le rejet d’organe chez les patients adultes transplantés
rénaux ou cardiaques, sa prescription comme immunosuppresseur chez
l’enfant transplanté pulmonaire reste pour l’instant hors AMM. De
plus, l’AMM précise que l’évérolimus s’utilise en association avec
la ciclosporine et les corticoïdes, à la posologie initiale de
1,5 mg/j en 2 prises pour obtenir des concentrations minimales
et maximales de 3 et 8 ng/mL de sang total.
Bien que l’évérolimus ne possède pas l’AMM dans la prise en
charge de la greffe pulmonaire en pédiatrie, il se présente comme
une alternative thérapeutique dans certaines situations cliniques,
dont celle de Léa.
Discussion
Particularités pharmacocinétiques des immunosuppresseurs liées
à la mucoviscidose
Chez les patients atteints de mucoviscidose, 4 organes sont
majoritairement touchés : les poumons, le pancréas, le foie et
les intestins. Les troubles de la fonction
pancréatique consistent en une insuffisance de sécrétion
enzymatique. C’est pourquoi les patients mucoviscidosiques
présentent généralement une malabsorption des lipides. Les
médicaments lipophiles sont donc eux aussi mal absorbés et une
augmentation des doses est souvent nécessaire pour obtenir des
concentrations thérapeutiques efficaces.
En 1998, Walker et al ont montré que la dose de tacrolimus
rapportée au poids corporel devait être augmentée de 39 % chez
les patients atteints de mucoviscidose pour obtenir les mêmes
concentrations sanguines que chez les patients non atteints de
mucoviscidose [9]. Deux explications ont été avancées en 2005 par
Saint-Marcoux et al : le tacrolimus est un médicament
lipophile, dont l’absorption est diminuée chez ces patients. Ceci
peut partiellement expliquer la plus faible biodisponibilité du
tacrolimus. De plus, chez les patients atteints de mucoviscidose,
il a été démontré, in vitro, que la clairance rénale des substrats
de la glycoprotéine P était augmentée. Or, le tacrolimus est un de
ses substrats. Cependant, ces résultats n’ont par la suite pas été
confirmés in vivo [10].
En 2003, Gerbase et al ont comparé les doses de MMF (en
association avec le tacrolimus) nécessaires en post-transplantation
pulmonaire chez 7 patients atteints de mucoviscidose versus 6
patients de poids comparables ayant un emphysème pulmonaire. Ils
ont montré que la dose de MMF (en mg/kg de poids corporel) chez les
patients atteints de mucoviscidose devait être 30 % plus
élevée que chez les patients non atteints afin que les mêmes
concentrations thérapeutiques soient atteintes [11].
L’évérolimus appartient lui aussi à la catégorie des
médicaments lipophiles. Bien qu’il n’y ait pas, à l’heure actuelle,
de littérature chez les patients atteints de mucoviscidose, il est
envisageable que sa biodisponibilité soit diminuée, comme cela a
été démontré précédemment pour le tacrolimus et le MMF.
Ainsi, les fortes posologies utilisées dans le cas de Léa
semblent cohérentes avec les résultats de la littérature concernant
la pharmacocinétique particulière des médicaments lipophiles chez
les patients atteints de mucoviscidose.
La transplantation pulmonaire
Consensus sur les traitements immunosuppresseurs chez l’adulte
et en pédiatrie ?
Aucun consensus concernant le traitement au long cours pour
prévenir le rejet chronique de la greffe pulmonaire n’a été établi
par les sociétés savantes.
Néanmoins, 2 protocoles sont classiquement utilisés au regard de
la littérature. Il s’agit des associations
« tacrolimus-mycophénolate mofétil (MMF)-prednisone » et
« ciclosporine-azathioprine-méthylprednisone ».
Ainsi, entre 1994 et 1997, une étude comprenant 38
patients a comparé l’efficacité du MMF versus azathioprine en
post-transplantation pulmonaire récente. Ces médicaments étaient
associés à la ciclosporine et à la prednisone, à la posologie de
2 mg par jour pour les 21 patients du groupe MMF et de 1,5 à
2 mg/kg/j puis adaptée au nombre de leucocytes pour les 17
patients du groupe azathioprine. La différence entre les deux
groupes était significativement en faveur du MMF sur les 3 critères
suivants : nombre moyen d’épisodes de rejet aigu, biopsies
transbronchiques sans signes de rejet et nombre moyen d’infections
par patients. Ces résultats ont donc montré que le MMF était plus
efficace que l’azathioprine dans la prévention des épisodes de
rejet en post-transplantation précoce de poumons [2]. Entre 1997 et
1999, une étude prospective, ouverte et randomisée a comparé
l’efficacité du tacrolimus versus ciclosporine en
post-transplantation pulmonaire chez 50 patients. Les 26 patients
du groupe « tacrolimus » ont reçu l’association
tacrolimus (0,05 mg/kg/j en IV puis 0,1-0,3 mg/kg/j en
per os), MMF et prednisone alors que les 24 patients du groupe
« ciclosporine » étaient traités par ciclosporine
(2 mg/kg/j en IV puis 3-5 mg/kg/j per os) également
associée au MMF et à la prednisone. Les critères d’évaluation
étaient : l’absence de rejet aigu, la survie des patients, la
survenue d’épisodes infectieux et la présence d’effets
indésirables. Les auteurs ont conclu à un potentiel
immunosuppresseur légèrement supérieur de l’association
« tacrolimus-MMF » par rapport à l’association
« ciclosporine-MMF ». En effet, les différences étaient
en faveur du groupe « tacrolimus-MMF » mais non
significatives entre les 2 groupes [3]. Plus récemment, 2 études
comparant le tacrolimus et la ciclosporine en post-transplantation
pulmonaire sont en faveur d’une meilleure efficacité du tacrolimus.
D’une part, les complications sont moins fréquentes et, d’autre
part, la fonction pulmonaire des patients ayant développé une
bronchiolite oblitérante est stabilisée en cas de switch
ciclosporine-tacrolimus [12, 13].
Un autre protocole d’immunosuppression chez les transplantés
pulmonaires atteints de mucoviscidose suivait le schéma
suivant : ciclosporine par voie IV dès le début de la greffe,
associée à l’azathioprine 2 mg/kg/j et à la méthylprednisone
125 mg 3 fois par jour le premier jour puis 0,5 mg/kg/j
le premier mois. Lorsque l’appareil digestif redevenait
fonctionnel, la ciclosporine IV était remplacée par du
Néoral®, ciclosporine microémulsionnée en per os.
L’azathioprine et la ciclosporine étaient respectivement remplacées
par le MMF et le tacrolimus chez les patients présentant plusieurs
épisodes de rejet. Après 1 an et en l’absence d’épisodes de rejet
durant les 6 derniers mois, la méthylprednisone était remplacée par
la prednisone à la posologie de 10 à 15 mg/j [14].
Aux Etats-Unis, environ 50 % des transplantations
pulmonaires pédiatriques ont été réalisées avec un traitement
d’induction entre 2001 et 2002. Ce traitement était le plus souvent
un antagoniste du récepteur de l’IL-2. Un an après la
transplantation, la majorité des patients était traitée par
azathioprine ou MMF associé au tacrolimus et à la prednisone. Alors
que 5 ans après, le traitement retrouvé de façon majoritaire
était l’association
« ciclosporine-azathioprine-prednisone ». Ainsi, au
final, les 2 associations les plus fréquentes sont
« ciclosporine-azathioprine-prednisone » et
« tacrolimus-MMF-prednisone » [15].
Enfin, en Australie, la trithérapie standard dans la
transplantation pulmonaire est également constituée de
l’association
« ciclosporine-azathioprine-méthylprednisone » [16].
Il est à noter que, dans toutes les études mentionnées
ci-dessus, la ciclosporine utilisée en per os est toujours la forme
microémulsionnée, Néoral®.
Place de l’évérolimus dans la transplantation pulmonaire
Il existe 4 familles d’immunosuppresseurs pour prévenir le rejet en
post transplantation d’organes solides : les
anticalcineurines, les antimétabolites, les inhibiteurs de la
kinase mTOR et les corticoïdes [17-19]. Parmi les effets
indésirables communs aux 4 familles d’immunosuppresseurs,
notons : les troubles hématologiques tels que leucopénie, les
infections (virales, bactériennes et mycologiques), les lymphomes
et les néoplasies.
On a étudié l’efficacité in vivo de l’évérolimus. En 1998,
Salminen et al. ont utilisé un modèle animal (cochon) développant
une oblitération accélérée des voies aériennes après greffe
hétérotopique de segments terminaux de bronches. En effet, en
l’absence de traitement immunosuppresseur, une oblitération
complète est observée après 28 jours chez ce modèle.
L’efficacité de l’évérolimus (1,5 mg/kg), associé à la
ciclosporine (10 mg/kg) et à la méthylprednisone (20 mg),
a été comparée à celle de l’azathioprine (2 mg/kg) associée
aux mêmes molécules. Une différence significative a été observée
entre ces 2 groupes (p < 0,01). Ainsi, il ressort que
l’association évérolimus-ciclosporine-méthylprednisone a des effets
immunosuppresseur et régulateur de la croissance suffisants pour
permettre la régénération structurée de l’épithélium bronchique,
évitant alors l’oblitération de la lumière bronchique [20].
De plus, en 1999, une étude de Hausen et al. rapporte que
l’association évérolimus (2,5 mg/kg/j) et ciclosporine
(Néoral®, 7,5 mg/kg/j) entraîne une diminution des
évènements de rejet aigu en transplantation pulmonaire chez le rat
[21].
Au niveau histologique, la bronchiolite oblitérante (BO) est
associée à une augmentation du nombre des polynucléaires
neutrophiles PnN et des lymphocytes CD8+ dans le liquide
bronchoalvéolaire (LBA), des lymphocytes CD8+ et des
dépôts de collagène dans les biopsies endobronchiques (EBB). De
plus, une augmentation de la concentration sanguine des lymphocytes
CD4+ constitue un marqueur reconnu de la BO. En effet,
celle-ci est corrélée à la présence ou au développement imminent
d’une BO avec une sensibilité de 100 % et une spécificité de
80 % [22].
Snell et al. ont comparé les compositions des LBA et EBB de 33
patients transplantés pulmonaires et traités par évérolimus ou
azathioprine, tous 2 associés à la ciclosporine microémulsionnée et
à la prednisone. Dans le groupe traité notamment par évérolimus, le
nombre de lymphocytes CD4+ était significativement
inférieur dans les LBA et EBB. Le nombre de lymphocytes
CD4+ ainsi que celui des PnN étaient également diminués
dans ce groupe par rapport au groupe azathioprine. Toutes ces
observations sont en faveur d’une action bénéfique de l’évérolimus
sur l’apparition de bronchiolite oblitérante [23].
En 2004, une étude internationale, randomisée et en double
aveugle a comparé l’efficacité de l’évérolimus versus azathioprine
dans le traitement d’entretien post-transplantation pulmonaire, en
association avec de la ciclosporine et des corticoïdes. Celle-ci
était jugée sur l’incidence de la perte d’efficacité du traitement
(ΔVEMS > 15 %, rejet du greffon ou décès) ou la rupture de
suivi 12 mois après la première administration. Sur les 213
patients, 101 ont reçu 3 mg/j d’évérolimus et 112,
1-3 mg/kg/j d’azathioprine. Au cours de l’étude, les
posologies d’évérolimus et d’azathioprine ont été diminuées, en
moyenne 1,2 ± 0,4 mg 2 fois par jour et 1,2 mg/kg/j,
respectivement. La concentration d’équilibre de l’évérolimus était
de 6,6 ng/mL. Il est à noter que la pharmacocinétique de
l’évérolimus est similaire qu’il s’agisse de transplantations
pulmonaire, rénale ou cardiaque. A 12 mois, l’incidence de la
perte d’efficacité du traitement ou la rupture de suivi
12 mois après la première administration était
significativement inférieure dans le groupe traité par évérolimus
(21,8 % versus 33,9 %). De plus, à 12 et 24 mois,
l’efficacité de l’évérolimus sur la réduction de l’incidence des
épisodes de rejets aigus était significativement supérieure à celle
de l’azathioprine (12 mois : 7,9 % versus
32,1 %, 24 mois : 14,9 % versus 41,1 %).
Néanmoins, la tolérance de l’association ciclosporine-évérolimus
semblait moindre, au vu du nombre important de perdus de vue à
24 mois dans ce groupe (42 %). Actuellement, des doses
réduites de ciclosporine sont utilisées en cas d’association à
l’évérolimus afin d’améliorer la compliance au traitement [24].
En résumé, chez l’animal et chez l’homme, l’efficacité de
l’évérolimus sur la prévention des épisodes de rejets aigus semble
supérieure à celle de l’azathioprine. L’association de l’évérolimus
à la ciclosporine entraîne une diminution des évènements de rejets
aigus. De plus, l’évérolimus possède une action favorable sur
l’apparition de la BO. Ainsi, l’évérolimus semble avoir une place
non négligeable dans la stratégie thérapeutique
post-transplantation pulmonaire chez l’adulte, bien qu’il ne
possède pas d’AMM à ce jour pour cette indication.
Revue de la littérature sur l’utilisation de l’évérolimus en
pédiatrie
En transplantation rénale
En 2002, Vester et al. ont suivi un groupe de 10 enfants ayant subi
une transplantation rénale de novo. Il s’agissait d’une étude
ouverte, internationale, prospective et multicentrique. Le but de
ce travail était triple : il s’agissait d’évaluer l’efficacité
de l’évérolimus, sa tolérance et sa sécurité d’emploi, dans le
cadre d’une association à la ciclosporine et à la prednisone.
L’efficacité de l’évérolimus était définie par une absence
d’épisodes de rejet prouvés cliniquement ou par biopsie, de
défaillance du greffon, de décès ou de perte de suivi d’un patient.
L’évérolimus était prescrit à la posologie de
0,8 mg/m2 deux fois par jour. Les auteurs ont
conclu à une efficacité dans la prévention des épisodes de rejet
chez les transplantés rénaux pédiatriques et donc à l’utilité de
l’évérolimus comme alternative thérapeutique pour ces patients
[25].
Par ailleurs, selon Pape et al., le traitement immunosuppresseur
comprenant l’évérolimus, associé à la ciclosporine et à la
prednisone, permet d’observer une meilleure filtration glomérulaire
que celui associant l’azathioprine à la ciclosporine et à la
prednisone. En effet, chez 13 enfants (d’âge moyen égal à
13 ans) transplantés rénaux, une néphropathie du greffon a été
diagnostiquée par biopsie. Ces enfants étaient tous traités par
ciclosporine, MMF et prednisone. Le MMF a été remplacé par
l’évérolimus et la posologie de ciclosporine, divisée par 2. Douze
mois plus tard, la différence entre les taux de filtration
glomérulaire était significative (p < 0,05) [26].
En transplantation cardiaque
Aujourd’hui, la transplantation cardiaque est une alternative
thérapeutique acceptable chez les enfants atteints de cardiopathie
congénitale ou de défaillance cardiaque au stade terminal. Le
rapport de l’International Society for Heart and Lung
Transplantation (ISHLT) de 2005 concernant la situation en
pédiatrie montre que la mortalité précoce post-transplantation tend
à diminuer alors que la mortalité tardive reste constante. La
principale cause de morbi-mortalité est la maladie cardiaque du
greffon (cardiac allograft vasculopathy ou CAV). Elle se
caractérise par la prolifération de cellules musculaires lisses au
niveau vasculaire. Les immunosuppresseurs appartenant à la famille
des inhibiteurs de la mTOR ont montré des résultats encourageants
concernant le ralentissement de la progression de la CAV, en
comparaison à l’azathioprine et au MMF [27].
Bientôt en transplantation pulmonaire ?
A l’heure actuelle, il n’existe aucune publication concernant
l’utilisation de l’évérolimus en post-transplantation pulmonaire
chez l’enfant. Cependant, les résultats des études sur l’évérolimus
utilisé d’une part, en post-transplantation pulmonaire chez
l’adulte et, d’autre part, en post-transplantation rénale et
cardiaque chez l’enfant, permettent d’extrapoler à la
post-transplantation pulmonaire chez l’enfant. C’est pourquoi, dans
le cas de Léa, l’évérolimus se présentait comme la meilleure
alternative thérapeutique.
De plus, l’utilisation des anticalcineurines en
post-transplantation pose régulièrement des problèmes de tolérance
rénale dus à leur importante néphrotoxicité. Ainsi, à long terme,
de même qu’en transplantation rénale, une stratégie thérapeutique
épargnant cette famille d’immunosuppresseurs pourrait être
envisagée.
Conclusion
En France, la création des centres de ressources et de compétences
de la mucoviscidose (CRCM) en 2001 et la mise en place du
diagnostic prénatal obligatoire en 2002 ont permis une meilleure
prise en charge des patients atteints de mucoviscidose.
Actuellement, la seule thérapeutique permettant de prolonger la
survie des malades reste la transplantation bi-pulmonaire. Suite à
cette transplantation, un traitement immunosuppresseur doit être
prescrit afin de prévenir le rejet chronique.
Léa bénéficie dans un premier temps de la trithérapie
immunosuppressive la plus fréquemment décrite dans la
littérature : tacrolimus-MMF-prednisone. Cependant,
l’apparition d’un effet indésirable potentiellement imputable aux
corticoïdes a poussé l’équipe médicale à rechercher une alternative
thérapeutique. La littérature concernant les inhibiteurs de la
mTOR, et plus particulièrement l’évérolimus, est en faveur de son
efficacité en post-transplantation. En effet, chez l’adulte,
l’efficacité de l’évérolimus a été démontrée en traitement
d’entretien de la transplantation pulmonaire. Chez l’enfant, les
études en post-transplantation rénale et cardiaque concluent à une
efficacité supérieure à celles du MMF et/ou de la ciclosporine. Le
choix s’est donc porté sur cet immunosuppresseur bien qu’il ne
possède pas l’AMM pédiatrique en post-transplantation.
L’utilisation des anticalcineurines pose quasi constamment le
problème des effets indésirables rénaux qu’ils provoquent et, à
terme, l’association évérolimus-MMF-prednisone pourrait devenir le
traitement immunosuppresseur le plus fréquemment prescrit [28].
Néanmoins, l’immunosuppression est un équilibre fragile à maintenir
et de véritables études cliniques chez l’enfant sont nécessaires
ainsi que le développement d’une forme commerciale, par exemple une
solution buvable, forme plus adaptée à l’enfant.
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