ARTICLE
Auteur(s) : Camille Rieux1, Marie-Blanche
Personnaz2,3, Michel
Thibaudon1
1Réseau national de surveillance aérobiologique
(RNSA), Chemin des Gardes, BP 8, 69610 Saint-Genis-l’Argentière
2Association pour le contrôle et la préservation de
l’air dans la région grenobloise (ASCOPARG), 44, avenue Marcelin
Berthelot, 38100 Grenoble
3SUP’AIR, 22, rue Nicolas Avit, BP 345, 38150
Salaise-sur-Sanne
Article reçu le 1 Octobre 2007, accepté le 7 Janvier 2008
L’allergie au pollen, ou pollinose, est une affection
saisonnière liée à la présence dans l’air de grains de pollen qui
sont des particules biologiques. Cette pathologie provoque à la
fois des symptômes légers, bien qu’invalidants, comme des
conjonctivites, des rhinites et des éternuements en rafales, mais
aussi des complications bronchiques (asthme) ou cutanées (eczéma).
Telle quelle, la pollinose constitue une préoccupation majeure de
santé publique, puisque près de 20 % de la population
française sont désormais concernés.
La concentration en pollen dans l’environnement dépend de
manière complexe de la végétation locale, de l’évolution
phénologique et des conditions météorologiques. De ce fait, la
modélisation déterministe, aujourd’hui opérationnelle dans le champ
de la surveillance des polluants chimiques réglementés comme
l’ozone, reste confinée au domaine de la recherche dans le cas de
l’aérobiologie. La stratégie de surveillance du contenu pollinique
de l’air doit donc être fondée avant tout sur une approche
métrologique, ce qui suppose l’existence d’un réseau de capteurs
convenablement conçu et exploité.
Le RNSA (Réseau national de surveillance aérobiologique) a
établi un réseau de 70 capteurs de fond répartis sur
l’ensemble du territoire de la France métropolitaine. Ce dispositif
à visée sanitaire permet depuis une vingtaine d’années de délivrer
des bulletins d’information à destination du corps médical, des
autorités de santé et des allergiques, mais aussi d’incrémenter une
base de données importante sur les pollens, qui peut être exploitée
dans le cadre d’études spécifiques [1].
Mais, en raison de la forte hétérogénéité biogéographique et
climatique rencontrée en France, le contenu pollinique de l’air
varie de manière considérable selon la région considérée.
L’objectif de cet article est de présenter une méthode statistique
simple qui puisse être utilisée pour étudier la variation spatiale
des concentrations polliniques et, ainsi, identifier des
« bassins d’air » présentant des propriétés polliniques
homogènes. Outre l’acquisition de connaissances relatives aux
mécanismes aérobiologiques fondamentaux, cela a deux implications
majeures liées à la gestion du réseau métrologique :
- – premièrement, la délimitation de bassins d’air
homogènes permet d’exploiter les données collectées à une échelle
spatiale pertinente (par exemple, élaboration et diffusion d’un
bulletin d’information commun à tous les sites appartenant à un
même bassin d’air) ;
- – deuxièmement, cette information peut être utilisée
afin d’évaluer la représentativité spatiale du réseau métrologique
(c’est-à-dire identifier les éventuelles redondances et/ou carences
du plan d’échantillonnage) ; le cas échéant, cela permet aussi
d’élaborer des propositions visant à optimiser le réseau, par ajout
ou suppression de capteurs. En effet, parmi d’autres paramètres
tels que la répartition de la population [2], l’architecture du
réseau doit prendre en compte la répartition des bassins d’air.
D’une manière schématique, les régions présentant une grande
homogénéité spatiale des concentrations de pollen ne demandent pas
une forte densité de capteurs, alors que des zones montrant des
variations abruptes des propriétés polliniques nécessitent une
fréquence spatiale d’échantillonnage beaucoup plus élevée.
Il est théoriquement possible d’identifier des « bassins
d’air » homogènes sur la base de l’étude de la répartition des
espèces végétales et des conditions météorologiques. Néanmoins, une
telle approche est difficile à mettre en œuvre parce que les
données de répartition des sources sont incomplètes, et parce que
la prise en compte du transport des grains de pollen par le vent
est complexe. Nous avons donc décidé de mettre en œuvre une
approche géostatistique plus simple, fondée sur l’exploitation de
la base de données du RNSA. Elle repose sur l’utilisation d’un
indice développé spécifiquement pour la circonstance – la distance
pollinique (DP) – qui mesure le degré de similarité des propriétés
polliniques de deux sites de mesure. Ce terme, bien que recouvrant
une définition mathématique originale, a été emprunté à Calleja
et al. [3]. La DP est utilisée comme mesure de distance dans
une analyse de regroupement (cluster analysis), afin d’identifier
des groupes de sites partageant des caractéristiques polliniques
similaires. L’analyse de regroupement est une méthode générale déjà
utilisée avec succès dans les domaines de la surveillance de la
qualité de l’air [4, 5] et de l’aérobiologie [6]. Cet article vise
à illustrer l’approche statistique que nous avons développée, en
présentant une étude pilote qui porte sur une partie limitée du
réseau du RNSA (18 capteurs), sur 8 taxons et sur une
période de 3 ans (2003-2005).
Matériel et méthode
Données polliniques
L’étude repose sur les données collectées par le RNSA et, pour ce
qui concerne Genève, par MétéoSuisse. Les capteurs utilisés sont
des appareils de Hirst [1, 3]. Les données analysées sont les
concentrations polliniques quotidiennes de 8 taxons, mesurées
simultanément sur 13 ou 18 sites selon l’année considérée,
entre 2003 et 2005 (figure 1). La région
étudiée – un large quart sud-est de la France – couvre
environ 180 000 kilomètres carrés. Parmi les 12 taxons
initialement sélectionnés sur la base de leur impact sanitaire
(Alnus, Ambrosia, Betula, Castanea, Corylus, Cupressaceæ, Fraxinus,
Platanus, Poaceæ, Populus, Quercus et Rumex), 4 ont été exclus de
l’étude. Les taxons précoces (Cupressaceæ, Alnus et Corylus) ont
ainsi été éliminés, car la période de fonctionnement de certains
sites débute trop tard dans la saison pour permettre de
caractériser la totalité de leur pic de pollinisation. C’est en
revanche sa distribution spatiale très particulière qui a conduit à
exclure l’ambroisie (Ambrosia), qui devra par la suite être étudiée
séparément. Les sites dont les séries présentaient plus de
10 % de données manquantes au cours de la période de
pollinisation n’ont pas non plus été retenus.
Distance pollinique
L’analyse statistique a été réalisée à l’aide d’un programme
informatique dédié à l’analyse de données polliniques, développé
sous Matlab® 7.0.1. Elle repose sur le calcul d’un
indice que nous avons spécifiquement élaboré et appelé distance
pollinique (DP). La DP quantifie, sur une échelle de 0
à 1, le degré de similarité entre les enregistrements réalisés
dans deux stations distinctes ; il est fondé sur la
comparaison des séries temporelles de concentration pollinique et
est défini formellement tel que :
- – DPjk désigne la distance pollinique qui
sépare les sites j et k ;
- – xij et xik représentent la
concentration moyenne quotidienne d’un taxon donné pour le jour i
et les sites d’enregistrement j et k.
Une valeur de DP égale à 0 traduit l’absence de différence entre
les enregistrements réalisés dans les deux sites, alors qu’une
valeur approchant 1 indique une différence maximale. La figure 2 donne
quelques exemples de séries temporelles de concentration, les
valeurs de DP associées étant présentées dans le tableau 1.
La DP est une mesure relative de la différence entre des profils
polliniques, puisque sa valeur varie entre 0 et 1, quelle que soit
la différence absolue de concentration. Il est donc possible, pour
une paire de sites donnée, de moyenner les valeurs de DP calculées
pour différents taxons. Cela permet d’obtenir un indice global
reflétant une information relative à plusieurs taxons
simultanément. Bien que la procédure d’analyse ait été réalisée
pour tous les taxons individuellement, seuls les résultats
concernant la DP moyenne (DPm, moyenne des DP calculées pour chacun
des 8 taxons considérés) seront détaillés ici. Une étude
systématique des séries temporelles de concentration et des valeurs
de DPm associées nous a conduits à considérer DPm = 0,5 comme une
valeur seuil, à partir de laquelle les profils polliniques sont
« fortement différents ».
Tableau 1 Valeurs de distance pollinique (DP)
correspondant aux séries temporelles de concentration présentées
dans la figure 2.Table 1. Pollinic Distance values (PD)
corresponding to concentration time series represented in
figure 2.
|
Betula
|
Platanus
|
Quercus
|
Moyennea
|
|
Chalon-sur-S./Dijon
|
0,20
|
0,43
|
0,22
|
0,28
|
|
Chalon-sur-S./Toulon
|
0,97
|
0,82
|
0,70
|
0,83
|
|
Dijon/Toulon
|
0,97
|
0,85
|
0,71
|
0,85
|
aLes valeurs moyennes (DPm) correspondent aux trois
taxons illustrés dans la figure 2 ; il convient de noter que
les valeurs de DPm données dans le reste de l’article sont, quant à
elles, fondées sur les 8 taxons étudiés.
a Average values (mPD) correspond to the three taxons
considered in figure 2; note that mPD values provided in this
article are based on the 8 taxons studied.
Analyse de regroupement
Une analyse de regroupement (cluster analysis) hiérarchique a
ensuite été réalisée afin d’identifier des groupes (clusters) de
sites partageant des propriétés polliniques similaires. Cette
méthode statistique vise à créer des groupes d’objets de telle
manière que les objets appartenant à un groupe soient similaires,
et que les objets appartenant à des groupes distincts soient
différents. La DPm est utilisée comme mesure de distance, et le
mode de regroupement est dit « moyen » (average linkage).
Le résultat est présenté sous la forme d’un dendrogramme. Afin de
vérifier si celui-ci reflète fidèlement la distance qui lie
effectivement chaque paire de sites, le coefficient de corrélation
cophénétique, qui est une mesure de la différence entre la distance
représentée par le dendrogramme et la distance effectivement
mesurée, a été calculé. Les différents clusters ont ensuite été
représentés sur une carte afin de visualiser les relations
spatiales existant entre les membres de ces clusters. Les sites
appartenant à un même cluster sont entourés d’une ligne continue.
On notera que la position précise de cette ligne et la surface des
zones ainsi délimitées sont arbitraires : seule est à
considérer l’identité des sites inclus à l’intérieur de la ligne.
La procédure d’analyse a d’abord été réalisée sur les données
collectées en 2005, puis une période de 3 ans (2003-2005) a
été considérée (résultats non présentés) pour évaluer la stabilité
dans le temps des motifs spatiaux obtenus.
Résultats
Variation spatiale des propriétés polliniques
Les valeurs de DPm intersites, calculées sur les données collectées
dans les 18 stations d’enregistrement au cours d’une période
de 3 ans, suivent une distribution normale (test de
Jarque-Bera : j = 5,06 ; p = 0,08 ; figure 3). La valeur
maximale est élevée (0,82) et 80 % des valeurs obtenues sont
supérieures au seuil de 0,5 au-delà duquel les profils polliniques
sont subjectivement considérés comme étant très différents. Cela
montre que les propriétés polliniques de la région étudiée
présentent une hétérogénéité spatiale considérable.
Afin de caractériser la variation spatiale des concentrations
polliniques, les valeurs de DPm ont ensuite été rapportées à la
distance séparant les sites (figure 4). D’une
manière générale, il en ressort que plus la distance est grande,
plus la DPm est élevée. Les quatre premières lignes du tableau 2 fournissent des exemples de paires
de sites qui corroborent ce constat. Néanmoins, et même s’il existe
une relation linéaire positive significative (p < 0,01) entre
ces deux variables, la distance n’explique que 55 % de la
variation de la DPm (R2 = 0,55), ce que traduit aussi la
dispersion du nuage de points. La faiblesse de la relation peut
être illustrée par des exemples spécifiques. Roussillon et
Saint-Étienne ne sont distants que de 34 kilomètres, pourtant
les deux sites présentent une dissimilarité pollinique élevée (DPm
= 0,65) ; à l’inverse, Roussillon et Dijon sont nettement plus
proches polliniquement (DPm = 0,45) alors que ces sites sont
séparés par environ 220 kilomètres (deux dernières lignes du
tableau 2). Les propriétés
polliniques présentent donc, dans la région considérée, une
complexité spatiale que l’on ne saurait intégralement décrire à
l’aide d’une analyse de régression menée sur la base de la
distance. Afin de caractériser de manière plus satisfaisante les
variations spatiales des concentrations polliniques, un autre type
d’approche statistique a donc été mis en œuvre.
Tableau 2 Exemples de valeurs de distance pollinique
moyenne (DPm) calculées sur la base des 8 taxons étudiés pour
6 exemples de paires de sites présentant des distances
variables.Table 2. Examples of mean Pollinic Distance values (mPD).
These values have been computed for the 8 taxons studied and
are illustrated for 6 site-pairs at different separation
distances.
|
Distance (km)
|
DPm
|
|
Lyon/Roussillon
|
45
|
0,44
|
|
Lyon/Montluçon
|
183
|
0,61
|
|
Aix-en-P./Clermont-Fd
|
312
|
0,73
|
|
Chalon-sur-S./Toulon
|
415
|
0,79
|
|
Roussillon/St Étienne
|
34
|
0,65
|
|
Roussillon/Dijon
|
220
|
0,45
|
Analyse de regroupement : identification de bassins d’air
homogènes
Une analyse de regroupement a été réalisée sur l’ensemble des sites
d’enregistrement, en utilisant la DPm comme mesure de distance et
en se fondant sur les données collectées en 2005. Les liens entre
les sites sont représentés sur le dendrogramme par des lignes
en U « couchés horizontalement », dont la longueur
indique la distance entre ces sites (figure 5). Trois
niveaux de distance, sur l’axe des x du dendrogramme, ont été
considérés successivement, de façon à identifier des clusters de
plus en plus petits et homogènes. Afin d’élaborer une
interprétation géographique des catégories de sites identifiées,
une carte de distribution des clusters a été produite (figure 6) : les
sites appartenant à un même cluster y sont entourés par une ligne
continue.
À un niveau de distance de 0,62, le dendrogramme se divise en
trois clusters majeurs (figure 5). Alors
qu’un groupe (cluster 1) réunit 12 sites (partie
inférieure du dendrogramme) et un autre 5 sites
(cluster 2), Gap reste isolé. Cela signifie que ce site
présente, en termes polliniques, une forte spécificité. Il est
intéressant de relever que les groupes de sites identifiés par la
similarité de leurs profils polliniques correspondent à des zones
distinctes (figure 6). En effet,
le cluster 1 comprend tous les sites de la partie nord de la
région étudiée (zone 1), alors que le cluster 2 inclut
les sites proches de la côte méditerranéenne (zone 2), Gap
étant situé entre ces deux zones. Il convient à cet égard de
rappeler que la position précise de la limite entre les zones reste
arbitraire et que seule la position des sites de mesure constitue
un repère spatial fiable. Alors que la valeur maximale de DPm
s’établit à 0,82 (pour une moyenne de 0,62) lorsque tous les sites
sont considérés simultanément, cette valeur est réduite à 0,68
(avec une moyenne de 0,54) et à 0,61 (avec une moyenne de 0,52)
quand l’échantillon de données est limité, respectivement, aux
stations appartenant au cluster 1 et au cluster 2. Il
s’ensuit que les zones 1 et 2 montrent une homogénéité
pollinique beaucoup plus élevée que la région d’étude considérée
dans son ensemble. Il n’empêche que ces valeurs restent supérieures
à 0,5, seuil au-delà duquel les propriétés polliniques sont jugées
fortement dissemblables.
L’analyse du dendrogramme à un niveau de distance inférieur
(0,58) met en évidence l’existence de quatre clusters. Le
cluster 2 subsiste tel qu’il a été décrit précédemment et Gap
conserve son isolement, mais à ce niveau le cluster 1 est
divisé en deux groupes de 9 et 3 sites (figure 5). Comme au
niveau de distance supérieur, les membres des clusters 1.1
et 1.2 sont reliés spatialement (figure 6) ; les
valeurs maximales de DPm y sont respectivement de 0,60 (moyenne =
0,49) pour le cluster 1.1 et de 0,59 (moyenne = 0,55) pour le
cluster 1.2. Malgré une diminution de ces valeurs par rapport
à celles présentées par le cluster 1 considéré dans son
ensemble, elles restent supérieures au seuil de 0,5.
C’est pourquoi, afin d’identifier des groupes de sites très
homogènes du point de vue de leurs propriétés polliniques, une
distance de 0,44 entre les clusters a finalement été utilisée pour
analyser le dendrogramme. À ce niveau, 12 clusters sont
constitués d’un seul site. Les sites précédemment contenus dans le
cluster 1.1 forment trois groupes, dont aucune des paires de
sites ne présente de DPm supérieure à 0,45. Parmi les sites du
cluster 2, les stations d’Aix-en-Provence et de Marseille
présentent des enregistrements très similaires (PDm = 0,41) et sont
donc regroupées. Ces quatre clusters très homogènes correspondent à
des zones distinctes (zones 1.1.1, 1.1.2, 1.1.3 et 2.1 sur la figure 6).
L’analyse de regroupement permet ainsi d’identifier des groupes
de sites d’enregistrement qui présentent des séries temporelles de
concentrations similaires et nous avons montré qu’au niveau de la
région étudiée, ces groupes correspondaient à des zones distinctes.
La question qui se pose alors est celle de la stabilité dans le
temps de la répartition des zones homogènes. Une étude préliminaire
reposant sur une période de 3 ans a été réalisée
(2003-2005 ; résultats non présentés). Les trois dendrogrammes
sont dans l’ensemble très voisins. La principale différence est
que, tout en restant systématiquement isolé des autres sites, Gap
rejoint initialement, soit le cluster 1 (2004) soit le
cluster 2 (2003 et 2005). Ainsi, sur les 3 années
étudiées, les zones qui montrent des propriétés polliniques
homogènes présentent une grande stabilité. Bien que ce résultat
demande à être confirmé sur une série plus longue, il tend à
suggérer que les conclusions fondées sur une année particulière
peuvent être généralisées.
Discussion
Variation spatiale et bassins d’air
La distribution statistique de la DPm a révélé que la région
étudiée présentait une hétérogénéité importante des propriétés
polliniques, puisque 80 % des valeurs y dépassent le seuil
(DPm = 0,5) au-delà duquel les profils polliniques ont été définis
comme très différents. De plus, et en accord avec le principe
général d’autocorrélation spatiale selon lequel des sites voisins
présentent des propriétés plus proches que des sites lointains, la
DPm a montré une relation linéaire positive avec la distance. Une
analyse de regroupement, dont les résultats ont été traduits sous
la forme d’une carte de répartition de clusters, a enfin permis
d’étudier plus en détail la variation spatiale de la concentration
pollinique. Il convient toutefois d’appeler à la prudence dans
l’interprétation de la figure 6, dans la
mesure où les zones correspondant à chaque cluster y sont
délimitées à partir de données spatialement ponctuelles. Le motif
spatial révélé par cette figure présente cependant trois
caractéristiques principales.
Premièrement, et comme cela a déjà été suggéré par l’analyse de
régression fondée sur la distance, les sites présentant des profils
polliniques similaires (donc appartenant au même cluster) sont
toujours peu éloignés sur le terrain. Ils forment par conséquent de
véritables bassins d’air, aux propriétés polliniques homogènes, et
il est intéressant de noter qu’une étude méticuleuse des séries
temporelles de concentrations enregistrées au niveau de chaque
bassin d’air peut permettre d’établir une typologie du contenu
pollinique de l’air.
Deuxièmement, les clusters majeurs sont répartis en fonction de
leurs latitudes respectives, comme le montre la position relative
des clusters 1 au nord et 2 au sud.
Troisièmement, l’altitude paraît également constituer un facteur
structurant de la répartition des clusters. Une bonne illustration
en est fournie par le cas de Gap, dont la spécificité pollinique
peut être liée à son altitude élevée en regard des autres
sites.
Ces deux derniers points sont en accord avec l’observation selon
laquelle la DPm est influencée par la latitude et l’altitude [7].
Ces aspects de l’organisation spatiale ne sont pas inattendus,
puisque le décours temporel de concentration pollinique dépend
notamment de deux facteurs, eux-mêmes liés à la latitude et à
l’altitude : la végétation locale et le climat local [8,
9].
Au-delà de ces observations générales, ce que révèle
l’organisation en bassins d’air adjacents, c’est que le niveau
d’uniformité spatiale des propriétés polliniques dépend de la
localisation de la zone considérée. Cela peut être illustré de la
manière suivante : la zone 1.1.1 présente une forte
homogénéité pollinique (DPm moyenne = 0,41 ; DP maximale
= 0,44) ; en revanche, une zone de même forme mais décalée de
50 kilomètres vers l’ouest, comprenant les sites de
Saint-Étienne, Lyon et Roussillon, montrerait une bien plus forte
hétérogénéité parce qu’elle échantillonnerait des
« types » polliniques appartenant à deux bassins d’air
différents (zones 1.1 et 1.2 ; DPm moyenne = 0,68 ; DPm
maximale = 0,78).
Ces résultats ont des implications relatives à la
caractérisation des facteurs biogéographiques et climatiques à
l’origine de la variation spatiale des propriétés polliniques.
Cependant, et bien que cette question soit d’un grand intérêt, elle
ne sera pas abordée dans cet article et les paragraphes suivants
seront dévolus au sujet qui a motivé cette étude :
l’utilisation de l’approche statistique décrite pour consolider la
gestion du réseau métrologique.
Implications relatives à la gestion du réseau métrologique
Le réseau métrologique du RNSA couvre l’ensemble du territoire
national ; son but est de mesurer la concentration pollinique
de fond afin notamment d’élaborer des bulletins d’information
allergo-pollinique. La caractérisation de la variation spatiale des
concentrations polliniques a deux implications majeures relatives à
la gestion du réseau métrologique.
En premier lieu, cela permet d’élaborer et de diffuser des
informations sanitaires à une échelle spatiale pertinente. Ainsi,
les sites inclus dans un bassin d’air très homogène (tel que 1.1.1)
peuvent être la cible d’un message sanitaire commun, reposant sur
une analyse aérobiologique considérant l’ensemble de la zone. À
l’opposé, des sites voisins mais représentant des types de contenu
pollinique de l’air différents doivent être traités
séparément ; ce serait le cas de Saint-Étienne et de Lyon.
Plus spécifiquement, la conception des bulletins d’information par
le RNSA implique la mise en œuvre de programmes de modélisation qui
permettent de produire une description prévisionnelle des
conditions aérobiologiques de la semaine à venir ; ce système
d’alerte des médecins et des patients est essentiel, car les
traitements actuels restent symptomatiques et, pour être les plus
efficaces, doivent être initiés juste avant la survenue des
symptômes. En l’absence d’informations spatiales sur les sources de
pollen, l’approche statistique décrite permet de cerner les zones
géographiques du territoire sur lesquelles doivent œuvrer les
prévisionnistes.
En second lieu, les résultats présentés peuvent constituer la
base d’une réflexion sur la représentativité spatiale du réseau
métrologique. Jusqu’à présent, le choix des sites d’implantation
des capteurs a été principalement fondé sur un critère
d’équidistance entre les capteurs [2]. La répartition des
différentes espèces végétales et des différents types de climats
était également considérée afin d’estimer la distribution des
différents taxons, mais parce que les données qualitatives et
quantitatives relatives aux sources sont incomplètes, et parce que
les grains de pollen sont susceptibles d’être transportés sur de
grandes distances, cela demeurait délicat à réaliser. Nous avons
donc décidé de mettre en œuvre l’approche géostatistique décrite
dans cet article, afin d’évaluer l’architecture du réseau
métrologique actuel. L’évaluation des réseaux métrologiques est
couramment pratiquée dans le domaine de la surveillance de la
qualité de l’air et de nombreuses approches analytiques ont été
développées dans ce cadre [10-12], mais cette étude constitue à
notre connaissance la première tentative d’évaluation d’un réseau
de surveillance aérobiologique sur la base d’une méthode
géostatistique.
Les résultats indiquent en premier lieu que la représentativité
spatiale de la portion étudiée du réseau métrologique du RNSA
présente un certain niveau d’hétérogénéité : certaines régions
semblent relativement surreprésentées, et d’autres relativement
sous-représentées. Les quatre zones 1.1.1, 1.1.2, 1.1.3 et 2.1 sont
manifestement très bien représentées par le réseau, puisqu’elles
incluent des stations de mesures présentant des enregistrements
très similaires, attestés par des DPm maximales < 0,5. Ces zones
pourraient donc être ciblées dans l’hypothèse où le nombre de
stations devrait être réduit. Inversement, la région qui apparaît
la plus mal représentée par le réseau actuel, et qui devrait donc
en priorité être dotée de capteurs supplémentaires, est localisée
entre les zones 1 et 2. En effet, ces deux zones
correspondent à deux types polliniques très contrastés, et il
apparaît impossible de savoir à quel type appartiennent les sites
situés dans cette « lacune » du réseau. Ainsi, l’approche
présentée permet d’évaluer l’architecture du réseau métrologique
dans l’optique d’en améliorer la couverture spatiale, tout en en
limitant le coût. Il convient de noter que les recommandations
faites sur la seule base de la représentativité spatiale doivent
être pondérées par d’autres paramètres tels que la répartition de
la population [2].
Les préconisations réalisées n’étant fondées que sur les données
collectées en 2005, il conviendra de vérifier qu’elles ont une
valeur plus générale, avant de les prendre en compte dans la
gestion du réseau. S’il se confirme que l’organisation du
dendrogramme est remarquablement stable d’une année à l’autre,
comme l’a suggéré une étude préliminaire sur une période de
3 ans, la mise en œuvre des conclusions avancées précédemment
pourrait conduire à une amélioration durable de la gestion du
réseau.
Conclusion
L’approche statistique proposée a permis d’identifier des bassins
d’air aux propriétés polliniques homogènes. Les résultats obtenus
peuvent être utilisés dans le cadre de la gestion du réseau
métrologique. En effet, ils constituent une base objective pour
choisir l’échelle spatiale à laquelle les données doivent être
exploitées, ainsi que pour optimiser l’architecture du réseau.
Cette approche est implémentée sous la forme d’un outil
informatique global dédié à l’analyse de données polliniques. Cet
instrument d’assistance à la gestion est élaboré dans une
perspective sanitaire, en accord avec les objectifs de santé
publique du RNSA ; il est flexible et susceptible d’être
amélioré. D’ores et déjà sont en cours de test d’autres indices de
similarité et différentes méthodes de statistiques multivariées.
Dès que ce travail sera terminé, une vaste étude portant sur la
totalité du réseau métrologique du RNSA et sur plusieurs années
d’enregistrements pourra prendre le relais de l’étude pilote
présentée ici.
Remerciements
Cette étude a été réalisée avec le soutien de l’Agence de
l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).
Références
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