John Libbey Eurotext

Dermato Mag

MENU

Le mot de la secrétaire générale de la FFFCEDV Volume 7, numéro 3, Juillet-Août-Septembre 2019

Illustrations


Patience : « capacité à persévérer, constance dans l’effort ».

Mon voisin de couloir, pneumologue de son état, vient de prendre sa retraite après trente-sept ans de bons et loyaux services. Je l’ai vu chaque jour accompagner ses patients tout le long du chemin menant depuis la salle d’attente, la main posée sur leur épaule, accordant son pas sur le leur, commençant par les interroger sur leur famille, leur randonnée, leur petit-fils, leur dernier séjour en Espagne, pour terminer ce qui ressemblait à une promenade au seuil de son cabinet. Et là seulement, comme s’ils venaient de franchir sans même s’en rendre compte une frontière invisible, les introduire à la consultation : « Comment allez-vous ? ».

Trente-sept ans qu’il les encourageait à faire de leur mieux pour les EFR : « Soufflez fort ! Encore, encore, encore, encore, encore, encore, encore, encore… ». Dix, vingt fois par jour, sans jamais s’agacer s’il fallait recommencer. Et des essoufflés qui n’y arrivaient pas du premier coup il y a dû en avoir quelques-uns ! Je le soupçonne d’avoir fait ses gaz du sang en même temps qu’il les stimulait, en douceur plutôt qu’en douce, avec un doigté sûrement formidable puisque sans jamais provoquer le moindre malaise vagal. Les retards ou les absences non signalées l’agaçaient comme nous tous, pour autant il racontait – il avouait en rougissant presque – qu’une fois il s’était fâché. Une fois.

Quoique praticien expérimenté moi-même, j’ai beaucoup appris au voisinage de ce confrère, par une lente imbibition sonore. Ses exhortations à souffler fort ont rythmé mes journées, me rappelant la nécessaire patience médicale.

Patience : « qualité de quelqu’un qui peut attendre longtemps sans irritation ni lassitude ».

Comme pour mieux éprouver le concept de patience, et parce qu’elle n’est pas seulement le lot du médecin, je suis allée passer une nuit aux urgences de l’hôpital public du coin. Premier sujet d’étonnement : j’y ai été accueillie, comme tous ceux qui m’ont suivie, sans que l’on questionne le bien-fondé de ma venue. Avec une neutralité bienveillante dont je ne fais pas forcément montre quand un de mes créneaux d’urgence a été pris pour une peccadille. J’ai attendu trois heures pour accéder à un box de consultation, puis quatre heures pour une prise en charge somme toute assez simple : voilà pour la mise en situation réelle. Parce que les urgences ce soir-là, dans un service qui n’était pas en grève, étaient conformes aux situations cauchemardesques que l’on nous montre régulièrement au journal télévisé. Parce que tous, de l’aide-soignante d’accueil au senior de garde, faisaient de leur mieux pour gérer l’afflux des patients selon leur degré d’urgence. J’ai admiré leur humeur toujours égale un soir où la canicule et l’arrivée régulière des pompiers mettaient leur service à rude épreuve.

Patience : « aptitude à supporter avec constance ou résignation les maux, les désagréments de l’existence ». « Vertu qui consiste à supporter les désagréments, les malheurs ».

Combattivité, constance ou résignation : pour supporter sa maladie, chaque patient fourbit les armes dont il est le mieux pourvu. Nous, médecins, avons finalement la chance de faire un métier qui, exigeant que nous exercions une capacité, une qualité, une aptitude, nous conduit finalement à cultiver une vertu. Laquelle pourrait s’avérer cardinale un jour de notre propre existence.

Licence Cette œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International