ARTICLE
Auteur(s) : Jade Louber, Denis Gerlier
Université Lyon-I FRE3011, CNRS ; Inserm U758, CERVI, 21,
avenue Tony-Garnier, 69007 Lyon
Introduction
Les eucaryotes supérieurs ont développé les réponses immunitaires
innée et adaptative comme mécanismes de défense leur permettant de
lutter contre les agents pathogènes. La réponse innée est la
première barrière de protection mise en place lors d'une infection.
Elle consiste en une réponse extracellulaire (l'activation d'une
cascade enzymatique, le complément) et une réponse cellulaire
associées à un recrutement de cellules spécialisées, avec une
sécrétion de facteurs chimiques. Des récepteurs spécialisés
des cellules de l'hôte détectent des motifs
moléculaires associés aux micro-organismes
MAMPs (microbe-associated molecular patterns) et activent la
production de cytokines dont les interférons (IFN) de type I.
Les cytokines permettent le recrutement, l'activation de
cellules du système immunitaire de la réponse adaptative et
l'expression de molécules effectrices. Les IFNs de type I
activent l'expression de plusieurs centaines de gènes, les ISG
(IFN stimulated genes) dont certains sont des effecteurs
antiviraux (GTPases Mx, la protéine kinase dépendante de l'ARN
(PKR) les 2-5A oligoadénylate synthétases (OAS), la RNase L,…) et
d'autres des amplificateurs (RLRs, IRF-7…) ou modulateurs en boucle
rétro-active de la réponse interféron [1]. Le concept d'ISG
est un peu réducteur car certains ISG sont activés aussi
directement par les récepteurs de MAMPs au même titre que l'IFN.
Ceci reflète la grande diversité combinatoire des facteurs de
transcriptions et des « enhanceurs » mise en jeu [2].
Lors d'infections virales du règne animal, les MAMPs détectés
sont essentiellement des acides nucléiques : ADN, ARN simple brin
(ARNsb) ou ARN double brin (ARNdb). Deux classes de récepteur
assurant la détection de composants viraux ont été identifiées: les
récepteurs de type Toll ou TLRs (Toll-like receptors) et les
récepteurs de type RIG-I ou RLRs (RIG-I like receptors).
Les acides nucléiques viraux sont reconnus dans les
compartiments endosomaux par TLR3, 7, 8, 9, et possiblement à la
surface cellulaire par TLR3, avec les spécificités suivantes :
ADNTLR 9 ARNsbTLR 7/8 et ARNdbTLR 3 [3]. Dans le cytoplasme, les
RLRs détectent de façon sélective des ARN produits par les
pathogènes et ayant des motifs normalement absents de ce
compartiment [4-6]. Cette reconnaissance entraîne l'activation du
gène de l'interferon-β (IFN-β) et de l'INF-α4 chez l'homme, seuls
gènes IFN activés directement par les RLRs via la constitution d'un
enhanceosome fait de deux hétérodimères IRF-3/IRF-7, d'AP1 et de
NFκb [7]. Il existe également des mécanismes intracytosoliques
de reconnaissance de l'ADN, que nous n'aborderons que marginalement
[4]. Alors que la distribution tissulaire des TLR est très
hétérogène avec une expression souvent restreinte à quelques
cellules spécialisées du système immunitaire comme les cellules
dendritiques plasmacytoïdes (pDCs), les RLRs sont présents dans
tous les types cellulaires, ce qui leur confère un caractère
universel à l'échelle de l'organisme pour la reconnaissance des
virus.
La découverte des RLRs date seulement de 2004 [8]. Depuis,
certains des mécanismes mis en jeu par ces récepteurs ont été
élucidés, et des protéines partenaires ont été identifiées.
Leur importance dans la détection des infections virales et la
lutte contre ces infections ont été rapidement propulsées sur le
devant de la scène. Dans cette revue, nous aborderons
successivement les structures et fonctions des RLRs, les ligands
qu'ils reconnaissent et les mécanismes qu'ils mettent en jeu lors
de l'activation de l‘IFN. Ce domaine ayant déjà fait l'objet
de nombreuses revues couvrant partiellement le sujet, les renvois
aux références princeps seront limités afin de respecter les
consignes éditoriales de la revue.
Structure et fonction des RLRs
La famille des RLRs est composée de trois ARN hélicases : RIG-I (ou
DDX58), MDA5, (melanoma differentiation-associated gene 5) et LGP2
(laboratory of genetics and physiology 2) [4-6]. Ces trois
protéines appartiennent à la superfamille des hélicase 2,
caractérisée par sept séquences conservées (motifs I, Ia, II-VI) à
l'intérieur du domaine hélicase [9]. Lors de la reconnaissance des
ARN anormaux, RIG-I et MDA5 activent la réponse innée alors que
LGP2 agit comme un modulateur de cette activation [4-6, 10-13].
Ces trois récepteurs sont composés de deux (LGP2) ou trois
(RIG-I, MDA5) types de domaines ayant des fonctions complémentaires
(figure 1).
MDA5 et RIG-I possèdent à l'extrémité N-terminale deux domaines de
recrutement CARDs (caspase activation and recruitment domains)
homologues à 23% [14]. Ces domaines sont essentiels pour
l'activation de l‘IFN (15). Des mutants de RIG-I ne possédant
qu'un domaine CARD, ou a fortiori aucun, sont incapables d'induire
une réponse antivirale. D'autres mutants composés uniquement du
tandem CARD activent constitutivement la production IFN [8, 16]. En
effet, les domaines CARDs de MDA5 et RIG-I interagissent avec les
CARDs de la molécule IPS-1 (interferon-β promotor stimulator 1)
située à la surface des mitochondries et des peroxysomes [17].
C'est IPS-1 qui assure ensuite la transduction du signal [5, 16,
18].
Le domaine C-terminal (CTD) est commun aux récepteurs RIG-I,
MDA5 et LGP2. Ce domaine comporte de nombreux résidus
conservés entre les trois récepteurs avec 24% d'homologie entre les
CTDs de MDA5 et de RIG-I et 30% d'homologie entre ceux de MDA5 et
LGP2 [19]. Le CTD de RIG-I permet de maintenir cette protéine
dans un état inactif latent en l'absence d'infection virale, d'où
son appellation alternative RD (repressor domain), activité
partagée pour le CTD de LGP2. Les CTDs de ces trois hélicases
possèdent une forme plus ou moins concave et chargée positivement
(figure 2)
et sont caractérisés par un site de fixation structuré par quatre
résidus cystéine fixant un ion zinc. Ces éléments sont
essentiels pour la reconnaissance d'un ARN double brin (ARNdb). En
effet, la mutation de l'un des deux résidus lysine situés dans la
région chargée positivement (Lys858 et
Lys888) en alanine, ou de l'un des quatre résidus
cystéine conservés, (Cys810, Cys813,
Cys864 et Cys869) en arginine diminue
considérablement la capacité de liaison de RIG-I à un ARN transcrit
in vitro [19, 20]. De plus, le RD de RIG-I est également
responsable de la reconnaissance du motif 5’ triphosphate (5’ppp)
d'un ARN [20]. La plus grande richesse en résidus chargés
positivement à la surface du RD de RIG-I semble être responsable de
la reconnaissance de ce motif particulier via des interactions
électrostatiques [19].
Entre les CARDs et le RD se trouve le domaine central hélicase
conservé chez les trois RLRs avec 41% d'homologie entre RIG-I et
LGP2, 35% entre RIG-I et MDA5 et 31% entre MDA5 et LGP2 [14].
Ce domaine est composé de 7 motifs canoniques et lie
l'ARN. Les motifs Ia et V de RIG-I jouent un rôle important
dans cette capacité de liaison. En particulier, les résidus
Gln299, Thr697, Glu702 sont
postulés interagir avec l'ARN, car leur mutation entraîne
la perte de liaison à l'ARN [9, 21]. Ce domaine hélicase
de RIG-I possède plutôt une activité translocase
ATP-dépendante qu'hélicase stricto sensu. Elle est caractérisée par
une interaction dynamique et processive le long d'un acide
nucléique double brin sans qu'il y ait séparation des deux brins
[22]. Bien que non nécessaire pour la liaison à l'ARN, elle est
indispensable pour l'activation de la réponse innée [8, 15]. En
effet, la mutation Lys270Ala du site ATPasique inhibe
l'activité enzymatique et rend la transduction du signal impossible
bien que la capacité de lier l'ARN soit conservée [16, 21]. Cette
activité enzymatique est négativement régulée par les CARDs, et
cette inhibition est levée par la liaison du RD à l'extrémité 5’ppp
d'un ARN [20, 22].
Modèle d'activation des RLRs : le prototype
RIG-I
Des essais de reconstitution des étapes précoces de l'activation de
RIG-I à partir d'extraits cellulaires ont révélés l'intervention
d'un troisième acteur original, des courtes chaînes non ancrées de
poly-ubiquitine branchées sur la lysine 63 de type
(UbLys63)n avec n proche ou égal à 4. Elles
se lient aux domaines CARDS au niveau des résidus Thr55
et Lys172 [23]. Cette interaction intervient
secondairement à la liaison avec l'ARN agoniste et est requise pour
le recrutement d'IPS-1. Le modèle actuel d'activation de RIG-I
est donc le suivant (figure 3). Sous forme
inactive, des interactions intramoléculaires masquent le domaine
hélicase et les CARDs. Aucun signal ne peut être transmis.
La reconnaissance du motif 5’ppp d'un ARNdb par le RD de RIG-I
change la conformation de la protéine, induit sa dimérisation,
permet la liaison de l'ARNdb au domaine hélicase et l'activation de
son activité translocase ATP-dépendante. L'énergie consommée
propulse le domaine hélicase le long de l'ARN et déplace
probablement les CARDs pour les rendre accessibles à la liaison
avec les chaînes non ancrées (UbLys63)n.
La source de ces chaînes de polyubiquitine semble être
l'ubiquitine ligase E3 TRIM25 (tripartite motif containing 25).
TRIM25 s'associe également avec RIG-I au niveau de son premier CARD
et de la Thr55 [23-25]. Ceci suggère un scénario
alternatif d'activation de RIG-I avec recrutement primaire de
TRIM25 au premier CARD libéré par l'activité translocase, synthèse
locale de (UbLys63)n non ancrées, liaison de
(UbLys63)n sur le second CARD au niveau de
Lys172 puis sur le premier CARD au niveau de
Thr55 pour se substituer à TRIM25. Ceci autoriserait
leur recrutement ultérieur par les CARDs de IPS-1 avec activation
sous-jacente de la transduction du signal amenant à la production
d'IFN (16, 18, 20, 22). Le complexe
5’pppARNdb/RIG-I[CARD1+2]/(UbLys63)n
recrutant alors les CARDs d'IPS-1. Il est envisageable que les
chaînes de polyubiquitine non ancrées servent d'entretoises
dynamiques joignant les CARDs jumeaux de RIG-I et IPS-1. MDA5 a
fait l'objet d'un peu moins d'études et les données convergent vers
un modèle similaire avec (i) des conformations active et inactive,
(ii) une transition vers la forme active induite par la
liaison à un ARN et (iii) la formation d'homocomplexes de MDA5 pour
activer la réponse interféron [9, 16]. Les RLRs sont également
probablement impliqués dans d'autres processus physiologiques. En
particulier RIG-I est nécessaire à la différenciation de la lignée
granulomyélocytaire ce qui suggère l'intervention de la voie IFN
dans ce processus [26].
Motifs ARN reconnus par les RLRs
Malgré leurs homologies de séquence et de structure, RIG-I, MDA5 et
LGP2 reconnaissent des ARN distincts (tableau 1). Ainsi, des ARNdb transcrits in
vitro active préférentiellement RIG-I et de l'ARNdb synthétique non
naturel poly(I)-poly(C) est plutôt reconnu par MDA5 [27].
De plus, RIG-I et MDA5 discriminent leurs ligands par la
taille, le premier reconnaissant des ARNdb inférieurs à ~2 kb, et
le second se liant à des ARNdb supérieurs à ~2 kb [28].
RIG-I détecte préférentiellement des ARN dont la longueur est
comprise entre 0,3 kb et 1 kb [28]. Mais comment ce récepteur
différencie-t-il les ARN étrangers des ARN de l'hôte ? Deux motifs
sont nécessaires à l'activation de RIG-I. La nécessité
d'une extrémité 5’ppp a été identifiée la première [29-31]. Sur la
base d'ARNs transcrits in vitro par la T7 polymérase ADN
dépendante, un ARN simple brin (ARNss) semblait être le second
requis. Deux articles récents ont rappelé l'activité parasite
ARN-dépendante de la polymérase T7, remettant en question le
caractère simple brin des transcrits T7 in vitro. En fait, grâce à
des ARN synthétisés chimiquement, il a été prouvé que l'ARNdb est
le second requis pour activer RIG-I [32, 33].
L'activation de RIG-I nécessite une structure d'ARN relativement
précise. In vitro, l'activité ATPasique de RIG-I purifiée nécessite
le seul motif ARNdb d'une longueur minimum de 5 nucléotides
[32]. De plus, bien que l'activité enzymatique de RIG-I soit
plus importante en présence d'un ARNdb possédant une extrémité
5’ppp, cette activité est également observée avec un ARNdb
possédant une extrémité 5’OH [33]. Par contre, in cellulo,
l'activation d'IFN nécessite absolument une extrémité 5’ppp. Cette
extrémité doit être à bouts francs même si une extrémité sortante
d'un ou deux nucléotides au maximum n'abolit pas totalement la
capacité activatrice de l'ARN [32-34]. L'extrémité 5’ppp doit être
adjacente à une région d'ARN double brin d'au moins 9 à
18 nucléotides de longueur [32]. Des mésappariements sont
également tolérés : le mésappariement symétrique d'un nucléotide au
niveau de la deuxième paire de base en partant de l'extrémité
5’ppp, ou le mésappariement symétrique de deux nucléotides au-delà
de la sixième paire de ARNdb ou encore de trois nucléotides au delà
de la huitième paire de base interfèrent de façon négligeable avec
la production d'IFN par rapport au même ARNdb de 20-24 nucléotides
de longueur sans aucun mésappariement [33]. L'ARN d'une longueur de
24 nucléotides optimal pour l'activation de RIG-I, à la fois
au niveau de l'activité ATPasique et de l'induction de la réponse
IFN, est un ARNdb possédant une extrémité 5’ppp franche et une
extrémité 3’OH franche ou rentrante de 1 nucléotide. Ainsi, un
transcrit issu d'un génome viral étant naturellement 5’ppp, si cet
ARN possède une structure secondaire laissant apparaître des motifs
double brin sur plus de 9 nucléotides adjacent à l'extrémité
5’ppp, il doit induire la réponse IFN. La nécessité de ces
deux motifs permet à RIG-I de discriminer les ARN étrangers (issus
de pathogènes) des ARN de l'hôte présents dans le cytosol. En
effet, les ARN cytosoliques sont soit coiffés, soit monophosphates
ou soit lié à des protéines comme l'ARN 7SL un composant du
complexe SRP (signal recognition protein) qui assure la
translocation des protéines dans la lumière du réticulum [35,
36].
Les structures des ARN reconnus par MDA5 et LGP2 sont moins bien
connues. LGP2 se lie préférentiellement à des ARNdb à extrémités
franches dépourvues d'extrémité 5’ppp [16, 19, 37, 38]. Le CTD
de MDA5 reconnait également des ARNdb à extrémités franches
possédant, ou non, un motif 5’ppp libre [19]. De plus, MDA5
semble être activé par des ARN de masse moléculaire élevée
possédant une structure secondaire particulière et de composition
mixte simple et double brin [39].
Tableau 1 Virus et ligands ARN détectés
par les RLRs.
|
Hélicase
|
Virus reconnus
|
Motifs ARN reconnus
|
|
RIG-I
|
Paramyxovirus : ARNsb (-) virus Sendai virus
de la rougeole Orthomyxovirus : ARNsb (-) virus influenza
A virus influenza B Rhabdovirus : ARNsb (-) virus
de la rage virus de la stomatite vésiculeuse
Flavivirus : ARNsb (+) virus de l'hépatite C virus
de l'encéphalite japonaise virus de la dengue
Filovirus : ARNsb (-) virus ebola Reovirus : ARNdb
|
ARN double brin ayant une extrémité 5’triphosphate
libre de taille inférieure à ~ 2kb
|
|
MDA5
|
Picornavirus : ARNsb (+) virus de l'encéphalomyocardite
Flavivirus : ARNsb (+) virus de la dengue Reovirus :
ARNdb
|
ARN double brin de taille supérieure à ~ 2kb ayant
des extrémités franches ARN synthétique poly(I)-poly(C)
|
|
LGP2
|
Flavivirus : ARNsb (+) virus de l'hépatite C
|
ARN double brin ayant des extrémités franches
|
Détection des infections virales : quels ARN viraux
reconnus ?
RIG-I et MDA5 sont inégalement responsables de la réponse IFN
induite par différents virus. RIG-I détecte l'infection par des
virus à ARN négatif, de type Mononegavirales (ARN négatif) comme le
virus de la stomatite vésiculaire et les virus Sendai et de la
rougeole, et de type Orthomyxoviridae, comme le virus influenza et
de type Flaviridae (ARN positif), comme le virus de l'hépatite C.
MDA5 est impliqué dans la réponse à l'infection par un Picornavirus
(ARN positif) comme le virus de l'encéphalomyocardite ou le virus
de Theiler [16]. De plus, certains flavivirus comme le virus
de la dengue, et reovirus activent à la fois RIG-I et MDA5 [13].
LGP2 est capable de détecter le génome du virus de l'hépatite C
[16] (tableau 1).
Cependant, bien que l'activation sélective de RIG-I, MDA5 et
LGP2 ait été mise en évidence lors d'infections virales, la nature
des véritables ligands viraux reconnus par ces récepteurs n'a pas
encore été élucidée. Un corrélat a été établi entre la
reconnaissance par RIG-I et la structure 5’ppp du génome viral
suggérant que lors de l'infection ce sont les génomes 5’ppp qui
sont les agonistes naturels de RIG-I [40], mais cette étude ne
prend en compte, ni l'existence d'autres ARN viraux à extrémité
5’ppp, ni l'accessibilité de l'extrémité 5’ppp des génomes dans le
contexte de la réplication.
Dans le cas du virus influenza, les ARN génomiques, qui sont les
seuls à être 5’ppp, sont reconnus par RIG-I [41]. Bien que les
arguments expérimentaux soient convaincants, comment RIG-I, un
récepteur cytoplasmique, accède-t-il à un ARN génomique synthétisé
dans le noyau ? Ou à celui présent dans le cytoplasme sous la forme
d'une nucléocapside en queue de poële avec les extrémités 5’ppp et
3’OH hybridées l'une à l'autre et recouvertes par la polymérase
avec le reste de l'ARN encapsidé par la nucléoprotéine [42, 43] ?
Dans le cas des virus à ARN simple brin négatif (Mononegavirales),
les génomes et antigénomes ne sont jamais retrouvés libres, mais
totalement encapsidés dans un homopolymère hélicoïdal de
nucléoprotéine. Les structures connues de trois nucléocapsides
de Mononegavirales sont d'ailleurs incompatibles avec l'existence
d'une extrémité 5’ppp libre sur une longueur excédant le motif ppp
lui-même [44-47] ! Cependant, une expérience de
co-immunoprécipitation suggère la formation de complexe entre RIG-I
et de l'ARN génomique du SeV pendant l'infection [41]. Mais, dans
ce cas, comment RIG-I arriverait-il à accéder à l'ARN génomique du
virus Sendai qui est normalement totalement encapsidé par la
protéine N, et ce, dès le début de sa synthèse [45, 48] ?
Des approches fonctionnelles plaident plutôt en faveur de
transcrits viraux comme agonistes de RIG-I. En effet, lors d'une
infection par le virus de la rougeole, la production d'ARNm d'IFN-β
est parallèle à la production de transcrits viraux et précède donc
la formation de génomes/antigénomes [29]. Le virus
parainfluenza 5 (PIV5), codant pour une protéine P mutée incapable
de lier ou d'être phosphorylée, provoque à la fois une augmentation
de la transcription virale et une production accrue d'IFN et de
cytokines [49]. Par sédimentation différentielle de l'ARN libre et
de complexes ribonucléoprotéique en gradient de CsCl, et en
l'absence d'expression de la protéine La, l'ARN leader 5’ppp du
virus respiratoire syncitial (RSV), un petit ARN de moins de
60 nucléotides transcrit en amont du premier gène a été trouvé
complexé à RIG-I [50]. Les agonistes physiologiques de RIG-I
sont-ils les ARN leaders pour tous les Mononegavirales ? Ou
d'autres transcrits non-coiffés par défaut d'addition de coiffe ?
Le motif ARNdb requis pour l'activation de RIG-I est-il
consécutif à un repliement avec auto-appariement ou à une
hybridation avec un autre ARN ?
De plus, RIG-I reconnait également certains virus à ADN, mais de
façon indirecte. En effet, un ADN riche en bases A et T est
transcrit de manière ectopique par une forme cytosolique d'ARN
polymérase III cellulaire en un ligand ARN reconnu par RIG-I car
dépourvu de coiffe [51]. Ainsi, les transcrits EBER de
l'herpes-virus Epstein Barr activent-ils RIG-I. Cependant, une fois
encore, le mécanisme par lequel le génome ADN viral, réputé
nucléaire et ne transitant dans le cytosol que compacté dans une
capside close, rencontre l'ARN polymérase III dans le cytosol (i.e.
en dehors du noyau) est indéterminé [51].
Activation de la réponse IFN via les RLRs
La voie mitochondriale d'activation de la réponse IFN via les
RLRs commence avec la mise en jeu de la protéine IPS-1, appelé
aussi MAVS (mitochondrial antiviral signaling), VISA (virus-induced
signaling adptator) et Cardif (CARD adapter inducing IFN-β) (4, 18,
52) (figure 4). En effet,
la production d'IFN est significativement activée par la
surexpression d'IPS-1 ; inversement, elle est négligeable dans des
cellules dépourvue d'IPS-1 en réponse à une stimulation de MDA5 ou
de RIG-I [18]. IPS-1 est composée d'un domaine CARD à l'extrémité
N-terminale et d'une région riche en proline PRR (proline-rich
region) au centre de la protéine. IPS-1 contient également un
domaine transmembranaire à l'extrémité C-terminale. IPS-1 est
localisée à la surface externe des mitochondries [18] et des
peroxysomes [17]. Une fois activés, RIG-I et MDA5, se lient à IPS-1
via une interaction CARD-CARD qui induit alors le recrutement
d'autres molécules intervenant en aval dans l'induction de la
réponse IFN. Dans le cas de RIG-I, l'interaction avec IPS-1 n'est
possible qu'après son ubiquitination de type Lys63 par
l'E3 ligase TRIM25 [25] ou l'E3-ligase RNF135 (RING finger 135),
renommée Riplet (RING finger protein leading to RIG-I activation)
et REUL (RIG-I E3 ubiquitin ligase). qui sont de distribution
tissulaire complémentaire [24, 53]. Cette interaction met en jeu la
Ser183 de RIG-I [54]. TRIM25 se lie à RIG-I grâce à une
interaction impliquant le résidu Thr55 du premier CARD
et il couple de l'ubiquitine sur le résidu Lys172. Cette
ubiquitination requiert la déphosphorylation préalable du résidu
contigu Thr170 [55]. RIPLET a de nombreux points communs
avec TRIM25 et cible les Lys154 et Lys164 en
sus de la Lys172 [53]. L'ubiquitination de
Lys172 est requise pour le recrutement d'IPS-1 et
l'activation de la réponse IFN [25, 53, 56, 57]. Comme nous l'avons
vu plus haut, TRIM25 et peut-être RIPLET sont la source de
(UbLys63)n non ancrées qui se lie (en se
substituant à TRIM25 ?) aux CARDS de RIG-I au niveau de
Thr55 et Lys172 et permettent le recrutement
d'IPS-1. La coordination de ces évènements d'ubiquitination,
branchée sur les domaines CARD de RIG-I et production de
(UbLys63)n non ancrées, associés probablement
à l'intervention de déubiquitinases, reste à être élucidée. En
effet, dans les expériences de reconstitution in vitro en présence
de (UbLys63)n non ancrées, l'ubiquitination
de RIG-I est facultative [23].
Après liaison du RLR activé à l'IPS-1 mitochondriale, celui-ci
se dimérise via son domaine transmembranaire [58] et recrute
plusieurs facteurs dont des membres de la famille TRAF (tumor
necrosis factor (TNF) receptor-associated factor). Les TRAF2,
3 et 6, interagiraient directement avec le motif TIM
(TRAF-interacting motif) situé dans le domaine PRR de IPS-1 [18,
52] et/ou avec la partie C-terminale d'IPS-1 dans le cas de TRAF3
[59]. TRAF3 recrute à son tour cSrc un activateur de la cascade
[60]. Le recrutement des TRAFs permet ensuite de transmettre
le signal aux protéines kinases IKK (inhibitor of NF-κB (IκB)
kinase) qui jouent un rôle essentiel dans l'activation des
transactivateurs du gène de l'IFN-β : IRF-3/7 et NF-κB. En effet,
le complexe composé de IKK-α, IKK-β et NEMO (NF-κB essential
modulator), aussi appelé IKK-γ) phosphoryle IκB et déclenche ainsi
sa dégradation. NF-κB ainsi libéré est alors transloqué dans le
noyau [18]. De même, IKKs, composé de TBK1 (TRAF family
member-associated NF-κB activator (TANK)-binding kinase 1) et
IKK-ε, active la phosphorylation des transactivateurs IRF-3 et
IRF-7 et la formation d'homodimères IRF-3/3 ou IRF7/7 et/ou des
hétérodimères IRF3/7 qui migrent dans le noyau pour constituer
l'enhanceosome du gène de l'IFN-β [18]. Le recrutement au
niveau d'IPS-1 de TBK1 et IRF-3 est assuré par la protéine MITA
(mediator of IRF-3 transactivator activation), appelée également
STING (stimulator of interferon genes), ERIS (RING finger protein
leading to RIG-I activation) ou MPYS (N-terminal
methionine-proline-tyrosine-serine) [61-63] (figure 4), alors que
celui d'IKKε s'effectue directement par interaction avec le domaine
CARD ubiquitiné d'IPS-1 [64].
D'autres protéines interviennent dans le complexe mis en place
au niveau d'IPS-1. L'interaction de TRAD (TNF receptor 1-associated
death domain), TRAF2/3/6, TANK, FADD (Fas-associated death domain)
et RIP1 (receptor interacting protein 1) permet en effet d'activer
la production d'IFN via à la fois IRF-3 et NF-κB [18]. TANK et NAP1
(NAK-associated protein 1) sont impliqués dans l'activation des
IRFs via TBK1 et IKK-ε [18] alors que FADD et RIP1 interagissent
avec la région C-terminale d'IPS-1 et favorisent l'activation de
NF-κB via l'activation des caspase-8 et caspase-10 [18]. IPS-1
recrute également WDR5 (WD repeat protein), une protéine nucléaire
indispensable à l'activation des voies IRF-3 et NF-κB [65] (figure 4).
Régulation cellulaire des RLRs
Le grand nombre de molécules impliquées dans l'activation de la
réponse IFN via les RLRs reflète la multiplicité des voies de
contrôle (figure 4).
Le système interféron est indispensable à la résistance d'un
hôte vis-à-vis d'une infection virale : il doit à la fois se mettre
en marche rapidement lors d'une infection virale, ne pas s'emballer
et revenir à son niveau basal en fin d'infection.
Un premier mécanisme de contrôle positif fait intervenir
l'activation très précoce d'IPS-1 localisé sur la membrane externe
des peroxysomes. Cette forme d'IPS-1 est responsable de
l'expression de certains gènes ayant une activité antivirale et/ou
inflammatoire via la mise en jeu des facteurs de transcription
IRF-1, IRF-3 et AP1. C'est un puissant amplificateur de la voie
d'induction de l'IFN via l'IPS-1 mitochondrial [17] possiblement
via l'activation d'AP1, l'un des composant de l'enhanceosome du
gène de l'IFN-β.
Un second mécanisme de rétrocontrôle négatif fait intervenir
RIG-I SV, un variant naturel de RIG-I exprimé uniquement dans des
cellules dans lesquelles la réponse IFN a été stimulée. RIG-I SV
est tronqué en N terminal avec perte des résidus 36-80 dans le
premier domaine CARD. L'absence du résidu Thr55 le rend
incapable de recruter TRIM25 et d'activer la réponse IFN.
Il agit donc comme régulateur négatif de RIG-I [57].
Cependant, en réponse à l'IFN, la production des 3 RLRs est
fortement accrue, ce qui augmente la sensibilité de détection de
l'infection virale [8]. A l'échelle populationnelle, il existe
des variants allèliques naturels de RIG-I et de MDA-5 d'activité
variable : un RIG-I constitutivement actif grâce à un décalage de
lecture au delà du second CARD (Pro299) et un RIG-I
dominant négatif par mutation S183I [54, 66] et des
mutants MDA-5 non fonctionnels (Glu627stop et
I923V). La fréquence non négligeable de ces mutants
dans la population humaine pourrait refléter une adaptation
vis-à-vis de certaines infections virales et/ou de leur implication
dans la résistance au diabète de type I [66].
Un troisième niveau de régulation est piloté par LGP2 (figure 4).
D'après certains travaux LGP2 agirait comme répresseur de la
réponse IFN. La sur-expression de LGP2 régule négativement
l'activation d'IFN dépendante de RIG-I suite à une infection par le
virus de Sendai, et inversement, son inactivation par siRNA et/ou
chez des souris invalidées semble améliorer l'expression de
l'interféron [67, 68]. Plusieurs mécanismes peuvent expliquer cette
inhibition par LGP2. Tout d'abord, en tant que RLR dépourvu de
domaine CARD, LGP2 pourrait entrer en compétition avec RIG-I et/ou
MDA5 pour la reconnaissance de leurs ligands [10, 15, 18, 68]. Par
ailleurs, LGP2 est capable de s'associer à RIG-I et d'inhiber son
homodimérisation nécessaire à la transduction du signal [18].
Récemment, dans un autre modèle de souris transgéniques ayant leur
gène LGP2 inactivé, un rôle d'activateur vis-à-vis de RIG-I et de
MDA5 a été observé [10]. L'incohérence entre les différents modèles
de souris ayant un gène LGP2 inactif [10, 12] reste inexpliquée et
le véritable rôle de LGP2 mérite d'être clarifié.
Un quatrième niveau de régulation est la modulation des
modifications post-traductionnelles par les ubiquitine ligases
(figure 4).
Le désassemblage des (UbLys63)n non
ancrées et la désubiquitination de RIG-I par la déubiquitinase CYLD
(cylindromatosis) entraîne la diminution de l'activation de la
réponse IFN [23, 69]. RNF125 (ring finger 125) ajoute des
ubiquitines de type Lys48 sur le domaine N-terminal de RIG-I sur
d'autres lysines que Lys172 pour cibler RIG-I vers la
dégradation par le protéasome. RNF125 polyubiquitine aussi MDA5 et
IPS-1 [70]. CYLD et RNF125 sont donc des régulateurs négatifs de
l'activation de la réponse IFN par RIG-I [18].
Une cinquième régulation cible les domaines CARDs (figure 4). Atg12, une
fois conjugué à son substrat Atg5 en un complexe jouant un rôle
important dans le processus d'autophagie, peut s'associer aux CARD
de RIG-I/MDA5 et IPS-1 pour donner un complexe inactif [11, 18].
La dihydroxyacétone kinase (DAK) interagit spécifiquement avec
MDA5 et inhibe la production d'IFN [11, 18]. L'interaction entre la
partie N-terminale de DAK et les domaines CARDs de MDA5 pourrait
maintenir MDA5 dans une conformation inactive dans certaines
conditions. Mais lors d'une infection virale, la reconnaissance
d'un ARN viral par MDA5 provoquerait la dissociation d'avec DAK et
permettrait à MDA5 d'induire la production d'IFN via le recrutement
d'autres partenaires [71].
Une sixième régulation se situe à l'étage suivant de la cascade,
la mitochondrie (figure 4).
L'interaction de NLRX1 (Nod like receptor X1) avec IPS-1 empêche le
recrutement des RIG-I et MDA5 activés. Comme le niveau d'expression
de NLRX1 est invariant en réponse à l'action de l'IFN, ce récepteur
refreinerait le niveau d'activité basal d'IPS-1 [18, 52].
La phosphatase EYA4 (eyes absent 4) se complexe à IPS-1, NLRX1
et STING et amplifie le signal grâce à son activité N-terminale
thréonine-phosphatase [72]. Le récepteur gC1qR (globular head
domain of C1q) interviendrait dans le rétrocontrôle de l'activation
par RIG-I. Initialement présent à la membrane plasmique, gC1qR est
transloqué vers la membrane mitochondriale suite à une infection
par le virus Sendai. Il se lie à IPS-1 et entre en compétition
avec RIG-I [52]. La protéine PLK1 (Polo-like kinase 1)
interagit avec IPS-1 via deux sites de fixation : le PDB (Polo-box
domain) de PLK1 se lie aux régions N- et C-terminales d'IPS-1
respectivement de manière phospho-dépendante et
phospho-indépendante. La liaison de PLK1 à la région
C-terminale d'IPS-1 empêche le recrutement de TRAF3 et par
conséquent inhibe l'induction d'IFN par cette voie [59].
La mitofusin 2, un médiateur de la fusion mitochondriale est
un autre régulateur négatif interagissant via une répétition en
héptade avec la partie C-terminale d'IPS-1 [73]. Elle participerait
au contrôle de la dynamique régulée par IPS-1 pour faciliter
l'association mitochondrie-réticulum endoplasmique requis pour la
transduction du signal [74]. NLRC5, de la famille des NOD-like
récepteurs agit comme un régulateur négatif secondaire impliqué
dans le désamorçage de la réponse innée par inhibition compétitive
avec IPS-1 pour la liaison avec les domaines CARDs de RIG-I et par
régulation négative de la voie NFκB [75]. Outre son implication
dans la transmission du signal (cf. supra), le recrutement d'IKKε
semble réguler négativement l'activité d'IPS-1 [64].
Un septième niveau de régulation intervient plus en
aval dans la cascade de signalisation (figure 4). DUBA
(de-ubiquitinating enzyme A) interagit directement avec TRAF3 et
catalyse sa désubiquitination. Cela entraîne la dissociation de
TRAF3 et TBK1 et, en conséquence, la diminution de l'activation de
la réponse IFN [11, 18]. Par ailleurs, FLN29 peut se lier à TRAF6
et interférer, par un mécanisme encore non élucidé, dans la cascade
de réactions mises en jeu par RIG-I et MDA5 [76]. A20 possède la
double activité E3 ubiquitine-ligase et de-ubiquitinase. Après
induction par une infection virale, elle exerce une activité
régulatrice négative en aval de RIG-I [77, 78]. Enfin, SIKE
(suppressor of IKKε) peut séquestrer TBK1 et IKKε en formant un
complexe inactif et ainsi inhiber la production d'IFN via la voie
de signalisation impliquant IRF3 [11, 18]. Il existe d'autres
facteurs de régulation encore plus en aval qui sortent du champ de
cette revue comme la régulation négative d'IRF-3 et IRF-7 par
sumoylation [79].
Un huitième niveau de régulation contrôle la stabilité du
messager de l'IFN-β. La PKR prévient la dé-adénylation de
l'extrémité polyA de l'ARNm de l'IFN-β issu de l'activation
transcriptionnelle via la signalisation en aval de MDA5 lors d'une
infection avec un picornavirus. Le mécanisme encore inconnu
est indépendant de la phosphorylation de la cible majeure de la
PKR, le facteur d'élongation traductionnel eIF2 [80]. Cette donnée
permet de comprendre les observations contradictoires relatives à
l'importance de la PKR dans l'activation du gène de l'IFN d'autant
que l'activation en aval de RIG-I et déclenchée par un
paramyxoviridae est indépendante de la PKR [80, 81].
Régulation négative des RLRs par les virus
Au cours de leur co-évolution avec leur hôte, les virus ont
sélectionné leurs propres inhibiteurs de la voie de signalisation
des RLRs. Schématiquement on peut distinguer quatre stratégies
(figure 5).
La première consiste à supprimer ou occulter les motifs
agonistes 5’ppp et ARNdb. La suppression du motif 5’ppp est
réalisée de manière variable : addition de coiffe par vol de coiffe
(virus influenza et bunyaviridae) ou par activité guanyltransférase
et O-méthyl transférase (Mononegavirales), couplage de la protéine
Vpg en 5’ du génome (picornavirus), clivage du pyrophosphate en 5’
par une phosphatase virale (virus Hantaan, de la fièvre
hémorragique de Crimée-Congo, et Borna) [36, 40]. L'occultation de
cette extrémité est réalisée, à la source, par l'encapsidation
régulière et continue des génomes et antigénomes dans une
nucléocapside où l'ARN est inaccessible à l'action de nucléase et
celle d'ARN interférant (cas des paramyxovirus avec la règle de 6
(chaque nucléoprotéine couvre exactement 6 nucléotides et la
longueur du génome est un multiple de 6, [82] et cas étendu à tous
les Mononegavirales par similitude de propriété des nucléocapsides
et des mécanismes de réplication [45]. De surcroît, cette
stratégie prévient l'émergence du motif ARNdb en empêchant, d'une
part, le repliement de l'ARNss génomique en structure secondaire de
type dsRNA et, d'autre part, toute hybridation entre les ARN
génomiques (brin négatif) avec les ARN antigénomiques ou les
messagers (brins positifs complémentaires). Ainsi de l'ARNdb d'une
longueur supérieure à 40 paires de bases n'est pas détecté in
situ dans des cellules infectées [83]. Les virus influenza,
Ebola et vaccinia codent pour des protéines (respectivement NS1,
VP35, E3L) ayant une forte affinité pour l'ARNdb, ce qui en fait
des inhibiteurs compétitif de RIG-I pour la liaison à son agoniste
[41, 84, 85].
Dans la seconde stratégie, une protéine virale se lie à, et
inhibe la fonction du RLR (figure 5).
La protéine V des paramyxovirus interagit directement avec le
domaine hélicase de MDA5 et LGP2. V inhibe leur activité ATPasique
et les rend par conséquent inactifs [86, 87]. La protéine NS2
du virus respiratoire syncytial se lie à RIG-I. NS2 agit comme un
inhibiteur compétitif d'IPS-1 pour la liaison au domaine CARD en
position N terminale de RIG-I [88]. Les partenaires des RLR
sont la troisième cible de choix. Par exemple IPS-1 est clivé par
la protéase NS3/4A du virus de l'hépatite C [89] et NS1 d'influenza
bloque la multimérisation de TRIM25 et prévient l'ubiquitination
activatrice de RIG-I [56].
Plus en aval, les facteurs de transcription spécifiquement
requis pour l'activation du gène de l'IFN-β, IRF-3 et IRF-7 sont la
cible des protéines ML de l'orthomyxoviridae Toghoto, NSP1 du
rotavirus ou de la VP35 d'Ebola qui préviennent la dimérisation
d'IRF3 et sa translocation nucléaire [90] ou entraîne leur
ubiquitination et dégradation par le protéasome [91, 92]. Plus
subtilement, la protéine NSs du virus de la vallée du rift recrute
un complexe répresseur du gène de l'interféron [93].
Citons enfin les blocages transcriptionnels cellulaires à large
spectre dont le gène de l'IFN est une des cibles : la protéine NSs
du virus de la vallée du rift bloque le facteur de transcription
généraliste TFIIH [94], et la matrice M du virus de la stomatite
vésiculaire (VSV) perturbe la RNA polymérase II et le transport
nucléocytoplasmique des ARNm cellulaire [95]. Le VSV est
d'ailleurs remarquable par l'efficacité de cette inhibition non
ciblée et par l'absence de toute autre activité régulatrice
négative connue ciblant directement les voies de signalisation de
l'activation du gène de l'IFN et sous-jacentes à son récepteur,
d'où l'extrême sensibilité de ce virus à l'interféron.
Conclusion
L'identification de l'hélicase RIG-I en 2004 comme senseur de
l'infection virale et la définition des motifs d'ARN reconnus par
cette famille d'hélicases a permis de comprendre comment une
cellule pouvait détecter de manière intracellulaire une infection
par un virus à ARN et activer une réponse innée. Du modèle
historique basé sur la reconnaissance d'ARNdb par la protéine
kinase R (PKR) [81] nous sommes passés à un modèle d'une complexité
insoupçonnée dont nous commençons seulement à entrevoir les
différents mécanismes sous-jacents. Si les motifs ARN nécessaires à
la reconnaissance et à l'activation de RIG-I, MDA et LGP2 sont en
partie bien définis biochimiquement, les ARN viraux porteurs de ces
motifs et reconnus physiologiquement par les RLRs ne sont que
prédits. Leur identification formelle promet d'être
particulièrement difficile et devra faire appel à des approches
analytiques croisées capables de mettre en évidence ces ARN en
complexe avec les RLR en évitant toute association artificiellement
créée lors de leur purification. La complexité grandissante de
la cascade de signalisation séparant la reconnaissance de l'ARN «
anormal » par le RLR et l'activation primaire du gène de
l'interféron, jointe aux mécanismes complexes de régulation
cellulaire impliquant de multiples cascades de modifications
post-traductionnelles à base de phosphorylation/déphosphorylation,
ubiquitination/déubiquitination et sumoylation, accroissent
d'autant le nombre de stratégies virales potentielles pour
amoindrir ou bloquer l'activation de la réponse innée, comme en
témoignent celles déjà découvertes. Elle permet également de
comprendre la nécessité pour un virus de développer plusieurs
stratégies complémentaires d'échappement. Nombre de virus ne
bloquent que partiellement la réponse innée, car ils sont
probablement tributaires d'un certain état d'activation pour
assurer leur propagation au sein de l'organisme hôte. Cette
complexité transposée à l'ensemble du monde du vivant permet de
comprendre en partie la restriction du pouvoir réplicatif d'un
virus à un nombre limité d'hôtes. Par exemple, l'effet délétère de
la protéine ML du rotavirus sur IRF-3 est dépendant de l'espèce
[91]. Le croisement de la connaissance des mécanismes
moléculaires mis en jeu dans le « combat » virus-réponse innée de
l'hôte, avec l'accès au génome individuel ouvre la perspective de
définir des populations à risque et des populations réfractaires
vis-à-vis d'un pathogène viral. Ceci devrait se répercuter dans
l'évolution future des politiques de santé publique. Une autre
conséquence prévisible sera le développement de nouvelles souches
virales utilisables comme vaccins par atténuation rationnelle avec
par exemple la suppression des mécanismes viraux inhibiteurs de la
réponse immunitaire innée. Une troisième perspective est
l'exploitation des connaissances pour concevoir de nouveaux
antiviraux basés sur la prévention du déblocage de la réponse
immunitaire innée par un virus.
Conflits d'intérêts
aucuns.
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