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Motifs d'ARN viraux et récepteurs de type RIG-I déclencheurs de l'interféron


Virologie. Volume 14, Numéro 3, 203-16, mai-juin 2010, revue

DOI : 10.1684/vir.2010.0305

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Jade Louber, Denis Gerlier , Université Lyon-I FRE3011, CNRS ; Inserm U758, CERVI, 21, avenue Tony-Garnier, 69007 Lyon.

Résumé : Lors d'une infection virale, l'hôte déclenche une réponse rapide, la réponse immunitaire innée, dont l'interféron (IFN) est la cytokine centrale. Des motifs moléculaires associés aux micro-organismes (MAMPs) sont détectées par des récepteurs cytoplasmiques dédiés, les récepteurs de type RIG-I (RLRs) identifiées à partir de 2004. Les RLRs, au nombre de trois, RIG-I, MDA5 et LGP2, sont des ARN-hélicases composées de deux ou trois types de domaines, un domaine C terminal CTD (ou RD) site de liaison initial à l'ARN viral, le domaine hélicase, site secondaire de liaison, et deux domaines CARDs, responsables du recrutement de la cascade de signalisation. L'importance relative de ces trois RLRs est variable selon les familles de virus. A l'aide d'ARNs synthétiques d'origine chimique et enzymatique ont été définis les motifs essentiels à l'activation de RIG-I: une extrémité 5’ triphosphate contiguë à une courte séquence d'ARN double brin. Les véritables ARNs viraux présents dans le cytoplasme d'une cellule infectée et porteurs de ces motifs reconnus ne sont que postulés. La cascade de signalisation suivant l'activation des RLRs est de mieux en mieux comprise. La panoplie de stratégies virales permettant de l'affaiblir et d'empêcher la production d'IFN s'enrichit régulièrement. Sur la base des données les plus récentes, sont synthétisés dans cette revue les ligands et le partenariat protéique fonctionnel d'origine cellulaire et/ou viral mis en jeu lors de l'induction de la réponse IFN par l'activation des RLRs.

Mots-clés : RIG-I, hélicases, interféron, ARN

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Jade Louber, Denis Gerlier

Université Lyon-I FRE3011, CNRS ; Inserm U758, CERVI, 21, avenue Tony-Garnier, 69007 Lyon

Introduction

Les eucaryotes supérieurs ont développé les réponses immunitaires innée et adaptative comme mécanismes de défense leur permettant de lutter contre les agents pathogènes. La réponse innée est la première barrière de protection mise en place lors d'une infection. Elle consiste en une réponse extracellulaire (l'activation d'une cascade enzymatique, le complément) et une réponse cellulaire associées à un recrutement de cellules spécialisées, avec une sécrétion de facteurs chimiques. Des récepteurs spécialisés des cellules de l'hôte détectent des motifs moléculaires associés aux micro-organismes MAMPs (microbe-associated molecular patterns) et activent la production de cytokines dont les interférons (IFN) de type I. Les cytokines permettent le recrutement, l'activation de cellules du système immunitaire de la réponse adaptative et l'expression de molécules effectrices. Les IFNs de type I activent l'expression de plusieurs centaines de gènes, les ISG (IFN stimulated genes) dont certains sont des effecteurs antiviraux (GTPases Mx, la protéine kinase dépendante de l'ARN (PKR) les 2-5A oligoadénylate synthétases (OAS), la RNase L,…) et d'autres des amplificateurs (RLRs, IRF-7…) ou modulateurs en boucle rétro-active de la réponse interféron [1]. Le concept d'ISG est un peu réducteur car certains ISG sont activés aussi directement par les récepteurs de MAMPs au même titre que l'IFN. Ceci reflète la grande diversité combinatoire des facteurs de transcriptions et des « enhanceurs » mise en jeu [2].

Lors d'infections virales du règne animal, les MAMPs détectés sont essentiellement des acides nucléiques : ADN, ARN simple brin (ARNsb) ou ARN double brin (ARNdb). Deux classes de récepteur assurant la détection de composants viraux ont été identifiées: les récepteurs de type Toll ou TLRs (Toll-like receptors) et les récepteurs de type RIG-I ou RLRs (RIG-I like receptors). Les acides nucléiques viraux sont reconnus dans les compartiments endosomaux par TLR3, 7, 8, 9, et possiblement à la surface cellulaire par TLR3, avec les spécificités suivantes : ADNTLR 9 ARNsbTLR 7/8 et ARNdbTLR 3 [3]. Dans le cytoplasme, les RLRs détectent de façon sélective des ARN produits par les pathogènes et ayant des motifs normalement absents de ce compartiment [4-6]. Cette reconnaissance entraîne l'activation du gène de l'interferon-β (IFN-β) et de l'INF-α4 chez l'homme, seuls gènes IFN activés directement par les RLRs via la constitution d'un enhanceosome fait de deux hétérodimères IRF-3/IRF-7, d'AP1 et de NFκb [7]. Il existe également des mécanismes intracytosoliques de reconnaissance de l'ADN, que nous n'aborderons que marginalement [4]. Alors que la distribution tissulaire des TLR est très hétérogène avec une expression souvent restreinte à quelques cellules spécialisées du système immunitaire comme les cellules dendritiques plasmacytoïdes (pDCs), les RLRs sont présents dans tous les types cellulaires, ce qui leur confère un caractère universel à l'échelle de l'organisme pour la reconnaissance des virus.

La découverte des RLRs date seulement de 2004 [8]. Depuis, certains des mécanismes mis en jeu par ces récepteurs ont été élucidés, et des protéines partenaires ont été identifiées. Leur importance dans la détection des infections virales et la lutte contre ces infections ont été rapidement propulsées sur le devant de la scène. Dans cette revue, nous aborderons successivement les structures et fonctions des RLRs, les ligands qu'ils reconnaissent et les mécanismes qu'ils mettent en jeu lors de l'activation de l‘IFN. Ce domaine ayant déjà fait l'objet de nombreuses revues couvrant partiellement le sujet, les renvois aux références princeps seront limités afin de respecter les consignes éditoriales de la revue.

Structure et fonction des RLRs

La famille des RLRs est composée de trois ARN hélicases : RIG-I (ou DDX58), MDA5, (melanoma differentiation-associated gene 5) et LGP2 (laboratory of genetics and physiology 2) [4-6]. Ces trois protéines appartiennent à la superfamille des hélicase 2, caractérisée par sept séquences conservées (motifs I, Ia, II-VI) à l'intérieur du domaine hélicase [9]. Lors de la reconnaissance des ARN anormaux, RIG-I et MDA5 activent la réponse innée alors que LGP2 agit comme un modulateur de cette activation [4-6, 10-13].

Ces trois récepteurs sont composés de deux (LGP2) ou trois (RIG-I, MDA5) types de domaines ayant des fonctions complémentaires (figure 1). MDA5 et RIG-I possèdent à l'extrémité N-terminale deux domaines de recrutement CARDs (caspase activation and recruitment domains) homologues à 23% [14]. Ces domaines sont essentiels pour l'activation de l‘IFN (15). Des mutants de RIG-I ne possédant qu'un domaine CARD, ou a fortiori aucun, sont incapables d'induire une réponse antivirale. D'autres mutants composés uniquement du tandem CARD activent constitutivement la production IFN [8, 16]. En effet, les domaines CARDs de MDA5 et RIG-I interagissent avec les CARDs de la molécule IPS-1 (interferon-β promotor stimulator 1) située à la surface des mitochondries et des peroxysomes [17]. C'est IPS-1 qui assure ensuite la transduction du signal [5, 16, 18].

Le domaine C-terminal (CTD) est commun aux récepteurs RIG-I, MDA5 et LGP2. Ce domaine comporte de nombreux résidus conservés entre les trois récepteurs avec 24% d'homologie entre les CTDs de MDA5 et de RIG-I et 30% d'homologie entre ceux de MDA5 et LGP2 [19]. Le CTD de RIG-I permet de maintenir cette protéine dans un état inactif latent en l'absence d'infection virale, d'où son appellation alternative RD (repressor domain), activité partagée pour le CTD de LGP2. Les CTDs de ces trois hélicases possèdent une forme plus ou moins concave et chargée positivement (figure 2) et sont caractérisés par un site de fixation structuré par quatre résidus cystéine fixant un ion zinc. Ces éléments sont essentiels pour la reconnaissance d'un ARN double brin (ARNdb). En effet, la mutation de l'un des deux résidus lysine situés dans la région chargée positivement (Lys858 et Lys888) en alanine, ou de l'un des quatre résidus cystéine conservés, (Cys810, Cys813, Cys864 et Cys869) en arginine diminue considérablement la capacité de liaison de RIG-I à un ARN transcrit in vitro [19, 20]. De plus, le RD de RIG-I est également responsable de la reconnaissance du motif 5’ triphosphate (5’ppp) d'un ARN [20]. La plus grande richesse en résidus chargés positivement à la surface du RD de RIG-I semble être responsable de la reconnaissance de ce motif particulier via des interactions électrostatiques [19].

Entre les CARDs et le RD se trouve le domaine central hélicase conservé chez les trois RLRs avec 41% d'homologie entre RIG-I et LGP2, 35% entre RIG-I et MDA5 et 31% entre MDA5 et LGP2 [14]. Ce domaine est composé de 7 motifs canoniques et lie l'ARN. Les motifs Ia et V de RIG-I jouent un rôle important dans cette capacité de liaison. En particulier, les résidus Gln299, Thr697, Glu702 sont postulés interagir avec l'ARN, car leur mutation entraîne la perte de liaison à l'ARN [9, 21]. Ce domaine hélicase de RIG-I possède plutôt une activité translocase ATP-dépendante qu'hélicase stricto sensu. Elle est caractérisée par une interaction dynamique et processive le long d'un acide nucléique double brin sans qu'il y ait séparation des deux brins [22]. Bien que non nécessaire pour la liaison à l'ARN, elle est indispensable pour l'activation de la réponse innée [8, 15]. En effet, la mutation Lys270Ala du site ATPasique inhibe l'activité enzymatique et rend la transduction du signal impossible bien que la capacité de lier l'ARN soit conservée [16, 21]. Cette activité enzymatique est négativement régulée par les CARDs, et cette inhibition est levée par la liaison du RD à l'extrémité 5’ppp d'un ARN [20, 22].

Modèle d'activation des RLRs : le prototype RIG-I

Des essais de reconstitution des étapes précoces de l'activation de RIG-I à partir d'extraits cellulaires ont révélés l'intervention d'un troisième acteur original, des courtes chaînes non ancrées de poly-ubiquitine branchées sur la lysine 63 de type (UbLys63)n avec n proche ou égal à 4. Elles se lient aux domaines CARDS au niveau des résidus Thr55 et Lys172 [23]. Cette interaction intervient secondairement à la liaison avec l'ARN agoniste et est requise pour le recrutement d'IPS-1. Le modèle actuel d'activation de RIG-I est donc le suivant (figure 3). Sous forme inactive, des interactions intramoléculaires masquent le domaine hélicase et les CARDs. Aucun signal ne peut être transmis. La reconnaissance du motif 5’ppp d'un ARNdb par le RD de RIG-I change la conformation de la protéine, induit sa dimérisation, permet la liaison de l'ARNdb au domaine hélicase et l'activation de son activité translocase ATP-dépendante. L'énergie consommée propulse le domaine hélicase le long de l'ARN et déplace probablement les CARDs pour les rendre accessibles à la liaison avec les chaînes non ancrées (UbLys63)n. La source de ces chaînes de polyubiquitine semble être l'ubiquitine ligase E3 TRIM25 (tripartite motif containing 25). TRIM25 s'associe également avec RIG-I au niveau de son premier CARD et de la Thr55 [23-25]. Ceci suggère un scénario alternatif d'activation de RIG-I avec recrutement primaire de TRIM25 au premier CARD libéré par l'activité translocase, synthèse locale de (UbLys63)n non ancrées, liaison de (UbLys63)n sur le second CARD au niveau de Lys172 puis sur le premier CARD au niveau de Thr55 pour se substituer à TRIM25. Ceci autoriserait leur recrutement ultérieur par les CARDs de IPS-1 avec activation sous-jacente de la transduction du signal amenant à la production d'IFN (16, 18, 20, 22). Le complexe 5’pppARNdb/RIG-I[CARD1+2]/(UbLys63)n recrutant alors les CARDs d'IPS-1. Il est envisageable que les chaînes de polyubiquitine non ancrées servent d'entretoises dynamiques joignant les CARDs jumeaux de RIG-I et IPS-1. MDA5 a fait l'objet d'un peu moins d'études et les données convergent vers un modèle similaire avec (i) des conformations active et inactive, (ii) une transition vers la forme active induite par la liaison à un ARN et (iii) la formation d'homocomplexes de MDA5 pour activer la réponse interféron [9, 16]. Les RLRs sont également probablement impliqués dans d'autres processus physiologiques. En particulier RIG-I est nécessaire à la différenciation de la lignée granulomyélocytaire ce qui suggère l'intervention de la voie IFN dans ce processus [26].

Motifs ARN reconnus par les RLRs

Malgré leurs homologies de séquence et de structure, RIG-I, MDA5 et LGP2 reconnaissent des ARN distincts (tableau 1). Ainsi, des ARNdb transcrits in vitro active préférentiellement RIG-I et de l'ARNdb synthétique non naturel poly(I)-poly(C) est plutôt reconnu par MDA5 [27]. De plus, RIG-I et MDA5 discriminent leurs ligands par la taille, le premier reconnaissant des ARNdb inférieurs à ~2 kb, et le second se liant à des ARNdb supérieurs à ~2 kb [28].

RIG-I détecte préférentiellement des ARN dont la longueur est comprise entre 0,3 kb et 1 kb [28]. Mais comment ce récepteur différencie-t-il les ARN étrangers des ARN de l'hôte ? Deux motifs sont nécessaires à l'activation de RIG-I. La nécessité d'une extrémité 5’ppp a été identifiée la première [29-31]. Sur la base d'ARNs transcrits in vitro par la T7 polymérase ADN dépendante, un ARN simple brin (ARNss) semblait être le second requis. Deux articles récents ont rappelé l'activité parasite ARN-dépendante de la polymérase T7, remettant en question le caractère simple brin des transcrits T7 in vitro. En fait, grâce à des ARN synthétisés chimiquement, il a été prouvé que l'ARNdb est le second requis pour activer RIG-I [32, 33].

L'activation de RIG-I nécessite une structure d'ARN relativement précise. In vitro, l'activité ATPasique de RIG-I purifiée nécessite le seul motif ARNdb d'une longueur minimum de 5 nucléotides [32]. De plus, bien que l'activité enzymatique de RIG-I soit plus importante en présence d'un ARNdb possédant une extrémité 5’ppp, cette activité est également observée avec un ARNdb possédant une extrémité 5’OH [33]. Par contre, in cellulo, l'activation d'IFN nécessite absolument une extrémité 5’ppp. Cette extrémité doit être à bouts francs même si une extrémité sortante d'un ou deux nucléotides au maximum n'abolit pas totalement la capacité activatrice de l'ARN [32-34]. L'extrémité 5’ppp doit être adjacente à une région d'ARN double brin d'au moins 9 à 18 nucléotides de longueur [32]. Des mésappariements sont également tolérés : le mésappariement symétrique d'un nucléotide au niveau de la deuxième paire de base en partant de l'extrémité 5’ppp, ou le mésappariement symétrique de deux nucléotides au-delà de la sixième paire de ARNdb ou encore de trois nucléotides au delà de la huitième paire de base interfèrent de façon négligeable avec la production d'IFN par rapport au même ARNdb de 20-24 nucléotides de longueur sans aucun mésappariement [33]. L'ARN d'une longueur de 24 nucléotides optimal pour l'activation de RIG-I, à la fois au niveau de l'activité ATPasique et de l'induction de la réponse IFN, est un ARNdb possédant une extrémité 5’ppp franche et une extrémité 3’OH franche ou rentrante de 1 nucléotide. Ainsi, un transcrit issu d'un génome viral étant naturellement 5’ppp, si cet ARN possède une structure secondaire laissant apparaître des motifs double brin sur plus de 9 nucléotides adjacent à l'extrémité 5’ppp, il doit induire la réponse IFN. La nécessité de ces deux motifs permet à RIG-I de discriminer les ARN étrangers (issus de pathogènes) des ARN de l'hôte présents dans le cytosol. En effet, les ARN cytosoliques sont soit coiffés, soit monophosphates ou soit lié à des protéines comme l'ARN 7SL un composant du complexe SRP (signal recognition protein) qui assure la translocation des protéines dans la lumière du réticulum [35, 36].

Les structures des ARN reconnus par MDA5 et LGP2 sont moins bien connues. LGP2 se lie préférentiellement à des ARNdb à extrémités franches dépourvues d'extrémité 5’ppp [16, 19, 37, 38]. Le CTD de MDA5 reconnait également des ARNdb à extrémités franches possédant, ou non, un motif 5’ppp libre [19]. De plus, MDA5 semble être activé par des ARN de masse moléculaire élevée possédant une structure secondaire particulière et de composition mixte simple et double brin [39].

Tableau 1 Virus et ligands ARN détectés par les RLRs.

Hélicase

Virus reconnus

Motifs ARN reconnus

RIG-I

Paramyxovirus : ARNsb (-) virus Sendai virus de la rougeole Orthomyxovirus : ARNsb (-) virus influenza A virus influenza B Rhabdovirus : ARNsb (-) virus de la rage virus de la stomatite vésiculeuse Flavivirus : ARNsb (+) virus de l'hépatite C virus de l'encéphalite japonaise virus de la dengue Filovirus : ARNsb (-) virus ebola Reovirus : ARNdb

ARN double brin ayant une extrémité 5’triphosphate libre de taille inférieure à ~ 2kb

MDA5

Picornavirus : ARNsb (+) virus de l'encéphalomyocardite Flavivirus : ARNsb (+) virus de la dengue Reovirus : ARNdb

ARN double brin de taille supérieure à ~ 2kb ayant des extrémités franches ARN synthétique poly(I)-poly(C)

LGP2

Flavivirus : ARNsb (+) virus de l'hépatite C

ARN double brin ayant des extrémités franches

Détection des infections virales : quels ARN viraux reconnus ?

RIG-I et MDA5 sont inégalement responsables de la réponse IFN induite par différents virus. RIG-I détecte l'infection par des virus à ARN négatif, de type Mononegavirales (ARN négatif) comme le virus de la stomatite vésiculaire et les virus Sendai et de la rougeole, et de type Orthomyxoviridae, comme le virus influenza et de type Flaviridae (ARN positif), comme le virus de l'hépatite C. MDA5 est impliqué dans la réponse à l'infection par un Picornavirus (ARN positif) comme le virus de l'encéphalomyocardite ou le virus de Theiler [16]. De plus, certains flavivirus comme le virus de la dengue, et reovirus activent à la fois RIG-I et MDA5 [13]. LGP2 est capable de détecter le génome du virus de l'hépatite C [16] (tableau 1).

Cependant, bien que l'activation sélective de RIG-I, MDA5 et LGP2 ait été mise en évidence lors d'infections virales, la nature des véritables ligands viraux reconnus par ces récepteurs n'a pas encore été élucidée. Un corrélat a été établi entre la reconnaissance par RIG-I et la structure 5’ppp du génome viral suggérant que lors de l'infection ce sont les génomes 5’ppp qui sont les agonistes naturels de RIG-I [40], mais cette étude ne prend en compte, ni l'existence d'autres ARN viraux à extrémité 5’ppp, ni l'accessibilité de l'extrémité 5’ppp des génomes dans le contexte de la réplication.

Dans le cas du virus influenza, les ARN génomiques, qui sont les seuls à être 5’ppp, sont reconnus par RIG-I [41]. Bien que les arguments expérimentaux soient convaincants, comment RIG-I, un récepteur cytoplasmique, accède-t-il à un ARN génomique synthétisé dans le noyau ? Ou à celui présent dans le cytoplasme sous la forme d'une nucléocapside en queue de poële avec les extrémités 5’ppp et 3’OH hybridées l'une à l'autre et recouvertes par la polymérase avec le reste de l'ARN encapsidé par la nucléoprotéine [42, 43] ? Dans le cas des virus à ARN simple brin négatif (Mononegavirales), les génomes et antigénomes ne sont jamais retrouvés libres, mais totalement encapsidés dans un homopolymère hélicoïdal de nucléoprotéine. Les structures connues de trois nucléocapsides de Mononegavirales sont d'ailleurs incompatibles avec l'existence d'une extrémité 5’ppp libre sur une longueur excédant le motif ppp lui-même [44-47] ! Cependant, une expérience de co-immunoprécipitation suggère la formation de complexe entre RIG-I et de l'ARN génomique du SeV pendant l'infection [41]. Mais, dans ce cas, comment RIG-I arriverait-il à accéder à l'ARN génomique du virus Sendai qui est normalement totalement encapsidé par la protéine N, et ce, dès le début de sa synthèse [45, 48] ? Des approches fonctionnelles plaident plutôt en faveur de transcrits viraux comme agonistes de RIG-I. En effet, lors d'une infection par le virus de la rougeole, la production d'ARNm d'IFN-β est parallèle à la production de transcrits viraux et précède donc la formation de génomes/antigénomes [29]. Le virus parainfluenza 5 (PIV5), codant pour une protéine P mutée incapable de lier ou d'être phosphorylée, provoque à la fois une augmentation de la transcription virale et une production accrue d'IFN et de cytokines [49]. Par sédimentation différentielle de l'ARN libre et de complexes ribonucléoprotéique en gradient de CsCl, et en l'absence d'expression de la protéine La, l'ARN leader 5’ppp du virus respiratoire syncitial (RSV), un petit ARN de moins de 60 nucléotides transcrit en amont du premier gène a été trouvé complexé à RIG-I [50]. Les agonistes physiologiques de RIG-I sont-ils les ARN leaders pour tous les Mononegavirales ? Ou d'autres transcrits non-coiffés par défaut d'addition de coiffe ? Le motif ARNdb requis pour l'activation de RIG-I est-il consécutif à un repliement avec auto-appariement ou à une hybridation avec un autre ARN ?

De plus, RIG-I reconnait également certains virus à ADN, mais de façon indirecte. En effet, un ADN riche en bases A et T est transcrit de manière ectopique par une forme cytosolique d'ARN polymérase III cellulaire en un ligand ARN reconnu par RIG-I car dépourvu de coiffe [51]. Ainsi, les transcrits EBER de l'herpes-virus Epstein Barr activent-ils RIG-I. Cependant, une fois encore, le mécanisme par lequel le génome ADN viral, réputé nucléaire et ne transitant dans le cytosol que compacté dans une capside close, rencontre l'ARN polymérase III dans le cytosol (i.e. en dehors du noyau) est indéterminé [51].

Activation de la réponse IFN via les RLRs

La voie mitochondriale d'activation de la réponse IFN via les RLRs commence avec la mise en jeu de la protéine IPS-1, appelé aussi MAVS (mitochondrial antiviral signaling), VISA (virus-induced signaling adptator) et Cardif (CARD adapter inducing IFN-β) (4, 18, 52) (figure 4). En effet, la production d'IFN est significativement activée par la surexpression d'IPS-1 ; inversement, elle est négligeable dans des cellules dépourvue d'IPS-1 en réponse à une stimulation de MDA5 ou de RIG-I [18]. IPS-1 est composée d'un domaine CARD à l'extrémité N-terminale et d'une région riche en proline PRR (proline-rich region) au centre de la protéine. IPS-1 contient également un domaine transmembranaire à l'extrémité C-terminale. IPS-1 est localisée à la surface externe des mitochondries [18] et des peroxysomes [17]. Une fois activés, RIG-I et MDA5, se lient à IPS-1 via une interaction CARD-CARD qui induit alors le recrutement d'autres molécules intervenant en aval dans l'induction de la réponse IFN. Dans le cas de RIG-I, l'interaction avec IPS-1 n'est possible qu'après son ubiquitination de type Lys63 par l'E3 ligase TRIM25 [25] ou l'E3-ligase RNF135 (RING finger 135), renommée Riplet (RING finger protein leading to RIG-I activation) et REUL (RIG-I E3 ubiquitin ligase). qui sont de distribution tissulaire complémentaire [24, 53]. Cette interaction met en jeu la Ser183 de RIG-I [54]. TRIM25 se lie à RIG-I grâce à une interaction impliquant le résidu Thr55 du premier CARD et il couple de l'ubiquitine sur le résidu Lys172. Cette ubiquitination requiert la déphosphorylation préalable du résidu contigu Thr170 [55]. RIPLET a de nombreux points communs avec TRIM25 et cible les Lys154 et Lys164 en sus de la Lys172 [53]. L'ubiquitination de Lys172 est requise pour le recrutement d'IPS-1 et l'activation de la réponse IFN [25, 53, 56, 57]. Comme nous l'avons vu plus haut, TRIM25 et peut-être RIPLET sont la source de (UbLys63)n non ancrées qui se lie (en se substituant à TRIM25 ?) aux CARDS de RIG-I au niveau de Thr55 et Lys172 et permettent le recrutement d'IPS-1. La coordination de ces évènements d'ubiquitination, branchée sur les domaines CARD de RIG-I et production de (UbLys63)n non ancrées, associés probablement à l'intervention de déubiquitinases, reste à être élucidée. En effet, dans les expériences de reconstitution in vitro en présence de (UbLys63)n non ancrées, l'ubiquitination de RIG-I est facultative [23].

Après liaison du RLR activé à l'IPS-1 mitochondriale, celui-ci se dimérise via son domaine transmembranaire [58] et recrute plusieurs facteurs dont des membres de la famille TRAF (tumor necrosis factor (TNF) receptor-associated factor). Les TRAF2, 3 et 6, interagiraient directement avec le motif TIM (TRAF-interacting motif) situé dans le domaine PRR de IPS-1 [18, 52] et/ou avec la partie C-terminale d'IPS-1 dans le cas de TRAF3 [59]. TRAF3 recrute à son tour cSrc un activateur de la cascade [60]. Le recrutement des TRAFs permet ensuite de transmettre le signal aux protéines kinases IKK (inhibitor of NF-κB (IκB) kinase) qui jouent un rôle essentiel dans l'activation des transactivateurs du gène de l'IFN-β : IRF-3/7 et NF-κB. En effet, le complexe composé de IKK-α, IKK-β et NEMO (NF-κB essential modulator), aussi appelé IKK-γ) phosphoryle IκB et déclenche ainsi sa dégradation. NF-κB ainsi libéré est alors transloqué dans le noyau [18]. De même, IKKs, composé de TBK1 (TRAF family member-associated NF-κB activator (TANK)-binding kinase 1) et IKK-ε, active la phosphorylation des transactivateurs IRF-3 et IRF-7 et la formation d'homodimères IRF-3/3 ou IRF7/7 et/ou des hétérodimères IRF3/7 qui migrent dans le noyau pour constituer l'enhanceosome du gène de l'IFN-β [18]. Le recrutement au niveau d'IPS-1 de TBK1 et IRF-3 est assuré par la protéine MITA (mediator of IRF-3 transactivator activation), appelée également STING (stimulator of interferon genes), ERIS (RING finger protein leading to RIG-I activation) ou MPYS (N-terminal methionine-proline-tyrosine-serine) [61-63] (figure 4), alors que celui d'IKKε s'effectue directement par interaction avec le domaine CARD ubiquitiné d'IPS-1 [64].

D'autres protéines interviennent dans le complexe mis en place au niveau d'IPS-1. L'interaction de TRAD (TNF receptor 1-associated death domain), TRAF2/3/6, TANK, FADD (Fas-associated death domain) et RIP1 (receptor interacting protein 1) permet en effet d'activer la production d'IFN via à la fois IRF-3 et NF-κB [18]. TANK et NAP1 (NAK-associated protein 1) sont impliqués dans l'activation des IRFs via TBK1 et IKK-ε [18] alors que FADD et RIP1 interagissent avec la région C-terminale d'IPS-1 et favorisent l'activation de NF-κB via l'activation des caspase-8 et caspase-10 [18]. IPS-1 recrute également WDR5 (WD repeat protein), une protéine nucléaire indispensable à l'activation des voies IRF-3 et NF-κB [65] (figure 4).

Régulation cellulaire des RLRs

Le grand nombre de molécules impliquées dans l'activation de la réponse IFN via les RLRs reflète la multiplicité des voies de contrôle (figure 4). Le système interféron est indispensable à la résistance d'un hôte vis-à-vis d'une infection virale : il doit à la fois se mettre en marche rapidement lors d'une infection virale, ne pas s'emballer et revenir à son niveau basal en fin d'infection.

Un premier mécanisme de contrôle positif fait intervenir l'activation très précoce d'IPS-1 localisé sur la membrane externe des peroxysomes. Cette forme d'IPS-1 est responsable de l'expression de certains gènes ayant une activité antivirale et/ou inflammatoire via la mise en jeu des facteurs de transcription IRF-1, IRF-3 et AP1. C'est un puissant amplificateur de la voie d'induction de l'IFN via l'IPS-1 mitochondrial [17] possiblement via l'activation d'AP1, l'un des composant de l'enhanceosome du gène de l'IFN-β.

Un second mécanisme de rétrocontrôle négatif fait intervenir RIG-I SV, un variant naturel de RIG-I exprimé uniquement dans des cellules dans lesquelles la réponse IFN a été stimulée. RIG-I SV est tronqué en N terminal avec perte des résidus 36-80 dans le premier domaine CARD. L'absence du résidu Thr55 le rend incapable de recruter TRIM25 et d'activer la réponse IFN. Il agit donc comme régulateur négatif de RIG-I [57]. Cependant, en réponse à l'IFN, la production des 3 RLRs est fortement accrue, ce qui augmente la sensibilité de détection de l'infection virale [8]. A l'échelle populationnelle, il existe des variants allèliques naturels de RIG-I et de MDA-5 d'activité variable : un RIG-I constitutivement actif grâce à un décalage de lecture au delà du second CARD (Pro299) et un RIG-I dominant négatif par mutation S183I [54, 66] et des mutants MDA-5 non fonctionnels (Glu627stop et I923V). La fréquence non négligeable de ces mutants dans la population humaine pourrait refléter une adaptation vis-à-vis de certaines infections virales et/ou de leur implication dans la résistance au diabète de type I [66].

Un troisième niveau de régulation est piloté par LGP2 (figure 4). D'après certains travaux LGP2 agirait comme répresseur de la réponse IFN. La sur-expression de LGP2 régule négativement l'activation d'IFN dépendante de RIG-I suite à une infection par le virus de Sendai, et inversement, son inactivation par siRNA et/ou chez des souris invalidées semble améliorer l'expression de l'interféron [67, 68]. Plusieurs mécanismes peuvent expliquer cette inhibition par LGP2. Tout d'abord, en tant que RLR dépourvu de domaine CARD, LGP2 pourrait entrer en compétition avec RIG-I et/ou MDA5 pour la reconnaissance de leurs ligands [10, 15, 18, 68]. Par ailleurs, LGP2 est capable de s'associer à RIG-I et d'inhiber son homodimérisation nécessaire à la transduction du signal [18]. Récemment, dans un autre modèle de souris transgéniques ayant leur gène LGP2 inactivé, un rôle d'activateur vis-à-vis de RIG-I et de MDA5 a été observé [10]. L'incohérence entre les différents modèles de souris ayant un gène LGP2 inactif [10, 12] reste inexpliquée et le véritable rôle de LGP2 mérite d'être clarifié.

Un quatrième niveau de régulation est la modulation des modifications post-traductionnelles par les ubiquitine ligases (figure 4). Le désassemblage des (UbLys63)n non ancrées et la désubiquitination de RIG-I par la déubiquitinase CYLD (cylindromatosis) entraîne la diminution de l'activation de la réponse IFN [23, 69]. RNF125 (ring finger 125) ajoute des ubiquitines de type Lys48 sur le domaine N-terminal de RIG-I sur d'autres lysines que Lys172 pour cibler RIG-I vers la dégradation par le protéasome. RNF125 polyubiquitine aussi MDA5 et IPS-1 [70]. CYLD et RNF125 sont donc des régulateurs négatifs de l'activation de la réponse IFN par RIG-I [18].

Une cinquième régulation cible les domaines CARDs (figure 4). Atg12, une fois conjugué à son substrat Atg5 en un complexe jouant un rôle important dans le processus d'autophagie, peut s'associer aux CARD de RIG-I/MDA5 et IPS-1 pour donner un complexe inactif [11, 18]. La dihydroxyacétone kinase (DAK) interagit spécifiquement avec MDA5 et inhibe la production d'IFN [11, 18]. L'interaction entre la partie N-terminale de DAK et les domaines CARDs de MDA5 pourrait maintenir MDA5 dans une conformation inactive dans certaines conditions. Mais lors d'une infection virale, la reconnaissance d'un ARN viral par MDA5 provoquerait la dissociation d'avec DAK et permettrait à MDA5 d'induire la production d'IFN via le recrutement d'autres partenaires [71].

Une sixième régulation se situe à l'étage suivant de la cascade, la mitochondrie (figure 4). L'interaction de NLRX1 (Nod like receptor X1) avec IPS-1 empêche le recrutement des RIG-I et MDA5 activés. Comme le niveau d'expression de NLRX1 est invariant en réponse à l'action de l'IFN, ce récepteur refreinerait le niveau d'activité basal d'IPS-1 [18, 52]. La phosphatase EYA4 (eyes absent 4) se complexe à IPS-1, NLRX1 et STING et amplifie le signal grâce à son activité N-terminale thréonine-phosphatase [72]. Le récepteur gC1qR (globular head domain of C1q) interviendrait dans le rétrocontrôle de l'activation par RIG-I. Initialement présent à la membrane plasmique, gC1qR est transloqué vers la membrane mitochondriale suite à une infection par le virus Sendai. Il se lie à IPS-1 et entre en compétition avec RIG-I [52]. La protéine PLK1 (Polo-like kinase 1) interagit avec IPS-1 via deux sites de fixation : le PDB (Polo-box domain) de PLK1 se lie aux régions N- et C-terminales d'IPS-1 respectivement de manière phospho-dépendante et phospho-indépendante. La liaison de PLK1 à la région C-terminale d'IPS-1 empêche le recrutement de TRAF3 et par conséquent inhibe l'induction d'IFN par cette voie [59]. La mitofusin 2, un médiateur de la fusion mitochondriale est un autre régulateur négatif interagissant via une répétition en héptade avec la partie C-terminale d'IPS-1 [73]. Elle participerait au contrôle de la dynamique régulée par IPS-1 pour faciliter l'association mitochondrie-réticulum endoplasmique requis pour la transduction du signal [74]. NLRC5, de la famille des NOD-like récepteurs agit comme un régulateur négatif secondaire impliqué dans le désamorçage de la réponse innée par inhibition compétitive avec IPS-1 pour la liaison avec les domaines CARDs de RIG-I et par régulation négative de la voie NFκB [75]. Outre son implication dans la transmission du signal (cf. supra), le recrutement d'IKKε semble réguler négativement l'activité d'IPS-1 [64].

Un septième niveau de régulation intervient plus en aval dans la cascade de signalisation (figure 4). DUBA (de-ubiquitinating enzyme A) interagit directement avec TRAF3 et catalyse sa désubiquitination. Cela entraîne la dissociation de TRAF3 et TBK1 et, en conséquence, la diminution de l'activation de la réponse IFN [11, 18]. Par ailleurs, FLN29 peut se lier à TRAF6 et interférer, par un mécanisme encore non élucidé, dans la cascade de réactions mises en jeu par RIG-I et MDA5 [76]. A20 possède la double activité E3 ubiquitine-ligase et de-ubiquitinase. Après induction par une infection virale, elle exerce une activité régulatrice négative en aval de RIG-I [77, 78]. Enfin, SIKE (suppressor of IKKε) peut séquestrer TBK1 et IKKε en formant un complexe inactif et ainsi inhiber la production d'IFN via la voie de signalisation impliquant IRF3 [11, 18]. Il existe d'autres facteurs de régulation encore plus en aval qui sortent du champ de cette revue comme la régulation négative d'IRF-3 et IRF-7 par sumoylation [79].

Un huitième niveau de régulation contrôle la stabilité du messager de l'IFN-β. La PKR prévient la dé-adénylation de l'extrémité polyA de l'ARNm de l'IFN-β issu de l'activation transcriptionnelle via la signalisation en aval de MDA5 lors d'une infection avec un picornavirus. Le mécanisme encore inconnu est indépendant de la phosphorylation de la cible majeure de la PKR, le facteur d'élongation traductionnel eIF2 [80]. Cette donnée permet de comprendre les observations contradictoires relatives à l'importance de la PKR dans l'activation du gène de l'IFN d'autant que l'activation en aval de RIG-I et déclenchée par un paramyxoviridae est indépendante de la PKR [80, 81].

Régulation négative des RLRs par les virus

Au cours de leur co-évolution avec leur hôte, les virus ont sélectionné leurs propres inhibiteurs de la voie de signalisation des RLRs. Schématiquement on peut distinguer quatre stratégies (figure 5). La première consiste à supprimer ou occulter les motifs agonistes 5’ppp et ARNdb. La suppression du motif 5’ppp est réalisée de manière variable : addition de coiffe par vol de coiffe (virus influenza et bunyaviridae) ou par activité guanyltransférase et O-méthyl transférase (Mononegavirales), couplage de la protéine Vpg en 5’ du génome (picornavirus), clivage du pyrophosphate en 5’ par une phosphatase virale (virus Hantaan, de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo, et Borna) [36, 40]. L'occultation de cette extrémité est réalisée, à la source, par l'encapsidation régulière et continue des génomes et antigénomes dans une nucléocapside où l'ARN est inaccessible à l'action de nucléase et celle d'ARN interférant (cas des paramyxovirus avec la règle de 6 (chaque nucléoprotéine couvre exactement 6 nucléotides et la longueur du génome est un multiple de 6, [82] et cas étendu à tous les Mononegavirales par similitude de propriété des nucléocapsides et des mécanismes de réplication [45]. De surcroît, cette stratégie prévient l'émergence du motif ARNdb en empêchant, d'une part, le repliement de l'ARNss génomique en structure secondaire de type dsRNA et, d'autre part, toute hybridation entre les ARN génomiques (brin négatif) avec les ARN antigénomiques ou les messagers (brins positifs complémentaires). Ainsi de l'ARNdb d'une longueur supérieure à 40 paires de bases n'est pas détecté in situ dans des cellules infectées [83]. Les virus influenza, Ebola et vaccinia codent pour des protéines (respectivement NS1, VP35, E3L) ayant une forte affinité pour l'ARNdb, ce qui en fait des inhibiteurs compétitif de RIG-I pour la liaison à son agoniste [41, 84, 85].

Dans la seconde stratégie, une protéine virale se lie à, et inhibe la fonction du RLR (figure 5). La protéine V des paramyxovirus interagit directement avec le domaine hélicase de MDA5 et LGP2. V inhibe leur activité ATPasique et les rend par conséquent inactifs [86, 87]. La protéine NS2 du virus respiratoire syncytial se lie à RIG-I. NS2 agit comme un inhibiteur compétitif d'IPS-1 pour la liaison au domaine CARD en position N terminale de RIG-I [88]. Les partenaires des RLR sont la troisième cible de choix. Par exemple IPS-1 est clivé par la protéase NS3/4A du virus de l'hépatite C [89] et NS1 d'influenza bloque la multimérisation de TRIM25 et prévient l'ubiquitination activatrice de RIG-I [56].

Plus en aval, les facteurs de transcription spécifiquement requis pour l'activation du gène de l'IFN-β, IRF-3 et IRF-7 sont la cible des protéines ML de l'orthomyxoviridae Toghoto, NSP1 du rotavirus ou de la VP35 d'Ebola qui préviennent la dimérisation d'IRF3 et sa translocation nucléaire [90] ou entraîne leur ubiquitination et dégradation par le protéasome [91, 92]. Plus subtilement, la protéine NSs du virus de la vallée du rift recrute un complexe répresseur du gène de l'interféron [93].

Citons enfin les blocages transcriptionnels cellulaires à large spectre dont le gène de l'IFN est une des cibles : la protéine NSs du virus de la vallée du rift bloque le facteur de transcription généraliste TFIIH [94], et la matrice M du virus de la stomatite vésiculaire (VSV) perturbe la RNA polymérase II et le transport nucléocytoplasmique des ARNm cellulaire [95]. Le VSV est d'ailleurs remarquable par l'efficacité de cette inhibition non ciblée et par l'absence de toute autre activité régulatrice négative connue ciblant directement les voies de signalisation de l'activation du gène de l'IFN et sous-jacentes à son récepteur, d'où l'extrême sensibilité de ce virus à l'interféron.

Conclusion

L'identification de l'hélicase RIG-I en 2004 comme senseur de l'infection virale et la définition des motifs d'ARN reconnus par cette famille d'hélicases a permis de comprendre comment une cellule pouvait détecter de manière intracellulaire une infection par un virus à ARN et activer une réponse innée. Du modèle historique basé sur la reconnaissance d'ARNdb par la protéine kinase R (PKR) [81] nous sommes passés à un modèle d'une complexité insoupçonnée dont nous commençons seulement à entrevoir les différents mécanismes sous-jacents. Si les motifs ARN nécessaires à la reconnaissance et à l'activation de RIG-I, MDA et LGP2 sont en partie bien définis biochimiquement, les ARN viraux porteurs de ces motifs et reconnus physiologiquement par les RLRs ne sont que prédits. Leur identification formelle promet d'être particulièrement difficile et devra faire appel à des approches analytiques croisées capables de mettre en évidence ces ARN en complexe avec les RLR en évitant toute association artificiellement créée lors de leur purification. La complexité grandissante de la cascade de signalisation séparant la reconnaissance de l'ARN « anormal » par le RLR et l'activation primaire du gène de l'interféron, jointe aux mécanismes complexes de régulation cellulaire impliquant de multiples cascades de modifications post-traductionnelles à base de phosphorylation/déphosphorylation, ubiquitination/déubiquitination et sumoylation, accroissent d'autant le nombre de stratégies virales potentielles pour amoindrir ou bloquer l'activation de la réponse innée, comme en témoignent celles déjà découvertes. Elle permet également de comprendre la nécessité pour un virus de développer plusieurs stratégies complémentaires d'échappement. Nombre de virus ne bloquent que partiellement la réponse innée, car ils sont probablement tributaires d'un certain état d'activation pour assurer leur propagation au sein de l'organisme hôte. Cette complexité transposée à l'ensemble du monde du vivant permet de comprendre en partie la restriction du pouvoir réplicatif d'un virus à un nombre limité d'hôtes. Par exemple, l'effet délétère de la protéine ML du rotavirus sur IRF-3 est dépendant de l'espèce [91]. Le croisement de la connaissance des mécanismes moléculaires mis en jeu dans le « combat » virus-réponse innée de l'hôte, avec l'accès au génome individuel ouvre la perspective de définir des populations à risque et des populations réfractaires vis-à-vis d'un pathogène viral. Ceci devrait se répercuter dans l'évolution future des politiques de santé publique. Une autre conséquence prévisible sera le développement de nouvelles souches virales utilisables comme vaccins par atténuation rationnelle avec par exemple la suppression des mécanismes viraux inhibiteurs de la réponse immunitaire innée. Une troisième perspective est l'exploitation des connaissances pour concevoir de nouveaux antiviraux basés sur la prévention du déblocage de la réponse immunitaire innée par un virus.

Conflits d'intérêts

aucuns.

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