ARTICLE
Auteur(s) : S Crépin1, C Picard1,
M
Labetoulle1,2
1Laboratoire de virologie moléculaire et structurale,
Centre national de la recherche scientifique, UMR 2472, IFR 115,
91198 Gif-sur-Yvette
2Service d’ophtalmologie, Centre hospitalier
universitaire de Bicêtre, Assistance Publique-Hôpitaux de Paris,
94275 Le Kremlin-Bicêtre
Le virus herpes simplex de type 1 (HSV1) est un virus neurotrope
humain capable d’établir une infection latente après la
primo-infection, cette dernière étant d’ailleurs le plus souvent
asymptomatique [1-4]. La phase productive de l’infection est
caractérisée par une cascade réplicative ordonnée, c’est-à-dire la
transcription puis l’expression des gènes viraux immédiatement
précoces (IE), précoces (E), puis tardifs (L), menant à la
production de particules infectieuses. Ces dernières, produites en
grandes quantités par les cellules épithéliales du site de
primo-infection, pénètrent alors dans les terminaisons nerveuses
innervant ce site, puis sont transportées dans le corps des
neurones. Le virus peut alors se répliquer et poursuivre le
processus neuro-invasif ou, à l’inverse, persister à l’état latent
dans les neurones infectés [5].Pendant la phase de latence, aucune
particule infectieuse ne peut être détectée dans des tissus
neuronaux. Le génome viral est alors circularisé, complexé avec des
histones et maintenu dans un état réprimé, à l’exception de la
séquence codant les transcrits associés à la latence (LAT), située
dans la région flanquante la région unique longue du génome du HSV1
[6-8].
Données récentes sur l’expression du génome viral pendant la
latence
L’expression du génome du HSV1 pendant la phase latente d’infection
est débattue depuis de nombreuses années et beaucoup de questions
restent encore en suspens. Depuis leur découverte dans les années
1980 [5, 9, 10], il était communément admis que les LAT étaient les
seuls transcrits viraux produits pendant l’infection latente [6,
11]. Ce sont des introns de 2 et 1,5 kb, non polyadénylés et
plus ou moins stables, qui s’accumulent dans le noyau des neurones
infectés [6, 9, 12]. Ils sont le produit de l’épissage particulier
d’un transcrit primaire de 8,3 kb [13], appelé communément LAT
mineur en raison des très faibles quantités retrouvées. La
stabilité des LAT est la conséquence d’une modification dans la
séquence consensus d’épissage [14], aboutissant à un exon de
6,3 kb, particulièrement instable [15, 16] et un intron stable
de 2 kb qui est exprimé pendant l’infection latente mais aussi
en période réplicative [14, 17]. En revanche, le LAT de
1,5 kb, fruit d’un second épissage du LAT 2 kb,
s’accumule essentiellement pendant la phase latente de l’infection
[18-20]( (figure
1) ). Une équipe avait cependant suggéré dès 1995 que
quelques copies de transcrits codant pour une protéine IE (ICP4) et
une protéine E (thymidine kinase) étaient présentes dans les
neurones du ganglion trigéminé de Gasser (TG), responsable de
l’innervation sensitive de la face et site principal de la latence
du HSV1 [21, 22]. Cette observation a été initialement interprétée
comme le reflet d’une possible réactivation spontanée dans la
structure étudiée [6], idée reprise dans certaines analyses
récentes [10]. Elle a cependant ouvert la voie à l’analyse par des
techniques plus fines de la transcription de gènes autres que ceux
des LAT pendant la phase latente de l’infection par HSV1.
Puisque le gène codant la protéine ICP0 de HSV1 est entièrement
contenu dans la région codant les LAT (le gène ICP0 étant en partie
anti-sens de celui des LAT) [23], il était logique d’imaginer que
les deux brins du génome de HSV1 soient transcrits, d’une part en
LAT, d’autre part en transcrits ICP0, ce qui a été effectivement
montré en 2002 par Chen et al. [24] dans des neurones du TG ( (figure 1) ). La
transcription du gène ICP0 de HSV1 pendant la phase d’infection
latente est une observation d’autant plus précieuse que cette
protéine virale est une des premières produites pendant le cycle
productif et que sa production est classiquement considérée comme
un indicateur du temps le plus précoce de la réactivation virale
[25-27].
Cependant, on peut noter d’emblée que la totalité des données
concernant l’expression des transcrits ICP0 pendant la latence
avait été acquise dans des neurones sensitifs, essentiellement ceux
du TG. Or, nos études antérieures avaient montré que le niveau
d’expression des LAT dans les neurones infectés de façon latente et
le nombre de neurones exprimant des LAT variait nettement en
fonction des tissus étudiés, avec notamment une expression plus
importante dans les neurones sensitifs du TG que dans les neurones
sympathiques du ganglion cervical supérieur (SCG) ou de la moelle
épinière, ou encore les neurones moteurs du noyau du nerf facial ou
les neurones de l’hypothalamus [28]. Pour obtenir ces résultats,
nous avions développé un modèle murin d’infection herpétique
reproduisant, au moins en partie, l’histoire naturelle de
l’infection herpétique, à savoir une primo-infection orale, puis
une entrée du virus en latence dans des tissus à la fois connectés
à la sphère oropharyngée et à la sphère oculaire, qui sont, dans
l’ordre décroissant, les deux principaux sites de récurrences
herpétiques [28, 29]. Après l’inoculation d’une suspension de HSV1
dans la lèvre supérieure de souris sauvages, le virus se propage
rapidement dans le système nerveux en utilisant les voies
sensitives, autonomes et motrices. Après une phase de réplication
dans les noyaux des neurones de ces différentes voies nerveuses, il
entre finalement en état de latence dans le TG et dans de
nombreuses autres structures connectées à la fois aux muqueuses
buccales et à l’œil, comme le SCG, la moelle épinière et les noyaux
hypothalamiques.
En utilisant le modèle oro-oculaire d’infection à HSV1 et trois
méthodes complémentaires pour l’étude de la transcription du génome
viral pendant la latence, à savoir une souche virale génétiquement
modifiée, l’hybridation in situ et la RT-PCR quantitative, nous
avons comparé le niveau de transcription des gènes ICP0 et LAT dans
plusieurs structures infectées de façon latente. Nous avons ainsi
observé que le niveau de transcription diffère en fonction du type
de structure nerveuse étudiée. En particulier, le TG est le site de
latence herpétique où l’expression des LAT est de loin la plus
stable et la plus importante, et où les transcrits ICP0
s’accumulent essentiellement sous forme non épissée, à la
différence des autres sites de latence où les LAT ont tendance à
diminuer par rapport à la phase aiguë et, surtout, où les
transcrits ICP0 sont en plus faible quantité et principalement sous
forme épissée [30].
Nos résultats suggèrent donc que les LAT pourraient intervenir
dans la régulation de l’alternance entre latence et réactivation du
HSV1 en inhibant l’épissage des transcrits ICP0 et/ou en facilitant
l’accumulation des transcrits non épissés dans le noyau de neurones
infectés de façon latente. D’autres équipes avaient déjà rapporté
des résultats allant dans le même sens. Mador et al [31] ont montré
que la surexpression de LAT dans des cellules neuronales réduit
d’un facteur 16 l’expression des autres transcrits viraux. À
l’inverse, aucun effet des LAT 2 kb n’a été observé dans les
cellules non neuronales sur l’expression des ARNm, leur stabilité,
leur accumulation ou encore leur épissage [32]. Une telle
différence entre cellules neuronales et non neuronales a d’ailleurs
aussi été retrouvée dans la régulation post-transcriptionnelle du
gène ICP0 pendant le cycle lytique [33]. L’invalidation des LAT
entraîne l’expression accrue des transcrits ICP4 et tk dans le
ganglion de souris infectée de façon latente [22] et, de façon plus
globale, augmente l’expression des gènes viraux lors de la phase
aiguë de l’infection expérimentale [34]. À nouveau, les propriétés
transactivatrices d’ICP0 sur l’expression des gènes viraux [35]
pourraient expliquer la plus grande expression des transcrits ICP4
et tk consécutive à la surexpression d’ICP0 liée à l’invalidation
des LAT. Plus récemment, Chen et al. [24] ont montré une moindre
quantité de transcrits ICP0 non épissés dans les TG infectés de
façon latents par des virus déficients pour l’expression des LAT,
tandis qu’aucune différence n’a été trouvée pour les transcrits
épissés [24]. Ces résultats sont compatibles avec les nôtres, qui
montrent de plus fortes proportions de transcrits ICP0 non épissés
dans les sites de latence plus riches en LAT [30].
LAT et ICPO sont mutuellement impliqués dans l’alternance en
latence et réactivation virale. Dans une récente revue de la
littérature, Efstathiou et Preston [10] ont discuté ce qui est
admis comme étant les quatre points clés à propos de la latence et
de la réactivation de HSV1 : 1) la latence est une conséquence
de l’impossibilité de débuter l’expression des gènes immédiatement
précoces ; 2) pendant la latence, le génome viral existe sous
une forme extrachromosomique, non réplicative, de type
épisome ; 3) la transcription pendant la latence est limitée à
celles des LAT ; 4) la réactivation est la conséquence d’une
réponse à des signaux cellulaires qui permettent l’activation de
l’expression des gènes viraux et l’entrée dans un cycle
productif.
La régulation et le mode d’expression du génome du HSV1 pendant
l’infection productive ont été largement étudiés en culture
cellulaire. Un des éléments clés est VP16, protéine de matrice
présente dans la cellule immédiatement après la pénétration du
virion dans la cellule hôte. Elle se combine aux facteurs Oct1
(octamer-binding protein 1) et HCF (host cell factor) pour se lier
aux motifs TAATGARAT situés dans les promoteurs des cinq gènes IE,
codant pour les protéines ICP4, ICP0, ICP22, ICP27 et ICP47 [36].
En revanche, des virus déficients pour l’expression de la protéine
tégumentaire VP16 (ou à faible multiplicité d’infection) et/ou pour
l’expression des protéines ICP0 et ICP4 peuvent entraîner une
infection quiescente des cellules en culture, mimant d’une certaine
façon l’état de latence virale [10, 37-41]. Ces données indiquent
donc que l’absence d’activation des gènes IE est une condition
nécessaire pour que l’état de latence herpétique puisse s’installer
[10] et, à l’inverse, la latence herpétique pourrait se mettre en
place sans passer par une phase de réplication virale.
Une grande partie de ces données acquises en culture cellulaire
a, en parallèle, été vérifiée in vivo, dans des modèles animaux. À
la suite de la primo-infection, certains neurones sont rapidement
le site d’une réplication virale active, comme dans les cellules en
culture, alors que d’autres n’expriment que les LAT [42-45]. En
revanche, une autre étude a montré qu’une partie importante des
neurones infectés de façon productive après la primo-infection
exprime aussi les LAT [28], ce qui confirme que la production des
LAT n’est pas le marqueur incontestable de l’état de latence et
qu’il n’y a pas de dichotomie évidente entre le cycle réplicatif et
l’infection latente, au moins dans les premiers temps de l’invasion
virale dans le système nerveux.
Concernant l’état physique du génome viral pendant la période de
latence, plusieurs points semblent impliqués dans la capacité de
réactivation virale, le nombre de copies et l’organisation
génomique proprement dite. En utilisant une technique dite
d’analyse contextuelle, Sawtell [46] a clairement montré que la
probabilité de réactivation du virus dans un TG est fonction du
nombre de copies génomiques moyen dans les neurones, ce dernier
pouvant varier de 1 000 à 1 000 par neurone infecté de
façon latente. Par ailleurs, ce nombre de copies de génomes
présents lors de l’infection latente serait corrélé à l’intensité
de la réplication virale dans le site de latence après la
primo-infection [45, 47-49] plutôt qu’à un phénomène de réplication
du génome après que la latence s’est installée (rappelons que l’ADN
viral est sous forme circulaire pendant la latence et qu’il
contient plusieurs origines de réplication, laissant la possibilité
au moins théorique d’une réplication de l’ADN viral pendant la
période de latence).
La quantité de neurones hébergeant la latence et le nombre de
copies de génomes qu’ils contiennent sont proportionnels à la
surface d’inoculation, au nombre de particules virales inoculées, à
leur capacité à se répliquer dans le site d’inoculation et dans le
ganglion sensitif [46, 49, 50]. De même, le traitement des animaux
durant la phase de primo-infection par des inhibiteurs de la
réplication virale réduit l’importance de la latence [43, 46].
En revanche, même s’il est maintenant bien établi que les virus
défectifs pour l’expression des LAT sont moins enclins à entrer en
latence [51, 52] et donc, à terme, à se réactiver que leur
équivalent sauvage [53, 54], aucune étude n’a clairement montré que
la probabilité de réactivation est directement fonction du nombre
de copies de LAT dans les neurones, estimé en moyenne entre
40 000 et 100 000 [55].
Le second point concernant l’état du génome, à savoir son
organisation physique, est aussi débattu : véritables épisomes
ou concatémères comme lors de la phase réplicative [10] ? On
sait que le génome des virus défectifs pour l’expression des gènes
IE prend une organisation épisomale dans des systèmes modélisant la
latence en cellules non neuronales [38, 39] et que cette
organisation du génome peut être inhibée par l’apport de la
protéine ICP0 [56]. Par ailleurs, il semble maintenant bien établi
que les modifications chimiques des histones (acétylation,
méthylation phosphorylation) sont directement liées à la capacité
de transcrire les gènes viraux [10] et la protéine ICP0 pourrait
être impliquée dans ce processus de régulation (cf. article de
Lomonte et al. dans ce même numéro).
Les LAT correspondent au troisième point de la régulation de
l’alternance entre latence et réactivation virale. Certaines études
ont d’ailleurs suggéré que le processus de production des LAT
2 kb pourrait différer entre la phase réplicative et la
période de latence [10, 57]. Il est aussi intéressant de noter
qu’une proportion importante (50 à 90 %) de neurones infectés
de façon latente (présence de génome viral) n’expriment pas les LAT
en quantités détectables [58-60] mais aucune étude n’a encore
permis de savoir si les neurones exprimant les LAT sont plus ou
moins sensibles que les autres à la réactivation virale.
Les fonctions des LAT ne sont pas encore clairement comprises,
mais l’analyse de l’effet de mutations et de transfections suggère
fortement qu’ils ont un rôle clé dans l’établissement de la latence
et/ou de la réactivation virale [12]. Ainsi, l’expression
constitutive des LAT 2 kb dans des animaux transgéniques rend
ces animaux sensibles à la réactivation de souches virales
défectives pour les LAT, souches dites LAT-, normalement peu
enclines à la réactivation [20]. Chez la souris non transgénique,
Sawtell [44, 51] a montré que les souches virales LAT- induisent
une infection latente dans moins de neurones que le virus sauvage,
ce qui pourrait expliquer la moindre fréquence de réactivations
avec ces souches virales modifiées. Cette propriété à faciliter
l’entrée en latence du virus dans les neurones est probablement en
partie liée à la capacité des LAT de promouvoir la survie des
neurones infectés. Les souches LAT- entraînent une plus forte
destruction des neurones infectés par apoptose et donc une moindre
charge virale latente par rapport au virus sauvage [61], alors que,
à l’inverse, les transcrits ICP0 semblent avoir des propriétés
proapoptotiques [62]. La protection de la survie neuronale par les
LAT pourrait aussi passer par une réduction de l’expression des
gènes viraux, en particulier IE, dans les neurones in vivo [10, 34,
44, 47, 63, 64]. D’ailleurs, la transfection de LAT 2 kb in
vitro peut inhiber l’effet transactivateur de ICP0 [13] et réduire
la production des transcrits IE viraux [31]. Néanmoins, même s’il
est clairement établi que les LAT favorisent l’entrée en latence du
virus en augmentant la survie neuronale, par effet anti-apoptotique
ou inhibiteur du cycle viral, aucune des expériences proposées
jusqu’alors n’a permis de prouver ou d’infirmer un rôle direct des
LAT dans le processus de réactivation proprement dit.
À l’échelle moléculaire, la réactivation virale met en jeu des
mécanismes différents de ceux amorçant le cycle réplicatif après la
pénétration intracellulaire des virions. Il faut en particulier
rétablir l’état transcriptionnellement actif du génome puisqu’il
est alors sous une forme épisomique, associée à des histones. Bien
que discutables parce que très artificiels, les systèmes de
quiescence virale in vitro sur des cellules non neuronales ont bien
montré que les promoteurs des gènes viraux sont alors dans un état
réprimé [9, 38]. Une des clés possibles du passage de l’état de
latence vers celui de la réactivation est probablement la protéine
ICP0. En effet, l’infection à basse multiplicité de cellules en
culture avec des virus défectifs pour l’expression de ICP0, dits
ICP0-, n’entraîne pas de cycle réplicatif [65, 66] et l’expression
de ICP0 en trans est capable de lever l’inhibition de la
réplication virale [38, 39, 67, 68]. D’ailleurs, les virus ICP0-
perdent une grande partie de leur capacité de réactivation chez
l’animal [69, 70], mais il est possible que cela ne soit que le
reflet d’une perte des capacités réplicatives liées à ce type de
mutation virale [10].
La protéine ICP0 agit comme un activateur non spécifique de
gènes viraux, voire même cellulaires, et par le biais d’un domaine
en doigt-de-zinc pourvu de propriétés ubiquitine-ligase E3, elle
est aussi capable d’induire la dégradation de diverses protéines
par la voie du protéasome [cf. l’article de Lomonte, dans ce même
numéro] [71-76]( (figure
2) ). On retrouve parmi les cibles les composants des
domaines nucléaires ND10 auxquels sont associées les copies de
génome viral. En l’absence d’ICP0, les génomes viraux associés aux
domaines ND10 ont une très forte probabilité de se trouver dans un
état réprimé (latent) et l’apport d’ICP0 est alors associé à une
destruction de ces domaines nucléaires par le protéasome [cf.
l’article de Lomonte, dans ce même numéro]. La protéine ICP0 est
aussi capable d’interagir avec des protéines virales comme USP7
(protéase spécifique de l’ubiquitine) et ICP4, activateur fort de
la réplication virale [77] ; d’autres interactions restent
probablement à découvrir. De façon plus globale, on note que ICP0
induit une modification de l’état transformationnel du génome de
HSV1 similaire à celle induite par un inhibiteur d’histone
déacétylase [78] connu pour favoriser la réactivation virale dans
les neurones sensitifs en culture [79]. On sait par ailleurs
qu’elle peut inhiber la chaîne transductionnelle induite par les
interférons [80], cette voie immunitaire innée étant à la fois
responsable d’une inhibition de la transcription des gènes IE
viraux et d’une augmentation de la taille des domaines ND10.
Puisque certaines protéines qui les composent (Sp100, PML ou
promyelocytic protein) sont inductibles par l’interféron et
agissent comme des inhibiteurs transcriptionnels [81-83], ces
domaines sont maintenant considérés comme un système de défense
nucléaire contre un certain nombre de virus à ADN, dont HSV1 [10,
84, 85]. Même s’il est tentant de penser que toutes ces propriétés
de ICP0, à la fois inhibitrices de la voie interféron et
promotrices de la réactivation virale, sont interdépendantes, il
reste toutefois à prouver que les génomes de HSV1 pendant la phase
de latence sont bien associés physiquement aux domaines ND10
[10].
Quoi qu’il en soit, il faut remarquer que beaucoup des
propriétés supposées d’ICP0 ont été obtenues dans des modèles de
latence in vitro utilisant des fibroblastes. Si, dans des telles
conditions, l’ajout d’ICP0 est nécessaire pour observer une
réactivation virale, cette dernière n’est pas observée lors de
stimulations suffisantes pour la déclencher dans des modèles in
vivo, ce qui suggère que l’état de latence n’est pas unique mais
plutôt multiple, et probablement variable en fonction du contexte
cellulaire [9]. Cela pourrait expliquer la relative rareté des
neurones affectés par une réactivation virale chez la souris après
choc thermique ou exposition aux ultraviolets [86, 87]. Il est
alors possible d’imaginer que le génome viral n’est que
partiellement réprimé dans quelques neurones, qui seraient alors
les plus sensibles à une réactivation virale. On note d’ailleurs
que certaines conditions de stress de cellules en culture peuvent
entraîner une production à bas bruit des protéines ICP4 et ICP0
[88], ce qui pourrait représenter l’étape déclenchante de la
réactivation virale proprement dite [10].
Conclusion
Les mécanismes de la régulation de l’alternance entre latence et
réactivation du HSV1 sont encore très incomplètement élucidés. Il
est maintenant clair que ICP0 joue, aux côtés des LAT, un rôle
majeur. Cependant, il est aussi évident que l’état de latence
virale n’est pas uniforme, compliquant ainsi la tâche des
expérimentateurs, puisque les effets observés de telle ou telle
mutation, de telle ou telle drogue, peuvent varier d’un tissu
neurologique à l’autre, et même d’un neurone à l’autre. Les outils
d’investigation les plus modernes permettront probablement de mieux
cerner ce qu’il se passe dans un neurone donné. Il reste néanmoins
encore de longues années de travail avant que les mécanismes de la
réactivation du HSV1 soient suffisamment bien connus pour être
résumés en quelques lignes.
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