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Les vaccins contre les papillomavirus


Virologie. Volume 10, Numéro 5, 353-68, Septembre-Octobre 2006, Revue

DOI : 10.1684/vir.2006.0026

Résumé   Summary  

Auteur(s) : P Coursaget, A Touzé , Inserm U618, équipe “vectorisation, virus, vaccins”, laboratoire membre de l’IFR136 Agents transmissibles et infectiologie, Faculté de Pharmacie, 31 avenue Monge, 37200 Tours.

Résumé : Certains papillomavirus humains (HPV) infectant le tractus génital ont été reconnus depuis une quinzaine d’années comme les agents étiologiques du cancer du col de l’utérus. Le cancer du col de l’utérus est donc un des cancers qu’il est possible de prévenir par vaccination. La mise sur le marché de vaccins prophylactiques anti-HPV16 et 18 devrait permettre de rendre cet objectif possible. Les résultats actuels de tolérance, d’immunogénicité et d’efficacité obtenus pour deux vaccins sont très encourageants. Des essais cliniques de phases I à II ont permis de déterminer la tolérance, l’immunogénicité, la dose et le calendrier des injections. L’ensemble des résultats des essais cliniques de phases IIb et III obtenus avec ces vaccins démontre leur très grande efficacité. Une protection supérieure à 80 % est observée contre les infections et une protection proche de 100 % contre les infections persistantes associées à une lésion. Les anticorps persistent pendant 4 à 5 ans à un titre 5 à 17 fois supérieur à celui observé lors d’une infection naturelle. Cependant, des questions sont encore en suspens comme la durée de la protection et la nécessité d’injections de rappel au-delà de 5 ans, les titres d’anticorps protecteurs, le taux de protection croisée contre des types proches des types 16 et 18 mais non inclus dans le vaccin. Ces vaccins devront être administrés chez les jeunes filles prépubères avant le début de l’activité sexuelle. La couverture vaccinale et donc l’efficacité globale de cette stratégie de prévention par vaccination dépendront des politiques de santé publique, des attitudes sociales et du coût de ces vaccins. Cette vaccination devrait conduire en 10 à 30 ans à une réduction significative des cancers du col de l’utérus et, à plus court terme, à une diminution des traitements du fait d’une réduction importante des lésions précancéreuses. Ces vaccins ont également le potentiel pour réduire l’incidence d’autres cancers dont la prévalence est plus faible ou dont l’association avec les HPV est moins forte, comme les cancers de l’anus, de la vulve, du vagin et du pénis.

Mots-clés : papillomavirus, vaccin, cancer du col de l’utérus

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : P Coursaget, A Touzé

Inserm U618, équipe “vectorisation, virus, vaccins”, laboratoire membre de l’IFR136 Agents transmissibles et infectiologie, Faculté de Pharmacie, 31 avenue Monge, 37200 Tours

Il est maintenant admis qu’une infection par les papillomavirus (HPV) génitaux dits à haut risque est la cause nécessaire du développement du cancer du col de l’utérus et que tous les cas de ce cancer sont attribuables à une infection par un HPV [1]. En effet, les HPV génitaux à haut risque sont détectables par amplification génique (PCR) dans pratiquement tous les cas de cancer du col de l’utérus [2]. Le cancer du col de l’utérus est le deuxième cancer le plus fréquent chez la femme et il représente environ 10 % de tous les cancers chez la femme. Dans le monde, 500 000 nouveaux cas par an sont observés et entraînent environ 275 000 décès [3]. La grande majorité de ces cancers (83 %) sont observés dans les pays en développement où le risque de développer un cancer du col de l’utérus est de 3,6 %, alors que, en Amérique du Nord et en Europe, ce cancer ne représente que 2,2 % des cancers avec un risque au cours de la vie de la femme de 0,8 %. La mortalité est inférieure à l’incidence des cas de cancer du col de l’utérus [4]. En France, le cancer du col de l’utérus est au 8e rang des cancers de la femme, représentant annuellement environ 3 500 nouveaux cas et 1 000 décès [5].Au cours des vingt dernières années, le dépistage des lésions précancéreuses et cancéreuses a permis une diminution régulière du nombre de décès par cancer du col de l’utérus qui ne représente plus actuellement que 10 à 20 % de ce qui devrait être observé en l’absence de dépistage. Le renforcement des actions de dépistage des lésions, l’amélioration de leur valeur prédictive par la réalisation de frottis en phase liquide et la détection de l’ADN viral pour les frottis classés ASC-US (présence de cellules épithéliales atypiques de signification indéterminée) sont des mesures de santé publique qui ont pour but d’améliorer les performances du dépistage. Dans les pays industrialisés, ces plans de dépistage sont performants, mais encore incomplets. De plus, l’annonce de lésions précancéreuses ou de lésions induites par un HPV à haut risque n’est pas sans retentissement sur l’équilibre psychologique et sexuel des patientes et les traitements chirurgicaux ne sont pas toujours sans conséquence, en particulier sur la fécondité et la sexualité.Le dépistage n’est pas le seul élément qui influe sur la fréquence de ces cancers. Ainsi, en Finlande où un programme de dépistage est réalisé depuis 40 ans avec une couverture qui atteint 90 %, une décroissance de 80 % des cas de cancers du col a été observée par rapport à la situation avant dépistage [6]. Toutefois, au début des années 1990, une augmentation de la détection des cancers de 60 % chez les femmes de moins de 55 ans a été observée [7]. Cette augmentation a été attribuée à une augmentation du risque de contamination du fait d’une croissance significative du nombre de partenaires sexuels et à une consommation plus importante de tabac qui pourrait agir comme cocarcinogène [8, 9].Les données accumulées au cours des vingt dernières années sur les papillomavirus et le cancer du col de l’utérus justifient pleinement le développement de vaccins anti-papillomavirus d’un point de vue de santé publique. Les premiers essais cliniques ont permis d’établir la tolérance et l’immunogénicité de ces vaccins. Les résultats des essais cliniques de phases IIb et III ont récemment démontré leur grande efficacité contre les infections persistantes et les lésions qui leur sont associées. Ces résultats, qui confirment les données obtenues avec des vaccins expérimentaux dans des modèles animaux de papillomavirus, augurent très favorablement de ce vaccin et de son application pour la prévention du cancer du col de l’utérus. La vaccination offre donc à terme la possibilité de réduire le risque de développer un cancer du col de l’utérus tout en diminuant fortement les traitements associés à la détection des lésions.

Les papillomavirus

Les papillomavirus appartiennent à la famille des Papillomaviridae [10]. Il s’agit de virus à ADN, non enveloppés avec une capside de symétrie icosaédrique T = 7 et une taille entre 52 et 55 nm. Leur génome est constitué d’une molécule d’ADN double brin, circulaire, d’environ 7,9 kpb. Ce sont des virus très anciens et extrêmement stables qui ont évolué avec leur hôte naturel [11]. Ils sont spécifiques d’espèce. Actuellement, presque une centaine de types ont été identifiés sur la base de l’analyse de la totalité de leur génome. Toutefois, près de 300 nouveaux types possibles ont été identifiés par analyse de séquences partielles des gènes E6 et L1 (E = early, L = late) [12]. Les HPV sont souvent classés en fonction de leur tropisme tissulaire et de leur potentiel oncogénique. La distinction entre deux types est définie par une différence dans la séquence nucléotidique du gène L1 supérieure à 10 %. Les sous-types sont très rarement observés et correspondent à des différences de 2 à 10 %. Les isolats qui présentent plus de 98 % d’homologie sont des variants.

La capside des HPV résulte de l’assemblage de 360 protéines L1, protéine majeure de capside, et de 12 à 36 protéines L2, protéine mineure de capside. Les virions, composés de 72 capsomères, s’assemblent dans le noyau des cellules. La protéine L1, dont la structure tridimensionnelle a été déterminée par l’analyse cristallographique aux rayons X [13], est divisée en trois domaines : un bras N-terminal, une région centrale formée de feuillets antiparallèles en forme de sandwich portant 6 boucles antigéniques, dont 5 dirigées vers l’extérieur, et une longue extension C-terminale dont la position est mal définie mais dont l’extrémité serait interne à la capside ( (figure 1) ). Les capsides sont fortement immunogènes et induisent une forte réponse humorale et cytotoxique.

Les épitopes induisant des anticorps neutralisants ont été identifiés à l’aide de batteries d’anticorps monoclonaux, de mutants des protéines L1 et L2 et grâce à la mise au point de tests de neutralisation. À l’aide d’un test d’infection in vitro pour le BPV (bovine papillomavirus), il a été possible de montrer dès 1992 que les épitopes neutralisants étaient conformationnels, puisque seule la protéine L1 assemblée en VLP (virus-like particles) est capable d’induire des anticorps neutralisants [14]. La boucle FG est impliquée dans l’épitope neutralisant pour les types 16 et 31 [15, 16]. D’autres boucles antigéniques comme BC et CD portent l’épitope neutralisant des types 6 et 11 [15, 17]. Cependant, il semble de plus en plus probable que l’épitope majeur neutralisant des HPV est plus complexe. Pour le type 16 par exemple, il impliquerait les boucles DE, FG et HI [18, 19], pour l’HPV6 les boucles BC et EF [20] et pour l’HPV31 les boucles EF et FG [21, 22]. La protéine mineure de capside, L2, porte également un ou plusieurs épitopes neutralisants. Cet ou ces épitopes ont la capacité d’induire des anticorps qui sont capables de neutraliser plusieurs HPV [23-25].

Lors d’une infection naturelle par un HPV à tropisme génital, l’apparition des anticorps anti-capside virale est retardée de plusieurs mois, voire plusieurs années, par rapport à la détection de l’ADN, avec un taux de séroconversion proche de 60 % [26, 27]. En effet, certaines personnes ne développent pas d’anticorps après ces infections virales localisées dans l’épithélium malpighien. Ce processus lent est dépendant de la charge virale et de la persistance de l’infection [28, 29] et il est en relation avec le nombre de partenaires sexuels [26, 28, 30]. Dans le modèle du COPV (papillomavirus oral canin), la régression des lésions orales s’accompagne de la production d’anticorps anti-L1 neutralisants [31].

Les HPV cutanés sont très nombreux. Parmi eux, les types 1, 2 et 4 sont rencontrés dans les verrues et les types 5 et 8 dans l’épidermodysplasie verruciforme. Parmi les 40 types qui infectent les muqueuses génitales, 15 ont été reconnus comme responsables des cancers du col de l’utérus [32]. L’ADN des types 16 et 18, qui sont les types le plus souvent associés aux cancers du col de l’utérus ( (figure 2) ), est détecté chez 2,5 % des femmes dans le monde et chez 1,3 % des femmes en Europe [33]. La prévalence des HPV génitaux varie chez les femmes présentant une cytologie normale de 1 à 20 suivant les pays [33], de 1,4 % en Espagne à 25,6 % au Nigeria [33].

L’HPV16 est le type le plus fréquemment détecté dans la population générale, représentant 20 % des infections génitales et 29 % des infections à haut risque ; arrivent ensuite les HPV58 et 31 qui représentent respectivement 7,6 et 7,5 % des infections génitales, puis l’HPV18 avec 7,2 % des infections et 10,8 % des infections à haut risque [33]( (figure 2) ). En Europe, les HPV16 et 18 représentent respectivement 21 % et 5 % des infections [33]. De plus, Khan et al. [34] ont montré récemment que les femmes infectées par les types 16 et 18 présentent un risque environ 5 fois supérieur de développer des dysplasie de type CIN3 et des cancers que les femmes infectées par d’autres types. Ces données justifient de cibler principalement les vaccins anti-cancer du col de l’utérus contre ces deux types qui sont les plus fréquents et les plus dangereux.

Les types 6 et 11 sont responsables de 90 % des condylomes anogénitaux (verrues anogénitales). Ils ne sont pas associés au développement de cancers. Toutefois, de 20 à 25 000 consultations pour des verrues anogénitales sont réalisées chaque année en France [35]. Ces lésions sont observées en général chez des sujets jeunes et ont un retentissement psychologique et social important.

La plupart des infections par les HPV génitaux à bas et haut risque sont bénignes, subcliniques et limitées. Elles sont associées à des lésions de bas grade qui régressent naturellement. Les HPV sont considérés comme responsables des infections sexuellement transmissibles les plus fréquentes avec un taux d’infection de plus de 40 % en 3 ans chez des jeunes femmes commençant une activité sexuelle, chiffre qui atteint 60 % en 5 ans et au moins 70 % au cours de la vie [36-38].

Chez les femmes sexuellement actives et qui sont HPV-DNA négatives au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Colombie, l’incidence des infections par l’ensemble des HPV génitaux varie de 15 à 36 % et l’incidence des infections par les génotypes à haut risque varie de 5 à 17 % par an [38-41]. Si les infections par les HPV génitaux sont très fréquentes, elles guérissent naturellement dans environ 85 % des cas ( (figure 3) ). À plus long terme, seulement 15 % des femmes présentent une infection persistante. La durée d’une infection par un HPV est comprise entre 4 et 20 mois et moins de 50 % des femmes sont toujours porteuses du virus 1 an après le début de l’infection. La persistance des infections est plus fréquente avec les HPV à haut risque qu’avec les HPV à bas risque et la persistance du virus est particulièrement fréquente pour les infections dues au type 16 [42, 43]. La persistance des HPV à haut risque est clairement associée au développement ultérieur de lésions précancéreuses et de cancers.

L’intervalle entre l’infection par un HPV à haut risque et le développement éventuel d’un cancer du col de l’utérus est d’au moins une dizaine d’années, généralement plus ( (figure 3) ). Du fait de cette latence, l’incidence des cancers du col de l’utérus croît progressivement à partir de 25 ans pour atteindre un maximum après 40 ans. Les lésions précancéreuses sont classées histologiquement comme intraépitheliales de bas grade (CIN1) et de haut grade (CIN2 et CIN3). Les dysplasies légères (CIN1) sont les manifestations cliniques de l’infection à HPV les plus fréquentes. Elles apparaissent 2 à 6 ans après le début de l’infection et sont caractérisées par un très fort taux de régression puisque, en une année, environ les deux tiers d’entre elles disparaissent en dehors de tout traitement et que plus de 90 % régressent en 3 ans [44, 45]. Les dysplasies modérées (CIN2) et sévères (CIN3) peuvent aussi régresser, mais elles ont un risque important d’évolution vers un cancer du col de l’utérus (respectivement 5 et 12 % en 2 ans). La persistance d’une infection HPV (plus de 6 mois ou 1 an) et la présence de lésions CIN2/3 ont été retenues comme les marqueurs virologique et clinique d’infection par les HPV permettant d’évaluer l’efficacité de la vaccination.

Les facteurs de risque associés aux infections par les HPV génitaux incluent des rapports sexuels précoces, la multiplicité des partenaires pour le patient ou son partenaire sexuel, autant de facteurs qu’il est difficile de maîtriser et qui expliquent l’impossibilité à réduire significativement le nombre de ces infections virales. Même s’il s’agit d’une infection qui est essentiellement transmise par voie sexuelle, l’utilisation du préservatif a été décrite comme d’une efficacité limitée. En effet, la transmission du virus semble possible au cours d’un contact vaginal sans pénétration. Toutefois, des travaux récents montrent que l’utilisation d’un préservatif à chaque relation sexuelle permet de réduire de 70 % les infections [46].

Le cancer du col de l’utérus n’est pas le seul cancer lié à une infection par les HPV génitaux (tableau 1)( Tableau 1 ). De tous les cancers liés aux HPV, il représente environ les deux tiers des cas. En effet, les HPV à haut risque sont aussi détectés dans 60 à 65 % des cancers du vagin, 20 à 50 % des cancers de la vulve, 85 à 95 % des cancers de l’anus, 40 % des cancers du pénis, 3 à 30 % des cancers de la cavité orale et 12 à 36 % des cancers de l’oropharynx [1, 47-49].
Tableau 1 Différents cancers associés à une infection par les papillomavirus humains (HPV) à tropisme génital et rôle des papillomavirus de types 16 et 18. Adapté de Parkin et al. [49]

Cancers

Proportion liée aux HPV

Proportion dans l’ensemble des cancers attribuables aux HPV

Prévalence des types 16 et 18

Col de l’utérus

100 %

70-80 %

70 %

Pénis

40 %

2 %

60 %

Vulve et vagin

40-60 %

3 %

80 %

Anus

90 %

5 %

> 90 %

Cavité orale

3-30 %

1-10 %

> 90 %

Oropharynx

12-36 %

1-10 %

90 %

Rationnel du développement des vaccins anti-HPV

Trois types de vaccins contre les HPV ont été développés : des vaccins prophylactiques, des vaccins thérapeutiques et des vaccins mixtes qui ont une activité prophylactique et une activité thérapeutique. Les vaccins thérapeutiques seraient d’un grand intérêt pour prévenir le développement du cancer du col de l’utérus chez les sujets présentant des lésions précancéreuses. La lenteur relative de l’évolution de ces lésions permet d’envisager de traiter l’infection par un antiviral ou par une vaccination thérapeutique pour en arrêter ou ralentir l’évolution. À ce jour, aucun agent thérapeutique n’a été identifié et, malgré les nombreux efforts pour développer un vaccin thérapeutique, aucun ne s’est révélé cliniquement efficace [50, 51]. Actuellement, seuls les vaccins prophylactiques ont démontré leur efficacité chez la femme et sont abordés dans cette revue.

Comme pour d’autres vaccins prophylactiques, l’objectif principal des vaccins anti-HPV est de générer des taux importants d’anticorps capables de neutraliser l’inoculum viral. L’absence de réplication virale significative dans des systèmes cellulaires in vitro a limité le développement de vaccins anti-HPV, alors que son association avec les cancers du col de l’utérus est suspectée depuis le début des années 1980. La réalisation de vaccins préventifs a été possible seulement à partir des années 1990 avec la découverte que la protéine L1 exprimée en système eucaryote a la capacité de s’auto-assembler en pseudo-particules virales ou VLP [14, 52-54].

Ce sont des études chez les bovins qui ont montré en 1990 [55] qu’il était possible de protéger des animaux contre une épreuve virulente après vaccination avec des virus homologues inactivés. Cependant, ce vaccin ne protégeait pas contre les infections par d’autres types de papillomavirus bovin. Ces résultats sont à la base du concept que les anticorps neutralisants anti-HPV sont de façon prédominante spécifiques de type. Ce concept a été vérifié par des études postérieures avec des papillomavirus animaux ou humains. Au total, l’efficacité des vaccins anti-papillomavirus a été démontrée pour prévenir une infection expérimentale dans trois modèles animaux [56]. Une protection contre l’infection virale après immunisation par voie parentérale a été obtenue contre le CRPV (cottontail rabbit papillomavirus) qui infecte le lapin cottontail [57, 58], le COPV (canine oral papillomavirus) qui infecte les chiens [59] et le BPV4 qui infecte les bovins [60]. Le CRPV est un modèle cutané d’infection alors que le COPV et le BPV4 sont des modèles d’infection de la muqueuse orale. L’efficacité d’un vaccin constitué de virions inactivés du COPV a été en particulier démontrée dans la prévention d’infections naturelles. Ainsi, 60 000 chiens Beagle ont été totalement protégés par vaccination, alors que des papillomes de la cavité orale sont observés naturellement chez 10 % d’entre eux [60]. La protection est spécifique de type et elle n’est pas observée avec des capsides dénaturées. Bien que le mécanisme exact de la protection ne soit pas complètement élucidé, le développement de vaccins efficaces pour trois modèles de papillomavirus infectant les animaux a conduit au développement de vaccins contre les HPV [53, 54].

L’addition de la protéine L2 dans les VLP utilisées comme antigène vaccinal n’a pas été considérée comme nécessaire, sa présence n’augmentant pas la protection dans les modèles animaux. Toutefois, des études extensives sur le rôle protecteur additionnel de la L2 n’ont pas été réalisées, la protection avec des VLP L1 permettant déjà une protection de 95 à 100 %. Cependant, si l’on considère le fait que la L2 induit des anticorps qui assurent une protection croisée entre types de HPV, son introduction dans la composition des vaccins pourrait être envisagée.

Vaccins prophylactiques contre les HPV génitaux

Les VLP utilisées comme antigène vaccinal ( (figure 4) ) ont une structure et une morphologie similaires à celles des virions et possèdent les épitopes conformationnels nécessaires à l’induction des anticorps neutralisants. Utilisées comme antigène vaccinal, elles sont non infectieuses puisque dépourvues de génome viral et induisent la production de forts titres d’anticorps neutralisants [57, 59, 61-63]. Ces anticorps anti-L1 sont capables de bloquer une infection par un HPV in vitro et in vivo [64].

Deux vaccins sont en développement industriel par les sociétés Merck et GlaxoSmithKline (GSK). Dénommés respectivement Gardasil® et Cervarix®, ils devraient être commercialement disponibles d’ici quelques mois. Les VLP utilisées pour le vaccin Gardasil® sont produites par des levures recombinantes alors que les VLP utilisées pour le vaccin Cervarix® sont produites en cellules d’insecte Hi-5 à l’aide de baculovirus recombinants (tableau 2)( Tableau 2 ). Chaque dose du vaccin Gardasil® (Merck) contient des VLP des HPV6, 11, 16 et 18 et de l’alun comme adjuvant (sulfate d’hydroxyphosphate d’aluminium amorphe) [65, 66]. Chaque dose de vaccin Cervarix® (GSK) contient des VLP des HPV16 et 18 et, comme adjuvant, l’ASO4 qui associe dans sa formulation de l’hydroxyde d’aluminium et du lipide A détoxifié [67, 68]. Les deux vaccins sont administrés par voie intramusculaire en 3 doses de 0,5 mL dans une période de 6 mois. Ils ont pour but principal de lutter contre les infections à HPV16 et 18. Ce choix est justifié par le fait que ces deux types sont responsables de 70 % des cancers du col de l’utérus dans le monde [32]. Le vaccin Merck cible également les types 6 et 11 qui ne sont pas associés au développement de cancers mais sont responsables de lésions de bas grade du col de l’utérus et des verrues anogénitales.

D’autres approches ont également été évaluées [56]. Elles incluent des vaccins ADN, la délivrance de l’antigène L1 à l’aide de virus recombinants ou de bactéries recombinantes, ou encore la production de VLP par des systèmes de plantes recombinantes. D’autres voies d’immunisation, comme la voie inhalée (aérosols), la voie nasale ou la voie orale avec dans ce cas des antigènes produits dans des plantes recombinantes, ont été étudiées afin d’augmenter soit l’efficacité, soit la facilité d’administration. La grande efficacité des vaccins actuels injectés par voie intramusculaire ne conduit pas à favoriser ces voies d’immunisation qui généralement demandent de fortes doses antigéniques.

Des vaccins mixtes ou chimériques ont également été développés. Ils ont la capacité de prévenir les infections par HPV mais aussi d’induire la régression des lésions établies. L’une des approches qui a été la plus étudiée est la production de VLP chimériques obtenues par assemblage de la protéine L1 avec une protéine de fusion L2/oncoprotéines E6 ou E7 [69] : la réponse protectrice est induite par la protéine L1 associée ou non à L2 et l’effet thérapeutique par la réponse CTL induite par E6 ou E7. Une autre approche repose sur une protéine chimérique L2/E7 qui a fait l’objet de plusieurs essais cliniques de prévention de verrues génitales : ce vaccin induit une réponse T cytotoxique associée à la production d’IFNγ et a été bien toléré, mais aucune efficacité thérapeutique n’a été observée [70].

Les vaccins de deuxième génération pourraient inclure plus de génotypes. En effet, environ 30 % des cancers du col de l’utérus ne seront pas prévenus par les vaccins actuels avec, comme conséquence, la nécessité de maintenir des programmes de dépistage, augmentant ainsi notablement les coûts de lutte contre ce cancer. Les enquêtes séro-épidémiologiques ont suggéré que les anticorps dirigés contre un génotype n’induisaient pas de protection contre les autres génotypes [71, 72]. Par conséquent, un vaccin idéal devrait contenir les 15 génotypes qui sont associés au développement du cancer du col de l’utérus. Cependant, certains de ces génotypes ne sont responsables que d’une très faible proportion des cancers du col de l’utérus (moins de 1 %). L’inclusion plus raisonnable dans le vaccin des 4 à 7 types d’HPV à haut risque les plus fréquents ne conduirait qu’à une augmentation de la protection relativement faible (10-15 %), pour des difficultés techniques et des coûts de production peu en rapport avec le gain d’efficacité. En revanche, l’addition de la protéine mineure de capside, L2, est une option qui paraît intéressante pour développer un vaccin de deuxième génération. En effet, il a été montré que la protéine L2 contient un épitope induisant des anticorps assurant une protection contre de nombreux types, même génétiquement éloignés [25]. Avant de disposer d’un vaccin L1-L2 universel, il reste toutefois à déterminer quelle formulation antigénique permettrait d’obtenir une forte réponse immune contre la protéine L2. En effet, dans une capside L1/L2, la protéine L2 est en faible quantité par rapport à la protéine L1 et elle est peu présente en surface des VLP, avec comme conséquence une réponse immune faible contre cet antigène.
Tableau 2 Caractéristiques des vaccins anti-papillomavirus Gardasil® (Merck) et Cervarix® (GSK)

Caractéristiques

Gardasil®

Cervarix®

Vaccin quadrivalent

Vaccin bivalent

HPV11, 16 et 18

HPV16 et 18

Système d’expression

Levures (S. cerevisiae)

Cellules d’insecte /baculovirus

Composition

20 μg HPV6

20 μg HPV16

40 μg HPV11

20 μg HPV18

40 μg HPV16

20 μg HPV18

Adjuvant

Sulfate d’hydroxyphosphate d’aluminium (225 μg)

ASO4 (500 μg d’hydroxyde d’aluminium + 50 μg de lipide A détoxifié)

Dose et voie d’administration

  • 0,5 mL
  • intramusculaire


  • 0,5 mL
  • intramusculaire


Calendrier

0, 2 et 6 mois

0, 1 et 6 mois

Tolérance et immunogénicité des vaccins anti-HPV

Tolérance

Globalement, les deux vaccins anti-HPV en développement industriel sont bien tolérés et ont démontré leur innocuité. Des effets indésirables au lieu d’injection (douleur, rougeur, tuméfaction) ont été plus souvent observés chez les sujets recevant un des vaccins anti-HPV (86-94 %) que chez les sujets recevant le placebo (77-88 %) [65, 67]. Des effets indésirables systémiques (maux de tête, fatigue, symptômes gastro-intestinaux) ont eux été observés dans des proportions équivalentes chez les sujets recevant les vaccins anti-HPV et chez les sujets recevant le placebo. Aucun effet indésirable sérieux n’a été lié aux vaccins anti-HPV.

Immunogénicité

L’immunogénicité des vaccins anti-HPV composés de VLP est très bonne. Les résultats chez les sujets n’ayant jamais été infectés par les types d’HPV inclus dans le vaccin indiquent que l’ensemble des sujets vaccinés développe des anticorps après vaccination [66, 68, 73-76]. En particulier, tous les sujets vaccinés contre l’HPV16 ont développé des anticorps anti-VLP d’HPV16 après la troisième injection de vaccin et, de même, tous les sujets vaccinés contre l’HPV18 ont développé des anticorps anti-HPV18. Les titres moyens géométriques observés après vaccination contre le type 16 varient de 1 500 à plus de 5 000 (tableau 3)( Tableau 3 ). En l’absence d’un standard international [77], ces chiffres sont difficiles à comparer, les tests utilisés par les sociétés Merck et GSK étant différents. Toutefois, par comparaison avec le titre moyen géométrique observé dans le groupe témoin des sujets infectés naturellement, le titre d’anticorps est de 66 à 148 fois plus élevé après vaccination. Après vaccination contre le type 18, il est respectivement 19 et 129 fois plus élevé que ce qui est observé dans une infection naturelle dans les études de Villa et al. [65] et d’Harper et al. [68]. Pour les types 6 et 11, les titres moyens géométriques sont après vaccination environ 10 et 11 fois plus élevés que les titres d’anticorps détectés lors d’infections naturelles.
Tableau 3 Titre des anticorps anti-VLP après vaccination et après infection naturelle

Références

Vaccins

Titre moyen géométriqueaun mois après l’injection de rappel contre les capsides de typeb

HPV6

HPV11

HPV16

HPV18

Mao et al. [76]

. HPV16

1519

Poland et al. [84]

. HPV16

1790 (66)

. Infection naturelle

27

Villa et al. [65]

. HPV6, 11, 16 et 18

582 (11)

697 (7)

3892 (105)

801 (19)

. Infection naturelle

55

94

37

42

Harper et al. [67, 68]

. HPV16 et 18

5334 (148)

3364 (130)

. Infection naturelle

36

26

aLes titres pour le vaccin Gardasil® sont calculés en mMerckU/mL et pour le vaccin Cervarix® en mU/mL qui ne sont pas équivalentes.

bLes rapports entre les titres obtenus par immunisation et par infection naturelle sont mentionnés entre parenthèses.

Les anticorps vaccinaux sont neutralisants

Le développement des tests pour mesurer les anticorps neutralisants a été difficile puisqu’il n’existe pas de modèle de culture in vitro pour la plupart des HPV génitaux. Le premier test à avoir été développé repose sur un modèle de transplantation de kératinocytes humains chez des souris immunodéficientes [64]. L’infection par des virions d’HPV11 provoque une hyperprolifération des cellules humaines qu’il est possible d’inhiber par pré-incubation des virions avec des anticorps anti-HPV. Toutefois, cette méthode est très laborieuse et elle est limitée aux types 11 et 16. Des tests de neutralisation in vitro ont également été réalisés en utilisant des modèles de réplication des HPV sur des kératinocytes ou des lignées qui en dérivent. La détection de l’infection virale ou de sa neutralisation par des anticorps repose sur la détection de transcrits viraux par RT-PCR semi-quantitative [78]. Cette technologie a été développée pour les types 16, 18, 31, 45 et 59.

Une alternative à l’utilisation de virions est l’utilisation de pseudovirions codant pour un gène rapporteur. Ces pseudovirions sont obtenus par encapsidation d’un plasmide lors de l’assemblage des capsides dans une cellule eucaryote [79, 80]. De tels tests ont été rendus beaucoup plus sensibles par l’expression en cellules de mammifères des gènes L1 et L2 dont l’usage des codons a été optimisé [81]. Cette technologie permet actuellement de tester des anticorps neutralisants pour les types 16, 18 et 31. Des pseudovirions peuvent également être réalisés par encapsidation d’un ADN plasmidique après dissociation-réassociation des VLP [82] ou par interaction directe entre les VLP et l’ADN [61].

Des anticorps neutralisants ont été détectés chez des souris ou des lapins immunisés avec des VLP d’HPV11 et d’HPV16 mais également chez des sujets vaccinés [62, 63, 83]. La proportion de sujets possédant des anticorps neutralisants et surtout les titres d’anticorps neutralisants sont variables suivant la sensibilité des tests utilisés. Avec les tests les plus sensibles, des anticorps neutralisants sont détectés chez près de 100 % des sujets vaccinés et il existe une corrélation entre le titre des anticorps détecté par Elisa et le titre des anticorps neutralisants [25, 63, 74, 84]. Du fait du nombre limité d’études réalisées et du faible nombre de sujets infectés après vaccination, il n’a pas pour l’instant été possible de déterminer un titre neutralisant protecteur.

Réponse anamnestique chez les sujets anti-VLP positifs avant vaccination

Les résultats d’immunogénicité, soit avec un vaccin expérimental contenant seulement des VLP de HPV16, soit avec des VLP des HPV de types 6, 11, 16 et 18 chez des sujets possédant déjà des anticorps, suggèrent que les vaccins induisent chez ces sujets une réponse anamnestique [66, 85]. Les titres d’anticorps après la troisième injection de vaccin sont de 1,1 à 2,4 fois plus élevés chez les sujets séropositifs avant vaccination que chez les sujets séronégatifs, à l’exception de la réponse anti-HPV18 qui est plus faible chez les sujets possédant des anticorps avant vaccination [68]. De plus, 24 à 36 mois après le début de la vaccination, les titres d’anticorps pour tous les types d’HPV sont de 1,6 à 4 fois plus élevés chez les sujets séropositifs avant vaccination.

Persistance des anticorps après vaccination

Les résultats disponibles indiquent une baisse du titre des anticorps quelques mois après l’injection de rappel suivant une courbe exponentielle de décroissance, comme cela est observé avec d’autres vaccins. Les anticorps persistent au moins 4 à 5 ans à un titre supérieur à celui qui est observé après une infection naturelle [65, 68, 76]. L’étude de Villa et al. [65] indique que, 36 mois après la vaccination, les titres d’anticorps anti-HPV6 et anti-HPV11 sont similaires à ceux qui sont observés dans les infections naturelles, que les titres d’anticorps anti-HPV18 sont environ 2 fois supérieurs à ceux qui sont observés après une infection naturelle et 17 fois en ce qui concerne les anticorps anti-HPV16. Avec un vaccin anti-HPV16 monovalent, le titre moyen géométrique était, 48 mois après vaccination, environ 5 fois plus élevé que ce qui est observé dans une infection naturelle [76]. Les études d’Harper et al. [67, 68] avec le vaccin anti-HPV16/18 (Cervarix®) indiquent que, 51 à 53 mois après vaccination, tous les sujets ont toujours des anticorps anti-papillomavirus de types 16 et 18 avec des titres moyens d’anticorps respectivement 17 et 14 fois plus élevés que ceux qui sont observés dans une infection naturelle.

Réponse au vaccin en fonction de l’âge

La grande majorité des données ont été obtenues chez des femmes de 15 à 25 ans. Des données récentes ont permis de confirmer ces résultats d’immunogénicité chez des femmes plus jeunes et des femmes plus âgées, ainsi que chez des hommes. En particulier, deux études réalisées avec le vaccin GSK ont montré que la séroconversion est de 100 %, quel que soit l’âge des sujets vaccinés, et que le titre moyen d’anticorps est maximum chez les sujets de 10 à 14 ans, puis décroît avec l’âge pour atteindre un taux moyen qui est environ 8 à 10 fois moindre chez les sujets de 46 à 55 ans [86, 87]( (figure 5) ).

Efficacité des vaccins anti-HPV

L’efficacité est évaluée en comparant la détection de marqueurs virologiques (détection de l’ADN viral et de sa persistance) et de critères cliniques (présence d’anomalies cytologiques).

L’efficacité a été la plus facile à démontrer contre les infections à HPV16 qui sont les plus fréquentes. Les résultats des trois principales études [65, 68, 76] indiquent qu’une efficacité de 86 à 95 % est obtenue si l’on compare les infections persistantes (ADN positif plus de 6 mois) entre les sujets vaccinés (incidence des infections persistantes de 0,1 à 0,3 % par an) et les sujets témoins recevant un placebo (incidence des infections de 2,1 à 4,9 % par an) (tableau 4)( Tableau 4 ). Si le critère d’efficacité choisi est la détection de lésions dysplasiques CIN2 et CIN3 associées à la présence d’ADN de type 16, l’efficacité est alors de 100 % [68, 76].

Pour les infections persistantes par HPV18, l’efficacité varie suivant les études de 89 à 100 % (tableau 5)( Tableau 5 ). Toutefois, le nombre limité de sujets infectés parmi les sujets recevant un placebo ne permet pas d’estimer avec précision cette efficacité. L’efficacité contre les infections à papillomavirus de types 6 et 11 n’a été rapportée que par Villa et al. [65]. Une efficacité de 100 % a été observée contre les infections par ces deux papillomavirus mais, comme pour l’efficacité des vaccins contre le HPV18, le faible nombre de sujets infectés chez les témoins ne permet pas d’évaluer avec précision l’efficacité réelle.

Des résultats d’efficacité du vaccin Gardasil® (HPV6, 11, 16 et 18), portant sur environ 8 400 sujets vaccinés et 7 900 témoins inclus dans des études cliniques de phases IIb et III, ont été rapportés au cours du congrès Eurogin 2006 [88]. L’efficacité est de 100 % (intervalle de confiance 95 % = 93-100) en ce qui concerne les lésions CIN2/3 associées aux HPV16 et 18, de 99 % en ce qui concerne les lésions associées aux types 6 et 11.

L’efficacité thérapeutique des vaccins prophylactiques anti-papillomavirus mesurée par la disparition de l’ADN viral a également été évaluée chez les sujets qui avaient déjà une infection par HPV16 (ADN positif) lors de la première injection de vaccin. En effet, la vaccination avec des VLP de HPV induit une forte réponse cellulaire vis-à-vis de la protéine L1 [89, 90]. Cette immunité cellulaire pourrait éliminer les cellules infectées qui expriment la protéine L1, comme cela a été démontré dans des modèles animaux [91, 92]. Mao et al. [76] ont récemment rapporté qu’il n’existait aucune différence significative dans la disparition de l’ADN viral entre les sujets vaccinés et les sujets recevant un placebo.
Tableau 4 Efficacité des vaccins anti-papillomavirus (HPV) sur les infections à HPV16 persistantes chez des femmes non infectées par HPV16

Références

Groupe

Nombre de sujets

ADN d’HPV16 persistant

Efficacité

ADN d’HPV16 + lésions CIN 2/3

Efficacité

N

incidence

N

incidence

Mao et al. [76]

Vaccin

755

7

0,3%

94%

0

0.0%

100%

Témoin

750

111

4,9%

24

1.1%

Harper et al. [68]

Vaccin

414

1

0,1%

95%

0

0,0%

100%

Témoin

385

19

2,1%

5

0,5%

Villa et al. [65]

Vaccin

199

3

0,6%

86%

Témoin

198

21

4,5%


Tableau 5 Efficacité des vaccins anti-papillomavirus (HPV) sur les infections à HPV6, 11 et 18 persistantes (femmes non infectées lors de la troisième injection)

Références

Y

ADN d’HPV6 persistant

ADN d’HPV11 persistant

ADN de HPV18 persistant

N

incidence

efficacité

N

incidence

efficacité

N

incidence

Harper et al. [68]

Vaccina

0/414

0,0 %

100%

Témoin

5/385

0,5 %

Villa et al. [65]

Vaccinb

0/214

0,0%

100%

0/214

0,0%

100%

1/224

0,6 %

89%

Témoin

13/209

2,6%

3/209

0,6%

9/224

4,5 %

aVaccin anti-HPV16 et 18 (Cervarix®).

bVaccin anti-HPV6, 11, 16 et 18 (Gardasil®).

Questions non résolues

Âge optimal de vaccination

Afin de prévenir les infections génitales par les HPV à haut risque, le vaccin devra être donné avant le début de l’activité sexuelle. Cependant, il n’existe pas de structure, ni en France, ni dans d’autres pays, qui permette de délivrer facilement un vaccin aux préadolescents, en particulier dans les pays en développement où 80 % des infections sont observées.

De façon idéale, la première dose de vaccin devrait être administrée à l’âge de 10-13 ans avant les premiers rapports sexuels, âge aux premières règles, moment propice pour aborder les problèmes gynécologiques et de prévention des infections sexuellement transmissibles. Les études d’impact social de cette vaccination ont établi que la grande majorité des parents concernés est favorable à cette information et à la vaccination [93] ; toutefois, il semble que les jeunes adolescentes se sentent moins concernées du fait de leur ignorance des risques liés aux HPV [94]. Un rappel à 5 ans pourrait être effectué, suivant l’âge de la primovaccination, chez les sujets de 16 à 20 ans. Il existe dans le calendrier vaccinal existant en France des rendez-vous pour les vaccinations de rappel à l’âge de 11-13 ans et 16-18 ans qui sont importants à considérer pour un programme de vaccination des préadolescents et adolescents.

Une information claire et didactique à destination des adolescentes et de leur famille mais également auprès du corps médical est indispensable. Il apparaît en effet que les femmes méconnaissent très largement les risques liés aux HPV [94]. Les infections par les HPV étant sexuellement transmissibles, certains parents souhaiteront probablement que leurs filles ne soient vaccinées que lorsqu’elles débuteront leur activité sexuelle et non à 11-13 ans [95]. De plus, il a été avancé que cette vaccination pourrait être considérée par certains parents comme une incitation à débuter des rapports sexuels [95]. Toutefois, il est peu probable que la peur de développer un cancer du col soit un frein significatif à l’activité sexuelle des adolescents, et donc que la vaccination contre le HPV ait quelque influence dans ce domaine. Une vaccination plus tardive, après 15 ans ou à l’occasion d’une consultation de contraception, pourrait présenter l’avantage d’une meilleure acceptabilité, car elle serait dans ce cas directement liée aux risques d’infections découlant de l’activité sexuelle. Toutefois, en France, 20 % des jeunes filles de 15 ans ont déjà eu des rapports sexuels et pourraient déjà être infectées par un HPV avant vaccination.

Les hommes sont-ils protégés par le vaccin anti-HPV et doivent-ils être vaccinés ?

La vaccination des hommes contre les types 16 et 18 présente un intérêt certain du fait des lésions du pénis, de l’anus et de l’oropharynx qui, bien que moins fréquentes que chez la femme, concernent un nombre non négligeable de sujets. Il est actuellement difficile d’estimer l’efficacité de vaccins anti-HPV chez l’homme puisque aucun résultat n’a encore été publié. Il est en effet possible que les bons résultats observés chez la femme ne soient pas observés chez l’homme puisque les lésions chez l’homme sont observées en général sur la muqueuse génitale externe où les anticorps sont peu présents. Si le rapport coût/efficacité de la vaccination chez l’homme ne semble pas justifier la mise en place de programmes nationaux de vaccination [96], la vaccination des hommes devrait cependant réduire l’incidence de la maladie dans l’ensemble de la population en diminuant le nombre de contaminations lors des rapports sexuels. En effet, l’homme étant considéré comme le réservoir de virus, il est souhaitable d’envisager de le vacciner si l’on souhaite à l’avenir éradiquer les infections par les HPV16 et 18.

Des injections de rappel sont-elles nécessaires ?

Les résultats d’immunogénicité et d’efficacité suggèrent qu’il n’est pas nécessaire de faire une injection de rappel avant 5 ans [68, 76]. Toutefois, nous ne connaissons pas encore le titre protecteur des anticorps, ni la capacité des infections naturelles à maintenir un niveau protecteur des anticorps en stimulant une réponse anamnestique. De plus, il est possible que, même avec un taux très faible d’anticorps, voire en l’absence d’anticorps détectables, il existe une immunité suffisante pour empêcher la survenue d’une infection persistante. L’analyse des données de non-protection du vaccin devrait permettre de confirmer la nécessité d’une injection de rappel et d’en fixer le calendrier. Toutefois, la très grande efficacité de ces vaccins nécessite d’obtenir des résultats pour un grand nombre de sujets, puisqu’une très faible proportion des femmes vaccinées par les types 16 et 18 a développé une infection persistante.

Les vaccins anti-HPV16/18 peuvent-ils induire une protection contre d’autres types de HPV ?

Il est généralement admis que la réponse immune aux VLP d’HPV est spécifique de type et, par conséquent, que la protection par vaccination devrait être limitée aux types inclus dans le vaccin. Toutefois, il a été observé in vitro un certain niveau de neutralisation croisée entre les types 6 et 11, 16 et 31, ainsi qu’entre les types 18 et 45 [83, 97, 98]. Ainsi, dans une étude, la vaccination avec des VLP d’HPV16 conduit à la production d’anticorps capables de neutraliser des pseudo-virions d’HPV31 dans 36 % des cas [63].

Les différentes études avec le vaccin Gardasil® n’ont pas rapporté l’existence d’une protection contre les types de HPV autres que ceux qui sont contenus dans les préparations vaccinales. En revanche, avec le vaccin Cervarix®, Harper et al. [68] ont montré récemment une protection croisée contre les types 31 et 45 qui sont respectivement génétiquement proches des types 16 et 18 contenus dans ce vaccin (tableau 6)( Tableau 6 ). Si ces résultats sont confirmés par des études comportant plus de sujets, il est possible que l’efficacité du vaccin 16/18 atteigne 80 % de l’ensemble des infections par des papillomavirus à haut risque.
Tableau 6 Efficacité du vaccin Cervarix® (HPV16/18) contre les infections par les types de papillomavirus non inclus dans le vaccin. D’après Harper et al. [68]

Type de HPV

Groupe

ADN viral

N

incidence

efficacité

HPV31

Vaccin

14/528

0,9%

54%

Témoin

30/516

2,1%

HPV45

Vaccin

1/528

0,1%

94%

Témoin

17/518

1,2%

HPV58

Vaccin

14/529

0,9%

14%

Témoin

16/517

1,1%

La vaccination contre les types 16 et 18 peut-elle favoriser l’émergence ou la dissémination d’autres types de HPV à haut risque non inclus dans le vaccin ?

Pour l’HPV16, HPV à haut risque le plus étudié, il n’a pas été démontré l’existence de variants qui ne soient pas reconnus par des anticorps anti-L1 de HPV16 et les variants d’HPV16 ne correspondent pas à différents sérotypes [99-101]. Il est toutefois théoriquement possible qu’un mutant apparaisse sous la pression de sélection d’anticorps due à la vaccination. Les analyses phylogénétiques indiquent que les papillomavirus évoluent avec leur hôte, n’ont pas changé d’hôte, ne se sont pas recombinés et ont conservé leur organisation génomique depuis plus de 100 000 ans [11]. Cependant, il existe de nombreux types d’HPV. Le phénomène qui en permet l’apparition n’est pas connu et la grande rareté des sous-types peut s’expliquer par le fait que les différents types devaient exister au moment de l’apparition de l’Homo sapiens et que ces 200 000 à 1 million d’années n’ont pas été suffisants pour permettre une évolution des génomes du HPV correspondant à la définition d’un sous-type (différence de 2-10 %) [11].

Un des autres arguments avancés est la possibilité que les types 16 et 18 soient éliminés par vaccination, mais remplacés par d’autres types à haut risque actuellement peu fréquents. Si cette théorie est vraie, l’infection par un type devrait conduire à une réduction de l’infection par un autre type en comparaison avec la population infectée par un seul type. En fait, la détection simultanée de plusieurs HPV chez de nombreux sujets [38, 102, 103] est un argument en défaveur d’une telle théorie. Ainsi, une étude récente en Colombie [104] a montré que l’HPV58 est 5 fois plus fréquent chez les sujets également infectés par le type 16 que chez les autres. De plus, l’infection simultanée par HPV16 et 18 augmente le risque de développer des lésions de haut grade [103]. Ces résultats suggèrent qu’il n’existe pas d’exclusion entre types, mais plutôt qu’il existe une susceptibilité des sujets à ces deux types ou, plus vraisemblablement, une plus forte susceptibilité (génétique ou immunologique) à développer une infection persistante.

Ces données suggèrent qu’il n’existe pas de risque particulier de voir émerger un type d’HPV actuellement peu fréquent, ni de voir apparaître un sous-type ou un nouveau variant du type 16 ou 18. Si tel était le cas, cette émergence se serait sans doute également produite en l’absence de sélection due à la vaccination. Si les risques d’apparition de mutants ou de dissémination de types existants sont théoriquement faibles, il est toutefois logique d’entreprendre des études de suivi post-vaccinal pour déterminer si un tel phénomène se produit et si l’ampleur du phénomène justifie à l’avenir une modification de la composition des vaccins anti-HPV.

Vaccination et dépistage

Les vaccins doivent être considérés comme permettant de réduire le risque de développement d’un cancer du col et non comme un vaccin anti-cancer du col. En effet, même dans l’hypothèse d’une immunisation de la totalité de la population, il est évident que la vaccination contre les deux types à haut risque les plus fréquents ne peut remplacer le dépistage des lésions puisqu’un quart des cancers environ seront toujours observés, conséquence d’infections par d’autres types d’HPV. Il est aussi possible que les femmes vaccinées pensent qu’elles sont protégées contre tous les cancers du col de l’utérus et ne ressentent plus la nécessité de participer aux programmes de dépistage. Si cette situation se produisait, le bénéfice de la vaccination serait limité et le nombre de cas de cancers ou de lésions précancéreuses dus à des HPV autres que 16 et 18 devrait augmenter dans des proportions non négligeables. Il est donc important que les campagnes d’information liées à la vaccination soulignent la nécessité de participer au dépistage ; c’est la combinaison vaccination-dépistage qui permettra un meilleur contrôle de ce cancer. Toutefois, à l’avenir, la vaccination contre les HPV16 et 18 devrait permettre de commencer le dépistage à un âge plus tardif et d’espacer l’intervalle entre les frottis [105].

Les études de coût/efficacité réalisées aux États-Unis montrent que la vaccination associée au dépistage devrait être une stratégie bénéfique en termes de santé publique [105, 106]. Le bénéfice étant lié à la réduction du nombre de femmes avec un frottis anormal, il devrait entraîner une réduction du nombre de colposcopies et de biopsies et une réduction du nombre de traitements chirurgicaux.

Conclusion

L’arrivée d’un nouveau vaccin capable de prévenir un cancer est une avancée majeure en termes scientifiques et de santé publique. Les résultats actuellement publiés sont cohérents et montrent que les vaccins anti-HPV sont très efficaces pour prévenir les infections contre les types de HPV qu’ils incluent. Ces vaccins protègent du développement des lésions associées aux infections par les HPV et réduisent aussi les risques de contaminer d’autres personnes en interrompant la chaîne de transmission d’un partenaire sexuel à un autre.

Les essais cliniques en cours, qui ont pour but de démontrer l’efficacité des vaccins, portent sur plus de 50 000 personnes et les résultats finals seront disponibles entre 2007 et 2010 suivant les études. L’ensemble de ces résultats devrait permettre de répondre aux questions encore en suspens comme la protection croisée, les titres protecteurs d’anticorps, la durée de protection et la nécessité des injections de rappel.

Toutefois, une vaccination contre une infection sexuellement transmissible chez des enfants de 10 à 13 ans peut se heurter soit au fait que les personnes à vacciner ne se sentent pas encore concernées, soit au fait que la vaccination est vue par l’entourage familial comme une intention de débuter une activité sexuelle. Pourtant, elle doit être réalisée à un âge suffisamment précoce pour être pleinement efficace, si l’on considère le très jeune âge des premières relations sexuelles de certaines jeunes filles. De plus, son introduction risque de démotiver les femmes pour le dépistage des lésions précancéreuses, celles-ci considérant à tort qu’elles ne sont plus à risque de développer un cancer du col de l’utérus. L’information des pédiatres et des gynécologues, et plus généralement des médecins qui seront en charge de la vaccination dans le domaine des infections par les HPV, est donc une des priorités de la mise en place d’un programme de vaccination anti-HPV.

Bien qu’il existe encore un certain nombre de difficultés à résoudre avant que la vaccination anti-HPV devienne une pratique généralisée, les bénéfices qu’ils apportent dépassent leurs inconvénients*. La réduction des lésions de haut grade (CIN2 et CIN3) signifie moins de biopsies, moins de traitements injustifiés, moins d’anxiété pour les patientes. Goldie et al. [105] estiment que la vaccination contre les HPV16 et 18 devrait conduire à une réduction d’environ 50 % des cancers du col de l’utérus (incidence durant la vie réduite de 0,8 à 0,4 %) alors que, sans dépistage, le risque de développer un cancer du col au cours de la vie serait de 3,6 %. En France, cela signifie que le dépistage permet une réduction des cancers du col de 80 % et que la vaccination associée au dépistage devrait permettre une réduction de 90 %. Cette augmentation de 10 % de la prévention des cancers du col correspond, pour la France, à la prévention de 1 500 cancers invasifs et de 500 décès. La vaccination et le dépistage des lésions précancéreuses sont des mesures complémentaires et l’introduction de la vaccination est une opportunité pour renforcer toutes les mesures de santé publique de prévention du cancer du col de l’utérus. Si les cancers sont beaucoup plus fréquents chez les femmes, les hommes constituent le réservoir de virus. Une politique de prévention à long terme doit donc prévoir de réduire ce réservoir en instituant, quand le coût des vaccins anti-HPV aura diminué, une vaccination à la fois des femmes et des hommes.

En conclusion, des progrès significatifs dans la prévention des lésions de haut grade devraient être obtenus dans la décennie suivant l’introduction de la vaccination contre les HPV génitaux, avant d’observer une réduction du nombre de cancers dans les 10-30 ans. Vingt-cinq ans après le vaccin contre l’hépatite B [107], le vaccin contre les HPV génitaux est le deuxième vaccin qui a pour objectif de prévenir un cancer humain.

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