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Choix d’une combinaison fixe d’inhibiteurs nucléos(t)idiques en vue du traitement initial d’une infection à VIH : apport des données virologiques


Virologie. Volume 10, Numéro 5, 333-40, Septembre-Octobre 2006, Revue

DOI : 10.1684/vir.2006.0024

Résumé   Summary  

Auteur(s) : C Tamalet, P Colson , Fédération hospitalière de microbiologie clinique, Centre hospitalo-universitaire Timone, et CNRS UMR 6020, IFR 48 Université de la Méditerranée, 264, rue Saint-Pierre, 13385 Marseille Cedex 05.

Résumé : Le choix d’une trithérapie initiale d’antirétroviraux repose en priorité sur l’association de deux inhibiteurs nucléos(t)idiques (NRTI-NtRTI) avec un inhibiteur de protéase (IP) ou un inhibiteur non nucléosidique de la transcriptase inverse (NNRTI). Trois combinaisons fixes de NRTI ou de NtRTI sont disponibles (AZT-3TC ou Combivir ®, ABC-3TC ou Kivexa ®, TDF-FTC ou Truvada ®). Cette revue décrit comment choisir l’une de ces combinaisons fixes en fonction des mutations de résistance aux antirétroviraux spécifiques de la combinaison retenue. Les mutations associées à la résistance aux NRTI-NtRTI peuvent être classées selon leur mécanisme d’action : un premier groupe de mutations (K65R, L74V, Q151M, M184V) favorise l’incorporation du désoxynucléotide triphosphate (dNTP) naturel dans le site actif de la transcriptase inverse (TI) et diminue l’incorporation de l’inhibiteur \; un deuxième groupe, les TAM (thymidine analog mutations), confère la résistance par excision de l’inhibiteur incorporé dans la chaîne d’ADN viral en cours de synthèse. La mutation M184V est sélectionnée par les trois combinaisons fixes. La combinaison AZT-3TC sélectionne d’abord la mutation M184V puis les TAM qui vont progressivement conférer une résistance croisée à la plupart des NRTI-NtRTI. La combinaison ABC-3TC sélectionne par ordre de fréquence les mutations L74V, K65R et Y115F. La combinaison TDF-FTC sélectionne la mutation K65R. Des traitements de relais en fonction de ces profils de résistance peuvent être proposés : ABC, ddI, voire TDF, selon le nombre et la nature des TAM, AZT, D4T ou TDF en cas de mutation L74V, AZT ou D4T en cas de mutation K65R.

Mots-clés : VIH1, ténofovir, abacavir, AZT, 3TC-FTC, combinaisons fixes d’analogues nucléosidiques/tidiques, résistance, trithérapie hautement active, traitement initial

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : C Tamalet, P Colson

Fédération hospitalière de microbiologie clinique, Centre hospitalo-universitaire Timone, et CNRS UMR 6020, IFR 48 Université de la Méditerranée, 264, rue Saint-Pierre, 13385 Marseille Cedex 05

Le choix du traitement initial d’un patient infecté par le VIH1 est déterminant pour son avenir thérapeutique. Selon les recommandations françaises et américaines [1, 2], l’association de deux nucléosides inhibiteurs de la transcriptase inverse (NRTI) à un inhibiteur de protéase (IP) potentialisé par une faible dose de ritonavir ou à un inhibiteur non nucléosidique de la transcriptase inverse (NNRTI) constitue le noyau dur de la trithérapie initiale.Aujourd’hui, sept inhibiteurs nucléosidiques sont disponibles ainsi qu’un inhibiteur nucléotidique. Le succès d’une combinaison thérapeutique dépend de sa puissance, de sa facilité de prise et de sa bonne tolérance. Les combinaisons de deux NRTI en association fixe — AZT-3TC (Combivir®), auquel se sont récemment rajoutés ABC-3TC (Kivexa®) et TDF-FTC (Truvada®) — représentent de ce point de vue un progrès considérable.Le choix de la combinaison composant la trithérapie initiale doit également tenir compte des mutations de résistance qui, en cas d’échec, risquent de compromettre l’avenir thérapeutique des patients. La fréquence et la nature de ces mutations diffèrent selon la combinaison fixe retenue.Dans cette revue sont envisagés sous l’angle virologique les avantages et inconvénients des trois combinaisons fixes disponibles pour le traitement initial de l’infection à VIH1.

Mécanismes d’action des mutations associées à la résistance aux NRTI

Les mutations associées à la résistance aux NRTI peuvent être classées selon leur mécanisme d’action ( (figure 1) ).

Mutations conférant la résistance par diminution de l’incorporation des NRTI

Les mutations K65R, L74V, Q151M et M184V favorisent l’incorporation du désoxynucléoside triphosphate (dNTP) naturel dans le site actif de la transcriptase inverse (TI), aux dépens de l’analogue nucléosidique. Elles modifient l’affinité de la TI pour certains NRTI ou diminuent l’incorporation du NRTI dans l’ADN viral en cours de synthèse [3-5].

Parmi les mutations qui confèrent la résistance en diminuant l’incorporation de l’inhibiteur dans le site actif de l’enzyme (tableau 1)( Tableau 1 ) se trouve la mutation M184V qui en est l’exemple type [6]. Elle est sélectionnée par la lamivudine (3TC) et l’emtricitabine (FTC), molécules auxquelles elle confère un haut niveau de résistance, moins fréquemment par la didanosine (ddI) et l’abacavir (ABC). La mutation M184V est associée à une meilleure réponse virologique à la ddI d’après les données de l’essai Jaguar (réduction de – 0,6 log du titre de la charge virale plasmatique contre – 0,15 log en l’absence de M184V) [7], ce qui a été retenu dans le dernier algorithme génotypique de résistance de l’ANRS (version 13) [8], mais non dans d’autres algorithmes tels que celui proposé par l’université de Stanford [http://hivdb.stanford.edu]. La mutation M184V accroît le niveau de résistance à l’ABC lorsqu’elle est associée à d’autres mutations. Elle resensibilise à la zidovudine (AZT) [9], à la stavudine (D4T) et au ténofovir disoproxil fumarate (TDF) [10]. Elle est fréquente (environ un patient sur deux traités par antirétroviraux) [11], de survenue rapide et réduit la capacité réplicative des souches virales in vitro [12, 13].

La mutation L74V est sélectionnée par la ddI et l’ABC. Lorsqu’elle est associée à quatre mutations parmi M41L, D67N, M184V/I, L210W et T215Y/F, elle confère une résistance certaine à l’ABC. Lorsqu’elle est associée à cinq mutations parmi M41L, E44D, D67N, T69D/N/S, L210W et T215Y/F, elle confère une résistance certaine au TDF [8]. Elle est souvent associée à la mutation M184V et aux TAM (thymidine analog mutations).

La mutation K65R est sélectionnée par le TDF, l’ABC et la ddI. Elle ne confère pas de résistance aux analogues thymidiniques. Elle est peu fréquente (entre 3 et 5 % des patients traités) [14]. La présence de TAM empêche son développement. De même que M184V, elle diminue d’environ 40 % la capacité réplicative des souches de virus in vitro [15].

La mutation Q151M est rare (< 5 % des sujets traités) [14] et elle confère un haut niveau de résistance à tous les NRTI, sauf au TDF, et un niveau de résistance modéré au 3TC et à la FTC.
Tableau 1 Mutations associées à la résistance par diminution d’incorporation des NRTI dans l’ADN viral

Mutation

Sélectionnée par

Commentaire

M148V

Haut niveau de résistance pour 3TC et FTC

3TC

- augmente la résistance à ABC

FTC

- resensibilise à TDF, AZT, d4T

Moins fréquemment : ABC, ddl

- associé à une meilleure réponse à ddl (essai Jaguar) [7]

- survenue rapide et fréquente ++

- ↘ la capacité réplicative in vitro

L74V

ddl : mutation la plus fréquente en monothérapie, plus rare en association

Résistance à :

- ddl : modérée

ABC : 2e mutation la plus sélectionnée après la M184V

- ABC : parmi les mutations de résistance associées

- association fréquente avec la M184V et les TAM

K65R

ABC

Ne confère pas de résistance aux analogues thymidiniques

TDF (unique mutation sélectionnée)

Moins susceptible de se développer si TAM

ddl

Impact probable sur les autres INTI, mais de niveau variable

Fréquence ↗ mais reste rare (entre 3 et 5%)

↘ la capacité réplicative in vitro

Q151M (A62V, V75I, F77L, F116Y)

Haut niveau de résistance sauf pour TDF, et résistance modérée à 3TC et FTC

Rare : < 5 % des patients traités

Mutations conférant la résistance aux NRTI par excision de l’inhibiteur

Ce groupe de mutations est constitué par les TAM (M41L, D67N, K70R, L210W, T215Y/F et K219Q/E). Les TAM favorisent l’excision par l’ATP de la molécule d’AZT monophosphate qui bloque la chaîne d’ADN viral en cours de synthèse [16-18]. Le phosphate γ de l’ATP attaque la dernière liaison phosphodiester entre l’avant-dernier nucléotide et l’AZT-MP pour donner un dinucléotide AppppAZT non incorporable, lequel ne peut plus être en compétition avec son homologue naturel.

Les six mutations composant les TAM sont sélectionnées par l’AZT [19] ou la D4T auxquelles elles confèrent un haut niveau de résistance. Les TAM sont sélectionnées selon deux profils : le profil M41L/L210W/T215Y est beaucoup plus fréquent que le profil D67N/K70R/K219Q/E [20-22] et il correspond souvent à un niveau de résistance plus élevé (au TDF en particulier) [23].

Les TAM font partie des mutations nécessaires au calcul des scores génotypiques de résistance à la ddI, à l’ABC et au TDF. La résistance est croisée pour la plupart des NRTI (sauf pour la 3TC et la FTC) mais à des niveaux variables selon les molécules :

  • parmi les TAM, les mutations M41L, T215Y/F, K219Q/E sont associées à une diminution de la réponse virologique à la ddI, contrairement à la mutation K70R, d’après les résultats de l’essai Jaguar [7] ;
  • la présence de cinq mutations parmi M41L, D67N, L210W, T215Y/F, L74V et M184V/I confère une résistance complète à l’ABC, la réponse virologique étant diminuée à partir de quatre mutations [24] ;
  • la présence de six mutations parmi M41L, E44D, D67N, T69D/N/S, L74V, L210W et T215Y/F confère une résistance complète au TDF, mais la réponse virologique est diminuée à partir de trois mutations [25].

Mécanisme mixte de résistance induit par les insertions au codon 69 de la RT

Des insertions de plusieurs acides aminés (le plus souvent de deux sérines) entre les codons 69 et 70 de la RT entraînent une résistance d’autant plus marquée à toute la classe des NRTI qu’elles sont associées aux TAM, et en particulier à la mutation T215Y [26]. Ces insertions confèrent pour l’essentiel la résistance en favorisant une excision accrue des NRTI-MP (AZT, d4T, ddC) par l’ATP, mais aussi en diminuant l’incorporation de certains NRTI (ddI, 3TC) [27].

Mutations sélectionnées par les trois combinaisons fixes d’analogues nucléosidiques

Ces trois associations comportant de la 3TC ou de la FTC peuvent sélectionner, en dehors de la M184V qui peut apparaître avec toutes ces combinaisons, des mutations de nature différente :
  • les TAM pour les combinaisons contenant de l’AZT et de la 3TC ;
  • la mutation L74V plus fréquemment que les mutations K65R et Y115F avec la combinaison ABC-3TC ;
  • la mutation K65R avec la combinaison TDF-FTC.

Mutations sélectionnées par les combinaisons fixes AZT-3TC (Combivir®) et AZT-3TC-ABC (Trizivir®)

Les combinaisons utilisant l’AZT associées à la 3TC sélectionnent souvent la mutation M184V puis des TAM (tableau 2)( Tableau 2 ).

Les TAM apparaissent d’une manière progressive et continue, leur fréquence est d’environ 30 % chez les patients traités [11, 14]. Elles confèrent une résistance croisée à de nombreux NRTI selon des modalités variables.

La mutation M184V est sélectionnée rapidement par la 3TC, plus lentement par la FTC. Elle est fréquente : environ un patient traité sur deux [11]. In vitro, elle confère la résistance à la 3TC, à la FTC, à la ddI, et à l’ABC en association avec d’autres mutations.

Elle resensibilise à l’AZT, à la D4T et au TDF et retarde l’apparition des TAM [28, 29]. L’un de ses effets principaux est de restaurer partiellement la sensibilité du virus à l’AZT, à la D4T et au TDF, et cet événement est fonction du nombre de TAM : on a montré en effet que, contrairement aux souches sauvages en position 184, les souches mutées M184V restent d’autant plus sensibles à l’AZT, à la D4T et au TDF que le nombre de TAM est faible [30]. Au contraire, la mutation M184V accroît le niveau de résistance à la ddI et à l’ABC de façon d’autant plus marquée que le nombre de TAM est important [30].
Tableau 2 Mutations sélectionnées par les combinaisons fixes contenant AZT/3TC

Mutation M184V

TAM

Survenue rapide et fréquente : presque un patient sur deux en échec (48% à 1 an) (essai Zodiac [33])

Fréquence élevée : 39% des patients en échec [14]

Moins fréquente et d’adaptation plus lente avec FTC par rapport à 3TC

Sélection progressive et continue, réversion lente et difficile

↘ la sensibilité (in vitro) à :

Résistance croisée à de nombreux NRTI selon des modalités variables

- 3TC, FTC

- ABC

- ddl

Retarde les TAM (essai CNA3005) [29]

↘ la résistance à : TDF, AZT, D4T

Mutations sélectionnées par la combinaison ABC-3TC (tableau 3)

( Tableau 3 )L’association ABC-3TC sélectionne la M184V puis, par ordre de fréquence, L74V, K65R et Y115F [31, 32]. Cette association a fait l’objet de nombreuses études [33-35]. La mutation L74V est retrouvée chez environ 12 % des patients traités dans les bases de données [11, 14] et chez 20 à 31 % des patients en échec dans l’étude Zodiac [33] selon que l’ABC est administré en bi-prise ou en monoprise. Elle est fréquemment associée aux TAM et confère la résistance à la ddI lorsqu’elle est isolée et à l’ABC lorsqu’elle est associée à d’autres mutations ; elle fait partie des six mutations nécessaires à la résistance au TDF [8, 25]. Le mutant L74V et surtout le double mutant L74V/M184V sont sensibles in vitro à l’AZT et au TDF [36].

L’étude Zodiac [33], réalisée chez 770 patients naïfs, compare l’ABC associé à la 3TC et à l’EFV en monoprise et en bi-prise. L’échec virologique est analysé à la 48e semaine chez 31 patients. Dans le groupe de patients recevant de l’ABC en monoprise, les mutations associées à la résistance à l’EFV (69 %) et la mutation M184V (62 %) sont les plus fréquentes, suivies de la mutation L74V (31 %). La mutation K65R n’est sélectionnée que dans un cas. Les études phénotypiques réalisées dans cet essai montrent que toutes les souches restent sensibles au TDF, à la D4T et à l’AZT.

Dans l’essai Solo [37], l’association ABC-3TC en bi-prise est associée soit au fosamprénavir (FPV/r), soit au nelfinavir chez 649 patients naïfs de traitement. La réponse virologique est analysée à la 48e semaine chez 86 patients. Les mutations de résistance sont plus fréquentes chez les patients recevant du nelfinavir, la mutation M184V étant présente chez 69 % d’entre eux en cas d’échec. Les mutations K65R et L74V sont rares et présentes uniquement chez les patients traités par du nelfinavir. Sous nelfinavir, on observe la sélection de mutations de résistance aux inhibiteurs de protéase dans 50 % des cas, aux NNRTI et à la 3TC (M184V) dans 70 % des cas, ainsi qu’une sélection rare de K65R et de L74V dans 6 % des cas. À l’inverse, on note que, chez les patients recevant du fosamprénavir, aucune mutation de résistance aux inhibiteurs de protéase, ni à l’abacavir n’est sélectionnée, tandis que la mutation M184V n’est observée que chez 13 % des patients en échec virologique. En cas d’apparition de la mutation L74V, les options possibles pourraient être un relais par l’AZT, la D4T ou le TDF. Le choix du TDF devra être nuancé en fonction des résultats de deux études : la première, issue de l’essai APV 30001 NEAT [38], porte sur les sujets naïfs de traitement recevant une combinaison de FPV/r + ABC + 3TC et montre que la sélection de variants minoritaires K65R est très rare, ce qui autorise un relais par le TDF. La seconde étude [39] porte essentiellement sur des patients prétraités et montre que, parmi les facteurs prédictifs d’échec au TDF, figurent la mutation L74V ainsi que la notion d’un échec antérieur à l’ABC, rendant ainsi beaucoup plus risquée l’option d’un relais par le TDF. De plus, chez les patients ayant reçu antérieurement de l’ABC, il a été montré que des mutants K65R présents sous forme minoritaire pouvaient suivre la sélection de la mutation L74V [40].
Tableau 3 Mutations sélectionnées par la combinaison fixe ABC-3TC en plus de la mutation M184V

L74V

Fréquence

- 12% des patients en échec dans la population générale

- 20% / 30% des patients en échec (ABC BID/ABC OAD) dans l’essai Zodiac [33]

Association fréquente aux TAM (dans >70% des cas avec T215Y/F ou M41L)

Influence la résistance à ABC, TDF, ddl dans des conditions variables :

- L74V isolé: résistance complète à ddl

- L74V + K65R + Y115F + M184V/I : résistance complète à ddl

- L74V+ 4 mutations parmi : M41L, D67N, M184I/V, L210W, T215Y/F: résistance complète à l’ABC

- L74V + 3 mutations parmi : M41L, D67N, M184I/V, L210W, T215Y/F : résistance possible à l’ABC

- L74V + 5 mutations parmi : M41L, E44D, D67N, T69D/N/S, L210W, T215Y/F : résistance complète au TDF

- L74V + 3 à 5 mutations parmi : M41L, E44D, D67N, T69D/N/S, L210W, T215Y/F : résistance possible au TDF

Resensibilise à AZT, reste sensible au TDF (en cas de doute mutant L74V + M184V)

Mutations sélectionnées par l’association TDF-FTC (tableau 4)

( Tableau 4 )L’association TDF-FTC sélectionne la mutation M184V puis la mutation K65R.

Avec l’association TDF-FTC, la mutation M184V est plus rare, car moins fréquemment sélectionnée avec la FTC qu’avec la 3TC : elle est présente chez 17 % des patients en échec à la 48e semaine dans l’essai 934 [41] et 14 % des patients en échec dans l’essai 418 [42] à la 96e semaine. La mutation K65R est encore plus rare : 0 % dans les essais 418 et 934 au bout d’un an de traitement. In vitro, la mutation K65R réduit la capacité réplicative du virus d’environ 30 %, et de 50 % lorsqu’elle est associée à la mutation M184V [15].

Le double mutant K65R/M184V resensibilise au TDF, à l’AZT et à la D4T [43], mais il augmente le niveau de résistance à l’ABC, à la ddI et à la 3TC-FTC.

L’essai GS903 [44] compare TDF/3TC et D4T + 3TC associés l’un et l’autre à l’efavirenz chez le patient naïf de traitement. L’analyse des échecs virologiques à la 144e semaine montre la grande fréquence des mutations de résistance à l’efavirenz (55 % des patients en échec présentent des souches mutées K103N, V106M, Y188C/L ou G190A/S/E/Q), suivies de la mutation M184V (38 % des patients en échec) et d’une fréquence modérée de la mutation K65R (17 %) chez les patients en échec de TDF.

Dans l’essai 934 qui compare FTC-TDF et AZT-3TC, associés l’un et l’autre à l’efavirenz, l’analyse des échecs virologiques à la 48e semaine montre la prédominance des mutations associées à la résistance à l’efavirenz, la présence chez une minorité de patients de la mutation M184V (17 % avec TDF-FTC, 32 % avec AZT-3TC) et l’absence de mutation K65R et de TAM, sauf dans un cas sous AZT-3TC [41].

Dans l’étude 418 où TDF- FTC sont associés au lopinavir (LPV/r) en mono ou en bi-prise, l’analyse des échecs virologiques à la 96e semaine montre l’absence de mutations de résistance au TDF, au LPV/r et la présence de la mutation M184V chez une minorité de patients (14 %) [42].

Les résultats des traitements de relais introduits après échec sous TDF, après sélection d’une mutation K65R, sont exposés dans une étude récente [45] portant sur 24 patients provenant de deux essais (Tonus et l’essai GS903) en échec sous TDF et ayant sélectionné les mutations K65R et M184V. La charge virale plasmatique médiane lors du changement de traitement était modérée (médiane de 6 336 copies/mL, avec des valeurs extrêmes de 80 000 à 229 000 copies/mL). Les traitements de relais chez ces patients comportent du TDF dans un tiers des cas. La réponse virologique est pourtant satisfaisante chez plus de 90 % des patients, au bout d’un an de suivi. Ces constatations, certes fondées sur un nombre de cas limité, suggèrent qu’en dépit de la mutation K65R seule ou associée à la mutation M184V, des schémas thérapeutiques de relais efficaces peuvent être proposés. Les phénotypes de résistance et la capacité réplicative des souches ont été étudiés dans cette étude : les doubles mutants K65R + M184V restent partiellement sensibles au TDF, quelques souches restent sensibles à la ddI, et ils offrent une hypersensibilité (0,4) à l’AZT et aux NNRTI, avec une diminution importante, de plus de 50 %, de leur capacité réplicative. Les effets bénéfiques de la mutation M184V associée à la mutation K65R expliquent probablement la réponse virologique favorable aux traitements de relais instaurés.

En résumé, la sélection de la mutation M184V est inévitable avec les trois combinaisons, mais ne constitue pas un handicap majeur pour l’avenir thérapeutique du patient [46].

Les combinaisons qui comportent de l’AZT sélectionnent lentement et progressivement les TAM, mais la présence dans la trithérapie d’un inhibiteur de protéase ou d’un NNRTI peut préserver temporairement l’efficacité virologique du traitement [47].

L’association fixe ABC-3TC risque de sélectionner la mutation L74V. L’incidence de cette dernière est modérée (12 %) et, a priori, elle autorise un relais par l’AZT, la D4T ou le TDF, tout en sachant que, dans les études chez les patients prétraités, le traitement antérieur par l’ABC et la sélection d’une mutation L74V sont des facteurs prédictifs d’échec au TDF.

Dans le cas de l’association fixe TDF-FTC, l’incidence de la mutation K65R paraît négligeable. De plus, il existe des choix thérapeutiques efficaces après sélection de cette mutation.
Tableau 4 Mutations sélectionnées par la combinaison fixe TDF-FTC en plus de la mutation M184V

K65R

Rare : 0% dans les essais 418 (S96) [42] et 93 [41] avec FTC

Rarement associée aux TAM

Réduit la capacité du virus in vitro (de 30%, de 50% quand associée à M184V)

1) sensibilité au TDF (FC = × 1,2), à l’AZT (FC = × 0,4), D4T (FC = × 1)

2) augmente le niveau de résistance à l’ABC (FC = × 7,4), à la ddl (FC = × 2,9), et à la 3TC (FC = × >194)

Conclusion

En conclusion, l’utilisation de combinaisons fixes d’analogues nucléos(t)idiques puissants et bien tolérés pendant une longue période représente un très grand progrès thérapeutique.

Néanmoins, en cas d’échec virologique du traitement, la cinétique d’apparition des mutations liées à telle ou telle combinaison est connue, et cela permet, dès la prescription initiale de cette combinaison, de prévoir les grandes lignes du traitement de relais. De nouvelles combinaisons fixes de médicaments, par exemple celle associant Truvada® et efavirenz, sont proposées, ce qui nécessite la poursuite d’études génotypiques virales en corollaire de ces avancées thérapeutiques.

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