Auteur(s) : D. Boutolleau
Laboratoire de virologie, Hôpital de Bicêtre
La protéine p53 (protéine suppresseur des tumeurs) joue un rôle
central dans les phénomènes de croissance et de mort cellulaires.
L’exposition à un stress génotoxique entraîne une accumulation de
p53 dans le noyau de la cellule, suite à l’inhibition de sa
dégradation par le système ubiquitine-protéasome-dépendant.
L’activité transcriptionnelle alors exercée par p53 au niveau de
ses gènes cibles est à l’origine soit de l’arrêt du cycle
cellulaire (permettant la réparation de l’ADN), soit de l’induction
de l’apoptose (pour éliminer la cellule endommagée). L’interaction
de certains herpèsvirus, comme le HSV, le CMV ou le HHV8, et la p53
a déjà été décrite.
Dans cet article, l’équipe japonaise de Koichi Yamanishi a étudié
les conséquences de l’infection par le sixième herpèsvirus humain
(HHV6) sur la protéine p53 [1]. Les auteurs ont étudié les
deux variants A et B du HHV6 au niveau de différents types
cellulaires (cellules primaires ou de lignée). Le niveau
d’expression de p53 augmente rapidement dans les cellules
infectées par le HHV6, dès 4 heures post-infection. Ce
phénomène semble nécessiter l’expression de certains gènes viraux
très précoces (IE pour immediate early), dans la mesure où
l’utilisation de virus inactivé par irradiation UV n’a pas d’effet
comparable. Des analyses par technique de pulse-chase ont
permis de montrer que le niveau d’expression de p53 était
augmenté du fait de l’augmentation de la stabilité de la protéine.
En effet, l’infection par le HHV6 conduit à un défaut
d’ubiquitination de p53 qui est donc moins dégradée par la
voie du protéasome et qui s’accumule dans la cellule. De plus,
cette accumulation a lieu de façon inattendue dans le cytoplasme de
la cellule, et non dans le noyau (à l’instar de ce qui est décrit
pour d’autres herpèsvirus), probablement du fait de son interaction
avec une protéine virale. Enfin, les cellules infectées par le HHV6
deviennent résistantes à l’apoptose p53-dépendante induite par une
irradiation UV au bout de 24 heures post-infection.
En résumé, alors que l’augmentation du niveau d’expression de p53,
par défaut de dégradation via la voie du protéasome,
apparaît dès la phase très précoce du cycle viral, la résistance
cellulaire à l’apoptose, du fait de l’accumulation de p53 dans le
cytoplasme de la cellule n’est observée que dans la phase tardive
du cycle. Ainsi, ces deux effets de l’infection par le HHV6 sur
p53 pourraient être médiés par des protéines virales
différentes.
Référence
1. Takemoto M, Mori Y, Ueda K, Kondo K, Yamanishi K.
Productive human herpesvirus 6 infection causes aberrant
accumulation of p53 and prevents apoptosis. J Gen
Virol 2004 ; 85 : 869-79.
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