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Virus et nouveaux agents émergents dans les produits biopharmaceutiques : une approche de sécurité


Virologie. Volume 6, Numéro 3, 222-7, Mai - Juin 2002, Retour de congrès


Résumé  

Auteur(s) : C. Sureau, Inserm U76, INTS, 6, rue Alexandre-Cabanel, 75739 Paris.

Résumé : .L'ouverture de la conférence 2002 s'est faite sous le portrait du professeur Florian Horaud, décédé le 26 juillet 2000, à qui plusieurs conférenciers ont rendu hommage en rappelant son rôle pionnier dans l'organisation des Euroconférences et dans l'alerte de la communauté scientifique sur les problèmes de sécurité virale des produits biopharmaceutiques. L'Euroconférence 2002, qui s'est tenue à l'Institut Pasteur de Paris les 14 et 15 mars, avait pour objectif de fournir un aperçu du concept de sécurité virale des produits biopharmaceutiques. Elle a accueilli environ 175 participants européens, dont 80 français, et une dizaine de conférenciers américains. Voici résumées quelques communications choisies, de façon subjective, en dehors des aspects réglementaires de la sécurité virale.

ARTICLE

C. Sureau : Inserm U76, INTS, 6, rue Alexandre-Cabanel, 75739 Paris

.L'ouverture de la conférence 2002 s'est faite sous le portrait du professeur Florian Horaud, décédé le 26 juillet 2000, à qui plusieurs conférenciers ont rendu hommage en rappelant son rôle pionnier dans l'organisation des Euroconférences et dans l'alerte de la communauté scientifique sur les problèmes de sécurité virale des produits biopharmaceutiques. L'Euroconférence 2002, qui s'est tenue à l'Institut Pasteur de Paris les 14 et 15 mars, avait pour objectif de fournir un aperçu du concept de sécurité virale des produits biopharmaceutiques. Elle a accueilli environ 175 participants européens, dont 80 français, et une dizaine de conférenciers américains. Voici résumées quelques communications choisies, de façon subjective, en dehors des aspects réglementaires de la sécurité virale.Virus émergents et barrière d'espèce

La sécurité des produits biopharmaceutiques repose sur : 1) l'absence d'agents infectieux, virus ou agents transmissibles non conventionnels (ATNC), dans le matériel biologique d'origine (matière première) ; 2) l'efficacité des procédures d'élimination ou d'inactivation de ces agents infectieux ; 3) la qualité des tests utilisés pour leur dépistage aux différentes étapes de production. Ce paradigme décliné par Albrecht Gröner (Aventis Behring, Marbourg) sera repris par d'autres intervenants au cours de la conférence.

Plusieurs facteurs contribuent à l'identification d'une émergence virale chez l'homme. Ce sont : 1) une amélioration des outils diagnostiques conduisant au dépistage d'un virus existant (virus de l'hépatite C, parvovirus B19, virus herpès humain de type 8) ; 2) une ré-émergence de virus connus dans des régions qui en étaient jusqu'alors indemnes (flavivirus West Nile) ou dans une même région après de longues périodes d'accalmies (fièvre jaune en Guyane française, virus de la dengue en Amérique du Sud) ; 3) des zoonoses virales dues à une pénétration de l'homme dans de nouveaux territoires, le mettant en contact avec les virus animaux aborigènes (fièvre jaune, virus Ebola, virus herpès simiens, virus de l'immunodéficience humaine, hantavirus, virus Lassa) ; et 4) la dérive génétique de certains virus (le virus de la grippe, certains parvovirus, le virus de l'immunodéficience humaine, le virus herpès). Dans le cadre de la surveillance d'une émergence virale, l'accent doit être mis sur la recherche de maladies post-transfusionnelles. La transfusion de produits sanguins labiles est plus à risque du point de vue virologique que celle de produits stables dérivés du plasma (aujourd'hui rangés dans les produits pharmaceutiques) pour lesquels les procédés de viro-atténuation sont d'une très grande efficacité sur les virus enveloppés.

Parmi les agents infectieux en cause, les rétrovirus endogènes sont souvent cités. Roswitha Löwer (Institut Paul- Ehrlich, Langen) rappelle que les éléments mobiles de type rétrotransposon et séquences rétrovirales endogènes représentent jusqu'à 10 % du génome humain. Chez l'animal, l'activation de ces séquences peut conduire à la perturbation de l'expression de gènes cellulaires et à l'apparition de maladies. Les éléments rétroviraux endogènes pourraient être « rétrotransposés » dans le génome humain ou se « recombiner » avec des séquences rétrovirales exogènes pour donner naissance à de nouveaux rétrovirus. Les rétrovirus endogènes sont donc des agents qu'il est impossible d'éliminer des produits biologiques mais qu'il convient de surveiller. Selon R. Löwer, le problème des rétrovirus endogènes concerne tous les produits issus de cultures cellulaires, en particulier les préparations de vecteurs rétroviraux destinés à la thérapie génique, et les tissus ou organes animaux dans le cadre des xénogreffes.

Le problème général des risques de transmission de virus animaux à l'homme est abordé par Marc Eloit (École nationale vétérinaire d'Alfort, Maisons-Alfort), qui distingue deux cas : les virus connus pour être impliqués dans des zoonoses et les virus sans lien connu avec des zoonoses. Une zoonose peut être repérée si l'infection chez l'homme présente des symptômes facilement identifiables, et si l'infection chez l'espèce animale d'origine est de prévalence élevée. On peut presque dire avec certitude de certains virus ou ATNC qu'ils ne sont pas responsables de zoonose. C'est le cas, par exemple, du virus de la leucose bovine et de l'agent de la tremblante du mouton, tous deux présents depuis longtemps chez les animaux domestiques hôtes, sans jamais causer de maladie chez l'homme. D'autres virus animaux, tels que des coronavirus félins ou porcins, et certains virus influenza aviaires ou porcins sont suspectés d'être à l'origine de zoonoses sans que ce fait soit clairement établi. Le cas des virus grippaux est, quant à lui, complexe car il concerne deux réservoirs animaux (oiseaux et porc) chez lesquels le virus peut subir des réarrangements génétiques à l'origine de souches pathogènes chez l'homme. M. Eloit met l'accent sur le fait que « la situation virologique d'un moment donné dans une espèce ne préjuge pas de la situation future ». Chez les animaux, de nouveaux virus émergent régulièrement, et l'émergence dévastatrice à l'échelle mondiale, en 1978, d'un parvovirus félin chez le chien en est un exemple. Certaines zoonoses seraient sporadiques (morbillivirus d'origine équine ou porcine responsables d'infections létales chez l'homme et virus Borna que l'on soupçonne à l'origine d'atteinte neurologique humaine). M. Eloit évoque également le risque associé à des infections « abortives ». À cet égard, l'exemple du virus simien 40 (SV40) est significatif : son cycle est lytique dans les cellules simiennes alors qu'il est abortif et transformant dans les cellules de muridés. Autre exemple : le polyomavirus bovin, contaminant occasionnel des sérums utilisés en culture cellulaire, peut transformer les cellules de muridés in vitro. Il y a donc, dans ces deux cas, risque théorique.

Les contaminations accidentelles de vaccins peuvent être responsables d'infections virales émergentes. Ainsi les contaminations, par le SV40, d'un vaccin anti-polio produit dans des cultures primaires de cellules simiennes, ou celle d'un vaccin anti-fièvre jaune par le rétrovirus de la leucose aviaire, ont été décrites. Lorsqu'on confronte ces observations aux communications récentes faisant état de la présence de séquences ADN proches de celle du génome SV40 chez certains patients atteints de mésothéliomes, on peut apprécier le risque encouru.

Plusieurs facteurs peuvent altérer l'efficacité du franchissement de la barrière d'espèce par un virus : la dose infectante, la voie ou le mode d'inoculation (exposition d'une blessure à un liquide biologique contaminé, xénogreffe en présence d'immunosuppresseurs). Mais il peut exister, chez l'homme, des défenses naturelles contre un virus animal. Ainsi, les sérums humains contiennent des anticorps capables de reconnaître certains xéno-antigènes. Lorsqu'un rétrovirus endogène porcin - virus qui poserait problème en cas de xénogreffe - est cultivé sur des cellules de porc, il peut être neutralisé par un sérum humain en présence de complément. Cultivé sur cellules humaines, il devient insensible à ce type de neutralisation.

La barrière d'espèce est établie par des contraintes épidémiologiques (probabilité d'exposition à un nouveau virus) et par des mécanismes moléculaires qui préviennent ou limitent la réplication du virus chez l'hôte, soit à l'étape d'infection par l'absence de récepteur cellulaire spécifique du virus, soit par l'absence des facteurs de transcription nécessaires à l'expression des gènes viraux.

Variant de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ)

R. Will (CJD Surveillance Unit, Edimbourg) fait un rappel des caractéristiques de la nouvelle variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (nvMCJ). Il rappelle l'impact de cette maladie sur la santé publique, la transfusion, les nouvelles thérapies et les interventions chirurgicales. Le risque de transmission de la nvMCJ par le sang ou ses dérivés est-il réel ? Plusieurs pays ont choisi d'exclure du don de sang les personnes ayant résidé au Royaume-Uni (pays qui compte 96 % des cas de nvCJD identifiés à l'échelle mondiale). À ce jour, il n'y a pourtant aucun cas documenté de transmission iatrogène de la nvMCJ, mais les incertitudes sur la durée de la période d'incubation de la maladie incitent à la prudence.

Un des marqueurs de risques de la nvMCJ est l'homozygotie méthionine pour le codon 129 de la protéine prion. Tous les cas de nvMCJ appartiennent à ce génotype qui est présent chez 40 % des individus dans la population générale. La pratique du génotypage Met129 chez les personnes exclues du don de sang sur des critères de « facteurs de risques » pourrait-elle permettre de re-qualifier pour le don de sang les non homozygotes au codon Met129 ? À la question, R. Will répond qu'une telle démarche serait imprudente car il n'est pas exclu que le génotype « homozygote Met129 » ne soit qu'un marqueur d'apparition « précoce » de la maladie et que les autres génotypes ne soient en aucun cas des marqueurs de résistance.

Au Royaume-Uni, les produits dérivés du sang sont importés des États-Unis par crainte d'une contamination par voie sanguine. Si cette attitude devait être adoptée à l'échelle européenne, elle poserait des problèmes insurmontables pour assurer le remplacement des produits sanguins européens.

Transmission sanguine de la maladie de Creutzfeldt-Jakob

P. Brown (NIH, Bethesda) aborde le problème de la transmission sanguine de la nvMCJ par la présentation du travail expérimental de son laboratoire sur le modèle rongeur et par l'examen des données épidémiologiques chez l'homme.

Dans les modèles rongeurs expérimentaux d'encéphalopathies subaiguës spongiformes transmissibles (ESST), le sang total et le plasma contiennent une quantité infime de matériel infectieux : 2 à 20 doses infectieuses (DI) par ml, et 100 DI/ml pour les buffy coats. À titre de comparaison, le tissu cérébral de ces animaux contient jusqu'à 107 DI/g. Par ailleurs, dans ce même modèle expérimental, la déleucocytation du plasma n'entraîne pas de réduction d'infectiosité. Pour transmettre la maladie à partir de plasma ou de buffy coats contaminés, il faut administrer à l'animal des volumes beaucoup plus importants par voie sanguine que par voie cérébrale. Enfin, l'infectiosité du plasma durant la phase d'incubation asymptomatique, souvent indétectable, est toujours moins élevée qu'à la phase symptomatique.

En se fondant sur les résultats d'infectiosité obtenus chez les rongeurs et en estimant à 10 ans la période d'incubation chez l'homme, la probabilité de contamination par l'agent de la forme classique de la MCJ (cMCJ) d'un pool de 10 000 donneurs, serait de 13 %, et celle d'un pool de 100 000 donneurs de 75 %. Étant donné qu'aucun cas de cMCJ post-transfusionnelle n'a été observé, alors que des dizaines de milliers de personnes ont reçu des produits potentiellement contaminés, P. Brown conclut qu'il n'y a pas eu de transmission iatrogène de la cMCJ. Peut-on en déduire que l'agent de la nvMCJ va se comporter de la même manière ? Oui, selon lui. Les expériences de transmission par transfusion de sang total provenant d'animaux contaminés par différents ATNC (agents de la cMCJ, de la maladie de Gerstmann-Straüssler-Scheinker, de la tremblante du mouton, de l'ESB ou de la nvMCJ) aboutissent à une même fréquence, très faible, d'infections. Les résultats confirment donc la valeur prédictive des études menées avec l'agent de la cMCJ.

En faveur d'un risque transfusionnel de la nvMCJ, il faut citer : 1) la présence, chez les patients, de l'agent infectieux dans les tissus lymphoréticulaires (rate, amygdales, appendice) ; 2) l'expérience, certes isolée, d'une transmission de l'ESB au mouton par transfusion de sang prélevé chez un animal infecté ; 3) l'expérience de transmission de la maladie au lémurien après injection d'un buffy coat infecté.

À l'inverse, deux observations plaident pour l'absence de risque transfusionnel : 1) aucun des 20 receveurs de produits sanguins labiles provenant d'individus atteints de la nvMCJ n'a développé la maladie ; et 2) les buffy coats de patients atteints de la nvMCJ n'ont pas transmis la maladie après injection à la souris.

Tests

I. Schmidt (Institut Pasteur-Texcell, Paris) donne une vue d'ensemble des tests de sécurité virale pratiqués lors de la fabrication de produits biotechnologiques d'origine humaine ou animale. À travers quelques exemples tels que la production d'anticorps monoclonaux thérapeutiques dans les cellules CHO ou celle de vecteurs rétroviraux pour la thérapie génique, elle décrit la stratégie qui guide la sélection des tests de sécurité virale à mettre en œuvre dans les processus de fabrication de produits biopharmaceutiques. Suivant le même schéma que d'autres intervenants, I. Schmidt indique les mesures à mettre en œuvre : 1) un test de détection virale adapté à la nature de la matière première (banque cellulaire, tissu animal, tissu humain, sang animal, sang humain) ; 2) un test de suivi de la capacité du processus de fabrication à éliminer ou à inactiver les virus ; 3) un choix judicieux des étapes les plus appropriées en cours de fabrication pour effectuer les tests de validation. Dans ce cadre, un protocole précis de suivi de la sécurité virale doit être défini au cas par cas.

Gerold Zerlauth (Baxter Bioscience, Vienne) rappelle brièvement l'impact de l'introduction de la détection des génomes viraux (DGV) dans la sécurité virale du plasma. Il s'agit de la réduction de la fenêtre sérologique, période d'incubation pendant laquelle aucun marqueur sérologique, autre que le génome viral, n'est détectable. Le DGV se généralise petit à petit, de la transfusion à l'industrie du plasma, et il devrait améliorer la sécurité virale du plasma utilisé en fractionnement. Selon G. Zerlauth, il est techniquement réalisable (et réalisé), il est économiquement supportable et pourrait, au cas par cas, se substituer aux tests sérologiques classiques tels que la détection de la protéine p24 du VIH pratiquée aux États-Unis.

D. Asher (FDA Rockville) rappelle que la FDA (Food and Drug Administration) recommande l'exclusion des dons à risques de nvMCJ dans la fabrication des produits biopharmaceutiques, décision fondée sur l'historique des donneurs qui entraîne, de facto, l'élimination d'une grande quantité de matériel sain. Il y a donc nécessité à développer un test de détection directe de la protéine prion pathogène (PrPsc). En théorie, les tests actuellement utilisés pour la détection des prions chez l'animal devraient être adaptables aux prélèvements humains. La mise au point de tests de détection de la PrPsc nécessitera une standardisation des protocoles (notamment à l'étape de digestion des PrP par les protéases) et une amélioration de la spécificité des anticorps monoclonaux pour la PrPsc. Certains tests prototypes font preuve d'une bonne sensibilité (tests Delfia) et d'autres, en cours de développement, sont très prometteurs (technique de détection de la PrPsc dans les urines et technique d'amplification in vitro de PrPsc par sonication-incubation).

Produits issus de culture de cellules

P. Minor (NIBSC, Potters Bar) aborde la sécurité virale des substrats cellulaires d'origine humaine ou animale. Cela concerne tout matériel dérivé de l'animal ou produit par des cellules animales en cultures. Les cultures primaires constituent un matériel moins bien contrôlé du point de vue virologique que les banques de cellules en lignées continues. Nombre de produits biopharmaceutiques entrent dans la catégorie dite « à risque virologique ». P. Minor en cite quelques-uns : les vaccins produits sur embryons, les extraits de tissus animaux ou humains (hormone de croissance à risque de contamination avec l'agent de la MCJ ou les facteurs de coagulation à risque de contamination avec les virus des hépatites et de l'immunodéficience humaine), les produits dérivés de cultures primaires de cellules (vaccin anti-polio produit sur cellules de rein de singe) et les produits dérivés de culture de cellules en lignées (anticorps monoclonaux produits par des lignées portant des séquences rétrovirales endogènes).

G. Polastri (Genentech, San Francisco) parle de l'impact des changements de procédés de culture cellulaire sur l'expression de rétrovirus endogènes. Il rappelle qu'il convient de mesurer l'expression rétrovirale avant et après tout changement dans la fabrication de produits biologiques. Il choisit comme exemple les cellules CHO productrices d'anticorps monoclonaux où des rétrovirus endogènes peuvent s'exprimer de façon très variable selon : 1) les clones cellulaires (jusqu'à 3 log de différence) ; et 2) les conditions de cultures (variations de pH et de températures). En règle générale, G. Polastri recommande l'identification par séquençage des rétrovirus endogènes afin de les rechercher systématiquement au niveau de l'ADN proviral et faire la différence entre virus endogène et virus adventice. L'outil de surveillance privilégié dans le suivi des contaminations rétrovirales endogènes est clairement la RT-PCR quantitative.

La contamination des cellules productrices d'anticorps monoclonaux thérapeutiques par des rétrovirus endogènes est un phénomène fréquent qui ne semble pas avoir entraîné d'infection chez les patients receveurs. Cependant, les unités de production industrielle ont mis en place des protocoles de surveillance continue des lignées cellulaires car celles-ci ne peuvent être définitivement classées comme indemnes de toute contamination par un rétrovirus endogène. Le problème général de la sécurité virale des lignées cellulaires s'est posé de façon concrète dès les années 1960 par la production de vaccins sur cellules diploïdes et, dans les années 1970, par celle d'interféron avec les cellules Namalva dérivées d'un lymphome de Burkitt. Anthony Lubiniecki (GSK, King of Prussia) présente le paradigme suivi par le laboratoire Wellcome pour sécuriser la production d'interféron et la production d'anticorps monoclonaux : 1) éliminer des préparations toute cellule vivante par filtration ; 2) réduire la teneur en protéines et ADN cellulaires ; 3) tenter d'isoler, séparer et inactiver les rétrovirus endogènes. Plusieurs laboratoires ont fait un examen de sécurité virale rigoureux des cellules CHO comprenant des tentatives d'isolement de rétrovirus endogènes infectieux qui se sont toujours révélées négatives. Absence d'infectiosité ne signifiant pas absence de risques, les particules rétrovirales endogènes doivent être inactivées ou éliminées.

A. Lubiniecki déconseille l'utilisation des rétrovirus recombinants réplicatifs en thérapie génique et, dans la perspective des xénogreffes d'organes porcins à l'homme, il rappelle que les séquences rétrovirales endogènes sont ubiquitaires, donc inévitables. Il cite, lui aussi, l'exemple de la transmission expérimentale in vitro d'un rétrovirus endogène porcin à des cellules humaines.

Évaluation de la capacité d'élimination du prion dans les procédés de fabrication

En écho des conclusions de Paul Brown, Henry Baron (Aventis Behring, Paris) rappelle que l'évaluation du risque transfusionnel de la nvMCJ est un exercice intellectuel car il n'y a aucune évidence de la présence de l'agent infectieux dans le sang chez les personnes atteintes de MCJ ou nvMCJ, et aucune évidence de transmission de la maladie par voie sanguine. Toutefois, la sécurité des produits biopharmaceutiques vis-à-vis des prions doit être assurée. Il faut pour cela que de nouveaux protocoles de recherche et d'élimination des ATNC soient validés. Les études dans ce sens doivent porter sur le développement de techniques de détection, de séparation et d'élimination des PrPsc dans la fabrication des produits. Aventis Behring a mené de telles expériences en effectuant des surcharges en PrPsc dans différents protocoles de fabrication de produits biopharmaceutiques. Les surcharges étaient de natures différentes : trois d'entre elles étaient sous forme de PrPsc associée aux membranes cellulaires (extrait brut de cerveau infecté, membranes microsomales purifiées et forme caveola-like) et la quatrième était la forme purifiée du prion. Les résultats de ces expériences montrent un fractionnement différent suivant la forme membranaire, ou non, de la PrPsc. Les protocoles de détection et d'inactivation des prions doivent donc inclure les deux formes d'agents infectieux : forme associée aux membranes et forme libre. Par ailleurs, les études comparatives de fractionnement menées avec : 1) les prions dérivés du hamster ; 2) l'agent de la sMCJ-souris ; 3) l'agent de la nvMCJ-souris, conduisent à des résultats convergents. Le modèle prions-hamster est donc valide car son comportement à travers les techniques de séparation est identique à celui des autres agents de MCJ.

Thérapie génique et thérapie cellulaire

David Kirn (ICRF, Londres) rappelle que l'efficacité de transduction représente un facteur limitant majeur en thérapie génique. Dans cette perspective, il évoque les différents systèmes viraux actuellement développés pour le traitement génétique des cancers. L'adénovirus recombinant dl1520 est cité en exemple. Il a été développé par la firme Onyx Pharmaceuticals (Richmond, CA, USA). Il porte une délétion du gène E1B-55kD et conduit à une infection lytique dans les cellules tumorales. Les essais cliniques montrent que la réplication de l'adénovirus recombinant thérapeutique dl1520 est effective dans certains cas de cancer (plus de 230 cas traités) mais non persistante au-delà d'une dizaine de jours après injection. Les injections (jusqu'à 2 x 1013 particules par injection) sont en général bien tolérées et n'entraînent chez les patients que des symptômes bénins. En termes de sécurité virale, le niveau de réplication du virus dans les cellules non tumorales est un facteur important. Il n'est pas connu avec précision et seule les manifestations cliniques chez les patients traités permettent d'en estimer l'ampleur. L'évolution de ces vecteurs est maintenant dirigée vers un meilleur ciblage de l'infection.

Dans la perspective d'une utilisation croissante de vecteurs thérapeutiques adénoviraux, Beth Hutchins (Canji, San Diego) présente le groupe de travail international ARMWG (Adenovirus Reference Material Working Group) composé de membres des universités, de l'industrie, des laboratoires de référence (FDA, ATCC, NIBSC) dont la mission est de mettre en place les structures nécessaires à la production et à la distribution d'un matériel adénoviral de référence internationale. Il s'agit d'un matériel étalon (adénovirus de type 5 sauvage) pouvant servir au titrage des particules adénovirales recombinantes thérapeutiques (par microscopie électronique ou analyse biochimique) et à la mesure de l'infectiosité des préparations (dose infectieuse). Il est destiné à faciliter la comparaison des différents essais cliniques en cours. Les préparations seront conditionnées de manière à permettre une utilisation répétée après congélation et décongélation. (pour information : beth.hutchins@canji.com).

C. Bagnis (EFS, Marseille) présente le travail de son laboratoire sur la construction de vecteurs rétroviraux comme outils de thérapie génique. Il insiste sur l'avantage des vecteurs lentiviraux dans le transfert de gène à des cellules non proliférantes et sur la nécessité d'améliorer la sécurité et la spécificité tissulaire des vecteurs. Les versions les plus récentes de vecteurs lentiviraux présentent une activité auto-inhibitrice et les particules sont produites par expression des protéines gag, pol et rev « en trans » afin d'éliminer les séquences ARN d'origine virale dans les préparations thérapeutiques. Par ailleurs, le pseudotypage des particules lentivirales avec des protéines d'enveloppe dérivées de rétrovirus murins ou du virus de la stomatite vésiculeuse permet de mieux cibler les tissus à traiter. En termes d'efficacité et de sécurité, les vecteurs lentiviraux sont considérés comme supérieurs aux vecteurs rétroviraux classiques dérivés des virus de la leucémie murine. Par exemple, la transduction de cellules dendritiques par des vecteurs dérivés de lentivirus est plus efficace qu'une transduction faisant appel à des vecteurs rétroviraux classiques, mais cette méthode pourrait présenter l'inconvénient d'être plus immunogène.

C. Bagnis présente également un travail mené à l'Université libre de Bruxelles qui montre l'activation d'un provirus de la leucémie bovine (défectif sur le gène Tax) dans des cellules ovines tumorales après transduction avec un vecteur rétroviral codant pour une protéine Tax active. Cette activation a conduit à la production de particules virales qui, injectées à l'animal, ont entraîné la reconstitution in vivo d'un provirus compétent pour la réplication (Tax de phénotype sauvage). Cette expérience souligne la facilité avec laquelle les recombinants rétroviraux peuvent émerger à travers le recrutement, par des rétrovirus endogènes, de séquences rétrovirales « thérapeutiques ». Elle illustre donc clairement le problème de sécurité en thérapie génique à base de vecteurs rétroviraux.

D. Klatzmann (Pitié-Salpêtrière, Paris) travaille sur l'utilisation de vecteur rétroviraux réplicatifs pour le traitement de certains cancers (glioblastome par exemple). Il souligne le besoin de construire de nouveaux vecteurs et d'établir des méthodes de dissémination dans la tumeur. Le vecteur rétroviral choisi par son laboratoire est un virus de la leucémie murine, rétrovirus qui se réplique dans les cellules en division sans être pathogène. La stratégie thérapeutique propose d'éliminer le virus présent dans les tissus non tumoraux après injection dans la tumeur. Dans le modèle souris de D. Klatzmann, les vecteurs rétroviraux réplicatifs se propagent dans l'organe à traiter. Ils peuvent être contrôlés par l'AZT et sont 1 000 fois plus efficaces que les vecteurs adénoviraux non réplicatifs. Un bon contrôle de la réplication des vecteurs semble toutefois nécessaire, soit au niveau transcriptionnel (spécificité tissulaire), soit à l'étape d'infection par un meilleur ciblage. Les recombinaisons avec des séquences rétrovirales endogènes sont possibles, mais, selon D. Klatzmann, elles peuvent être minimisées par la délétion des séquences virales sensibles à la recombinaison et par la durée relativement courte des traitements.

Conclusion

Les faits marquants de cette Euroconférence ont été, d'une part, l'accent mis sur les maladies à prions et, d'autre part, la convergence de vue de plusieurs intervenants, P. Brown, R. Will et H. Baron, sur l'évaluation du risque transfusionnel de la nvMCJ. Tous trois ont insisté sur l'absence totale de preuve d'un passage de l'agent de la nvMCJ par le sang, et sur la nécessité de poursuivre un travail expérimental rigoureux pour préciser le risque.

Par ailleurs, il était réconfortant de constater que la communauté scientifique et l'industrie pharmaceutique ont pris, à bras-le-corps, le problème complexe de la sécurité virale des nouvelles thérapies, et qu'un équilibre semble s'établir entre bonnes pratiques scientifiques, réglementations raisonnables et principe de précaution.


 

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