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Variabilité génétique de l'herpèsvirus humain 7 (HHV7) en fonction de la localisation géographique


Virologie. Volume 6, Numéro 3, 220-1, Mai - Juin 2002, Cas-image



Auteur(s) : M. Franti, A. Gessain, P. Darlu, H. Agut, Laboratoire de virologie, Cervi, Upres EA 2387, Groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière, 75651 Paris Cedex 13.

ARTICLE

L'herpèsvirus humain 7 (HHV7), découvert en 1990 [1], reste peu étudié pour l'instant. Il est vrai que ce virus humain ubiquitaire, ayant un tropisme préférentiel pour les lymphocytes CD4-positifs, paraît peu pathogène [2]. La primo-infection survient précocement dans la vie, après une transmission par voie salivaire, à la suite de quoi le virus persiste indéfiniment chez son hôte et est fréquemment détecté par amplification génique (PCR), aussi bien dans la salive que dans les cellules mononucléées sanguines. À l'âge adulte, plus de 90 % de la population générale est ainsi chroniquement infectée. Contrairement au cytomégalovirus et à l'herpèsvirus humain 6 qui appartiennent à la même sous-famille des Betaherpesvirinae, le HHV7 n'a été spécifiquement rattaché avec certitude à aucune maladie bien que ces trois virus soient suspectés d'interagir ensemble pour induire des maladies chez les sujets immunodéprimés [3].La variabilité génétique des souches de HHV7 infectant les diverses communautés humaines est très réduite, comme on pouvait s'y attendre d'un virus à ADN adapté de longue date à son hôte et faisant probablement l'objet d'une très faible pression de sélection. Par exemple, la détermination de la séquence nucléotidique complète de deux souches de HHV7, JI et RK, sans lien épidémiologique évident entre elles, montre une identité génétique dépassant 99,9 % [4, 5]. Cependant, certains changements nucléotidiques, la plupart d'entre eux n'entraînant aucune modification des séquences protéiques correspondantes, sont localisés non pas au hasard mais en des sites particuliers toujours identiques des gènes de la phosphoprotéine p100, de la glycoprotéine B et de la protéine majeure de capside MCP. La nature des nucléotides en ces sites cruciaux a permis de définir différents allèles pour chacun de ces trois gènes situés à distance les uns des autres sur le génome viral [6, 7]. Qui plus est, les associations entre les différents allèles des trois gènes ne se font pas non plus au hasard mais selon des combinaisons préférentielles qui ont suggéré l'existence d'autant de variants du HHV7. Douze combinaisons, désignées de Co1 à Co12, ont été ainsi décrites mais peuvent, de façon simplifiée, être classées en deux groupes 1 et 2 autour de Co1 et Co2 respectivement, en fonction de leur proximité génétique vis-à-vis de ces deux variants majoritaires (figure 1).

La répartition de ces deux groupes a été étudiée sur un ensemble total de 274 individus distincts, représentatifs de diverses populations humaines d'origine géographique différente. Les échantillons, collectés avec l'aide de P. Mauclère, V. Gurtsevitch et K. Yamanishi pour les populations africaines, mongoles et japonaises respectivement, étaient constitués de cellules mononucléées sanguines et ont tous été soumis à la même analyse : extraction d'ADN, amplification par PCR nichée centrée sur les trois gènes d'intérêt, caractérisation des nucléotides aux sites cruciaux définis antérieurement et de la combinaison d'allèles qui en résulte [8]. Cette caractérisation a été obtenue pour 61 % des échantillons analysés, les 39 % restants correspondant à une absence d'amplification ou à une amplification insuffisante pour permettre la détermination de la séquence nucléotidique. Comme attendu, les variants Co1 (53 %) et Co2 (21 %) étaient les plus fréquemment détectés, aucun des dix autres variants ne dépassant 10 % des échantillons analysés. Le groupe 1 était quasiment le seul présent dans les populations africaines (Bantous et Pygmées), américaines issues d'un transfert de populations africaines lors de la traite des esclaves (Antillais et Noirs-marrons) et japonaises (figure 1). Le groupe 1 était aussi présent dans les populations mongoles de Russie et caucasiennes européennes de France mais, dans ces deux cas, beaucoup moins fréquemment que le groupe 2. La stabilité de cette distribution est attestée par le fait qu'elle concerne des populations considérées comme aborigènes, Pygmées pour le groupe 1, Mongols pour le groupe 2. Le groupe 1 apparaît donc comme un ensemble de virus très largement répandus alors que le groupe 2 a une diffusion plus restreinte, suggérant la possibilité d'utiliser la variabilité génétique du HHV7 comme marqueur des populations humaines. On ne peut toutefois exclure un biais d'interprétation car le nombre de sites nucléotidiques critiques sur lesquels se fonde la classification actuelle est très restreint. Il importe donc que d'autres sites de polymorphisme génétique du HHV7 soient pris en compte dans la définition des variants et que la distribution des variants du HHV7 soit confrontée à celle d'autres virus connus pour être des marqueurs de populations, tels que le HTLVI, le virus JC ou l'herpèsvirus humain 8. Cependant, d'emblée la prédominance du groupe 2 dans les populations européenne et mongole ne laisse pas d'intriguer : elle pose la question des conditions environnementales et/ou migratoires qui ont présidé à l'émergence et à la stabilisation d'un groupe de mutations dans un génome viral hautement conservé.

Références

1. Frenkel N, Schirmer EC, Wyatt LS, et al. Isolation of a new herpesvirus from human CD4+ T cells. Proc Natl Acad Sci USA 1990 ; 87 : 748-52.

2. Aubin JT, Gautheret-Dejean A, Franti M, Poirel L. L'herpèsvirus humain 7 (HVH7) : un virus orphelin ? Virologie 1998 ; 5 : 377-84.

3. Boutolleau D, Gautheret-Dejean A. Infections à herpèsvirus humain 6 et 7 en transplantation rénale. Virologie 2001 ; 5 : 339-46.

4. Nicholas J. Determination and analysis of the complete nucleotide sequence of human herpesvirus 7. J Virol 1996 ; 70 : 5975-89.

5. Megaw AG, Rapaport D, Avidor B, Frenkel N, Davison AJ. The DNA sequence of the RK strain of human herpesvirus 7. Virology 1998 ; 244 : 119-32.

6. Franti M, Aubin JT, Poirel L, et al. Definition and distribution analysis of glycoprotein B gene alleles of human herpesvirus 7. J Virol 1998 ; 72 : 8725-30.

7. Franti M, Aubin JT, Gautheret-Dejean A, et al. Preferential associations of alleles of three distinct genes argue for the existence of two prototype variants of human herpesvirus 7. J Virol 1999 ; 73 : 9655-8.

8. Franti M, Gessain A, Darlu P, et al. Genetic polymorphism of human herpesvirus 7 among human populations. J Gen Virol 2001 ; 82 : 3045-50.


   
  

Figure 1. Relation phylogénétique entre les variants du HHV7 et distribution des deux groupes de variants 1 et 2 dans diverses populations humaines.

En cartouche, sont représentées les 12 combinaisons décrites d'allèles (de Co1 à Co12) avec la taille des cercles proportionnelle à leur fréquence et la longueur des lignes de liaison proportionnelle au nombre total de changements nucléotidiques permettant de passer de l'une à l'autre. Ces 12 combinaisons, correspondant à différents variants de HHV7, peuvent ainsi être classées en deux groupes 1 et 2. La distribution de ces deux groupes dans des échantillons de populations humaines d'origine géographique différente est représentée sur la carte, la hauteur de chaque histogramme étant proportionnelle au nombre d'échantillons classés dans chacun des groupes. Le nombre total d'échantillons, pour lequel la caractérisation génétique du HHV7 a été possible, a été de 168 sur les 274 inclus initialement dans l'étude (61 %).



 

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