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L'herpèsvirus humain 7 (HHV7), découvert en 1990 [1], reste
peu étudié pour l'instant. Il est vrai que ce virus humain
ubiquitaire, ayant un tropisme préférentiel pour les lymphocytes
CD4-positifs, paraît peu pathogène [2]. La primo-infection
survient précocement dans la vie, après une transmission par
voie salivaire, à la suite de quoi le virus persiste indéfiniment
chez son hôte et est fréquemment détecté par
amplification génique (PCR), aussi bien dans la salive que dans les
cellules mononucléées sanguines. À l'âge adulte,
plus de 90 % de la population générale est ainsi chroniquement
infectée. Contrairement au cytomégalovirus et à l'herpèsvirus
humain 6 qui appartiennent à la même sous-famille des Betaherpesvirinae,
le HHV7 n'a été spécifiquement rattaché avec
certitude à aucune maladie bien que ces trois virus soient suspectés
d'interagir ensemble pour induire des maladies chez les sujets immunodéprimés
[3].La variabilité génétique des souches de HHV7 infectant
les diverses communautés humaines est très réduite,
comme on pouvait s'y attendre d'un virus à ADN adapté de longue
date à son hôte et faisant probablement l'objet d'une très
faible pression de sélection. Par exemple, la détermination
de la séquence nucléotidique complète de deux souches
de HHV7, JI et RK, sans lien épidémiologique évident
entre elles, montre une identité génétique dépassant
99,9 % [4, 5]. Cependant, certains changements nucléotidiques, la
plupart d'entre eux n'entraînant aucune modification des séquences
protéiques correspondantes, sont localisés non pas au hasard
mais en des sites particuliers toujours identiques des gènes de la
phosphoprotéine p100, de la glycoprotéine B et de la protéine
majeure de capside MCP. La nature des nucléotides en ces sites cruciaux
a permis de définir différents allèles pour chacun
de ces trois gènes situés à distance les uns des autres
sur le génome viral [6, 7]. Qui plus est, les associations entre
les différents allèles des trois gènes ne se font pas
non plus au hasard mais selon des combinaisons préférentielles
qui ont suggéré l'existence d'autant de variants du HHV7.
Douze combinaisons, désignées de Co1 à Co12, ont été
ainsi décrites mais peuvent, de façon simplifiée, être
classées en deux groupes 1 et 2 autour de Co1 et Co2 respectivement,
en fonction de leur proximité génétique vis-à-vis
de ces deux variants majoritaires (figure 1).
La répartition de ces deux groupes a été étudiée
sur un ensemble total de 274 individus distincts, représentatifs
de diverses populations humaines d'origine géographique différente.
Les échantillons, collectés avec l'aide de P. Mauclère,
V. Gurtsevitch et K. Yamanishi pour les populations africaines, mongoles
et japonaises respectivement, étaient constitués de cellules
mononucléées sanguines et ont tous été soumis
à la même analyse : extraction d'ADN, amplification par PCR
nichée centrée sur les trois gènes d'intérêt,
caractérisation des nucléotides aux sites cruciaux définis
antérieurement et de la combinaison d'allèles qui en résulte
[8]. Cette caractérisation a été obtenue pour 61
% des échantillons analysés, les 39 % restants correspondant
à une absence d'amplification ou à une amplification insuffisante
pour permettre la détermination de la séquence nucléotidique.
Comme attendu, les variants Co1 (53 %) et Co2 (21 %) étaient les
plus fréquemment détectés, aucun des dix autres variants
ne dépassant 10 % des échantillons analysés. Le groupe
1 était quasiment le seul présent dans les populations africaines
(Bantous et Pygmées), américaines issues d'un transfert
de populations africaines lors de la traite des esclaves (Antillais et
Noirs-marrons) et japonaises (figure 1). Le groupe 1 était
aussi présent dans les populations mongoles de Russie et caucasiennes
européennes de France mais, dans ces deux cas, beaucoup moins fréquemment
que le groupe 2. La stabilité de cette distribution est attestée
par le fait qu'elle concerne des populations considérées
comme aborigènes, Pygmées pour le groupe 1, Mongols pour
le groupe 2. Le groupe 1 apparaît donc comme un ensemble de virus
très largement répandus alors que le groupe 2 a une diffusion
plus restreinte, suggérant la possibilité d'utiliser la
variabilité génétique du HHV7 comme marqueur des
populations humaines. On ne peut toutefois exclure un biais d'interprétation
car le nombre de sites nucléotidiques critiques sur lesquels se
fonde la classification actuelle est très restreint. Il importe
donc que d'autres sites de polymorphisme génétique du HHV7
soient pris en compte dans la définition des variants et que la
distribution des variants du HHV7 soit confrontée à celle
d'autres virus connus pour être des marqueurs de populations, tels
que le HTLVI, le virus JC ou l'herpèsvirus humain 8. Cependant,
d'emblée la prédominance du groupe 2 dans les populations
européenne et mongole ne laisse pas d'intriguer : elle pose la
question des conditions environnementales et/ou migratoires qui ont présidé
à l'émergence et à la stabilisation d'un groupe de
mutations dans un génome viral hautement conservé.
Références
1. Frenkel N, Schirmer EC, Wyatt LS, et al. Isolation
of a new herpesvirus from human CD4+ T cells. Proc Natl
Acad Sci USA 1990 ; 87 : 748-52.
2. Aubin JT, Gautheret-Dejean A, Franti M, Poirel L. L'herpèsvirus
humain 7 (HVH7) : un virus orphelin ? Virologie 1998 ; 5 : 377-84.
3. Boutolleau D, Gautheret-Dejean A. Infections à herpèsvirus
humain 6 et 7 en transplantation rénale. Virologie 2001
; 5 : 339-46.
4. Nicholas J. Determination and analysis of the complete nucleotide
sequence of human herpesvirus 7. J Virol 1996 ; 70 : 5975-89.
5. Megaw AG, Rapaport D, Avidor B, Frenkel N, Davison AJ. The
DNA sequence of the RK strain of human herpesvirus 7. Virology
1998 ; 244 : 119-32.
6. Franti M, Aubin JT, Poirel L, et al. Definition and
distribution analysis of glycoprotein B gene alleles of human herpesvirus
7. J Virol 1998 ; 72 : 8725-30.
7. Franti M, Aubin JT, Gautheret-Dejean A, et al. Preferential
associations of alleles of three distinct genes argue for the existence
of two prototype variants of human herpesvirus 7. J Virol 1999
; 73 : 9655-8.
8. Franti M, Gessain A, Darlu P, et al. Genetic polymorphism
of human herpesvirus 7 among human populations. J Gen Virol 2001
; 82 : 3045-50.
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Figure 1. Relation phylogénétique entre les
variants du HHV7 et distribution des deux groupes de variants 1
et 2 dans diverses populations humaines.
En cartouche, sont représentées les 12 combinaisons
décrites d'allèles (de Co1 à Co12) avec la
taille des cercles proportionnelle à leur fréquence
et la longueur des lignes de liaison proportionnelle au nombre total
de changements nucléotidiques permettant de passer de l'une
à l'autre. Ces 12 combinaisons, correspondant à différents
variants de HHV7, peuvent ainsi être classées en deux
groupes 1 et 2. La distribution de ces deux groupes dans des échantillons
de populations humaines d'origine géographique différente
est représentée sur la carte, la hauteur de chaque
histogramme étant proportionnelle au nombre d'échantillons
classés dans chacun des groupes. Le nombre total d'échantillons,
pour lequel la caractérisation génétique du
HHV7 a été possible, a été de 168 sur
les 274 inclus initialement dans l'étude (61 %).
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